il
TRAITE
DES
MALADIES DES REINS
ET
DES ALTÉRATIONS DE LA SÉCRÉTION URINAIRE ,
ÉTUDIÉES EN ELLES-MEMES
ET DANS LEURS RAPPORTS AVEC LES
MALADIES DES URETÈRES , DE LA VESSIE , DE LA PROSTATE ,
DE L'URÈTHRE, etc.
PAR P. RAYER,
MÉDECIN DE L'HOPITAL DE LA CHARITÉ,
Médecio consultant du Boi , membre des Acndémiei royales de Médecine de Paris el du Madrid <
de la Société médicale de Londres , des Sociétés de médecine de Stockholm,
de Caeo, de Ljfon, etc.
TOME TROISIÈME.
A PARIS,
CHEZ J.-B. BAILLIÈRE,
LIBRAIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE
RDE DE l'école-de-médecine , N. ny,
A LONDRES, CHEZ H. BAILLIÈUtE , 219, BEOENT-STHBET.
1841.
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TRAITÉ *
DES
MALADIES DES REINS
ET DES ALTÉRATIONS
DE LA SÉCRÉTION URITSAIRE.
PYELITE.
§ 634. La pyélite (de twîXoî, pekns), ou inflammation du
bassinet et des cilices , est une maladie distincte de la
néphrite proprement dite , non-seulement par son siège et ses
caractères anatomiques, mais encore par ses symptômes et par
les accidens qu'elle détermine.
La pyélite se montre quelquefois à l'état aigu et plus souvent
à l'état chronique. On peut en établir plusieurs espèces, bien
distinctes, d'après le caractère de l'inflammation et d'après la
nature des causes qui la- produisent (pyélite simple, pyélite
nalculeuse, pyélite A/e/morrAaf/tgrfte, pyélite gangréncuse, etc.)-
La pyélite peut attaquer un seul bassinet ou tous les deux,
. en occuper toute 1 étendue, ou se borner à une portion de leur
surface, ou même à un ou plusieurs calices.
§635. Caractères généraux. — Dans la pyélite rt ///j/ë, on observe
les altérations suivantes :
La membrane muqueuse du bassinet et des calices est plus
ou moins injectée. Parfois (Atlas, Pl. xr, fig. i ; Pl. xir, fig. i)
celte membrane offre une teinte rouge générale , due à un ré-
seau vasculaire très serré, formé par l'entrecroisement d'un
grand nombre de vaisseaux qui ne sont pas apparens dans l'é-
III. T
4 PYÉLiTF. {carnet., généraux).
Dans les pyélites chroniques, avec distension du bassinet
et des calices par du pus ou de l'urine purulente, le bassinet
et les espèces de loges formées par les calices dilatés, ont inté-
rieurement un aspect d'un blanc mat, bien dilTérent de la
teinte blanche, légèrement bleuâtre, demi transparente, natu-
relle à ces parties. La membrane muqueuse, sensiblement
épaissie, ne laisse entrevoir à sa surface ou derrière elle aucune
trace de vaisseaux (Atlas ,P1. xir, fig. 8 ; Pl. xiii, fig. a; Pl. xv,
fig- 4)-
L'épaississement de la membrane muqueuse est quelquefois
si considérable que les ouvertures des calices dans le bassinet
sontextrêmementrélrécies ; quelquefois même ces conduits sont
transformés en des cordons fibreux (Atlas, Pl. xii, fig. 8).
J'ai quelquefois observé dans la pyélite chronique et plus
rarement dans la pyélile aiguë, à la surface de la membrane
muqueuse enflammée, une éruption de vésicules transparentes,
du volume d'une tète d'épingle, contenant un liquide aqueux,
semblables à des sudamina (Atlas, Pl. xi, fig. a); on en ren-
contre aussi dans d'autres circonstances.
J'ai fait représenter (Atlas , Pl. x, fig. i) un cas de néphrite
albumineuse, dans lequel le bassinet offrait plusieurs petites
ulcérations, et contenait des graviers d'acide urique. J'ai éga-
lement observé un assez grand nombre d'ulcérations dans le
bassinet et les calices d'un rein dont les mamelons eux-mêmes
étaient le siège d'une altération très remarquable (Atl \s, PI. xi,
fig. 6). Plusieurs de, ces mamelons avaient éprouvé une dégéné-
rescence analogue à celle qu'on désigne sous le nom de colloïde.
En effet , ils étaient transformés en une matière jaunâtre ,
opaque, mélangée d'une autre substance d'apparence vési-
culeuse et semi-transparente. Le dépôt de ces matières acci-
dentelles se prolongeait dans la direction des fibres de la
substance tubuleuse, et les stries voisines de l'altération of-
fraient une teinte rouge, morbide, très prononcée; le sommet
de plusieurs mamelons était complètement détruit et ulcéré.
Je n'ai rencontré qu'une seule fois cette altération chez l'hom-
me, mais je l'ai plusieurs fois observée dans les reins de bœuf
(Atlas, pl. xxxv, fig. 6 et 7).
PYELiTE (caract. généraux). 5
A la suité des ulcérations du bassinet et des calices, les parois
de ces conduits peuvent être détruites dans toute leur épaisseur,
en un ou plusieurs points, comme lorsqu'ils sont frappés de
gangrène. Il s'établit alors une ou plusieurs fistules rénales qui
communiquent, soit dans le tissu cellulaire ambiant sous-
péritonéal, soit dans la cavité du péritoine, soit dans le duodé-
num ou le gros intestin, etc. L'urine en s'épanchant provoque,
soit une périnéphrite , soit une péritonite, soit des vomisse-
mens urineux, soit enlin des selles mélangées de pus et d'urine.
Ces accidens peuvent avoir lieu sans que les calices et le
bassinet aient éprouvé une dilatation véritable, et sans que le
rein ait acquis des dimensions plus considérables que dans
l'état sain (Atlas, Pl. xx, fig. i). Toutefois , c'est presque tou-
jours à la suite de l'atrophie des substances rénales et de la
transformation du bassinet et des calices en une pocho multi-
loculaire, remplie de pus ou d'urine purulente, que les perfora-
tions rénales s'opèrent et que les fistules rénales s'établissent
(Voyez: Fistules rénales).
Les ulcérations des calices et du bassinet sont susceptibles
de se cicatriser. Quelques cicatrices apparaissent comme de
simples dépressions à surface grenue et irrégulière , d'une
teinte grisâtre, et qu'on pourrait couvrir avec la tête d'une
épingle; d'autres cicatrices, d'une plus grande dimension,
sont d'un blanc mat ou nacré , et présentent des dépressions et
des lignes saillantes , convergentes ou disposées en étoile
(Atlas, Pl. xlii, fig. 9).
Dans la pyélite chronique, avec obstacle au cours de l'urine,
les calices et le bassinet se dilatent, et les substances rénales
s'atrophient. Le bassinet et les calices, distendus de plus en
plus, finissent par être transformés en une poche multilocu-
laire dont les loges ne communiquent entre elles que par l'in-
termédiaire du bassinet quelquefois énormément dilaté. Les
rapports de cette poche avec les parties environnantes varient
suivant les dimensions qu'elle a pu acquérir. Le rein droit, di-
laté, peut refouler le foie vers la poitrine, et contracter des
adhérences avec cet organe; le pus ou Purine purulente con-
tenue dans la poche rénale peut a'épauchcr par une ou plu-
^ pyélitî; {caract. généraux).
sieurs ouvertures au-dessous du foie, et ce dépôt peut com-
muniquer avec des abcès situés dans l'intérieur de cet organe
(Atlas, Pl. xx, fig. i et 2) et ipême dans l'intérieur des bronches.
En dedans, la tumeur rénale, contiguë au duodénum, peut s'ou-
vrir également dans celle portion de l'intestin grêle. En bas,
elle peut s'étendre de manière à soulever au devant d'elle le
cœcum (Atlas, PJ. xiii, fig. n), et se faire sentir vers l'arcade
crurale. Dans quelques cas, les dimensions de ces poches ré-
nales peuvent être asse? exactement appréciées à l'aide du pal-
per et de la percussion.
Lorsque l'inflammation attaque le bassinet elles calices du
rein gauche , il peut se dilater supérieurement , contracter des
adhérej^pe? avec la iVce inférieure du diaphragme, en même
temps que la face supérieure de ce muscle s'unit avec la base
du poumon. A la suite d'un semblable travail , on a vu de l'u-
rine purulente et du pus^ provenant du rein gauche , rendus
par expectoration (Atlas , Pl. pi).
Les matières contenues dans le Jjassinet se fraient ordinai-
rement d'autres issues : souvent la poche rénale se perfpre à sa
partie postérieure ; le pus et l'urine purulente s'épanchent
daps le tissu cellplairpextprpéritquégl (voyez :PÉnrNÉPHRiTE)j
d?ns quelques cas , ils ftjsenl vers l'arcade crurale , et plus fré-
quemment ils forment un abcès urineux dans la région lom-
baire. Lqrsqu'on n'ouvre point ces collections urineuses et
purulentes, s'il np survient pas d'inflammatiqn du péritoine
ou d'autres parties voisines qui hâtent la mort, il s'établit une
ou plusieurs fistules aux lombes, à moins que le pus ne se fasse
jour dans le colon, mode de terminaison qui n'est pa? très
r^re (Atl^s, Pl. xix) (Voyez: Fistules rénales).
Les matières qu'on peut rencontrer dans le bassinet et les
calices entlammés sont :
1° De l'urine trouble , plus ou moins chargée de mucus.
Abandonnée à elle-même, elle donne un sédiment formé, en
grande partie, d'une matière qui, au microscope, offre un
grand, nombre de globules muqueux ou purulens , lors même
qu'elle a l'apparence d'une gelée demi transparente.
a" Du pus mélangé en plus ou moins grande quantité avec
PYÉLiTE {caract. générçiusç). ^
l'urine el quelquefois avec une certaine quantité de sang, pres-
que sans trace d'urine. Il est plus ou moins filant ou glaireux,
lorsqu'il est devenu très alcalin parla putréfaction ou le déve-
loppement de l'ammoniaque. Dans d'autres circonstances, le
pus, par un séjour long-temps prolongé dans le bassine| et les
calices , se transforme en une matière d'un blanc laiteux pu
jaunâtre, ayant la consistance des fromages nious. 3i, après
avoir délayé cette matière dans l'eau, on l'examine au micros-
cope, on distingue dans cette hinneur des globules purulens ,
en petit nombre , et une bien plus grande quantité de granula-
tions provenant probablement d'une sorte de détritus des glo-
bules de pus (i).
3° Du sang ou plusieurs de sesélémensen proportion varia-
ble. Dans quelques cas on reconnaît, par l'inspection micros-
copique, l'existence des globules sanguins, lorsque la présence
du sang ne peut être soupçonnée à l'œil nu.
4° Des calculs dont la forme se moule sur celle des cavités
(i) Dans un cas de pyélite calcnleuse, j'ai trouvé le rein gauche énor-
mément distendu, pesant 5oo grammes environ. Sa surface était rouge,
surmontée de gros mamelons du volume d'une noisette. La capsule fi-
breuse était extrêmement adhérente an tissn du rein et paraissait comme
confondue avec Ini. Les mamelons présentaient une sorte de fluctuation
au toucher. Le bassinet et les calices contenaient une matière d'un jaune
»ale, semblable à une bouillie très épaisse, ^ui recouvrait un calcul de forme
jrf égulière , do.nt \^ surface était noire, ^es calices , 'énorjnément dilatés ,
communiquaient avec le bassinet au moyen d'une ouverture large dans
qnelques-uns, et ayant seulement les dimensions d'une grosse plume à écrire
dans quelques antres. Les memliranes des calices, denses, résistantes, épaisses
et comme cartilagineuses daus quelques points, étaient contfguës les uns aux
autres, et les substances rénales complètement atrophiées. Le bassinet, très
distendu et rempli de pus solide, pouvait loger un œuf. Sa membrane interne
était blanchâtre, épaissie, résistante, comme un fibro-cartilage. Un calcul noir,
irrégulicr, du volume d'une noix, était engagé dans l'orifice dç l'uretère, qui,
au-dessous, était oblitéré, dans l'espace de six lignes environ. Plus bas, les
parois de ce conduit étaient épaissies, et son calibre rétréci. Do petits calculs
noirs, s'écrasaut pour la plupart asscjs facilement, variant pour le volume
entre celui d'un grain do millet et celui d'un gros pois, se trouvaient ap
î^îl'f" b-issinet et dans les calices.'
8 PT^LITE (caract. généraux).
qu'ils remplissent; ils présentent des branches plus ou moins
considérables , et sont presque tous terminés par un renfle-
ment (Atlas, Pl.xiv). La partie la plus volumineuse de ces
calculs est presque toujours située dans la cavité du bassinet,
5" La cavité du bassinet peut aussi contenir des sables ou
des graviers , le plus souvent libres , et en suspension dans le
pus ou dans l'urine purulente; ces sables forment quelquefois ,
à la face interne de la poche rénale, de véritables dépôts ou des
espèces d'incrustations de diverse nature , mais le plus sou-
vent phosphatiques (Atlas, Pl. xvii; Pl. xviii,fig. 5, et
Pl. xix). Ces matières salines forment aussi quelquefois ,
avec du pus, du mucus ou du sang altéré, une espèce de
bouillie noirâtre, étendue sur les calculs ou sur les parois de
la poche (Atlas, Pl. xii, fig. a).
6° Dans d'autres circonstances, la cavité du bassinet et de»
calices dilatés renferme une espèce de bouillie blanchâtre qui
est formée principalement par une matière saline amorphe
( phosphate de chaux ) , mélangée avec quelques matières ani-
males; dans uu cas particulier, Brande a reconnu que cette
bouillie blanchâtre était du carbonate de chaux presque pur.
Lorsqu'on brûle cette matière blanche , elle noircit d'abord , et
le résidu, lorsqu'il est incinéré au contact de l'air, offre une
couleur blanchâtre.
7° D'autres corps étrangers, des acéphalocysles , des slron-
gles, etc., existent quelquefois, mais bien plus rarement que
des calculs, dans la cavité du bassinet dilaté et enflammé.
Dans la pyélite chronique , les substances corticale et tubu-
leuse sont quelquefois enflammées (Voyez : PxÉLO-NÉrHRiTJj).
Par suite de l'accumulation du pus ou de l'urine purulente
dans la cavité du bassinet et des calices , les substances rénales
éprouvent une atrophie qui peut être bornée à une d'elles ou
les atteindre toutes les deux, de manière que le rein semble
transformé en une poche membraneuse sur laquelle on dislin-
gue parfois encore quelques débris de substance corticale. Ce
sont ces cas qui ont été considérés comme des fontes puru-
lentes des reins par suite d'ulcérations de ces organes.
Enfin , la pyélite chronique peut déterminer une autre es-
PYÉLiTE {carnet, généraux). 9
pèce d'atrophie rénale : le rein d'un adulte, tout en conservant sa
forme naturelle , se trouve réduit à des dimensions moindres
que celles d'un rein de nouveau-né , tandis que le bassinet di-
laté présente les caractères de la pyélite chronique et notam-
ment un épaisissement considérable de ses membranes (Atlas,
Pl. XXVI, fig. a).
La pyélite peut èlre produite par une affection cancéreuse du
rein, ou coïncider avec elle (Atlas, Pl. xin , fig. lo). Elle ac-
compagne quelquefois la dégénérescence tuberculeuse (Atlas ,
Pl. xLiv, fig. i). Dans de semblables cas , après qu'on a enlevé,
par le lavage, la matière purulente, mélangée ou non de dé-
tritus de tubercules , déposés dans la cavité du bassinet ou de»
calices , il reste une certaine quantité de matière tuberculeuse,
adhérente à la membrane muqueuse de ces conduits, qui le plus
souvent est ulcérée en plusieurs points.
§ 637. 11 est rare que les individus qui meurent avec une
pyélite aiguë ou chronique, ne présentent pas d'autres altéra-
tions des voies urinaires. Dans les pyéliles consécutives aux lé-
sions de la vessie , de l'urèlhre , ou de la prostate, les deui bas-
sinets sont presque toujours affectés ; mais, ordinairement, il
y a une différence remarquable dans l'altération des deux con-
duits excréteurs. L'altération est toujours plus ancienne ou
plus considérable dans l'un d'eux , sans qu'il soit possible ,
dans un grand nombre de cas, d'assigner la cause de celle dif-
férence. Dans les cas de pyélite calculeuse, l'un des reins est
souvent profondément altéré , tandis que celui du côté opposié,
et son conduit excréteur, sont sains, mais hypertrophiés.
Quant aux lésions des autres parties du corps, la péritonite
(qu'il y ait ou non perforation des calices ou du bassinet) est de
toutes les lésions consécutives , la plus commune. Les inflam-
mations du gros intestin sont aussi très fréquentes dans la der-
nière période de la maladie.
De même encore, on voit survenir des pleurésies, des bron-
chites ultimes et des hépatites.
On observe rarement des altérations notables du cerveau ou
de ses membranes, quoiqu'il survienne quelquefois, dans la
dernière période de la maladie , des symptômes cérébraux. Le
10 PYÉLiTE CA.LCULEUSE {curac^. généraux).
fleyeloppemcnt de ces symptômes paraît lié à une altération du
sang , consécutiyp au déi-angeraenl de la sécrétjon urinaire.
§ 638, Caractères spéciaux. — Les symptômes de la pyélite
et les accidens plus ou moins variés qu'elle peut présenter
dans son cours, soit à l'état aigu, soit à l'état chronique, ont un
rapport si direct et si intime avec la nature de la cause de l'in-
flammation du bassinet et des calices, que, au point de vue de
la pratique, c'est une nécessité de rattacher la description des
diverses espèces de cette inflammation à une condition étiologi-
que. Or, les pyélites peuvent être rangées en deux séries, bien
distinctes. La première comprend les cas d'inflammation du
basi^jnet et des calices produite par des corps étrangers : par
un qu plusieurs calculs, par des vers, par des acéphalocystes,
pu par la rétention de l'urine. Dans la seconde, je range tous
les cas d'inflammation du bassinet et des calices, indépen-
dq^s de lapré^ence d^un corps étranger appréciable à nos sens;
telles sont les pyélites consécutives aux inflammations spéci-
fiques de l'urèflif^ et dç la vessie; telles sont certaines inflam-
mations du bassinet produites par l'absorption des cantha-
l'id^s, et celles, beaucQup plus graves et dont la terminaison
egf soiiyent gaijgféneuse, qui surviennent quelquefois dafls les
|naladies charbonuçiises^ ou dans les cas de résprplion purU-
lenfe chez les nouvelles accouchées. Sans doute les pyélites
comprises dans ce dernjer groupe sont bien diflTérentes les
pijes des autres par leur nature et par leur inégale gravité : en
les réunissant dans un seul groupe , je n'ai eu d'autre but qug
de les séparer ^es pyélites produites par des corps étrangers.
Pyélites produites par des corps étrangers.
% 639. De toutes ces espèce? de pyélite, celle qui offre sans
contredit le plus d'intérêt est la pyélite calctilciisc {iicphritis
cç^lçî/losa, des auteurs).
PyéJi^te calculeuse.
§ «4?. Du ^abl^ > des grayiei s ou dj; véritable^ calcul?^ df
pTÇLiTi: CALCULEUSE {cavact, anatomiques). \ i
diverse nature, contenus dans les calices ou le bassinet^
sont les causes de cette inflammation.
A l'ouverture du corps d'individus qui , dans le cours d'une
maladie étrangère aux voies urinaires à laquelle ils avaient
succombé, avaient offert, indépendamment des symptômes
de l'affection principale, les symptômes de la pyélite aiguë
(douleur dans la région d'un des reins ou des deux reins , avep
excrétion d'une urine chargée de mucus, sans lésion de la ves-
sie pu de l'urèthre), j'ai plusieurs fois trouvé, dans les calices
et dans le bassinet notablement élargis et dpnt les parois
étaient rouges et vasculaires, un sahle fin , le plus souvent d'un
jaune rougeâtre.
Ordinairement , quand du sable est ainsi déposé dans ces
conduits, un ou plusieurs petits calculs existent, soit dans
un calice , soit daps le tiassinet pu dans l'uretère, dont ils ré-
trécissent ou oblitèrent la cayifé.
P'avitres fois (surtout dans des cgs où, pendant la vie, on a ob-
servé des symptômes de pyélite chronique), aulievi de sable uri-
que, on trouve, dans le bassinet , un dépôt blanc , amorphe,
semblable à de 1^ craie délayée dans de l'oau, et qui, le plus sou-
vent ^ est fprrpé de phosphate de chaux. Celte matière est quel-
quefois en quantité assez CQnsidérable pour remplir, avec une
pptite quantité de pus, le basginet distendu. En ce cas , pres-
que toujours un calcul oblitère ou rétrécit nptablement, dans
un point , le conduit excréteur de l'urine , et ce calcul est pres-
que toujours formé d'un mélange de phos|)hate amnioniaco-
^agnésien et de phosphate de chaux.
5 De petites agglomérations plus ou moins denses de
cristaux ou de matières amorphes, ipsolubles {graviers), Arre-
tées dans les calice^ ^ le bassinet ou l'uretère, sont une des
causes fréquentes de la pyélite. Le plus souvent , ces graviers
sopt irrégulièrement arrondis, de manière à offrir deux faces
sur lesquelles ils se reposent plus facilement quand on les met
sur un plan légèrerpent incliné. Souvent aussi ces graviers pa-
raissent composés de plusieurs noyaux agglomérés (AtIiAS^ Pl.
XIV, fjg. i5, iG et 20). Tantôt ils sont lisses et comme vernis;
d'^utrpa ^(jis, ib apnj irréguliprs çj, lî^éri^séa d'une fou}e de
12 PYÉLiTE CALCULEUSE {caract. anatomiques).
petites aspérités cristallines , sensibles au doigt et visibles à
l'œil nu ou à la loupe. Quand on regarde leur circonférence au
microscope et à un faible grossissement, on voit que ces aspé-
rités sont dues à de très petits cristaux. Ces graviers sont pres-
que toujours composés d'acide urique lorsqu'ils sont jaunes,
et de phosphate ammoniaco-magnésien, lorsqu'ils sont blancs>
grisâtres et brillans. Les gros graviers très rudes au toucher
sont presque toujours formés de phosphate ammoniaco-ma-
gnésieu ou d'oxalate de chaux, ou de graviers uriques en-
croûtés de ces sels.
Les graviers de cystine sont jaunes et légèrement transpa-
rens.
Dans la pyélile chronique, les graviers, ou au moins leurs
couches extérieures , sont souvent composés de phosphate de
chaux ou de phosphate ammoniaco-magnésien, ou de ces deux
sels réunis, lorsque l'urine est alcaline.
Les graviers bruns, ou d'un brun grisâtre, sont souvent
composés d'oxalate de chaux coloré par du sang ou des ma-
tières animales.
Les autres qualités physiques des graviers sont très variées ,
même dans une même espèce. Ainsi, les graviers d'acide urique
sont quelquefois formés de cristaux si faiblement agglomérés,
qu'une pression un peu forte peut les briser; le centre de ces
graviers est creux ou moins compacte que leur circonférence.
D'autres fois , ces mêmes graviers sont extrêmement durs et
solides, et sur une coupe faite avec soin on distingue un
certain nombre de couches concentriques composées souvent
d'une même matière plus ou moins pure , ayant des teintes
plus ou moins foncées. Quand les diverses couches ont une
composition différente , presque toujours le noyau est formé
par un très petit gravier d'acide urique, et les autres couches,
par des phosphates amorphes ou cristallisés. On peut souvent
reconnaître , dans ces graviers , des couches alternatives d'a-
cide urique et de phosphates. On voit aussi , mais rarement,
ces graviers avoir, pour noyau, un petit caillot de sang altéré,
uu de l'oxalate de chaux.
§ 642. Les calculs rénaux, comme les graviers, peuvent oc-
PYÉLiTE CA.LCDLETISF. [cctract. anatomîques). i3
cuperles calices, le bassinet ou le goulot de l'uretère. Ces cal-
culs offrent une grande variété dans leur volume , dans leur
forme et dans leur couleur.
Les petits calculs qu'on trouve dans les calices sont le plus
souvent arrondis ouovalaires. Souvent, une de leurs extrémités
est plus volumineuse que l'autre. Le plus souvent lisses et polis
à leur surface, les calculs rénaux peuvent présenter des iné-
galités plus ou moins prononcées et des prolongemens sem-
blables à des apophyses (Atlas, Pl. xiv, fig. aa, 29 et ii).
A mesure que les calculs rénaux augmentent de volume, et
que les calices se dilatent , la substance tubuleuse contiguë
s'aplatit contre le calcul, qui prend une forme tellement ca-
ractéristique , qu'on peut affirmer que telle ou telle portion
s'est développée dans un calice. L'extrémité du calcul appliquée
contre le mamelon est aplatie et présente parfois plusieurs fa-
cettes, qui forment, les unes avec les autres, des angles obtus. Ces
facettes sont souvent entourées par une sorte de rebord, ou, au
moins, elles offrent une circonférence nettement dessinée,
supportée par un rétrécissement ou col , qui correspond à
r^xlrémité du calice. Ces facettes, le plus souvent légèrement
convexes, sont quelquefois irrégulièrement concaves, lors-
qu'elles se sont adaptées de bonne heure à la convexité de la
substance mamelonnée, non encore affaissée (Atlas, Pl. xiv,
fig- 7)-
Une fois qu'un calcul a pris cet accroissement dans un ca-
lice, il est à-peu-près impossible qu'il passe dans le bassinet,
et il continue de s'accroître. Quand plusieurs mamelons sont
embrassés par un même calice, presque toujours le calcul,
augmentant de volume et s'opposant au libre cours de l'urine,
comprime ces mamelons, et présente des renflemens qui corres-
pondent à chaque cône de la substance tubuleuse, déprimée.
Ces mamelons des calculs rénaux sont supportés par un rétré-
cissement ou col; celui-ci se termine par une espèce de queue
qui fait une petite saillie dans le bassinet (ArLAS, Pl. xiv, fig.
1 1 et 16}.
A mesure qu'un calice se distend, en se remplissant d'urine
ou de matière calculeusc , d'autres calices, sous rinduciicc
l4 i^TÈLiTE cALCULiEu'sÉ [càtact. àhiitomïqûès).
<Sè là mêmb cause , s'affectent quelquefois à leur toiir. La com-
pression exercée sur un calice par un calcul situé dans un ca-
lice voisin , contribue parfois à la formation d'un riouveaù cal-
bul; ce nouveau calcul étant formé dans un second calice, les
petits prolongeinens ou queues que ces calculs envoient dans
le bassiiiet , finissent par se toucher et par se réunir. Le plus
souvent, ce sont deiax calculs qui se réunissent aiiiâi; d'autres
fois, un plus grand nombre dé concrétions calciileuses des ca-
lices s'agglomèrent ainsi en une seule masse dans le bassinet.
Ces calculs ont le plus souvent une espèce de pédicule arrondi,
d'autres fois aplati , sur lequel se réunissent, à angle droit ou
plus ou moins aigu, deux ou trois lèles, qui offrent quelquefois
Une analogie frappante avec les extrémités de certains os d'ani-
maux (A.TLAS, Pl. XIV, fig. 8, 9, :o, 1 1 et ta). On voit aussi par-
fois les calculs de deux calices , placés l'un vis-à-vis de l'autre,
àé réirnir ensemble d'une ihanière différente: les prolongeinens
qu'ils enVoieiit dans le bassinet se rencontrent, et les calculs
se confondent sans offrir de queue dans la cavité du bassinet
(Atlas, Pl. xiv, fig. i4). Ces calculs ne peuvent jamais être ren-
dus spontanérhent pendant la vie ; c'est même avec là plus
grande difllcullé qu'on peut les extraire après la mort, en cou-
pant le tissii rénal atrophié et induré; ils se rompent, surtout
dails leurs cols embrassés étroitement par les calices épaissis :
circonstance que j'aurai l'occasion de rappeler lorsque je
traiterai de la rié^hrotornie.
Enfin, il arrive quelquefois que le bassinet est lui-même
templi par un calcul qui , en s'agglomérant avec d'àUtres cal-
culs des taUces, fbrriie un tout très irrégulier, ayant diverses
apparences, selon là position respective des calices affectés.
Tantôt c'est un prolongement conique terminé en pointe infé-
rieurement , et sur lequel on voit s'enter, à angle droit, une sbrte
d'appendice aussi volumineux que l'autre branche du calcul.
Sùr l'extrérhité de «et appendice , on aperçoit des facettes plus
ou moins nombreuses , en tout semblables à celles que j'ai dé-
crites comme s'étant formées dans les goulots des calices
(Atlas, Pl. xiv, fig. 2, 3, 4 et 5).
D'autres fois, au lieu d'offrir un seul prolongement, les cal-
PY^LitE cALCULÈUsis [caràct. ànatorhiqùèî). î5
Ctals du bassinet s'étendent dans lin où plusieurs calices ; U
prennent alors les apparences les plus extraordinaireâ ; appa-
rences qui les ont fait comparer àxix branches de coràil , au
bois des cerfs , etc. Dans tous ces cas , une ][iortion du calcul,
dont les dimensions soiit ordinairement plus considérablfes
que celles d' aucune autre portion dii calcul prise sépàrërtieriti
est disposée plus ou moins verticalement. Cette portion, qiil
occupe la cavité du bassinet et le commencement de l'iiretère;
présente souvent une sorte de rigole ou de canal creiisé dans
son épaisseur. On a même vu cette portion du calcul eiiigàgée
dans le goulot de l'uretère être perforée , comme pour laisser
plus facilement couler l'urine et le pus qui se sécr-ète dAtià le
bassinet enflammé.
Cette portion du calcul est quelquefois assez régulièrement
cylindrique et ne présente pas.d'étrànglemeht notable ; d'aùtrës
fois, elle en offre un bien marqué qui correspond à l'endroit
oii le bassinet , d'abord plus ou moins horizontalement placé ;
se contourne pour se continuer avec le commencement de l'u-
retère. Presque tdujours, dans cet endroit, l'uretère est très
ample et dilaté , au point que ses dimensions sont pliïs cbh-
sidérables que celles du bassinet lùi-mêmë (Ati>às, Pl. kiv,
fig.6).
Quelquefois les extrémités correspondantes des calculs du
bassinet et des calculs des calices, bien que contiguës , ne for-
ment pas corps ensemble , et sont comme articulées ; l'une
d'elles offre une cavité dans laquelle se trouve logée l'extrémité
convexe de l'autre (Atlas , Pl. xiv, fig. i3).
Enfin lorsque les calculs rénaux ont acquis des diinerisions
énormes et pèsent plusieurs onces , ils offrent moins distincte-
ment (Atlas, Pl. xiv, fig. i el 34), que daiis les cas dii ils sont
moins volumineux, la forme branchue, qui rend ces calculs
facilement reconnaissables. La substance rénale s'atropliiant
de plus en plus, sans se dilater , le rein prend la forme d'une
poche irrégulière que remplit complètement le calcul.
Les calculs renfermés dans l'uretère sont ordinairement pe-
tits , allongés et irrégulièrement cylindriques. Souvent ils obs-
truent plus complètement le passage de l'urine qu'un calcul
i6 PYÉLiTE CALcnLf.usTî (caracl. anatomiq.)
plus volumino.ux situé dans le bassinet et les calices. La couche
extérieure de ces calculs est souvent noire.
La structure et la composition cliimique des calculs rénaux
sont très variées {Voyez : Calculs). A la coupe, ils offrent pres-
que toujours des couches irrégulièrement concentriques. Quel-
quefois une portion d'un calcul a une composition tout-à-fait
différente d'une autre portion du même calcul (Atlas , Pl. xiv,
iîg. 5]. La couche la plus interne, ou noyau, est souvent compo-
sée d'acide urique ; des phosphates occupent très commu-
nément les couches extérieures des calculs un peu volumi-
neux.
Les calculs phosphatiques sont souvent friables et offrent
quelquefois des creux ou des interstices dans leur intérieur.
^ 643. J'exposerai avec détails, dans une autre partie de cet
ouvrage, les causes àcs calculs rénaux; pour le moment, je
me bornerai à faire remarquer, d'une part, que la diathèse
urique ou goutteuse, et d'autre part, les inflammations des di-
verses parties des voies urinaircs , de l'urèthre, de la prostate ,
de la vessie qui se propagent si facilement aux reins , sont les
causes les plus fréquentes de la pyélite calculeuse.
La pyélite calculeuse a été observée à tous les âges, chez le
foetus (i), chez les enfans (1), les adultes et les vieillards,- mais
(i) Pierre Frank dit qu'un médecin boiIaDd.iis a tronvédes calculs rcnaut
dans des fœtus de cinq à six mois {Epilome, trad. frauç., t. y, p. 4^3, Ré-
tentions hétérogènes) ; et il ajoute qu'un de ses prédécesseurs, dans l'Aca-
démie de Gocltingue, rapporte l'bistoire de deux cufans , l'un Âgé de deux
jours, l'autre de huit, qui moururent au milieu des convulsions excitées par
la sortie de petits calculs. Waltlier {Journ.de Grœfe.t. i, p. 407) a trouvé de
petits calculs dans les reins d'un fœtus de Luit mois.
(a) Liiseke {Obs, anat, cliir. med. nov, et rarior., p. ôo) a trouvé un calcul
rénal chez un enfant nouveau-né. Riedlin {Liueœ medica;, 1G94) ons. xxx,
p. 3i2) a trouvé au»si un calcul chez un enfant d'uu an cntiron. Le docteur
Prael de Braunsch^Teig a rencontré plusieurs calculs dans les deux reins
d'une fille de six mois {Bulletin de Fcrussac, t. x, p. 328). Hardcr (cité par
Lieutaud, Hist.med., t. t, c. 371) fait mention d'un enfant de trois mois
qui éprouvait des symptômes de néphrite : cet eufant mourut à l'âge de deux
ans , on trouva beaucoup de sable dans lo rein gauche et un calcul à l'entrée
PYÉLITE CALCULETISE (caUSes). I7
plus souvent dans un âge avancé qu'à toute autre époque de la
vie. On a dit que le rein gauche était plus souvent affecté que
le rein droit, ce qui, pour moi , n'est pas démontré (i).
Le dépôt et l'agrégation des sels dans les calices et le bassinet
sont rendus plus faciles, non-seulement par certaines consti-
tutions de l'urine, mais encore parla présence accidentelle,
dans cette humeur, de matières animales étrangères, telles que
du sang, du mucus , du pus, etc. Aussi £-t-on vu des pyélites
calculeuses survenir après les blessures du bassinet, des coups
sur la région rénale ou après de fortes contractions des mus-
cles de la région lombaire , etc.
Les calculs (et sous ce nom je comprends aussi les graviers)
peuvent occuper un ou plusieurs calices sans être réunis et
sans apporter obstacle au passage de l'urine dans l'uretère ;
dans ce cas, l'inflammation est ordinairement bornée aux par-
ties contiguës aux calculs. Tantôt, au contraire, le calcul pourvu
de l'uretère. M. Wackearoder {ISeue Jahrbuecher der Chemie und Pharmacie,
B. vm, S. 407 ; B. IX, S. 7 et 67), a fait l'analyse d'un calcul trouvé dans le
rein d'un enfant de sept semaines. On lit dans les Ephémérides des curieux
de la nature (t. iv, p. 544) que des calculs rénaux furent trouvés chez «n
enfant de trente semaines.
(i) Boerliaave {Prœlectiones ad instit., § SSa) a pensé que , lorsqu'un seul
rein était affecté, c'était le plus ordinairement celui du côté gauche. Charles
Lepois ( Ohs, de morbis a seras, colluvie, t. iv, c. 2, obs. c ) dit que, sur cent
sujets atteints de néphrite calculeuse, quatre-vingts et plus souffrent du rein
gauche; proportion qui paraît très esagérée. Hoffmann (F.), (Med. ration.,
■ t. IV, p. i,sect. 3, cap. 8, § 7, de fehre nephritica), Morgagni (Z>e sed. et
causis morb., Epist. xl, .art. 1 3), P. Frank {Traité de médecine pratique,
Irad. franc, de Goudareau, tom. v, p. 474), Kiesewetter {De lithiasi sinistro
qiiamdextro rem magis in/estd. Halle, 1776), Earle (Med. chir. Trans., t. XI,
p. at6, 217 et 227), Richter {Spéciale Thérapie, t. iv, p. 483), Haller
{Elemcnta Phjrsiologiai , t. vir, p. 368), Voigtel {Palhol. Anat, B. m, S. 188
et 207), ont aussi pensé que le rein gauche était plus souvent affecté que le
droit. Coiter avait prétendu au contraire {Extern, et intern. princip.,etc., oh-
servationesçfue a,ariœ. Ous. xxni, § 3) que le rein droit était plus souvent
affecté que le gauche. Je répète que je m'abstiens d'émettre une opinion n
cet fgard, le chiffre des cas que je pourrais soumettre au calcul n'étant
pas assez élevé pour donner une solution.
m. 2
i8 pyi^LiTE cALCDLrusE {symptômes).
<lc plusieurs brandies occupe les calices et le bassinet , et gêne
ou intercepte le cours de l'urine.
Lorsqu'un calcul rénal, situé clans le voisinage du commen-
cement de l'uretère, présente une rigole, l'urine et les ma-
tières sécrétées par la membrane muqueuse enflammée pou-
vant, avec plus ou moins de facilité, passer par l'uretère dans
la vessie, le rein conserve son volume naturel ou au moins
n'acquiert point de dimensions considérables. Si le calcul, situé
dans le goulot même du bassinet ou dans l'uretère k une dis-
tance plus ou moins considérable de son embouchure, l'obstrue
complètement, la pyélite est le plus souvent générale ; toute la
partie de l'uretère située au-dessus du calcul et de l'obstruc-
tion , est elle-même plus ou moins enflammée et distendue
par l'urine mélangée de mucus, de pus ou de sang. Alors, il y
a le plus souvent une augmentation très considérable du volume
du rein, lorsque la maladie existe depuis plusieurs mois.
Suivant que telle ou telle de ces dispositions des graviers ou
des calculs existe, la pyélite offi-e des symptômes particuliers.
§ 644- Symptômes, Lorsque des graviers ou de très petits
calculs passent des calices dans le bassinet , et sans trop d'ef-
forts dubassinet dans les uretères, et plus tard dans la vessie, les
malades éprouvent ordinairement des douleurs plus ou moins
vives et quelquefois des douleurs très aiguës, bien avant
qu'aucun travail inflammatoire ait pu se développer (voyez:
Ghavelle). Mais, si un calcul est trop volumineux pour s'enga-
ger dans l'uretère on pour passer rapidement de ce conduit
dans la vessie, il occasionne des désordres qui, suivant leur
acuité ou leur ancienneté, présentent quatre formes principales :
Premier èialifioliques néphrétiques et suppression de l'urine).
— Douleur vive, aiguë ou pongitive dans la région du rein
affecté, descendant de cette région à la vessie, et quelquefois
accompagnée d'un frisson plus ou moins intense. Urine rare
et rendue goutte à goutte, avec un sentiment d'ardeur, par-
fois avec de petits graviers et une petite quantité de sang.
Le pouls, d'abord petit, déprimé, devient ensuite fréquent et
plus développé, le plus souvent après un ou plusieurs vomisse-
mens et un sentiment de défaillance. Si le gravier n'est point ex-
PYI2LITR CjVlctileuse {symptômes). 19
puisé lo lendemain elles jours suivans, la plupai'l de ces symp-
tômes continuent ; et si le calcul n'apporte pas enlièi'emenl ob-
stacle au cours de l'urine, elle contient toujours une certaine
quantité de sang et de mucus. Par le refroidissement, le mucus
apparaît dans l'urine sous la forme de petits grumeaux ou de flo-
cons, comme cotonneux, qui se déposent plus tard au fond du
vase. Les globules sanguins, facilement recounaissables au rai-
croscope, ftu-ment une légère coucbe à la surface du sédiment.
Ces premiers accidens peuvent cesser tout-à-coup lorsque le
calcul a passé de l'uretère dans la vessie ; l'urine, qui a été
momentanément chargée de sang ou de mucus , redevient na-
turelle, si elle ne se charge pas de mucus ou de pus en traver-
sant la vessie oul'urèthre.
Deuxième état {urine mnqtieiise). — Si, au contraire , un ou
plusieurs calculs , même très peu volumineux, séjournent dans
le bassinet ou les calices, l'inflammation , combattue ou non
par l'art, passe presque inévitablement à l'état chronique.
Dans cet état, la douleur n'est plus aussi vive qu'à son début;
les malades se plaignent seulement d'un sentiment de pesan-
teur dans la région du rein aflecté. Plus tard, la douleur,
quelquefois nulle, le plus souvent obtuse , peut devenir tout-
à-coup très vive, à la suite d'un efl'ort ou d'un mouvement
du tronc. Elle augmente quelquefois après le repas; elle aug-
juente surtout par les secousses qu'occasionnent l'équitation
et les courses en voiture; une pression, même légèr-e, suflit
souvent pour la provoquer ou la rendre plus vive. Elle dimi-
.nue parfois , ou devient même tout-à-fait nulle , lorsque le ma-
lade se couche sur le dos ou sur le flanc ; elle se propage quel-
quefois dans la direction de l'uretère et jusque dans le testi-
cule et le membre abdominal correspondant, qui est parfois
comme engourdi.
Ces douleurs sourdes, habituelles, souvent indépendantes
de tout mouvement fébrile, sont quelquefois remplacées par
des douleurs vives , accompagnées d'autres phénomènes pro-
pres aux exacerbulions des affections chroniques. Ces douleurs,
quelquefois analogues à celles de la colique néphrétique, s'é-
tendent souvent alors dans la direction de l'uretère, avec
2.
ao PYjÎLiTE CA.LCDLEUSE {symptômcs).
rétraction du testicule et engourdissement de la cuisse du
même côté. Dans ces exacerbations , l'urine se charge souvent
de sang, devient rougeâtre et coagiilable par la chaleur.
L'urine, moins rouge que dans le premier état, contient
presque toujours, au moins dans certaines émissions, une
quantité notable de mucus ^ qui se dépose par le repos et le
refroidissement.
Parfois l'urine est sanguinolente , d'autres fois parfaitement
transparente, surtout après des boissons aqueuses prises en
abondance. Ces difTérens aspects de l'urine peuvent quelque-
fois être observés , chez la même personne , dans l'espace de
vingt-quatre heures, si l'on recueille séparément l'urine des
diverses émissions. Par le refroidissement, diverses matières,
de l'acide urique ou des sels , se déposent avec le sang et le
mucus j le sang et le mucus sont le plus souvent à la surface du
sédiment.
Le décubitus sur le ventre ou sur le côté opposé au siège
du mal, lorsqu'un seul rein est affecté, la station, les efforts
pour aller à la selle , la toux , l'éternuement , une grande inspi-
ration, etc., et quelquefois la chaleur du lit, augmentent la
douleur rénale. Toutefois , cette douleur peut être très légère,
lors même qu'il existe un ou plusieurs calculs dans le bassinet
ou les calices.
Lorsque les graviers qui déterminent ces accidens sont com-
posés d'acide urique (et c'est le cas le plus ordinaire) , l'urine
est acide , et le sédiment offre des cristaux rhomboïdaux d'un
jaune rougeâtre. Filtrée , elle devient légèrement louche lors-
qu'on la traite par l'acide nitrique, qui précipite une certaine
quantité d'acide urique ou d'albumine , mélangée ou non de
globules sanguins.
Lorsque les graviers sont phospha tiques, l'urine, alcaline et
louche, au moment de l'émission, s'éclaircit d'abord par l'ad-
dition de l'acide nitrique, et elle se trouble quelquefois ensuite
par l'addition d'une plus grande quantité de cet acide, si elle
contient de l'albumine , du sang ou du pus.
Troisième état {sécrétion purulente sans tumeur rénale). —
Aux deux premiers états que je viens d'indiquer, succède
PYÉLITE CALCULEUSE {sflUptÔmes). 1\
un troisième plus grave, lorsqu'un ou plusieurs calculs se trou-
vent retenus dans le bassinet ou les calices. Il se déclare des
frissons irréguliers, qui augmentent vers le soir, et se renou-
vellent fréquemment, surtout après les repas. Les malades
éprouvent , dans la région des reins , diverses sensations mor-
bides, un sentiment de pulsation, d'engourdissement et de
tension, quelquefois même de froid, qui se prolonge souvent
dans le membre correspondant.
L'urine , quelquefois sanguinolente , plus souvent blanchâ-
tre et troiible , laisse déposer, par le repos, un sédiment puru-
lent, d'un blaac de lait ou d'un blanc légèrement verdâlre,
principalement composé de pus et de sels précipités de l'u-
rine (i).
Un pissement de sang est quelquefois le premier symptôme
frappant de la maladie, surtout lorsque les bassinets des deux
reins contiennent des calculs ; plus tard, les urines deviennent
troubles et purulentes, et elles sont rendues fréquemment et en
petite quantité dans chaque émission ; parfois les malades sem-
blent se rétablir, mais les urines restent purulentes , avec ou
sans mélange de graviers. Enfin, à des époques plus ou moins
éloignées, les malades éprouvent des exacerhations , princi-
palement caractérisées par une augmentation des douleurs ré-
nales, parla diminution ou la suppression de l'excrétion de l'u-
rine, par des envies de vomir, des vomisseraens, delà fièvre, avec
sécheresse de la langue, etc. Lorsque la maladie doit se termi-
ner par la mort, les vomissemens continuent, le pouls s'aflfaiblit
déplus en plus , les membres se refroidissent. La cessation des
vomissemens et la diminution des douleurs rénales, coïncidant
avec une moindre prostalion et le rétablissement de l'excrétion
de l'urine , annoncent, au contraire, qu'une sorte de convales-
(t) Pcmberlon {^A piactical treatise on 'various diseuses of the abdominal
wcera. Lond., i8i4) dit que, lorsque l'urine dépose un sédiment purulent
d'une mauvaise odeur et mêlé avec du sang, on peut toujours être certain
qne le pus vient des reins. Cette assertion est inexacte ou au moins beau-
coup trop générale; on observe de semblables sédimens dans d'autres
conditions, notamment dans des cas de cancer de la vessie.
22 PYlîLTTE CA-LCULEBSE {sjmpiômcs).
cence tuccédera à l'allaque; mais les accidens se renouvelleront
inévitablement plus tard et finiront par amener la morti
§ 64'>. Un quatrième état {urine pia-ulente et tvtneur rénale)
est caractérisé par l'existence ^ dans une des régions lombaires
(lorsqu'un seul rein est affecté), d'une tumeur ordinairement
bosselée , fluctuante , produite par l'accumulation du pus dans
la cavité du bassinet et des calices distendus. La tumeur, située
dans un des flancs, correspond (lorsqu'elle s'est développée au
côté droit}, par sa partie supérieure à la face inférieure du foie,
sous lequel elle s'enfonce. Lorsque cette tumeur a acquis un
volume considérable, sa partie inférieure peut toucher à la
crête de l'os des îles, s'étendre à la fosse iliaque et même dans
riiypogastre. On a vu de ces tumeurs, formées par le bassinet
(Et les calices dilatés et remplis de matières purulentes, peser
depuis dix jusqu'à cinquante livres.
Par suite du développement de ces tumeurs, la région lom-
baire est déformée et plus ou moins élargie du côté affecté. Cet
élargissement, sensible au premier coup-d'œil, dans le plus
grand nombre des cas , peut être facilement apprécié dans tous,
én comparant la largeur du flanc (indiquée de chaque côté par
une ligne qui, de la colonne vertébrale, s'étend à la limite ex-
terne du tronc), avec celle du côté opposé.
A la percussion, la tumeuiTcnd un son mat en arrière, et,
presque toujours, en avant, à moins que le colon, situé au de-
vant et en dedans de la poche du côté droit, et en dehors du
côté gauctie, ne soit distendu par des gaz. Lorsque le colon
transverse sépare, au Inoins dans une certaine étendue, l'ex-
trémité supérieure de la tumeur du bord libre du foie (ou
lorsqu'elle n'est pas encore très volumineuse), le toucher et la
percussion permettent d'en reconnaître les limites et de consta-
ter qu'elle est indépendante du foie ; mais, lorsque, par suite d'un
plus grand développement de la tumeur^ le colon transverse a été
refoulé et abaissé, lorsque la tumeur a contracté des adhérences
avec la face inférieure et le bord libre du foie, alors elle fait
corps avec cet organe, dont elle simule, soit un développement
morbide, soit une augmentation de volume occasionée par le
développement d'une tumeur enkystée dans son épaisseur.
PYÉLITE CALCULEUSE (s/Uiploniesy 23
Lorsque la tumeur rénale a acquis un certain volume, elle
paraît presque toujours bosselée, et comme composée de plu-
sieurs lobes. Dans cet état, la fluctuation est manifeste, et il
est Sicile de reconnaître que la tumeur est formée par une
poche distendue par uu liquide.
La douleur n'est jamais vive dans ce quatrième état, hors
le temps des exacerbations ; mais elle augmente par la pression
des vètemens, et par celle de la main, appliquée à la surface du
reia. La douleur est encore plus facilement réveillée , lorsque,
après avoir placé une des mains sur la face antérieure de la
tumeur, on la pousse en avant avec l'autre main appliquée
sur la région lombaire. Parfois la pression diminue la douleur
en arrière, tandis qu'elle l'augmente en avant. La douleur aug-
mente parla marche, surtout lorsqu'elle est rapide, et par
certains mouveinens du tronc. Quelques malades assurent avoir
senti les pierres ballotter dans de semblables tumeurs formées
par le rein distendu , et des médecins croient avoir perçu un
choc particulier , ou une sorte de frémissement dans tes tu-
meurs , quand on les pressait avec la main (i).
(i) F.-J. Rollet (^Dîssert. sur la néphrite calculeusé. Paris, 1829, p. ay)
cite le fait suivant: « Marie Pétronille Leclerc , âgée de 26 ans, ouvrière en
linge, a été reçue à la Charité le 8 mai 1828 , salle Saint- Vincent, n. 34
(M. Fouquier, médecin). Cette femme était, depuis cinq ans , à la suite d'un
rhume, sujette à des crachcmens dé saiig. Bien réglée de 10 à 21 ans, elle
le fut moins bien depuis. La suppression des règles a eu lieu pendant plu-
sieurs mois] et à plusieurs reprises ; elles n'avaient pas paru depuis trois mois,
lorsque la malade est entrée à l'hôpital. Les crachcmens de sang avaient lieu à
chaque suppression. Il y a trois mois aiissi que cette fille ressentit des dou-
leurs dans les reins, surtout à gauclie, où elle éprouva, dit-elle, une sensation
de barre et de cuisson ; pesanteur dans les jambes, somnolence ; elle s'aperçu
alors qu'elle avilit une tumeur, du volume d'une noisette, dans la région du
rein gauchs. Elle cessa de cracher du sang, mais elle en rendit par les
urines. Il survint un gonflement du ventre, une constipation opiniâtre, perte
d'appétit. Pendant trois jours l'urine cesse d'être excrétée; elle s'écoule
ensuite par regorgement. Elle a souvent rendu des graviers, dont les plus
gros avaient le voltime d'une téte d'épingle, et des caillots de sang. Cette
expulsion était précédée de douléurs dans le trajet de l'uretère gauche;
24 PYÉLiTE CALCULEUSE {sytnptônies).
Daus cequatriènie état, l'urine est sanguinolente ou purulente
dans toutes les émissions, à moins que le passage de l'urine
douleurs pcrsistaules à l'aine. A son entrée ù l'hôpital, la malade porte, à la
partie natcrieurc du rein gaucLe, une tumeur du volume d'une pomme d'a-
pis, bosselée et dure en plusieurs endroits, moins résistante en d'autres, icj
frictions sur cette tumeur y font éprouver une espèce de Jrémissement et de dé-
placement de petits calculs; la malnde dit éprouver ce frémissement sans y
porter la main, lorsque la vessie est distendue par l'urine; plusieurs élèves
m'ont dit avoir entendu ce bruit : j'avoue n'avoir pas été aussi heureux.
Lorsque la malade rend volontairement ses urines, elles sont claires, quoi-
que un peu rouges; mais, si elle urine par regorgement, ou y voit des cail-
lots et des graviers. Les douleurs sont les mêmes que celles que nous avons
indiquées plus liant. Le i3 et 14 mai, on fait deux applications de sangsues
à l'anus et au périace (.orge miellée ; lait; potion gomm.; sirop diacode'); pas
d'amendement; la constipation persiste. i5 mai, la sensibilité est augmentée
dans le rein ganche; pouls plein et fréquent; peau chaude; en faisant un
effort pour uriner, elle a eu un vomissement de matières bilieuses, verdâtres
etamcres; agitation continuelle, décubitus impossible sur le dos, supportable
sur le c6té droit, qui devient douloureux (ijuinze sangsues à faine). Amélio-
ration pendant le jour; les douleurs reparaissent pendant la nuit. Le 17, un
bain, dans lequel la malade a beaucoup uriné sans douleurs, apporte une
grande amélioration dans son état; constipation. Le 22, deux lavemens pur-
gatifs, deux cataplasmes narcotiques sur le ventre, gomme deux pots. Le
calme se rétablit peu-à-peu sous l'influence de ce traitement; au bout de
quelques jours, les urines ne contiennent plus de sang, mais elles déposent
toujours des graviers. Le 27, réapparition des symptômes (quinze sangsues à
la région lombaire gauche; même presciiption). Le 3t, la malade est bien. De-
puis cette époque , cette fille a eu continuellement des alternatives de mieux
et de rechutes. Mais une affection cérébrale est venue compliquer sa mala-
die. Cette fille est actuellement au n. 22 de la même salle, dans un état
d'imbécillité. Ses urines déposent toujours un peu ; la tumeur qu'elle portait
au rein, semble avoir disparu. »
Le fait d'un frottement de calculs, perceptible au toucher ou à l'ouïe,
est loin d'être établi par cette observation, dans laquelle les dimensions de
la tumeur rénale ne paraissent pas avoir été exactement, prises. Je ne con-
nais pas d'ailleurs d'observation analogue plus concluante. J'ajoute que, chez
nu malade, dont M. le docteur Willam Howison a rapporté l'Iiistoire avec
beaucoup de détails, on percevait aussi, en explorant la tumeur rénale, une
certaine crépitation, et cependant à l'ouverture du corps, ou ne trouva qu un
PYÉLtTE CALCULEUSE {sjmptÔmes). 2 5
provenant du rein malade, ne vienne à être complètement ou
incomplètement intercepté. L'urine est plus souvent purulente
que sanguinolente ; elle n'offre ordinairement ce caractère que
dans les exacerbations (Voyez : Hémoruhagie rénale).
Cependant on remarque, dans l'émission de l'urine et dans ses
qualités physiques et chimiques, d'assez grandes variations. Lors-
que l'urine purulente , provenant du bassinet enflammé , n'est
qu'incomplètement retenue dans sa cavité , elle se mélange, en
proportion variable, avec celle qui est fournie par l'autre rein.
Ce liquide peut, dans une même journée, offrir des appa-
rences très différentes; de sorte que, si on se bornait à exami-
ner une ou deux émissions d'urine , on s'exposerait à des er-
reurs graves. J'ai vu quelquefois, dans la pyélite calculeuse,
de l'urine très chargée de pus ou de sang être rendue à certaine
heure de la journée, et plus tard, chez la même personne,
l'urine avoir ses apparences naturelles j ce qui ne peut guère
s'expliquer qu'en supposant que l'urine versée dans la vessie
provenait alternativement du rein malade et du rein sain.
Toujours est-il qu'il faut être prévenu de cette circonstance , afin
de ne pas porter un jugement erroné sur l'état des voies uri-
naires, d'après un seul examen de l'urine dans les vingt-quatre
heures.
J'ai déjà noté que l'urine était coagulable par la chaleur et
l'acide nitrique j lorsqu'elle contenait une certaine quantité de
pus; mais la proportion du coagulum alburaineux n'est pas
toujours en j apport avec celle de la quantité de pus mélangé
avec l'urine. Dans certaines pyéliles calculeuses, on voit quel-
quefois l'urine contenir une quantité très notable d'albumine,
bien que la proportion des globules du pus soit comparative-
ment très minime ; tandis que , d'un autre côté , des urines
très chargées de pus sont très peu coagulables et prennent seu-
seul calcul, en forme de clou, qui s'adaptait exactement au goulot du bas-
sinet (EdM. med. and surgic. Journal, octob. 1822, vol. xvirr, p. 557). Enfin,
nne sorte de crépitation peut être produite par le frottement de la paroi
antenenre du bas-ventre à la surface de la tumeur recouverte ou non de
fausbes membranes.
20 PY^LIT£ CALCULEUSE (sjmptomes).
lement une légère teinte louche laiteuse , lorsqu'on les traite
par la chaleur et l'acide nitrique, après les avoir filtrées.
Lorsque tout passage entre le bassinet distendu par le pus et
l'urine, est entièrement fermé, l'urine rendue par le malade
peut être naturelle ou au moins exempte de mélange du pus,
pendant quelques jours, en même temps que la tumeur rénale
augmente de volume. Alors, la douleur rénale est plus vive;
la fièvre s'allume; il survient des envies de vomir et parfois des
vomissemens. Si l'urine et le pus se font jour à ti-avers l'u-
retère, les malades rendent en quelques heui-es une grande
quantité d'urine purulente, et en même temps on remarque
un afiaisseraent plus ou moins considérable de la tumeui-.
Si, au contraire, la rétention complète du pus et de l'urine se
prolonge, le rein se perfore à sa partie postérieure ou dans le
péritoine, ou dans l'intestin, etc. (Voyez : Périnèphrite, fis-
tules IlÉNAIiES ).
Dans d'autres cas plus graves encore, l'émission de l'urine
peut être complètement suspendue pendant plusieurs jours.
Lorsque celle rétention complète de l'urine se prolonge, les
malades ne tardent pas à succomber , soit à une double pyélo-
néphrite, soit à des perforations rénales, soit à desaccidens céré-
braux. Cette anurie a été observée dans des pyélites calculeuses
doubles, et dans des cas oii les deux uretères étaient obstrués
par un ou plusieurs calculs.
§ 646. Cinquième eiai {atrophie du rein, sans sécrèlion puru-
lente). — Enfin dans la pyélite calculeuse, il peut arriver que la
membrane muqueuse du bassinet et des calices, en contact avec
un calcul volumineux, finisse par s'épaissir et tellement s'en-
durcir, qu'elle ne sécrète plus ou presque plus de matière pu-
rulente. Dans ce cas (Atlas, Pl. xir, fig. 5), le bassinet et les
calices dilatés forment, avec les substances rénales atrophiées ,
une sorte de coque qui s'applique plus ou moins exactement sur
le calcul. Si le rein du côté opposé est en bon état, une telle
altération, quelque profonde qu'elle soit, ne peut être le plus
ordinairement soupçonnée pendant la vie. Les malades n'é-
prouvent que peu ou point de douleur, et les urines ne sont pas
chargées de pus. Mais ces malades peuvent succomber en quel-
PYÉLiTE CA.LCULEUSE {sy?Jiptomes): 27
ques jours, si un calcul vient à obstruer l'uretère du côté op-
posé, et donner lieu à une anurie ou plutôt à une rétention
complète de l'urine dans les reins (i).
(i) Dans un cas observé par M. Gaultier-de-Claubry , la suppression
d'urine fut subite et complète, elle succéda à beaucoup d'erreurs de
régime, d'excès de tous genres, de cliagrius, d'imprudences, et à plu-
sieurs attaques de coliques néphrétiques, avec exiialsion de petits cal-
culs et quelquefois rétention d'urine. Elle a duré deux cent vingt-quatre
heures, n'a été accompagnée ni de fièvre, ni de) douleurs vives à l'in-
térienr, ni d'envies d'uriner, ni (au moins d'une manière prononcée) de
ces phénomènes graves qui, dans les rétentions d'urine , signalent le trans-
port de ce fluide dans tontes les parties de l'économie : point de fièvre uri-
neuse, de symptômes putrides, de lésion des facultés intellectuelles, d'épan-
chement séreux considérable. Au lieu de tout cela, peu ou point de som-
meil, du malaise, de l'inappétence; un froid aux jambes avec douleurs
intolérables aux genoux et aux mollets surtout, qui alternent quelquefois,
avec des douleurs momentanées de l'abdomen, des flatuosités, une bouffis-
sure du ventre, enfin une faiblesse qui, extrême dès le début, s'est accrue
chaque jour, et à laquelle s'est jointe, de l'oppression pendant les vingt-quatre
dernières heures de la vie du malade.
A l'ouverture du cadavre, l'épiploon , mollasse et fluant sous les doigts,
a paru dans un état de décomposition; l'abdomen contenait une chppine de
Sérosité, mais aucune trace d'infiltration ne se retnarquait aux environs des
rems : cenx-ci, ensevelis dans uiie graisse comme squirrheuse par sa dureté,
avaient leurs veines extrêmement dilatées par un sang noir et épais, très
foncé en couleur et d'une consistance qui les faisait crier sous le bistouri, à la
manière des cartilages (phénoniènes moins marqués à l'égard du rein droit):
'ils n'ont pas fourni à la pression une seule goutte d'urine. Tous deux
avaient leurs calices exactement remplis par des calculs qui variaient de telle
sorte , que le seul qui existât à droite , était formé d'acide urique et de
sous-phosphate de ehanx intimement mêlés, tandis que chacun des quatre
trouvés du côté gauche offrait un noyau d'oxalate de chaux, enveloppé d'une
couche d'acide urique. Les uretères , aussi bien que la vessie, étaient fort
resserres sur eux-mêmes et parfaitement vides d'urine ; un demi-dé seulement
de ce fluide, se voyait entre les calculs du rein gauche et à la surface des
mamelons : ceux-ci , dans hs dcUx reins, étaient hérissés de quelques grains
«^alculeux [Obs. d'une suppression totale de la sécrétion de l'urine dans les
reins. Bibl. médic, t. xi.viii, p. 388).
Consultez des faits analogues, publiés par Frcd. Browu {Case of Ischuria
28 PYÉLiTK CALCULEUSE (diagnostic).
J'ajoute que la mort survient, dans d'autres cas, sans tfu'il y
ait réellement rétention d'urine, et probablement par suite d'ua
dérangement profond de la sécrétion urinaire, ou de la suspen-
sion de cette fonction [Ischurie rénale). Il paraît même que la
suppression complète de la sécrétion urinaire peut avoir lieu
dans des cas oii un seul des uretères est obstrué par un cal-
cul (i).
Dans plusieurs cas même oii les substances corticale et tu-
buleuse d'un des reins étaient presque entièrement détruites ,
on a vu la sécrétion urinaire être presque aussi abondante que
dans l'état naturel , par suite de l'hypertrophie ou de l'augmen-
tation d'activité de l'autre rein (a).
§ 647. Je ne dirai qu'un mot de quelques variétés rares de la
pyélile calculeuse. Seulement il est bon d'être prévenu que, par
suite de vices de situation des reins, le siège de la douleur,
dans la pyélite calculeuse, peut se trouver dans la réyion ombi-
licale (3) ou dans l'excavation du bassin {/^).
renaUs. ^ Edinb. mcd. and snrg. Jouru., vol. xix, p. 253). — Abercrom-
bit- [Obs, on Ischuria renulis. — Edinb. med. and surg. Journ., vol. xvii,
p. ai 5), etc.
(1) Brodie. Obs. on calculons diseuses (Lond. med. Gaz., vol. viir, p. 70).
(2) J'ai TU plusieurs exemples semblables, et Haller en cite quelqucs-uus
{Elementa phjsio!., lom. vu, p. 25 1). — Littrc, ayant ouvert un bomme de 60
ans, mort subitement d'apoplexie, observa que le rein gauche était presque
entièrement consumé par un abcès, et que le droit, qui était sain, était
beaucoup plus gros qu'à l'ordinaire (/Tfj^ojre de l'Académie rojrale des Sciences,
1702, p. 16).
Horst {Hufelands Journal, B. xxxv), cite un cas fort extraordinaire dans
lequel les deux reins étaient transformés en sacs remplis de pus; les uretères
n'élaieut plus en communication avec ces poches, et cependant la sécrétion
et l'excrétion de l'urine avaient continué. Horst pense que la sécrétion de
l'urine a pu se faire à la surface interne de la vessie.
(3) M. Guéneau de Mussy m'a montré un cas de fusion des reins, dans lequel
les bassinets enflammés contenaient plusieurs calculs. Ces reins étaient placés
en fera cheval au devant de la colonne vertébrale (§ 386).
(4) M. Cruvcilhier, dans son Anatomie descriptive, cite le cas d'un rein en
suppuration, contenant plusieurs calculs, «t qui était situé dans le petit
bassin (§ 5S7).
PTiÉLiTE CALCULEUSE {diagnGStic). 29
Ênfin, quelques auteurs assurent avoir vu les accidens de la
pyèlite calculeuse se reproduire d'une manière périodique (i).
§ 648. La pyélite calculeuse existe rarement seule; elle est
presque toujours associée, soit à d'autres lésions de l'appareil
urinaire, soit à des états morbides d'autres appareils. J'indique-
rai plus loin les plus importantes et les plus fréquentes de ces
complications.
§ C/jg. Diagnostic. La pyélite calculeuse, vu la variété de ses
formes, peut être confondue avec un grand nombre d'autres
maladies. Plusieurs symptômes de l'inflammation du bassinet
se voient , en effet, dans d'autres affections : ainsi , une sécré-
tion muqueuse ou purulente s'opère dans l'inflammation des
ui'elèrcs, de la vessie et de l'urèlhre ; la douleur lombaire existe
dans l'afieclion rhumatismale des lombes, dans la néphral-
gie, etc. ; enfin , si une tumeur dans la région des lombes est
un des signes de l'accumulation du pus dans le bassinet et les
calices dilatés , d'autres tumeurs lombaires n'ont ni la même
origine, ni le même siège.
1' La douleur lombaire se rencontre dans diverses espèces
de néphrites aiguës , dans les hydatides du rein et de l'uretère,
dans les coliques néphrétiques, dans la rétention d'urine sans
inflammation, duns le rhumatisme lombaire {lumbago), dans
certaines maladies de la colonne vertébrale , dans le psoïtis,
dans des anévrysmes de l'aorte descendante, dans la grossesse,
dans quelques maladies de l'utérus et de ses annexes, dans cer-
taines péritonites partielles et dans des inflammations du tissu
cellulaire exlra-péritonéal de cette région.
(i) Une d,ime,âgéc de 5o ans, d'un tempérament cbnud et sec, était sujette
aux douleurs ncpbrétitjues causées par des sables et des pierres dans les
uriDcs. Elle a été dans ces souffrances environ l'espace de trois ans; mais ce
qu'il y a de surprenant, c'est que ces douleurs l'attaquaient tous les mois au
même jour, même à la même beurc ; de sorte que, quand elle n'était point
tourmentée, elle prédisait toujours le jour et l'bcure où les douleurs re-
tiendraient; ce qui ne manquait pas d'arriver; et avant que les petites
pierres fussent sorties avec l'urine, les douleurs étaient si vives, qu'elle
tombait dans des monvemens convulsifs {Ejihem. cur, nat. Dec. m, an vu et
Tiii, oba. cxc, p. 3o8).
3o PYiÎLiTE CALCULEUSE {cliagnoslic).
a''Dana la néphrite, la douleur est souvent si analogue à colle
qui a lieu dans la pyélile calculeuse, qu'il faut avoir recours à
d'autres caractères pour distinguer ces deux affections; toute-
fois, dans la pyélite calculeuse, les douleurs sont généralement
plus vives. Dans les cas douteux, il faut avoir égard à la pré-
sence ou à l'absence de matières muqueuses ou purulentes dans
l'urine, et à la présence ou l'absence d'une tumeur dans la ré-
gion lombaire- Cependant, lorsque ces deux signes manquent,
on peut croire encore à l'existence d'une pyélite calculeuse,
quand une douleur lombaire, avec fièvre, offre des exacerba-
tions, des accès et des accidens semblables à ceux qu'on ob-
serve habituellement dans les coliques néphrétiques.
3* Les hydatidcs des reins , lorsque leur kyste commu-
nique dans le bassinet, sont souvent accompagnées de dou-
leurs rénales qui, comme dans les coliques calculeuses , s'é-
tendent le long de l'uretère jusque dans la vessie. II y a sou-
vent rétention passagère de l'urine avec efforts violens pour la
rendre, efl'orts quelquefois suivis de l'issue de pellicules hyda-
(iques par l'urèlhre. S'il existe en même temps des hydatides
dans la cavité du bassinet et une inflammation de ce conduit
excréteur, il y a à-la-fois excrétion d'hydalides, douleurs ré-
nales et urines purulentes. Toutefois, l'excrétion d'hydatides et
d'une urine purulente peut avoir lieu dans les cas oii les hyda-
tides proviennent de kystes accolés à la vessie enflammée. J'ai
vu des kystes acéplialocystiques , indépendans du rein, s'ou-
vrir simultanément dans les voies urinaires et dans le canal
intestinal, et les hydatides être excrétées en même temps par
l'anus et par l'urèthre.
4° l'a pyélite calculeuse avec colique néphrétique se distingue
de la nèphralgic , en ce que, dans la première, la douleur est,
le plus souvent, beaucoup plus aiguë et plus insupportable
et qu'elle cesse instantanément après l'émission d'un gravier
ou lorsqu'il tombe dans la vessie après avoir parcouru le trajet
de l'uretère.
5° Dans les cas de rèlenlion ù! urine, soit complète^ soit incom-
plète , il n'est pas très rare de voir les malades se plaindre
d'une douleur dans une ou dans los deux régions lombaires;
PYÉLTTE cA-LCiiLEtisE (cUagnostic). 3f
douleurs assez aiguës pour faire croire quelquefois à l'exislence
d'une néphrite o\\ d'une pyélite calculeuse; et pourtant, après
la mort, on n'observe pas le moindre signe d'inflammation; les
reins, plutôt pâles que rouges, paraissent sains , à l'exception
d'un alFaissement plus ou moins marqué des mamelons. Dans
ce cas, la mort arrive quelquefois assez promptement après
des accidens cérébraux.
6° Dans le lumbago, la douleur affecte ordinairement les deux
côtés à-la-fois et à-peu-près avec la même intensité ; elle est
toujours exaspérée par les mouvemens du tronc; le plus sou-
vent, elle est apyrétique, et quelquefois précédée d'autres dou-
leurs musculaires ou articulaires ; dans la pyélite , la douleur
se fait sentir presque toujours d'un seul côté (les pyélites
calculeuses doubles sont rares), ou au moins avec une inégale
intensité à droite et à gauche; elle augmente bien par la con-
traction des muscles des lombes , mais cette augmentation
n'est pas comparable à la douleur vive occasionée par la con-
traction des muscles rhumatisés. Cependant il n'est pas tou-
jours facile de distinguer une douleur rhumatismale lombaire
d'une douleur rénale. Le jugement porté par Boerliaave sur
la nature d'une douleur qu'il éprouva dans la région des reins,
me paraît même contestable (i).
(i) Dum Boerhaavius de rlieumatismo loquebatur corain auditoribus suis,
dixit, qiiod circa nicdium mcnsis Augusti, dum hora quarta matutina obser-
Viitionibus in borto botanico facicndis occupabatur,senserit dolorem quasi
tiopliriticum, quem mirabatur ; dolor, a renis sinistri regione incipiens, se-
ruiidum diîcursnm uretcris ad os pubis usquo tanta cuai vobemcntia perge-
liat, ut crederct, calculum de rené per ureterem ia vesicam descendere :
iiinul adcrat xjropensio in TOmitum. Utebatur copia mollissiini decoctl , es
farina scminum lini parati; oriebatur ingens tenesmus, ita ut calculus prae-
scns esse videretur quem sperabat exiturum; unde pergcbat animose in
codcm remcdio, ut laxaret et lubriciiret viam : sumpsit eodem lempore ali-
qiiot guttulas AropU Paracelsi, extractum nempe croci ope alcobolis puris -
!>imi paratuin, quod tauti fecerunt cbemicoruni principes, ut aroma pbiloso-
pliorum appcllaverint, perque primas iitleras vocabulorum ^ro/j/i. Paulo
po5t aberatoranis dolor; scd sequenti die immanis aderat in luinbis, qui
durant pcr très mcnses, cadera vcbcmentia; postquam parum remittcrc in-
32 PYÉLITE CALCLLEDSE {diagnostic).
8° On peut difficilement confondre la pyélite avecles névral-
gies lombaires , dans lesquelles la douleur suit le trajet des
nerfs des parois abdominales ou longe les derniers côtes. Il faut
aussi distinguer les douleurs rénales qu'on observe dans la
pyélite calculeuse, des douleurs dorsales ou lombaires qui s'é-
tendent autour du tronc, en ceignant la base de la poitrine ou
de l'abdomen, et qui sont quelquefois accompagnées de la pa-
ralysie du sphincter de l'anus, de la vessie et des membres in-
férieurs.
9° Dans la cffl/nedM'rcrie'ArM lombaires, la douleur est sourde et
en général bien moins intense que dans la pyélite calculeuse. Cette
carie se distingue, en outre, par la déformation de la colonne
lombaire et souvent par des abcès par congestion , soit vers le
pli de l'aine, soit vers la fesse ; enfin par une paraplégie com-
plète ou incomplète, quelquefois avec absence de mucus ou de
muco-pus dans l'urine. Cependant la paraplégie finit souvent
par entraîner à sa suite une rétention d'urine qui détermine
une inflammation chronique de la vessie et parfois des ure-
tères et des bassinets; complication dans laquelle on retrouve
à-la-fois les caractères de la carie des verlèbi es et de la pyélite.
10° Dans \e psoïtis , le malade éprouve d'abord une douleur
sourde dans le côté affecté ; cette douleur devient plus tard
assez aiguë, s'étend de la colonne lombaire vers le pubis, et
le corps est infléchi en avant et du même côté que la maladie ;
les mouvemens de la cuisse sont très douloureux, et il est ex-
trêmement difficile , pour ne pas dire impossible de redresser
le tronc, le corps étant debout. Plus lard, les ganglions de
l'aine s'engorgent; puis il se produit, sous le péritoine et dans
l'épaisseur du muscle, une collection purulente , souvent avec
œdème du membre. Lorsque cette collection de pus est consi-
dérable, elle forme quelquefois sur un des côtés du bassin
une tumeur reconnaissable au toucher et à la percussion. On a
pu confondre, avec la pyélite calculeuse, de semblables dépôts
' cipiebat illud tormentum, evolvlt auctores, et vidit Sydenhamum notasse illa,
qn.-e passusfuerat (Gerardi Van Snieten, Commentariain Uermanni Boerhaave
Aphorismos,i, v, p. 597. Apli. i4go, rlicumatismus, in-4. Parisiis, 1773).
py:élïte CALcriLuusF. (diagnostic). 3 H
de pus, provenant du psoab onllammé, el s'ouvrant dans la
vessie (i).
Il" On a vu des anévri/smes de l'aorle donner lieu à des dou-
leurs lombaires et simuler des douleurs rénales. Tantôt, la
tumeur anévrysmale s'était développée du côté de la cavité du
ventre sans altérer la colonne vertébrale (cas dans lequel il est
extrêmement difficile de la reconnaître); tantôt elle avait usé
les vertèbres lombaires et déterminé la formation d'une tumeur
pulsatile dans cette région.
iQ'Rien n'est plus commun que d'entendre, vers la fin de la
grossesse , les femmes se plaindre de douleurs de reins. Mais
ces douleurs , qui ont lieu beaucoup plus bas que la région
lombaire, ne peuvent être confondues avec celles de la pyélite
calculeuse. J'ai déjà noté {§ 420) que la néphrite et la pyé-
lite calculeuse coïncident quelquefois avec la grossesse et
qu'elles étaient une cause d'avorteraent : l'examen de l'urine
peut mettre sur la voie de cette complication.
i3° Certaines maladies de Vovaire et des peritoniies partielles
dans la région lombaire peuvent faire croire à une maladie du
rein, et en particulier à une pyélite calculeuse, surtout si elles
coexistent avec une cystite aiguë ou chronique ; il est très
facile de se tromper dans ces circonstances.
i4° La même remarque peut être faite, à plus forte raison, à
l'égard de Vinflammaiioii du tissu cellulaire extra-pèritonéal,
dans les environs du rein. Cette affection peut être confondue
avec la pyélite, quand l'urine n'est plus chargée de pus, ou,
lorsqu'il y a rétention de la matière sécrétée. D'un autre côté,
lorsque la membrane interne de la vessie est plus ou moins
euilaramée, l'existence de globules purulens dans l'xirine peut
(i) M. Howship rapporte que chez un homme qui rendait des urines
purulentes, et qu'on avait des fortes raisons de croire atteint d'une suppu-
ration des rcius, il trouva, apri» la mort, contre sou attente, les reins et les
uretères sains. Le pus provenait d'un abcès formé dans le muscle psoas,
qni avait contracté des adhérences avec la vessie, dans l'intérieur de la-
quelle l'abcès communiquait par une petite ouverture (Howship. A praccical
treattse, etc., of some of the most important eomplaints thaï affect the sé-
crétion andthe excrétion of the «n/w, page 67).
III. 3
34 PYÉLiTE CALCULEUSE {diagîiostic).
faire croire à une inflammation du bassinet, dans un cas de
périnéplirite compliqué de cystite. Dans ce dernier cas , le
diagnoslic n'est jamais rigoureux.
h' inflammation d'un point circonscrit du colon ascendant
ou descendant peut , dans certains cas, simuler une pyélite
calculeuse,- mais presque toujours il y a dérangement des fonc-
tions intestinales et notamment des alternatives de diarrhée et
de constipation avec développement et excrétion de gaz intes-
tinaux. D'ailleurs , dans la pyélite calculeuse , l'urine est tou-
jours mélangée d'une certaine quantité de pus , lorsque la
çprninunication entre le bassinet et la vessie n'est pas complè-
tement interceptée; dans la colite, les matières fécales sont le
plus souvent mélangées de sang ou de mucus. Mais on observe
quelquefois la coïncidence de ces deux afl'ec lions (Voyez : Fis-
TtlLES RÉNAI.ES-INTESTINALES).
iG" J'ai vu, u» petit nombre de fois, des femmes hystériques
é[)rouver , dans la région des reins et d'un seul côté , une dou-
leur qui simulait la colique néphrétique (i); mais, dans ce cas,
l'urine était pâle, très aqueuse, et parfaitement transparente.
i7"'EuGn,lesiège do la douleur peut quelquefois induire en er-
reur sur le rein affecté. On a vu des malades dont la pierre était
dans le rein droit et qui rapportaient la douleuraurein gauche (a).
On cite aussi un certain nombre de cas dans lesquels les
n^alade^ pe se sont pas plaints de douleurs dans la région des
reius {Pt/éiiies calculeuses latentes) (3).
(i) Sjdenkam a très bien expo;;é les caractères de cette affection (EpUtola
De affeclione hfsterica, Opéra, t. ï, p, 258, m-4, Genevte, 1769).
(a) « Calculus magnitudine digiti poUicis incnrvatus, et partim in pelyi,
•> partim in priacipio ureteris existeos in dextro rené inventas est; cùm
« tamen dolor, quod sanè mirun:, et observa tione dignum est, sinistrum
« dantaxat rcncra molestarct (Baglivi. Opéra, de anat. Cbrarnm.p. 4*0).
(3) On lit dans Baglivi : « Sunt qui calculum babcnt in renibus , nec ul-
« liim iisdem dolorcm parit , quod in duobus observari, Bononia; scilicet et
<t Patavii, quorum cadaveribus dissectis ingénies calcules in renibus vidi-
» mus, nec uUis ante vexati fuerant renum doloribus » (Baglivi. Opéra,
praxeos racdic. lib. i, p. 118). — Boulier {Prax. cap. de hydrope) avait fait
une observation semblable : » In dissecto cadavere observavi renem sinbtrum
PYÉLiTE CALCULi-usE {fliagnostic). 35
§ 65o. La sécrétion et l'excrétion du jms ou du mucus puru-
lent par les voies urinaires peut avoir lieu, non-seulement dans
« absnmptum et vomica plénum, dextrum autcm calculo obsessum, et tamea
« aegcr non dc^ebat de cnlculo. » — Heurn (In not. ad Joan. Fernelii
Univers, med. pathoL, lib. vr, cap. xti, p. 176) trouva, dans un des reins d'un
garçon de 17 ans, et qui n'avait jamais éprouvé des douleurs rénales,
quatre-vingts petits calculs et soixante-dix dans le rein du côté opposé. —
Borelli {^JfJist. et obs. rar., cent, ii, obs. liXii, p. Ï62) parle d'un calcul gri-
sâtre, rameux, du poids de sept onces, trouvé dans le rein droit d'un indi-
vidu qui n'avait jamais eu ni douleur rénale, ni aucun autre signe de l'exis-
tence de ce corps étranger. — Ant. Pozzi {Miseel. nat. cur., dec. i, an iv,
obs. xxiy) parie d'un homme dont le rein droit, gros comme la têie d'un
eiif;int de deux ans et pesant deux livres et demie, contenait un calcul dont
la pointe avait transpersé les parois du rein et occasioné la gangrène, et
«û abcès profond. L'autre rein contenait au moins cent petits calculs. « Sed
qnod mirum est, dit Pozzi, toto tempore vita: nunqnam conquestus est de
doloribus nepLreticis, calculis, urinis sabulosis aut difficulter vel diminute
fluentibus. « Le même auteur cite un autre cas de calculs volumineux dans
les deux reins, sans douleur ni sentiment de pesanteur aux lombes et sans ex-
pulsion de graviers. Les urines, semblables à de l'eau, étaient très abondantes,
et la soif était inextinguible (Ibid. Obs. xxxii). Prassins (G.) (cité parBonet,
Sepiilc. t. III, sect. XXII, obs. xxiv), a trouvé, dans l'un des reins d'un vieil-
lard, DU calcul gros comme une noix, avec deux apophyses, et dans l'autre
rein deux autres calculs; l'un d'eux avait la grosseur d'un noyau de pêche,
ei l'antre celle d'une amande. Le malade n'avait jamais éprouvé des douleuri
du côté des reins. — Veirae {Ferhandeling. door het Genootscli. de FUssingen,
Decl vir, p. i68) rapporte que chez une femme, il n'existait pas de traces
<iu rein gauche; le rein droit, plus gros qu'à l'ordinaire, contenait trois
pierres qui pesaient 58 grains, et qui n'avaient jamais donné de signes de
leur existence. — Houstet, dans son beau mémoire sur les pierres enkystées
et adhérentes a la messie {Mém. de l'Acad. de chirurg., t. i, p. 401), parle
d'une femme morte d'une fièvre maligne, et chez laquelle le rein gauche était
très altère; le bassinet contenait un calcul, cette femme ne s'était jamais
plainte de douleurs rénales. — Voyez aussi Morgagni {De scdibus et causis
mnrbor., epist. xi, § i5). — Hist. de l'Académie des Sciences de Paris,
^73o, p.4i._ Dehaeu {D e rniraculis , cap. m, p. 77).— Van-Swieten {Corn.
"» H. Docrhaave aplwrismos, t.v, p. 248 et 273. — Howship {loc. cit.
p. io5). Quelques faits analogues ont été rapportés dans les journaux de
médecine.
36 PYÉLiTE CA.LCULEUSE {diagnostic).
la pyélite, mais aussi dans d'autres maladies , soit de l'appareil
urinaire, soit d'autres organes. Du pus provenant de l'inflam-
mation du tissu cellulaire extra-péritonéal , du muscle psoas,
de l'ovaire (i), etc., peut être versé , soit dans le bassinet, soit
dans l'uretère, soit dans la vessie; l'urine se charge de pus dans
la cystite aiguë ou chronique, et peut simuler une maladie du
rein^ de même qu'une maladie du rein peut simuler une ma-
ladie de la vessie (a).
On a dit que, lorsqu'il n'y avait ni douleur, ni tumeur dans la
région des reins, l'examen des urines pouvait servira distin-
guer la pyélite de la cystite ; que, dans l'inflammation du bas-
sinet et des calices, il y avait dysurie avec dépôt de véritable
pus; que, dans le catarrhe de vessie, l'urine était glaireuse
et visqueuse. Cette remarque est vraie pour un certain nombre
de cas; mais j'ai déjà fait observer que cette apparence glai-
feusfe pouvait être donnée au pus rénal par un certain degré
d'alcalinité de l'urine , et que le pus dans la cystite n'était pas
toujours glaireux.
La présence du mucus ou du pus dans l'urine , lors même
qu'il n'existe point de douleurs dans la vessie, ne suffit pas
pour caractériser la pyélite calculeuse. Pour supposer que du
pus provient du bassinet ou des calices , occupés par un ou
plusieurs Calculs, il faut qu'il ait existé ou qu'il existe encore
une douleur plus ou moins vive dans la région d'un des reins.
On a prétendu que Ib pus descendant du rein ne sortait de
(i) M. le doctear Campagnac m'a fait voir un cas semblable et je l'ai
figuré (ArtAs, PI. lx, Cg. 4)' Lassus mpporte aussi l'observation d'une
femme qui, depuis fort long-temps, éprouvait dans la région lombaire droite
des douleurs qu'on attribuait h l'inflammation du rein, parce que le pus
était rendu avec l'urine. Après la mort, on trouva le rein parfaitement
sain; mais il existait un abcès dans l'ovaire droit qui adhérait à la vessie et
l'cnhmuniquait avec cet organe au milieu d'une ulcération, à travers laquelle
le pus filtrait (Lassus. Patholng. chiruig., tom. i, p. i38).
(a) M. Martin jeune a rapporté un cas remarquable d'abcès de la fosse
iliaque droite avec évacuation d'urine purulente {Des dépôts des annexes de
la matrice. — Journal clinique des hôpitaux de Lyon, in-8, i83o, tom. ir.
I
PTÉLiTE cALCULEUsiî (diagnostic) , 3j
la vessie qu'après l'urine; mais il est certain que le pus est
rendu mélangé avec l'urine , et en plus grande abondance à la
fin de son émission , soit qu'il provienne de la vessie , de l'u-
retère ou du bassinet.
Je ne dirai rien , relativement au diagnostic des pyélites cal-
culeuses purulentes , des excrétions critiques et métastati-
ques du pus par les urines; je renvoie à ce que j'ai déjà dit
à cet égard (§§ 25i, 43 1).
II est plus difficile (à cause de la rareté des cas) de re-
monter à la véritable source de la suppuration , quand le pus,
provenant d'une pyélite ou d'un abcès eXtra-rénal, se fait jour
sous le ligament de Poupart, à la fesse ou dans le voisinage de
l'anus. Quelquefois des calculs, des graviers ou au moins des
urates, mélangés avec la matière purulente qui sort par la fis-
tule, font connaître la lésion du rein.
La sortie d'un liquide purulent, ayant une odeur urineuse
ou contenant de l'urée ou de l'acide urique, est un caractère
pathognomonique des abcès rénaux des lombes.
On a vu le pus, provenant du bassinet enflammé, être éva-
cué avec les selles , par suite d'une communication fistuleuse,
établie entre le bassinet dilaté et le duodénum , ou le colon as-
cendant, ou le colon descendant, ou même le rectum loi'sque
le rein est vicieusement placé dans le petit baSsin.
§1 65i, Après avoir indiqué la valeur de ces symptômes
(douleur dans la région rénale et présence du mucus, du sang
et du pus dans l'urine) , comme signes de la pyélite calcu-
leûse , je vais faire ressortir les caractères distinclifs des
tumeurs rénales formées par l'accumulation du pus dans le bas-
sinet. J'insisterai sur le diagnostic de ces tumeurs d'une ma-
nière toute particulière, à cause des opérations qu'elles peuvent
réclamer; opérations qui pourraient être nuisibles ou promptc-
raent mortelles si elles étaient pratiquées sur quelques autres
tumeurs qu'on observe quelquefois dans les mêmes régions.
Les tumeurs qui peuvent être confondues avec les tumeurs
consficutives aux pyélites calculeuses, chroniques, sont : pour
le côté gauche, toutes celles qui résultent d'un développement
morbide de la rate ; pour le côté droit, les tumeurs du foie et de
38 PYÉLiTE CALCTJLETJSE (diagnostic).
la vésicule du fiel : pour les deux côtés, diverses tumeurs rénales
d'une autre nature (hydronéphroses, hémorrhagies abondantes
dans la cavité du bassinet, reins cancéreux, tuberculeux; reins
contenant des kystes acéphalocysliques^ etc.); des abcès extra-
rénaux, soit idiopathiques , soit consécutifs à des perforations
du rein ou de l'intestin colon et de la fin du cœcum ; des abcès
par congestion, suite de caries de la colonne vertébrale ; des tu-
meurs propres aux capsules surrénales ; des anévrysmes de
l'aorte ; des tumeurs enkystées , contenant différens liquides
ou des acéplialocystes ; enfin, des tumeurs stercorales produites
par l'accumulation des matières fécales dans le colon et dans le
cœcum.
i°De toutes les tumeurs qu'on peut confondre avec celles qui
résultent d'une collection de pus dans la cavité du bassiuet, les
hydroiièjthroses sont, sans contredit, celles qui s'en rapprochent
le plus par leur forme, par leur situation et par la sensation
de fluctuation qu'elles donnent dans toute leur étendue. Dans
les deux cas, la tumeur, formée par le rein dilaté, est ordinai-
rement bosselée, fluctuante, mate à la percussion, et accom-
pagnée d'un élargissement de la région lombaire. Mais les
tumeurs formées par l'accumulation du pus dans la cavité
du bassinet et les calices, sont le siège de douleurs plus ou
moins vives , au moins de temps à autre; elles sont souvent
accompagnées d'un mouvement fébrile ; et si elles sont indo-
lentes , elles deviennent facilement douloureuses par une lé-
gère pression ou dans certains mouvemens du tronc. Dans
l'hydronéphrose au contraire , la tumeur est indolente et
n'apporte d'autre incommodité que celle qui résulte de son
volume. Enfin, lorsque la communication entre la poche, for-
mée par le rein distendu el l'uretère, n'est pas complètement
interrompue, l'urine, dans la pyélile avec tumeur, est purulente
Cl opaque, tandis que, dans l'hydronéphrose, elle est ordinai-
rement transparente ou seulement obscurcie par du mucus.
40 II est plus difficile de disîinguer la tumeur formée par une
collection purulente dans la cavité du bassinet, des aicM situés
dans le tissu cellulaire qui environne le rein {périnèphrite) ,
soit que ces abcès soient survenus à la suite d'une contusion,
pYÊLTTE CAictJLEUSE (diagnostic). 39
ou qu'ils aient été déterminés par le passage du pus ou de Tu-
rinc à travers une fistule rénale, consécutive à une inflamma-
tion du bassinet ou du rein. Au reste , il est à noter que, dânS
le cas de tumeur formée par une collection de pus dans la ca-
vité du bassinet, la fluctuation est plus profonde^ aux lombes,
que dans les cas d'abcès autour du rein. En outre, ceux-ci
sont presque toujours suivis ou accompagnés d'un œdème du
tissu cellulaire sous-cutané de la région lombaire; œdème que
je n'ai point observé dans les cas de Collection purulente dàns
la cavité du rein, sans abcès extra-rénal. Presque toujours
aussi j les abcès situés entre la face postérieure du rein et les
muscles de la région lombaire , finissent par soulever la peau
dans un point oii la fluctuation est très superficielle ; et si on
applique une des mains sur la partie antérieure de l'ab-
domen et l'autre sUr la région lombaire, la fluctuation eât
plus sensible que dans les cas de collection purulente dans la
cavité du bassinet et des calices. Le passage d'une certaine
quantité de pus dans l'urine peut lever les doutes; mais ce
signe manque lorsqu'il y a obstruction complète de l'uretère
entre la vessie et le bassinet rempli d'urine et de pus.
3° C'est avec plus de difficulté encore qu'on parvient à distin-
guer les cas complexes dans lesquels il y a à -la-fois collection
purulente dans la cavité du bassinet et des calices , et abcès
autour du rein. Cependant, Si , après la formation d'i^ne
collection purulente dans la cavité du bassinet, il est sur-
venu plus tard une douleur aiguë à la partie poslirieure
de la tumeur, et un oedèmfe au-dessous de la peaU, la suc-
cession de ces symptômes fera présumer une fistule réhale
borgne et un abcès autour du rein. Mais il est des cas dans
lesquels l'ordre de succession des accidens n'a pas été observé,
oïl l'on manque même de renseignemens sur les symptômes
qui ont précédé ou accompagné le développement de là tu-
meur lombaire; et, à moins qu'il ne soit établi que les malades
ont éprouvé antérieurement soit des rétentions d'ttrine, soit des
pissemens de sang ou des coliques néphrétiques , le diagnostic
ne peut être sûrement établi. En de tels cas, une fois qu'il a été
biên constaté que la tumeur lombaire n'est pas formée par d«
4o PYÉLiTE CALCULEUSE {diagnostic).
sang épanché , le moyen le plus sûr d'éclairer le diagnostic et
en même temps de prévenir l'épanchement du liquide dans la
cavité du ventre, ou au moins l'extension de l'abcès, est d'ou-
vrir la tumeur. La nature du liquide qui s'écoule après l'inci-
sion ne lève cependant pas immédiatement tous les doutes.
Une odeur fétide, analogue à celle des abcès stercoraux, peut
être fournie par les collections purulentes, développées autour
des reins et près du colon, sans perforation de cet intestin.
D'un autre côté , si une odeur stercorale n'exclut pas l'idée d'un
abcès autour du rein, avec ou sans communication dans l'inté-
rieur du bassinet, on doit se rappeler que les collections pu-
rulentes, formées dans l'intérieur du rein et qui se font jour
à l'extérieur, n'ont pas d'odeur urineuse sensible dans un
grand nombre de cas. Les flocons que le doigt rencontre dans
la cavité de l'abcès n'autorisent pas non plus à le regarder
comme nrinettx. J'ai vu, en effet , des abcès tuberculeux dans
la région lombaire offrir de semblables filamens et une sorte
de détritus organique. Mais, si le diagnostic n'a pas toute la
certitude désirable au moment de l'ouverture de l'abcès, la
marche et la nature des accidens ultérieurs lèvent, plus tard,
tous les doutes.
4" Dans les abcès slcrcoraux, lombaires, des gaz et même des
matières fécales se font jour par la fistule; la percussion et la
pression sur le colon favorisent et augmentent le dégagement
des gaz. Des vers ou des matières solides introduites avec les
alimens, peuvent sortir par la plaie, etc., et du pus est quel-
quefois rendu par les selles avec les matières fécales.
Dans les abcès extra-rénaux, sans fistule stercorale, il ne
s'écoule ni matières fécales, ni urine par la plaie. Dans les
collections purulentes , consécutives à la pyélite calculeuse ,
de l'urine et quelquefois un ou plusieurs calculs sortent par la
fistule, après l'évacuation du pus.
5° Les abcès autour du rein consécutifs à des ahcès du foie, ne
peuvent être distingués des pyéliles et des autres abcès de cette
région par les qualités du pus. La teinte lie de vin, que quel-
ques auteurs ont assignée au pus provenant des abcès du foie,
se rencontre rarement. La source de ces abcès peut être dé-
PYELITE CALCULEUSE [cUagHOStic). l^t
celée par un trouble plus ou moins considérable des fonctions
du foie.
6° Les alcès par congcsLionj provenant d'une carie de la co-
lonne vertébrale ou d'une affecUon tuberculeuse des vertè-
bres, peuvent être distingués de la distension du rein parle
pus, en ce qu'ils sont presque toujours accompagnés delà
saillie des apophyses épineuses des vertèbres afifeclées, et le
plus souvent d'une paralysie plus ou moins complète des mem-
bres inférieurs, de la vessie et du rectum; en outre, ces
sortes d'abcès, presque toujours bornés en dehors par le colon
ascendant ou descendant, forment, dans le ventre, une tu-
meur plus rapprochée de la colonne vertébrale , plus allon-
gée et dirigée obliquement de l'épine du dos vers l'arcade
crurale. J'ai vu aussi la carie de l'os des îles donner lieu à des
collections purulentes qui s'étaient élevées vers la région ré-
nale; elles différaient des tumeurs purulentes des reins , en ce
que la surface de ces dernières est ordinairement bosselée.
Toutefois, ces abcès et les abcès consécutifs à la carie et aux
affections tuberculeuses des dernières vertèbres dorsales et des
vertèbres lombaires, forment quelquefois des tumeurs aux
lombes qui par leur situation se rapprochent beaucoup des
abcès extra-rénaux, consécutifs aux fistules rénales borgnes.
7° On a vu, à la suite d'une contusion aux lombes, le ia/ii/ être
versé progressivement et retenu en assez grande quantité dans
la cavité du bassinet pour entraîner une dilatation et une aug-
mentation considérable du volume de ce conduit et du rein
lui-même. Dans ce cas, qui est fort rare, la cause de la mala-
die et l'écoulement habituel d'une certaine quantité de sang
sans mélange de pus par les voies urinaires , conduira plutôt
à admettre l'existence d'une hémorrhagie que celle d'une
py élite.
8° Les kystes séreux ou nrinaircs des reins sont rarement
assez nombreux et assez volumineux pour imiter une collec-
tion purulente (Voyez : Kystes). Mais un kyste acéphalocysti-
que, considérable, dans le rein, peut simuler une tumeur pro-
duite par une collection purulente dans le bassinet. Le fré-
missement propre aux tumeurs acéphalocystiques ne peut être
H PY^LITE CAtCTTLEUSE {diagnostic).
perçu que dans un petit nombre de cas , et l'évacuation des
acéphalocysles avec les urines, symptôme qui lèverait toute
l'incertitude du diagnostic , n'a lieu qu'après la rupture de ces
kystes dans le bassinet.
«"Les retMifî^Acrcw/ewa? sont rarement assez volumineux pour
simuler une distension du bassinet et du rein par du pus. La
résistance que le rein farci de tubercules offre sous le doigt, est
bien différente de celle des poches rénales, pleines de pus. Le
ramollissement des tubercules rénaux peut être suivi d'un
abcès fusiforme, vers l'arcade crurale , non-seulement difficile
à distinguer d'une collection purulente dans le bassinet et le
voisinage des reins, mais encore des abcès par congestion, pro-
venant d'une carie de la colonne vertébrale.
10° Le rein atteint de cajicer peut être tellement augmenté de
volume, qu'il pèse plusieurs livres et forme tumeur aux lombes.
Cette tumeur peut présenter une fluctuation obscure , lors-
qu'une grande partie de la masse s'est ramollie et infiltrée de
sang (fongus bématode); mais des hématuries fréquentes et
les caractères extérieurs de la cachexie cancéreuse ne per-
mettent pas de confondre de semblables tumeurs avec les col-
lections purulentes dans le bassinet.
Il" Les tumeurs formées T^ar les capsules surrénales, disten-
dues par du sang et d'autres humeurs , sont larenieut assez
volumineuses pour simuler une collection purulente dans le
bassinet et les calices. Au reste, ces tumeurs (i) ne sont ni pré-
cédées, ni accompagnées d'urines purulentes.
12° On a vu des anèvrysmes de l'aorte abdominale s'établir
dans le flanc et simuler un abcès (a) ou une collection purulente
dans le bassinet et les calices dilatés. L'existence de batte-
mens isochrones à ceux du pouls, la sensation d'un mouvement
d'expansion éprouvé par la main , appliquée sur la tumeur, et,
dans un grand nombre de cas , un bruit de souffle perceptible
à l'auscultation, rendent impossible toute méprise.
(r) Rayer. Recherches anatomico-pathoîogiques sur les capsules surrénales.
— L'expérience, tom. i, i837, p. 17.
(2) Morgagni. De sedibus et cousis, etc. Epist. XL, art. 26.
Ï'Y'ÉLTTÉ CALCULEUSE {diagHOStîc). 4^
'ï3*Lcs inhimescences delà raie ne peuvent être prise» pour le
rein gauche, distendu par du pus. La tumeur formée par la
rate, s'élève plus haut dans la région du bas-fond de l'estomac,
et se porte plus en avant que les tumeurs rénales ; en outre,
presque toujours, les intumescences de la rate se rencontrent
chez des individus qui ont long-temps souffert des fièvres in-
termittentes ; lamatité, constatée par la percussion, s'étend de
la partie supérieure de l'hypochondie gauche, vers le flanc et
l'ombilic. La rate a d'ailleurs une consistance solide recon-
naissable au toucher, soit quand on comprime la paroi anté-
rieure de l'abdomen , les cuisses étant fléchies sur le bassin ,
soit quand on exerce une sorte de frottement avec la main à la
surface de la tumeur.
i4*Un développement morbide du grand lobe du foie, ou son
abaissement par suite d'un épancheraent séreux ou séro-
purulent dans la plèvre droite , peut simuler une tumeur
formée aux dépens du rein droit distendu par du pusj et cela
d'autant plus facilement que les tumeurs rénales finissent tou-
jours par contracter adhérence avec le foie.
iS" Ties kystes acèphalocystiqnes du foie peuvent, jusqu'à un
certain point, simuler une dilatation du rein droit devenu
adhérent au foie; mais, outre que ces tumeurs acéphalocystiques
du foie sont plus superficielles et donnent souvent sous le
doigt, appliqué à leur surface et percuté , la sensation d'un
frémissement particulier , elles ne sont point accompagnées
d'urines sanguinolentes ou purulentes. La même remarque
est applicable aux tumeurs de la vésicule biliaire (i) qui débor-
dent le foie. Ces tumeurs en s'allongeant conservent une dispo-
sition pyriforme, et ne soulèvent en arrière les lombes que dans
les cas très rares où elles acquièrent un volume très considé-
rable.
160 J'ai vu des tumeurs, dépendantes d'un des ovaires, s'élever
jusque dans la région lombaire; mais ces tumeurs, plus mo-
(0 Petit. Remarques sur les tumeurs formées par la bile {Mém. de
l'Académie royale de 6'Air«r., in-4, tom. i, p. i55).
44 PYÉLiTE CALCULEUSE (diagnosUc).
biles que les tumeurs rénales , peuvent être généralement re-
foulées par la pression dans l'hjpogaslre,
iy°Les kystes du tissu cellulaire de l'abdomen elles grossesses
extra-utérines sont des cas rares que le praticien doit avoir
présens à l'esprit lorsqu'il établit son diagnostic , et qui
n'ont que de faibles analogies avec les tumeurs formées par le
rein distendu par du pus.
iS" Il n'est pas toujours possible de distinguer, à un premier
examen, les tumeurs stercoralcs , occasionées par l'accumula-
tion des matières fécales dans le colon ascendant et dans le
colon descendant, des tumeurs rénales. Comme dans ces der-
nières, les régions lombaires sont mates à la percussion, au
moins sur leurs parties latérales ; lorsque les matières sont
rassemblées en masses plus ou moins considérables, de sem-
blables accumulations de matières fécales peuvent être accom-
pagnées d'une sensibilité morbide des portions de l'intestin
correspondantes au rein; et, lorsqu'elles se sont formées chez
des individus qui ont antérieurement présenté des désordres
fonctionnels plus ou moins graves des voies urinaires, on com-
prend qu'il peut exister d'abord quelque incertitude dans le
diagnostic. Toutefois les tumeurs que forme le colon ascen-
dant ou le colon descendant obstrué par des matières fécales,
sont ordinairement plus allongées , moins larges , d'une forme
cylindrique plus marquée que les tumeurs rénales. A droite^ les
tumeurs stercorales se prolongent le plus souvent vers le
cœcum , qui est mat dans quelques points et sonore dans quel-
ques autres oii il est distendu par des gaz. A gauche, la tumeur
slercorale se dirige vers la fosse iliaque et vers l'excavation du
bassin. Souvent on reconnaît en même temps que le colon
transverse contient des matières fécales , dures et solides. Au
reste, ces tumeurs stercorales sont plus communes du côté droit
que du côté gauche, et, lorsqu'elles sont douloureuses au lou-
cher ou à la pression, ce phénomène est ordinairement plus
marqué en avant qu'en arrière; ce qui, dans la plupart des cas,
est le contraire de ce qu'on observe dans les dilatations mor-
bides du rein, lorsqu'il n'y a point d'inflammation de la
portion correspondante du péritoine ; enfin les tumeurs
PYJÉLITE CALCULEUSE (pWîlOStic). 45
stercorales disparaissent après une ou plusieurs purgations.
§ 652, Après avoir reconnu qu'une tumeur lombaire est
formée par l'accumulation d'une certaine quantité de pus dans
le bassinet et les calices^ et parfois en même temps dans le tissu
cellulaire extra-rénal, il faut rechercher quelle a éié la cause
d'une semblable collection ; car, avant de procéder au traite-
ment, il s'agit de déterminer si la suppuration et la distension
du bassinet ont été consécutives à une rétention d'iirine, occa-
sionéft elle-même par un rétrécissement de l'urèlhre , par une
tuméfaction de la prostate, ou une paralysie de la vessie; ou
bien si la distension du rein est la conséquence d'une occlusion
de l'uretère occasionée par un champignon ou par un calcul
engagé dans ce conduit, par une tumeur située dans son voi-
sinage , ou bien enfin par des calculs formés dans le bassinet
ou dans les calices.
Ce diagnostic des mdt]aà\es primitives et antérieures à la pyé-
Hte calculeuse, exige qu'on procède d'abord à l'exploration de
l'urèthre, de la prostate et de la vessie, et qu'on examine avec
le plus grand soin les diverses régions de l'abdomen. Ce n'est pas
tout encore : le diagnostic serait incomplet si on ne procédait avec
le même soin à la recherche des maladies secondaires (Voyez :
Rapports de la py élite avec les maladies des autres organes).
De toutes les complications de la pyélite calculeuse, la plus
fréquente est celle de la néphrite. Dans la pyélite chronique,
l'atrophie progressive delà substance du rein rend cette com-
plication plus rare et moins importante. Viennent ensuite, dans
l'ordre de leur fréquence, les maladies de la vessie, puis toutes
celles de la prostate et de l'urèlhre qui occasionnent la réten-
tion de l'urine dans la vessie, et par suite dans la cavité du bas-
sinet et des calices.
§ 655. Pronostic. Quelque douloureuse que soit la pyélite
calculeuse dans son premier état, elle est généralement peu
grave, si un des reins seulement est affecté. Le pronostic est ,
au contraire, toujours grave dans le deuxième état et surtout
dans les troisième et quatrième états de la pyélite calculeuse
chronique, même lorsque les malades conservent les apparences
de la santé , même lorsque l'urine n'est altérée que par i'augmen-
46 PYÉLITE CALCBLEUSE {pJVnOStic).
talion de la proportion du mucus. Car, en supposant que le bas-
sinet s'accoutume, pour ainsi dire, à la présence d'un calcul ré-
nal (et j'ai recueilli plusieurs exemples d'un semblable résultat),
ce corps étranger, en augmentant progressivement de volume, fi-
nira par entraîner soit l'atrophie totale du rein, soit une ré-
tention complète de l'urine et du pus dans le bassinet affecté; et,
si, par malheur, le rein du cô té opposé vient à s'enflammer, ou si
l'uretère vient à être obstrué, même momentanément, par un
calcul, une mort rapide pourra en être la conséquence.
Dans la pyélite calculeuse avec sécrétion purulente, le pro-
nostic, déjà grave lorsqu'un des reins est affecté, l'est beaucoup
plus lorsqu'ils le sont tous les deux. Ce n'est pas seulement de
l'atrophie progressive du rein, et par conséquent de la dimi-
nution et de la cessation même de la sécrétion urinaire qu'il
faut calculer les suites ; d'autres dangers sont attachés à la sup-
puration de l'intérieur du bassinet et des parties contiguës du
rein, savoir : la possibilité d'une perforation ou d'une résorp-
tion purulente, le développement d'une péritonite, celui de la
phtilisie pulmonaire, etc. Toutefois, j'ai déjà remarqué qu'on
avait vu, dans des cas heureux, l'autre rein, resté sain, acquérir
plus de volume et suppléer par l'activité de sa sécrétion à la
destruction de son congénère.
Le pronostic est aussi plus ou moins grave , suivant que le
pw8 est retenu dans le bassinet ou qu'il s'écoule plus ou moins
librement par l'uretère dans la vessie.
Chez les femmes grosses, la pyélite calculeuse chronique est
une cause d'avortement ou d'accouchement prématuré.
Lorsque de semblables collections purulentes dans le bas-
sinet et les calices se font jour dans le tissu cellulaire extra-
périlonéal , ou à l'extérieur, par une ou plusieurs fistules à la
région lombaire , cette terminaison doit être regardée comme
lieureusc (Voyez : Fistules rénales).
Lorsque des voies de communication s'établissent entre ces
dépôts purulens et le foie, les poumons, ou l'intestin, etc.,
cette terminaison est plus ou moins rapidement mortelle; elle
l'est presque tout-à-coup lorsque le pus s'épanche abondam-
ment dans la cavité du péritoine.
pyÉLiTE CALCULEUSE [traitement). 47
Lorsque, dans la pyélite calculeuse , le pus ou l'urine puru-
lente ne peut se rendre dans la vessie par suite de l'occlu-
sion complète de l'uretère , le pronostic est très grave si cet
état se prolonge , et si on ne se hâte pas de frayer au pus une
issue au-dehors.
Lorsque de semblables collections de pus dans bassinet sont
suivies de fistules borgnes , les accidens qu'entraînent les
vastes clapiers qui se forment autour du rein , sont beaucoup
plus graves que ceux des simples dilatations du bassinet et des
calices.
Le pronostic de la pyélite calculeuse peut être rendu beau-
coup plus grave encore par d'autres lésions concomitantes
des voies urinaires ou d'autres appareils.
§ 654. Traitement. Au début de la pyélite et dans son •pre-
mier élat, on réussit quelquefois à apaiser les douleurs néphré-
tiques par des bains tièdes prolongés et les boissons mucilagi-
neuses , par de l'eau de lin , des émulsions, de la bière légère
avec addition de laudanum, etc.; par l'application des sangsues
et mieux encore par celle des ventouses scarifiées loco dolenti.
Lorsque la douleur est très aiguë et qu'elle est accompagnée
de suppression d'urine , d'efforts violens et répétés pour
vomir avec tendance à la syncope, les potions élhérées, les
laveniens d'assa fœtida ou de feuilles de jusquiame, des fric-
tions de camphre et d'opium dissous dans l'esprit-de-vin ,
ou bien encore les fumigations d'élher, remplissent une pre-
mière indication, celle de calmer les spasmes ou de prévenLr
les évanouissemens et les syncopes.
Le plus ordinairement ces accidens cessent au bout de quel-
ques heures, soit après l'expulsion au-dehors du gravier, soit
par le fait de son passage de l'urelère dans la vessie. En de tels
cas, on a quelquefois eu recours au froid avec succès : les ma-
lades s'élant mis nus, les pieds sur le pavé, plusieurs fois cette
pratique a été suivie de l'expulsion du gravier ou du rétablis-
sement de la sécrétion urinaire (i). Cette expulsion a quelque-
(0 Bourguet. Obs, sur un cas remarquable d'ischurie rénale, Bibl. méd.,
tom. Lxxni, p. 89.
48 PYiîLiTE CAtcuLEiJSE {traitement).
fois aussi paru favorisée jjar l'application des ventouses sèches
sur le trajet de l'uretère ou au périnée.
Lorsque les pretnrers accideiis ont cédé, si le malade n'a pas
expulsé au-dehors des graviers, si l'urine se charge de mucus
et prend les caractères indiqués dans les deuxième et troisième
élatSj il faut explorer la vessie ; et, si on parvient à y découvrir
un petit calcul, on cherchera à l'extraire ou à le briser, ou à
en provoquer l'expulsion en faisant boire à jeun une grande
quantité d'eau de fontaine ou d'eau minérale de Contrexeville.
Lorsqu'un gravier ou un calcul est engagé dans l'uretère et
qu'il l'obstrue (circonstance indiquée par le siège de la douleur,
la diminution de l'excrétion de l'urine , etc.), on a conseillé de
susciter le vomissement, d'exciter le malade à tousser et à éter-
nuer, et de lui faire faire des mouvemens brusques, de déter-
miner dans tout le corps de violentes secousses pour favoriser
le passage du gravier dans la vessie. A ce sujet, je remarque-
rai que, dans les coliques néphrétiques, j'ai vu rarement l'expul-
sion des graviers suivre les vomisseniens spontanés ou provo-
qués j et les malades sont trop souffrans pour chercher à
tousser ou à éternuer. Quant au cas d'obstruction d'un des ure-
tères par un véritable calcul, de semblables tentatives seraient
inutiles et dangereuses.
Lorsque des graviers ou des calculs sont restés engagés dans
les calices, le goulot du bassinet ou l'uretère , les accidens in-
flammatoires, entretenus par la présence de ces corps étran-
gers, seront combattus par les bains tièdes , par l'eau de lin,
l'eau de Contrexeville et par les ventouses scarifiées.
La station et l'attitude assise , prolongées pendant plusieurs
heures , réveillent presque toujours les douleurs. C'est un fait
que j'ai mainte fois constaté chez des hommes de cabinet, chez
des graveurs et d'autres personnes que leur profession obli-
geait à rester assis , et le corps incliné en avant, dans leur tra-
vail. Presque toujours , au contraire, les malades apaisent ou
font cesser leurs douleurs , en se couchant horizontalement sur
un des côtés du corps, et en fléchissant la cuisse sur le bassin.
Les malades doivent s'abstenir de rapports sexuels.
Plusieurs fois, lorsque la douleur avait résisté aux ventouses,
PYÉLiTE CALCULEUSE {traitement). 49
j'ai appliqué, avec succès, des vésicatoires volans sur la région
d'un des reins.
En agissant de la sorte , on parvient à calmer, pour un
certain temps, les accidens inflammatoires produits par la
présence des graviers ou par celle d'un calcul dans le bassinet
ou les calices; mais l'urine continue toujours ou au moins
presque toujours d'être chargée de mucus ou de muco-pus.
Dans le but de diminuer celte sécrétion, on a essayé l'action
de l'huile essentielle de térébenthine , à dose graduée, depuis
douze gouttes jusqu'à un gros par jour, pour une adulte. J'ai
également employé le baume de copahu, la térébenthine cuite,
la tisane de bourgeons de sapin, le poivre cubèbe, et je dois
dire que , si dans un certain nombre des cas la sécrétion du
mucus ou du muco-pus a été évidemment moins abondante ,
presque toujours aussi les exacerbations de la douleur rénale
ont été plus rapprochées. De sorte qu'en définitive , le lait d'à -
nesae et l'eau de lin me paraissent les boissons auxquelles les
malades doivent avoir habituellement recours, dans la grande
majorité des cas.
1° La deuxième indication est celle du traitement physico-
chimique de la gravelle ou des calculs rénaux. Certaines bois-
sons qui peuvent être bues en grande abondance , telles que
l'eau de fontaine, ou l'eau minérale de Contrexeville, agissent
mécaniquement en lavant les calculs, en entraînant les petits
graviers à travers les xiretères, et en facilitant, par la fréquence
des émissions de l'urine, l'expulsion de ces corps étrangers.
L'action de ces boissons sur les calculs rénaux proprement
dits est renfermée dans des limites si étroites que, malgré tout
ce qu'on a pu dire et écrire, il y a peu de compte à faire sur leur
efficacité. Il ne faut pas s'exagérer, non plus, les avantages qu'on
peut obtenir de l'action chimique de certaines substances sur la
gravelle elles calculs rénaux de diverses natures. Sans doute,
l'expérience a démontré qxie les boissons alcalines étaient gé-
néralement favorables dans le traitement de la gravelle et des
calculs uriques, et dans les pyélites produites par ces concré-
tions; mais l'observation attentive de l'action de ces boissons a
prouvé également que, dans la goutte (condition pathologique
m. 4
5o PTÉLiTE CA.LCULEUST: {fraitcment).
dans laquelle s'engendrent le plus ordinairement la gravelle et
les calculs uriques), le dépôt d'acide urique persistait après
plusieurs cures d'eaux minérales alcalines; et que, d'un autre
côté, l'action prolongée de ces boissons avait quelquefois de
graves inconvén iens (Voyez : Gravelle).
Lorsqu'il résulte de l'examen de l'urine que les graviers ou
les calculs, situés dans les calices ou le bassinet, sont principa-
lement composés de phosphates (au moins dans leurs couches
extérieures), la chimie, proprement dite, offre peu de ressources
contre ces calculs. Généralement on recommande les boissons
chargées d'acide carbonique ; mais il est certain que ces bois-
sons rendent bien rarement claires et transparentes les urines
troublées par la précipitation des phosphates. D'ailleurs, l'ob-
servation d'un grand nombre de malades m'a démontré que
la sécrétion d'une urine alcaline et trouble était, sinon toujours,
au moins presque constamment le résultat d'une inflammation
chronique des reins. Ce n'est pas à l'aide d'acides végétaux ou
minéraux qu'on peut espérer de modifier la composition de telles
urines; lorsqu'on atteint ce but, c'est en ayant recours au trai-
tement que nous avons conseillé contre la néphrite chronique
(Voyez : NÉPHRITE CHRONIQUE ; GrAVELLE ÏHOSPnATIQDE). Je
renvoie également à d'autres paragraphes (Voyez : Gravelle
OXALIQUE, CYSTIQUE, etc.) l'cxposé du traitement chimique
des autres espèces de concrétions rénales qui peuvent détermi-
ner l'inflammation des calices et du bassinet.
§ 655. Dans le quatrième étal de la py élite calculeuse, lors-
que l'urine et le pus sont accumulés dans le bassinet et les
calices, de manière à donner lieu à la formation d'une tumeur
dans la région lombaire, on a conseillé, pour favoriser l'écou-
lement du pus par l'uretère, de chercher à déplacer le calcul
par des pressions ou des secousses du tronc, par de longues
promenades à cheval ou en voiture. Mais , à supposer qu'on
pai'vînt ainsi à déplacer momentanément un calcul, de manière
k ce que le pus se fit jour à travers l'uretère, l'inflammation
n'en serait pas moins entretenue par la pi-ésence d'un corps
étranger dont le passage dans la vessie serait devenu impos-
sible. D'un autre côté, des pressions sur la tumeur rénale, lors-
PYÉLiTE CA.LCULEUSE (traîtemenf). Si
qu'elle est déjà douloureuse, pourraient être nuisibles. Par
cette manœuvre, on allumerait rinflammalion, et on s'expose-
rait même à opérer la rupture de la tumeur dans la cavité du
péritoine, ou dans le tissu cellulaire extra-péritonéal.
Lorsque le pus s'écoule en petite quantité, chaque jour, du
bassinet dans l'uretère et dans la vessie , soit le long d'une
rigole que le pus et l'urine se sont creusée sur les parois
du calcul, soit par un intervalle entre le conduit et le cal-
cul; si la suppuration du bassinet n'est pas très abon-
dante et n'entretient pas une fièvre hectique ; si la tumeur ré-
nale est peu douloureuse ; si, après s'être remplie et distendue,
elle se vide facilement par l'uretère ; si les parties environnan'
les, le péritoine, le foie, la rate, n'offrent pas, de temps à auU'e
au moins, quelques signes d'inflammation ; si le malade n'a
point de diarrhée et ne s'affaiblit pas sensiblement; il faut
se borner à prévenir le développement d'une inflammation
aiguë dans la tumeur et dans les parties environnantes , par
le repos du corps, par l'usage habituel des bains , par les topi~
ques émolliens et par un régime doux et régulier. Il faut se
hâter de réprimer par des émissions sanguines , proportion-
nées à l'intensité du mal et aux forces du malade , les recrudes-
cences d'inflammation qu'on observe, de temps en temps, dans
de semblables tumeurs.
D'autres circonstances, telles que l'âge avancé du malade,
des lésions graves de la vessie , de l'utérus , etc. , peuvent d'ail-
leurs réduire le traitement à cette cure purement palliative.
§ 656. Mais il est d'autres conditions dans lesquelles la né-*
phrotomie me semble devoir être pratiquée , ou au moins dans
lesquelles l'ouverture de la poche formée par l'accumulalioii
du pus dans les calices et le bassinet et dans le tissu cellulaire
extra-réual ne peut être différée :
Ainsi, lorsqu'une semblable tumeur rénale existe chez un
individu d'ailleurs bien constitué ; si elle est habituellement
douloureuse, malgré l'emploi de boissons huileuses et émulsion-
nees, des bains et des émissions sanguines; si la fièvre est conti-
nue ou caractérisée par des paroxysmes nocturnes; si l'estomac
cl l'intestin sont dans un état habituel de malaise et de dérau-
4.
52 PYÉLiTE cALCULMisE {imilemenl).
geinent;sila tumeur, habituellement douloureuse, le devient
davantage par la plus légère fatigue; si cette exacerbation delà
douleur rénale est fréquente, et si elle est accompagnée d'une
suppression complète de l'excrétion de l'urine purulente ou de
symptômes d'inflammation des parties voisines ; l'opération de
la néphrotomie , malgré ses difficultés et malgré ses mauvaises
chances, doit être pratiquée.
A plus forte raison , si une fluctuation superficielle s'est ma-
nifestée dans une étendue plus ou moins considérable de la ré-
gion lombaire ; s'il est évident qu'une accumulation de pus s'est
faite entre le rein et le muscle carré des lombes , à plus forte
raison, dis-je, une large ouverture doit être pratiquée, sans hé-
sitation, à ces abcès, suites d'une inflammation secondaire du
tissu Cellulaire de celte région, ou, ce qui est beaucoup plus
ordinaire, d'une ou plusieurs perforations du rein disteudu par
du pus (i). La profondeur de ces abcès, la lenteur avec la-
quelle les parties mollesse sont amincies et perforées dans les
cas oii de semblables collections purulentes se sont fait jour
d'elles-mêmes à l'extérieur, rendent dangereuse Vexpectaiion
que quelques praticiens recommandent dans l'espérance d'une
ouverture spontanée de ces collections purulentes.
Avant d'indiquer les différentes manières d'ouvrir ces collec-
tions purulentes , de procéder à la recherche des calculs dans
le rein, et d'entretenir la fistule extérieure pendant le temps
nécessaire à leur extraction ou à leur issue spontanée , je rap-
pellerai sommairement les rapports de la tumeur avec les par-
ties voisines.
(i) LaCitte ctPoutean ont pratiqué avec succès, dans de semblables con- i
ditions, l'ouverture de tels abcès. Non-seulement ils ont été assez Iieureux '
pour que la santé des malades se soit sensiblement améliorée après l'évacua-
tion du pus, mais encore pour que le calcul qui avait déterminé l'inflamma- j
tion , se soit présenté an fond de la fistule, de manière à oc qu'ils ont pu '
en faire l'extraction, laquelle a été suivie d'une guérison complète.Tontefois, je
crois devoir remarquer qu'ils ont à tort donné le nom de néphrotomie à la
simple ouverture des abcès exlra-rénaux , suites de pyélite calcuieuse.
A mon invitation, M. Volpeau a fait, avec succès, une semblable opéra-
tion, à une malade dont la mort était imminente.
PYÉLiTE CA.LCULEUSE (traitement). 53
Quand elle existe du côté droit, elle s'étend de haut en bas ,
depuis le bord inférieur du foie, dont elle est quelquefois
séparée par une portion da colon transverse (lorsque la tu-
meur n'est pas très considérable), jusqu'à la crête iliaque. Il
n'est pas même rare que la tumeur s'étende dans la fosse ilia-
que et même jusqu'au niveau de l'arcade crurale. Dans ce
dernier cas, le colon ascendant est déjeté vers le bord interne
de la tumeur, près de la colonne vertébrale. Le plus souvent
cet intestin a contracté des adhérences intimes avec le rein.
Lorsque la tumeur est très considérable , le cœcura , soulevé
de la fosse iliaque , porté en dedans et en haut , se trouve vers
le milieu de la tumeur et aplati contre elle et la paroi antérieure
du ventre (Atlas, Pl. xiii, fig. n). La tumeur peut avoir con-
tracté des adhérences intimes avec la face inférieure du foie,
la vésicule du fiel, la portion pylorique de l'estomac, le colon
transverse, les deux premières portions du duodénum et même
avec le, pancréas et les portions correspondantes des parois de
l'abdomen. Le colon et le cœcum peuvent se perforer et se
metti-e en communication avec l'intérieur de la tumeur rénale.
Lorsque la tumeur est formée aux dépens du rein gauche, en
haut elle a des rapports intimes avec la rate , qu'elle peut sou-
lever de manière à simuler une augmentation du volume de
cet organe ; en haut et en dedans avec la grande extrémité de
l'estomac, et avec la tête du pancréas. On a vu la tumeur s'é-
tendre déplus en plus en haut, s'appliquer immédiatement
sur le diaphragme , contracter des adhérences avec sa face in-
férieure, et une communication fistuleuse s'établir avec les
bronches. En bas, le rein, très dilaté, peut avoir contracté des
adhérences avec l'S iliaque du colon et le commencement du
rectum; enfin la poche rénale peut s'ouvrir dans l'intestin, ou
bien encore le pus peut fuser le long des parois du rectum et
déterminer un abcès ou une fistule au périnée.
Mais ce qu'il importe surtout de bien connaître, ce sont les
rapports de la tumeur rénale avec les lombes. Si la tumeur
n est pas encore considérable, on ne voit pas extérieurement de
sailhe proprement dite, mais ou voit une déformation, une
sorte de plénitude anomale du flanc, ou un défaut de cambrure
54 PYKUTE CALCLLEUSE (j/'aîtement).
de celte région. A mesure que le volume de la tumeur aug-
mente, elle fait de plus en plus saillie au dehors, et une véri-
table tumeur se dessine extérieurement dans le flanc. Si la
mort survient, et qu'on dissèque la region lombaire, après avoir
détaché successivement la peau, les muscles obliques, externe
et interne, et le muScle transverse, on découvre la poche ré-
nale, et on reconnaît qù'on peut facilement attaquer de sem-
blables tumcui'S avec l'instrument tranchant, sans intéresser le
péritoine, ni aucune autre partie qu'il importerait de ménager.
Toujours eu arrière, mais plus en dedans, la tumeur rénale cor-
respond au muscle carré des lombes et aux masses musculaires
épaisses qui remplissent les gouttières vertébrales ; en dehors ,
cette poche est contiguë supérieuiemeut à la face interne des
dernières côtes, et à une portion de la face inférieure du foie.
Ces dispositions conniies :
i" Premier procédé {incision). — \J incision est de tous les
procédés opératoires celui qui me paraît applicable au plus
giand nombre de cas»
Je Suppose d'abord le caâ le plus diflicile et le plus rare, celui
dans lequel on est déterminé à ouvrir une poche rénale , sans
abcès en arrière du rein. Le malade étant couché hoiùzontale-
nient sur le côté soin, le tronc étant légèrement arqué de manière
à faire saillir la région lombaire, le chirurgien, après s'être assuré
}>ar la percussion de la dimension et des rapports de la tumeur,
qu'un aide fait saillir en arrière en la comprimant avec la main
par sa face antérieiu'e, pratique de haut en bas une incision,
à trois lignes du bord èxlerne de la masse sacro-lombaire, et
parallèlement à la colonne vertébrale. Cette première incision,
commencée près du bord intérieur de la dernière côte, doit être
prolongée jusqu'au rebord do la ctête de l'os des îles et n'inté-
fcseer que la peftit et le tissu cellulaire sous-cutané. A l'aide
d'autres incisions successives, on approche de plus enpliis do
la tumeur rénale, et on porte, de temps à antre, le doigt au
f&nd de là plaie pour recônftaîll-e si la {luctualion n'est pas
plus sensible dans un point que dans un a«tre. Ce point re-
connu j 01) y plonge l'instrument et on débride, à l'aide d'un
blstotin boulonné , avant que le pus ne se soit écoulé. Puisj à
PYÉLiTE cALCULEUSE [iraitement). 55
l'aide d'un slylet mousse ou d'une sonde de femme , on cUerclie
à reconnaître si on a réellement pénéti'é dans les calices et le
bassinet dilatés, ou si on n'est parvenu que dans un abcès situé
entre le rein et le muscle carré des lombes et dont ou n'aurait
pas soupçonné l'existence. Dans cette exploration^ le chirurgien
doit agir avec beaucoup de prudence. J'ai vu la déchirure d'une
bride, ou plutôt d'un vaisseau, opérée par le doigt du cbirur-
gien, être suivie d'une hémorrhagie considérable.
Si le doigt indicateur d'une des mains, porté au fond delà
plaie, tandis que l'autre main est appliquée sur la face anté-
rieure de la tumeur , sent de la fluctuation dans une véritable
tumeur interposée entre les deux mains, il est évident qu'on n'a
pénétré que dans un abcès extra-rénal et non dans la cavité de
la pocbe rénale elle-même. Alors, après avoir abstergésoigneuse-
mentle fond de la plaie, il faut porter de nouvcaulebistouri sur la
tumeur et pénétrer dans l'intérieur des calices ou du bassinet,
par une ouverture assez large pour pouvoir procéder à la rei-
cherehe du calcul , et pour donner une libre issue au pus.
Ce qui importe le plus en de tels cas , est de fournir une
large issue au pus qui distend le bassinet et les calices. Ce ré-
sultat obtenu, je conseille de ne point fatiguer les malades par
des explorations douloureuses , prolongées dans l'espérance de
rencontrer et de pouvoir extraire un ou plusieurs calculs. Leur
situation dans l'ui-elère, dans le gowlot du bassinet ou dans un
calice éloigné de l'ouverture pratiquée à la tumeur rénale, peut
empêcher de les découvrir; et, fût-on d'ailleurs assez heureux
pour que l'instrument, en divisant le rein, tombât sur une des
branches du calcul (ils sont souvent rameux) , son extraction
serait difficile ou même impossible après une exploration dou-
loureuse. Mieux vaut retarder de plusieurs jours les tentatives
de broiement ou d'extraction du calcul. Ce qui importe, c'est
d'entreteair par un pansement convenable une large fistule ,
qui permette plue tard la sortie ou l'extraction des coi'ps étran-
gers contenus dans le rein.
Lorsque le pus fait saillie à la région lombaire, presque sou»
la peau, l'opération offre, au premier abord^moins de difficulté».
Lorsqu'il y a évidemment un abcès extra-rénal, consécutif à
56 PYÉUTE CALCDLEUSE {tTailemenl).
une pyélite calculeuse ou à une fistule rénale, l'instrument peut
être plongé, dès le premier temps, dans le foyer. On agrandit
ensuite l'ouverture à l'aide d'un bistouri boulonné. Le plus
souvent, après la sortie d'une grande quantité de pus très
fétide, le flanc s'affaisse, et le doigt, porté au fond de laplaie , ne
rencontre pas de tumeur formée par le rein , qui s'est vidé par
une ouverture fisluleusc, ou qui n'entre que pour une faible part
dans le volume de la tumeur ; volume dû en très grande partie à
l'abcès extra-rénal. Dans ce cas , il est inutile de procéder lon-
guement à l'exploration du rein ou à la recherche du calcul ; il
serait dangereux de plonger au hasard le bistouri dans un rein
afl'aissé ou applati ; mais pour cela toutes les chances de succès
et de guérison ne sont pas perdues. Plus tard , le rein peut se
gonfler au fond du foyer; le calcul peut se rapprocher du fond
de l'abcès extra-rénal, et son extraction peut être opérée à tra-
vers l'ouverture primitive, ou à l'aide de nouvelles incisions,
comme dans un cas rapporté par Lafitte.
Si, à la suite d'une pyéiitc calculeuse et d'une fistule rénale
borgne , il se forme une collection purulente très considérable
aux lombes , et si le pus fuse derrière le péritoine et vient faire
saillie au pli de l'aine, il faut se borner à ouvrir l'abcès au-
dessus de l'arcade crurale par une incision parallèle au pli de
l'aine et en coupant successivement, et couche par couche, les
divers tissus situés au-devant de l'abcès.
En de tels cas, les malades succombent presque toujours
aux progrès de la suppuration et de la fièvre hectique.
Les tumeurs formées par le bassinet et le rein que du pus
distend , ne doivent jamais être attaquées par leur partie anté-
rieure ; ce serait s'exposer à pénétrer dans la cavité du péri-
toine ou dans celle de l'intestin.
Deuxième procédé [incision ttjmnction). On a conseillé de
ne recourir à l'incision que pour arriver aussi près que possi-
ble du foyer de l'abcès rénal ou extra-rénal ; de né donner à
l'incision qu'un pouce et demi de longueur; d'enfoncer un
trois-quarts dans la plaie, jusqu'à ce qu'on n'éprouve plus de
résistance sous la pointe de l'instrument ; de retirer ensuite
le trois-quart et de laisser écouler le pus par la canule. On a
PYÉLiïE cALCULEusE {traitement). 57
ajouté que, si la collection purulente était très-voisine delà
peau, on pourrait, après avoir retiré la canule, élargir la plaie
avec le bistouri, mais qu'il était préférable de laisser la canule
ou de la remplacer par une sonde en gomme élastique, si l'abcès
était profond et si on n'avait pas la certitude que le rein eût
contracté des adhérences avec les parties voisines. Enfin,
M. Howship a proposé de pourvoir le stylet du trois-quarts
d'une rigole qui, donnant passage au pus, lorsque l'instru-
ment aurait pénétré dans le foyer, indiquerait à l'opérateur le
moment où il devrait le retirer.
Ce procédé, moins sûr que celui qui consiste en une incision
méthodique des parois de la tumeur, a l'inconvénient de ne
permettre qu'une exploration difficile el incomplète du foyer
et de la poche rénale.
Troisième procédé ( cautérisation et incision). Ce procédé a
été appliqué dans des cas oii les malades s'étaient refusés à
l'emploi de l'instrument tranchant, et dans d'autres cas où les
abcès rénaux et extra-rénaux faisaient saillie à l'aine ou dans
la région iliaque. Ce procédé a l'avantage d'opérer une certaine
perte de substance à la peau, de déterminer des adhérences au
pourtour de l'incision, circonstance utile dans les cas rares où
on est obligé d'inciser des parties voisines de l'intestin , ou bien
lorsqu'on a la crainte de pénétrer dans la cayrité du péritoine.
Toutefois cette crainte ne peut exister lorsqu'on pratique l'inci-
sion à la partie postérieure des lombes. En outre, la cautérisa-
tion, lente dans ses effets, n'est pas applicable lorsque la tu-
meur est très douloureuse et très distendue, ou lorsqu'il est à
craindre qu'elle ne s'ouvre bientôt spontanément dans la cavité
du péritoine ou dans une portion de l'intestin, etc.
L'incision est bien préférable dans d'autres cas encore où
l'infiltration du pus et de l'urine dans le tissu cellulaire extra-
péritonéal provoque de tels accidens qu'il importe de donner
issue à ces liquides le plus promptement possible.
§ 657. Qu'on ait eu recours soit à l'incision, soit à la cautéri-
sauou,soit à ces deux moyens à-la-fois pour pénétrer dans l'inté-
rieur d'un abcès extra-rénal ou dans le bassinet distendu par du
pus ; qu'on ait ou non ex trait ou détruit un calcul j il faut entre-
58 PYÉLiTB CALCULEUSE {traitement).
tenir l'ouverture exléi ieure à l'aide d'une mèche, afin de laisser
un libre écoulement au pus.
Si, lors de l'opération, on n'a pu découvrir ni extraire de
calcul ; si , après avoii' renouvelé les explorations pendant plu-
sieurs semaines , on n'a pas été plus heureux dans les nouvelles
recherches; il est bon d'entretenir la fistule plus long-temps en-
core au cas oîi l'existence d'un corps étranger dans le rein est
probable. On a vu des calculs formés dans le bassinet et les
calices n'être rejetés qu'au bout de plusieurs années ; et, d'un
autre côté , la guérison momentanée de semblables fistules ré-
nales a quelquefois été suivie d'accidens graves et même de la
mort.
A cette occasion , je crois devoir rappeler une observation
remarquable rapportée par Roonhuysen. Après avoir extrait
d'un abcès extra - rénal ou du rein droit une pierre assez
grosse , il conduisit le traitement de la plaie jusqu'à guérison.
Le malade vécut en bonne santé pendant deux années entières j
mais au bout de ce temps, il survint au même endroit des lom-
bes une nouvelle inflammation. Ce chirurgien, ne doutant pas
qu'elle n'eût pour cause un nouveau corps étranger, prit le
parti d'ouvrir la cicatrice et trouva efi'ectivemenl une deuxième
pien'e, plus petite que la première. La plaie se réunit, et le
malade a toujours joui d'une parfaite santé.
§ 658. En donnant le conseil d'ouvrir les tumeurs formées
par dos collections purulentes dans la cavité du bassinet et des
calices, ou par des abcès secondaires autour du rein, j'ai été sur-
tout déterminé par cette considération que de semblables abcès,
abandonnés à eux-mêmes, sont presque constamment mortels
s'ils ne s'ouvrent point spontanément au-dehors (Voyez : Fis-
tules lombaires, RJÉNALiis). L'opération en elle-même n'offre
point de dangers immédiats ; de gros vaisseaux ne peuvent être
intéressés , surtout lorsqu'il ne s'agit que d'un abcès extra-
rénal ; point d'hémon hagies abondantes à craindi'e, au moins
dans la grande majorité des cas ; nul danger d'intéresser le pé-
ritoine ou l'intestin. Il n'y a réellement contre l'opération que
les difficultés inséparables de la recherclie des calculs rénaux ,
de leur broiement ou de leur extraction ; difficultés qui peu-
PYÉLiTE cALCULEUSE {traitement). Sg
vent être ajournées, l'opéra liou étant surtout motivée par la
nécessité de donner une issue au pus et de prévenir la perfo-
ration dans le péritoine de l'espèce de kjste formé par les ca-
lices et le bassinet distendus.
Aujourd'hui que la sti ucture de semblables tumeurs est bien
connue , que la chirurgie possède des instrumens plus com-
modes pour saisir, détruire ou extraire les pierres, on ne doit
pas s'arrêter aux objections qu'on a faites contre la néphro-
tomie d'une manière générale. D'ailleurs , on peut oppo-
ser aux fâcheux résultats de la méthode expectante les succès
aussi remarquables qu'incontestables obtenus par Gaspard
Bauhin (i), Pouteau(a), Lafitte (3;, Labatle (4)^ Sauré(5),
Roonhuysen (6), Colot(9), Ledran (8) , et d'autres praticiens.
Sans doute, dans la plupart de ces cas, l'opération pratiquée
n'a pas été rigoureusement une néphrotomie ; dans plusieurs, le
calcul, extrait au moment de l'opération, était situé dans un abcès
extra-rénal j consécutif à une fistule du rein ; et dans d'autres
€ft» l'extraction du calcul n'a pas été faite au moment de l'o-
pération, le chirurgien s'est borné à pénétrer dans l'abcès
extra-rénal , et il a attendu que le calcul y fût entré spon-
tanément (à la suite d'une perforation opéiée dans un point de
la poche rénale) , pour en faire l'extraction.
SôSg.Maisonne doitpoint songer à pratiquer la néphrotomie:
(1) Une fille, nco de parcns calculcus, fat attaquée d'une tumeur à la région
des lombes, à la suite d'une suppression totale d'uriiie. Un chirurgien appliqua
inutilement, pendant deux mois, des cataplasmes nwturatifs sur cette tumonr,
espérant qu'elle s'abcéderait. Il distingua enfin un point fort dur dans la tu-
meur, et pratiqua une incision par laquelle il fit l'extraction de deux calculs, et
cette opération eut tout le succès possible (Voyez : Scbenck. Obs. medic,
lib. m, de renibus,, Obs. vm).
(2) Pouteau. Mélanges de cltir. Lyon, 17C0, in-8, p. 456.
(3j Lafitte. Mém. de l'Acad. royale de chintr., t. ir, p. 233.
(4) Labatte. Ibid., p. 3.37.
(5) Sauré. Ibid.,^. 236.
(<>) Roonhuysen. Obs. chirurg. Extraction de deux pierrcs.l
(î) Colot. Ih: la taille, p. 36 et 40.
(8) Ledran. Obs. de chirurg., xotti, ii,ol)S. J.avi. p. 87.
6o pyi^LlTE VERMINELSE.
i" Lorsqu'on a acquis la certitude, par la marche et le déve-
loppement de la maladie , que les deux reins sont affectés et
contiennent probablement des calculs, pourvu toutefois qu'il
n'existe pas d'abcès extra-rénal, abcès dont l'ouverture ne doit
jamais être négligée , ni même différée ;
a" Lorsque le pus s'écoule librement du bassinet dans l'ure-
tère, lorsqu'il n'existe pas de tumeiu- rénale, ni de craintes
immédiates de perforation du rein, et surtout lorsqu'un état
satisfaisant de la constitution permet de supposer que le rein
du côté opposé à celui qui est affecté, a pris un surcroît propor-
tionnel d'activité;
3° Lorsqu'il existe, en même temps, des lésions incurables de
la vessie ou de la prostate, ou des lésions très graves d'im ou de
plusieurs viscères (Voyez : Uistorique).
Pyélite vermineuse.
§ 660, On trouve quelquefois des slrongles dans les reins des
chiens et des loups; il est beaucoup plus rare d'en rencontrer
dans les reins de l'homme (Voyez: Strongle, Atlas, Pl. xxix,
fig. 6 et 7). Ces vers déterminent une inflammation chronique du
bassinet et quelquefois une atrophie presque complète des sub-
stances rénales. Ils peuvent être rendus pendant la vie, avec les
urines, ou même, d'après quelques observateurs, par une fistule
rénale, lombaire, consécutive à la dilatation et à la perforation
du bassinet. D'autres vers, tels que le spiroptèrc (Atlas, Pl.
XXVJii, fig. 7), peuvent probablement aussi occasioner une in-
flammation chronique du bassinet; mais ces cas sont excessi-
vement rares (Voyez : Spiroptères).
Pyélite acé^Tialocystique.
§ 66 r . La pyélite acéphalocystique est très rare, même compa-
rativement à la rareté des kystes acéphalocystiques des reins
de l'homme.
Les malades qui rendent des acéphalocystes avec les urines ,
éprouvent , lors du passage de ces vers à travers l'uretère , des
PYÉLITE P\Il RETENTION d'uAINE. 6i
douleurs très vives dnns un des reins, avec des élancemens dans
la direction de son conduit excréteur. Ces accidens disparais-
sent ordinairement après l'expulsion des hydatidcs et sans qu'il
s'établisse de sécrétion purulente. Cependant on a vu des ma-
lades rendre des pellicules hydatiques dans une urine trouble
et purulente (Voyez : Kystes acéphalocystiqxjes).
Pyélite par rétention d'urine.
5 662. Non-seulement des matières solides , des calculs, des
vers,desacéplialocystes peuvent, par leur présence, ou en gênant
ou obstruant le cours del'urine dausle rein, enflammerle bas-
sinet, mais l'urine elle-même, retenue et accumulée dans ce
conduit par suite d'un rétrécissement ou d'une oblitération
d'une partie des voies excrétoires , peut produire les mêmes
effets et les mêmes désordres. Il est rare que, dans la pyélite
par simple rétention d'urine, la membrane muqueuse du bas-
sinet sécrète autant de pus que dans la pyélite calculeuse. Au
reste, dans les pyéliles que produit une rétention d'urine
déterminée par le rétrécissement ou la compression des ure-
tères, par une tumeur dans la vessie , par un rétrécissement de
l'urèthre, etc., la tumeur acquiert rarement des dimensions
très considérables. Et, à supposer qu'on prît, pour une pyélite
calculeuse, une pyélite occasionée par une simple rétention
d'urine , le traitement serait à-peu-près le même ayant et
après l'ouverture de la tumeur ; dans les deux cas , il serait
indiqué d'entretenir, pendant quelque temps, une fistule qui
permît une libre issue au pus et à l'urine.
Py élites par dépôts organiques.
§ 663. Il faut rapprocher des pyélites produites par dos corps
étrangers, celles qui surviennent à la suite des dépôts de ma-
tières tuberculeuse , cancéreuse , etc. , dans les reins.
Lorsque la tlégénérescence luhcrculciisc est arrivée au plus
haut degré dans ces organes, il se forme des tubercules dans la
membrane muqueuse du bassinet et des calices et au-dessous
62 PY^LITE SANS CORPS KTnA.NGERS.
d'elle. Ces tubercules , quelquefois entourés d'une légère rou-
geur, se ramollissent et s'ulcèrent ; la surface du bassinet sé-
crète un liquide séro-purulent dans lequel nagent de petits flo-
cons blanchâtres, formés par des parcelles de matière tubercu-
leuse, détachée (Voyez : Ttjbeiicui,es des rkins).
L'affection cancéreuse du bassinet ou de la substance des
reins peut, en amenant un obstacle au cours de l'urine, dé-
terminer une pyélite générale ou partielle. L'inflammation du
bassinet est bien rarement occasionnée par l'infiltration de la
matière cancéreuse.
Pyélites indépendantes de corps étrangers.
§ 664. La plujtarl des pyélites dont il nie reste à parler, sont
indépendantes de la présence d'un corps étranger dans le bassi-
net et les calices. Il en est(pyélites traumatiques)(\và peuventré-
suller d'une plaie ou d'une contusion dans la région rénale;
d'autres inflammations du bassinet sont dues à l'action des
cantharides appliquées à la surface delà peau dénudée, ou prises
intérieurement. Dans le cours de la blennorrhagie et surtout
après sa brusque suppression, il survient, et moins rarement
que ne le pensent la plupart des praticiens , une inflamma-
tion légère, mais rebelle , de la membrane muqueuse de la ves-
sie; inflammation qui desuretères se propage jusqu'au bassinet
et s'accompagne de douleurs rénales.
J'ai déjà indiqué les symptômes et le traitement de la pyélo-
néphrite traumatique(i5)575).Jen'airienàajouteràcequej'aidéjà
dit des inflammations du rein, des calices et dubassinet produi-
tes par les cantharides (§ 097). On reconnaît la pyclile bktinor-
rhagique a sa. cause et à son mode de développement (§4 «4, 4 10);
elle doit être combattue dans sa première période par l'applica-
tion des ventouses sur la région rénale, par les boissons mucila-
gineuses et huileuses, parles émolliens, etc. Dans la seconde pé-
riode, lorsque la sécrétion du mucus est abondante, on emploie
avec succès le baume de copahu à la dose d'un ou de deux gros
dans les vingt-quatre heures. On administre ce remède mélange
avec la magnésie, ou enveloppé dans des capsules; toutefois, son
PTÉLITE GA.]N"GR:ÉNEUSE. €3
action est plus certaine lorsque les malades peuvent le prendre
dans un peu d'eau ou enveloppé dans un pain à chanter. II ar-
rive quelquefois que le baume de copahu, loin de diminuer
la sécrétion du mucus dans la cystite et la pyélite blennor-
rhagiques, semble au contraire l'augmenter; dans ce cas,'
il faut suspendre l'usage du baume de copahu ou des autres
balsamiques qui auront été employés, et les remplacer par
l'eau de lin alternée avec la tisane A'uva tirsi. D'autres circon-
stances, telles que la coïncidence d'une inflammation du gros
intestin, peuvent aussi s'opposer à l'emploi du baume de co-
pahu.
Je n'ajouterai plus qu'une dernière remarque à l'occasion de
ces pyélites blennorrhagiques : c'est à leur développement qu'il
faut quelquefois attribuer la production de calculs rénaux
chez des individus qui ont eu successivement plusieurs blen-
norrhagies, sans rétention d'urine.
5 665. Il me reste à parler de quelques autres espèces de pyé-
lites généralement beaucoup plus graves, savoir : des pyélites
hèmorrhagiques , pseudo-memhrancits es et gangreneuses.
Pyélite gangreneuse.
§666. La pyélite simple , la pyélite calculeuse, et surtout la
pyélite qui sui-vient quelquefois dans les résorptions purulentes
et les affections gangréneuses, peuvent se terminer par hémor-
rhagie et par gangrène. Le bassinet et les parties conliguës au
rein offrent un ramollissement putrilagineux, des flocons et des
filamens brunâtres, flottans comme un gazon quand on plonge
le rein sous l'eau. Les parties affectées et le liquide urineux
contenu dans le bassinet et les calices exhalent une odeur
gangrèneicse , caractéristique.
Lorsque le bassinet est frappé de gangrène dans la pyélite
calculeuse , le tissu rénal lui-même est presque toujours en-
flammé; parfois, il est réduit en une sorte de putrilage dans
quelques points , et offre une ou plusieurs perforations dans
quelques autres.
La gangrène du bassinet est-elle la suite d'une distension j le
64 PYÉLITE GAWGRliNEUSE.
plus souvent la membrane muqueuse de ce conduit a une cou-
leur très foncée, analogue à celle qui résulterait de l'imbibition
de cette membrane par du sang en putréfaction.
Dans d'autres cas, on voit à la surface interne du bassinet de
fausses membranes d'une couleur livide; au-dessous de ces
fausses membranes, la membrane muqueuse, déchiquetée par
places, paraît rude quand on promène le doigt à sa surface;
sous l'eau, elle offre de légers filamens, flotlans comme un
gazon. L'urine contenue dans le bassinet exhale une odeur
infecte.
Dans la plupart des cas de gangrène du bassinet et du rein,
occasionée par des calculs , il y a un obstacle à-peu-près com-
plet au cours de l'urine, et 1rs caractères imporlans qu'elle
offrirait ne pevivent être observés. Dans les cas même oii les
voies urinaires ne sont pas entièrement obstruées, le mélauge
de l'urine provenant du rein malade avec l'urine fournie par le
rein sain, rend moins frappausics caractères de celle humeur.
Toutefois, Podeiir gangrèneusc de l'urine , qu'il ne faut pas
confondre avec l'odeur ammoniacale, indique assez sûrement
une affection gangréneuse des reins, du bassinet, des uretères
ou de la vessie ; mais il n'est pas toujours facile de reconnaître
laquelle de ces parties est le siège du mal.
Dans la pyélile essentiellement gangreneuse , et qui survient
dans certaines affections générales charbonneuses ou chez les
femmes en couches par exemple, non-seulement le bassinet
d'un des reins , mais les deux bassinets sont fx'appés de gan-
grène, et les reins eux-mêmes sont transformés en une masse
mollasse qui se déchire avec la plus grande facilité. Les bassi-
nets, tuméfiés et infiltrés d'une matière sanieuse, comme toutes
les parties des reins, exhalent une odeur infecte ; on n'aperçoit
pas de fausses membranes, ni, le plus souvent, de véritable
pus, dans les reins ni dans leurs conduits excréteur?..
Presque tous les cas de pyélile gangréneuse, rapportés dans
les auteurs, ont été méconnus pendant la vie. Toutefois, quel-
ques symptômes pourraient faire soupçonner celte maladie. Les
uns, tels que la dépression subite des forces, la petitesse du
pouls, les sueurs froides, sont communs à toutes les affections
PYÉLTTE PSEUDO-MEMBRA^NF.USl-. 65
gangreneuses. D'un autre côté, on observe quelquefois dans des
pyélo-néphrilesou dans des néphrites doubles, compliquées ou
non de cystite ou de rétention d'urine, cette même dépression des
forces, cette petitesse du pouls, ces sueurs froides, tous les
symptômes enfin de la gangrène rénale. D'autres symptômes,
tels que la fétidité de l'urine et sa couleur brune, sem.blable au
jus de fumier, sont communs aux affections gangreneuses des
reins et de la vessie.
Quand la gangrène n'occupe qu'une petite étendue du rein
ou du bassinet, la mort peut arriver sans être précédée des
symptômes généraux, propres aux affections gangréneuses.
La pyélo-néphrile gangreneuse est constamment mortelle , si
on excepte peut être les cas de gangrène partielle de la partie pos-
térieure du rein produite par des calculs. Dans ces cas, on se hâ-
tera d'ouvrir l'abcès qui se formera inévitablement auxlombes ;
on soutiendra les forces du malade par des remèdes toniques
et forlifians, et par des bouillons de viande de bœuf. Si la
dépression des forces est très grande et s'il survient des défail-
lances, on donnera, de temps en temps, quelques cuillei'ées
d'un vin vieux. Les chlorures de soude ou de chaux, admi-
nistrés à l'intérieur, sont plus nuisibles qu'utiles.
§ 667. Dans quelques inflammations du bassinet, des calices
et de l'uretère , l'intérieur de ces conduits et même la face
interne de la vessie, se couvrent de fausses membranes grisâtres
oy noirâtres et infiltrées de sang (pyélite p s eudo • membra-
neuse). Celte forme de la pyélite, qui se déclare le plus ordi-
nairement après l'opération de la taille et dans certaines réten-
tions d'urine produites par des fongus de la vessie et des tu-
meurs de la prostate, est extrêmement grave. Dès le début, elle
est accompagnée de symptômes putrides, bientôt suivis de stu-
peur. Ell|>se distingue de la pyélite gangréneuse , surtout par
une bien moins grande fétidité de l'urine.
§(508. A l'ouverture du corps d'individus morts de pyélite, on
trouve quelquefois dans le bassinet dilaté, au lieu de pus ou de
mucus, un liquide sanguinolent, lie de vin , mais sans odeur
gangréneuse (pyélite hémorrhafjique). La surface interne du
III. 5
66 PYÉLITKS
bassinet est parcourue par un grand nombre de vaisseaux ou
parsemée de larges ecchymoses (Atlas, Pl. xv, fig. i ). La teinte
brunâtre du liquide contenu dans le bassinet est évidemment
due à du sang altéré. Parfois, il n'existe point de caillots dans
le bassinet; d'autres fois, le sang, déposé plus abondamment,
est coagulé, ou plus ou moins altéré et mélangé de pns. Par le
repos, l'urine donne un sédiment dont les globules sanguins
forment constamment la couche supérieure, et les globules de
pus la couche inférieure. C'est surtout par l'odeur de l'urine
qu'on distingue ces pyélites hémorrhagiques despyéliJes gan-
gréneuses.
Observations particulières.
§ 669. Ces observations sont destinées à établir plusieurs
points de pratique qui n'auraient pu être exposés convenable-
ment dans une description générale.
Je rapporterai d'abord trois cas de pyélite exempts de
complication et qui correspondent à trois formes bien dis-
tinctes de celte maladie. Uu premier cas est principalement
caractérisé par des coliques néphrétiques et par l'excrétion
d'une urine chargée de mucus et de sang, et tenant eu suspen-
sion des grains d'acide urique. Les symptômes de la pyélite
s'exagéraient dans des crises. La cure n'a été que palliative,
j'ai pensé qu'il existait, dans le bassinet ou dans l'urelère, un
corps étranger dont l'expulsion ne pouvait être opérée.
La seconde observation est un exemple de pyélite calculeuse
chronique double, terminée rapidement parla mort, dans un
paroxysme très aigu. Enfin , le troisième cas est uu exemple de
pyélite chronique, non calculeuse, dans lequel le bassinet et le
rein droits étaient transformés en une vaste poche remplie de
pus. M. Hovfship pratiqua la néphrolomie ; à la suite de l'opéra-
tion une grande quantité de pus fut évacuée, ce qui n'empê-
cha pas la malade de succomber six semaines après l'opé-
ration.
Je ne reviendrai pas sur ce que j'ai dit des inconvéniens et
des avantages de l'expeclation, dans les cas de pyélite calca-
SANS COMPLICATIONS. 67
leuse. Je remarquerai, toutefois, qu'il est impossible de songer
à pratiquer la néphrotomie dans les cas de pyélite calculeuse
double. Le traitement antiphlogistique est le seul palliatif
applicable ; et souvent il ne peut prévenir une terminaison
prompteraent funeste (Obs. 11).
Obs. I. Pyélite chronique sans tumeur ; coliques néphrétiques; variations
remarquables dans la composition des urines) urines alternativement san-
guinolentes, chargées de mucus ou parfaitement claires); soulagement par
le repos, l'ean de Contrexeville , etc.
Delacour (Alexandre) , âgé de 16 ans, sans profession , bien
constitué et présentant les signes de la santé, fut amené, le 21
septembre i835, à l'hôpital de la Charité. On le disait aflecté
d'une maladie des reins, depuis huit à dix ans. Après beaucoup
de questions, voici ce qu'on apprit : depuis plusieurs années ,
quelquefois l'urine avait présenté une couleur rouge plus ou
moins foncée, comme si elle eût contenu du sang; mais l'émis-
sion n'en avait jamais été douloureuse, ni difficile. Une douleur
vive, revenant par intervalles, s'était fait sentir suivant le tra-
jet de l'uretère du côté gauche ; mais point de douleur dans la
région de la vessie , ni dans la région des reins. Pendant les
accès, les antiphlogistiques avaient soulagé le malade.
La vessie ne dépassait pas le pubisj et l'hypogastre n'était pas
sensible à la pression ; l'exploration de la vessie par la sonde
ne fit point découvrir de calcul. La région des reins n'était ni
saillante, ni bombée ; en palpant le flanc, on ne sentait aucune
tumeur j la pression du ventre dans la direction de l'urelère
gauche déterminait de la douleur, surtout vers le milieu de son
trajet. Le malade ayant les cuisses fléchies , il fut possible de
déprimer fortement les parois abdominales, et on crut sentir, du
côlé gauche, au niveau du détroit supérieur du bassin, dans un
point rapproché de la colonne vertébrale, un petit corps cylin-
drique as.xez dur, du volmne d'une noisette. On ne trouvait rien
d'analogue du côlé opposé. On recommanda auraalade de re-
cevoir dans des bocaux séparés les diverses émissions de l'urine
de la journée et de la nuit. Huit bocaux contenaient trois livres
et demie d urine ; dans plusieurs ou remarqua du mucus et un
5.
68 PYJ^LITES
grand nombre de graius d'acido urique {Saignée du bras; cata-
plasme sur le ventre).
Quelques jours après, on examina de nouveau toutes les
urines rendues en vingt-quatre heures. Il y en avait environ
sept livres et demie , en huit bocaux. Dans les deux premiers 1
(urine rendue le matin, vers dix et onze heures), on voyait un
nuage de mucus, semé de grains d'acide urique. Par quelques
gouttes d'acide nitrique, l'urine se troublait j elle prenait une
couleur rosée par la chaleur, sans s'éclaircir. li'urine rougissait
fortement le papier de tournesol [Douze grains de hicarhonalc
de soude; une livre d'èmulsion; tisane de chiendent; dcmi-jwrlion
d'alimens ; tous les deux jours, bai?i tiède). Les urines chan gèrent
peu d'aspect. Parmi les huit ou dix bocaiix d'urine que Delacour
rendait habituellement en vingt-quatre heures, il y en avait
dont l'urine était alcaline ( probablement par le fait de l'action
du bicarbonate de soude), et d'autres dont l'urine était acide. En
examinant, chaque jour, toutes les émissions d'ui'ine, on remar-
qua que, dans plusieurs bocaux, elle était chargée de mucus et
de sang, tandis que d'autres contenaient une urine parfaite-
ment claire et transparente.
Dans les premiers jours d'octobre, et sans qu'il y eut aug-
mentation de douleur, toutes les émissions d'urine furent char-
gées d'une certaine quantité de sang (Saigtiée du bras, sans
soulagement appréciable).
Le 4 octobre, l'urine de toutes les émissions contient du
mucus.
Le 5, il y a, non-seulement du mucus dans l'urine de tous '
les bocaux, mais dans trois elle est brunâtre comme si on y
avait mêlé une certaine quantité de sang; elle a tout-à-fait l'as-
pect qu'elle présente dans l'hydropisie aiguë, à la suite de la
scarlatine. Par l'action de la chaleur l'urine s'éclaircit d'abord, i
mais par l'ébullition elle donne uncoagulum. On pratique de
nouveau le cathétérisme sans découvrir de corps étranger dans
la vessie.
Les jours suivons, l'urine présente toujours à-peu-près les
mêmes caractères. Dans quelques bocaux elle est claire, dnns
d'autres trouble, jaunâtre, rougeâtre et quelquefois noirâtre.
SANS COMPLICATIONS. 69
comme sil'ou y avait ajouté du sang; elle offre de nombreux
globules sanguins à l'inspection microscopique.
Le 9, de sept bocaux d'urine , trois contenaient de l'urine
noire. Le i3, un bocal contenait de l'urine sanguinolente, plu-
sieurs de l'acide urique, qui avait cessé de paraître depuis plu-
sieurs jours (le malade prenait seize 2;a5dz7^es de Vichy, ipar
jour). Le aa oclobre, un des bocaux conLenait une urine noi-
râtre. Le 27, le malade accuse de la douleur dans le trajet de
l'uretère. Le 5 novembre, un peu de sang dans l'urine, sans
que la douleur ait augmenté. Le 12, deux bocaux d'urine
noire. Le 22, pour la première fois, tous les bocaux contien-
nent une urine saine. Le aS, le malade n'a pas souffert, et ce-
pendant l'urine de tous les bocaux contient du mucus {Eau de
Conirexeville). Le aS, le malade a bu deux bouteilles d'eau de
Contrexeville, de six à huit heures du matin. L'urine de la veille
est chargée de mucus et de sang; elle était plus ou moins noi-
râtre; l'urine, rendue depuis sept heures du malin, est inco-
lore, insipide, inodore et en tout semblable à de l'eau; par le
refroidissement elle ne dépose pas de mucus. Le 26, trois bou-
teilles (Seau de Contrexeville ; l'urine rendue le 26 , à neuf
heures du matin, trois heures après que l'eau de Contrexeville
avait été prise, est incolore, insipide, sans odeur uriu^use. Le 27,
trois bocaux contiennent une urine jaunâtre ; dans les autres,
elle paraît tout-à-fait aqueuse. Le 28 et le 29, à-peu-près même état.
Le 3o {trois iouleilles d'eau de Contrexeville), trois bocaux
contiennent l'urine de la veille, au soir, qui avait une couleur
citrine; l'urine du matin est aqueuse, insipide et inodore.
Eu résumé, habituellement et presque tous les jours, le ma-
lade rend alternativement des urines, dont les unes sont natu-
relles et même aqueuses, tandis que les autres sont chargées
de mucus, parfois d'albumine et de globules sanguins.
Vers le i3 décembre, pendant deux jours, le mucus paraît
être remplacé par du pus. L'urine , rendue entre dix heures et
deux heures dans la journée, est presque toujours celle qui est
le plus aliérée, même quand le malade a pris de l'eau do Con-
trexeville;.
M. Velpeau et M. Sanson, qui se tiouvait à l'hôpital de la
70 PYÉLÏTES
Charité , virent le malade lors de son admission , et ne recon-
nurent pas de calcul dans la vessie, qui était très sensible.
Pendant son séjour à l'hôpital, le malade a eu trois crises.
Comme dans les précédentes, une douleur lancinante le for-
çait à fléchir fortement la jambe en marchant; cette douleur était
accompagnée d'ardeur dans l'émission de l'urine. Dans les
crises, il y avait douleur à la région des reins, surtout lors-
qu'on pressait le flanc gauche , ou lorsque le poids du corps
portait sur celte partie. Le mouvement que faisait le malade,
pour se mettre sur son séant , ne lui causait point de douleur,
mais un mouvement de rotation du tronc en déterminait; dans
la marche, une vive douleur se faisait sentir dans la région du
rein gauche.
Pendant les crises, les urines sont toujours plus ou moins
sanguinolentes , chargées de mucus en flocons , et déposent
de l'acide urique. Le malade est sorti, le i*' février 1 836, éprou-
vant encore de la douleur dans le rein gauche à la pression et
pendîiiit les mouvemens de rotation du tronc. La proportion de
mucus sanguinolent dans l'urine avait beaucoup diminué j on
n'y trouvait plus de cristaux d'acide urique. L'état général du
malade s'était singulièrement amélioré, et il avait pris de l'em-
bonpoint ; sou teint était frais ; la santé générale était parfaite ,
bien que la pyélite persistât. A la percussion , les régions voi-
sines de la rate et des reins donnaient un son normal, et il n'y
avait pas de distension du rein.
Obs. II. — Double pyélite calculeuse clicz une jeune femme; hématurie au
début; plus lard urines purulentes; vomisscniexis j mort (Oanoe. Arch.
gènér, de méd., t. xxlx, p. l49)'
Une jeune lllle, âgée de 23 ans, fut admise à l'Hôtel-Dieu le
12. janvier i8a4. Elle disait avoir éprouvé, il y a deux ans et
demi, une longue maladie qui avait débuté par un pissement
de sang accompagné de douleurs fixes et continues dans la ré-
gion des reins. Peu-à-peu, les urines étaient devenues trou-
bles, épaisses , enfin blanchâtres et purulentes. Elle les ren-
dait fréquemment et en petite quantité. Au bout de dix-huit
mois, et après l'application d'un grand nombre de sangsues à
SANS COMPLICATIONS. 7!
la région des reins, la malade parut se rétablir ; les douleurs
rénales se convertirent en un sentimeiit de pesanteur habituel,
mais supportable; toutefois, les urines ne cessèrent de fournir
un sédiment puriforme, sans mélange de graviers ni de cal-
culs. Enfin, il y a trois semaines, les règles ayant élc supprimées
brusquement par l'impression du froid, la malade est tombée
dans l'état que voici : face altérée, yeux caves, douleurs répan-
dues dans toute la cavité du ventre, augmentant parla pres-
sion, mais se faisant sentir principalement dans la région des
lombes j bouche amère, soif, envies de vomir; urines blanchâ-
tres, rendues avec peine et en petite quantité ; pouls fréquent
{trente sangsues à Vanus ; tisane de chiendent et de réglisse;
èmulsion, iv § ; diète). Les deux jours suivans , on renouvelle
l'application des sangsues au nombre de vingt chaque fois; les
douleurs abdominales se calment et se concentrent dans la l'c-
gion des deux reins, notamment à gauche. Le quatrième jour,
des vomisseraensverdâ très, abondans, surviennent tout-à-coupj
le pouls devient petit et faible ; la face s'altère profondément;
les urines fournissent un dépôt entièrement purulent [bain de
siège ; cataplasmes sur le vc?itre). Le cinquième jour, les vo-
raissemens continuent, le pouls s'efface, les membres se refroi-
dissent , et la mort arrive le sixième jour au malin.^
Ouverture du cadavre au bout de vingt quatre heures. Léger
amaigrissement , faible rigidité cadavérique; organes céphali-
ques et pectoraux exempts de toute altération, ainsi que les vis-
cères digestifs. Reins environnés d'un panicule graisseux assez
épais, d'un tiers environ plus volumineux que dans l'état natu-
rel, bosselés à leur surface et d'une dureté insolite, mais offrant
çà et là quelques points de fluctuation. En incisant ces organes
parleur centre, le bistouri a été arrêté mainte et mainte fois
dans sa marche par de nombreux calculs nichés dans sa sub-
stance, et a donné lieu en même temps à plusieurs jets de pus
liquide. Le rein gauche contenait neuf calculs, et le droit en
contenait quinze, tous baignés parla matière purulente dont il
vient d'être question, et enchâssés dans des espèces de loges
tapissées elles-mêmes par une membrane muqueuse d'un rouge
foncé. Ces loges n'étaient autre chose que la cavité des bassi~
ni PYÉLITES
nets, des calices et de leurs tubes, ou mamelons dilatés outre
mesure. Vouloir décrire la forme de tous ces calculs, serait
chose impossible , tant cette forme était variée , même pour
chacun d'eux. L'un ressemblait à une racine de historié par ses
contours irréguliers ; celui-ci avait une tète et une extrémité
pointue analogues à celles d'un clou; un autre présentait des
embraucheraens rameux comme le bois d'un cerf j un dernier
enfin était tuberculeux à la manière d'un choufleur. Tous
étaient contigus dans le même rein et se joignaient par des fa-
cettes lisses et variables dans leur configuration. La plus re-
marquable de ces espèces d'articulations consistait dans la
réception d'une tête arrondie dans une cavité , véritable énar-
throse qui permettait des mouvemens en tous sens. Le rappro-
chement de ces calculs, par leurs facettes correspondantes,
donnait lieu à une figure bizarre , qui rappelait celle qu'affec-
tent certains zoophy tes agglomérés ; la couleur en était blanche,
jaunâtre, gris cendré; plusieurs couches entraient dans leur
composition ; l'acide urique et le phosphate ammoniaco-ma-
gnésien paraissaient en former la base, si l'on en juge parle
simple aspect extérieur. Du reste, la substance propre des reins
était dilatée, amincie, mais nullement altérée; les uretères of-
fraient une couleur marbi'ée noirâtre, et un épaississement
contre nature de leur membrane interne. La vessie était pe-
tite et racornie; sa membrane muqueuse épaissie et d'un rouge
brun uniforme. Elle contenait une verrée environ de matière
épaisse, purulente ; point de calcul.
Obs. III. — Pyélite chronique; incision et ponction du rein ; mort (Howship.
A praclical treatUe, etc., of the most important complaints thaï afject the
sécrétion and excrétion of the mine, p. 4o, in-8 , London , iSaS).
En 1794, je vis, dit M. Hovfship, une jeune dame mariée
depuis un an. Elle sentait de l'irritation au col de la vessie
depuis cinq mois, et elle éprouvait un fréquent désir de rendre
l'urine, qui déposait uue grande quantité de mucus épais. Elle
atlribuaii cette affection à un refroidissement pendant la men-
struation , laquelle avait cesse tôut-à-coup et n'avait plus
repaïu. La maladie dura six seiriaines, malgré l'emploi des
SANS COMPLICATIONS. 78
opiacés et d'autres moyens rationnels. Ces premiers accidens
cessèrent alors, et il survint une douleur fixe dans le rein droit.
Peu de jours après , il se nianilesta, sur ce point, une tumeur
qui s'accrut en s'étendant vers la région du foie. La tumeur
grossit graduellement, pendant deux mois.
Je fus appelé à celte époque , et je trouvai dans la région du
foie une large tumeur, contenant évidemment un liquide. Ce
cas me parut semblable à plusieurs autres que j'avais dt'jà vus,
et dans lesquels la maladie n'existait pas dans la partie oii les
premiers symptômes s'étaient manifestés. Je crus que celte
dame n'avait point de maladie à la vessie; mais bien une dou-
leur vésicale symptomatique d'une affection primitive du rein
droit , devenu adhérent avec le foie. Je pensai, quoi qu'il y eût
du pus dans la tumeur, que la grande dureté des parties eu-
virounaules rendait l'expeclalion préférable, jusqu'à ce que le
foyer, encore très profond, fût plus près de la surface; qu'au
reste, dans quelque viscère que le pus fût renfermé, l'ouver-
ture de l'abcès était la seule chance de guérison , bien qu'elle
fût faible.
Ên peu de semaines, le foyer parut plus superficiel. Le chi-
rurgien ordinaire me dit de l'ouvrir, si je pensais que cela
fût utile. J'incisai soigneusement entre deux des çôles infé-
rieures sur la région du foie (i), et je découvris une tumeur
blanche et luisante , dans laquelle je plongeai un trois-quarts à
bydrocèle; je tirai cinq pintes et demie (?) d'une inalière d'une
odeur fétide. La malade vécut six semaines après l'opération.
Pour que la matière fût convenablement évacuée sans salir
le lit, une canule fat mise dans la plaie, et la tumeur vidée
deux ibis par jour. La quantité de liquide évacuée chaque fois,
était de quatre onces. La malade s'affaiblit graduellement et
succomba.
Le foie était sain , mais des adhérences l'unissaient avec le
(1) Ce u'est point dans c(; point qu'on pratique ordinairement l'indiion
ou la poucliou du rein. M. Howhliip fut sans doute conduit à agir «lusi par
une dispositiou iusolite de la tumeur.
(2) La piutc ant;laisc correspond à environ une demi-pinte IVauçaise.
74 PyÉLITES COMPLIQUIÎES
rein droit. La vessie était aussi parfaitement saine. La maladie
était bornée au rein droit, qui était très voluniineux et ren-
fermait un vaste abcès dans lequel on avait pénétré. Cet abcès
avait d'abord fourni cinq pintes et demie, puis une demi-pinte
par jour, pendant les quarante-deux jours que la malade vécutj
ce qui fait en tout vingt-six pintes et demie, ou tieize quarts.
$ 670. Rapports de la pyélile avec les autres maladies des
reins.
Les inflammations du bassinet et des calices sont si souvent
compliquées de l'inflammation des substances rénales que la
pyélo-nèphrile est, sans contredit, beaucoup plus commune
que la pyélite et la népbrite proprement dites. J'ai rapporté
de nombreux exemples de celle coïncidence, et, suivant que
dans un cas particulier les symptômes et les lésions apparte-
naient plus particulièrement à l'une oul'aulre de ces maladies,
j'ai cru pouvoir l'y rattacher sans inconvénient.
De toutes les autres lésions rénales, celle qui suit le plus con-
stamment la pyélite , c'est l'atrophie des substances tubu-
leuse et corticale (Voyez : Atrophie des bxiks). Enfin, à la suite
des pyélites, et le plus souvent à la suite de la pyélite calculeuse,
le bassinet, les calices et les reins peuvent se perforer (Voyez :
Fistules hénales), et à la suite de ces perforations il se forme
quelquefois des abcès autour du rein (Voyez : PerinÉphrite).
Non - seulement l'inflammation du bassinet et des calices
peut être l'occasion de nombreux désordres dans le rein afifecté,
mais elle peut déterminer un trouble fonctionnel ou organique
dans le rein du côté opposé.
Ç 671. Les exemples de jjyé Hte calculeuse double ne sont pas
très rares (Obs. h). Zangerl(i) rapporte qu'une femmcdeSy ans,
qui s'était toujours bien portée, maigrissait depuis deux années;
elle commença à se plaindre fréquemment d'éprouver dans le
rein gauche des douleurs vives , qui augmentaient à chaque
(i) Medicinùche Jahrbucher des Oesterràchischen StaaUs, B. X.IT, H. i
S. 104.
AVJiC d'autres maladies des reins. 75
inspiration profonde. Cette femme portait, à la région de U
rate, une tumeur circonscrite, douloureuse au toucher. Au
bout d'un an, la région lombaire droite devint également dou-
loureuse; les douleurs diminuaient lorsque l'urine formait
un sédiment plus abondant, cas dans lequel la tumeur du côté
gauche s'affaissait. Après la mort, on trouva le rein gauche
presque aussi gros que la tête d'un enfant et tellement re-
poussé en avant, qu'il avait pris la place de la rate. Ce rein
représentait un grand sac contenant trois livres de pus. Le rein
droit, doublé de volume, contenait beaucoup de pus et 17 cal-
culs enclavés dans son tissu ; les uretères et la vessie étaient
sains, ainsi que la rate qui était refoulée vers la poitrine.
M. Thaï (1) rapporte aussi un cas qui prouve que, dans quel-
ques cas de suppuration des deux bassinets, la vie peut se
prolonger assez long-temps. Un homme s'était guéri lui-
même d'une gonorrhée, à l'âge de 3o ans, par l'usage du baume
de copahu à forte dose, et par des injections dans l'urèthre. Un
an après, à la suite d'un refi'oidissement , il s'aperçut qu'il ne
pouvait plusuiiner sans effoJ ts, surtout après avoir pris des.
boissons spiritueuses. Etant alors en voyage, il entra dans un
hôpital, d'oii il sorlil avec une fistule au périnée, qui se ferma
bientôt d'elle-même. Quelques années après , cet homme se
maria ; et, à l'âge de 5i ans, époque à laquelle il mourut, il était
père de six enfaus. Vers l'âge de 41 ans il éprouva de l'is-
churie, et M. Thaï fut appelé à le soigner : il existait au périnée
une fistule urinaire. On dilata le rétrécissement de l'urèthre
par des bougies , et on introduisit ensuite une sonde qui évacua
une grande quantité d'urine ammoniacale. Pendant plusieurs
mois, le malade fut sondé une ou deux fois par jour; l'urine
fuiil par couler librement, et la fistule se ferma. Pendant les
huit dernières années, l'ischurie revint tous les printemps. La
maladie commençait par do violens maux de reins, et se ter-
inmait par une émission abondante d'urine chargée de mucus
et de grumeaux, semblables à du tissu cellulaire macéré; gru-
meaux, qui interrompaient quelquefois le cours de l'urine,
(i) GersoD. Magasin der auslœndUchen LUeialur, 1828, H. 6, S. 4C0.
76 PYÉLITES COMPLIQUÉES
rarement chargée de sang. Le dernier accès fut des plus
violens. Quelques mois après, il survint, au côté gauche des
lombes, un abcès qui se referma après la sortie d'une pierre
grosse comme un haricot. Six mois plus tard, le malade mou-
rut d'une fièvre violente , avec délire, et douleur vive au côté
droit des lombes. Les membranes de la vessie étaient un peu
épaissies; le rein gauche était transformé en une masse stéato-
mateuse, creuse dans son milieu; l'uretère était oblitéré infé-
rieureiuent. Le rein droit , augmenté de volume, d'un rouge
foncé et très ramolli , contenait une grande quantité de pus
uriiieux et sanguinolent , et plusieurs fragraens de pien-e. La
partie inférieure de l'uietère était en partie bouchée par un
calcul.
Un autre malade, observé par le même médecin, avait été ,
pendant sept années, tourmenté de dysurie et de douleur dans
le côté gauche des lombes. A l'ouverture du corps, on trouva le
rein droit plus gros qu'à l'ordinaire, parsemé de taches d'un
rouge brun , et plein de pus, de sang et de graviers. Le rein
gauche, atrophié, contenait du pus d'une couleur foncée. Cha-
cun des reins était muni de deux uretères du volume du petit
doigl, qui se réunissaient à quelque distance de la vessie. Les
parois de ce viscère étaient épaissies et indurées; on découvrit
dans sa cavité un calcul du poids de trois gros.
§ 672. Dans des cas plus heureux, à la suite d'une pyélite
calculeuse d'un des reins , celui du côté opposé non-seulement
reste sain, mais encore éprouve une vérilahle hypertrophie (i)
avec augmentation d'activité de sa fonction. Dans de tels cas,
les malades ont parfois toutes les apparences de la santé, sur-
tout si le rein ailecté est atrophié et ne sécrète plus de pus.
§ 670. Pour terminer ces remarques sur l'association de la
pyélite avec d'autres lésions rénales ou avec des lésions fonclion-
(i) EustacLi. Anat., obs. xvi. — Bonct. Scpulcret, 1.3, scc.22; obs. vu. —
Kouloni. De obs. ined, et anal. , epist. 8, n. 14. — Morgogui. De scdib. et
caus. moiliii., epist. 40, art. 12. — Duvcrney. Oliuvres jiosthaines, t. II, p. 2G0.
— Philosopli. Traiisact., t. xi,i, XLII, XLiii. — Crosse. A treatUc of the for-
mation, etc., of the uriuury calculus , iu-4, lond. i835, p. 106, 108.
AVEC DES MALADIES DES URETÈRES. 77
nelles des reins, je rappellerai plusieurs cas de gravello et d'in-
flammation du bassinet coïncidant avec le diabète. Baillou (i)
en a cité deux cas : l'un est celui d'un homme de 5o ans sujet à
la néphrite et à la gravelle, et qui mourut à la suite d'un flux
diabétique, et dans le rein gauche duquel on trouva plusieurs
calculs anguleux, dont un fixé au commencement de l'uretère.
L'autre cas est celui d'une veuve également morte du diabète et
dont le rein gauche, excessivement gros, contenait un petit cal-
cul (2).
Un homme (3) atteint, depuis quelques années, de violentes
coliques périodiques, et dont l'urine était chargée de sucre,
fut pris de spasme de la vessie et de fortes douleurs dans l'u-
rèlhrCj d'oli on retira un gravier d'oxalate de chaux. Chez un
autre malade, mort de diabète sucré (4), l'un des reins avait à-
peu-près le volume etla forme du cœur, et offrait trois cavités,
dont deux contenaient du pus et la troisième renfermait des
calculs'.
J'ai moi-même été plusieurs fois appelé auprès d'un malade
soigné habituellement par M. le docteur Olinet, et qui, après
avoir éprouvé des attaques de goutte, d'asthme , et de coliques
néphrétiques, avec sécrétion muco-sanguinolenle du bassinet,
fut ensuite atteint de diabète sucré auquel il a succombé (Yoyez :
Diabète).
Rapports de la py élite avec les maladies des uretères.
. § 674. Tout état morbide de l'urèthre, de la prostate ou de la
vessie, qui peut entraîner le développement de la pyélite , agit
inévitablement d'abord sur les uretères. Dans la pyélite, par re-
ttntion d'urine dans la vessie, la lésion la plus commune de
1 uretère en est l'élargissement , qui presque toujours est iné-
gal, avec bosselures et rétrécissemens alternatifs, et avec un
épaississement souvent très notable des parois de ce conduit.
(r) Ballonîi OjJera, Consilium, 1. a, n. 3o.
{■>) Ibid.
(3) Londnn.Mecl. Caz., nov. i834.
(4) Lefèvrc. Du. diabète sucré, p. 26.
78 J»YÉLITES COMPLIQUÉES
Dans d'autres cas, c'est au contraire du bassinet et des calices
que le mal s'étend aux uretères. Dans certains cas de jyy élite
calculetise , l'urelère est rétréci, quelquefois même oblitéré
dans un point. Cette oblitération est le plus souvent opérée par
le dépôt d'une matière blanche organique, fortement adhérente
aux parois de l'uretère, et qui paraît être du pus solide ou
de fausses membranes à demi organisées. Cette matière blan-
che enchevêtre quelquefois des sables ou des graviers. Au-des-
sous de ces oblitérations , l'uretère, pendant un certain trajet,
est souvent transformé en un cordon fibreux. Plus souvent on
trouve, dans un point du trajet de ce conduit, un calcul en-
clavé, garni d'aspérités et quelquefois recouvert d'une ma-
tière noire ou de sang altéré. Lorsque le calcul est voisin du
bassinet, le pus s'accumule dans ce réservoir, et le rein est
remplacé par une grosse poche purulente qui contient souvent
plusieurs livres de liquide.
Les reins atteints de pyélite calculeuse, sans calcul dans l'u-
retère, sans obstruction ou oblitération de ce conduit , n'offrent
pas le plus souvent d'augmentation notable de volume. Quel-
quefois même, ils sont d'une petitesse remarquable (A.ti-as, Pi.
XII, fig. 5, 4> 5; Pl. xiH) fig. Parfois le calcul est engagé vers le
milieu de l'urelère ; d'autres fois il est retenu à son embouchure
dans la vessie (Atlas, Pl. lui, fig. 2). Lorsque l'obstruction
est complète ou presque complète , la partie de l'uretère située
au-dessus de l'obstacle, remplie par de l'urine, du pus, du sang
ou des graviers, se dilate progressivement, et cette distension,
quelquefois énorme, peut être portée au point d'entraîner la
déchirure de l'uretère ; le rein a rarement alors le volume con-
sidérable qu'il acquiert souvent lorsque l'obstacle se trouve
près du bassinet.
La membrane interne de l'uretère , parfois parcourue par des
vaisseaux sanguins variqueux (Atlas , Pl. xiii, fig. 9), est sou-
vent rouge; parfois elle est couverte défausses membranes
blanchâtres, ou d'un gris-jaunâtre. Elle peut ollrir aussi des
ulcérations et des cicatrices dans des points occupés antérieu-
rement ou actuellement par un calcul.
Dans les pyélites gangréneuses, on trouve parfois la surface
AVEC DES MALADIFS DE l'URÈTHRE. 79
interne de l'uretère, déchiqueléo, ramollie, et offrant le3 autres
caractères de la gangrène.
Dans les pyélites tuberculeuses , la maladie s'étend le plus
ordinairement des calices et du bassinet à l'uretère, qui s'in-
filtre de matière tuberculeuse et s'enflamme de haut en bas.
Enfin l'inûauimation suit la même marche dans la pyélite
produite par des vers, des acéphalocysles , d«s caillots fîbri-
neux, etc.
De sorte que, suivant que les premiers symptômes de la ma-
ladie se sont plus ou moins nettement montrés dans le rein
au-dessus de l'origine de l'uretère, ou bien dans les parties in-
férieures des voies d'excrétion de l'urine, on peut jusqu'à un
certain point entrevoir la nature et le caractère de l'inQamma-
tion (Voyez : Maladies des uretères ).
§ 670. Rapports de la pyélite avec les maladies de Vnrèthre
et de la prostate.
J'ai choisi l'observation suivante , entre beaucoup d'autres ,
pour montrer comment une lésion de l'urèthre entraîne une
inflammation de la vessie ; celle-ci, une inflammation des deux
uretères; celte intlararaalion, plusieurs rétrécissemens de ces
conduits; et enfin ces rétrécissemens, une dilatation'et une in-
flammation chronique des bassinets, avec formation de calculs
rénaux. Chez ce malade, le développement de Isi pAihisie pul-
monaire paraît aussi avoir été favorisé par l'affection des voies
urinaires.Qaantà la diminution de l'intelligence et à la faiblesse
des membres, je n'ai rien trouvé, après la mort, dans le cer-
veau ni dans la moidle épinière qui puisse m'en donner l'ex-
plication.
Obs. IY. — Blennorrhngîe; rétrécissement; infiltration, abcès tirinenx ;
cinq îins après, douleurs à l'Iiypogastre et à ta région des rein3, envies
fréquentes d'uriner; urines alcalines et purulentes; engourdissement
dans les membres inférieurs; mort. — Lésions do l'urèthre; cystite chro-
nique; dilatation des uretères; pyélite calculcuse chronique.
Balout, Éliennc, homme de peine, «Agé de 3o ans, entra à
l'hôpital delà Charité le ao mars i838. Cet homme, très amai-
8o PyÉLlTES COMPLIQUKBS
gri , el très faibln, a le teint d'une couleur jaune-paille. Ses
traits altérés annoncent qu'il a beaucoup souffert. Amaigrisse-
ment des membres et du tronc ; difficulté des mouvemens, qui
ne peuvent être exécutés sans douleur; affaiblissement des fa-
cultés intellectuelles, perte de la mémoire, et embarras de la
parole.
Ce malade av^il beaucoup de peine à s'exprimer, et semblait
avoir perdu le souvenir de tous les faits relatifs à sa maladie;
ce ne fut que par des questions pressantes et réitérées, que
nous pûmes obtenir quelques détails incomplets sur les accidens
qu'il avait précédemment éprouvés. Il nous dit qu'il avait eu
une hiennorrhagie , il y a dix ans ; qu'elle avait guéri dans l'es-
pace de deux mois , et qu'elle avait été suivie d'un rétrécisse-
ment cinq mois après. Ce rétrécissement fut traité par des
bougies et des sondes placées à demeure dans la vessie. Quel-
ques accidens assez graves compliquèrent ce traitement; il sur-
vint une innitration urineuse au périnée el des abcès, qui fu-
rent ouverts avec l'instrument Irancbant. Une des incisions ne
s'est jamais complètement cicatrisée; elle a toujours fourni
un petit sninlement; l'urine s'échappe en très petite quanlilé
par un orifice fistuleux très étroit. Le malade n'a pas éprouvé
de rétention d'urine depuis qu'il a fait usage des sondes ; l'urine
coule goutte à goutte, et avec difficulté, depuis quelques jours.
A diverses époques, depuis la première affection des voies
urinaires, le malade a ressenti des douleurs très vives à la ves-
sie et à la région des reins. La quantité des urines a diminué
d'une manière notable , surtout depuis quatre mois. En même
temps, la fréquence des envies d'uriner a augmenté , notam-
ment dans le mois de décembre dernier. Je le traitai alors
d'une cystite chronique, par le repos, la diète rafraîchissante,
les boissons délayantes et l'application d'un vésicatoire à l'hy-
pogastre. Il fut soulagé , et sortit au bout d'un mois.
Le 20 mars, lorsqu'il se présenta de nouveau à l'hôpital , il
était dans un état de faiblesse extrême; la peau avait une
teinte jaune terreuse; il ne pouvait exécuter qu'avec peine
quelques mouvemens dans son lit. Il éprouvait surtout des
douleurs à la vessie, el il ressentait à chaque iuslant des envies
AVEC DES MALA.DIF.S DE LCRi^TITItE. 8 f.
d'uriner qu'il ne pouvait satisfaire. La vessie n'était pas dis-
tendue; les parois abdominales étaient rétractées. Dans les
flancs, il y avait de la douleur , surtout du côté droit ; douleur
qui augmentait par la pression , et se propageait dans le testi-
cule.Le membre inférieur correspondant était le siège d'un en-
gourdissement assez prononcé. En outre , point d'appétit ; lan-
gue un peu sèche et rouge sur ses bords; envies fréquentes de
vomir; assoupissement presque continuel; pouls lent, mou et
facile à déprimer; peau sèche; bruits du cœur réguliers ; respi-
ration obscure à la base des deux poumons; râle muqueux à
grosses bulles au sommet du poumon droit; malilé et souffle
caverneux au sommet du poumon gauche {Eait de lin émul-
sio?inée ; bouillon, soupe, lait, le htiitième de la portion d'a-
limens).
Le 22 , les urines sont presque complètement supprimées ;
celles de la veille sont très épaisses et offrent un dépôt abon-
dant de pus, reconnaissable à sa couleur, à sa consistance, et
surtout à l'inspection microscopique. La vessie est peu volu-
mineuse j la sonde, qu'on essaie d'introduire pour explorer l'u-
rèthre et la vessie, est d'abord arrêtée à la région membra-
neuse; elle franchit un premier obstacle, mais elle éprouve de
nouveau de la résistance à la région prostatique. Le malade
urine dans l'après-midi, mais en très petite quantité. Le soir,
on pénètre dans la vessie. Il s'écoule peu d'mine par la sonde.
Le 24 , douleurs plus vives à la vessie et dans les reins; peau
chaude et sèche; pouls fréquent et dur; langue noire et aride,
dévoiement; le malade est presque toujours assoupi (Tcn-
iouscs scarifiées sur la région des reins ; émulsion; houillon ,
soupe , lait ).
Le 25 et le 26 , l'urine coule sans le secours de la sonde; elle
rougit le papier bleu de tournesol et répand une odeur fétide;
elle est toujours trouble et forme un dépôt abondant, jaunâtre,
qui contient une assez grande quantité de pus. L'adynamie se
prononce de plus en plus: décubitus dorsal; visage pâle et dé-
composé; langue tout-à-fait sèche et couverte d'un enduit
fuhgmeux ; selles involontaires; un peu de délire {Limonade
vineuse ; vèsicaloire aux jambes ; diète
III.
Sa PY ÉLITES COMPLIQUÉES
Cet état persiste encore pendant deux jours. Mort le 29, à
deux heures de l'après-midi.
Aiilopsie du cadavre. — Appareil urinairc. Les deux reins
sont plongés dans une masse de tissu cellulaire graisseux,
induré; leur membrane fibreuse est épaissie et adhérente à
l'enveloppe cellulo-adipeuse. Cette membrane présente une in-
jection et une vascularité qu'on n'observe pas dans l'état sain.
De petits filamens vasculaires et celluleux l'unissent intimement
à la substance corticale. Cette substance, bosselée, inégale,
présenle à sa surface un grand nombre de petits mamelons,
mous, dépressibles, blancs, dans quelques points, et parcourus
par dès vaisseaux très déliés dans quelques autres. A côté dé
ces saillies, existent de petites dépressions; ce qui donne à là
surface ordinairement lisse el unie des reins un aspect irrégu-
licr et très inégal. Ces mamelons offrent les nuances les plus
variées, des teintes pâles, blanches, bleuâtres 6u rosées, comme
lorsque l'inflammation attaque successivement des points isolés
d'un même rein.
Le rein droit a à-peu-près son volume ordinaire. Le bassinet
est dilaté et épaissi ; sa membrane interne , d'un blanc mat
sur quelques points, est rosée, rouge, ou d'une teinte ardoisée
sur quelques autres. 'Cette dernière teinte est la plus générale.
Les orifices de communication des calices dans le bassinet sont
élargis; la plupart des mamelons sont effacés , et à leur place
on trouve de petites loges remplies de pus, d'urine altérée, et
de petits calculs blancs et rugueux. Quelques mamelons seule-
ment sont restés intacts. La membrane interne des calices est
épaissie et injectée comme celle du bassinet ; les loges produites
par les calices dilatés sont la plupart doublées par une fausse
membrane jaune, plus ou moins épaisse. L'urine et le pus, en
comprimant les cônes de dedans en dehors, ont aminci et
transformé le rein en une coque membraneuse, bosselée à sa
surface. En pressant sur les bosselures extérieures, on fait re-
fluer dans le bassinet la matière purulente que contiennent les
loges; quelques portions du sommet du rein sont saines. Des
vaisseaux, d'un assez gros calibre, se distribuent dans les
parties saines et malades.
AVEC DES MALADIT^S DE l'0RÈ:THRE. 83
Ces lésions anatoraiques s'observent, à de légères différences
près , dans le rein gauche , qui est un peu atrophié.
Au-dessous des deux bassinets , les uretères offrent un ré-
trécissement. Ce rétrécissement est plus prononcé dans l'ure-
tère gauche que dans le droit qvii peut à peine recevoir l'ex-
trémité renflée d'un stylet ordinaire; tandis qu'au - dessus
et au-dessous de cette coarctation , l'uretère gauche dilaté
peut recevoir aisément l'extrémité du doigt auriculaire. A la
partie moyenne du même uretère, il existe un autre rétrécisse-
ment, semblable à celui que je viens de décrire. Au-dessous de
ce nouveau rétrécissement, l'uretère est dilaté jusqu'à son em-
bouchure dans la vessie. Les parois des deux uretères sont
très épaisses et entourées d'une couche cellulo-graisseuse, très
dense, qui leur adhère intimement. L'ouverture des uretères
dans la vessie est libre. Les parois de ce réservoir sont hyper-
trophiées. Sa membrane muqueuse , d'une couleur brune , ar-
doisée ou tout-à-fait noire dans quelques points, est le siège
d'une inflammation chronique. La vessie offre un grand nombre
de petites loges, arrondies, à goulots étroits, circulaires, cir-
conscrits par des faisceaux hypertrophiés de la membrane
charnue; ces petites loges sont remplies de pus. Le trigone vé-
sical est très saillant et d'une teinte noire. La prostate est un
peu volumineuse, sans altération notable de son tissu; les parois
des vésicules séminales sont épaissies et dures ; le vérumonta-
num est très saillant.
A la partie moyenne dé la portion membraneuse de l'urèthre,
on voit des brides transversales, blanchâtres et dures, évidem-
ment très anciennes, et deux lacunes énormes. Ces lacunes
peuvent admettre aisément l'extrémité d'une algalie ; elles
ont quatre lignes de longueur ; la sonde peut s'engager
dans ces culs-de-sac (c'est probablement ce qui arriva lors de
la première exploration de l'urèthre). Le canal de l'urèthre
olTi e en outre quelques callosités et une dépression longitudi-
nale en forme de gouttière.
Dans l'abdomen tous les organes , excepté les reins , étaient
sams. Il y avait, dans le lobe supérieur du poumon droit,
quelques cavernes tuberculeuses ; la base du même poumon
6.
>^4 PYKLIÏES COMPLIQUÉES
/itait le siège d'une inQllration séro-sanguinolente el d'une
pneumonie hypostatique. De la sérosité était épanchée dans la
plèvre du raêrac côté. Le poumon gauche ne conteuaic que
quelques granulations tuberculeuses à l'élat cru; le long du
bord antérieur et à la face externe du poumon, on remarquait
de l'emphysème sous pleural.
Le cœur, le cerveau et tous les autres organes étaient sains.
. S 67O. L'observation suivante est encore un exemple des
fâcheuses conséquences que peut avoir une simple blennorrha-
gie. L'inflammation de l'urèlhre a entraîné celle de la vessie,
puis celles du bassinet et des reins qui, à leur tour, ont amené
des lésions plus graves et la mort.
Ods.V. — Bleonorrb.'igie ; rélrécissemcnt de l'urèllirc dans la portion prosta-
tique ; cystite et pyélite clironique, aTCC séerélion abondante de pus ; pertes
séminales; auaphrodisic; pluliisic et péritonite.
Fougère, âgé de 5î ans, lampiste, entra à l'hôpital de la
Charité, le iSdécembre i835.
Sa santé a été assez bonne jusqu'à l'âge de 4^ ans; il se
rappelle seulement avoir eu un ictère à Ja suite d'une afiec-
lion morale. Il menait une vie sobre et régulière, mais il se fa-
tiguait beaucoup. Les urines n'ont jamais charié de sang, ni de
sables.
Il y a sept ans, il contracta une blennorrhagie, et depuis ce
temps, il a éprouvé de la dysurie et des dovileurs autour des
reins. Depuis sept ou huit mois, ces douleurs ont augmenté
ainsi que la difficulté d'uriner; l'excrétion de l'urine est de-
venue difficile et fréquente (20 émissions environ par jour).
Celle dysurie a fait place, pendant quelque temps, à une in-
côntinence d'urine ; l'urine était trouble et glaireuse.
Deux trailemcns anti-syphilitiques {sirop de cm'sinierjhaitis
merciiriels) ne furent d'aucune utilité. Huit jours avant son
entrée à l'hôpital, on reconnut un rétrécissement de l'urètbre.
Depuis un an le malade n'a plus de désirs vénériens, el de-
puis six mois, en allant à lu garderobe, il rend quelquefois
involontairement du sperme.
AVEC DES MALADIES DE l'uRÈTHHE. 85
Aujourd'hui les deux reius sont douloureux à la pression ,
surtout le droit. Les mouveniens du tronc, en avant, s'exécu-
tent sans douleur; /nais il n'en est pas de même des mouve-
inens de rolation. Fougère urine une vingtaine de fois en vingt-
quatre heures, sans souffrance, avant ou après l'émission;
depuis un au il est constipé; le jet de l'urine est petit. L'urine
est trouble comme l'eau de Seine en hiver. L'urine est acide
et dépose au fond du vase une couche de pus d'un demi-
pouce environ de hauteur. Très peu de douleur dans la région
de la vessie. Peu d'appétit ; constipation ; respiration en ap-
parence naturelle; point de fièvre, le soir; faiblesse géné-
rale; amaigrissement; peu de sommeil; découragement.
Du ua janvier à la fin de février, emploi des bougies, eau de
Contrexeville pour boisson; deux cautères aux légions lom-
baires. Sous l'influence de ce traitement, amélioration; la sé-
crétion du pus a diminué de moitié, la douleur du rein droit
est moins vive, le malade se sent notablement mieux ; il a repris
du courage et de la gai té.
Le mieux ne dura point; la douleur du rein reprit son in-
tensité, la santé générale se détériora. Vers le i*'' février, on
essaya inutilement l'emploi du copahu à la dose de vingt-
quatre gouttes.
Le i5 mars, la douleur dans la région des reins était vive,
l'hypogastre était un peu douloureux; les urines, épaisses, d'un
jaune foncé, donnaient un dépôt de pus abondant; l'excré-
tion de l'urine était fréquente et difficile; la constipation était
opiniâtre; la faiblesse était plus grande, la constitution plus
détériorée; il était survenu de la toux avec expectoration assez
abondante. M. le docteur Bisson continua de donner des soins
à ce malade, qui sortit de l'hôpital le mars. On appliqua
deux cautères sur la région de la vessie, et on continua les
boissons émollientes et diui'étiques. Les mines devinrent moins
chargées de pus; mais le malade s'épuisa et succomba à une
péritonite chronique et à une aflection tuberculeuse de» poU"
mena.
h'autopsie du cadavro fut faite par le docteur Bisson et le
docteur lloger; j'examinai le» reins et la vessie.
86 PYIÉLITES COMPLIQUÉES
La iéte ne fut point ouverte.
Poitrine. Tubercules crus dans tout le poumon droit j au
sommet, tubercules ramollis et plusieurs cavernes. Dégénéres-
cence tuberculeuse plus avancée encore dans le poumon
gauche, dont le sommet est presque tout entier creusé de
cavernes.
Abdomen. Pseudo-membranes dans la partie inférieure de
l'abdomen. Près de la vessie, les intestins sont unis par de
fausses membranes et des brides celluleuses ; à-peu-près deux
cuillerées de pus dans la fosse iliaque gauche.
La face externe du rein droit est généralement d'un rouge
brun. L'extrémité supérieure est un peu mamelonnée; à son
tiers supérieur on aperçoit deux dépressions d'un demi-pouce
d'étendue, et d'une couleur ardoisée ; le tissu du rein est dur et
résistant. Les cônes sont un peu déprimés et n'ont pas leur
disposition régulière. La membrane interne du bassinet est fort
injectée et comme plissée; il y a du pus au fond d'un calice j
au fond d'un autre calice , qui contient quelques grains d'un
sable blanc jaunâtre, le mamelon est déformé et aplati.
Le rein gauche était sain; mais le bassinet et les calices
étaient enflammés comme ceux du rein droit. L'uretère , à pa-
rois minces et transparentes; sans trace d'inflammation, était
gros comme une plume. Cette dilatation était consécutive à la
rétention d'urine occasionée parle rétrécissement de l'urèthre.
La vessie est contractée. Ses parois sont épaissies; ses colonnes
très prononcées. Sa membrane interne a une teinte noirâtre
ardoisée (cystite chronique). La prostate, d'un volume ordinaire,
est légèrement indurée et d'une teinte brunâtre,- le vérumonta-
uum est très développé; de sa partie postérieure, partent de
petites brides linéaires, transversales, qui rétrécissent singuliè-
rement l'urèthre.
§ 677. Dans le cas suivant, une hématurie, qui a semblé dé-
pendre d'un effort, a été un des premiers symptômes d'une
pyélo-néphrite chez un vieillard; et, chose remarquable, cette
hématurie a paru, jusqu'à un certain point, alterner avec un
crachement de sang, dont la cause n'a pu être découverte après
la mort. La dilatation des uretères a étâ évidemment la consé-
AVEC DES MALADIES DE LA PROSTATE. 87
queuce des obstacles que le gonflement de la prostate et le mé-
lange du sang et du pus avec l'urine apportaient à son émis-
sion. L'urine est devenue alcaline dans les derniers temps ,
probablement à la suite de l'inflammation des substances
rénales.
Obs. VI. — Urine sanguinolente, puis sanguinolente et purulente; néphrite
chronique avec pyélite; gonflement' de la prostate; mort.
Garot (Claude), âgé de 72 ans, charpentier, entra le la fé-
vrier 1840, à l'hôpital de la Charité. Ce vieillard, d'une haute
taille et maigre , a toujours joui d'une bonne santé. 11 n'a pas
été vacciné et n'a pas eu la petite-vérole. A l'âge de ao ans, il a
été atteint d'une pleurésie qui a duré un mois. Garot a servi à
l'armée pendant onze ans; il s'est marié à l'âge de a8 ans; il
n'a jamais eu de maladies vénériennes. Cet homme n'avait ja-
mais éprouvé d'accident du côté des voies urinaires, lorsque, le
5 juin dernier, voulant soulever une pièce de bois très lourde,
il sentit lout-à-coup une douleur vive dans la région lombaire
gauche. Pendant trois jours il continua cependant de travailler,
et ses urines paraissaient mélangées de sang; alors il a senti des
cuissons dans la verge, sans douleur de reins ni de vessie.
Depuis le mois de juin, il a continué d'uriner du sang, deux ou
trois fois par mois, et pendant deux ou trois jours. Dans l'in-
tervalle de ces hématuries, les urines étaient troubles et lais-
saient déposer un sédiment blanchâtre au fond du vase j depuis
cinq mois, il éprouve de la difficulté à uriner; il faut qu'il
pousse pour rendre les urines, et quelquefois elles sortent mal-
gré lui. Depuis le mois de juillet, il a été sujet à de la toux, et a
craché un peu de sang. Pendant tout le mois de décembre der-
nier l'urine n'a pas été sanguinolente, mais le malade a con-
stamment craché le sang. Yers la fin du mois de juillet, Garot
entra à l'Hôtel-Dieu, oii il resta six semaines environ; dans le
courant du mois de septembre, il fut traité à l'hôpital Necker;
on le sonda et on ne trouva pas de corps étranger dans la ves-
sie; enfin, dans le mois de décembre, il a été traité pendant six
semaines à la Charité.
Aujourd'hui ce malade est dans l'état suivant : décubilus
88 PYÉLITES COMPLIQOIÎES
dorsal, amaigrissement, douleurs dans la région de la vessie
et dans la région lombaire gauche ; envies fréquentes d'uriner;
émission difficile el douloureuse des urines, qui sont sanguino-
lentes et laissent déposer un sédiment purulent au fond du vase;
respiration légèrement accélérée, avec toux, crach&ls rouges ,
sanguinolens et spumeux; râle muqueux el râle sibilant; pouls
fréquent, large, développé; rougeur de la face; anorexie {Sai-
gnée de deux palettes; eau de gomme édiilcorée; jttlep ).
Le i5, l'hénioplysie a cessé; crachats muqueux, peu abon-
dans ; la dysurie persiste ; on sonde le malade et on ne trouve
pas de calcul; il s'écoule une petite quantité de sang après le
calhélérisme ( Tisane de gomme; julep).
Le 22, la fièvre persiste; constipation, émission fréquente
d'une petite quantité d'urine sanguinolente^ avec dépôt puru-
lent abondant au fond du vase. L'urine est alcaline, précipite
par l'acide nitrique et la chaleur, et pèse 1009 ; constipation
( Même prcscripHon; lavement purgatif).
Le 28, l'amaigrissement fait des progrès; la fièvre persiste;
le malade s'alfaiblit, el il accuse cependant peu de douleurs; les
urines sont colorées, rouges; il y a près d'un pouce de pus au
fond du bocal ( Même prescription).
Le 2 mars, même état.
Le 6, Garot a rendu un litre et demi environ d'urine trouble
et opaque, peu sanguinolente, précipitant par Pacide nitrique et
par la chaleur, pesant 1006 à l'aréomètre, et donnant un dé-
pôt abondant de pus au fond du vase.
Le 9, la fièvre persiste, surtout le soir: grande faiblesse; par
fois dévoiement; émission des urines très fréquente , presque
continuelle ; les urines sont opaques, d'un jaune pâle el légère-
ment acides.
Le i5, la fièvre persiste ; l'hypogaslre est tendu sans douleur
vive; aucune douleur dans la région lombaire gauche; le ma-
lade urine à chaque instant ; urine rouge, purulente et légère-
ment sanguinolente, alcaline.
Le 28, amaigrissement, grande faiblesse : urine donnant un
dépôt de pus du tiers de la colonne du liquide.
Le 6 avril, ce malade est réduit au dernier étal de marasme ;
AVEC DES MALADIES !>£ LA PROSTATE. 8g
le pouls est petit, fréquent, la langue sèche; les urines, très
fétides, purulentes, s'écouleut involontairement, goutte à
goutte.
Le 2 0, urines sanguinolentes, mêlées de pus et de mucosités
filantes j on sent à peine le pouls.
Mort le lendemain, à quatre heures du matin.
Autopsie du cadavre, trente heures après la mort. — Crâne.
Le cerveau est pâle, anémique ; il suinte une assez grande
quantité de sérosité de la cavité de l'arachnoïde et de celle
des ventricules.
Thorax. Les lobes supérieurs des deux poumons sont em-
physémateux; le poumon di'oit adhère aux côtes; le cœur est
sain; nombreux points d'ossification dans l'aorte vers son ori-
gine; les valvules sont saines et suffisantes.
Abdomen. Le foie est sain ; la rate est petite, peu consistante;
l'intestin ne présente pas de lésion, si ce n'est un peu de
rougeur de la membrane muqueuse vei's la fin du gros in-
testin.
Le rein droit adhère avec le colon ascendant, qui, dans le
point correspondant àl'adhérence, présente intérieurement une
ulcération. Le rein est atrophié la capsule fibreuse est forte-
ment adhérente à la substance corticale, qui est mamelonnée,
plus dure que dans l'état sain, et parsemée de petits foyers de
pus; plusieurs foyers purulens dans les deux substances. Les
calices et surtout le bassinet offrent une dilatation considéra-
ble; leur membrane muqueuse est violacée et enduite de sang
et de pus. L'uretère est considérablement dilaté dans toute son
étendue; sa membrane muqueuse est rouge et violette comme
celle du bassinet. Deux petits kystes urineux à l'extérieur du
rein.
Le rein gauche, d'un rouge intense, plus volumineux que le
droit, offre une inflammation aiguë des mieux caractérisées.
• Rougeur très vive des deux substances, nombreux petits dépôts
de pus, du volume d'une tête d'épingle à celui d'un petit pois,
dans les deux substances ; dilatation considérable du bassinet,
dont la membrane interne est d'un rouge vif. L'uretère , égale-
ment dilaté, est rouge et très injecté à son orifice vésical. La
90 PYlléLITÈS COMPLIQUÉES
capsule d'enveloppe du rein est opaque, légèrement ramollie ; ou
l'enlève assez facilement par petites plaques,
La membrane musculeusede la vessie, notablement hyper-
trophiée, offre des colonnes nombreuses et saillantes, présen-
tant, dans leurs intervalles, des loges ou culs-de-sac. La mem-
brane muqueuse , violacée et injectée dans quelques points ,
est baignée de pus.
Les orifices des uretères dans la vessie sont libres.
A l'orifice vésical on voit trois mamelons saillans, un posté-
rieur et deux latéraux; le premier est évidemment formé par
l'hypertrophie du lobe moyen de la prostate; il est blanc, ferme,
résistant: les deux latéraux sont moins fermes et cèdent faci-
lement au doigt.
L'urèthre, rouge, injecté, contient dans sa portion membra-
neuse et près de la fosse - 'uaviculaire une petit caillot de
sang.
Rapports de la pyélite avec les maladies de la vessie.
§ 678. La pyélite est souvent la conséquence ou le résultat
final des inflammations de la vessie, des rétentions d'urine dans
cet organe, des corps étrangers dans son intérieur, et des ma-
ladies organiques qui en affectent les parois.
Presque toutes ces maladies agissent sur les bassinets ou sur
le rein , en déterminant supérieurement une rétention d'urine.
Cependant, dans quelques cas, il y a évidemment extension de
l'inflammation de la membrane muqueuse de la vessie jusqu'au
bassinet et aux calices, le long des uretères; tel paraît être le
mode de développement de la pyélite blennorrhagique- Il eu
est de même de certaines uretérites pseudo-membraneuses,
consécutives à la pyélite calculeuse.
Parfois, il arrive que l'affection de la vessie qui a déterminé
la pyélite , guérit, tandis que l'affection du bassinet continue et
s'aggrave même au point d'occasioner la mort.
M. Civiale (i) rapporte qu'un nommé Lebaigue, de Paris, âgé
de 61 ans, fut traité long-temps pour un catarrhe vésical. A la
(i) Ciyiale. Traité deVaffeciion calculeuse, p, 218, m-8, Paris, i838.
AVEC DES MALADIES DE LA VESSIE. gi
fin, on soupçonna qu'il pouvait avoir la pierre, dont l'existence
fat constatée par le cathétérisme. Le malade recula devant
l'opération de la taille, et, après s'être résigné pendant deux ans
à souffrir, il vint consulter M. Civiale. Celui-ci reconnut deux
grosses pierres ; mais, la vessie était à-peu-près saine , et l'urè-
ihre permettant l'introduction d'un instrument volumineux,
on pratiqua la lilhotritie. Une des pierres fut promptement
saisie, mais on éprouva quelque difficulté à la fixer et à l'enta-
mer. Le malade rendit, avec l'urine, un peu de détritus et plu-
sieurs petits fi-agmens. Neuf séances suffirent pour broyer et
extraire les deux calculs. Après chaque opéi-ation , il sortit des
fragmens considérables ; l'un d'eux avait sept lignes de long et
cinq de large. Une exploration définitive fit reconnaître que la
guérison était complète. Trois mois après, sans cause évidente,
des douleurs se manifestèrent dan^ l'hypocliondre droit. Pen-
dant tout le temps qui s'était écoulé depuis l'opération jus-
qu'alors, le malade avait joui d'une bonne santé. Les douleurs
furent d'abord attribuées à une colique néphrétique; elles con-
tinuèreiit et firent ensuite croire à l'existence d'une affection
plus grave. Les moyens de tout genre qui furent employés, ne
produisirent aucun résultat avantageux ; le malade mourut.
L'ouverture du corps fit voir que le rein droit était désorganisé
par la suppuration, qui formait un dépôt étendu jusqu'à l'ar-
cade crurale, et contenant une pinte et demie de liquide; le
rein gauche était à-peu-près sain ; la vessie, peu spacieuse, n'of-
frait aucune altération , et ne renfermait aucun débris de
pierre.
■ § 67g. D'un autre côté, mais bien plus rarement, l'extension
de l'inflammation du bassinet aux uretères et des uretères à la
vessie est la cause de certaines cystites. Cela ne peut être ré-
voqué en doute pour certaines pyélites tuberculeuses et pour
un certain nombre depyéliles et d'uretérites pseudo-membra-
neuses , dans lesquelles l'affection de la vessie n'est survenue
que dans les derniers temps de la maladie.
Une cause très commune de l'extension de l'inflammation du
bassinet à la vessie , c'est le passage, dans ce réservoir, de gra-
viers formés dans le rein. Ces corps étrangers, api-ès avoir
9^ PyÉLlTJ'S COMPLIQUÉES
excilé des douleurs aiguës et les symptômes d'une pjélile ,
prennent plus de volume, déleriiiineul dans la vessie une irri-
tation, d'abord intermittente, puis continue, et enfin une véri-
ritable inflammation avec sécrétion muqueuse et purulente,
qui , plus tard, réagit puissamment et d'une manière très
fâcheuse sur l'affection primitive.
La cystite survient aussi quelquefois après le passage des
acéphalocystes des uretères dans la vessie.
J'ai rapporté ailleurs (i) un cas dans lequel un morceau de
drap, de trois quarts de pouce, paraît avoir pénélré danslebassi-
net, s'y être encroûté d'une matière saline et avoir passé dans la
vessie , d'oii il a été expulsé après de longs et pénibles efforts.
Il n'est pas douteux non plus que d^ pus, sécrété dans l'inté-
rieur du bassinet, ou qu'une grande quantité de mucus ou de
matière tuberculeuse, versée habituellement dans la vessie ,
ne l'irrite et ne finisse par y exciter de l'inQammation.
M. Hovvship (a) rapporte un cas remarquable d'excoriations
nombreuses de la membrane muqueuse de la vessie consécu-
tives à une affection des reins et des uretères; l'urine était
troublée par un nuage muqueux.
L'urine neutre ou alcaline, sécrétée par les reins atteints de
pyélo-néphrite , paraît même irriter quelquefois la vessie et
provoquer des émissions fréquentes.
§ 680. Les inflammations de la vessie, étant souvent beaucoup
plus douloureuses que celles du bassinet et des calices, peuvent
obscurcirles symptômes de ces dernières, au point qu'ils passent
tout-à fait inaperçus. Aussi arrive t-il assez fréquemment qu'on
découvre après la mort, chez des sujets qui n'avaient été traités
que pour une cystite simple ou calculeuse , que les reins sont
en suppuration ou contiennent des calculs.
g 68 1 . Dans la pyélite calculeuse, la vessie peut être le siège de
douleurs sympathiques assez vives, sans lésions matérielles ap-
préciables. Morgagui (3) parle d'un homme qui était considéré
(i) Tonjo I, p. a66.
(a) Uow&hip, lue, cit., p, 44.
(3) Morgagui. De sed. et caatis moii,, epist. Xiiii § 4«
AVEC IIES MALADIFS DE LA VESSIE. C)3
par plusieiirs médecins instruits comme étant atteint d'une ma-
ladie de la vessie , et chez lequel on trouva , après la mort , la
vessie parfaitement sa'ne et les reins remplis de calculs volu-
mineux et ramifiés. Morgagni (i) cite aussi une observation
d'Harder, rappelée par Bonet (2), nt dans laquelle il s'agit d'un
enfant de trois ans , paraplégique, atteint de convulsions, et
qui indiquait par des gestes une douleur des plus vives en uri-
nant, sans avoir jamais accusé de douleurs rénales (au moins,
Morgagni le présume). Après la mort, on reconnut que la vessie
était saine ; mais on pouvait exprimer des mamelons une
grande quantité de sable, et, au commencement de l'uretère, il
y avait un calcul oHong, pointu , d'une grande dureté, et très
adhérent aux parois de ce conduit. Lowdell (3) a rapporté le cas
d'une femme de 22 ans qui souffrait dans la région de la vessie
et qui ne s'étailjamais plainte de douleurs dans les reins. Les ca-
lices des àexxx reins contenaient des calculs volumineux et très
irréguliers. Enfin, M. Howship (4^ cite un cas de douleur «m col
de la vessie, avec envies fréquentes d'uriner et excrétion d'un
mucus. épais dans l'urine. A l'autopsie du cadavre, on trouva la
vessie parfaitement saine j le rein droit, qui avait été aussi le
siège des douleurs, était transformé en poche purulente.
Ces faits sont nires, mais ce qui l'est beaucoup moins, c'est
de trouver une altération profonde des reins chez des individus
qui ne s'étaient jamais plaints de douleurs aux lombes, et
qui en accusaient à la vessie plus ou moins enflammée : ainsi
des médecins instruits , avant d'entreprendre l'opération
de la taille ou de la lithotritie, ont exploré attentivement
les reins, sans rien découvrir qui pût faire présumer une lésion
de cet organe, et, l'opération faite, il est survenu presque tout-
à-coup un frisson glacial, suivi d'une forte chaleur et d'une
mort rapide; et on a trouvé, non-seulement du pus ou des calculs
dans le bassinet, mais encore la substance propre des reins en-
(i) Morgagni, ibiJ., § 5.
.fa) Boact. Sejjitlcreiuin, lib, m, sect, xxvti, obs. x.
(3) Memoirs oj the médical sociely of London, vol, i, obs. 24.
(4) Howsliip. Ouvrage cité, p. 40.
9^ py]5lites compliquées
flammée et en suppuration. C es fyèliles latentes ont été aussi
observées dans des cas de cancer ou d'autres lésions organiques
delà vessie.
Ces faits expliquent les efforts qu'ont faits les médecins et les
chirurgiens pour trouver des caractères particuliers au pus des
reins ou des bassinets et au pus de la vessie. Dans l'inflamma-
tion chronique de la vessie, le plus souvent l'urine laisse dépo-
ser un sédiment glaireux , surtout lorsqu'elle est alcaline ; plus
laremenl, l'humeur qu'elle fournit est un véritable pus, non
glaireux, et analogue à celui que sécrète le plus ordinairement
le bassinet enflammé. Cependant, il arrive parfois que le sédi-
ment de l'urine , dans une cystite chronique, est composé en
grande partie de véritable pus facile à disséminer par l'a-
gitation dans le liquide qui surnage; et que, d'un autre côté,
le bassinet enflammé contient une matière muqueuse épaisse et
filante; toutefois, la matière glaireuse que la membrane muqueuse
de la vessie enflammée sécrète, examinée au microscope, con-
tient généralement moins de globules purulens que le pus pro-
venant du bassinet. Quelquefois même, la matière visqueuse
et puriforme provenant de la vessie , n'offre que très peu de
globules de pus et paraît composée, presque en entier, d'une
matière gélatiniforme amorphe et de lamelles d'épithélium.
Enfin , la matière muco - purulente formée par une pyé-
lite chronique, est bien moins souvent infiltrée de gros cristaux
de phosphate ammoniaco magnésien que celle qui provient de
la membrane muqueuse de la vessie atteinte d'une inflamma-
tion chronique.
Pour terminer tout ce qui a trait au diagnostic différentiel
des inflammations de la vessie et des bassinets, par l'exa-
men de l'humeur muqueuse et purulente excrétée avec l'u-
rine, j'ajouterai que le sédiment est souvent composé d'un
mélange de ces deux humeurs (la coïncidence des inflammations
de la vessie et du bassinet étant très fréquente), et qu'il faut,
dans un cas particulier, s'enquérir, non-seulement ai le pus pro
vient du rein ou de la vessie, mais encore s'il ne provient pas de
ces deux organes ou d'une partie voisine.
§ 682. Si la cystite survient quelquefois après la pyélite,soit
I
AVEC DES MALADIES DE LA VESSIE.
par le fait de l'écoulement du pus à travers la vessie , soit autre-
ment, bien plus souvent l'inflammation du bassinet et des ca-
lices est consécutive à des inflammations chroniques calculeuses
ou non calculeuses de la vessie.
Les lésions organiques de ce viscère , surtout lorsqu'elles
entraînent la rétention d'urine dans le bassinet et dans les ca-
lices, sont aussi des causes fréquentes de pyélite.
Presque toujours aussi les inflammations des conduits excré-
teurs de l'urine sont suivies ou accompagnées de l'inflammation
dessubstances rénales; etsouvent cette inflammation se montre
dans l'un des reins à l'état aigu , et dans l'autre à l'état chro-
nique.
La pyélo-néphrite est souvent la conséquence de diverses
tumeurs qui se développent dans l'excavation du bassin.
Obs. VII. — Tumeur cancéreuse occupant le petit bassin, envahissant l'uté'^
rus, les ovaires et le bas-foad de la vessie; rétention d'urine, et dilatation
de la vessie, qui remonte jusqu'au niveau de romhilic. Douleurs très
vives à l'bypogastre et dans le rein gaucbc; urines troubles et alca-
lines.— Masse cancéreuse dans le petit bassin; cystite et pyélite chroni-
ques; inflammation aiguë du rein gauche; inflammation chronique du
rein droit.
Jarlat, âgée de 6i ans, fut admise à l'hôpital de la Charité,
le 2 novembre iSSg.
Cette femme est depuis long-temps soulTrante; depuis long-
temps ses digestions sont difficiles j elle éprouve fréquemment
des envies de vomir, surtout après le repas, et parfois tous les
aliraens qu'elle a pris sont rejetés par le vomissement. La peau
a' une teinte jaune-paille; la maigreur est considérable.
Cette femme accuse une douleur permanente à la région
hypogastrique, et on remarque, en ce point, une tumeur molle
qui remonte jusqu'à un pouce au-dessous de l'ombilic. La
partie saillante de la tumeur est molle, élastique; en pressant
plus fortement, on sent profondément des masses dures et
inégales, qui occupent tout le petit bassin. Depuis deux jours
lexcrélion des urines est complètement supprimée; quelques
jours avant, Jarlat ne pouvait rendre que quelques gouttes
d'urme , à chaque émission, et en souffrait beaucoup. ^
I
I
9^ PYl5UTES COMPLIQUKFS
La pression n'éveille aucune douleur à la région des reins.
Le toucher par le vagin fait reconnaître des bosselures et
des indurations. Le col de la matrice, inégal et tuméfié, adhère
à la paroi antérieure du vagin ; le doigt, appliqué à cette pa-
roi, éprouve la sensation d'une tumeur dure, occupant la
paroi postérieure de la vessie et les parties latérales du petit
bassin. La sonde, engagée avec force dans le canal de l'urè-
ihrc , pénètre dans la vessie et donne issue à une pinte et demie
d'urine trouble, d'une odeur fortement ammoniacale, bleuis-
sant le papier de tournesol, rougi par un acide. Les garde-
robes sont rares et douloureuses. La langue est rouge et un
peu sèche; l'appétit presque nul; parfois des éructations. Les
douleurs hypogastriques se manifestent par élancemens, sans
cesser jamais complètement, et elles obligent la malade à res-
ter constamment au lit. La peau est sèche; le pouls petit, sans
fréquence.
La malade resta à-peu-près dans le même état durant les pre-
miers jours de son séjour à l'hôpital; on la sonda deux fois
par jour; l'urine était trouble , alcaline et très fétide.
Le 5, douleurs plus vives ; insomnie; pouls fréquent (90 pul-
sations par minute); langue très rouge et sèche; appétit nul;
soif assez vive; diarrhée; évacuation involontaire de l'urine.
La vessie est distendue, et la malade, qui redoute le cathété-
risme, parce qu'il est douloureux, fait vainement des efforts
considérables pour vider sa vessie. L'urine, extraite par la
soude, est épaisse, grisâtre et très fétide {Eau de riz édulcorèe,
deux pots; poUon gommeuse; julep, lis ; caihétèrisme ; touil-
lons, sotij)es).
Le 9, altération des traits; douleurs vives à l'hypogastre, oii
la pression esttiès douloureuse ; insomnie; perle de l'appétit;
dia rrhée; vomissemens après avoir pris du bouillon. Les urines
coulent par regorgement; la malade est sondée deux fois par
jour. Les membres abdominaux sont engourdis et douloureux;
infdtration autour des malléoles {Eau de ris èdulcorèc; potion
gommeuse; julep, lis ; cataplasme; dix sangsues à la région
hypogaslriquc ; icinUtre de cantharides , six gouttes).
Le i"?., l'amaigrispenient et la pâleur sont extrêmes; évacua-
AVEC DES MALADIFS DE LA VESSIE. 97
lions alvines involontaires; la malade urine sans qu'on la sonde
{Memeprescripiion; dix sangsues snr la rcyïon du rcùi gauche)
Le t5, étal slationnaire depuis quelques jours ; frissons irré-
guliers; envies do vomir; constipation depuis deux jours;
douleurs très vives dans les efiorts de défécation {Limonade
gazeuse; julep, lis; cataplasme; injections de guimauve; houzl-
lonSf soupes).
Le 18, fièvre, langue rouge; pouls petit, fréquent; dou-
leurs vives à riiypogastre ; gémissemeus presque conti-
nuels. Le 20, de nouveau, rétention complète de l'urine (l'u-
rine extraite par la sonde est trouble, d'un gris sale, alcaline et
fétide). Le 22, la malade s'est encore affaiblie; les membres infé-
rieurs sont œdématiés; les lèvres sont fuligineuses; la langue
est très rouge et sèche ; soif vive ; envies de vomir plus fréquentes
depuis deux jours, et hissons {Dejix vèsicaloires aux cuisses).
Le 24, la diarrhée a reparu après six jours de constipation ;
pouls très faible et très fréquent. Le 2 5, à la visite, extrémités
froides; mort dans la nuit.
Autopsie du cadavre. — Abdomen. En plusieurs points, et
surtout au niveau de l'ombilic, les anses intestinales sont unies
par de fausses membranes molles et récentes; la vessie, dis-
tendue par de l'urine , est située presque complètement en
dehors du petit bassin. L'excavation du bassin est remplie par
des masses d'un tissu jaunâtre, dures, développées dans les liga-
mens de la matrice, autour des ovaires, et dans le tissu cellu-
laire extra-péritonéal ; de telle sorte que toutes ces parties ne
forment qu'une masse avec le corps de l'utérus et le bas-fond
de. la vessie. Les ovaires sont altérés et transformés en kystes
séreux. Le corps de l'utérus ne présente pas de lésion extérieu-
rement; mais à sa face interne, au niveau du col, existe une
ulcération grisâtre et superficielle. La face antérieure de l'utérus
adhère intimement au bas -fond de la vessie; le tissu cellulaire
induré et dégénéré qui entoure ces deux organes, présente divers
degrés du cancer: ici, ce tissu est dur, jaune et blanchâtre;
la, il offre de l'injection et des stries rouges, disséminées sur
un fond mat. La branche horizontale du pubis, la symphyse
et le fond delà cavité cotyloïde ont aussi subi la transformation
III, n
98 PYÉLITES COMPLIQUlîES
cancéreuse; le scalpel pénètre facilement le tissu de ces os qui
est ramolli et infiltré de matière cancéreuse. La vessie , plongée
au sein de ces tissus dégénérés, est profondément altérée ; la
couche musculeuse est hypertrophiée et indurée ; la mem-
brane muqueuse est mamelonnée , parsemée d'érosions grisâ-
tres. Au sommet de la vessie , la membrane muqueuse est d'un
gris-ardoise uniforme; vei's le col, elle a une teinte plus fon-
cée , presque noii'e ; sur plusieurs points^ il existe des exsuda-
tions pseudo-membraneuses.
Les uretères, comprimés par la tumeur, ne présentent au-
cune déformation jusqu'au niveau du détroit supérieur du
bassin; là, ils offrent une dilatation qui se prolonge jusqu'à
l'infundibulum ; les bassinets sont dilatés, et les calices, dis-
tendus par l'urine j forment des loges séparées, qui commu-
niquent par de larges ouvertures avec le bassinet. La mem-
brane muqueuse des uretères , du bassinet et des calices, est
épaissie et d'un blanc laiteux, comme dans les pyélites chroni-
ques. Les deux reins sont volumineux et mous, grisâtres,
parsemés de plaques blanches circonscrites, et de petits points
purulens, isolés ou réunis en groupes. Près de ces groupes, il y
a de petits épanchemens sanguins du volume de la tête d'une
grosse épingle. Dans les plaques blanches, la décoloration
n'est pas seulement répandue à la surface de la substance cor-
ticale , elle s'étend à toute son épaisseur. Les mamelons sont
affaissés et déformés par la pression qu'exerçait l'urine. La face
antérieure du rein droit est uniformément anémique et dure
comme dans certaines néphrites chroniques.
5 C83. L'observation suivante, recueillie par un de mes an-
ciens élèves, M. le docteur Bureau, est un exemple de pyélite
calculeuse, compliquée d'une inflammation chronique de la
vessie, probablement consécutive à. VaiSeclioii du rein. C'est,
en outre, un nouvel exemple à ajouter à plusieurs autres que
j'ai rapportés à'hydropisi'e consécutive à une lésion rénale pro-
fonde.
AVEC DES MALADIES DE LA VESSIE.
99
Obs. VIII.— Huit grossesses; douleur daus le flanc droit; pyélite calculeuse
chronique du rein droit; cystite chronique; infiltration générale; mort.
Malurel, âgée de 5g ans, brodeuse, d'une bonne constitution,
mère de dix enfans, réglée depuis l'âge de i3 ans, jusqu'à Sa
ans, avait toujours joui d'une bonne santé, lorsqu'il y a vingt
ans (un an après son huitième accoucliement, qui avait été na-
turel comme les précédens)^ elle commença à se plaindre d'une
douleur dans le flanc droit, et d'une fièvre qui revenait irrégu-
lièrement. La malade, qui jusqu'alors n'avait jamais fait atten-
tion à ses urines, remarqua qu'elles étaient brunes ; elle ignore
si elles contenaient du sable ou des graviers; jamais elle n'avait
éprouvé de coliques néphrétiques. Des boissons délayantes et
le repos la soulagèrent, mais ne la guérirent pasj elle sentait
toujours de la douleur dans le flanc droit. Cependant elle con-
tinua de s'occuper de ses affaires.
Il y a dix ans^ elle fit une maladie grave, avec délire. Après
trois mois de soufi'rances , elle se rétablit, mais la douleur du
flanc droit persistait; sourde et profonde, cette douleur s'ir-
radiait du même côté dans les fesses, les hanches et la partie an-
térieure de la caisse droite, et s'exaspérait parfois à tel point
que la malade ne pouvait marcher qu'avec peine. L'émission
des urines était fréquente et suivie d'une douleur à l'hypogastre.
Les urines, troubles au moment de l'émission, déposaient une
grande quantité de matière glaireuse. Depuis , la malade a
constamment souflfert du flanc droit.
Le 12 septembre iSSy, elle entra à l'Hôtel-Dieu de Lyon.
La peau est généralement décolorée et d'un blanc jaunâtre;
l'embonpoint est assez considérable; le ventre est augmenté
de volume ; les intestins sont refoulés en avant et à gauche par
une tumeur assez volumineuse que l'on sent dans le flanc droit,
et qui fait saillie en avant. La région lombaire est manifestement
élargie et bombée; la tumeur se perd en haut sous les fausses
cèles, el s'étend en bas daus la fosse iliaque droite. En plaçant
une main sur la région lombaire , et l'autre sur le flanc droit,
on peut faire éprouver à la tumeur un ballollcment 1res sen-
lOO PYI^LITES COMPIJQUIÎES
sible. On y reconnaît aussi, distinctement, de la fluctuation.
Cette tumeur est le siège de douleurs vives, qui s'exaspèrent à
un haut degré par la pression.
Les urines, diminuées de quantité, forment un dépôt qui re-
présente environ le sixième de la colonne du liquide. Ce dépôt
est composé de deux couches : l'une, supérieure, d'une ligne
environ d'épaisseur, est rosée; l'autre, d'un jaune verdâ-
tre, est formée par du pus épais et filant. Malgré la présence
de cette énorme quantité de pus, l'urine est acide. La malade
urine souvent, en petite quantité chaque fois. A la fin de cha-
que émission, elle ressent une douleur fixe derrière la sym-
physe du pubis.
La digestion est difficile. Symptômes de catarrhe pulmo-
naire ; oppression, toux, crachais muqueux; pouls petit,
fréquent. Le catarrhe acquiert plus d'intensité, la dyspnée
devient plus forte, les crachais sont plus rares; un redou-
blement fébrile a lieu tous les soirs; la faiblesse fait des
progrès; le ventre se tuméfie, et l'on constate un léger épan-
chement séreux dans le péritoine. Enfin, la malade s'éteint, le
i'" novembre iSSy.
Autopsie du cadavre, le a. — Habitude extérieure. Infiltra-
lion générale du tronc et des membres.
Tête. Cerveau sain; un peu de sérosité dans l'arachnoïde.
Poitrine. Les poumons sont engorgés à leur partie posté-
rieure ; les bronches sont remplies d'écume; la membrane mu-
queuse est d'un rouge très intense, tirant sur le brun. Le cœur
ne présente aucune altération; ses cavités contiennent des
caillots très consistans.
Abdomen. Une pinte environ de sérosilé limpide dans le pé-
ritoine. Les gros intestins sont distendus par des gaz; l'épi-
ploon et le mésentère sont chargés d'une grande quantité de
graisse. La membrane muqueuse gaslro-inlestiuale est un peu
décolorée. Le foie est volumineux; la coloration de son tissu est
uniforme et d'un jaune rougeâtre; sa consistance a diminué; le
doigt le pénètre par le plus léger effort, et se couvre d'un
enduit gras. La vésicule du fiel, énormément distendue, forme
une tumeur cylindrique de trois pouces de long sur un et drnii
AVEC LAl grossesse. IOÏ
de diajiièlre ; la bile qu'elle contient est claire et d'une flui-
dité remarquable.
Après avoir enlevé l'intestin, on voit dans le flanc droit une
tumeur enveloppée d'un couche graisseuse et qui a contracté
une adhérence iutirae avec les organes voisins. L'aorte et la
veine cave sont comprises dans celte masse graisseuse. La tu-
meur, formée par le rein, a cinq pouces et huit lignes de lar-
geur dans son diamètre vertical, et dans son diamètre transver-
sai environ quatre pouces et demi. A sa partie inférieure et in-
terne, on voit l'uretère, qui a la grosseur du petit doigt. Une in-
cision,pratiquée sur le bord externe de la tumeur et dans toute
son épaisseur, donne lieu à l'écoulement d'un grand verre de pus
grisâti'e et très fétide. Ce qui reste de substance rénale forme,
sur le bord externe de la tumeur, une sorte de croissant. Une
masse graisseuse avait envahi le bassinet. Dans la poche mul-
tiloculaire que représente le rein , on peut compter dix ou
douze loges ovalaires , de diverses grandeurs, séparées les unes
des autres par des cloisons fibreuses. La surface interne de ces
loges est d'un gris noir ; dans l'une d'elles , la plus considé-
rable, on trouve les fragmens d'un calcul; ces fragmens sont
d'un rouge brun. Dans une loge plus petite , on trouve encore
\in petit calcul, très irrégulier, dont la forme se rapproche de
celle de l'os palatin.
L'uretère a, dans toute sa longueur, le volume du petit doigt ;
cette augmentation de volume est presque entièrement due à
l'épaississcment de ses parois. La membrane muqueuse a une
teinte ardoisée comme celle du bassinet. Les parois delà vessie
sont très épaisses; sa membrane muqueuse a une teinte brun-
foncé , assez uniforme. Le rein du côté opposé est sain.
L'utérus est gros ; un petit polype mou est implanté dans sa
cavité, du côté gauche.
§ 684. Rajiports de lapyélHe avec les affections des
orgaîies de la yènèralïon.
Les femmes qui ont des calculs dans les reins , sont plus
sujettes aux coliques néphrétiques pendant la grossesse que
dans l'étal de vacuité.
102 PYÉLITES COMPLIQUEES
Les calculs rénaux sont aussi une prédisposition aux fausses
couches. « Une femme, dit Plaler (i) , ressentait, depuis bien
des années, de ferles douleurs au rein gauche. Elle devint qua-
torze fois enceinte et toujours fît autant de fausses couches, vers
le huitième ou le neuvième mois. Les douleurs lombaires
augmentèrent avec l'âge, principalement du côté droit; elle
rendit par l'urèthre beaucoup de calculs et une grande quan-
tité de sang et de pus avec les tirines. A sa mort , on trouva la
substance du rein gauche entièrement détruite. Ce viscère res-
semblait à un sac membraneux, rempli de sinus amples et de
tubercules durs; l'uretère avait la grosseur d'un intestin. Le
rein droit, très volumineux, contenait une grosse pierre bran-
chue, de la forme d'une tète de cerf, qui remplissait les calices,
le bassinet, et obstruait le commencement de l'uretère. La
mère de cette femme était .calculeuse; on lui trouva une pierre
dans chaque rein.
Dominique Panaroli (2) , professeur de médecine à Rome ,
assure aussi avoir vu périr presque toutes les femmes enceintes
qui étaient attaquées de coliques néphrétiques. Mais il n'en est
pas toujours ainsi : on a vu des femmes chez lesquelles un des
reins était énormément distendu par du pus, devenir enceintes,
et accoucher à terme, sans accident, d'un enfant bien conformé.
Tel a été le cas de madame F..., auprès de laquelle je fus appelé
pendant sa grossesse. Je transcris ici l'histoire de ce fait, re-
cueilli par M. le docteur Beaugrand :
a Madame F..., âgée de aS ans, blonde, d'une constitution
lymphatique, est née de parens jouissant habituellement d'une
excellente santé, et doués d'une complexion très vigoureuse ;
deux frères et deux sœurs , plus âgés qu'elle , sont également
d'une très forte constitution.
(1) Plater, Obs. med., lib. ir, p. 436-
(2) PaDaroli, PeMecoslœ, 3. — Gestes {Su,r une suppression d'urine et des
douleurs néphrétiques survenues à. une femme enceinte de sept mois et demi
Journ. deméd. de Roux, in-12, 1762, t. xvii, p. iSo), cite un cns de réten-
fâôn d'urine, avec douleur rénale, suivie d'avortement. Ce cas, dans lequel
la malade se rétablit, diffère de ceux que nous venons de citer, notamment
par l'absence des calculs dans les reins.
AVEC JiA GROSSESSE. I o3
Vaccinée peu après sa naissance, elle a cependant eu, pendant
son enfance , une -variole peu grave, qui a laissé sur le visage
quelques petites cicatrices caractéristiques; du reste, elle
se portait habituellement très bien. Elle a été réglée à 12 ans;
deux ans après, à la suite d'une frayeur, les menstrues se
supprimèrent et ne reparurent qu'au bout d'un an environ ,
mais pâles et peu abondantes; depuis lors, elles ont toujours
présenté les mêmes caractères.
Vers l'âge de 16 ans, survinrent, pour la première fois, des atta-
ques de coliques néphrétiques dans le côté di'oit; coliques exces-
sivement douloureuses, accompagnées de vomissemens de matiè-
res muqueuses et bilieuses très abondantes, et à la suite des-
quelles la malade éprouvait un peu de soulagement. Il y avait en
même temps, et dès cette époque, douleur dans tout le flanc
droit avec engourdissement notable de la cuisse et de la jambe
correspondantes. Ces attaques se montraient tous les mois à
l'époque des règles, duraient quatre à cinq jours, et disparais-
saient après une application de sangsues; dans les intervalles
la santé était parfaite.
Il y a quatre ou cinq ans, la malade fut près d'une année sans
souffrir, bien que les règles n'eussent pas repris un meilleur as-
pect. Mais, après cette intermission, les douleurs néphrétiques
reparurent aux mêmes époques et avec une notable augmenta-
tion dans l'intensité et la durée des accidens; dès-lors, à cha-
que accès, la malade put s'apercevoir d'un gonflement dans le
flanc droit qui disparaissait avec les autres phénomènes.
Dès les premiers momens de l'apparition de cette maladie,
les urines furent troubles, laissant déposer une couche glai-
reuse, que surnageait un sédiment blanchâtre, exhalant une
odeur ammoniacale des plus prononcées ; jamais la malade n'a
pu constater dans ses urines l'existence de graviers; notons
encore que, depuis l'hiver de i838, il est survenu des hémor-
rhoïdcs qui fluent de temps en temps, peu abondamment, sans
époques fixes, et sans amener le moindre soulagement dans
l'affection du rein.
Madame F... n'a jamais pu s'astreindre à suivre un régime ej:
un Iraiieraent, excepté au moment des attî^ques ; alors elle pra-
I04 PYIÎLITES COMPLIQUÉES
Bail des bains entiers ou de fauteuil , se faisait appliquer des
sangsues, etc.; mais, aussitôt les accidens calmés, elle reve-
nait à l'usage du café, du vin pur, surtout du vin de Cham-
pagne, etc.
Devenue enceinte dans le courant de iSôg , la malade s'aper-
çut que les accès avaient notablement perdu de leur intensité :
jusqu'à cette époque, la santé générale s'était parfaitement sou-
tenue, l'embonpoint était assez considérable , seulement le vi-
sage avait pâli, et offrait même une légère teinte jaune-paille.
Pendant les quatre ou cinq derniers mois de sa grossesse, la
malade resta presque constamment couchée ou étendue sur un
canapé.
L'accouchement eut lieu à teririe , le 4 février dernier ; les
douleurs de la parturition commencèrent le matin, vers sept
heures; il y eut quelques vomissemens, et à cinq heures du soir
la délivrance eut lieu avec une extrême facilité. L'enfant , du
sexe féminin, est aujourd'hui très bien portant, quoique d'une
structure assez délicate.
Tout se passa comme dans les couches les plus heureuses;
pas de perte, pas d'accidensdu côté des reins; la fièvre de lait
fut à peine marquée, el au bout de sept jours la malade put se
lever; les lochies furent très peu abondantes, et au bout de trois
semaines elles avaient cessé de couler. Toutefois, depuis cette
époque, la malade avait conservé une leucorrhée qui se mon-
trait surtout aux époques menstruelles, les règles n'ayant pas
lieu: ces dernières n'ont reparu que depuis deux mois.
Depuisl'accouchement, les douleurs de la région rénale n'ont
presque pas cessé de tourmenter madame F... Eu palpant l'ab-
domen, ce qui occasionne des souffrances assez vives, on sent,
dans le flanc droit, une tumeur très considérable qui commence
à partir du rebord des dernières fausses côtes, et descend jusque
dans la fosse iliaque. Les douleurs que cet examen fait naître
s'opposent à ce qu'on puisse délimiter exactement la tumeur,
qui ofire d'ailleurs une matité très prononcée. Les urines sont
toujours, comme par le passé, peu abondantes, troubles, glai-
reuses , et laissent déposer un sédiment blanchâtre et pu-
rulent; seulement elles ont perdu leur insupportable féti-
AVEC LA. GROSSESSE. Io5
dilé. Examinées récemment par M. Bouchardat, ce chimiste
y a reconnu de l'albumine, du mucus et du pus. Aujour-
d'hui (21 août), les forces sont abattues ; l'embonpoint a
presque complètement disparu ; le visage a pris une teinte
jaune-paille, très prononcée ; les digestions sont devenues labo-
rieuses, difficiles; presque loud les soirs, il survient un petit
mouvement fébrile, la peau est alors chaude et sèche; le pouls
prend de la fréquence, et pendant une partie de la nuit des
sueurs abondantes couvrent toute la surface du corps. Il
survient de temps en temps une diarrhée séreuse qui cède assez
promptemeut aux lavemens narcotiques, mais qui se reproduit
avec une grande facilité. Il n'y a pas de traces d'infiltration
Œilémateuse aux membres inférieurs ».
§ 685. Cette observation prouve que les tumeurs rénales,
avec excrétion d'urine purulente , n'ont pas sur la grossesse
une influence aussi fâcheuse qu'on l'a cru assez générale-
ment d'après F. Plaler et Pannroli ; il est à remarquer cepen-
dant que, depuis l'accouchement, madame F... a été de plus
en plus- souffrante.
§ 686. M. Bright (î) a rapporté le cas d'une femme âgée de 3o
ans, qui, après avoir rendu, de temps en temps, de l'urine san-
guinolente pendant trois ans environ , devint enceinte et ac-
coucha d'un enfant bien portant. Six semaines après , elle s'a-
perçut qu'elle portait une tumeur dans le flanc gauche. Devenue
denouveau enceinte, elle mit au monde un second enfant vivant.
Neuf mois après, cette femme fut admise à l'hôpital de Guy et
y mourut, environ deux mois après, d'une pleuro -pneumonie.
La tumeur était formée par le bassinet du rein gauche distendu
pa:r du pus.
Dans le cas suivant, l'inflammation de la vessie, du bassinet
et du rein a été beaucoup moins grave et a pu être traitée avec
succès :
(t) Briglit, On abdominal tumors {Guy'i hospital Reports , n, viir, april,
xSîy. p. aaa).
io6
PYÉLITES COMPLIQUÉES
Obs. IX. — Cystite et pyélo-néphrite du rein droit et peut-être du rein
gauclie; urine sangainolente et muqueuse chez une femme enceinte de
«ix mois; deux saignées; gucrison rapide.
Sattaleur (Annelte), âgée de vingt-six ans, femme de ménage,
entra à la Charité, le 6 oclobre i836.
Celte femme, née dans le nord de la France, est blonde et
fortement constituée; elle n'a jamais été malade excepté l'année
dernière, au mois d'octobre, après une très forte fatigue; étant
enceinte de cinq mois, elle fit une fausse couche. Elle entra dans
le service de M. Fouquier dix-sept jours après , et y resta trois
mois. Elle n'avait jamais uriné de sang, ni de glaires, ni de
graviers, jusqu'à cette époque. Elle n'a point eu d'attaques de
goutte , ni de rhumatisme. Elle n'avait jamais souffert des
reins.
Cette femme , enceinte de six mois, n'avait point éprouvé
d'accidens depuis le commencement de sa seconde grossesse,
lorsqu'il y a huit jours, sans cause connue, elle a été prise de
douleurs très vives dans le ventre et dans les reins, et a uriné du
Bang. A chaque instant elle urinait, et avec douleur. Voici
l'état qu'elle présentait le 7 octobre : Décubitus dorsal; air
de souffrance, douleur extrêmement vive flans la région du
rein droit, qu'on peut à peine toucher en arrière sans provo-
quer un cri de souffrance; doulAir vive à la vessie, moins
vive dans la région du rein gauche; douleurs singulièrement
exagérées par la pression. Deux bocaux d'urine , de quatre
onces chacun, en vingt-quatre heures 3 dans un d'eux l'urine
contient une quantité assez notable de sang; elle est acide et
donne un très fort précipité d'albumine : l'autre contient une
urine d'un jaune sale, avec beaucoup de mucus; par l'acide
nitrique elle donne un très léger précipité d'albumine ; l'émis-
sion est fréquente (dix-huit émissions en vingt-quatre heiu'es).
Langue sale, point d'appétit, soif, ventre ballonné depuis huit
jours. Céphalalgie frontale très intense, surtout le soir; insom-
nie, faiblesse et courbature générale. La malade se tient à peine
sur ses jambes (trois jours après, la marche était beaucoup
plus assurée). Rien d'anomal au cœur, si ce n'est la fré-
AVEC LA GROSSESSE. IO7
quencc de ses battemens (pouls à cent six), respiration na-
turelle.
On fit deux saignées en trois jours ; l'une de^douze, et l'autre
de dix onces. Dès le lendemain , l'urine était à peine colorée
par du sang. Quatre jours après, les douleurs, qui avaient promp-
tement et graduellement diminué, ne se faisaient plus sentir que
dans le rein droit, et encore étaient-elles légères ;la malade n'avait
uriné que quatre fois, en vingt-quatre heures ; les urines conte-
naient encore un peu de mucus, mais point de sang ; elles étaient
acides j la fièvre et la céphalalgie avaient complètement dis-
paru. Cette amélioration rapide eut lieu sans aucun autre
phénomène digne d'être noté. La veille de son départ de
l'hôpital, la malade eut un vomissement qui nous parut de-
voir être attribué à la grossesse. On entendait distinctement
les battemens du cœur du fœtus , et le souffle placentaire. Le
maximum d'intensité du souffle était à droite , un peu au-des-
sous du niveau de l'ombilic.
Les deux saignées n'ont point eu d'influence fâcheuse sur la
grossesse. Cette femme est sortie guérie de l'hôpital , le douze
octobre i856.
Obs. X. — Pyélite calculeuse cliez une femme grosse ; accouchement labo-
rieux; urines et selles purulentes; perforation du rein gauche dans le
duodénum. — (Extrait d'une observation intitulée : Observation d'une
maladie du rein gauche, terminée par la mort,- par J. Briant, chirurgien-
accoucheur. London Médical and Phjrsica/ Journal, vol. tx, p. 279).
Madame T..., âgée de aS ans, blonde, d'une forte consli-
tutiouj fut prise, quatre jours après un accouchement la-
bprieux oîi l'on administra le seigle ergoté, de vives douleurs
dans le côté gauche, vers l'S iliaque du colon. Jusqu'alors elle
s était fort bien trouvée, les lochies coulaient, et la sécrétion du
lait était abondante. La pression augmentait la douleur. Mad.
se rappela avoir eu, environ deux ans auparavant, une sem-
blable douleur, qu'elle attribua à un effort en portant un lourd
fardeau. Fièvre, pouls fréquent, plein, dur; garderobe la veille
au moyen d'un purgatif. Après cinq jours de traitement {sai-
gnée, 2'urgalif's) , elle fut convalescente et se porta assez bien
I08 PYÉLITES COMPLIQUÉES
jusqu'au 1 5 avril. Elle se plaignit alors de malaise dans le côle
gauche: apyrexic , conslipalion , vomissemens. Le 17 et le 18,
lension , durelé du ventre dans le point douloureux ; fièvre.
Celte tension et cette durelé augmentent le a3, et s'étendent
obliquement vers l'hypochondre droit et en bas vers le pubis.
Le 24, la tumeur s'élève du pubis, et s'étend jusqu'au rebord
des fausses côtes gauches : douleur obtuse; frissons le matin;
émission de l'urine non douloureuse; fièvre, insomnie, vo-
missemens bilieux. Le 3o avril, fluctuation profonde au centre
de la tumeur; les urines ont une odeur animale, putride. Le S
mai , une grande quantité de pus passe par les urines, et la tu-
meur s'affaisse considérablement. Le 7, urines très purulentes,
rendues sans douleur; diarrhée; faiblesse générale.
Le 8 juin, diarrhée , selles purulentes; stomatite aphllieuse;
urines quelquefois claires, quelquefois troubles , mais n'ayant
plus l'odeur putride. Délire dans les quatre derniers jours
de la vie; agitation, contraction des pupilles; difficulté de
contenir la malade dans son lit.
Aiilopsie drt cadavre, dix-huit heures après la mort. — En
examinant l'extérieur du ventre , on aperçoit inférieurement,
sur le côté gauche, une surface noire qui semble annoncer une
gangrène interne. L'abdomen ouvert, on constate un déplace-
ment et un retrait considérable des viscères ; l'estomac est
poussé en haut, son extrémité inférieure est sur un même plan
que l'orifice cardiaque. Le foie est très volumineux; le colon
est plus élevé qu'à l'ordinaire, et le duodénum est tiré à
gauche. Trois calculs biliaires dans la vésicule, un dans le
conduit cystique.
Le rein gauche est très développé et décoloré; la portion
de cet organe qui est dans le petit bassin est remplie d'un pus
noir de mauvaise nature. Il contient quatorze calculs de la
grosseur d'une noisette; il semble changé en une vaste poche
purulente , dont le liquide avait passé en partie dans l'urèthre
et en partie dans le duodénum , à travers une ulcération qui
établissait la communication. Une couche de lymphe coagulable
recouvre extérieurement la vessie, qui semble, du reste, par-
faitement saine.
AVEC LA GROSSESSE. IO9
§ 687. Le cas suivant a été cité à tort comme un exemple
d'hydi o-néphrose, par le docteur Kœnig ; c'est évidemment
un cas de suppuration du bassinet et des calices.
Obs. XI Pyélite chrouique; rein droit formnnt une tumeur considérable
dans le flanc; accouchement naturel; écoulement abondant d'urine puru-
lente; affaissement de la tumeur; diarrhée; mort (J. Johnson, Monthljr
Medico-cinr. Journ. juillet i8l6. Medico-chirur. revcew and journ. of mé-
dical science, il december 1822. London médical repository, vol. xix,
]). 4r, 1823).
Une pauvre femme était traitée par le docteur Johnson ,
depuis le 6 mai i8r6, époque à laquelle elle était enceinte de
huit mois. Elle se plaignait, dans le côté droit du ventre , de
douleurs violentes qui s'étendaient du nombril jusqu'aux ver-
tèbres des lombes, et des fausses côtes jusqu'à l'aine. Elle
avait une forte fièvre, et l'urine était rouge j le ventre était
d'une grosseur extraordinaire ; mais ce qu'il y avait de plus
remarquable , c'est qu'on pouvait sentir, bien distinctement,
un sillou qui descendait du creux de l'estomac, jusqu'aux par-
ties sexuelles. De chaque côté de ce sillon, le bas-ventre était
tuméfié et arrondi, comme s'il y avait eu deux matrices au lieu
d'une ; les deux côtés offraient presque la même dimension ;
le droit, au loucher, paraissait plus régulier et plus élastique
que le gauche. Si on pressait, en quelque endroit que ce fût,
le côté droit, on produisait une grande douleur qui s'étendait
presque jusqu'à la colonne vertébrale. On ne put obtenir que des
détails très imparfaits sur ce cas, la malade n'étant débarquée
que depuis peu de temps d'un petit vaisseau de guerre j elle
dit qu'elle avait éprouvé, deux ans auparavant et pour la der-
nière fois, quelques douleurs dans la région des reins. Ses souf-
frances n'étaient devenues aussi fortes que depuis sa grossesse ;
et, depuis les trois derniers mois, elles continuaient sans inter-
ruption. La malade ajoutait qu'avant sa grossesse, son ventre
n'était point tuméfié, mais qu'elle avait éprouvé, dans les der-
niers mois d'une grossesse précédente , beaucoup de douleurs
dans le côté droit. Les selles avaient toujours été très régu-
lières} mais l'urine sortait tantôt en très pclile quantité et
1 ro PYÉLITES COMPLIQUÉES
d'une couleur vive safranée, ou en abondance et blanclies
comme du lait. Quand l'urine avait ce dernier caractère , elle
coulait facilement ; lorsqu'elle n'était rendue qu'en petite
quantité, l'excrétion était toujours accompagnée de violentes
douleurs. Cette pauvre femme attribuait ses souffrances à une
habitude qu'elle avait été forcée de prendre pendant l'allaite-
ment d'un de ses enfans, et pendant qu'elle se trouvait sur mer
avec son mari. Pour avoir du linge sec, elle était obligée de
faire sécher, sur son corps , tout le linge lavé et tous les langes
de son enfant. Du 6 au lo mai, on la saigna ; on lui appliqua
des vésicatoires sur le ventre, et elle prit des diurétiques. Le xo,
le travail de l'accouchement commença ; chaque douleur pro-
duisait des angoisses. Le lendemain, elle accoucha d'un enfant
vivant, et elle dit qu'elle était délivrée de toutes ses douleurs.
Le côté droit du ventre avait alors un peu diminué. Mais le
côté gauche, au lieu d'être plus plat, était soulevé par une
grande tumeur qui s'élevait au-dessus du niveau du ventre de
quatre pouces, et qui avait sept à huit pouces de diamètre. Cette
tumeur était tendue et lisse sur toute sa surface. En la tou-
chant doucement, on percevait de la fluctuation ; toute espèce
de pression produisait de la douleur. L'écoulement des lochies
n'eut pas lieu après l'accouchement, et la douleur primitive
(celle dans le côté droit) revint bientôt, mais pas au même
degré qu'avant l'accouchement; la malade était tourmentée
par la lièvre, une diarrhée coUiquative et un besoin continuel
d'uriner. A cette époque , les médecins Lara , Guy Seyde et
d'autres la visitèrent. On croyait généralement que cette ma-
ladie était une hydropisie de l'ovaire. L'ouverture de la tumeur
fut proposée, mais rejetée comme fâcheuse. Le 20 mai, de grand
matin, la garde fut étonnée de trouver le lit de la malade tout
mouillé par un liquide laiteux qui s'était répandu sur le plan-
cher, l'avait traversé et s'était écoulé en grande partie dans
une pièce au-dessous (i). La garde ne put dire d'oii était sorti
ce liquide, et la malade avait si bien dormi cette nuit-là, qu'elle
(i) La garde-malade mit très probablement de l'exagération dans son
récit.
AVEC LA GROSSESSE. Hl
ne s'était point aperçue de cet écoulement. Elle assura au reste
que ce liquide laiteux était de la même nature que l'urine
qu'elle avait quelquefois rendue antérieurement. Ce liquide
sentait peu l'urine ; lorsqu'on leva la couverture du lit, on vit
que la tumeur avait disparu ; en portant la main sur le siège de
la tumeur, on en trouva encore quelques traces, et on perçut une
légère fluctuation. Cependant on ne voyait plus de tumeur au
ventre; la douleur avai t aussi disparu. L'urine laiteuse continuait
d'être rendue en gravide quantité. Malgré ce changement
subit, un prompt amaigrissement, un affaissement complet des
forces, la décomposition des traits, des sueurs froides et une
diarrhée coUiquative présageaient la mort. La nature lutta
encore pendant quatre jours; une grande quantité d'urine
laiteuse coula involontairement pendant ce temps; les selles
continuèrent; la malade mourut dans la matinée du ï5 mai.
Le bas-ventre était redevenv^ aussi flasque que si jamais au-
cune tumeur n'eût existé.
L'ouverture du corps ne put être obtenue qu'avec peine et
ne put être faite d'une manièi'e complète. Lorsque le ventre
fut ouvert, on aperçut d'abord le cœcura, volumineux et adhé-
rent à une immense poche qui était aussi attachée à la partie
supérieure du gros intestin. Celte poche remplissait ce côté du
bas-ventre, depuis le foie jusqu'au périnée, et s'étendait de la
paroi antérieure du ventre à la colonne vertébrale. L'uretère
était très volumineux et contenait un liquide blanchâtre sem-
blable à celui qui avait été rendu pendant la vie. On pouvait le
faire passer de l'uretère dans la vessie, et ce conduit se rem-
plissait de nouveau du liquide contenu dans le sac. Dans ce
sac, formé par le rein, il y avait encore trois pintes de liquide.
Ses parois variaient en épaisseur, depuis celle d'un farthing à
celle d'un shilling. Toute la surface intérieure du sac était
trèsvasculaireet garnie de petits corps semblables à des glandes,
de la dimension d'une têle d'épingle à celle d'vin pois. De plu-
sieurs points des parois s'élevaient des lames minces ou des
cloisons semi-loculaires. La plus large de ces cloisons n'arri-
vait pas à la moitié du diamètre de ces loges, de sorte que dans
tous les sens elles communiquaient librement entre elles. La
1 11
PYl'ilJTFS
quantité du liquide que ce sac pouvait contenir était, sans exa-
gération, de cinq ou six pintes [quarts).
§ 688. Après des accouchemeits luhoricux , les bassinets peu-
vent s'enflammer par suite de lésions ou d'inflammations delà
vessie, d'inflammations de l'utérus ou du tissu cellulaii-e extra-
péritonéal; mais presque toujours les reins eux-mêmes parti-
cipent aux désordres variés que cette circonstance a fait naître;
parfois même ces organes sont le siège des lésions princi-
pales, ou bien même les bassinets ne sont point afl'ec-
tés (i). Dans l'observation suivante, la lésion des reins et des
(i) Unu femme âgcR <lc 3o ans, jouissant babitnclicment d'une bonne
santé, était acconcbée facilemrnt et heureusement; mais, )mit ou dix jours
après l'accoucbement , elle fut prise d'une fièvre intense, rte vomissemens,
de douleurs très vives dans les liypoelioudres, avec diarrliéc, ballonnement du
ventre et nue très forte oppression. Le médecin qui lui donna les premiers
soins, croyant à une pneumonie, fit pratiquer des saignées et prescrivit des
boissons émollieutcs.
Le vingtième jour de l'invasion de la maladie, elle fut conduite à I'b6pital
Neckcr, dans le service de M. Trousseau; elle était alors dans l'état suivant:
Délire, stupeur, sécheresse de la lauguc, vomissemens, diarrhée , ballou-
nement du ventre, douleurs excessives dans tout le ventre, dyspnée, râles
muqueuxet sibilant dans toute la partie postérieure des poumons. La malade
allant sous elle et involontairement, on ne peut constater ni la quantité, ni
la qualité de l'urine. On crut à l'existence d'une péritonite puerpérale avec
accidens typhoïdes, et on prescrivit des émoUiens , puis des astringens et
des vésicatoircs. Cette femme mourut le quarantième jour environ après
l'accouchement , trente jours après l'invasion de la maladie, et dix jours
après son admission à l'hôpital. A l'ouverture du cadavre, on reconnut que le
cerveau, le cœur, le poumou étaient saius ; mais les deux reins offraient une
altération très remarquable. En ouvrant les deux reins, il s'en écoula une
grande quantité de pus. Le rein gauche, après l'écoulement du pus, pesait
nne livre moins trois gros et demi; il avait six pouces deux lignes de lon-
gueur, quatre pouces dans sa plus grande largeur et trois pouces environ
d'épaisseur. Sa surlace, généralement paie, était parsemée de légères taches
rougeâlres, et surmontée de nombreuses bosselures, fluctuantes sous le doigt.
A la coupe, la substance corticale, décoloréo, est énormément boursoufflée et
infiltrée de pus dans une foule de points, et dans d'autres, surtout vers la
périphérie, comme creusée de cavernes, remplies de collections purulentes.
C'étaient ces collections j)urulcntes qui soulevilieut la capsule fibrçuse du
SUITES DK COUCHES. 1 l3
bassinets fut marquée par les symptômes de Ja m^tro-pénto-
nite, par l'inflammalion du tissu cellulaire du bassin et par
une incontinence d'urine. Toutefois, la lésion de la vessie nous
fit signaler aux élèves la possibilité d'une inflammation des
bassinets et des reins.
0»i. XII. Accouchement laborieux, terminé par le forceps; métro-périto-
nite puerpérale; incontinence d'urine et des matières fécales; symp-
tômes cérébraux; mort. — Cystite ; eschare au col delà vessie; petits
dépôts purulens dans l'excavation du bassin; pyélo-népLrite; infiltration
purulente sous forme de plaques blanches à la surface du rein gauche.
Pauriel (Louise), âgée de trente-et-un ans, couturière, fut
apportée à l'hôpital de la Charité, le trente octobre i8?9. Cette
femme, accouchée depuis neuf jours, présentait alors tous les
symptômes d'une métro-péritonite grave, qui avait débuté
deux jours après un accouchement laborieux, dans lequel on
parvint , après beaucoup d'efforts , à extraire avec le forceps
un fœtus mort.
Depuis" l'accouchement, douleurs très vives à l'hypogastre ;
rein, et qui formaient les bosselures si remarquables qu'on Toyait à sa sur-
face. Cette capsule était décollée par le pus en une foule de points , et ces
abcès sons-fibreux étaient séparés les uns des autres par du tissu cellulaire
infiltré de pus et qui se déchirait facilement à la plus légère traction.
La substance tubuleuse était presque partout saine , mais généralement
pâle; dans quelques points seulement, il y avait de petits grains de pus.
Plusieurs cônes étaient à-peu-près complètement décoiffés de leur substance
corticale, qui était remplacée par une collection purulente. Le bassinet était
pâle,- un peu ample, mais n'offrait rien de particulier.
Le rein droit, un peu plus long et plus étroit que son congénère, pesait
deux gros de moins; les collections purulentes, en moins grand nombre,
étaient plus considérables.
Le puj contenu soit dans la substance corticale des reins, soit dans les
abcès sous-capsulaires, était blanc avec une très légère teinte verdâtre. Vu an
microscope, ce pus offrait un certain nombre de globules purulens qui pa-
raissaient plus minces que les globules ordinaires, et une grande quantité de
granulations irrégulières, analogues à celles que je considère comme des
détritus de globules purulens (§ 420).
I". 8
Il4 PT^LITES
difficultés d'uriner , efforts pour rendre quelques gouttes
d'urine, qui, parfois, coule involontairement. Le ventre est
tendu et volumineux; matité dans toute la portion sous-ombi-
licale de l'abdomen. Une tumeur dure et résistante, semblable
à un utérus au sixième mois de la grossesse, occupe toute
la région sous-ombilicale ; le ventre est sonore dans tous les
autres points oii les intestins se trouvent refoulés; douleurs
permanentes, accompagnées de frisson, dans toute l'étendue de
la cavité abdominale. Les parties génitales externes sont tumé-
fiées et meurtries.
Le 4 octobre, l'écoulement des lochies est complètement
supprimé ; le linge de la malade est mouillé par l'urine ,
et sali parles matières fécales, qui s'échappent involontaire-
ment. Il ne s'écoule par la sonde que cinq à six onces d'urine ,
d'un jaune citron, et légèrement acide.
Le 5j la peau offre une teinte jaune-paillej les traits sont
crispés j la physionomie exprime la souffrance. Pouls petit,
fréquent (gS pulsations par minute) et irrégulier. Langue
blanche au centre, rouge et sèche à la pointe, éructations,
envies de vomir; toux rare sans expectoration. Bruits du cœur
un peu sourds et confus [Saignée de douze onces ; eau de
fjomme èdulcorèc; cataplasmes èmolliens; diète).
Le 6 , frissons continuels ; légère diminution des douleurs ;
un peu de repos pendant la nuit. Le sang présente une couenne
assez épaisse, relevée sur les bords ("Sa/^/iee de Aiiil onces; eau
de gomme édulcorée j cataplasme; lavement d'amidon avec
laiidamtm douze gouttes).
Le 7, la tension et la tuméfaction du ventre persistent;
frisson, pâleur, refroidissement général; douleurs abdomi-
nales vives; de temps à autre gémissemens; langue toujours
fcèche et sale; légère stupeur [Eau de gomme édulcorée; cata-
plasmes ; lavemens laudanisés).
Les 9 et 10, les symptômes cérébraux ont pris un caractère
plus grave encore ; à la stupeur et à l'abattement a succédé
de l'agitation ; les yeux sont animés ; cette femme pousse des
cris qui troublent le repos des autres malades ( Large vésica-
toire sur l'ahdomen).
SUITES DE COUCHES. I l5
Le II, la malade se plaint de vives douleurs et d'une très
grande oppression.
Les la et i3, la peau est couverte d'une sueur froide;
agitation continuelle ; incontinence de l'urine et des matières
fécales ; tuméfaction , douleur et tension de l'abdomen j pouls
petit et déprimé, traits décomposés.
Le i5, sufFocalion extrême, pouls presque insensible. Mort
le i4 au malin.
Autopsie du cadavre, — Abdomen. Le péritoine oflfre une teinte
bi une-ardoisée, générale ; quelques adhérences unissent le colon
transverse, le grand épiploon et le fond de l'utérus, dont le
volume égale celui des deux poings. L'utérus adhère, dans tout
son pourtour, aux parois dupetitbassin,àla vessie et au rectum.
Après avoir détruit ces adhérences , on remarque de petits
dépôts purulens dans le t'ssu cellulaire du petit bassin et dans
les fosses iliaques. La cavité dupéritoine ne contenait ni liquide
séreux, ni liquide purulent. Les veines ovariques , iliaques et
utérines, pleines d'un sang fluide et séreux, n'offraient point de
traces de suppuration. Le tissu cellulaire du petit bassin était
généralement engorgé. La face interne de l'utérus est recou-
verte d'une couche molle, grisâtre, qui s'enlève comme une
bouillie. Le col de l'utérus, dilaté et très tuméfié, présente
deux déchirures profondes aux extrémités du museau de
tanche.
Le rein gauche, un peu plus volumineux que le rein droit >
présente, à sa surface, une injection rouge , très prononcée, in-
terrompue par des plaques blanches, déprimées. La sub-
stance corticale est ramollie au niveau de ces plaques blan-
ches; et, si on l'incise en ces points, il suinte une matière
purulente. Les cônes de la substance tubiJeuse qui corres-
pondent à la couche corticale ainsi altérée, présentent une
injection radiée , et fournissent une assez grande quantité de
sang lorsqu'on les incise.
Il existe, en outre, à la surface du rein et dans l'épaisseur
de la substance corticale , de petits épanchemens de sang coa-
gule. L;» substance corticale n'a augmenté, d'une manière
notable, d'épaisseur, ni de consistance; elle est plus molle dans
8.
I it) PYÉLITES
le rein droit que dans le rein gauche, dont les altérations
sont bien moins prononcées. Celui-ci n'offre , à sa surface ,
qu'une légère injection, nuancée de teintes rouges etjaunâlres ;
il est, du reste , à l'état sain.
La membrane interne des deux bassinets , épaissie et très
injectée, est parcourue par une multitude de vaisseaux, les
uns rosés et les autres bleuâtres. Cette membrane est enduite
d'un mucus épais et purulent.
La vessie est contractée ; sa membrane interne , d'un brun
foncé par plaques, et d'un rouge vif sur d'autres points, offre
la rougeur et la tuméfaction qui appartiennent à l'inflamma-
tion aiguë de cet organe. Le trigone vésical a une couleur
d'un rouge bleu , très foncé, et noirâtre dans quelques points.
Le col de la vessie, dans l'étendue de cinq à six lignes, pré-
sente une surface lout-à-fait noire , circonscrite par un
cercle grisâtre oii la membrane muqueuse est complète-
ment mortifiée.
L'intestin, le poumon, le cœur, les gros vaisseaux et le
cerveau étaient sains.
^ GSg.Dans l'observation suivante, qui a été recueillie par un
de mes anciens élèves, M. le docteur Roger, l'inflammation
suppuralive du bassinet n'était, à proprement parler , qu'un
des phénomènes d'une maladie générale , d'une infection pu-
rulente. Ce fait doit être rapproché de plusieurs autres que j'ai
déjà publiés (§ 475).
Obs. XIII. — Accouchement; résorption purulente; pus dans le rein et les
calices, dans la rate, les poumons, le péricarde.
Louise Chamet, âgée de vingt-quatre ans, domestique,
entra à l'Hôtel-Dieu, le 19 janvier 1837. Cette fille, d'une
constitution forte, avait habituellement une santé excellente.
Elle affirme n'avoir jamais été malade, et n'avoir éprouvé
aucun accident du côté des voies urinaires.
Elle est accouchée, pour la première fois, le i*"^ janvier
jS37 ; la grossesse avait été heureuse, et l'accouchement fut
facile et prompt. Pendant six jours les lochies coulèrent bien;
puis, soxis l'influence d'un léger refroidissement, elles s'arrê-
SUITES DE COUCHES. I 1 7
tèrent presque tout-à-fait. En même temps, Chamet commença à
tousser un peu; elle avait un malaise, une faiblesse générale,
avec des frissons par intervalle : mais elle ne s'alita point, et
elle ne put , quand nous la vîmes pour la première fois , accuser
de siège à son mal.
Notre examen ne mena point, non plus, à un résultat positif.
Le 19 janvier , faciès altéré , pâleur ; langue un peu
rouge , non visqueuse , soif, peu d'appétit ; ni nausées , ni
vomissemens , ni diarrhée , ni constipation ; ventre complète-
ment indolent , même à la pression ; point de taches à la peau.
Pouls donnant seulement soixante-quatre pulsations, régulier j
peau un peu chaude; la malade dit avoir, le soir, des frissons
non suivis de sueur; toux fréquente, peu douloureuse, hu-
mide; crachats muqueux. Bulles de râle muqueux à la base
des deux poumons, avec râle sibilant par intervalles. Point
de dyspnée.
Les urines n'offraient rien d'extraordinaire , au dire de la
malade , et elles ne furent point examinées.
Pas de céphalalgie; faiblesse générale avec étourdissement
{Tisane de mauve sucrée .Julep).
Cinq jours après son entrée à l'hôpital, cette femme était
dans la même situation : seulement elle se plaignait d'une
légère douleur dans le ventre [Cataplasmes èmolliens ).
Le 26, la faiblesse ^,énérale est beaucoup plus grande, le
faciès est de plus en plus altéré; la teinte de la peau est par-
tout d'un jaune pâle , les dents sont sèches , la langue collante;
il y a de la diarrhée. La malade a des frissons le soir : la fièvre
est continue, le pouls petit et fréquent. Cet état fait songer à
une résorption purulente; mais un examen attentif et répété
ne peut faire découvrir aucune maladie locale.
Le dernier jour, il y eut du délire. Mort le ti'ois février.
Atitojjsie du cadavre , trente-huit heures après la mort. —
Dans le flanc gauche, vers la dernière fausse côte, on trouva
un abcès de la grosseur d'un œuf de poule, situé entre le pé-
ntome pariétal et l'épiploon , et circonscrit par de fausses
membranes récentes.
La rate était recouverte en partie par le foie, qui était très
1 1 8 PYÉLITES
développé, mais sain d'ailleurs. Dans la partie inférieure et an-
térieure de la raie existait un abcès de la grosseur d'une noix :
le foie formait la paroi antérieure du foyer purulent. Deux au-
tres petits abcès, isolés, gros comme un œuf de pigeon, se
trouvaient dans le tissu de la rate, qui était très volumineuse
et généralement ramollie. La surface de cet organe était égale-
ment parsemée de fausses membranes de récente formation. A
part ces adhérences, il n'y avait pas de traces de péritonite. Pas
d'abcès dans le foie, ni d^ans la fosse iliaque, ni dans le petit
bassin.
L'utérus était à-peu-près double de son volume ordinaire;
«on tissu ferme paraissait sain : dans sa cavité, teinte rouge
noirâtre (probablement restes du placenta). Les trompes , les
veines utérines, les vaisseaux lymphatiques, examinés avec
beaucoup de soin, ne contenaient point de pus, non plus que
les veines caves, les veines hépatiques, la veine porte, les
veines du petit bassin , les iliaques et les crurales.
Les grandes articulations furent ouvertes et parurent sainés.
Les organes de la cavité crânienne ne présentèrent aucune
altération. Adhérences anciennes au sommet des poumons.
Engouement de la partie postérieure des deux poumons :
dans tous les deux, dans le droit surtout, on rencontre plu-
sieurs petils abcès métasta tiques, de la grosseur d'une noi-
sette. Péricardite récente et très étendue: six à huit onces
de sérosité jaunâtre , flocons albumineux, fausses membranes
dans la cavité du péricarde et donnant au feuillet péricardique
du cœur l'aspect d'une langue de chat.
A l'extrémité supérieure du rein gauche , il y avait un foyer
qui contenait au moins quatre onces d'un pus blanc jaunâtre
homogène. Ce foyer faisait saillie à la surface externe du
rein , dans la substance corticale elle-même.
§ 690. L'observation suivante, qui m'est communiquée par
M. Tardieu, fils, interne des hôpitaux, est curieuse à plusieurs
égards. D'abord la femme qui est le sujet de l'observation, était
nourrice, et ellea allaité un enfant, pendant plusieurs mois, sans
avoir, en aucune façon, la conscience de la tumeur rénale
qu'elle portait dans le flauc droit. Pendant la vié, on a pensé
ET ALLAITEMENT. I I9
que cette tumeur pouvait dépendre tout aussi bien du foie que
du rein ; l'urine était naturelle, ou au moins ne contenait pas
de pus; l'uretère du rein malade était dans un point complète-
ment oblitéré. La mort paraît avoir été déterminée non-seule-
ment par l'inflammation de la poche rénale, mais encore par
l'inflammation du péritoine et de la portion contiguë du foie.
Obs. XIV. — Dyspnée et diarrhée; urines naturelles, non chargées do pus;
pyélite calculeusedu rein droit; affection de la portion contiguë du foie;
péritonite ; mort.
Glinet, née Pillon (Louise-Antoinette), âgée de 27 ans, ba-
layeuse, épuisée parle travail et la misèrej nourrissant un en-
fant de huit mois, entra à l'hôpital Cochin le 3o juillet i84o.
Elle était malade depuis huit jours sans pouvoir assigner au-
cune cause de dérangement de la santé. Interrogée à plusieurs
reprises, elle persiste toujours à assurer qu'elle se portait en-
core très bien il y a quelques jours. La physionomie exprime
la douleur et l'angoisse; les yeux sont brillans, les pommettes
fortement colorées. Le symptôme le plus apparent est une ex-r
cessive dyspnée. La malade se plaint d'une douleur très vive à
la base de la poitrine, du côté droit, en arrière, vers la sixième
côte; la respiration est un peu sifflante au sommet du poumon.
La maladea craché du sang en très petite quantité à une époque
qu'elle ne peut préciser. Le ventre est le siège d'une vive douleur.
Quand on palpe les parois abdominales, le foie paraît considé-
rablement augmenté de volumej il remonte jusqu'à la quatrième
côte et déborde de 56 millimètres les cartilages des fausses
côtes. Tout cet espace est rénitent au toucher et très sensible à
la pression. Depuis quatre jours, la malade a une diarrhée
presque continuelle; le pouls est à 102 pulsations, assez plein
encore [Saignée de deux palettes). Le soir, la douleur du côté
est beaucoup moindre; la dyspnée persiste encore ainsi que le
dévoiement {Saignée d'une palette et demie; lavement lati-
daiiise).
Le 3i juillet, la dyspnée a considérablement diminué ; mais
la rénitence douloureuse que l'on a remarquée dans Je flanc
droit, est toujours la même. La diarrhée, qui avait disparu, re-
paraît le malin (i 5 sangsues à l'anus). Le 1" août, la malade
1 20 PYJÉLlTfiS
ne pouvant continuer de soigner son enfant on le lui retire;
elle est excessivement faible. Le 2 août, on sent manifestement,
dans le flanc droit une tumeur dure, circonscrite, douloureuse à
la pression, légèrement saillante en avant, se prolongeant en ar-
rière vers le rein ; en bas on ne peut isoler le foie delà tumeur.
La poitrine ne présente à noter qu'un peu de râle sibilant. Les
urines, acides, sont naturelles, au moins en apparence; elles
sont peu abondantes. La diarrhée persiste. Pouls donnant ii4
pulsations (Lrtveme7ii; cataplasme ; lains). Les jours suivans,
la fièvre et le dévoiement continuent; la dyspnée reparaît; la
figure prend de plus en plus une expression d'anxiété; les
urines paraissent naturelles ; la tumeur du flanc devient de plus
en plus distincte; on pense que c'est une tumeur phlegmo-
neuse du foie, ou plutôt une tumeur rénale {Décoction blanche j
bains jriz). Le fi, la malade est prise du hocquet; diarrhée;
fièvre; nausées suivies de quelques vomissemens [Bains ; glace;
x5 sangsues A l'a7ius). Le 7, frisson court et passager; l'état
général est le même. L'aflTaiblissement est toujours croissant;
les bains causent beaucoup de fatigue. Le 8, nouveaux fris-
sons; sur les membres, le cou, les épaules, larges plaques
érythémateuses qui disparaissent le soir. Le 9, on sent, à n'en
pas douter, de la fluctuation dans le tumeur. Le hocquet est de
plus en plus fort. Les yeux sont ternes; au sortir du bain, la
malade est prise d'un frisson violent; au bout de quelque lemps
on voit reparaître, sur tout le corps, de larges taches d'un rouge
livide. A huit heures, la malade succombe sans avoir présenté
aucuns symptômes cérébraux.
Autopsie du cadavre dix-huit heures après la mort. — Etat
extérieur. La rigidité cadavérique est extrême; çà et là on re-
marque des marbrures violacées.
Cavité thoracique. — Les plèvres et les deux poumons sont
sains dans toute leur étendue; point de tubercules. L'oreillette
droite du cœur contient un caillot très •volumineux, en partie
décoloré, assez adhérent.
Cavité aldominale. — L'ouverture du péritoine donne issue
à une petite quantité de sérosité trouble. Cette membrane
présente de faibles traces d'inflammation; un peu d'injec-
ET ÂLLAlTEMliNT. 1^1
tion sur les intestins; un peu de pus dans le petit bassin.
Dans le flanc droit, on découvre une tumeur bornée en haut
par le foie, en dedans par le duodénum, et en bas par le cœcum
et le colon. Une incision pratiquée en arrière de cette tumeur
en fait sortir plus d'un demi-litre de pus crémeux, jaune-
verdâtre , semblable à celui que l'on voit dans le bassin.
Après avoir isolé cette tumeur des portions du tube digestif
qui lui sont faiblement adhérentes et qui toutes sont saines,
on reconnaît que cette poche , à parois épaisses et injec-
tées de vaisseaux nombreux, est formée par le rein droit,
qui, par la disparition de sa substance propre, le déplissement
etl'énorme distension deses calices, se trouve transforméenune
cavité multiloculaire, remplie de pus. La membrane interne du
bassinet est villeuse et épaissie; on remarque trois loges à-peu-
près d'égale grandeur, séparées les unes des autres par une cloi-
son. Chacune de ces loges est subdivisée et traversée par des
brides qui y forment des anfractuosilés plus ou moins profon-
des. Dans la troisième loge, celle qui correspond au bassinet,
ou découvre un fragment solide, irrégulièrement brisé, prove-
nant d'un calcul de la grosseur d'une noisette, et présentant la
structure suivante : l'extérieur est formé par une substance
inorganique, stratifiée, qui enveloppe une autre partie molle et
spongieuse. On trouve, dans la même loge, quatre autres petits
calculs rhomboïdaux. L'uretère aboutit à cette poche. Un stylet
introduit par le bout inférieur de ce conduit, ne peut pénétrer
dans le bassinet. A son origine, l'uretère est oblitéré; disposi-
tion qui explique les résultats tout -à-fait négatifs fournis par
l'inspection des urines; ses parois se confondent avec le tissu
cellulo-graisseux de la scissure épaissi par l'inflammation. Il
ne reste plus de trace des substances rénales.
Le foie adhère , en plusieurs points , aux parois de la tumeur
rénale sans communiquer avec elle. A sa partie inférieure,
vers l'extrémité droite de son bord libre, il est ramolli, à une
assez grande distance, par le pus qui en infiltre le tissu.
Dans le reste de son étendue, le foie est d'un brun grisâtre et a
perdu sa consistance, comme s'il eût déjà subi une putréfaction
assez avancée. La vésicule de fiel, qui n'est que très faiblement
laa PYÉLITES COMPLIQUÉES
unie au rein malade , renferme de la bile sans caractère parti-
culier, et quatre calculs de cholestérine, chacun du volume d'un
gros pois. Les fibres superficielles du muscle carré des lombes
et du psoas , qui sont en rapport avec la paroi postérieure de
la tumeur rénale, sont ramollies.
Le rein du côté gauche est considérablement hypertrophié;
il a à-peu-près le double de son volume normal. L'hypertro-
phie porte surtout sur la substance corticale qui, dans l'inter-r
valle des cônes, a jusqu'à 3a millimètres d'épaisseur. Il est ua
peu mou, mais sain d'ailleurs.
La vessie n'est pas malade ; elle contient un peu d'urine très
légèrement trouble.
Le tube digestif est sain dans toutes ses parties.
§ 6gi. L'observation suivante est remarquable à plusieurs
égards. La coïncidence d'un cancer de Cutèrus et du va ginet,
dans les derniers temps, celle d'une fistule vésico-vaginale ,
avaient dû éloigner jusqu'à la pensée d'attaquer la tumeur ré-
nale, soit par les caustiques, soit par l'instrument tranchant.
Mais il est bon de remarquer que, dans ce cas, toute tentative
de ce genre eût été inutile ou fâcheuse; car il s'était opéré dans
la tumeur rénale un phénomène des plus extraordinaires: le
rein s'était atrophié, la scissure et les espaces inlerlobulaires
avaient été envahis par la graisse, et le bassinet et les calices
(un seul excepté, qui était occupé par un calcul), s'étaient obli-»
térés complètement.
Obs. XV. — Tumeur fluctuante dans la région du rein droit; urines puru-
lentes; distension et affaissement alternatifs de la tumeur; plus tard, di-
minution du Tolnme de la tumeur, — Atrophie du rein droit et conversion en
cordons fibreux du bassinet et des calices; développement considérablo
du tissu cellulaire graisseux extra-rénal (Atlas, Pl. lu, fig. i).
Marie Charpentier, âgée de 60 ans, couturière, aiitrefois
garde-malade, entra à l'hôpital de la Charité, le 6 octobre i855,
pour y être traitée d'une douleur qu'elle éprouvait depuis
long-temps dans le flanc droit et le rein du même côté.
Cette femme a eu quatre enfans, et une fausse couche à l'âge
de 26 ans. Elle a eu une légère attaque d'hémiplégie , il y a sept
ans.
DE CANCER DE l'uTÉRUS. ia3
Il y a plus de six ans qu'elle a ressenti, pour la première fois,
des douleurs rénales ; et depuis trois ans elle a souvent rendu
des urines blanches ou laiteuses. Elle a déjà fait un premier
séjour à l'hôpital, d'oii elle est sortie soulagée; mais depuis
quelques jours elle a dû renoncer à ses occupations et re-
prendre le lit.
Elle n'a point de fièvre ; il n'y a ni vomisaemens, ni diarrhée ;
la digestion n'est pas dérangée. La malade accuse, dans le
flanc droit , une douleur que la pression augmente. La main
appliquée sur la région du rein droit, sent une grosse tu-
meur qui occupe tout le flanc , s'avance à deux travers de
doigt de l'ombilic, et descend jusqu'à la crête iliaque. Après
avoir fait coucher la malade sur les coudes et les genoux, on
peut constater que la région du rein droit est saillante, ar-
rondie, surtout en la comparant à celle du côté opposé; l'in-
tervalle compris entre les apophyses épineuses, lombaires, et
la ligne extérieure du tronc, est plus considérable du côté droit
que du côté gauche, d'oii résulte une esjjèce de renflement du
flanc droit. La main appliquée sur cette voussure est soutenue
par une tumeur assez résistante, sans bosselure. Celte tumeur,
qu'on limite facilement par la percussion, rend un son mat. Le
cœcum est un peu refoulé en bas et en dedans, et le colon as-<
ceudant projeté au côté interne de la tumeur est assez près de
l'ombilic Cette portion du gros intestin s'infléchit probable^,
ment ensuite pour remonter à la partie supérieure de la tu-
meur, entre elle et le foie; car, en percutant sur les fausses
oôtes, on obtient le son mat que rend le foie à la percussion.
Du côté droit, les dernières côtes ne se rapprochent pas autant
de la ligue médiane que celles du côté opposé. Pas de tumeur
de la rate, ni du rein gauche. La vessie n'est pas distendue
par l'urine ; explorée par la sonde, elle ne contient pas de
calculs.
Depuis quelques jours, les urines, qui sont ordinairement lai^
teuses (expression de la malade), l'ontété moins, et elle croit
sentir plus de tension dans le côlé droit qu'à l'ordinaire. La
tumeur est douloureuse dans tous les points , mais surtout à sa
partie antérieure, à trois travers de doigt du nombril.
la/i PYÉLITES COMPLIQUÉES
Le lieu occupé par la tumeur, l'absence des signes propres
aux maladies du foie (il ne déborde pas les fausses côtes, et la
percussion au-dessous du rebord costal donne le son clair du
gros intestin rempli par des gaz) , la coïncidence d'urines puru-
lentes, tout nous fit penser que la tumeur était produite par
la distension du rein droit.
Cette femme n'a jamais rendu de calculs ; cependant , tout
porte à croire que Jes accidens proviennent de la présence
d'une pierre dans le bassinet ou dans l'uretère.
Si l'écoulement des urines purulentes n'a pas été continu, cela
peut tenir à ce que le calcul l'intercepte parfois, mais il se ré-
tablit du moment oli la masse du liquide est assez considérable
pour opérer le déplacement de ce corps étranger.
Chaque jour la malade prenait un bain. Pour combattre la
douleur ressentie vers l'ombilic, on fit, en outre, une applica-
tion de quinze sangsues , et on prescrivit des cataplasmes
émolliens.
Les urines, laissées en repos , présentaient un dépôt puru-
lent, composé de flocons blancs assez mal lies. La partie qui
surnage le dépôt est acide et jaunâtre comme l'urine ordinaire.
Elle contient eu dissolution un peu d'albumine, et elle est coa-
gulable par la chaleur et l'acide nitrique. Le dépôt forme avec
l'ammoniaque une masse glaireuse ei filante ; un excès d'am-
moniaque aidé par la chaleur en opère complètement la dis-
solution. Une partie du dépôt mise daus l'eau et chauffée se
concrète tout-à-fait.
La malade n'a jamais souffert dans le rein gauche {Bains,
ii-carbonate de sottde, gr. XX, émulsion; un quart d^alimens).
Vers le i6 octobre , augmentation de la douleur vers l'ombi-
lic ; un peu de fièvre , pas de nausées ( Calaplames , hains ) ;
soulagement. Vers le 3o octobre, retour de la douleur (i5 sang-
sues qui donnent peu de sang)- Le 3i {quarante sangsues), sou-
lagement complet qui s'est maintenu.
On a gardé la malade à l'hôpital, et la tumeur rénale s'est
affaissée; mais les urines ont toujours conservé la même ap-
parence purulente au moment de l'émission. Elles sont res-
tées acides; leur quantité n'a pas offert de variations nota-
DE CANCER DE l'uTÉRUS, ia5
bles. La douleur n'a pas reparu depuis la dernière applica-
tion de sangsues. La santé générale a peu souffert. Il y a un
peu de dévoieraent ; la malade mange la demi-portion et reste
levée une grande partie du jour ; elle ne souffre pas en urinant
et n'urine plus aussi souvent qu'autrefois ; elle se plaint seule-
ment de sentir dans le flanc une pesanteur et \me faiblesse.
C'est ainsi qu'elle exprime la gêne que lui cause sa tumeur (i).
Cette malade sortit de l'hôpital, et elle y rentra quelques
temps après. Indépendamment de la tumeur rénale, je constatai
qu'elle avait un cancer de l'utérus et une altération du cer-
veau.
Cette femme fut admise de nouveau à la Charité, le i5 juillet
j836. Elle avait conservé assez d'embonpoint, bien qu'elle por-
tât sur sa figure, pâle et jaune, les traces d'une affection chro-
nique.
Comme lors de son premier séjour à l'hôpital, on rencontre,
dans le flanc droit, une tumeur volumineuse qui descend jus-
qu'à la crête iliaque, tumeur qui élargit manifestement le côté
droit et forme voussure. Cette tumeur, trop molle pour être
confondue avec le foie, trop dure et surtout finissant trop haut
pour qu'on la prenne pour un kyste de l'ovaire, est un peu
fluctuante; elle ne peut être attribuée à des scybales, ni à une
affection organique du colon et des ganglions lymphatiques,
puisque les digestions sont assez bonnes et qu'il n'y a aucun
signe de rétention des matières fécales. Du reste, les signes
fournis par l'examen des urines ôtent toute espèce de doute :
ces urines, d'une couleur jaune sont acides et troubles; elles
contiennent une quantité notable de pus qui forme un sédi-
ment de deux à quatre lignes d'épaisseur. Aucun signe de
maladie à la vessie, pas de douleur dans la région rénale. Le
toucher fait reconnaître une affection organique de l'utérus. Le
doigt arrivé sur l'ouverture du col utérin, cherche en vain sa
(i) Il faut rapprocher de ce cas un antre extrait de la clinique de
M. Chomel {Tumeur de la région iliaque droite; disparition subite et com-
plete de celle tumeur; présence simultanée du pus dans les urines, — Gazelle
Médicale deParis, in.4, t. 11, p. 347, l83l).
ia6 PYJÉLITES COMPLIQUÉES
lèvre postérieure; elle a été détruite : la lèvre antérieure est
inégale , et ses bords sont taillés à pic et d'une dureté anomale.
Le col de l'utérus semble plus volumineux qu'à l'ordinaire;
l'orifice du museau de tanche n'est ni largement ouvert, lU
creusé profondément.
La sonorité de la poitrine est bonne, et la respiration est pure
dans tous les points. Il n'y a point de fièvre. Le cœur régu*
lier pour l'impulsion et le rhythme , ne fait point entendre de
bruit anomal. A part un peu d'inappétence et de constipation,
il n'y a point de dérangement des fonctions digestives.
Pendant six semaines que la malade resta à l'hôpital, les
urines, à de légères modifications près, offrirent les mêmes ca-
ractères : urines purulentes, acides (une fois, on en constata
l'acidité, même après huit jours d'exposition à l'air), donnant
un dépôt compacte, dont la couleur ressemble à celle de la cire
blanche. Parfois, au-dessous de cette couche , il en existe une
autre d'une à deux lignes de hauteur, formée par des sels.
Pendant quelques jours les urines parurent sanguinolentes j
mais on constata l'existence simultanée d'une métrorrhagie.
De plus, la malade se plaignit d'éprouver desaccidens nerveux,
étourdisseniens , céphalalgie, vertiges, engourdissemeus et
Ireiubleinens dans les extrémités supérieures et inférieures ,
avec nécessité de s'asseoir, mais sans embarras dans la parole.
Ces accidens duraient cinq minutes environ, et se renouv&>
laienl plusieurs fois par jour^ sans cause connue.
Au bout de six semaines de séjour, Charpentier sortit de l'hô'^
pit;il, le 5 septembre, à-peu-près dans le même état.
Celte femme entra une troisième fois à l'hôpital de la Cha-
rité, le i3 novembre i838, dans l'état suivant: face pâle et
jaunâtre , œdème considérable des extrémités inférieures et
des parois abdominales. Le péritoine ne paraît pas contenir
de sérosité, et le volume du ventre est dû non-seulement
à l'œdème de ses parois, mais encore à la présence d'une
tumeur fixée dans le flanc droit, qui est plus bombé que le
flanc gauche. Lorsque la malade est assise sur son lit, on
constate que la largeui' de la région lombaire droite est f^lus
considérable que celle de la région lombaire gauche.
DE CANCER DE l'uTÉRUS. I27
La percussion exercée sur cette région donne un son mat que
l'on perçoit aussi en devant jusqu'à trois travers de doigt de
l'ombilic, et depuis le bord des fausses côtes, jusqu'aux envi-
rons de la crête iliaque.
Si l'on palpe avec soin le flanc, on y sent une tumeur ar-
rondie , résistante, douloureuse à la pression et qui ne paraît
pas faire suite au foie ; car au niveau du bord inférieur de
cet organe, caché sous les fausses côtes, la main perçoit une
ligne de démarcation entre lui et le contour arrondi de la tu-
meur. Celle-ci est immobile , résistante, et la pression ne dé-
termine pas de gargouillement. Entre son extrémité inférieure
et la région sus-pubienne, la percussion donne un son tym-
panique comme dans tous les autres points de l'abdomen ,
occupés par l'intestin. Matité naturelle au niveau de la rate
et au niveau du rein gauche, dont la pression n'est point dou-
loureuse.
L'émission des urines est involontaire, et la malade n'en est
avertie que par l'humidité des parties génitales et des cuisses ;
Charpentier mouille plusieurs alèzes dans la journée.
Lorsque, pour constater l'état des organes génitaux , j'écar-
tai les grandes lèvres œdémaliées, je donnai issue à un flot de
liquide blanchâtre mêlé de grumeaux purulens et d'une odeur
très (élide , tenant à-la- fois de l'odeur de l'urine et de celle des
mucosités sécrétées par les ulcérations cancéreuses de la ma-
trice; et, en effet, c'était un mélange d'urine et d'ichor cancé-
reux. Il fut impossible de reconnaître le col utérin; le doigt
se perdait au milieu de végétations fongueuses , de saillies
dures et squirrheuses. En explorant la face antérieure du va-
gin, on constala l'existence d'une large fistule vésico-vaginale.
La malade mange sans appétit, et digère difficilement; elle a
deux selles liquides dans les vingt-quatre heures. La respi-
ration est lente. Le pouls est petit et régulier. La faiblesse de la
malade est telle qu'elle ne peut se lever sur son séant , sans
le secouis de l'infirmière.
Depuis deux mois l'œdème des extrémités inférieures existe,
et la malade a été obligée de garder le lit. Pendant son séjour
à l'hôpital, depuis le i3 novembre jusqu'au 3o du mèmemo%
îaS PYÉLiTES compliqui5es
jour de sa înort, les symptômes de cachexie ont fait des pro-
grès rapides : les extrémités supérieures et la face ont été en-
vahies par l'œdème, qui n'a pas cessé d'augmenter aux membres
inférieurs, ainsi qu'aux parois abdominales et thoraciques. Le
décubitus sur le côté droit ayant favorisé l'accumulation de la
sérosité dans le flanc droit , et augmenté considérablement le
volume de cette région , ou aurait pu croire à l'accroissement
de volume de la tumeur rénale; mais, en comprimant les par-
ties œdéraatiées , on parvenait à sentir profondément la tu-
meur, qui paraissait toujours à-peu-près dans le même état.
La malade fut traitée, sans espoir de succès, par les toniques.
Un dévoiement colliquatif, survenu dans les derniers jours de
la maladie et que les opiacés à haute dose ne purent calmer,
fut le symptôme précurseur de la mort.
Autopsie du cadavre, — Habitude extérieure. Cadavre d'une
femme bien conformée. La peau d'un jaune-paille, est disten-
due par une anasarque générale.
Abdomen. La cavité péritonéale ne contient que quelques
onces d'une sérosité citrine. L'intestin grêle est refoulé en
grande partie dans la moitié gauche de la cavité abdominale ,
et deux de ses circonvolutions adhèrent intimement à une
masse solide qui paraît remplir la cavité du petit bassin;
toutefois , ces adhérences n'ont déterminé aucun étrangle-
ment des autres portions de l'intestin. Le colon ascendant et le
cœcum , refoulés du côté de la ligue blanche, adhèrent posté-
rieurement à une tumeur qui remplit le flanc droit et pré-
sente un aspect des plus bizarres. Quelques ganglions indurés
et deux kystes gros comme des noix , font saillie sur un pre-
mierplan , au-dessous d'une membrane blanchâtre celluleuse,
opaque en quelques points, transparente en d'autres, et qui
n'est autre chose que le péritoine. Au centre de ce plan ,
existe un relief hémisphérique , blanchâtre, élastique, que
l'on prend tout d'abord pour la saillie du bassinet épaissi
et distendu. Mais une incision profonde prouve qu'il n'y a là
que du tissu graisseux, traversé en difFérens sens par des pro-
longemens cellulo-fibreux; d'autres incisions donnent le même
résultat. Les deux kystes sont ouverts, et l'on voit sortir de
DE CANCER DE l'utÉROS. laç)
leui' cavité un liquide transparent , tenant en suspension une
infinité de paillettes molles, nacrées (cliolestérine) qui donnent
au liquide un reflet argentin. La forme de cette tumeur est
celle d'un ovoïde ; le volume en est égal à celui d'une tête de
fœtus à terme. L'extrémité inférieure de l'uretère est oblitérée
au niveau du détroit supérieur du petit bassin ; elle ne peut
être suivie plus bas , confondue qu'elle est avec la masse inex-
tricable qui remplit le petit bassin. Au-dessus de cette oblité-
ration, la cavité de l'uretère, dont le diamètre est doublé, est
remplie par un liquide séro-purulent, et ses parois épaissies
sont converties en un tissu blanc de contexture fibreuse. L'ex-
trémité supérieure ou rénale de l'uretère , enveloppée par un
prolongement de la tumeur graisseuse dans lequel elle s'en^.
fonce , se termine en cul-de-sac par un petit godet infun-I
dibuliforme, oii l'on ne découvre pas la plus petite ouverture.
La section de l'uretère, continuée dans la direction présumée
du bassinet, fait voir à sa place un cordon blanc fibreux,
continu à l'uretère, et envoyant çà et là des prolongemens qui
se perdent au milieu du tissu graisseux. On aperçoit , à la
partie supérieure de la coupe , quelques lignes au-dessous de
la surface de la tumeur, une bande irrégulière, d'une ligne
d'épaisseiir, qui rappelle l'aspect du parenchyme rénal. Entre
ce tissu rénal et le tissu fibreux du bassinet, ou voit des fais-
ceaux fibreux, séparés par des pelotons graisseux, et un calice
qui a dû sa conservation à la présence d'un calcul dans sa
cavité. Ce calcul jaune-brun, à surface chagrinée, et formé de
trois branches, avait son extrémité la plus longue dirigée vers
le bassinet; les deux autres étaient logées dans un cul-de-sac
biloculé, représentant sous de grandes dimensions l'évasement
d'un calice.
Il résulte clairement de l'examen de toutes ces parties, que
le tissu cellulaire graisseux qui , à l'état normal, existe en pe-
tite quantité entre le bassinet , les calices et le rein , a subi ici
une hypertrophie considérable; que le parenchyme rénal est
atrophié ou converti en tissu fibreux, comme le bassinet et l'ex-
tremilé de l'uretère, et qu'enfin le tissu cellulaire graisseux
extra-rénal , hypertrophié , entre à-peu-près pour une bonne
I".
l3o PYIÎLITES 001\rPT,[Qnî<rf5
moitié dans le volume total de In tumeur. Nous n'avons
trouvé que quelques petits vaisseaux artériels et veineux en
dehors du bassinet.
La capsule surrénale, droite, était adhérente au foie.
Le rein gauche, d'un volume normal , avait , à sa surface ,
une foule de petites dépressions. La substance corticale , d'une
teinte grisa Ir , présentait des plaques hypérémiées, très pro-
noncées , sui tout autour des dépressions. La substance tubu-
leuse était saine ; le bassinet et l'uretère étaient sains.
La vessie , cachée derrière le pubis , adhérait de toutes parts
à la masse qui remplissait le petit bassin. La vessie, dont la
capacité était considérablenionl diminuée, communiquait avec
le vagin par deux ouvertures ; la postérieure, à Contour irrégu-
liiir. el paraomé de végétations fongueuses, était assez large*
pour permettre l'introduction du doigt indicateur. Les parois
de la vessie, généralement épaissies, paraissaient , en ce point,
converties en cancer. La membrane muqueuse , d'un gris aî*-^
do)sé,. présentait, en quelques points , des arborisations va«^'
oulaires très prononcées.
La oavilé du vagin était sillonnée par d'énormes végétations^!
d'oii l'on faisait suinter, par la pression, du pus mêlé d'une*
palpo encéphaloïde.
La dégénérescence cancéreuse du col et du corps de la matricè
était loUemeHl avancée , qu'il était impossible d'en recounaîtrë
la forme. L'utérus formait la majeure partie de la masse solidi
qui remplissait lé petit bassin. Diverses incisions , pratiquées
dans celle masse , mettaient h découvert des noyaux squir-
rheux ou encéphaloïdes, des kystes séreux ou purulens, el
une grande quantité de graisse et de tissu fibreux. Au milieu
de ces productions pathologiques, l'uretère gauche et le rectum
avaient conservé leur calibre.
L'intestin , examiné dans toute son étendue , n'offrait exté-
rieurement d'autres altérations que les adhérences dont nous
avons parlé. A. l'intérieur, la membrane muqueuse était ramollie
dans presque tout le gros intestin. Lefoie et la rate étaient sains.
Il en était de même des org&nes contenus dans les cavité»
thoraciques et crâniennes.
DE CANCER BV. l'ùTiJrUS. i3i
S flga. J'ai déjà publié quelques observations sur les rapports
des maladies des reins avec celles de l'utérus et de ses
annexes (§422); ces ob3prvalions , les deux suivantes, et plu-
sieurs autres que je pourrais citer, montrent que, si les maladies
de l'utérus engendrent généralement les inflammations chro-
niques des bassinets et des reins, c'est par suite de l'obstacle
qu'elles apportent au passage de l'urine , des uretères dans la
vessie. Dans ce cas, les douleurs des reins sont souvent attri-
buées, à tort, exclusivement aux lésions utérines. L'inflamma-
tion du bassinet et des reins est le plus souvent indiquée par
des urines muqueuses , légèrement acides ou alcalines : la per-
sistance de la cause qui la détermine rend la giiérison diffi-
cile et inipossible lors même qu'on parvient à la reconnaître ou
à la soupçonner pendant la vie.
Obs. XVI. — Cancer de l'utérn» et des parois du ▼agin ; oyatite avec iaconti-
nencc d'urine; inflammation chronique des bassinets et des reins.
Garu, âgée de 44 ans, dame de comptoir, entra à l'hôpital
de ia Charité le 27 mars i836.
Constitution épuisée; symptômes d'une mort prochaine.
Cette femme avait eu cinq enfans en cinq couches heureuses;
elle n'avait jamais eu de dartres, ni éprouvé d'accidens d»
côté des voies urinaii-es. Les premiers symptômes de sa ma-
ladie i-eraontaient à six mois environ ; elle avait eu une perte
fe cette époque , et depuis elle avait alternativement des héi-
raorrhagies et des pertes blanches, fort abondantes. Depuis
un mois , vomissemens opiniâtres qui ont résisté à toute
espèce de traitement.
Le doigt, introduit dans le vagin, ne trouve plus les lèvre»
du col utérin; il pénètre directement dans une cavité à parois ru-
gueùses et ramollies ; odeur fétide dans le vagin j au niveau de
l'orifice de l'urèlhre on sent des duretés , et on y voit des ulcé-
rations.
La malade, depuis trois ou quatre jours, urine peu; il est,
du reste , impossible d'apprécier la quantité d'urine, car il y
a mconlinence. L'uriue extraite de la vessie est alcaline et
l3a PYÉLITES COMPLIQdlÎKS
chargée de mucus ; elles ramène au bleu le papier de tour-
lu'sol rougi par un acide ; douleurs aux lombes.
Celle femme mourut le 3i mars i836.
Autopsie du cadavre. — Le col de l'utérus est détruit; quaul
au corps , plus volumineux d'un tiers que dans l'état natui el,
il représente une espèce de coque , à l'intérieur de laquelle est
un détritus d'un brun sale. Incisé, il offre les caractères du
cancer; il est dur et squirrlieux dans son fond et à l'état de
j amollissement dans la moitié voisine du col; toute la paroi
vagino-vésicale et vagino - urélhrale est indurée; l'orifice de
l'urèlhre est cancéreux et au pourtour, ou voit des ulcérations
arrondies, molles, à fond grisâtre et jaunâtre. Les parois de la
vessie sont épaissies et rouges; les uretères sont sains, mais
la membrane interne des bassinets et des calices est rouge;
les parois en sont épaissies. Les reins présenlent de l'anémie
avec de petites arborisations en étoiles.
Obs. XVII. — Cancer du rectum ët de l'atcrus ; péritonite; cystite cbroniqup;
dilatation des deux uretères; néphrite double avec pyclite et dilatation
du bassinet.
Lecointe (Marie-Madeleine), âgée de (5; ans, sans profession,
demeurant rue de Grenelle, entra i l'hôpital de la Charité,
le ni novembre i836.
Cette femme offrait les principaux traits de la cachexie can*-
céreuse; peau sèche, terne et terreuse; amaigrissement con-
sidérable; douleurs vives, habituelles dans l'abdomen, suivies
de vomissemens, tantôt muqueux, tantôt verdâtres ; dégoût
absolu pour toute espèce de nourriture, le bouillon même ne
pouvait être pris qu'avec une extrême répugnance; le plus
souvent il était rejeté par le vomissement [Eau de Seltz; bouil~
ion froid j lait).
Cette pauvre femme ne déclara point avoir eu des pertes, ni
■d'hémorrhagies utérines , et la fréquence des vomissemens ,
jointe à l'apparence cachectique , fit supposer l'existence d'un
■cancer de l'estomac.
Elle mourut le 9 décembre, après une agonie très doulou-
reuse, précédée de cris et de gémissemens.
DE CANCER DE l'uTÉRTJS. J 33
A l'ouverture du cadavre , on trouva un cancer du rectum
et de l'utérus ; il n'y avait pas de perforation de la paroi recto-
vnginale, mais toutes ces parties étaient unies entre elles par
du tissu cellulaire cancéreux. L'utérus avait un tiers en plus de
son volume ordinaire ; à part sa coque extérieure, qui était
dureetsquirrheuse, toute son épaisseur était ramollie et formait
un putrilage infect. Dans le petit bassin, le tissu cellulaire
était épaissi et enflammé. La masse cancéreuse comprimait les
deux uretères j ces deux tuyaux, extraordinairement dilatés et
aussi volumineux que l'intestin grêle, étaient distendus par de
l'urine; cette i-étention de l'urine avait déterminé une double
pyélile.
Le rein gauche est plus volumineux qu'à l'état naturel;
sa face antérieure, d'une teinte brune verdâtre, offre de nom-
breux mamelons séparés par des dépressions; le tiers infé-
rieur de cette face est alternativement rouge et blanc; la face
postérieure, beaucoup plus injectée, est rouge presque par-
tout. Le bassinet, très dilaté, pourrait loger un œuf de povile ; sa
membrane interne, légèrement jaunâtre, est parsemée d'arbo-
risations et de pétéchies. Les mamelons sont affaissés par suite
de la rétention de l'urine; plusieurs cônes de la substance
tubuleuse sont décolorés et circonscrits à leurs bords par
une ligne rouge très marquée; d'autres, au contraire, sont
très injectés. La substance corticale, profondément altérée,
présente une augmentation notable de densité et un mélange
irrégulier d'anémie et d'hypérémie.
Le rein droit, d'une teinte ardoisée, offre extérieurement
une foule de dépressions; le bassinet dilaté pourrait contenir
un gros œuf de poule; les mamelons sont tellement affaissés,
que le rein paraît réduit à vine coque de deux à trois lignes
d'épaisseur, formée par la substance corticale, indurée, ané-
mique; les cônes sont remplacés par des loges remplies
d'urine muqueuse.
La vessie, contractée, offre des traces évidentes de pblegma-
sie chronique : teinte ardoisée de la membrane muqueuse avec
epaississement des parois. Liquide séreux et fausses mem-
branes flottantes dans le petit bassin ; rate et foie sains en ap-
i34 ptiSlités compliquées
parcnce; estomac dilaté, criblé à l'intérieur de pétéchies ar-
rondies ou triangulaires d'un rouqe brun j orifice pyloriquo
un peu rétréci , mais sans altération organique; quelques gan-
glions de l'abdomen squirrheux, d'autres hypertrophiés.
Le poumon , le cœur, le cerveau ne présentent aucune lé-
sion.
§693. Onvoitquelquefoisles malades éprouver danslapyélile
aiguô calculeuse une douleur vive et subite dans le iestioule
correspondant, et qui se propage soit dans la direction de
l'uretère, soit dans celle du cordon sperniatique du môme côté.
Cette douleur est presque toujours accompagnée de spasmes et
d'envies de vomir. M. Reveillé Parise a publié, sous le nom de
névralgie siicrmatiqite y un exemple remarque de douleurs testi-
cuiaires, qui, après avoir résisté à une foule de remèdes, dispa-
rurent après la sortie spontanée d'un petit calcul urinaire(i).
Je n'ai pas noté chez les femmes l'existence d'une semblable
douleur dans l'ovaire, et, dans le petit nombre cas oii j'ai
observé de la douleur vers le détroit supérieur du bassin ,
il m'a été impossible de déterminer si elle avait son siège
dans l'ovaire ou dans l'uretère.
Quelques auteurs disent avoir observé Vatrophte du testicule
à la suite d'une pyélite calculeuse.
§ 694. Rapports dt la py élite avec les maladies de l'appareil
digestif.
Les nausées et les vomissemens sont un des symptômes les
plus frappans des coliques néphrétiques et de la pyélite cal-
culeuse, aiguë.
II est très ordinaire d'observer un dérangement des fonc-
tions digestives, la perte ou la diminution de l'appétit, la con-
stipation ou d'autres symptômes qui simulent la gastrite
chronique. Dans la pyélite calculeuse, ces accidens doivent
être distingués d'autres symptômes qu'on observe quelquefois
dans l'ischurie goutteuse, sans qu'il y ait de corps étranger
^i) Revue médicale, 1886, t. 11, p. ^oij.
d'une AFJiEGTIOJV DE l'eSTOMAC. i35
dans les voies uriiiaires ; je veux parler de ces douleurs né-
phrétiques avec suppression d'urine, dysurie et conslipalion
des plus opiniâtres, qui cessent lorsque la goutte vient à se
déclarer aux extrémités et surtout aux membres inférieurs*
$ 6y5. Toutes les fois qu'il existe une incontinence d'urint,
ou bien encore toutes les fois que les malades ne peuvent
prendre le soin de recevoir dans un vase leur urine, le médecin
doit l'extraire de la vessie pour en faire l'examen ; faute de
cette simple précaution, l'état des voies urinaires peut être mal
apprécié pendant la vie. Dans l'observation suivante, les vomis-
aemens furent attribués à une aflection des organes digestifs:
bien qu'il y eût de la douleur dans l'hypogastre, comme il en
existait en même temps à l'épigastre , nous ne soupçonnâmes
pas l'existence d'une cystite purulente , et encore moins celle
d'une pyélite calculeuse.
■-r
Qbs. XVIII. — Symptômes gastro-intestinaux ; Tomissemens ; diarrhée ; incoii'i
tinence d'urine ; pyélite calculeuse non soupçonnée pendant la vie.
Douriot, cuisinière, âgée de 4^ ans , fut apportée à l'hôpital
de la Charité, le 3 juin i838, pour y être traitéei disait-on, de»
suites d'une affection gastro-intestinale, avec complication
d'accidens cérébraux, pour laquelle elle était déjà restée près
de deux mois au lit.
Abandonnée à l'hôpital par les personnes qui l'y avaient
amenée, incapable de rendre compte de sa maladie , cette mal-
heureuse femme ne put donner de renseignemens suffisans Sur
son état antérieur.
Maigreur squelettiquoi décubitus dorsal , prostration , fai-
blesse extrême qui ne permet pas la progression, ni même la
position assise sur le lit> la face est livide et exprime la stupeur j
le regard est hébété; la langue humide et saburrale ; la malade
entend les questions qu'on lui adresse ; mais elle répond lente-
ment et toujours d'une manière plus ou moins incomplète; il^
l»i arrive môme quelquefois de se contredire.
Lesbattemens du cœur sont faibles et précipités.
La région épigaslrique et la région hypogastrique sont les
j36 PyÉLITES COMPLIQUÉES
seuls points de l'abdomen ou la pression paraisse déterminer
quelque douleur. De temps en temps, le matin surtout, la ma-
lade a des nausées, mais elle ne voinit pas. Les selles sont rares
et les Jiiatières rendues sont consistantes. Les urines, excrétées
involontairement, et, pour ainsi dire, goutte à goutte, ne sont
point examinées. Soif peu vive. Un ou deux bouillons dans la
joiu'née.
Cet état a persisté pendant une quinzaine de jours ( Lave-
mens laxatifs ; limonade 'vineuse). Faiblesse progressive.
Lorsqu'on a voulu augmenter les alimens , il est survenu
des voraissemens. Lorsque les vomisseraens ont été calmés par
la diminution des alimens et l'emploi de l'eau de Seltz , un
dévoiemenl coUiquatif s'est déclaré ; bientôt la malade a perdu
la faculté de s'exprimer autrement que par de faibles gémisse-
mens. De très larges eschares se sont formées au niveau du
sacrum et des trochanters. Le travail d'élimination a donné
lieu à une suppuration abondante. L'agonie a été lente et a
duré cinq jours.
La malade s'est éteinte le 9 juillet.
Autopsie du cadavre. — Le cerveau et ses membranes sont
anémiques. La substance cérébrale, d'une mollesse remar-
quable , ne présente d'ailleurs aucune autre altération.
Les viscères thoraciques sont très pâles ; les vaisseaux ne
contiennent que très peu de sang liquide ; il n'y a pas de cail-
lots dans les cavités du cœur.
Abdomen. L'estomac est contracté au point que la cavité en est
l'éduite à la capacité du duodénum. La membrane muqueuse,
hérissée de plis que séparent de profondes anfracluosités, est
vivement injectée. On ne trouve aucune lésion dans l'intestin ;
la rougeur de la valvule iléo-cœcale contraste avec la pâleur des
portions contiguès du gros et du petit intestin.
Le foie et la rate participent à l'anémie générale.
Le rein droit, au moins une fois plus gros qu'à l'état normal,
pèse sept onces. Il est d'un rouge brun et fortement conges-
tionné. Le bassinet et les calices, dilatés, forment une cavité qui
contiendrait aisément un petit œuf de poule.
Le rein gauche, alrophic, très aplati d'avant en arrière, et flas-
J)Ë DIARKHÉJE. ^^'J
que comme une poche vide, est au moins d'un tiers plus petit
qu'à l'état normal. Il est converti en une véritable poche, dont
les parois , épaisses de trois lignes , sont formées par les sub-
stances corticale et tubuleuse atrophiées, et dont la cavité,
constituée par le bassinet et les calices , est une fois plus
grande que celle du rein droit. La surface interne de cette
poche, très injectée, est encroûtée d'une poussière jaune,
qu'on détache facilement. On voit, entre les faisceaux des tubu-
lures , quelques stries salines de même aspect et probablement
de même nature. Enfin, on découvre, à l'orifice d'un des
calices, une petite pierre, grosse comme une lentille, jaune
comme les grains dont je viens de parler, et formée d'acide
urique. Les uretères, dont la membrane interne est injectée,
ont leur volume naturel , et ne contiennent point de calculs.
Il a fallu suivre ces conduits excréteurs ,pour trouver la vessie;
car elle était si petite et si bien collée derrière le pubis, qu'au
premier abord , on aurait pu croire qu'elle n'existait pas.
Elle est contractée au point d'égaler tout au plus le volume
d'un œuf do pigeon. Sa membrane muqueuse a tout-à-fait l'as-
pect de la membrane pyogénique d'un abcès. La vessie est rem-
plie d'un pus jaune , bien lié, et que l'on pourrait croire sans
mélange d'urine.
L'urèthre est rouge, ainsi que toute la membrane muqueuse
du vagin. Le col utérin offre six ulcérations lenticulaires, super-
ficielles.
Obs. XIX. — Pyélite calculeuse du rein gaucb«; pus dans le bassinet, atro-
phie du rein gauche; hypertrophie du rein droit; diarrhée chronique.
Chartrude, âgée de 62 ans, journalière , née à Vimeux (dé-
partement de la Somme), entra à l'hôpital de la Charité, le i3
septembre i836.
Cette femme, dont le teint était d'un jaune-paille , présentait
tous les signes des états cachectiques. Elle avait la diarrhée
depuis long-temps. Comme elle n'urinait qu'en allant à k
garde-robe, on ne put examiner les urines. Une mort pro-
chaine paraissait inévitable , et cette femme succomba le 19 du
même mois. L'ouverture du corps fut faite avec peu de soin ;
l38 PYJÎLITES COMPLIQUÉES
on me remit seulement les reins; celui du côte gauche était
atrophié et ne pesait que deux onces. Le bassinet et les caUccB
dilatés contenaient un pus verdâlre très épais, et un calcul était
engagé dans le goulot du bassinet. Les mamelons des py ramide»
de la substance médullaire étaient affaissés; la substance cor-
ticale était atrophiée.
Le rein droit, hypertrophié, pesait cinq onces et demie e(
n'offrait point de traces d'inflammation.
S 6g6. J'ai déjà dit à quels signes on pouvait généralement dis-
tinguer les tumeurs formées dans la région lombaire par le pus
accumulé dans les calices et le bassinet dilatés, des tumeur»
hépatiques 65 1), Le diagnostic de ces tumeurs offre cepen-
dant de telles difficultés dans certaines circonstances, que des
médecins et des chirurgiens du plus grand mérite se sont mé-
pris sur le siège et la nature de semblables tumeurs. Bille-
bault(i) rapporte que Winslow, Morand père et plusieurs au-
tres médecins et chirurgiens avaient été unanimes pour dé-
clarer qu'une femme dont il rapporte l'histoire, était atteinte
d'un abcès du foie. Cette femme étant venue à succomber un
an après, Billebault fit l'ouverture du corps, et il reconnut que
le foie était parfaitement sain et que la tumeur était constituée
par le rein transformé en une espèce de kyste rempli de pus, et
qui contenait des calculs de couleur ardoisée.
5 697, M. Lebkuchner (a) rapporte avoir ouvert le corps d'un
jeune homme mort d'ictère, à la suite d'une hépatite devenuë
chronique. Pendant les derniers jours de son existence, ce ma-
lade se plaignait de violentes coliques, dont l'intensité augmen-
tait encore pendant l'émission d'une urine rare, trouble et d'un
rouge foncé. Les deux reins étaient transformés en des sacs
membraneux parsemés de vaisseaux variqueux et sans nulle
trace de substance rénale. Ces sacs contenaient beaucoup de
pierres enveloppées de caillots de sang et dont les plus grosses
bouchaient les uretères; outre plusieurs calculs du volume
(1) Déscriptlôn d'an nitès aa rein drxAt, tnicànnu pendant le rnitttfttHt
(lonrûBl de Médecino de Roux, in-ia, 1762, tom. itii, p. a47).
(a) fFàrtemi. madUin, Gorrespondenzblatt, t834, n. 7.
DE MALADIES DU FOIE.
d'un haricot ou d'un pois, chaque rein en renfermait up d'un
pouce de diamètre j toutes ces concrétions étaient blanchâtres,
poreuses, grenues et très friables. Le malade n'avait jamais
souflert auparavant des voies urinaires.
Indépendamment de plusieurs observations déjà citées 44o)
et qui prouvent la possibilité de la coïncidence d'abcès du foie,
avec une collection purulente dans le rein droit, je rappellerai
ici le cas, cité par Lieutaud (i), d'une femme sujette à des dou-
leurs néphrétiques et qui, ayant été saisie presque tout-à-coup
de fièvre et d'une douleur dans l'hypochondre droit, mourut le
huitième jour. Le foie contenait une grande quantité de pusj le
rein di'oit, presque entièrement détruit, réduit à sa seule mem-
brane, renfermait 60 calculs.
L'observation suivante est un nouveau cas à ajouter aux
exemples de tumeurs rénales , prises pour des maladies du
foie (§ 65i, et Obs. xiv).
Obs. XX. — Pyélite chronique; tumeur du rein droit prise pour une tumeur
du foie; expectation; mort.
Ch. D. demeurant rue Saint-Dominique, au Gros-Caillou,
âgé de cinquante-neuf ans, marié, père de quatre enfans, a
été commis voyageur pendant dix-neuf ans.
En 1829 , il éprouva des douleurs vives sous les fausses côtes
du côté droit, avec fièvre {.Vingt sangsues ; cataplasmes j grand
vésicaioire ).
Dans le mois de mars i835 , on reconnut dans le flanc droit
une tumeur qui fut regardée comme dépendante du foie. M. D.
éprouvait souvent des nausées, des envies de vomir, et, lorsque
les douleurs étaient plus vives, il rendait du sang avec l'urine.
Quelquefois tiraillemsns dans la cuisse droite. La tumeur est
à-peu-près indolente , mais, si on la presse avpc le doigt, on
provoque des douleurs. Cette tumeur volumineuse s'étend, dans
le flanc droit, de la partie inférieure du foie à la crête iliaque ,
et en dedans jusqu'auprès de l'ombilic. A la percussion elle
rend un son mat; la malité est complète entre le bord libre des
(i) Llouiaud, Anal. pracUca, lib. i, ob. dccxxv.
l PyÉLITES COMPLIQUÉES
côles et la tumeur. Un sentiment de fluctuation est très distinct
dans la tumeur. En arrière, le (Innc est un peu bombé et com-
pnralivement plus saillant que le liane gauche. En plaçant une
main derrière le (lanc et une autre sur la partie antérieure de
la tumeur j on en aperçoit assez exactement l'éiendue. Le
malade a peu de fièvre, mais l'appétit est presque nul , et les
digestions sont très lentes, et parfois accompagnées de nausées.
Je proposai inutilement au malade de donner issue au liquide
que renfermait la tumeur du flanc, et il mourut le vingt janvier
i836, après avoir éprouvé pendant quelques jours des vomis-
semens. Le cadavre n'a pas été ouvert.
§ 698. Bonet (i) raconte assez plaisamment un cas qui
prouve que le diagnostic des maladies des reins et des mala-
dies de la rate est quelquefois obscur. Un médecin, qu'il désigne
sous le nom de Titius, voit le patient, pense que la rate est le siège
et la cause du mal, et prescrit un traitement en rapport avec
celle opinion. Ce médecin tombe malade, et un autre médecin,
que Bonet nomme Sempronius, est appelé à continuer la cure;
celui-ci, se fondant principalement sur les vomissemens et sur
l'existence d'un dépôt dans l'urine, pense que ce n'est pas la rate
qui est malade, mais bien le rein yauche, et qu'un calcul obstrue
le commencement de l'uretère; et il prescrit des diurétiques,
les lithontriptiques, les demi-bains et tout ce qui lui paraît
propre à faire cesser l'obstruction des voies urinaires ; mais ces
remèdes n'apportent aucun soulagement au malade, et son état
semble empirer de plus en plus. Enfin , Titius, dont la santé
s'était rétablie, est rappelé; son traitement est repris avec un
avantage momentané, et cependant le malade meurt. Les deux
médecins, convaincus l'un et l'autre qu'ils avaient raison , de-
mandent instamment l'ouverture du corps, qui leur est acco:^
dée. Le chirurgien qui fît l'autopsie enleva adroitement la rate
en disant qu'il tenait le rein ; or, ce viscère était intérieurement
dans un état de putrilage. A cette vue, Sempronius heureux d'a-
voir frappé si juste, se vante que peu de médecins le surpassent
dans le diagnostic des maladies obscures; qu'il voit les parties
(i) honct, Sepulcietuiit, t. Il, p. 120, lib. m, tect, viii, ob$. uxi.
DE MALADIES DE LA RATE. l/^l
malades comme si le corps était transparent, etc. Le chirurgien,
pendant ces entrefaites avait peine à garder son sérieux, et enfin
il ne put s'empêcher d'éclater de rire en disant que c'était déci-
dément la rate et non le rein qu'il avait dans la main. Le rein
gauche fut trouvé parfaitement sain ; et Sempronius, après avoir
fait de vains efforls pour trouver dans d'autres organes des lé-
sions capahles de rendre compte des symptômes observés pen-
dant la vie, fut enfin obligé de convenir de son erreur.
Un autre cas, cité également par Bonet (i), fut aussi un objet
de discussion parmi plusieurs médecins, l'un accusant le foie,
l'autre la rate, et le troisième les reins d'être le siège du mal.
A l'ouverture du corps, on Irouva le rein gauche consumé et
rempli de pusj le rein droit était atrophié.
En de tels cas, il ne faut pas oublier que la rate et le rein
gauche (a) peuvent être , l'un et l'autre , en même temps
affectés 443).
§ 699. Mais le fait principal que je me propose de noter ici,
c'est la fréquence de la pèritonUe à la suite de la pyélite calcu-
leuse.
Cette inflammation du péritoine peut survenir, soit, à la
suite d'une perforation de la poche rénale , soit comme consé-
quence d'une distension ou d'une contusion de cette même
poche, ou de toute autre cause qui provoque une nouvelle in-
flammation autour de la tumeur ou dans son intérieur.
Ces péritonites, distinctes par leurs causes, ne le sont pas
moins par leur inégale gravité.
(1) Bunet. Sepulcretum, tom, 11, p, ao8, de Paw.
(2) B.-)rtholin. Cent. i. hisi, So. — Doering (M.) rapporte un cas de sup-
puration du rein gaucbe, co'inciduut avec un développement considérable
de la rate (Bonet. Sepulc, lib. ifi , sect. 16, obs. 11, de Lypochondriorum
turaore). Bonet, ibid, pag. S'ji, «te un cas d'urines sanguinolentes, avec
douleurs rénales, et dans lequel on trouva la rate très volumineuse et
squirrheuse. L'auteur de l'observation paraît supposer que la rate tuméfiée
peut produire une hématurie, eu comprimant le rein. Ce cas doit être très
Mre, à en juger par le grand nombre d'intumescences delà rate que j'ai
observées, sans hématurie consécutive.
PTÉLITF.S COMPIIQtJKES
Oif. XXI. — Pyclite calculcase; Inmenr volumincu.se dans le flanc droit,
prise pour une uffcction du foie; expcctation; perforation de la tumeur
dans la cavité du péritoine; mort.
M. Piorry me fil appeler auprès de Madame***, âgée de 3? ans,
demeurant l'ue du MarchéSainl-lIonoré, dans les premiers jours
du mois de juin i836, Getle dame, à laquelle il donnait ordinai-
rement des soins, portait, dans le flanc droit, une tumeur fluc-
tuante, bosselée, on apparence duvolume do la tète d'un enfant.
Cette tumeur s'enfonçait supérieurement au-dessous du bord
libre du foie, qu'on sentait distinctement, et s'étendait infé-
ricurementjusquedausla fosseiliaque droite. Par la percussion,
la tumeur rendait un son mat , en arrière , latéralement et en
avant 5 mais, au-dessous du bord libre du foie et vers la moitié
interne de l'extrémité supérieure de la tumeur , la percussion
donnait un son clair, intestinal. En promenant le plessimètreen
haut et en dehors, le son rendu parla percussion était mat. Au-
dessus de l'arcade crurale et dans les deux tiers inférieurs de
la fosse iliaque, on obtenait, parla percussion, un son intesti-
nal. Lorsque la malade se couchaitsurle côté gauche, la tumeur
devenait plus saillante et semblait se rapprocher de la colonne
vertébrale- Lorsqu'on percutait sur le doigt appliqué successi-
vement en diflérons points de la surface de la tumeur , on n'é-
prouvait point la sensation de frémissement que donnent sou-
vent les tumeurs hydaliques. La tumeur était douloureuse à
la pression; quelques autres points de l'abdomen, et notam-
ment la région de la vessie, étaient un peu sensibles. Du reste,
l'examen le plus attentif ne put nous faire découvrir d'autres
lésions dans l'abdomen. La cuisse droite était habituellement
engourdie, très probablement par suite de la compression que
la tumeur exerçait sur les nerfs lombaires et cruraux. L'urine,
rendue fréquemment et en petite quantité, contenait du pus.
La forme, la eituation, le volume et la consistance de la tu-
meur, l'élargissement de la région lombaire, le mélange du
pus à l'Urine, le fait d'une hématurie qui avait eu lieu plusieurs
àbnées auparavant , les douleurs qui , à plusieurs reprises ,
s'étaient développées dans la tumeur, toutes ces circonstances
DE PlhUTONITE. l43
nous filent penser, à M. Piorry et à moi, que la tumeur était
formée parle rein droit, distendu par du pus , et que la sup-
puration du bassinet et des calices était tirés probablement pro-
duite et entretenue parla présence d'un calcul; diagnostic que les
recherches anatomiques faites après la mort ont confirmé.
Cette dame était accouchée, sept ans auparavant, d'un en-
fant malsain. Les couches furent laborieuses, suivies d'hémor-
rhagies et de douleai's dans les lombeSj et, six mois après. Ma-
dame *** n'était pas encore entièrement rétablie. Elle devint
sujette aux pertes blanches, ne pouvait marcher qu'avec peine,
et un chirurgien, attribuant ces douleurs à un abaissement de
l'utérus, appliqua un pessaire. Cependant Madame *** conti-
nuait d'être languissante.
Il y a cinq ans, dans un voyage qu'elle fit à Londres, elle fut
prise de douleurs très vives dans la i-égion lombaire, au côté
gaiiche, devomissemens continuels, accompagnés d'une grande
anxiété. Elle ne se rappelle pas avoir rendu de graviers dans
cette crise , ni dans aucune autre. On se borna à appliquer des
cataplasmes émoUiens sur le côté. Un an après, Madame ***
éprouva tme nouvelle crise de douleurs dans le même côté, crise
qui fut également accompagnée de vomissemens, et à la suite de
laquelle elle resta onze mois souffrante. Depuis les trois der-
nières aunées, elle était obligée de s'aliter au moins deux fois
par semaine, à caiise de sa douleur de côté, qui augmentait par
la marche au point que Madame*** était obligée de s'arrêter ou
de monter en voiture, après une course d'une demi-heure. Dans
les derniers mois de l'année 1 8 3 5, elle éprouva une troisième crise
analogue aux précédentes, avec douleur au côté droit et vomis-
semens. Enfin, une quatrième et dernière crise s'est déclarée
vers le i'"' avril i836. Un médecin que Madame *'* consulta, la
crut atteinte d'une maladie du foie, lui fit prendre les eaux de
Vichy et des tisanes adoucissantes. M. Piorry, appelé vers le
i6 avril, prescrivit des bains, des cataplasmes éniolliens et des
sangsues loco dolenti. La malade s'était affaiblie depuis la fin
deV année précédente ; sa peau avait pris un teinte d'un gris
jaunâtre-, cependant les principales fonctions paraissaient as-
sez régulières, et l'appétit s'était conservé jusque dans ces der-
î44 Py^LlTES COMPLIQUIiES
niers temps, quoiqu'il fût survenu dans les quinze derniers
jours qui ont précédé sa mort, un dévoiement considérable
( quinze à vingt selles par jour).
Nous convînmes , M. Piorry et moi, de pratiquer la néphro-
tomie. Nous prîmes jour avec M. Velpeau; malheureusement,
la malade succomba la veille, le i6 juin i836, aune perforation
de la tumeur rénale dans la cavité du péritoine. La tumeur s'af-
faissa, des vomissemens et d'autres sjmplôines d'une péritonite
sur-aiguë se déclarèrent; le pouls devint petit, déprimé et très fré-
quent. M. Piorry constata, par la percussion , l'existence d'un
certaine quantité de liquide dans l'hypogastre, oii il n'en exis-
tait pas quelques heures auparavant.
Le lendemain, M. Piorry et moi, nous procédâmes à l'ou-
verture du cadavre. — Ahdomen.W existait au moins deux verres
de pus dans la partie hypogastrique du péritoine; la tumeur
rénale occupait tout le flanc droit; le cœcum était refoulé du
côté du détroit supérieur du bassin ; le colon ascendant, re-
foulé également vers la colonne vertébrale, s'élevait oblique-
ment le long du bord interne de la tumeur, jusque vers l'épi-
gastre; de sorte que l'angle formé par le colon ascendant et par
le colon transverse se trouvait correspondre à la ligne médiane,
au lieu d'être placé, ainsi que cela a lieu ordinairement, un peu
en dehors de la vésicule du liel. L'intestin grêle, refoulé du
càté gauche, était circonscrit eu haut et sur les côtés par le
colon.
La tumeur adhérait, par son extrémité supérieure, avec le
bord et la face inférieure du foie et avec la partie pylorique de
l'estomac; inférieuremen telle s'étendait à la moitié supérieure de
la fosse iliaque droite , qu'elle occupait entièrement. Sa face
antérieure était recouverte par le péritoine. En bas et en dehors,
à la hauteur de la crête de l'os des îles, vers le point oîi le pé-
ritoine se repliait des parois du bas-ventre sur la tumeur, il
existait une ouverture de deux lignes environ de diamètre, à
travers laquelle une certaine quantité de pus s'était écoulée dans
la cavité du péritoine. Lorsqu'on comprimait même légèrement
la tumeur, on voyait le pus sortir par cette ouverture qui
communiquait avec l'intérieur de la tumeur.
DE PÉRITONITE. l45
Dans le but d'isoler la tumeur des parties environnantes,
après avoir décolé le péritoine, vers la partie inférieure de la
fosse iliaque , et après avoir détaché du muscle iliaque la tu-
meur, nous cherchâmes , mais en vain , à la séparer du mus-
cle carré des lombes. Non-seulement il y avait, entre la partie
postérieure de la tumeur et les parties sous-jacentes, des adhé-
rences très intimes, mais le doigt dont jeme servais pour opérer
le décollement, pénétrait quelquefois dans de petites poches pu-
rulentes, et il était ensuite arrêté par de fortes brides, comme
fibre-cartilagineuses. Ces circonstances me firent croire d'abord
quej'avais pénétré dans la cavité du bassinet et des calices, mais
cela n'était pas. Lorsque j'eus achevé le décollement de la tu-
meur, et après l'avoir incisée de la grande courbure du rein vers
la scissure, nous vîmes bien distinctement que ces poches pu-
rulentes et les brides s'étaient formées, les unes au-dessous de
la membrane fibreuse du rein, les autres dans le tissu cellulaire
extérieur, fortement induré, et qu'elles communiquaient avec
la cavité du bassinet et des calices par quatre ouvertures fistu-
leuses.
J'insiste sur ces détails, parce que, si cette femme n'eût point
succombé la veille de l'opération, et que la néphrotomie eût
été pratiquée, on aurait pu croire, après avoir incisé la peau et
les muscles de la région lombaire, en voyant jaillir le pus, être
déjà parvenu dans la cavité du rein et se livrer ensuite à des
recherches longues, pénibles et infructueuses , pour découvrir
le calcul que nous trouvâmes dans le bassinet, après avoir pra-
tiqué la section du rein.
Une circonstance cependant aurait pu faire soupçonner
qu'on n'était point encore parvenu dans la cavité même du
rein ; je veux parler de la fluctuation qu'on sentait au fond de
l'incision et de l'espèce de ballottement qu'on aurait pu faire
exécuter à la tumeur.
Les membranes fibreuse et celluleuse du rein étaient épais-
sies; les mamelons elles cônes, afiaissés, étaient transformés en
des espèces de poches , pleines de pus , qui communiquaient
par une ouverture d'une à deux lignes de diamètre avec la
cavité du bassinet. Celui-ci était distendu par le pus ; un calcul
m. 10
l46 PYÉLITES COMPLIQUEES
engagé dans l'espèce d'entonnoir qui précède l'origine de l'ure-
tère, fermait presque complètement toute communicalion entre
le bassinet et l'uretère, qui était libre dans tout le reste de son
étendue.
Le rein et l'uretère du côté opposé étaient sains. La vessie
était saine, et la membrane muqueuse était plutôt pâle que
rouge. La matrice et ses dépendances étaient dans l'état sain.
Aucune altération remarquable dans l'estomac et l'intestin;
seulement les follicules du gros intestin étaient plus dévelop-
pés et plus apparens que d'ordinaire. Le foie, la rate et le
pancréas étaient sains. Le péritoine et les épiploons étaient in-
jectés et couverts de lymphe plastique en plusieurs points. Les
deux poumons étaient engoués par de l'écume bronchique ; le
cœur, le péricarde et les plèvres étaient sains.
La tête ne fût point ouverte; la malade avait conservé sa
connaissance jusque dans les derniers moraens de la vie.
700. Si, dans le cas précédent, l'expectation a eu l'incon-
vénient d'entraîner l'inflammation et la perforation de la tu-
meur rénale , et par suite une péritonite mortelle , les mêmes
accidens peuvent quelquefois être produits par la cautérisa-
tion, employée à l'effet de pénétrer dans l'intérieur de la
tumeur. Du moins ai-je pensé que le développement de la pé-
ritonite dans le cas suivant avait été déterminé par les cauté-
risations successives que j'avais cru devoir pratiquer.
Obs. XXII.— Tumeur formée par le rein droit; calcul rénal; cautérisation;
péritonite ; mort.
Louise Frèze , âgée de 4^ ans , couturière , a été réglée à sa
lî" année; elle a cessé de l'être à la fin de i834; à l'âge de
1 6 ans , elle a fait une maladie gi'ave j causée par la mort de son
pèi'e j à 17 ans, elle a eu la variole.
Sa santé fut bonne jusqu'à l'âge de 32 ans. Dès cette époque,
ses urines laissaient déposer une matière blanche. De temps en
temps elle éprouvait, vers le nombril et un peu à droite, des
douleurs passagères, mais vives, qu'elle compare à des élance-
mens. Il y a sept ans, elle ressentit, pour la première fois, une
douleur dans la région des reins, et elle eutdesvoraissemenspen*
DE PÉRITONITE. «47
dant trois jours. Depuis iors, et surtout dans les cinq dernières
années, elle a eu dans l'iiypochondre droit, à plusieurs reprises,
la sensation d'une boule.
A partir du i"' novembre i854, époque à laquelle la malade a
cessé d'être réglée, elle a éprouvé des douleurs dans l'hypo-
chondre droit, notamment dans la région du rein, et les urines
ont été constamment blanches et troubles , ou semblables à de
l'eau de savon un peu sale. Depuis le commencement du mois de
mars^ elle sent dans l'hypochondre droit une grosseur qui a peu-
à-peu augmenté de volume, et l'urine a été chargée de pus.
Le 8 avril i835 , elle se décida à entrer à la Charité ; elle était
dans l'état suivant ; Gêne et quelquefois douleur dans le côté
droit du ventre , oii on sent avec la main une tumeur qui rem-
plit tout le flanc; quand la malade est couchée sur le dos, la
partie droite de la paroi antérieure du ventre paraît soulevée et
arrondie. Le flanc présente également de la convexité , la malade
étant appuyée sur les coudes et sur les genoux. Du côté gauche,
en dehors des muscles sacro-lombaires et long dorsal , etc. , la
paroi abdominale se déprime; au contraire, du côté droit,
elle est soulevée et arrondie de manière à ce que tout le flanc
droit présente une convexité postérieure. Au toucher, on sent
que cette tumeur arrondie descend jusqu'à deux travers de
doigts au-dessus de l'épine antérieure et supérieure de l'os
des iles, et en dedans qu'elle s'avance jusqu'à trois travers de
doigt en dehors de l'ombilic ; en haut on ne peut pas en sentir
les limites, soit qu'elle s'engage sous les fausses côtes, ou qu'elle
soit immédiatement unie avec le foie.
Le côté gauche duventx-e ne présente rien de semblable, et
rend à la percussion un son naturel; le côté droit, percuté, k
partir de la ligne blanche , rend un son intestinal jusqu'à trois
travers de doigt de la limite extérieure du flanc; la percussion
donne aussi un son intestinal dans la l'égion iliaque ; la rnatité
commence à deux travers de doigt au-dessus de l'épine antérieure,
et se continue sur toute la tumeur. Cette poche est limitée en
bas et en dedans par une ligne courbe, à convexité inférieure,
qui s tiendrait de deux travers de doigt au-dessus de la crête
iliaque jusqu'à trois travers de doigt de l'ombilic en haut; on
10.
l48 PYj'iLlTES COMPLIQUÉES
ne pnutpas distinguer le foie d'avec la tumeur , et la matilé se
continue jusqu'.iu-dessous de la quatrième côte. On sent dis-
tincleiiicul de la Iluctuation dans la tumeur.
ToutPS ces explorations se font sans douleur. Les urines sont
chargées d'vme assez grande quantité de pus jaunâtre ; l'excré-
tion de l'urine n'est ni plus fréquente, ni plus douloureuse que
dans l'état naturel. La respiration est naturelle.
Le pouls n'est pas fébrile; la malade ne ressent de douleur
dan.s la tumeur que de temps à autre- Depuis un mois, elle a de
la diarrhée et des coliques; elle rend des matières glaireuses.
L'appétit s'est conservé; la malade a maigri. Le lo avril, la tu-
meur est plus douloureuse ,.:i^.urtout vers sa partie antérieure
{Quinze sangsues ; cataplasmes). Soulagement. Le i3, tension
plnsconsidérabie dansla tumeur, douleur limitée à la partie an-
térieure sous le rebord des fausses côtes. Le t5, la tension est
encore considérable. Le j6, elle a diminué ; la malade dit avoir
rendu beaucoup plus d'urines purulentes que les jours précé-
dens. Elle n'a paspris debains; elle croit avoir remarqué qu'après
chaque bainla tumeur augmentait de volume. Le 1 7, la douleur,
qui a disparu en avant, semble contournfr le rein en arrière
( Vingl-cinq sangsiics sur la région du rein droit). Le ao, l'u-
rine a été abondante ; la tumeur paraît moins rapprochée de
l'ombilic, et elle semble s'être éloignée de la crête iliaque. C'est
la deuxième fois que la tumeur a diminué de volume après des
urines abondantes. La malade n'a plus de diarrhée; elle souf-
fre moins de sa tumeur depuis les applications de sangsues. Le
pus s'accumule pendant quelques jours ; la tumeur devientplus
tendue, et la tension ne cesse que quand les urines et le pus
s'écoulent en plus grande quantité.
Celte distension du rein , accompagnée de douleurs vives
avec fièvre , se reproduisait fréquemment ; la santé générale de
la malade s'altérait chaque jour. Je pensai à donner issue à la
matière purulente contenue dans la tumeur.
Le 22 avril, après avoir appliqué un morceau de sparadrap
de dinchylou gommé, présentant une fenêtre de huit lignes de
haut sur une et demie de large, à la partie postérieure de la
tumeur, en dehors du muscle carré des lombes, entre la dernière
DE PÉRITONITE.
côte et la crête de l'os iliaque, on y mit une traînée de potasse
caustique, de manière à faire une escliare allongée de haut en
bas, à cinq travers de doigt en dehors des apophyses épineuses
et à deux travers de doigt au-dessus de la crête iliaque. Le 23,
l'eschare est formée. Le 24, la malade se plaint de coliques avec
diarrhée. Le aS, douze garderobes {dojize sangsues à l'anus).
Douleur dans la portion gauche du ventre. Le 27, la diarrhée et
les coliques ont cessé. Le 29, on fend l'eschare dans toute sa
longueur j dans le fond delà plaie on place quelques grains de
potasse caustique. Le 5 mai , on fend l'eschare; troisième ap-
plication de potasse; le 6, quatrième application; te 7 , cin-
quième application. Le 8, la mabde a beaucoup souffert ( ca-
taplasme sur le côté). Le 9, douleur en avant de la tumeur à
cinq travers de doigt en dehors de la ligne blanche et sous les
fausses côtes. Le doigt appliqué sur la paroi abdominale donne
le sentiment d'un frottement avec crépitation.
La tumeur est très tendue ; six sangsues sur le point doulou-
reux j sixième application de caustique, sur les muscles mis à
nu. Le 12 mai, la tension est toujours considérable, les douleurs
très vives pendant toute la journée; les urines, plus chargées de
pus, deviennent assez abondantes : septième application de
caustique. Le i4, la malade accuse toujours de la douleur dans *
le côté droit, surtout en avant (huit sangsites sur le point
douloureux ) : huitième application de caustique. En fendant
l'eschare, il s'écoule beaucoup de sang.
Le i5, caillots au fond de la plaie; les bords en sont tumé-
fiés. La malade a ressenti hier des frissons pendant trois quarts
d'heure, ensuite elle a eu de la fièvre. Cependant les douleurs
abdominales sont moindres.
Le 17, neuvième application d'une petite quantité de po-
tasse. La première eschare qui a été fendue commence à se
détacher des lèvres de la plaie. La malade éprouve, presque
aussitôt après l'application du caustique, une douleur très
violente dans la région du rein droit, avec refroidissement dans
la cuisse droite. Dans la nuit, elle a eu un mouvement fébrile.
Les i8 et 19, frissons vagues sans que le ventre soit très dou
loureux ; pouls fort et fréquent. Le 20, depuis hier à onze heu-
l5o PYlîLITïïS COMPLIQUÉES
res du soir, douleurs très violentes dans le ventre; frissons
toute la nuit; puis, chaleur; nausées que la malade attribue
à h mauvaise odeur du pus qui s'écoule de la plaie du dos. Elle
accuse, en outre, des douieurs comme des jpoints de côlè. Les
bords de la plaie sont affaissés (elle n'a que sept lignes de pro-
fondeur). En mettant un doigt dans le fond de la plaie et en
chercbant à constater la fluctuation dans la tumeur, on ne
la sent pas très distinctement : dixième application de deux
grains de potasse vers l'angle inférieur de la plaie. Le 521 mai,
la malade est très agitée; elle se plaint continuellement; elle
n'a pas dormi; elle a toujours de la fièvre. La nuit, elle a
eu des frissons ; la tumeur est visiblement affaissée ; les linges
des pansemens sont salis par du pus noirâtre qui s'est écoulé
de la plaie dont les escbares se détachent. Beaucoup de gaz
dans les intestins. La tumeur paraît se prolonger moins en
bas. Les urines n'ont pas été plus abondantes, ce qui porterait
à penser que la tumeur a pu s'ouvrir dans le tissu cellulaire
sous-périlonëal.
La difficulté de respirer est extrême; tous les mouvemens
du tronc sont douloureux ; la dilatation de la poitrine surtout
arrache des cris à la ma\&àe {saignée).
Le 25, douleur et fièvre toute la nuit, anxiété; la saignée
n'a pas procuré de soulagement. Le pouls est régulier, rapide,
Ï30 pulsations par minute; la respiration difficile ()3 sang-
sucs sur le ventre). Les douleurs sont plus fortes si la malade
parle ou si elle respire largement.
Le a3, les bords de la plaie ne sont plus tuméfiés, les linges
ne sont plus mouillés par le pus ; soif excessive. Les douleurs
sont toujours les mêmes; raatité au bas de la poitrine, res-
piration courte; la malade n'ose dilater la poitrine (124 pul-
sations par minute); le soir, pouls très petit, peau froide.
Depuis deux jours la quantité des urines n'a ni diminué ni
augmenté, et la tumeur n'a pas repris son volume ordinaire.
Le côté droit est toujours bombé en dehors et en arrière.
Mort, le 23 mai, à huit heures du soir.
Autopsie du cadavre. — Etat extérieur. Maigreur ; ventre
ballonné. — Tête. Le cerveau et le cervelet ne présentent pas
DE PÉRITONITE. l5l
à'ahération. — Poitrine. Les deux plèvres contiennent un li-
quide trouble, jaunâtre, avec des flocons albumineux; un
demi- litre dans le côté droit, un peu moins dans le côté
gauche ; lymphe plastique sur la portion diaphragmatique de
la plèvre , presque à la base des poumons. Les poumons, cré-
pitans, présentent seulement un peu d'œdème à la partie posté-
rieure.
Le péricarde contient un peu de sérosité transparente , sans
flocons; le volume du cœur est naturel; l'épaisseur des parois
du ventricule gauche est considérable.
Aidomen. Le diaphragme est refoulé très haut, à droite, jus-
qu'au bord supérieur de la quatrième côte. Le péritoine con-
tient du pus dau s les hypochondres et dans lejbassin; sur quelques
points, dépôt de fausses membranes; sur d'autres, adhérences
plus ou moins récentes. Le foie descend très bas, jusqu'au
niveau de l'ombilic; le cœcum et le colon ascendant sont dis-
tendus par des gaz; le colon transverse s'infléchit vers le
pubis, puis remonte vers l'hypocondre gauche; le colon des-
cendant se trouve logé, comme à l'ordinaire, dans le flanc
gauche j l'estomac se montre sous le rebord des fausses côtes
gauches et s'engage sous le foie; la masse des intestins grêles
est en partie dans le petit bassin , en partie dans le milieu du
ventre , recouverte par le colon transverse, qui est infléchi, et
en grande partie refoulé vers le flanc gauche.
Dans le flanc droit, qui est encore bombé, on voit la tu-
meur formée parle rein. Après avoir enlevé l'estomac, en dé-
truisant quelques adhérences qui l'unissent au foie, on retire
du ventre les intestins grêles, dont quelques parties sont roses
et injectées, puis le colon iliaque, le colon descendant
et le transverse. On constate que le rein dilaté ne s'est pas
ouvert dans le cœcum. Après avoir détruit les adhérences
légères de la pOche rénale avec la partie postérieure et ex-
terne du cœcum et du commencement du colon, on l'isole avec
le doigt, on détruit les adhérences qui unissent le grand lobe
du foie avec la partie supérieure du rein droit.
En avant, la tumeur n'est pas adhérente à la paroi abdomi-
nale ; immédiatement sous le rebord des côtes et dans le point
iSa PYlîLITlS COMPLIQUlîES
correspondant à celui où l'on sentait, pendant la vie, une cré-
pitation, elle présente une fausse membrane un peu plus large
qu'unépièce de cinq francs, et d'une ligne à-peu près d'épaisseur.
Tout- à-fait au-dessous, la tumeur est en rapport avec la paroi
abdominale. L'extrémité inférieure de la tumeur est logée dans
la moitié supérieure de la fosse iliaque. Cette tumeur a de haut
en bas cinq pouces, et transversalement trois pouces trois quarts.
En haut et en arrière, elle se trouve appuyée sur la dernière
côle; en bas, elle descend à un demi-pouce au-dessus du dé-
troit supérieur du bassin, à deux pouces de l'épine iliaque an-
térieure et supérieure, et à trois pouces de l'arcade crurale.
Le rein gauche est tout-à-fait à l'état naturel. L'uretère
gauche est sain et sans injection.
La vessie contient un grand verre d'urine chargée de pus;
son col est très injecté et présente quelques petites vésicules du
volume d'une tête d'épingle, entourées d'unpetit cerclenoirâlre.
Autour de la tumeur le tissu cellulaire est dense et verdâlre.
Il s'écoule du rein , largement ouvert, une grande quantité de
pus contenu dans des loges qui communiquent entre elles
par l'intermédiaire du bassinet. Le bassinet, assez petit,
est rempli, presque en entier, par un calcul , ayant plusieurs
embranchemens courts, dans les calices, remplis de pus.
La substancemamelonnéeestafFaisséeetatrophiée. Lerein est
réduit en une poche purulente, multiloculaire. Le tissu cellu-
laire extra-rénal est en quelques points épais de trois lignes, et
dans la scissure contient beaucoup de graisse; l'uretère est
plus gros qu'à l'ordinaire et ses parois sont épaissies.
Le foie adhérait par sa face convexe au diaphragme, au
moyen de fausses membranes un peu plus anciennes que celles
qui unissaient sa partie inférieure avec la tumeur; il était
volumineux ; son grand lobe avait sept pouces de hauteur et le
moyen cinq pouces et demi; son diamètre transversal était de
sept pouces; son tissu était sain. La rate présentait de petites
plaques cartilagineuses à sa surface. Le pancréas était sain. La
membrane muqueuse de l'estomac, du duodénum, des intestins
grêles et du gros intestin, ne présentait ni rougeur, ni injec-
tion , ni ramollissement. La matrice était saine.
d'affections cérébrales.
i53
:oi. Rapports de la pyélUe calcnlense avec les affections
du système nerveux.
On a vu des phénomènes apoplectiques (i) (Obs.xxiii), èpi'
lepliques h), le délire (3) , les convulsions (4) et même une lié-
morrhagie cérébrale (5) (Obs. xxiv) , ou enfin la paralysie (6) ,
survenir dans les cas de pyélite calculeuse; on a vu aussi,
comme je le montrerai plus lard, de semblables accidens se
montrer dans des cas d'hydro-néphrose ou d'atrophie des sub-
stances rénales par suite du développement d'un grand nom-
bre de kystes. Thomas Bartholin et Baglivi (7) ont vu des
afFections calculeuses des reins produire des hémicrânies re-
belles. On a vu aussi se produire, dans de semblables condi-
tions, d'autres accidens nerveux, la manie suicide (8), etc.
Willis rapporte que chez une femme qui rendait depuis
(i) M. honnafoni {Mémoire sur quelques modes de dégénérescence du tissu
des reins. Recueil de mémoires de méd., dechir. et de pharm. militaires, in- 8, vol.
zxzix, p. S27, Paris, i83o) rapporte trois cas de pyélite du côté gauche,
dont une arec hémorrhagie dans le ventricule gauche du cerveau. ^oye2 aussi :
Bouet (Th.). Sepulcretum, Vih. i, sect. xi, obs. i,xr. — Littre. Hist. de VAc.
des sciences, 1702, pag. 34.
(i) Lamotte, Chirurgie, obs. clxxiv. — Bonet. Sepulcr., lib. i , sect. 12,
obs. XIV. — Essais d'Édimbourg , vol. 11, p. 23, trad. allem. — Harder.
Apiarium,, obs. lxxviii.
(3) Schenck cite [Delithiasi renum, Symptomata. Op. cit., p. 45o) un cas
de calcul rénal dans lequel le symptôme le plus saillant était le délire.
(4) Tulp. Ois. medic, lib. 11, obs. XLV. — Bonet. Sepulcr., lib. i, sect. i3,
obs.xxxr. Fojrez plus loin : Obs. xxtv.
(5) Bonnafont. Lieu cité. — Willis. Opéra omnia. De anima brutornm.
Paralysis. — I;^.4, Amstelodami, tom. 11, p. i58.
(6) Lemaitre {Sur une quantité très considérable de pierres, rendue tant par les
urines que par les selles. Juurn. de Méd., tom. xvil, p. 173), cite un cas dans
lequel une malade, Agée de 18 ans , éprouva des accès d'hystérie, des con-
Tulsions, une hémiplégie, etc., et qui furent combattus par des purgatifs, des
Tesieatoires, eic. Ce cas est vraiment très remarquable, surtout si, au milieu
d'accidens réels, il n'y en a pas eu de simulés.
{:) Baglivi. Opéra omnia, in-4. Lugduni, 1745, p, 387.
(8) Schurig. Z,,Mofog,a,p. 295. _ Eggert in Rusts'. Magazin,B. x^Tiii,
H. 3, S, 427.
l54 PY^LITES COMPLIQUIJES
long-temps une urine sanguinolente et purulente, il survint
dans la région rénale gauche une tumeur qui s'abcéda et se
transforma en un ulcère fistuleux. Après deux ans de souf-
frances, cette femme mourut avec des symptômes à'apoplexïe,
le quatorzième jour d'une suppression d'urine; le rein gauche,
entièrement atrophié, était |réduit à sa simple membrane; le
rein du côté opposé était rempli de sable et de calculs, et l'un
d'eux était engagé dans l'uretère.
M. Brodie (i) rapporte qu'un homme, âgé de 64 ans, sujet aux
calculs rénaux, qui étaient habituellement excrétés par l'u-
rèthre , fut pris d'une de ses attaques ordinaires. Cependant
la douleur continua après l'attaque avec la même intensité, etle
malade n'urina pas. On introduisit une cathéter à plusieurs
reprises dans la vessie, et il n'en sortit point d'urine. Le
malade tomba dans un état comateux et mourut dans une at-
taque de convulsions onze ou douze jours après le commence-
ment des accidens. A l'ouverture du cadavre on ne trouva
point d'urine dans la vessie. Il y avait plusieurs calculs dans
un des reins,- l'autre n'en contenait pas, mais un calcul , gros
comme une fève, était comme enclavé dans la partie supérieure
de l'uretère.
M. Abercrombie (a) raconte le cas d'un homme , âgé de
70 ans, qui, après avoir éprouvé une ischurie complète, mou-
rut quelques jours après dans un état comateux. La vessie et
les deux bassinets contenaient plusieurs calculs. Enfin Dance(3)
a observé, chez un homme atteint d'un ramollissement du cer-
velet, et qai avait éprouvé des attaques épileplifornes, un cas
d'oblitération de l'uretère gauche suivi de la dilatation et de
la suppuration du bassinet et des calices du rein, correspon-
dant. Le rein du côté opposé était sain et double de son volume
ordinaire. L'urine rendue pendant la vie et celle qui fut trou-
vée après la mort dans la vessies , étaient naturelle^ non char-
gées de mucus, de pus ou de sang.
(1) Brodie. Lectures on the diseuses of tlie urinarjr organs , page 188.
in-8. Londou, i832.
(2) Edinb. Med. and Surg.Joum. vol. xvii, pag. 217.
(3) Archives générales de Médecine, tom. xxix, p. i65.
ma
d'apoplexie nerveuse. i55
§ 702. J'ai déjà cité tant de faits qui démontrent l'influence des
aladies de l'urèthre, de la prostate et de la vessie sur le déve-
loppement de la pyélite et de la néphrite, queje me serais abstenu
de rapporter l'observation suivante , si elle n'offrait quelque
intérêt à d'autres égards. Je veux parler de la promptitude de
la mort à la suite d'accidens nerveux simulant un coup de sang.
Obs. XXIir.— Deux fausses routes dans le canal de l'urèthre; engorgement de
la prostate; hypertrophie de la membrane musculaire de la vessie; nom-
breux calculs dans la vessie; rétention d'urine ; dilatation de l'uretère
gauche; pyéUte avec dilatation et perforation au-dessous de la membrane
fibreuse du rein.
En 18 3a, je vis, dans le service de mon collègue Ler minier,
un malade sur le compte duquel on obtint peu de renseigne-
mens. Seulement on nous fit observer qu'il allait habituellement
^hez un chirurgien se faire sonder, et qu'il avait eu, le jour
même de son admission à l'hôpital , un coup de sang ; il mourut
le lendemain matin, et M. le docteur Pagès, interne du service,
fit l'ouverture du corps en ma présence.
Le calibre du canal de l'urèthre ne paraissait pas notable-
ment rétréci , et cependant il y avait deux fausses routes, qui
partaient de la portion membraneuse pour se porter du côté
gauche vers la prostate. Cette glande , deux fois plus volumi-
neuse que dans l'état sain , avait probablement été une des
causes de la rétention d'urine , à laquelle on nous dit que cet
homme était sujet.
La vessie, très volumineuse, était distendue par l'urine; ses
parois avaient une épaisseur quatre fois plus considérable que
celle de l'état sain. La membrane péritonéale était saine;
la membrane muqueuse était d'un rouge violacé. La couche
musculeuse, dont la couleur était celle de la chair de veau, avait
presque l'épaisseur d'une matrice à quatre mois.
L'intérieur de la vessie contenait un très grand nombre de mor-
ceaux de calculs, comme des éclats de pierre brisée (nous avons
• soupçonné qu'on avait pratiqué la litholritie sur ce malade).
L uretère gaiiche, gros comme un intestin grêle, présentait in-
térieurement des brides transversales qui simulaient des valvules.
Le tissu cellulaire voisin de la partie inférieure du rein
l56 PTÉLITES COMPLIQUÉES
gauche et du colon descendant était infiltré de sang; la couclie
celluleuse extérieure du rein présentait la même altération.
Le bassinet était très distendu par une urine trouble, blan-
che, épaisse, contenant du sable gris,- sur les côtés et au-dessous
de la membrane fibreuse décollée et épaissie, on sentait un
abcès. Ce foyer purulent communiquait par une fistule avec la
cavité du bassinet. Dans plusieurs pointa de la substance cor-
ticale existaient de petits points noirâtres qui correspondaient
à des points enflammés plus profondément situés. Les mame-
lons étaien». complètement affaissés par suite de la destruction
du bassinet.
Le foie et les organes digestifs étaient sains. L'uretère du côté
opposé est plus volumineux que dans l'état ordinaire. Le rein
droit était sain. Les poumons, le cœur et le cerveau étaient
sains. Cet homme était bien constitué. ,
§ 7o3. L'observation suivante recueillie par un de mes an-
ciensclèves, M. le docteurLenepveu, est un exemple plus remar-
quable encore de pyélite calculeuse latente, terminée brusque-
ment par la mort. J'ai vu et examiné les pièces anatomiques.
Oas. XXIV. — Pyélite calculeuse, latente; calcul énorme dans le rein gau-
che, complètement atrophié et transformé en une espèce de coque; calcul
dans le rein et dans l'uretère du c6té droit; hémorrhagie dans la
cavité de l'arrachnoïde ; convulsion; paralysie; mort.
M. V. , âgé de 60 ans, entra le 3 1 mars 1 836 , à dix heures , à
la Maison royale de Santé (service de M. Hervey de Chegoin) ,
et y mourut le même jour, à neuf heures du soir.
Ce malade, d'une constitution robuste , avait toujours joui
d'une bonne santé ; sa femme dit qu'il avait eu , il y a dix ans ,
une névralgie sciatique , dont il avait été guéri proinptement,
et qu'il rendait parfois de petits graviers avec les urines. De-
puis quelques mois, il éprouvait des tintemens d'oreille et des
étourdissemens à la suite desquels il avait fait plusieurs chutes.
Quelques douleurs éprouvées dans la région des reins ne
l'avaient pas empêché de se livrer à ses occupations habituelles,
lorsque , il y a trois semaines, il fut pris de maux de tète plus
violens que de coutume et de difficulté à uriner, et fut obligé
d'apoplexie méningienne. i57
de s'aliter. Un chirurgien le sonda et ne trouva rien de parti-
culier dans l'urèlhre ni dans la vessie. Pendant quinze jours, le
malade semblait mieux , lorsqu'il y a trois jours, il a éprouvé
des mouvemens convulsifs (5az</nee,- do^ize sangsues dans les
gouttières dorsaleset lomhaires). Gel homme était privé de con-
naissance, ne répondant point aux questions qu'on lui fai-
sait.
Le 3i mars, jour de son entrée à la Maison de santé, on re-
marqua des mouvemens convulsifs dans les muscles de la face,
et une paralysie du mouvement et du sentiment dans la moitié
droite du corps. La respiration était embarrassée et bruyante ;
la région de la vessie était tendue. La calhétérisme donna issue
à huit onces d'urine trouble et jaunâtre ; un demi-verre de pus
grisâtre et fétide se déposa au fond du vase. A huit heures du
soir, respiration trachéale j extrémités froides; mort à neuf
heures.
L'autopsie du cadavre fut faite vingt-quatre heures après la
mort. Un coagulum sanguin , étendu en nappe, dans la cavité
de l'arachnoïde , recouvre , en grande partie, la convexité du
lobe postérieur de l'hémisphère gauche du cerveau; un peu de
sang liquide et un autre petit caillot existent dans la scissure
de Sylvius. Deux onces de sérosité s'écoulent des ventricules
cérébraux et du tissu cellulaire sous-arachnoïdien. Point de
foyers récens ni de traces d'anciens foyers apoplectiques dans
la substance cérébrale.
Les deux poumons sont fortement engoués et réunis aux
parois de la poitrine par des adhérences anciennes. Le ventri-
cule gauche du cœur est hypertrophié ; les cavités droites sont
unjpeu dilatées; l'appareil digestif est sain.
Le rein gauche , transformé en une coque fibreuse , contient
un énorme calcul (Atlas, Pl. xii.fig. 5,6, 7,) adhérent à la mem-
brane interne du bassinet et des calices; deux autres petits
calculs floltans dans la cavité des deux calices ; un petit calcul,
gros comme une lentille , est arrêté à l'embouchure de l'ure-
tère droitdans la vessie (Atlas, Pl. lui, fig. 4). Un cinquième
calcul, gros comme une amande existe, dans le bassinet du rein
droit; ce rein, considérablement hypertrophié, offre, à sa sur-
l58 PYÉLTTES COMPLIQUÉES
face, quelques plaques blanches , laiteuses et plusieurs petits
kystes; l'uretère du même côlé est dilaté; le rein gauche
offre plusieurs foyers de pus logés dans de petites cellules dis-
tinctes, et qui ont pris la place des substances tubuleuse et
corticale détruites,
704. La fréquence des maladies des voies urinaires est telle
dans la vieillesse qu'on ne devrait jamais négliger l'examen de
l'uriue et l'exploration des voies urinaires ; faute de cet examen,
des lésions plus ou moins graves passent inaperçues :
Obi. XXV. — Inflammation pseudo-membranense de la vessie et du bassinet
du rein droit cbez une vieille femme ; mort subite.
Fontaine, âgée de 79 ans, sans état, et depuis long-temps à la
charge du bureau de charité, demeurant à Paris, rue des Pe-
tites-Boucheries , fut admise à l'hôpital de la Charité les pre-
miers jours de janvier i836, à six heures du soir, et mourut
suMlement le lendemain à midi. Cette vieille femme étant, en
apparence peu malade le soir au moment de sa réception, et sa
faiblesse paraissant expliquée par son grand âge, l'urine ne fut
point examinée, et les lésions de la vessie et du bassinet ne fu-
rent point soupçonnées.
Autopsie du cadavre. — Tête. Infiltration très notable de sé-
rosité entre les membranes du cerveau, dont les circon-
volutions sont très humides ; épanchement de sérosité dans
les ventricules. Toute la substance cérébrale est mouillée.
Poitrine. Poumons fortement engoués, d'un rouge noirâtie,
surtout le droit. Deux ou trois adhérences fort légères au som-
met des poumons. Cœur volumineux; caillots dans les oreil-
lettes ; valvule auriculo-venlriculaire droite présentant quel-
ques points cartilagineux ainsi que d'autres points blancs et
durs ; ventricule droit légèrement hypertrophié ; le ventricule
gauche n'offre rien de remarquable, si ce n'est une carlilagini-
fication moins prononcée de la valvule. Les valvules aorti-
qucs sont saines ; la substance du cœur est généralement assez
molle; le péricarde offre quelques adliérences et une plaque
blanche de la largeur d'une pièce de vingt sous. L'aorte est
saine.
DE RA.MOLLISSEMENT DU CERVEAU. iSg
Ahdomen.¥oie sam;ratelie de vin, un peu ramollie, volume
moyen. La substance corticale des reins, peu consistante, est
criblée à la périphérie de petits kystes d'un bleu noirâtre et du
volume de grosses têtes d'épingles. Dans le rein gauche, kysle
à coque cartilagineuse, à parois d'une ligne d'épaisseur, jau-
nâtre, de la grosseur d'un œuf de pigeon, contenant une séro-
sité jaunâtre. La membrane muqueuse du bassinet et des calices
est d'un, rouge assez vif et parsemée de fausses membranes. Les
tuniques de la vessie sont épaissies; la membrane muqueuse
présente, comme le bassinet, de la rougeur et de fausses mem-
branes. Plusieurs sont flottantes au bas-fond de cet organe.
Les autres organes dans l'état sain.
§ 7o5. La coïncidence de la pyélite avec une lésion du méso-
céphale était-elle , dans le cas suivant, un simple effet du ha-
sard? ou bien, par suite de l'affection cérébrale, l'excrétion
de l'urine se faisant avec moins de liberté , sa rétention incom-
plète a-t-elle été la cause de l'inflammation des bassinets ?
Dans cette hypothèse, pourquoi la vessie ne s'est-elle point
enflammée par le même mécanisme ? La pyélite a-t-elle pu être
la conséquence d'une ancienne infection syphilitique ?
Obs.XXYI Pyélite chronique cliez une femme paralytique atteinte d'un ra-
mollissement d'une partie du côté gauche du mésocéphale.
Baudin , ouvrière en linge , âgée de 5o ans , entra à l'hôpital
de la Charité le 12 janvier 1837, pour s'y faire traiter d'une
paralysie incomplète du bras et de la jambe du côté droit.
Cette femme, brune, d'une haute stature, d'un embonpoint
médiocre , a été hydropique pendant quelques mois, à l'âge
de 25 ans. A part plusieurs affections vénériennes, elle a
joui ; jusque dans ces derniers temps, d'une bonne santé. Il y
a dix mois qu'elle a cessé d'être réglée. Depuis huit mois, elle
éprouve des douleurs de tête violentes qui ont été combattues
par des émissions sanguines.
Dans la nuit du 8 janvier, elle fut prise subitement d'une
attaque dans laquelle elle ne perdit pas complètement connais-
sance. Aujourd'hui , elle ne prononce les mots qu'avec beau-
coup de peine , et cependant les mouvemena de la langue s'exé-
l6o PYÉLITES COMPLIQUÉES
cutent facilement. Il n'y a pas de paralysie sensible des mus-
cles de la face. Le bras droit peut s'éloigner du tronc, et la
main se porter à la tête. Les doigts médian et annulaire sont
légèrement paralysés. La jambe du même côté peut exécuter
quelques mouvemens , mais la marche est impossible. Point de
paralysie de la vessie ni du rectum. Sensations particulières
dans les membres incomplètement paralysés. Amaurose pres-
que complète des deux yeux depuis huit mois. Quelques cica-
trices syphilitiques sur différentes parties du corps.
La malade fut saignée , et les jours suivans elle prit del'eaa
de Sedlitz, des lavemens purgatifs et des pilules d'Anderson.
Le 27 du même mois, à trois heures, nouvelle attaque; la
malade ne peut plus parler ; impossibilité de lui faire ouvrir
la bouche et tirer la langue. Pas de fièvre; on ne peut savoir
si elle souffre ; la sensibilité générale est conservée , et les si-
gnes que nous fait la malade montrent que l'intelligence n'a pas
notablement souffert {Saignée d'une livre; lavemenl purgatif).
Le lendemain , mêmes symptômes ; en outre , gémissemens
et cris continuels; évacuations des matières fécales dans le lit,
la malade ne pouvant former une phrase, appeler la veilleuse
Sangsues derrière les oreilles ; huile de ricin).
Le soir, la malade est plus abattue ; la respiration s'embar-
rasse. Mort le lendemain à six heures du matin.
Autopsie du cadavre. — Tête. Du côté gauche de la protubé-
rance annulaire , près de la ligne médiane, un point de la sub-
stance cérébrale, du volume d'un grain de cassis, était jauttt
et ramolli; cette altération se prolongeait en stries dans la
substance cérébrale voisine, qui était saine. Nous ne décou-
vrîmes aucune autre altération, ancienne ou récente, dans les
deux hémisphères du cerveau. Le cervelet était sain.
Abdomen. La membrane muqueuse du bassinet du rein gau-
che, épaissie et blanchâtre, était couverte d'un mucus épais,
mêlé de pus , qui formait à sa surface une couche assez uni-
forme. La membrane muqueuse du bassinet du rein gauche
était très rouge et très injectée. Quant au tissu propre des
reins , il paraissait sain. Les uretères et la vessie n'offraient ni
rougeur ni épaississement.
DE LÉSIONS DU CERVELET. l6l
70G. Il est très probable que, dans le cas suivant, la lésion
du cervelet a été la source première des accidens ; que l'espèce
de kyste que nous avons rencontré dans cet organe, s élail
formé à la suite d'une héraorrhagie ; et que les lésions des
voies urinaires, notamment la pyélite, ont été consécutives a
l'affection du cervelet. Toutefois, il est constant qu'il y avait,
dans les voies urinaires, des altérations propres à un état in-
flammatoire aigu et d'autres altérations, telles que la teinte
ardoisée de la membrane muqueuse, l'atrophie et l'induration
du rein gauche, qui étaient la conséquence d'une inWajnma-
tion chronique très ancienne. El à en juger par la nature des
premiers accidens connus, et par les caractères des lésions ob-
servées après la mort, on peut penser qu'il y a eu altei-native-
ment et réciproquement inûuence du cervelet sur les voies
urinaires, et des voies urinairessur les centres nerveux.
Obs. XXYIl. — Céphalalgie ancienne; perversion ,puis abolition de l'intelli-
gence; paralysie des raenibrcs inférinirs, du rectum et de la vessie; ré-
tention d'urine; urine alcaline et brune ; mort. — Kyste du volume
d'une noix dans le cervelet ; inflammation chronique de la vessie, de la
membrane du bassinet et de celle des calices ; destruction de la sub-
stance rénale.
D... (Marie-Françoise), âgée de 4" ans', entra le 16 sep-
tembre 1839, à l'hôpital de la Charité. Elle avait toujours joui
d'une bonne santé, jusqu'au mois de juillet tSS;. A cette épo-
que, elle commença à éprouver des douleurs de tête qui ont
toujours existé, depuis lors, à un degré plus ou moins prononcé.
Toutefois, cette femme, extrêmement maigre et dont la consti-
tulipn est profondément altérée, n'accusait d'autre souffrance
que cette céphalalgie continuelle, qu'elle attribuait à des fatigues
et à des veilles prolongées. Elle passait une partie de la nuit à tra-
vailler pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa nombreuse
famille. Depuis huit mois , elle éprouvait des étourdissemens,
des vertiges, toutes les fois qu'elle faisait le plus léger mouve-
ment. Depuis ce temps-là, elle a gardé un repos absolu. Le mal
a fait des progrès ; des applications de sangsues aux apo-
physes mastoides, des vésicatoires à la nuque, ont été employés
l6!2 PYÉLITÈS COMPLIQUl^RS
sans soulagemfin l. Enfin, cette femine affirme qu'elle était arrivée
au point de n'être plus capable de veiller aux soins de son
ménage , soins qu'elle prenait autrefois avec empressement. Ce
fut avec beaucoup de peiiie qu'elle put nous donner ces rensei-
gnemens. Ti y avait de l'hésitation dans ses réponses qui étaient
souvent interrompues ou incomplètes. Cette femme a conservé
l'usage des membres inférieurs et supérieurs, mais elle a
peinfe à soutenir sa tête, qui est ordinairement inclinée sur le
côté; ses yeux restent fermés, même lorsqu'elle parle, comme
si elle était douloureusement affectée de la lumière. Il y a un
peu d'embari'Es dans sa parole. L'appétit et le sommeil sont
h'vén conservés; point de cbaleur morbide à la peau : point de
mouvement fébrile ; garde-robes rares.
Elle resta, durant trois ou quatre jours, dans l'état que nous
venons de décrire, gardant le silence et l'immobilité la plus
complète {Limonade; twntouses scarifiées à la luique ; lave-
ment purgatif ) .
Le 20 septembre, la stupeur est plus prononcée, assoupisse-
ment presque continuel j de temps en temps la malade s'agite
et pousse parfois des cris aigus j elle délire toute la nuit « puis
elle retombe dans le coma {Limotiadc f vèsicatoirc à la nuque;
lavement purgatif).
Le 22, on sent un amas de matières fécales en pressant sur
léS parttis abdominales ; une goutte d'huile de crotbh tiglium ,
admittislrée en pilule, est rejetée par le vomissement.
Le lendemain 2 3, la même chose arrive, il y a aussi réten-
tion complète des urines depuis deux jours; la vessie, distendue,
foriWè une saillie à l'hypogâstre. Le cathétérisme donne issue à
Uilë pinte et demie d'urine alcaline et d'une odeur fortement
âtnmoniacale.
Le 25 séptembré, le coma continue, et alterne avec quelques
iristisn^ d'agitation, pendant lesquels la malade pousse des
cris. La constipation et la rétetation d'urine continuent ; la ma-
lade fest sondée deux fois par jour; l'urine est d'une fétidité
éxtrême et toujours alcaline ; la quantité en diminue, et les der-
lâî'ères pàrties de ce liquide extraites de la vessie sont d'uné
ctJuleur brun foncé.
DE LÉSIONS DU CÊRVËLET. î63
Le 20, les yeux sont toujours fermés; tes pupilles sont dila-
tées et immobiles; la tête est inclinée en arrière ou sur l'une
des épaules ; la langue est un peu sèche ; le pouls est déprimé
et un peu irrégulier; la peau est plutôt froide que chaude
{Limonade; lavement purgatif; tathètèrismc deux fois par
jour; diète).
Le 27 , hypogastre sensible à la pression ; douleur vive
pendant le calhétérisme ; urine très fétide, alcaline, d'un brun
foncé et très épaisse.
Le aS, la résolution des membres inférieurs est complète ; la
malade pousse des géraisseraens quand on l'excite ; dans la
soirée , la paralysie devient générale , et la malade meurt le ag
septembre.
Autopsie du cadavre, — Ahdomen. Le péritoine est générale-
ment sain, excepté dans la région sous-ombilicale, oii le paquet
intestinal adhère au mésentère et au sommetde la vessie. Celle-
ci, très développée, fait saillie de deux à trois pouces au-dessu»
du pubis. Ses parois, quoique très distendues, ont une grande
épaisseur. La membrane interne de la vessie est rendue ru-
gueuse et mamelonnée par un dépôt de fausses membranes
plus épaisses au bas-fond et à la partie antérieure de cet organe
qu'à sa face postérieure. Au-dessous de ces fausses membranes,
molles et blanchâtres , la membrane muqueuse a une teinte
d'un gris ardoisé. Le rein droit ne présente pas de lésion ap-
préciable. Le rein gauche, au contraire, remarquablement atro-
phié , est réduit aux deux cinquièmes d'un rein ordinaire ; sa
surface offre des inégalités, de petites poches remplies de pus
déposé dans les calices dilatés. Les substances tubuleuse et
corticale du rein ont presque entièrement disparu; entre l'en^
veloppe, fibreuse, épaisse et dense du rein et la membrane du
bassinet qui est aussi épaissie existe une cotiche d'apparence
adipeuse, et de trois à quatre lignes d'épaisseur. L'infundi-
buluin est très dilaté ; sa membrane et celle des calices sont
blanches, dures et comme fibreuses; une matière molle,
pâle , semblable à une gelée , remplit quelques-uns des calices
dilatés.
La membrane muqueuse digestive n'oflrc point d'altération;
l64 PYÉLITES COMPLIQUIÎFS
l'intestin et surtout l'iléon contiennent une grande quantité de
matières fécales dures et disposées eu chapelet.
Têle. La substance du cerveau est très ferme. Dans l'épais*
seur du lobe droit du cervelet, très près de la commissure qui
le réunit au lobe gauche, on voit une cavité capable d'admettre
une noix ordinaire et remplie d'un liquide séro-purulent et
jaunâtre. Les parois de cette cavité sont pourvues d'un kyste
qui isole complètement le liquide du tissu ambiant de l'en-
céphale. Le foyer repose presque immédiatement sur Ja face
supérieure de la moelle allongée , très près du quatrième
ventricule.
Poitrine. Les organes thoraciques étaient parfaitement sains.
§707. L'observation suivante est un exemple d'inflammation
aiguë de la vessie et des bassinets, consécutive à une rétention
d'urine déterminée par une affection du cerveau. J'ai déjà rap-
porté plusieurs cas analogues, mais dans aucun d'eux l'inflam-
mation n'était aussi nettement bornée aux bassinets et aux
calices.
Obs. XXVI II. — Depuis qu.itre aou douleurs viulcotcs dans tout le cAtc gaucbe
de 1.1 téte; soniDoteace; stupeur; cvacuntions involontnires de l'urine et
des matières féoalc»; mort. — Lésion organique du cerveau; mem-
brane interne des calices, du bassinet, dej uretères et de la Tes.sie, injectée
et enduite de pus.
Dubloz (Jeanne), femme-de-chambre, âgée de 44 ans, entra
à l'hôpital de la Charité, le 19 mars 1837. Cette femme, assez
bien conservée, d'un teint brun, d'un embonpoint médiocre,
a joui d'une bonne santé , jusqu'à l'âge de 4» ans. Il y a cinq
ans qu'elle commença à éprouver, dans le côté gauche delà tête
et dans la moitié correspondante de chaque mâchoire, jusque
dans les dents, des douleurs très vives qui revenaient fré-
quemment par accèf et n'avaient pas toujours la même inten-
sité. Pendant le cours de cette maladie aucune autre partie du
corps ne parut souffrir, et la menstruation resta régulière jus-
qu'au mois de janvier dernier. Plusieurs médecins avaient re-
gardé la maladie comme un tic douloureux ; aucun traitement
ne l'avait Boulogée. Maintenant les douleurs sont plus vives que
U£ lisions DU CERVEAU. l65
jamais ; elles arrachent des cris à la malade et ne lai laissent
plus de repos. La douleur ne suit pas exactement le trajet
des nerfs du crâne ou delà face. D'un autre côté, l'inlégrilé des
sens, des mouvemens et de rintelligence éloignaient l'idée d'une
maladie organique du cerveau. Une s.iignée fut pratiquée, et
seize grains de sulfate de quinine furent donnés dans l'inter-
mission des douleurs; pas d'amendemenl; la dose du sulfate de
quinine fut portée, dès le lendemain, à vingt-quatre grains.
La malade pleurait de temps en temps, lors même que la dou-
leur était le moins vive; la malade pleurait par un sentiment
de tristesse, et les larmes la soulageaient. Le sulfate de qui-
nine fut continué à )a même dose pendant seize jours ; la ma-
lade se félicita un moment de l'emploi de ce médicament,
mais bientôt les douleurs devinrent plus vives que jamais {Un
quart de grain de dalnra stramoninm).
Le lendemain, la malade parut plongée dans un sommeil
profond, dont il était difficile de la tirer (Un quart de grain de
stramonium, le soir). Lejour suivant, la religieuse nous ditque,
dans la journée, la malade lui avait parlé, qu'elle se trouvait
mieux et qu'elle avait mangé {Un qnart de grain de stramo-
nium, soir et matin).
Lestramonium fut suspendu le 9, et continué les 10, 11 et 12;
pendant ce temps, les symptômes restèrent à-peu-près les
mêmes. Il était difficile de faire parler la malade; par momens, il
y avait une sorte de stupeur. On cessa l'emploi du stramonium.
La malade est constamment assoupie : veut-on la réveiller,
elle murmure, et, après avoir ouvert les yeux un moment,
comme pour prier de la laisser tranquille, elle les referme bien-
tôt, et contracte énergiquement 1ns paupières. On a la plus
grande peine à lui arracher une réponse; mais celte réponse
est juste. On parvient à lui faire exécuter quelques mouvemens
des membres, mais elle y apporte la même lenteur et la même
insouciance que dans tous les autres actes.
La vessie, remplie d'urine, est vidée par la sonde; mais, les
jours suivans , l'urine est rendue involontairement, ainsi que
les matières fécales. Le pouls varie de 90 pulsations à 100.
Le 18 avril et jours suivans, la respiration s'embarrasse, et
l66 PYÉLITES COMPLIQUEES
la malade succombe le ao avril 1837. Les rubéfians , les
v4sicatoircs , les purgatifs, les excitans avaient été ein*
ployés daus les derniers temps de la maladie sans aucun
avantage.
Autopsie du cadavre, le 21, vingt-quatre heures après la
mort. — Etat extérieur, Bouffisure, de la face qui est légère-
ment violacée. La peau du corps est pâle. Embonpoint mé-
diocre; point d'œdème.
Tête. Les veines qui rampent à la surface du cerveau, surtout
celles du côté gauche, sont très injectées. Point de sérosité, ni
de lymphe plastique dans le tissu cellulaire sous-arachnoï-
dien. La pie-mère paraît plus adhérente à la partie antérieure
du cerveau que sur les parties latérales. Le cerveau a sa con-
sistance naturelle. Les ventricules latéraux contiennent envi-
ron deux cuillerées de sérosité transparente. Le droit paraît
plus distendu que le gauche. En dehors de ce dernier, à-peu-
près vers le tiers moyen de la face inférieure de l'hémisphère,
la substance blanche, ramollie, est contiguë à un foyer rempli
d'un liquide semblable à du pus, mêlé à de la matière céré-
brale, La pie-mère, dans ce point, adhère intimement à la sub-
stance cérébrale. Les parois du foyer, d'une dureté remarqua-
ble, ont plusieurs lignes d'épaisseur. La couleur de ces parois
est d'un blanc jaunâtre j quelques parties sont plus jaunes et
^•fimollies , d'autres sont injectées de sang. L'intérieur du foyer
est inégal. Au-dessous de cette couche purulente, on trouve une
membrane assez ferme. Dans la portion de la fosse latérale et
moyenne gauche de la base du crâne, et près de l'aile du sphé-
noïde, l'os est perforé. La cinquième paire n'est le siège d'au-
cune lésion. Les veines du cerveau et les sinus de la dure-
mère sont sains. Les ganglions lymphatiques du cou n'ont pas
augmenté de volume et ne sont pas altérés dans leur texture.
Poitrine. Le poumon gauche est un peu engorgé; les bron-
ches sont rouges. Le poumon droit est parfaitement sain.
Les valvules mitrales du cœur un peu plus épaisses que dans
i'çtat naturel, offrent, près de leur bord libre, plusieurs
points cartilagineux. Plusieurs plaques jaunâtres au-dessous
de la membrane interne de l'aorte.
DE MALADIES DE LA MOELLE ÉPINIÈRE. 167
AMomen. Le tissu des reins paraît sain; mais la membrane
interne du bassinet, des calices et des uretères est recouverte
par une couclie assez épaisse de pus. Débarrassée du pus par le
lavage, cette membrane offre une injection uniforme à mailles
assez serrées et quelques ecchymoses. La vessie, énormément
dilatée , surtout dans sou diamètre transversal, contient une
très grande quantité de mucus purulent, rassemblé à son bas-
fond; sa membrane muqueuse est généralement injectée.
La matrice est saine ; un kyste séreux de la dimension
d'une grosse noix dans l'ovaire gauche.
L'estomac, l'intestin, le foie et la rate sont sains.
Rapports de la pyèlUt avec les maladies de la moelle
épitiière.
§ 708. Les membres inférieurs sont souvent le siège d'un en-
gourdisscment considérable dans plusieurs maladies des voies
urinaires. M. Lallemand (i),dans ses observations sur les pertes
séminales involontaires , pertes qui coïncident très souvent
avec des lésions de l'urèthre et de la prostate , ou d'autres par-
ties des voies urinaires, a noté, dans un assez grand nombre
de cas , "que les malades étaient faibles ou vacillans sur leurs
jambes , qu'ils offraient enfin une paralysie incomplète des
membres inférieurs. M. Stanley (2) a rapporté plusieurs cas de
paralysie survenue à la suite de maladies des voies urinaires, et
notamment, de la néphrite , sans lésion matérielle de la moelle
épinière (§ 437). ,
Un jeune homme, à la suite d'une maladie intlammaloire dn
tube intestinal, souffrait, dit M. Amnion (3), tantôt d'une
constipation opiniâtre, tantôt d'un pissement de sang. Pli^s
tard, l'urine devint alternativement sanguinolente, et d'up
(1) hhllemiTià. Des peHes séminales involontaires, in-^,Va.rh, i836. '
(2) Stanley (Edward). Du rapport qui existe entre Pinflantmaiion des reins
et les désordres Jonctionnels de la moelle épinière et de ses nerfs {^Lnn^lon Mç(l;
chir. transactions, t. xviii, p. r, p. 260. — Archives générales de médeviite,
deuxième série, K v, p. gS).
(3) Preuss. medic. Zétung., iS'52, u. 6.
l68 PVliLlTES COMPLIQUJÎKS
jaune paille, mais épaisse. Vers la fm de sa vie, ce malade res-
scDtit des douleurs Irès violentes qui se répandaient dans la
jambe gauche; les extrémités inférieures élAienl j'o^rtilysècs ;
on trouva le rein gauche très volumineux et représentant une
masse lardacée, parsemée de nombreux tubercules.
J'ai observé un cas remarquable de paralysie chez une femme
atteinte d'une double pyélo-néphrile (Oiis. xxix). J'ai vu deux
aulrfs cas de ces paraplégies consécutives à des inflammations
des reins et de leurs conduils excréteurs, et qui se sont heu-
reusement terminés par guérison. Bien que ces observations
u'ap par tiennent pas aux simples pyélites, mais bien aux
pyélo néphrites , et plus particulièrement aux néphrites, je les
consignerai ici, la science ne possédant qu'un petit nombre
de faits analogues : le développement de maladies de la
moelle épinière el de paralysies, à la suite des maladies des
voies uriiJijires, est encore aujourd'hui un fait ignoré d'un
grand nombre de médecins.
0ns. XXIX. — Cyslitc chronique; pyélo-néiihritc aiguë du reiu droit; pytilo-
ncpliritc clironique du rein gaucLc; invasioa subite d'uue douleur très
îiigutf dans la région de I.T iiu)c!Ic opluièi c ; panilysie des deux mcuibrcs
■ inWricur.s, de la vessie et du rccUnn ; nifirt onze juur.s après l'invasion de
la paralysie; point do lésions matérielles appréeiable.s dans la niuelle
cpiuiére , dans le cerveau, ni dans les méninges céré))ralcs et rachi-
dienncs.
'''Maucelle (1 ,ouise), iîgée de 5o ans, polisseuse, l'ut admise à
l'hôpital de Ja Charité, le lo janvier iSSg.
Cette femme, d'une bonne constitution, d'un lenipéramenl
sanguin, dit qu'elle n'avait point eu antérieurement de raala-
dies graVes, mais qu'elle éprouvait assez fréquemment des mi-
graines. Depuis tïois ans , la malade a cessé d'être réglée.
Il y a vingt-trois ans, elle eut un accouchement laborieux
qui fut terminé parle forceps; depuis cette époque elle a sou-
vent eu de la difliculté à uriner, mais non d'une manière
cbntinue.
Le g janvier, à 8 heures du malin, elle jouissait d'une santé
parfaite, loisqu'elle ressentit |oul-à-coup une douleur liés
DE MALADIES DE LA MOELLE ÉPINJÈRE. l6g
vive dans toute la longueur de l'épine du dos, et surtout au
niveau des premières vertèbres dorsales. Elle éprouva en
même temps un violent étourdissement accompagné de rou-
geur de la face. Une frayeur subite s'empara d'elle, et une
conslriction douloureuse se fît sentir aux régions frontale et
temporale j cependant elle ne perdit pas connaissance; au
même instant une faiblesse remarriuable se manifesta dans les
membres inférieurs, et surtout dans la jambe droite; ses mem-
bres ne purent plus la soutenir ; elle fut obligée , pour éviter
une chute, de prendre un appui sur un meuble , et elle eut
beaucoup de peine à se metti'c au lit.
Les deux bras conservèrent la liberté des mouvemens. Elle
eut aussi des voinissemens très abondans. Elle se trouva
mieux lorsqu'elle l'ut couchée , mais la douleur dans les reins
continua et prit juème plus d'intensité; des founnillemens
dans les jambes, qui avaient précédé l'invasion de ces divers
symptômes, continuèrent aussi et furent remplacés par une
douleur assez aiguë. Cette femme passa ainsi tout le jour sans
recevoir de secours; à dix heures du soir un médecin fit une
large saignée. La nuit fut assez calme; le sommeil fui inter-
rompu pat des envies fréquenles d'uriner, qui ne pouvaient
être satisfaites. Déjà, vingt-quatre heures avant cette attaque,
elle n'avait pu rendre ses ui-ines.
Le 10, même état; suppression complète de l'excrétion des
urines et des matières fécales ; point de selles depuis trois
jours. Le soir à six heures elle était dans l'état suivant:
Visage pâle, air de souffrance, décubitus dorsal; tous les
nrouvemens du corps, si on excepte ceux des membres supé-
rieurs, provoquent de la douleur, surtout à la partie postérieure
du tronc ; la sensibilité des membres inférieurs est obtuse ; dans
le membre inférieur droit la paralysie du mouvement et du sen-
timent est presque complète. La malade ne peut se soulever, et
il faut la pincer très fortement pour éveiller la sensibilité de la
peau; le membre inférieur gauche peut encore se mouvoir, mais
avec peine ; la peau est aussi un peu plus sensible de ce côté ; la
vessie est distendue par l'urine; j'en retirai plus d'une pinte et
demie. L'urine est ammoniacale et bleuit le papier de tourne-
170 PyÉLITES COMPLIQUÉES
sol, rougi par un acide; elle conlienl beaucoup de globules mu-
queux ou purulens. La pression cause de la douleur, non-seu-
lement dans les deux régions lombaires, mais sur une grande
surface du dos et sur les parties latérales du racbis. Il n'y a
point de déviation, ni de déformation apparente de la colonne
vertébrale.
La langue est humide, un peu rouge à sa pointe; soif assez
vive; constipation dépendant, selon toute apparence, de la
paralysie du rectum • des envies de vomir et des vomissemens
de matières glaireuses ont lieu dans la soirée. Lesmouvemens
de la poitrine sont faciles; elle résonne naturellement, dans
toute son étendue, à la percussion ; l'expansion pulmonaire se
fait sans râle.
Le pouls, petit et serré, bat io5 fois par minute.
La nuit est assez calme.
Le iT,à la visite, la malade était dans le même étal que la
veille au soir {Ventouses scarifiées sur le trajet de la colonne
vertébrale; saignée de douze onces ; une bouteille dUcau de Sed-
lils ; eau de gomme édulcoréo, deux pots).
Le 12, la paralysie des membres inférieurs, celle du rectum
et de la vessie sont au même degré; la malade n'a pas éprouvé
le plus léger trouble des facultés intellecluelles. Le sang , tiré
de la veine, est couenneux; le caillot s'est formé en godet; la
nuit a été troublée par quelques quintes de toux {Saignée de
seize onces ; eau de gomme, deux pots ; cathétérisme).
Le i3 et i4} la paralysie, limitée aux mêmes parties, n'a pas
augmenté d'intensité ; mêmes symptômes que la veille; le sang
est encore couenneux ; le caillot, toujours en godet, nage dans
une grande proportion de sérum. Il y a eu pendant la nuit un
peu d'agitation ; râle muqueux dans les deux côtés de la poi-
trine ; point d'expectoration; gS pulsations par minute; point
de garderobe [Ventouses scarifiées sur le trajet de la colomie
vertébrale,- une bouteille d'eau deSedlitz; lavement purgatif;
eau de gomme; diète ; cathétérisme).
Le 14, les membres sont dans le même état de paralysie; la
respiration est devenue un peu laborieuse; la toux est continue,
sans être accompagnée d'expectoration; la peau est chaude et
I
DE MALADIES DE LA MOELLE ÉPINIÈRE. I7I
moite; le pouls donne 90 pulsations. La malade se plaint de
souffrir beaucoup dans le dos ; elle ne peut se mettre sur son
séant; une sensibilité vive à la pression et de nouveau consta-
tée sur les cinq premières vertèbres dorsales. L'appélit est nid.
Deux bouteilles d'eau de Sedlitz et un lavement purgatif, ad-
ministrés depuis le 10, n'ont point encore produit de garde-
robe. L'excrétion des urines est nulle; la malade est sondée deux
fois par jour, et chaque fois on retire une quantité considéra-
ble d'urine alcaline (Deux rubans vèsicans sur le trajet des
muscles sacro-lombaires ; une bouteille cCeau de Sedlitz ; limo-
nade).
Du 1 5 au 18, on remarqua peu de changement dans lesprin-
cipaux symptômes ; la paralysie des membres inférieurs n'a
pas sensiblement augmenté ; les membres supérieurs et l'intel-
ligence restent intacts; le ventre est ballonné, mat et très sensi-
ble à lu pression, dans la région hypogastrique, lorsque la vessie
est distendue. La respiration est anxieuse ; la malade tousse et
ne crache pas ; le visage et le tronc se couvrent de sueur ;
la pâleur de la face est assez prononcée.
Le 17, selle abondante et liquide , après une quatrième bou-
teille d'eau de Sedlitz ; l'urine s'écoule involontairement , elle
est alcaline {Nouvelle application de ventouses scarifiées sur le
rachis).
Les 19 et îo, paralysie complète du mouvement et du senti-
ment dans les deux membres inférieurs ; la paralysie gagne les
parties supérieures ; l'abdomen est très douloureux et ballonné;
la dilatation de la poitrine se fait avec peine; la toux s'éteint
par. faiblesse; les membres supérieurs se paralysent; la face
est très pâle et couverte de sueur; les traits sont retirés; le
pouls est petit, filiforme et fréquent ; les extrémités sont froides.
La malade ne répond que par signes aux questions qu'on lui
adresse {Limonade vineuse ; julep èthèré).
Le 21 janvier, face cadavérique; œil terne, immobile ; respi-
ration râleuse ; résolution du sentiment et du mouvement dans
les membres (lari/e vcsicatoire sur la poitrine).
Mort à quatre heures de l'après-midi.
Autopsiedu cadavre trente-six heures après la mort. — Elut
172 pyÉLlTES COMPLIQUÉES
exlèrieur. Maigreur et pâleur généjale sans lividité à la sur-
face du corps.
Appareil iirinaire. La vcssin est large et distendue par l'u-
rine ; les parois eu sont épaissies. Sur le Irigoue vésical, la mem-
brane muqueuse a une teinte bleuâtre ardoisée, très pronon-
cée; elle est parcoui ue par un grand nombre de veines vari-
queuses, gorgées de sang, et qui convergent vers le col de la
vessie. Autour de cette surface triangulaire, commence une
fausse membrane jaune, épaisse, adiiérente , qui recouvre
presiiue toute la membrane muqueuse de la vessie , à l'excep-
tion de sa face antérieure, qui est parcourue par un grand
nombre de vaisseaux.
Le rein droit, celui qui correspondait au membre complè-
tement paralysé, présente tous les caractères de la néplu-ite
aiguë; il existe sur ses faces antérieure et postérieure un grand
nombre d'arborisations et une multitude de petits points puru-
lens, jaunes, isolés dans quelques places, réunis dans d'autres
en petits groupes de quatre à six lignes de diamètre. La teinte
jaune, produite par ces dépôts de pus, est interrompue par
des stries rouges. Ces plaques purulentes font une légère sail-
lie au-dessus du niveau de la substance corticale voisine, et il y
a eu outre quelques dépressions à la surface du rein, et plu-
sieurs petits kystes dans sou épaisseur. Le bassinet offre une
vive injection rouge à l'angle supérieur delà scissure rénale,
oii l'on trouve, sous la membrane muqueuse du bassinet^ une
petite collection de pus. La membrane fibreuse ou externe de
ce rein ne peut èire détachée d'une seule pièce comme dans
l'état sain; elle est fortement adhérente et se déchire même
par une légère traction.
Le rein gauche présente une légère teinte ardoisée, et sa
surface antérieure, des dépressions et des élevures qui lui
donnent un aspect mamelonné. Plusieurs sections faites à
la substance corticale ont une coloration bleuâtre et offrent
des arborisations vasculaires assez fines. Le tissu des mame-
lons et celui de la couche corticale, plus denses que dans l'état
naturel, offrent une dureté et une résistance insolites, qu'on
pbsei ve souvent dans la néphrite chronique. Dans l'épais-
DE MALADIES DJÎ LA MOELLE ^PINliîRE.
seur de ce rein et à sa surface , on rencontre de petits kystes
remplis d'une sérosité jaunâtre. Ln bassinet est légèrement
injecté.
Ajjpareil cérébro-spinal, he cerveau et ses membranes , la
moelle et les méninges rachidiennes sou t dans un état de parfaite
intégrité. L'examen le plus attentif n'a fait reconnaître aucune
altération de consistance ou de coloration dans l'encéphale ni
dans les cordons de la moelle épinière; les nerfs sont sains à
leur origine; les méninges cérébrales et spinales sont lisses ; le
liquide des ventricules et le liquide encéphalo-rachidien sont
dans les proportions physiologiques et ont leurs caractères na-
turels.
Après l'ablation des masses charnues qui remplissent les
gouttières vertébrales, on reconnut que le corps de la cinquième
vertèbre dorsale renfermait, à sa f;ice postérieure et un peu à
gauche de la ligne médiane, un petit noyau, du volume d'un
gros pois , de matière tuberculeuse blanchâtre, épaisse et dure,
analogue pour la couleur et la consislanie au mastic des vi-
triers; dans le point correspondant à ce tubercule, les méninges
et la moelle n'étaient ni déformées ni altérées.
Tous les autres organes n'offraient rien à noter. Le foie, la
rate , le cœur et les poumons étaient sains ; il y avait quelques
adhérences anciennes dans les plèvres,
§709. Les symptômes non équivoques d'une affection de la
moelle épinière, présentés par le malade dont je vais rapporter
l'histoire, ont pu être une simple coïncidence d'une affection
de la moelle avec une pyélo-néphrite; cependant plusieurs cir-
constances de la maladie (une blennorrhagie dont l'écoule-
ment persiste pendant un an ; la dysurie , l'alcalinité de l'u-
rine , la présence de mucus et parfois des globules sanguins
dans l'urine lors de l'invasion de la maladie) , m'ont fait pen-
ser que la lésion des voies urinaires avait été l'origine des dou-
leurs lombaires et de l'affaiblissement passager des membres
inférieurs.
174
pyiSlites compliquées
Obs.XXX. — Blenuorrbagie; rétrécissement du canal de l'nrètLrc
paralysie incomplète des membres inférieurs ; doiileurs au niveau des
premières vertèbres dorsales, des vertèbres lombaires , et dans la région
du rein droit; urines alternativement alcalines et acides; traitement
par les ventouses scarifiées; les bains, etc.; guérison.
Bacq (Joseph-Cjprien), âgé de 19 ans, nacrier, fut admis à
l'hôpital de la Charité, le 27 mars iSSg. Cet homme, d'un tem-
pérament lymphatique , a la peau pâle et les membres assez
développés. Il a joui d'une bonne santé jusqu'au mois de
novembre dernier. A celte époque , il contracta une blen-
norrhagiej et fut traité de cette maladie à l'Hôpital des Vé-
nériens, oii il fit un séjour de deux mois. Durant le traitement,
il survint un rétrécissement qui exigea l'inti'oduction répétée
de bougies , remplacées ensuite par une sonde à demeure.
Une hématurie se déclara, et elle fut accompagnée d'une
douleur dans la région du rein droit. On cessa l'emploi des
bougies; les urines continuèrent d'être colorées par le sang
pendant quelques jours encore ; le malade sortit dans un état
satisfaisant.
Huit jours après, l'hématurie reparut avec la douleur dans
le flanc droit; cette douleur s'étendit à la vessie, en suivant le
trajet de l'uretère. Le sang était mélangé en petite proportion
avec les urines; le malade expulsait quelques caillots, non
sans douleur. Bientôt il survint une faiblesse très grande des
extrémités inférieures, avec tremblement et fourmillement
douloureux dans ces parties. Le malade entra à l'Hôtel-
Dieu et y resta huit jours. L'hématurie continua malgré
plusieurs applications de sangsues, malgré les bains et les bois-
sons adoucissantes ; mais les douleurs dans les reins et dans la
vessie , aussi bien que la faiblesse des extrémités inférieures
disparurent. A la fin de janvier, Bacq reprit ses occupations,
qui l'oVjligent à un exercice très fatigant du membre inférieur
droit (avec le pied droit il met un tour en mouvement); mais
il ne tarda pas à éprouver une récidive. Bacq ne pouvait plus
travailler que deux heures par jour; le travail déterminait
des douleurs très vives dans le membre inférieur et dans le
DE MALADIES DE LA MOELLE ^PINIÈRE. I-yS
côté droit. Ces douleurs sont toujours allées en àu'gmentant.
Le 8 mars, Bacq se présenta à l'hôpital de la Charité dans l'é-
tat suivant: depuis trois jours les urines sont légèrement colo-
rées par le sang. La faiblesse des membres inférieurs est telle
qu'elle ne permet plus au malade de se tenir debout sans ap-
pui. S'il veut faire un pas, il est agité par un tremblement gé-
néral. La veille, Bacq a éprouvé un mouvement fébrile assez
intense} les urines sont devenues très rares. Le malin, à la vi-
site, on introduit une sonde dans la vessie sans rencontrer d'ob-
stacle ; elle ne donne la sensation d'aucun corps étranger, d'au-
cune tumeur. Le visage est injecté ; soif vive ; agitation, rêvasse-
ries durant la nuit; le pouls est développé et fréquent (gS pulsa-
tions par minute) ; la respiration est naturelle ; et les bruits du
cœur, à part leur fréquence, sont normaux. Depuis trois ou
quatre jours seulement, perte de l'appétit; langue un peu blan-
che ; peau chaude et moite. L'hypogastre et le flanc droit sont
sensibles à la pression; la douleur du flanc se propage dans l'ainè
et la cuisse droite, surtout pendant les efforts dé toux. Point
d'envies de vomir, ni de vomissemens. La pression sur les apo-
physes épineuses ne développe aucune àowleur {Ermilsion, une
livre; iouillon; soupe).
Le 10, les urines sont légèrement teintes de sang; celles qùi
ont été rendues la veille, sont acides, tandis que les urines ren-
dues au moment même de la visite, bleuissent le papier de toui*-
nesol, rougi par un acide. Les urines se troublent par la chaleuk-
et donnent par l'acide nitrique un coagulum albumineux peu
abondant. Ces urines contiennent en suspension quelques par-
celles de fibrine et des débris d'épithéliurti, et doniient un dé-
pôt d'nn blanc jaunâtre, assez épais.
Le 12, la rétention d'urine a complètement disparu; le ma-
lade urine très fréquemment (dix à douze émissions dans les
vingt-quatre heures), et en petite quantité chaque fois. Toutes
les urines rendues dans l'intervalle de deux visites, remplis*-
sont six vases de six onces chacun. La pesanteur spécifique dé
l'urine est très considérable: elle s'élève à loSa. L'urine deà
quatre bocaux remplis la veille est acide; l'urine des deux émis-
sions du jour, qui ont eu lieu, l'une à six heures du malin, et
> 7^ PYKLITES COMPLIQUÉES
l'autre à huit heures au moment même de la visite, est alca-
line ; de sorte que les uriues, quant à l'acidité, ont des proprié-
tés toul-à-fait en sens inverse de ce qu'on ohserve ordinaire-
ment : les urines rendues la veille sont acides ; celles du matin
sont alcalines.
Les i3, i4 et i5 mars, l'urine ne contient plus de sang. La
fièvre est légère , mais le malade souffre à la tête, dans le bas-
ventre et dans les reins; il y a peu de sommeil; inappétence
( Ventouses scarifiées aux lombes, 'pour tirer huit onces de sang;
èmulsioii, U7ie livre j bouillon, soupe y le huitième d'alimens;
diète de vin).
Le tous les symptômes sont amendés, et, à notre surprise,
les urines rendues pendant la visite, sont, pour la première
fois, acides comme celles de la veille.
Du i6 au ao, l'amendement se soutient, toutefois sans amé-
lioration notable dans l'état des membres inférieurs, qui ont
toujours, à peu de chose près, le même degré de faiblesse.
Quand on pince la peau des cuisses, la sensibilité est obtuse. .
Le même état dure jusqu'au a5 ; seulement le changement favo-
rable survenu dans les qualités de l'urine (l'acidité au moment
de l'émission) ne persiste pas ; elles sont de nouveau devenues
alcalines.
Le a6 , recrudescence de tous les symptômes. Quelques en-
vies de vomir, céphalalgie, injection de la face, absence com-
plète de sommeil, agitation, fièvre, pouls dur, fréquent et
développé, peau chaude, couverte de sueur au visage, dou-
leurs dans les membres inférieurs , léger engourdissement
dans les membres thoraciques, toux sans crachats (Nouvelle
application de ventouses sur les parties latérales du rachis.
Émulsion,une livre; houillon , soupe).
Le 28, un nouveau phénomène est venu se joindre à ceux
qui ont été observés jusqu'à ce moment. La pression sur la sé-
rie des apophyses épineuses développe une douleur assez vive
au niveau des trois ou quatre premières vertèbres dorsales : la
douleur cesse à la partie moyenne et inférieure du thorax; puis
elle se reproduit quand on presse sur les premières vertèbres
lombaires. Des urines rendues dans le joxir, les unes sont.
DE MA^LADriiS DE LA HIOF.LLE ÉPINIKRK. I 77
acides, les autres soiit alcalines. Tl semble qu'elles prenuent le
caracière alcalin à mesure que l'émission s'éloigne clavan-
U'^e du dernier repas, et qu'eues deviennent acides peu de
temps après le repas. Elles ne contiennent plus de sang, cl
ne se troublent ni par la chaleur, ni par l'acide nitrique;
presque incolores, elles tiennent en suspension un léger nuage.
Le avril, le dépôt muqueux, vu au microscope, est composé
de lamelles d'épithélium , de niasses muqueuses et de gra-
nules opaques. Il n'y a point de globules de sang , ni de
cristaux de phosphate ammoniaco- magnésien, ni de cristaux
d'acide urique.
Pendant le mois d'avril, le mieux qui s'était fait remarquer
devint plus sensible; douleurs liypogastriques et lombaires,
presque nulles. Le malade se lève et trouve bien plus de force et
plus de fermeté dans les membres inférieurs. Il demande des
alimens ( Bain ; èmulsion , une livre la demi-jwrtion d'an-
mens).
Trois échantillons de l'urine de ce malade, rendue le 5 avril,
étaient acides. L'un donna un dépôt, de couleur rosée, qui
occupait le quart de la colonne du liquide ; l'urine qui le sur-
nageait était cilrine, très légèrement trouble, et s'éclaircissait
par la chaleur. Ce dépôt , examiné au microscope, était presque
entièrement formé de poudres amorphes, mêlées à des globules
noirs (urates). Les deux autres échantillons, opalins et jaunâtres,
s'éclaircirent lentement par le repos. La partie supérieure
de la colonne devint claire et transparente; le sédiment,
d'une apparence muqueuse, était infiltré de petits cristaux
d'acide urique et d'une poudre amorphe. Un grand nombre
de cristaux d'acide urique adhéraient aux parois du vase;
d'autres, très jaunes et volumineux, flottaient dans le li-
quide ; plusieurs étaient appliqués les uns sur les autres en
rosaces.
Les urines de ce malade ont encore beaucoup varié d'aspect :
tantôt troubles et donnant un dépôt abondant de couleur
jaune très prononcée; d'autres fois limpides, rougissant tantôt
le papier bleu de tournesol, et d'autres fois bleuissant le
même papier rougi par un acide.
>n8 PYÉLITES COMPLIQUÉES
Enfin , le malade est entré en convalescence. Je l'ai engagé à
prolonger son séjour à l'hôpital , afin d'assurer sa guérison.
N'éprouvant plus de faiblesse dans les membres, et les fonc-
tions digestives étant bonnes et régulières, il est sorti le 28
avril. Depuis quelques jours, les urines donnaient, constam-
ment , une réaction acide.
Ols, XXXI. — Douleurs aux lombes, surtout à la région rcualc droite; urines
alcalines, lors même qu'elles sont rougcûtres et chargées de globules
simguins; engourdissement et faiblesse dans les membres inférieurs ; ap-
; plication de ventouses scarifiées aux lombes ; guérison.
Morel (Dominique), âgé de 44 ans, ouvrier sur les ports,
entra à l'hôpital de la Charité, le ao mai iSSg.
Cet homme, d'une forte constitution, d'un tempérament san-
guin, a eu, il y a cinq ans, une blennorrhagie, dont il fut traité
à l'hospice des vénériens. L'inflammation passa à l'état chro-
nique, et il conserva un écoulement blanc, transparent, durant
■plus d'une année.
En janvier i838 , Moret l'essentit une douleur très vive aux
lombes, surtout du côté droit, avec dysurie; douleur suivie
d'un engourdissement et d'une très grande faiblesse dans les
extrémités inférieures. 11 garda le lit pendant trois semaines,
et fut délivré de ses douleurs par une application de sang-
sues, et par des bains lièdes.
Le ao mai, cet homme, étant occupé à décharger un bateau
plein de charbon de ten-e, fut pris tout-à-coup d'une douleur
à la région lombaire droite, et fut obligé de quitter à l'instant
même l'instrument dont il se servait poui- remuer le charbon :
il se fit transporter à l'hôpital, ayant de la peine à se soutenir
sur ses jambes.
11 se plaignait d'éprouver des douleurs vives aux lombes et
au sacrum ; tous les raouveraens des lombes étaient doulou-
reux. La face était très rouge; la peau chaude, et le pouls déve-
loppé (90 pulsations par minute). Du côté droit, la région l'é-
nale était plus sensible à la pression que du côté gauche; la
langue était humide et rosée; point d'envies de vomir; respi-
ration naturelle. Les urines étaient muqueuses et fortement aie»-
DE MALADIES DE LA MOELLE ÉPINIÈRE. I79
Unes, et l'émission en était fréquente [Limonade, deux pots;
ventouses scarifiées à lu région lonihaire, pour tirer huit onces
de sang ; bains ; houitlon , soupe).
Le 22 , les douleurs lombaires sont moins vives ; le malade
change plus facilement de position dans son lit; il peut se
soutenir sur les membres inférieurs. Les urines sont très alca-
lines et muqueuses ; soulagement [Tisane de chiende?it et ré-
glisse,- crème de tartre, un gros; bain; bouillon, soupe).
Le 23 , le malade est encore mieux que la veille. La dou-
leur persiste à la région lombaire droite , mais elle a dimi-
nué; les mouvemens sont plus faciles. Le malade a uriné
cinq fois seulement depuis 24 heures j les urines sont moins
muqueuses et toujours alcalines [Tisane de chiendent et ré-
glisse, avec crème de tartre , un gros).
Le 24 , les urines, poiu' la première fois , sont acides et d'une
couleur naturelle; cet état persiste jusqu'au 3i mai.
Le i^' juin, la région rénale droite est dp nouveau le siège
d'une douleur qui s'exaspère à la pression; les urines sont
alcalines, rougeâtres et chargées de globules de sang et de
mucus [Nouvelle application de ventouses pour tirer huit onces
de sang ; tisane de chiendent et de réglisse, avec crème de tar-
tre,un gr os houillon, sottpe).
Deux jours après , la fièvre et la soif avaient cessé, et la
douleur lombaire avait diminué. Le malade se promène un peu
dans la salle; les ui'ines sont redevenues acides.
Le 6 juin, les urines sont de nouveau alcalines, de ma-
nière à bleuir très légèrement le papier de tournesol rougi par
un scide.
Deux jours après , elles ont repris leur acidité naturelle.
Cet homme sort guéri le 8 juin.
§ 710. A ces faits, je puis ajouter sommairement celui d'un
homme nerveux et mélancolique , âgé d'environ 4o ans, et
qui, après avoir mené une vie active dans les aiiaires, perdit sa
lemme à l'âge de 35 ans environ. Depuis lors, n'ayant que ra-
rement des rapports sexuels , il devint sujet u des pollutions
nocturnes; De violens chagrins, la crainte non fondée de L'im-
J2.
l8o PYÉLITES COMPLIQUKKS
puissance agirent fortemenl sur son esprit. Joignez à cela un
mauvais état habituel des organes digestifs.
Depuis quelque temps, M. D. avait déjà remarqué qu'en mar-
chant son pas n'était pas ferme; mais ce ne fut qu'à Boulogne-
sur-Mer que son attention fut particulièrement attirée sur ce
fait , après avoir été saisi d'une raideur dans la jambe droite;
raideur qui disparaissait peu-à-peu, et qui revenait par inter-
valle et s'accompagnait d'un sentiment de froid et quelquefois
de démangeaison dans la partie affectée.
Quelque temps après, à Londres^ étant occupé d'un travail
sérieux, M D. aperçut que son pied gauche s'enflait et que ses
urines ét ient troubles. Des médecins habiles, après un exa-
men soigneux, émirent l'opinion qu'il y avait, chez M. D. ,
une maladie au col de la vessie, un léger dérangement des
reins et un mauvais état delà santé générale. Ils conseillèrent
des sangsues à l'auus, des préparations d'aloès et de fer, la
quinine, des bains tièdes, un régime doux et un exercice
modéré.
Sous l'influence de ce traitement (la quinine seule n'a pas été
prise), la santé de M. D. s'est considérablement améliorée.
M. D. a les pupilles très petites et fortement contractées.
M. D., en marchant, n'a pas le pied ferme et assuré, sur-
tout le pied gauche, et il ne peut se tenir fixement sur un
seul pied. Cependant cette faiblesse des jambes est très varia-
ble en intensité d'un jour à l'autre; par momens, il marche
avec l'aplomb d'un fantassin, tandis que dans d'autres il est
mal assuré sur ses jambes. Réprouve une lassitude et une fai-
blesse dans les reins et dans le bassin , et dans les voies urinai-
res une excitation accompagnée d'envies d'uriner; mais ces
envies ne sont presque jamais impérieuses, ni très douloureu-
ses. La même excitation existe dans les organes de la généra-
tion. J'ai constaté que le sperme contenait des animalcules et en
grand nombre. M. D. a maigri notablement; il pèse vingt li-
vres de moins qu'il y a dix ans , et quatre de moins qu'en no-
vembre dernier. M. D. croit aussi avoir perdu de l'activité de
son esprit.
L'urine de M. D, attira particulièrement mon attention. Elle
DE MALADIES DE LA MOELLE ÉPINIÈRE. i8i
était souvent neutre, quelquefois alcaline, et d'autres fois lé-
gèrement acide; elle était toujours pâle et trouble, et laissait,
sans s'éclaircir complètement, un petit dépôt blanc opaque au
fond du vase. Bientôt (quelques minutes ont quelquefois suffi), il
se formait à sa surface un crémor iridescent, cristallisé. Le dé-
pôt blanc opaque, vu à l'inspection microscopique, était prin-
cipalement composé de globules purulens; le crémor, de cris-
taux volumineux de phosphate amraoniaco-magnésien, mélan-
gés (quand l'urine avait été exposée plusieurs jours à l'air) de
cristaux grenus et de couleur foncée (urate d'ammoniaque).
Celte urine contenait, en outre, un nombre considérable de
granules paraissant doués d'un mouvement moléculaire. J'ai
comparé ces granules tour-à-lour aux granulations qu'on ob-
sei-ve quelquefois dans la liqueur spermatique et dansle liquide
prostatique, et à ceux qui résultent de la décomposition des
globules purulens. La recherche la plus minutieuse ne déce-
laitpas la présence de véritables animalcules spermatiques dans
ces urines. 11 est bien certain, au moins, qu'il n'y avait rieu
d'analogue à ce qui existait dans le sperme de M. D., que j'ai
observé comparativement.
Je ne puis m'empêcher de remarquer, quoique ce ne soit pas
le but principal que je me suis proposé , la ressemblance frap-
pante des symptômes observés dans ce cas, avec ceux qu'on attri-
bue en général aux ^eWe* séminales. Et pourtant, chez M. D.,
l'existence d'animalcules dans le sperme et leur absence dans
l'urine, ne permettent point de rattacher cette maladie aux
pertes séminales. C'est évidemment (bien que l'altération de l'u-
rine n'ait été constatée par moi, qu'après le développement des
premiers symptômes de la paralysie), un cas de paraplégie
consécutive à une lésion des voies urinaires.
L'état de ce malade a été amélioré par les bains sulfureux.
§ 711- Je pourrais encore ajouter un autre fait : celui d'un
homme sujet à des llatuosités, et qui, après avoir eu une gonor-
rhée, fut atteint, plusieurs années après , de douleurs dans la
région prostatique, puis d'une cystite calculeuse. La pierre fut
broyée avec succès, mais une rétention d'urine , qui avait pré-
cède l'opération ^ persibtaaprès. Le malade était obligé, chaque
t.
*82 PTÉLITES COMPLIQUÉES
jour, de vicier la vessie, et l'introduclion de la sonde était pres-
que constamment douloureuse.
Cependant le patient continuait d'aller et venir, et -va-
quait à ses affaires. Plus tard, la peau du périnée devint comme
engourdie , le passage de la sonde fut moins douloureux ;
mais il survint des douleurs nerveuses dans les jambes , dans
les cuisses, daus les fesses et autour du tronc ; puis, enfin, il se
déclara une paraplégie qui résista aux ventouses scarifiées, aux
inoxas et aux bains sulfureux.
§712. Eappotis de la pyélile avec les maladies des organes
de la eirculution.
J'ai plusieurs fois observé l'injection des vaisseaux des bas-
sinets dans les maladies du cœur ou des gros vaisseaux :
je ne connais aucune autre relation pathologique entre ces
parties. Les anévrysmes de l'aorte abdominale peuvent coïnci-
der avec des lésions rénales; mais ces faits sont rares.
Les désordi'es daus l'abdomen étaient si nombreux et si va-
riés dans le cas suivant, qu'il peut être cité comme un exemple
remarquable d'un diagnostic des plus difficiles.
Obs. XXXII Tumeur dans le flanc gaurlic ; urine ammoni.icale, purulente et
glaireuse; expulsion, par l'urètlire, de petits calculs de pbospbate ammo-
niaco-magnésien ; petits calculs dans les calices; dilatation des bassinets;
calcals dans la vessie ; tubercules ramollis, agglomérés au-devant et au côté
gaucbedc la colonne lombaire et unis par des adlicrences intimes avec la
rate ; énorme pocbe ancvrysmale communiquant avec l'aorte; tronc coclia-
que détruit. Kyste dans l'bémisphère cérébral droit; obturation du col de
l'utérus.
Jouel, domestique , âgée de fio ans , entra à l'hôpital de la
Charité, le 5 septembre 1837, et ymourutle 16 mai i838, après
un séjour de sept mois et dix-sept jours.
Cette femme était presque toujours alitée, à cause de son ex-
trême faiblesse, qni ne lui permettait pas même de rester, pen-
dant une heure, assise sur son lit. Maigreur, face pâle, sillon-
née dérides, peau sèche, pouls très petit, donnant 85 pulsa-
tions par minute. Cette femme parlait peu et faisait attendre
u'anévrysmes dè l'aorte. i83
assez long-temps les réponses aux questions qu'on lui adressait.
A ia partie externe et antérieure de l'hypochondre gauche, on
sentait une tumeur grosse comme l.i tôle d'un enfant, et d'une
dureté comme cartilagineuse. Cette tumeur bosselée , mate et
douloureuse à la percussion, donnait, en quelques points seule-
ment, une sensation obscure de fluctuation. La région hypogas-
trique était sensible à la pression, et la malade éprouvait sou-
vent des démangeaisons ou des picotemens dans le canal de
l'urèthre.
Les urines, d'un jaune citron , troubles au moment de l'é-
mission, toujours alcalines et d'une odeur ammoniacale très
prononcée, laissaient déposer, quelques heures après leur émis-
sion, une couche épaisse d'une matière blanche, grisâtre, vis-
queuse et filante pendant la décantation. Examiné au micros-
cope, le dépôt était composé de myriades de globules de pus ,
agglomérés, et retenant au milieu d'eux, comme dans un réseau,
un grand nombre de cristaux prismatiques de phosphate am-
moniacoTmagnésien.
Habitant Paris depuis son enfance, cette femme a fait plu-
sieurs métiers, qui, presque tous, lui ont imposé l'obligation de
mener une vie très sédentaire. Elle se nourrissait principale-
ment et par goût de substances végétales, buvait à ses repas
un peu de vin, et après son dîner une petite tasse de café. Elle
habitait un appartement commode et sain. Elle n'a jamais
été sujette aux rhumatismes ; n'a jamais eu d'attaque de goutte,
ni d'accès de fièvre intermittente. A l'âge de 38 ans (quatre
mois après avoir accouché de son unique enfant), elle ressentit,
à la suite d'un effort pour soulever un matelas , une vive dou-
leur et comme une sensation de rupture dans le ventre; une
descente de matrice s'opéra. Malgré cet accident, elle continua
de travailler (elle était alors femme de ménage dans un hôtel
garni), et de cette époque datent ses souffrances. Elle ne peut
dire cependant, quand, ni comment cette tumeur du ventre
commença. Toujours cst-il que l'origine n'en paraît pas anté-
rieure à cet accident, et qu'il n'y a que quelqvies années que la
tumeur a commencé à devenir lè siège de douleurs qui annon-
çaient ordinairement l'émission prochaine, par l'urèthre, d'un
•84 PYÉLlTliS COMPLIQUiliS
ou de plusieurs calculs. Onze calculs ont été rendus jusqu'au
mois de janvici-, et quelques-uns pendant le séjour de la malade
àl'hôpital. Je les ai analysés, etj'ai constaté qu'ils étaient formés
de phosphate ammoniaco- magnésien. Jamais la diminution
dans la quantité de l'urine émise en vingt-quatre heures n'a
été accompagnée d'une augmentation appréciable du volume
de la tumeur rénale.
A la fin du mois de janvier i838, la malade fut prise d'un
catarrhe pulmonaire intense qui persista jusqu'au commence-
ment du mois de mars. Les secousses de la toux retentissaient
douloureusement dans la tumeur abdominale, oii elles finirent
par déterminer des élancemens , dont l'intensité fit redouter le
développement d'une péritonite. Il y eut en effet des vomisse-
mens et de la diarrhée; le ventre était très douloureux à la
pression et ballonné. Le pouls, plus petit qu'auparavant, n'avait
pas acquis une fréquence en rapport avec les douleurs de l'ab-
domen. Au bout d'une dizaine de jours, les vomissemcns et
la douleur abdominale se calmèrent, mais le dévoiemeut per-
sista opiniâlrément; à chaque ingestion d'alitnens ou de bois-
sons, la malade était obligée de s'asseoir sur le bassin {le quart
de la j)ortic7i des alimeiis).
Le 8 avril, une incontinence d'urine survint, et elle persista
jusqu'à la mort. Le dévoiement cessa vers la fin d'avril.
Au commencement de mai, la malade était d'une faiblesse
telle, qu'elle ne faisait presque plus de mouvement dans son
lit; elle ne prononçait que quelques mots pour demander ce
qui lui était absolument nécessaire; elle était presque conti-
nuellement assoupie , ne mangeait pas , buvait un pot de
tisane, et prenait un julep calmant. La respiration était faible ,
les bnttemens du cœur, lents et réguliers, étaient très sourds, le
pouls était presque insensible; les extrémités habituellement
froides. Le malade s'éteignit doucement le i6 mai, dans la
matinée.
Avtopsie du radavre. -— Habitude extérieure. Rigidité des
membres et du cou.
Abdomen. La cavité péritonéale contient quelques onces d'une
sérosité jaune , transparente, sans mélange de fausses mem-
d'anévrysmes de l'aorte. i85
branes. Le grand épiploon,la surface péritonéale de l'ialestin,
et quelques points de la lace pariétale de cette membrane sont
parsemés de tubercules miliaires. Le colon transverse est re-
foulé en bas et à droite jusqu'au niveau de l'ombilic. Le cœcum
et presque tout le paquet intestinal sont contenus dans la cavité
du petit bassin. Le foie adhère intimement, par la surface con-
vexe de son grand lobe , avec le diaphragme , au moyen de
pseudo- membranes épaisses, jaunâtres , parsemées de tuber-
cules miliaires. Il a conservé son volume normal; mais il
présente un grand nombre de tubercules jaunâtres, dissémi-
nés dans son épaisseur. Il y a aussi dans cet organe une di-
zaine de kystes, dont le volume varie, depuis celui d'un grain
de chenevis jusqu'à celui d'une noisette, et dont les parois,
fort épaisses, formées par une membrane blanchâtre, sont en-
duites d'une bile verdâtre , conci'étée. Ces petits kystes ne com-
muniquent pas avec les canaux biliaires. La vésicule biliaire
contient trois calculs, à facettes, du volume d'une petite noi-
sette. Il n'y avait pas d'obstacle au cours de la bile dans les
conduits biliaires.
Le déplacement du paquet intestinal et surtout du colou
transverse est dû à la présence, dans le côté gauche de l'abdo-
men, d'une tumeur bosselée qui a contracté en haut des adhé-
rences avec l'estomac, et en avant avec le colon transverse et une
anse de l'intestin grêle. Les bosselures sont formées par d'énor-
mes tubercules ramollis, dont on fait sortir une matière un peu
visqueuse, d'uu jaune verdâtre. Le rein gauche, perdu au milieu
de ces tubercules, se trouve en contact par sa face antérieure
avec l'ombilic; sa face postéi-Ieure, adhérente à cette masse tu-
beixuleuse, est éloignée de deux ou trois pouces de la colonne
verlébrale.
La rate forme la partie externe de la tumeur ; son bord tran-
chant fait saillie au niveau du bord externe du muscle droit. Par
sa face concave, la rate adhère au paquet tuberculeux ; en haut,
un de ces tubercules a pénétré dans l'épaisseur du tissu de cet
organe. Au-dessous de ces différentes parties, existe un épan-
chement de sang qui remplit la partie externe de l'hypochon-
dre et la fosse iliaque gauche, et qui s'étend dans le petit bas-
l86 PYÉLITES COMPLIQUIÉES
sin. La rate a cinq pouces de long, cinq pouces dans son diamè-
tre transversal^ et trois pouces d'épaisseur. Sa inembrane ex-
terne, épaissie, est recouverte de fausses membranes, surtout
au-dessus des masses tuberculeuses, situées dans son paren-
chyme. Son tissu, induré , d'une teinte rouge brunâtre, est
parsemé d'une infinité de granulations tuberculeuses, de forme
très irrégulière. Dans quelques points, cette matière tubercu-
leuse est réunie en masses, de près d'un pouce d'épaisseur, qui
toutes sont plus denses que le tissu de la rate lui-même.
Les deux reins ont le même volume ; ils ont cinq pouces de
long, et un pouce et demi dans leur diamètre transversal. Le
rein gauche est mou et fluctuant comme les tubercules ramollis
qui l'entourent. Le tissu cellulaire qui enveloppe le rein droit,
est épaissi et criblé de granulations tuberculeuses. La mam-
brane externe des reins est épaissie , d'une teinte opaline , et
tellement adhérente à la substance corticale qu'il est impos-
sible de l'en séparer sans la déchirer. La substance corticale
du rein droit est bosselée, ratatinée, et a tout au plus une ligné
d'épaisseur au niveau dé la base des cônes. Ceux-ci sont tumé-
fiés et injectés de sang. Le bassinet est dilaté, au point que
sa cavité pourrait contenir une grosse noix ; l'uretère a
son volume normal ; la membrane muqueuse qui le tapisse
est très injectée ; dans l'un des calices on trouve quel-
ques petits calculs. La substance corticale du rein gauche,
un peu moins atrophiée que celle du rein droit, ne présente
à sa surface aucune des inégalités qu'on obsei've sur cette
dernière ; les cônes de la substance lubuleuse sont aplatis
de leur sommet à leur base, et se présentent sous la forme
de plaques radiées, qui, avec les calices dilatés, complè-
tent des cavités pleines de pus, dans lesquelles on peut
facilement introduire l'extrémité du pouce. Le bassinet du
rein gauche est au moins trois fois plus grand que celui du côte
opposé. Sa membrane interne a l'aspect ardoisé qu'on observe
quelquefois dans les pyélites chroniques. Il y a dans les cônes
quelques granulations tuberculeuses, et dans les calices quel-
ques petits calculs. L'uretère passe à travers les masses tubercu-
leuses, et présente une sorte d'aplatissement. Il n'y a point de
d'awévrysmes de l'aorte. 187
calculs dans les uretères, mais il en existe trois dans la vessie.
Ces calculs, du volume d'une noisette, sont d'un blanc grisâtre,
grenus à leur surface, et présentent, chacun, une ou deux fa-
cettes. Ils sont formés de phosphate ammoniaco-magnésien.
La vessie est contractée ; sa membrane muqueuse forme des
phs très saillans et très injectés ; mais elle n'est pas ramollie.
Il existe, au-dessous de la membrane interne de l'aorte, un
grand nombre de concrétions crétacées. L'orifice du tronc cœlia-
que est tapissé de concrétions fibrineuses, rosées. Ces caillots
enlevés , l'orifice du tronc cœliaque se présente sous la forme
d'un anneau mousse, épaissi par le dépôt d'une couche de ma-
tière athéromateuse au-dessous de la membrane interne de l'ar-
tère. Cet orifice fait communiquer l'aorte avec une vaste po-
che, remplie de caillots sanguins, située contre la colonne vei'-
tébrale, les muscles lumbo-sacrés, psoas et iliaque, et au-des-
sous de la rate et du rein gauche, dont elle est séparée par
des masses tuberculeuses ramollies. Cette poche s'étend de-
puis l'orifice du tronc cœliaque jusque dans la cavité du petit
bassin, dont elle remplit une partie du côté gauche. Près de
l'orifice cœliaque , on ne découvre aucune trace de la mem-
brane fibreuse de l'artère ; la couche athéromateuse est fortifiée
par la stratification de couches fibrineuses dont la densité et
la consistance diminuent à mesure qu'elles sont plus rap-
prochées du centre de la poche, oii l'on rencontre des cail-
lots sanguins très mous; disposition qu'on observe dans l'é-
tendue de près de trois pouces, à partir de l'orifice cœliaque.
Entre ce premier foyer et le reste de la poche, il existe une
espèce de diaphragma perforé à son centre. La dernière
portion de la poche, qui est la plus grande et qui s'est for-
mée, sans doute, consécutivement à la première, n'a qu'une
paroi mince et transparente (le péritoine) qui laisse voir, en
plusieurs points, la couleur rouge-noire des caillots qu'elle
contient. Là , point de couches fibrineuses , accumulées les
unes sur les autres , mais seulement près d'une livre de caillots
également rouges^ également consistans, logés dans le tissu
cellulaire sous-péritonéai.
La meinbi-aiic muqueuse de l'œsophage est rouge et ramol-
l88 PYÉLITES COMPLIQUÉES
lie en quelques points. L'estomac^ considérablement rétréci, a
la forme d'un intestin; il a-Gonlracté adhérence avec la tu-
meur; sa membrane muqueuse, ainsi que celle de l'intestin,
ne présente aucune altération.
La matrice est tout-à-fait déformée. Son corps, au lieu d'èlre
ovoïde, est allongé de haut en bas, et il a près de trois pouces
de long. Supérieurement, elle est grosse comme une aveline,
puis elle s'effile en bas, près de son col, dont le museau fait
saillie en dehors des parties génitales. Le col de l'utérus , par-
semé de cicatrices, présente une dépression centrale dans la-
quelle on ne peut faire pénétrer un stylet ; il est complètement
oblitéré. La membrane muqueuse qui le recouvre , ainsi que le
vagin, est très épaissie.
Poitrine, Quelques adhérences pleuréliques, anciennes; en-
gouement de la partie postérieure de la base des poumons, et
cà et là quelques petites masses tuberculeuses. Le cœur est
très petit; les parois du venlriculegauche, hyperstrophiées con-
centriquement, ont huit lignes d'épaisseur, tandis que celles
du ventricule droit n'en ont qu'une et demie. L'orifice auricu-
lo-venlriculaire gauche est rétréci par un épaississeraent de ses
valvules.
Tête. Dans le centre de l'hémisphère droit du cerveau, il
y a deux petits kystes qui paraissent être consécutifs à d'an-
ciens foyers apoplectiques.
§ 7i3, Rapports de la py élite avec les maladies des organes
de la respiration.
J'ai peu de chose à dire sur les rapports des maladies de la
plèvre et des poumons avec les inflammations calculeuses ou
non calculeuses des conduits excréteurs des reins.
Il est rare de trouver les bassinets et les calices des reins en-
flammés chez les phtàisiques, à moins qu'il n'existe une af-
fection tuberculeuse de ces conduits excréteurs (Voyez : Tpber-
CULES DES REIN»), OU bien un ou plusieurs calculs rénaux. Cette
dernière complication est même des plus rares : sur 452 phthi-
siques que j'ai soignés à l'hôpital de la Charité pendant les an-
nées i837, x838, 1859 et 18^0, je n'ai noté que deux cas de pyé-
DE MALA-DIES DES POUMONS. 1 89
hte calculeuse ; et dans tous les deux la phlhisie avait été consè-
cuUvekla. maladie des voies urinaires. Les observations sui-
vantes doivent donc être considérées comme appartenant à une
série de faits tout-à-fait exceptionnels .
Fabrice de Hilden (i) parle d'une fille de 10 ans environ ,
phtbisique (avec tumeurs mésentériques), dans le rein droit de
laquelle il y avait un calcul.
Il cite, en outre (2), d'après Blandini, le cas d'un homme de
a5 ans, mort de consomption et d'un calcul vésical, et chez le-
quel le rein gauche était transformé en un sac rempli de sanie;
l'autre rein était volumineux , et sa substance était altérée.
Barlh. Timseus, cité par Bonet (3), parle d'un phthisique
qui avait un calcul dans l'un et l'autre reins et un troisième
calcul dans l'uretère du côté droit.
Th. Barlholin parle d'un homme, mort après avoir éprouvé
une forte dyspnée (4), et chez lequel on trouva un calcul de la
grosseur du pouce dans l'uretère du côté droit.
Foreest (5) donne l'observation d'un goutteux, mort phthi-
sique, et chez lequel on trouva des calculs dans les reins. J'ai
rapporté (§ ) un cas de py élite calculeuse, avec tubercules
crus dans les poumons , publié par Morton.
J'ai publié plusieurs observations qui prouvent, suivant moi,
que la phthisie pulmonaire peut être une des conséquences de
l'inilammation chronique des bassinets et des reins.
En résumé, tant que l'inflammation du bassinet ne se pro-
page pas à la substance des reins, elle a rarement une in-
fluence notable sur les poumons, et même sur la constitution,
s'il n'existe pas d'obstacle au cours de l'urine. Presque toutes
les fois, au contraire , qu'à la suite d'une inflammation chro-
(1) Fabrice de Hilden. Cent, x, obs. 70, cité par Bonet. Sepulc, t. i, p. 721.
(2) Ibid, Cent. 10, obs. 5o, cité par Bonet. Sepulc.. 1. 1, p. 714.
(3) Timœus ( Balth. ). Casus med. et obs. pract, Lib. vi, epist. 7, cité par
Bonet. Sepulc, tom. i, p. 720.
(4) Bartholin (Tli.). Cent, ir, hist. 32, cité par Bonet. Sepulc. t. r, p. 711.
(5) Poresiu,. Obs. curât med. Lib. xv, obs. 1,1, ~ Lib. xxix, obs. xxiv.
— BoDct. ^fpH/cr., t. I, p. 704.
igO PYÉLITES COMPLIQUEES
uique des bassinets, il survient une double néphrite chro-
nique, des affections pulmonaires plus ou moins graves s'en-
gendrent sourdement.
^ 714. Je me borne à rappeler ici qu'on a vu des collections
purulentes dans le bassinet et les calices dilatés, se faire jour
à travers les poumons et occasioner des pleurésies et des
pneumonies ( Voyez Fistules rénales pulmonaires ).
§715. Rapimrts de la py élite avec l'hydropisie.
La pyélite calculeuse détermine quelquefois une diminution
très notable de la sécrétion de l'urine, et j'ai vu des cas dans
lesquels ce phénomène a été accompagné ou suivi d'épanche-
mens séreux, soit dans la cavité de l'abdomen, soit dans d'au-
tres parties du corps. Tulp (i) rapporte le cas d'un homme
dont les reins contenaient , chacun , un calcul volumineux, et
dans la poitrine duquel il y avait trois livres de sérosité. Lieu-
laud (2) raconte que , chez un homme, âgé de 3o ans, l'urine se
supprima complètement dans une violente attaque de douleur
néphrétique. Après la mort, qui eut lieu le sixième jour, on
trouva quatre livres de sérosité sanguinolente dans la cavité
du ventre: les reins, transformés en des espèces de poches,
contenaient une urine trouble et plusieurs calculs.
Borrisch (5) dit qu'à l'ouverture du corps d'un homme qui
avait eu antérieurement une ascite, on trouva le rein gauche ré-
duiten putrilage, etl'uretère du côté droitobstruéparun calcul.
Houllier(4) rapportequ'à l'ouverture d'un ascitique, dont les
urines avaient été supprimées deux jours avant la mort, on
trouva le rein gauche presque entièrement détruit et rempli
par une humeur sanieuse. Le rein droit était occupé par un cal-
cul qui obstruait l'uretère à son origine.
On pourrait objecter sans doute que dans ces cas rapportés
d'une manière trop concise, il pouvait exister d'autres causes
(1) Tulpii Obs, med. Lit. 11. obs. xliv, in-n. Lugd. Batar. 1716.
(2) Lieutaud, Hist, anat. Lib. i, obs. mcxxvii. Voyez ausii : obs, MCXSil.
(3) Doi'riscb, cité y)\\T Lieutaud. Hist. anat. Lib. i, obSi ucXVUIi
(4) HouUier , cité par Lieutaud , ibid, obs, ucsix.
AVEC LES FIÈVRES. IQI
d'hydropisie(i); mais plusieurs faits dont j'ai élé témoin (Obs.
XV) ue laissent aucun doute sur la possibilité du développe-
ment d'une hydropisie à la suite d'une semblable lésion des reins.
§'716. Rapport de lapyèlite avec les fièvres.
On lit dans plusieurs observations de pyélite que les malades
ont offert, avant la mort, des accès de fièvre (2), et plus souvent
encore des états fébriles continus , souvent d'un très mau-
vais caractère (0). Ces accès de fièvre et ces états fébriles
indiquent presque toujours un nouvel état d'acuité de l'in-
flammation du bassinet et du rein lui-même, ou bien un trouble
général dépendant du défaut d'accomplissement des fonctions
rénales, trouble analogue à celui qu'on observe souvent dans
les cas d'iscburie ou de rétention d'urine indépendante de
calculs rénaux. Ces accès fébriles, souvent accompagnés de
nausées et vomissemens, et de délire, de coma ou de con-
vulsious dans les cas les plus graves , n'offrent pas le gon-
flement delà i-ate si commun dans la fièvre intermittente légi-
time. De tous les remèdes qu'on peut tenter contre ces accès
fébriles, celui qui offre le plus de chances de succès, consiste en
ventouses scarifiées appliquées aux lombes. Mais que peuvent
nos agens thérapeutiques, lorsque le parenchyme des reins est
désorganisé, lorsque les bassinets et les calices sont remplis
de pus , lorsque les substances rénales sont atrophiées, ou
lorsqu'il se déclare des symptômes non équivoques de résorp-
tion purulente, de perforations du rein dans l'intestin, dans
le péritoine, etc..*'
Ces accès fébriles sont toujours un symptôme des plus fâ-
cheux, dont le retour ne peut être sûrement prévenu par le sul-
fate de quinine administré aux doses les plus élevées.
(1) Dans un cas cité par Meekren [Obs. med. chirurg. cap. xlv), il y avait
à-la-fois des calculs dans les reins et une maladie du foie.
(2) ^ui\. Magazin Jûr die gesammte Heilkunde,'^. xxix,S. 554.
(3) Mediciuisclie Ze'Uung, i832, n. 6. — Hufcland. /oitmn^ derprak. ffeil-
liunde,- Oct. iS32,S. 96 Mémoires de l'Acail. royale de Chirurgie, tom. l,
p. 4oi- — Ccrsou. Maguzin des auslcendischcn LiUeratur, 1828, H. G, S. 460.
— Howsliip, {oc. ««.jp. X47.
PYÉLITES COMPLIQUÉES
§ 7 ïy. Rapports de la j)yèLile avec In godille.
Depuis long-temps on a cru remarquer un rapport réel entre
la goutte, les Ciilculs urinaires et les inflammations qu'ils pro-
duisent dans le rein ou son conduit excréteur (i). M. Liebig (a)
a soutenu tout récemment que la pierre et la goutte n'étaient
qu'une seule et même maladie dont la direction était modifiée
par l'influence du climat et du genre de vie. Toutefois il n'y a
pas entre la goutte et les calculs urinaires un rapport aussi gé-
néral que ces opinions semblent l'indiquer. Le seul rap-
port bien démontré est celui de la goutte avec les calculs uri-
qucs; et ce fait explique un passage de lioflraann dans lequel
il dit (3), avec raison, qu'il est plus ordinaire do voir la pierre
se développer chez un goutteux que la goutte chez un cal-
culcux.
La plupart des remarques que j'ai faites à l'occasion de la
néphrite goutteuse, sont applicables à la pyélile. Je me bornerai
donc, ici, à rapporter une observation curieuse de M. Ri-
bes fils :
Obj. XXXIII. — Emission de graviers dans l'enfance; après l'âge mur, alterna-
tives d'accès de goutte et de douleurs néphrétiques ; souvent nrines san-
guinolentes et purulentes; hons effets de In térébenthine coutrc la goutte et
la sécrétion morbide du mucus (Ribes fils. Diss. sur la néphrite calculeuse ,
n. i5a, soutenue le 24 juillet 1824, p. 35).
Un herboriste, âgé de 60 ans, d'un assez grand embonpoint,
était depuis près de sept ans retenu dans la chambre par des
accès alternatifs de goutte et de néphrite qui ne lui laissaient
presque point de repos. Depuis son enfance il avait très sou-
vent rendu des graviers ; il avait les articulations des doigts et
des orteils pleines de nodosités, les pieds et les mains singuliè-
([) Voyez: Buchner. De nexii podagrœ cuni calcula renum et vesica;.
Halle, 1752. . — Scbroeder. Viss. de cognatione inter arthridilem et ca!culum'
Goettingen, 1768. — Ecim. Disst. de origine calculi inviis urinariis, et quatenus
arthritiilii est efj'ectus , Halle, 1772. — Sydenham. Opéra, p. Sgo et 422,
(2) Annalen der Pharmacie, B, m, H. I, S. iio, i832.
(3) Hoffmann, Med. rat., tom. iv, pars 2, p. 365.
AVEC L,V gouttt:. I9''>
remenl (linbrmes. Il rondait souvent du sang et du pus avec les
urines, qui avaientune odeur fétide. Cet homme racontait que,
lorsqu'il était dans le fort d'uu accès de goutte, la saignée le
soulageait; quand il s'était fait saigner au commencement, son
accès avait toujours été plus fort. Il avait d'abord cru que, s'il
se faisait tirer du sang dans l'intervalle, il rendrait l'accès sui-
vant moins intense; mais il avait éprouvé continuellement le
contraire. Le plus souvent l'accès était plus fort et plus rap-
proché, de sorte qu'il avait pris le parti de ne se faire saigner
que lorsque les douleurs étaient portées au plus haut degré et
qu'elles étaient intolérables. Il se trouvait alors soulagé pres-
que immédiatement après la saignée, et la suite de l'accès de-
venait supportable. Le médecin qu'il consulta en dernier lieu,
lui conseilla contre les accidens de la néphrite , l'usage de la
tisane de bourgeons de sapin, ou de l'eau de goudron. Il ré-
pondit qu'on lui avait déjà proposé la tisane de bourgeons de
sapin, non pas contre la gravelle, mais contre la goutte ; qu'on
lui avait assuré que celte tisane, prise à forte dose, était un
remède souverain non-seulement pour apaiser et éloigner les
accès de goutte, mais encore pour guérir radicalement cette
maladie. Il ajouta que, par son état d'herboriste, il avait eu oc-
casion de faire prendre cette tisane à quelques malades gout-
teux, et qu'effectivement ils s'en étaient très bien trouvés ; mais
malheureusement il n'en avait pu faire usage pour lui-même
parce que toute sa vie il avait eu une répugnance invincible
pour les boissons aqueuses, il en pouvait seulement prendre
quelques gorgées et encore de loin en loin j en revanche , il
aimait beaucoup le vin et les liqueurs fortes , et en grande
quantité, et il en buvait souvent. D'après la répugnance qu'il
éprouvait pour les boissons aqueuses, on lui proposa de lui
faire prendre de la térébenthine. Il y consentit. Voici l'effet
; que cette substance produisit sur le malade, et la manière dont
il en fa usage.
On fit composer une masse avec demi-once de térébenthine
molle et demi-once de poudre de réglisse ; on divisa cette
tnasseen trente pilules. Le malade en prit dix le matin, dix à
midi, et dix le soir. Dèsle premier jour il urina beaucoup ; l'n-
l3
'94 PYÉLlTJi: COMPLIQUÉE
rine devint très odorante et perdit l'odeur infecte qu'elle exha-
lait auparavant. Il n'eut point de coliqups, les selles ne furent
point augmentées, mais les matières qu'il rendit paraissaient
avoir les caractères de la térébenthine délayée ou liquide. Un
mois après, le malade se trouva assez soulagé: il avait rendu
une assez grande quantité de petits graviers; l'écoulement du
sang et de pus avec l'urine était moins abondant. On lui con-
seilla alors de prendre six gros de térébenthine divisés en qua-
rante-cin j pi ules; il eu prit quinze le matin, quinze à midi,
et aùtant le s iir. Mais, le premier jour de cette augmentation
de dose, il sentit de la chaleur et un poids très incommode
dansTeslomac; il eut des envies de vomir, le ventre devint
tendu et un peu douloureux ; il eut plusieurs garderobes ; ce
qui engagea à diminuer la dose et à la réduire à demi-once par
jour et à dix pilules par prise. L'emploi en fut continué^ toute-
fois on diminua graduellement la dose de la térébenthine à
mesure que les accidens s'apaisaient; de demi-once on descen-
dit à trois gros, ensuite à deux gros dans la journée ; mais àcette
dose le malade en continua l'usage pendant dix-huit mois et
avec un succès inespéré. Les reins étaient presque entièrement
dégorgés; il n'éprouvait presque plus de douleur vers les
lombes, et, chose remarquable, c'est que les accès de goutte
devenaient moins intenses, beaucoup plus éloignés, et ils se-
raient devenus peut-être plus rares si le malade avait fait moins
d'excès de vin et de liqueurs fortes. Se trouvant mieux, il partit
pour la Bourgogne, son pays natal.
Ç 7V8, Jià^p'Ort dë la jiyèltie avec les affections de la pean.
M. Civiale cite le fait suivant: « Un malade, à son entrée
dans le service des calculeux, faisait des efforts tellement con-
sidérables pour uriner, que, dans l'espace d'une nuit, la peau
fut soulevée par un (jonflcmentèrysipèlateux occupant la pres-
que totalité du corps. La vessie était appliquée avec tant de
force sur la pierre qu'il en résultait une exhalation de sang,
que le ]naladerendait par gouttes et mêlé à l'urine. Celle-ci de-
vint de plus en plus rare, quoique les efforts fussent inouïs et
le malade njenacé de congestion cérébrale- On pratiqua plu-
AVEC DES MALADIES CUTANÉES. igS
sieurs saignées générales et locales, qui ne diminuèrent pas les
contractions de la vessie. L'urine se supprima , la fièvre sur-
vint, et le malade mourut. La vessie, dont les parois avaient
beaucoup d'épaisseur, était collée à la pierre : sa membrane
muqueuse avait une teinte rouge-brun vers le col, oîi l'on
voyait des ulcérations larges, mais superficielles. La pierre
avait le volume d'un petit œuf de poule. Les reins, dans lesquels
on n'avait soupçonné aucune altération, étaient le siège d'une
plilegmasie interne; celui du côté droit surtout était criblé de
petits abcès ; le gauche contenait plusieurs calculs. Les uretères
étaient très dilatés.» (i)
J'ai rapporté plus haut (Ous. xiv) un cas de pyélile calcu-
leuse, dans lequel on observa des plaques érythémattiuses à la
peau.
Historique de la py élite,
§719. Je diviserai cet aperçu historique en deux parties. Dans
la première, je m'attacherai à prouver que, sila connaissance des
calculs rénaux et celle de l'existence de collections purulentes
dans les reins, remontent à la plus haute antiquité, ce n'est
réellement que dans ces derniers temps que les altérations
produites par les calculs dans les bassinets et les calices et par
suite dans les substances rénales , ont été exactement appré-
ciées. Dans la seconde partie, j'esquisserai succinctement l'his-
toire de la néphrotomie.
S 720. — i''" Partie. Les anciens se sont généralement expri-
més, en parlant des altérations des reins occasionées par des
calculs, comme s'ils avaient la croyance que ces corps étrangers
se développent ordinairement dans les suhstanccs rénales.
Tous supposent que les calculs enflamment la substance des
reins, dans laquelle ils se sont formés; qu'ils y occasionnent des
abcès; que les abcès s'ovvrent dans le bassinet; et aue le pus
mélangé avec l'urine est expulsé au-dehors avec elle.
Lorsqu'il traite de collections purulentes dans les reins, Hip-
(l) Civialc. Traùé de l'aj/celioii cairuleuse, p. 4/, x, in-8, Paris, i838.
i3.
PYîCLiTE (historique).
pocrnte (i) fait mention à' ulcères, mais le texte semble faire
allusion aux ulcères des lombes. Dans un autre passage (2),
c'est bien réellement de véritables ulcères des reins, qu'Hippo-
crate parle et il les attribue à des ruptures de veines. Dans
un de ses aphorismes (3) , il indique les deux principaux symp-
tômes des ulcères des reins et de la vessie ; et dans un autre (4),
il mentionne un signe de la suppuration des reins {urinœ stil-
licidium) sur lequel on a de nouveau appelé l'attention dans
ces derniers temps.
En traitant de la suppuration des reins ( de suppuralîs
renibus), Rufus dit (5) que cet état est annoncé par une fièvre
irrégulière, par le développement d'une tumeur aux îles, et par
l'excrétion de pus avec les urines. Suivant Rufus, le pus s'é-
panche dans les conduits excréteurs de l'urine par une sorte de
rupture, et peut aussi se faire jour dans l'inleslin. Rufus pres-
crit le lait d'ânesse ou le lait de jument mélangés avec le miel,
contre les suppurations des reins. Le vomissement est quelque-
fois indiqué.
(jalien (0), dans son Traité des lieux affectés , donne mie
bonne description des symptômes de la gravelle, de l'abcès
qu'elle détermine dans le rein, de l'ulcère qui peut en être la
suite , et rappelle que l'évacuation du pus avec l'urine est un
des principaux symptômes de cette maladie. Dans son Traité
(i) Hippocratis Opéra omnia, iu-fol. Fr.incof. i6ar, p. S/jO. De intern.
affect.
(2^ Ibid. : « Oritur antem morbiis ex atmbile, qua>, cum ad venulas qiias ad
renem fcruutur, conâuxcrit, cumquo constherit, eas rencmqtie cxulcernt. Ex
ulcère igitur taie qnid cum urina prodit. »
(3) Si sanguis aut pus cum urina redditur, renum aut vesicae exulceratio
significatur {^Apli., sect. iv, apb. 74. — Ibidem., p. laSî). Dans d'autres apbo-
rismes, Uippocrate indique quelques signes , à l'aide desquels il croit qu'on
peut reconnaître si le sang vient des reins ou de la vessie {Aph., sect. ir,
aph. 77, 79, 80).
(•4) « Recto inlestino inilammato, et utero infiammato et renibus suppn-
ratis stillicidinm supervcnit » (Apb. 58, sect. v).
(5) Rufus cité par Aetius, TetrabiU. scrmo iii, cap. 18, p. 606.
(6) Gfîleni Opéra omnia, classis iv , Do lnci.<i affoct., lib. vr, cap. 3, p. J»-
PYÉLiTE {historique). 197
des vlccrcs, Galien recommande le miel et les diurétiques
contre les ulcères des reins. (0
Arétée (2) dit que certains calculs sont blancs et semblables à
de l'argile, et que d'autres sont jaunes. Les premiers, dit-il, se
trouvent dans la vessie des jeunes gens, tandis que les seconds
sont formés habituellement dans les reins des vieillards. Il sup-
pose que le printemps engendre les hématuries et les abcès des
reins, et que l'hiver et l'automne produisent les calculs. Si des
ulcères sont la conséquence de ces calculs, ces ulcères sont
inguéiissables.
Paul d'Egine (3) essaie de donner des signes , à l'aide des-
quels on puisse distinguer les ulcères des reins, des ulcères de
la vessie.
En résumé, les médecins grecs et latins ont connu la forma-
tion du pus dans les reins; l'influence des calculs sur sa pro-
duction ; et le mélange et l'excrétion du pus avec l'urine, comme
symptôme. Quant à la lésion qu'ils ont désignée sous le nom
d'ulcères des reins , il est évident qu'elle n'est autre chose , au
moins dans la plupart des cas, que l'inflammation suppura-
tive du bassinet et des calices (la pyélite). D'un autre côté, si les
anciens attribuent les ulcères des reins à une rupture de veines,
cela tient très probablement à ce que la suppuration du bassi-
net est souvent précédée d'hémorrhagie.
Ce que les médecins arabes disent des ulcères des reins, me
paraît devoir être également rapporté aux inflammations des
bassinets et des calices. Avicenne (4) leur assigne pour causes
la rupture d'une veine, l'issue d'un calcul ou des excoriations
par une humevir cholérique. Des fistules incurables peuvent
être la suite d'ulcères des reins {et muUoties quidem proveniunt
ex ukeribus renum fistulœ quœ nullo modo sanantur). Avi-
cenne insiste, en outre, sur les caractères qui distinguent les
ulcères des reins de ceux delà vessie. Dans les ulcères des reins,
(i) Galeni Opéra, classis vri.lib. 4, cap. 7.
{1) Aretaîi Cappadocis, De causis et signis morb. acut. et diutum., in-fol.
Lngduni Batavorura, 1785, p. 52 et suiv., lib. 11, cap. 3, De renum affcctibus.
(3) Pauli jîigiuctaî Ojitts de re medicd, lib, iii, p. 80.
(4) Avicenue. Libn inre medica omîtes, lib. m, Fcd. xviii, liact. 2, [>. 85t).
198 PYi^LiTE {historique).
dit-il, l'émission de l'urine se fait facilement; elle est difficile
dans les ulcères de la vessie. Le siège de la douleur diffère aussi
dans les deux maladies.
Les médecins et les chirurgiens de la renaissance, pas plus
que les auteurs qui les avaient précédés, n'eurent une idée
exacte de la manière dont les substances rénales s'atrophient
dans les cas d'inflammation suppurative des bassinets et des
calices. Presque tous ces auteurs désignent, sous les noms de
reins consumés par la suppuration, de reins tombés en colli-
quation, les reins atrophiés par suite de la dilatation des bassi-
nets et des calices. Tous croient que, dans les cas de néphrite
calcùleuse, la matière purulente est formée aux dépens des sub-
stances rénales; aucun ne dit que, dans ce cas, l'atrophie des
reins est consécutive à la compression exercée, de dedans eu
dehors, sur le rein par le pus et l'urine accumulés dans le bas-
sinet et les calices.
""î"ernel (i) indique cette consomption du rein et sa transfor-
lîon en une espèce de poche; mais, comme Rufus, il attribue
les ulcères des reins à la rupture d'un abcès, dont le pus se
mélange avec l'urine.
Paré (2) s'exprime comme les Arabes : «Il vient, dit-il, ulcère
aux reins pour quelque humeur acre et mordicante qui y. coule
ou pour quelque aposteme qui dégénère en ulcère. j>
Mercado (3) adopte la même division.
Loin de supposer que les calculs se développent dans le bas-
sinet et les calices, ainsi que cela a lieu presque constamment ,
plusieurs auteurs crurent que les collections purulentes qu'on
trouve dans ces conduits excréteurs dilatés, étaient de véri-
tables votniques , formées dans les substances rénales.
D'autres, avec Hercule de Saxe (4); crurent que la substance
(r) « Rupto autem abscessu, pus cum urinâ defertur vacuato expnr-
gatoque .'ibcei)Su , ulcus manet, diuturaum admodum, et ferè immedicibilc
(Fcrnelii l'alliologia, lib. vj, cap. xri. De morbis renuin, p. 535).
(2) Paré. OEuvres, liv. xtn, cbap. 18 : «des ulcères des reins et de la vessie.»
(3) Mercati. De morb. curât,, liv. xv, cap 7.
(4) Hercul. Saxonia. Observalio, Vid. Schenck. Obs. lib. m. De renibu».
— Scliohograpit. ad cap. Sa, lib. i. IfolleiU de morb, intenus.
PYÉLITE {historique). 199
re7iale pouvait être en partie ou même complètement évacuée
avec l'urine sous forme de caroncules; opiuion qui a pu
prendre sa source dans quelques passages d'Hippocrate oix il est
fait mention de ces caroncules.
Long-temps après, on a continué de croire généralement que
les calculs des reins étaient situés dans la substance de ces or-
ganes, et que c'était à la suite d'une ulcération ou d'une déchi-
rure qu'ils se trouvaient dans la cavité du bassinet. Euslachi (i;,
contradictoireraent à cette opinion, affirma que des calculs
pouvaient passer de la substance des reins dans le bassinet,
sans en opérer Ja rupture. Eustachi était évidemment dans
l'erreur, si, en s'exprimant ainsi, il faisait allusion, non au
passage des calculs, des calices dans le bassinet, mais bien,
comme le texte semble le dire, au passage d'un calcul situé dans
la substance des reins ; car une semblable issue de calculs n'a
lieu , sans déchirure , que dans les cas extrêmement rares oii de
petits calculs se développent dans des lacunes accidentelles
des mamelons.
L'opinion ancienne qui plaçait le siège des calculs des reins
dans la substance de ces organes, continua de régner parmi
les médecins et les chirurgiens. Ferrand l'aîné (2) fait mention
d'un calcul, d'un volume considérable, dont les branches se
ramifiaient in rcmim suhslantiâ. De même, Ledran (3) dit:
a Si le volume des pierres formées clans le rein, ou quelques
angles qui s'y trouvent, les empêchent de couler dans le bassi-
net, plies grossissent dans le rein,- elles y restent pour loujouri
et elles sont souvent la source de très grandes maladies. Il en
arrivera de même, si, ayant coulé jusque dans le bassinet du
rein, elles n'enfilent pas la route de l'uretère. La maladie se
termine alors très souvent par la pourriture des reins ou par
un abcès. S'il se fait un abcès , la place que la pierre occupe
dans le rein, décide. Si la pierre est placée dans le bassinet ou
dans la substance mamelonnée , l'abcès se fait du côté de l'in-
\i) « De renibus, cap. 467, cité par Scbenck, Oh. mec^. rar., lib. ïfi,
p. 452.
(a) Fcrrandi De nephrisi et lilkiasi, in-t8. Parisiis, 1601.
(3) Ledran. Traité des opérations de chirurgie, p. a63.
200 pyÉLiTJi: {Jiistorique).
térieur du ventre, et peut percer dans cette capacité ; mais, si la
pierre occupe la substance médullaire tout près de la corlicale,
l'abcès se continue jusque dans la tunique adipeuse. Mais il
n'est pas impossible qu'il se manifeste au-dehors, au-dessous
des fausses côtes, à trois ou quatre travers de doigts de l'épine ;
pour peu qu'on sente la fluctuation , il faut l'ouvrir promple-
ment, et presque toujours la pierre sort noyée dans une grande
quantité de pus. »
Lafitte (i) s'exprime dans le même sens : « Lorsque, dit-il, le
germe ou noyau pierreux est d'un volume ou d'une figure qui
s^opposc à son entrée dans le bassinet ou dans les uretères, il se
forme quelquefois des abcès, et même assez considérables,
pour détruire toute la substance de ce viscère, et inonder le
tissu adipeux qui' l'avoisine. » Et ailleurs (a), il ajoute : « Je
n'en observai point (du pus) dans les urines ; ainsi, il y a lieu de
croire que le sac qui contenait les pierres ne communiquait
point avec le bassinet. »
Toutefois on ne serait pas fondé à avancer que toas les au-
teurs se sont trompés en disant qu'ils avaient vu des pierres
dans les substances rénales. Ces cas sont rares; mais je les ai
observés et figurés (Atlas, Pl. xxv, fig. 5). Dans les deux
observations suivantes, il est probable qu'il s'agissait réelle-
ment de pierres situées dans les substances rénales. Ainsi ,
Grég. Horst(3) dit qu'il a trouvé de petits calculs dans la sub-
stance d'un rein, et un calcul volumineux dans le bassinet du
même rein; elPlater (4), en parlant de graviers miliaires, trou-
vés dans un rein, ajoute : « Plcrique sicut grana milii rcnum
cami infixi. »
Dans ces derniers temps, on avait bien noté que les calculs
rénaux existaient presque toujours dans les bassinets ou dans
les calices , et qu'on n'en rencontrait dans les substances ré-
nales que dans des cas très rares et exceptionnels; mais on
(i) Lafitte. Sur les cas ou la néphrolomie se fait avec succès {Mémoires de
l'Acad. royale de chirurgie, tom. ii, p. 233).
(q) Ibidem., p. 235.
(3) Borst. Observ., lib iv, obs. XLvi.
(4) Pl.-iler. Observai, lib. ai, p. 892.
pYÊLiTJi {hislurique). aoi
n'avait pas assez remarqué qu'une foule d'observateurs avaient
commis, dans leurs descriplions de la néphrite calculeuse, une
erreur analogue à celle dans laquelle on était tombé à l'égard de
la pleurésie. En effet, de même que d'anciens auteurs, eu relatant
des cas de pleurésie chronique, avaient noté les poumons comme
consumés par la suppuration, d'autres, et même dans ces der-
niers temps, ont indiqué, comme ulcérés ou consumés par un»
fonte purulente, des reins atrophiés et affaissés par suite de la
distension du bassinet et des calices. Dans la pleurésie chroni-
que, l'affaissement et l'atrophie du poumon s'opèrent par suite
d'une compression extérieure; dans la pyélite avec rétention
d'urine et de pus, l'affaissement et l'alrophie du rein sont con-
sécutifs à une compression exercée de dedans en dehors. J'a-
• joute qu'entre ces deux cas pathologiques, il y a cette différence
; que la néphrite proprement dite et la pyélite ne marchent
jamais aussi nettement séparées l'une de l'autre, que l'inflam-
mation du poumon et celle de la plèvre.
Au reste, il suffira de comparer la description que j'ai don-
3 née des caractères anatomiques de la pyélite, § 635, avec tout ce
1 qui a été décrit sur la néphrite calculeuse, pour reconnaître
1 que l'histoire anatomique de cette maladie était encore fort in-
complète.
% 721. On n'a fait jusqu'à ce jour que peu de recherches sur
t les inOamraations pseudo-membraneuses et gangréneuses des
3 calices et des bassinets. Dans un cas de néphrite terminée par
, gangrène, cilé par Duret, dans ses commentaires sur Hou-
. lier (i); dans un autre cas de néphrite suivie de gangrène, rap-
porté par Fabrice de Hilden (2); dans un troisième cas rap-
porté par J. M. Olto (3) ; il n'est pas dit si le bassinet et les
calices étaient affectés. MM. Letenneur et Pigné ont présenté à
(i) Holleri(J.). Omnia opéra practica, iu-fol. Parisiis, 1664, cap. 1,1, De in-
• flammatione renum. Annot. Dureli, p. 404.
(a) Fabricius (Hild.). De litliotomia vesicce, cap. 25 , cité par Bonet. SepiiU
cretum,\\h. ai, sect. xxii, obs. xxni, 1. 11, p. 568.
(3) Otto. Historia renis sinistii maxime lumidi et corrupti, Hallcr, Dispu-
tatiouea ad morbor. bist. et curât, in-/,. Lausannia,*, 1763, t.iv.p. 90.
ao2 PTÉuTE {liisiorique).
la Société anatomique des reins atteints de pyélite calculeuse et
qui présentaient des points gangréueux. M. Crosse (i) a aussi
rapporté deux cas de gangrène partielle des reins, produite par
des calculs dans le bassinet.
M. Guillon m'a montré les reins, les uretères et la vessie d'un
homme atteint depuis long-temps de rétrécissement de l'urè-
thre, et qui eut une suppression d'urine presque complète, plu-
sieurs jours avant sa mort. Les deux reins étaient volumineux,
gorgés de sang et d'une teinte livide ; l'un pesait 6 onces a gros,
et l'autre un peumoins. Ces reins, extrêmement mous, exha-
laient une odeur repoussante et lout-à-fait semblable à celle
de la gangrène. Après avoir enlevé la membrane fibreuse du
rein droit, nous aperçûmes, à sa surface, une lâche d'environ
un pouce de diamètre, grisâtre, décolorée ; la substance du rein
ayant été incisée dans ce point, il s'en écoula une sanie grisâtre,
et nous pénétrâmes dans un foyer non purulent, donl les parois
offraient une sorte de gazon, quand le rein était plongé dans
l'eau. Le bassinet de ce même rein, considérablement dilaté, et
d'un rouge livide , contenait une sanie sanguinolente d'une
odeur excessivement fétide. On voyait, à la surface du rein,
surtout vers sa partie supérieure, des plaques proéminentes
d'un jaune brunâtre , filamenteuses ; ei autour d'elles Li
membrane du bassinet était piquetée et d'un brun foncé. Lors-
qu'on plongeait le rein dans l'eau, la surface de ces plaques du
bassinet ofl'rait une foule de filamens. L'autre rein était moiu^
altéré 5 l'intérieur de son bassinet offrait de fausses mem-
branes qui n'avaient ni l'aspect, ni l'odeur gangreneuse d!u
bassinet de l'autre rein.
Les uretères des deux reins présentaient, à leur surface in-
terne, des éminences d'une couleur sale, jaune-brunâtre ; de ces
éminences, les unes étaient entières, les autres offraient une lé-
gère déperdition de substance vers leur milieu, qui était bru-
nâtre. On voyait aussi, dans l'uretère, d'autres plaques pseudo-
membraneuses jaunâtres et rugueuses, distinctes des éminencp-
d'un jaune brun , évidemment gangréneuses , mentionnées
(i) JolmGrcen Crosse. Atreadse on. the formation, constimenla and ex-
traction oj'tite urinary calciilus, in-4. Lonclon, i835, p. 24 et 41.
PTÉLiTE {historique). 2o3
plus haut. Les deux uretères étaient considérablement dilatés,
surtout le droit qui présentait une sorte de poche vers sa
partie inférieui-e.
Ç 722. Je terminerai cet aperçu sur les descriptions anato-
i miques de la pyélite, antérieures à mes recherches, par une
simple indication de plusieurs cas de pyélite plus ou moins re-
ii marquables.
Dodoens (i) rapporte l'histoire d'un homme opéré d'une
hydrocèle, et qui mourut après cette opération de gangrène du
: scrotum et du pénis ; le rein gauche était corrompu.
Baillou (2) a trouvé le rein gauche d'une femme morte du
! diabète, aussi grand qu'un rein de bœuf, et dans ce rein une
pierre avec un peu de pus. Le rein droit était si petit qu'on
put à peine le découvrir.
Bonet (3) rapporte plusieurs cas de tumeurs rénales qui
avaient formé, au-dessous des fausses côtes, des tumeurs dont on
n'avait pas connu la nature avant l'ouverture des cadavres. Il
rapporte aussi un cas de pyélite calculeuse, compliquée de gan-
grène 4j-
Morgagni (5) a vu le rein droit aussi volumineux qu'une tête
i d'homme et contenant onze pierres. Morgagni cite plusieurs
autres cas d'abcès dans les reins (6).
Pearson (7) a vu, chez un enfant de cinq ans et demi , le rein
; droit peser i6 livres et 10 onces. Une autre fois (8), on a trouvé
1 un l ein de 35 livres. Chez uue femmo de 5o ans, le rein gauche
était si volumineux qu'il pesait 45 livres et demie (9).
(1) î)odoneus.iye(f.oif.ea:«mp/ararfl,cap.xLi,in.i2,Hardci vici, l5ii,p. 7r.
(2) G. Ballonius. Opéra oinnia, in-4. Genevae, 1762. Epidem. et Ephemerid.,
lib. Il, pag. ji3.
(3) Bonet. Sepulcret., lib. m, sect. xxiv, obs. ir. — Bonet, Sepulcret.,
§ 2, obs. XXII. — Sect. XVII, g 9, ob. xxx.
(4) Ibid., t. n, p. 562.
(5) Morgagni, De sed. et caus., existai. VYll, § 10.
(6) Uid. Epist. XL, § 12, i8.-Epist.iLn, § i3.
(7) 'î^'eJ.obs,andinquiries,'Lonà. 1784, vol. th.
fi^^t.deVAcad. des sciences, i-jii., n. vu, p. 40. — Commerc. liUer.
Norimbcri;., nov. 1,37, p. 826.
(y) Med. obs. and inquiries.— Bibl. méd. de Blumenbach, tom. 11 ,§ 3o3.
204 pyiLiTii (Jiisturique).
Cabrol (i) a vu la subslance du rein gauche dclruile par
le pus et sa membraue une fois aussi épaisse qu'une peau de
mouton. Ce rein contenait 14 livres de pus.
Ruysch (2) cite le cas d'un diabétique chez lequel ou trouva
du pus dans le bassinet.
Lindt (3) dit qu'à l'ouverture du corps d'une personne qui n'a-
vait jamais offert d'indice de l'inflammation des reins, les deux
reins furent trouvés distendus d'une manière anomale et rem-
plis de pus. Les uretères étaient remplis de pus, et la vessie,
dont les parois avaient presque l'épaisseur d'un doigt, ren-
fermait au-delà d'une livre de pus fétide.
Sandifort(4) a vu, chez un homme de 42 ans qui avait res-
senti, pendant les dernières années de sa vie, de violentes
douleurs dans la région du rein droit , et qui souffrait d'une
incontinence d'urine , le rein droit en suppuration et adhérent
aux parties voisines. L'uretère , de l'épaisseur du pouce , était
dur comme un cartilage. La vessie était contractée ; ses mem-
branes avaient l'épaisseur d'un doigt.
R. B. Cheston (5) a ouvert un jeune garçon de 7 ans qui éprou-
vait tous les symptômes d'un calcul de la vessie et de grandes
douleurs dans la région des reins. Son urine coulait tantôt invo-
lontairement, tantôt avec beaucoup de peine. Les deux reins
étaient tellement dissous par le pus qu'ils représentaient des sacs
pleins de pus. L'un pesait 4 onces, l'autre 3 onces. La vessie était
épaissie et renfermait un calcul. Le même observateur (6) a
trouvé, chez un homme de 3o ans qui élait incommodé de la
pierre et de douleurs dans les reins, mais qui 71 avait jamais eu
le moindre vestige de pus dans l'urine, les reius changés en
deux sacs remplis de pus et une pierre dans la vessie.
(1) Cabrol. Alphab. anatom, Ob. xxviii. — Bonet. Sepiilci:, tom. 11, p. 366.
(2) Buyscli. Ois. anat. chirurg. xur. — Dilucidatio valvular. in vasis lym-
phal. et lactcis, Hag. Com., i665, cap. iv.
( 3) Muséum der Heilknnde, B. 1, v, § 69 et suiv.
(4) Sandifort. Exercilat. academ., lib. ii, cap. xi.
(5) Palholog, observations, cbap. 2.
(6) Ibid,
PYÊLiTE (historique). 2o5
Portai Chaudon (i) a trouvé le rein droit changé en un sac de
pus de la dimension d'une tête d'enfant; la substance entière
du rein était détruite ; le rein était rempli de concrétions pier-
reuses , moulées dans son intérieur, comme si on l'eût injecté
de cire.
Schmidtmann (2) a trouvé, chez une femme qui n'avait ja-
mais présenté de signe de maladie des reins, le rein droit telle-
ment déuuit par la suppuration, qu'il n'en restait presqua
plus de trace.
Chez une fille dont le ventre était volumineux , que l'on
considérait comme enceinte , et qui mourut après de fortes
douleurs aux reins, et après avoir rendu des urines purulentes,
F. -A. Waller (3) trouva les deux reins extrêmement volumi-
neux et altérés. Le rein droit était rempli de pus et de sang
coagulé ; sa substance était tellement friable qu'elle se déchirait
par le moindre attouchement. Ce cas a été considéré comme un
exemple de gangrèjie du rein ; c'est évidemment une pyélile.
L'autre rein était atteint d'hydro-néphrose.
M. Howsliip (4) a vu le bassinet et les calices très distendus
et remplis par une matière jaune grisâtre qui était composée de
carbonate de chaux et d'une matière animale. J'ai figuré un cas
: analogue dans lequel la matière boueuse, blanchâtre, contenue
dans le bassinet et les calices, était composé de phosphate
de chaux (Atlas, Pl. lix, tig. 4)'
Enfin, on trouvera dans les journaux de médecine un grand
nombre de cas de pyélite rapportés sous les dénominations
d'abcès des reins, de néphrite , de néphrite calculeuse ou de
coliques Jiéjihrétiqnes ; je me bornerai à en indiquer un petit
nombre (5).
(1) Médecine éclairée, tom. u.
(a) Hu/eland's prakt. Journ. der Jleilkunde. B. vu, S. 44.
(3) Waller (F.-A.). Krankheiten der Nieren, S. 5. § 12.
(4) Howsbip. Ouvrage cité, j).
(5) Howison. ^ Cflfe of inflammation and sero-purulent dropsr of the kidnepr
{Edinb. med. and surg. Journ., vol. x vni, p. ôSy).— Houssard. Obs. sur quel'
ques a/JecUons des reins {Bibliothèque médicale, t. Lix, p. 353) Cassagoe.
Sur un abcès au rein gaucbe {Journal de médecine, t. i.xi, p. 5o5, 1784).—
^îo6 PYÉLiTE (Jii S torique).
S 72?, — 2^ Partie. Je passe à l'histoire du traitement des
abcès rénaux , elpar suite à celle de la néjihrolomie.
Lorsqu'on réfléchit au peu de précision des connaissances
anatomiques des anciens, on est vraiment frappé d'admiration,
en lisant ce passage d'Hippocrate (1) : « S'il y a une tumeur ou
une élévation à la région du rein, pratiquez une incision , et,
après avoir fait sortir le pus , travaillez à débarrasser cet
organe des graviers par l'usage des diurétiques. En faisant
cette opération , il y a quelque espoir de guérison ; autrement
le malade est perdu sans ressource. » Il répète à-peu-près la
même chose dans un autre passage : « Lorsqu'il y a, dit-il,
du pus dans le rein , il se forme une tumeur auprès de l'épine
du dos; dnns ce cas, faites une incision à la partie tuméfiée, et
coupez profondément jusqu'au rein. » Enfin un peu plus loin,
il réitère encore ce même précepte, dont le temps a sanctionné
la justesse.
Ce passage d'Hippocrate était clair, précis et positif. Que
les tumeurs des \omhes , j)rovenant des reins, fussent des abcès
Baumes. Calculs rénaux avec des convulsions chez les en/ans {Gazette de santé,
i^8g, p. 186). — Dupont. Sur un abcès du rein (Journal de médecine, 1770,
t. XXXII, p. l35). — Guigneux. Ohs. anat. sur un homme qui n'avait qu'un
seul rein (pyélitc calculeuse), {Journal de médecine, t. xn, 1760, p. 34S. —
M. Swan. Cases of calculi in the bladder and diseuses of kidnejr {Edinb. ined.
and surg Journ., vol. xxii, 1824, p, 91).— M. AUan. Case of obstmcted tire-
ter, with ulcération 0/ the kidney and absces {Edinb. ined. and surg. Journ.,
Tol. xLviii, p. 5i). — M. Duncau {Edinb. med. and surg. Journ., vol.
xxviir, p. 3o6) rapporte un cas très remarquahle de pyélo-néphrite avec
empyème. — M. Flelclier, On failures in lilhotomy {Edinb. med. and surg,
Journ.., vol. xxxvr, p. 433), rapporte un cas où cette opération est devenue
mortelle par suite d'une pyélite. On trouvera aussi des cas de pyélites dans
les tbèses soutenues à Paris, par Ribes (1824), Savin (1827) et de RoUet (1829)
sur la néphrite calculeuse , et dans plusieurs ouvrages relatifs aux maladies
des reins. — Walter. Krankheiten der Nieren u»d ffarnblase , in-4. Ber-
lin, 1800. — Kœnig(G.). Praktische Abhandlung àber die Krankheiten der
Nieren , in-8. Leipzig, 1826. — Wentzke. Ueber die Krankheiten der Nie-
ren , welche durch Entziindung , etc. (Rust's. Magazin lar die gesammle
J/eifkunde. B. xxrv, S. 439).
(t) Hippocratis Opéra omnia. De intern. affectionib., pag. 540, in-folio,
Francofurti, 1621.
PYÉLITE {historiqiié). 207
extra- rénaux (ce qui est le cas le plus ordinaire), ou qu'elles
fussent le rein lui-même énormément distendu, Hippocrale
recommande de les ouvrir, sans distinguer ces tumeurs les unes
des autres. « Incisez, dit-il, lorsque le rein malade fait tu-
meur aux lombes. » Les expressions dont il se sert ( tocjaveiv
xarà TÔv veopiv ) , et dont le véritable sens est à'inciser jjrès du
rein ou jusqti au rei?i, n'autorisent en aucune façon à supposer
I qu'il ait eu la pensée d'inciser le rein lui-même pour aller
chercher la pierre dans la cavité du bassinet et des calices;
d'ailleurs, non-seulement il ne parle point de chercher à opé-
rer par la plaie l'extraction des graviers ou des calculs rénaux,
ou de leur pratiquer, par cette voie, une issue plus ou moins
éloignée, mais il recommande de chercher à opérer l'expulsion
des graviers par des diurétiques.
Cependant plusieurs auteurs ont vu, dans ce passage, la recom-
mandation formelle de pratiquer la néphrotomie dans le cas de
calculs rénaux. Ainsi Cardan (i) se plaint qu'on ne pratique plus
b la néphrotomie, ce qui se faisait, dit-il, du temps d Hippocrate.
^ Mery (2) dit aussi qu'on a tort de négliger de tailler les reins
calculeitx. k La connaissance que nous avons que la néphroto-
' raie a été pratiquée du temps d^ Hijipocrate, doit, dit-il, enga-
^ ger à y recourir. « Cette opinion de Mery a été reproduite par
i les historiens des maladies de Breslaw (.3), par Gaspar Bauliin (4),
ï Sçhenck (5) , Bonet (,6), Gasp. a Rejes (7), Meibom (8), Heis-
(1) Cardan De liliris propriis. Nuremberg, i544-
(2) Mery. Ol>s. sur la manière de tailler, -p, 1^2 et suiv. Paris, in-12, 1700.
(3) Uratislaviensis collcgia acad, nat, cur., an 1702, p. 356.
(4) Baubin,G. Ex ohs. prop. apud Scbenck. Obs.med,, lib. 3,curat. nepli.
obs. vrir. « Unde liquet veram esse Hippocr.itis senteutiam qua; habetur
lib. de morliis internis, calculos nitnirum a lateribus extrabi posse. »
(5) Scbenck. avance aussi que la népbrolomie a été pratiquée par le* an-
ciens {Obs. med., p. 357).
(6J Bonet. Sepulcr., lib. ur, scct.22, obs. xx, est moins formel; il dit : « Et
quanquam Hipp. (lib. de int. affect.) suadere mideatur, yix tamen tentauda
e»t; nisi manifcstum sit ipsam et naturam apostemate quodam facto viam
sibi qii^rere, ete.
(9) Gaspar a. Rejes. Elys. suc. quœst. camp., quœst. 86, n. 16.
(8) Meibfim. Comment, in Hippocrate. \\\il\iïS\nA., cap. xvf, p. i.'io.
2o8 PYKLiTH {Jti.iloriquc).
ter(j), qui affirment aussi qu'Hippocrate conseillait d'inciser le
rein. Benoît Sinibald(2) dit qu'il ne faut pas priver le genrehu-
inain d'un si grand bienfait ; et Panaroli (3) émet aussi le vœu
que cette opération puisse être pratiquée.
Mais d'autres auteurs ont soutenu, avec raison, qu'Hippocrate
n'avait jamais eu en vue l'opération de la néphrotoniie ; qu'il
s'était borné à recommander d'ouvrir Les abcès des lombes •pro-
venant des reifis. De ce nombre sont : Michel Bernh. Valen-
tini (4) et L. Schrœck (5), lesquels pensent que le précepte donné
par Hippocrate, de faire une incision très profonde sur le rein
suppuré , lorsqu'il se présente une tumeur près de l'épine^
n'a pas été bien compris par plusieurs auteurs.
Welsch (G.-H.) (6), Menjot (7), remarquent aussi qu'Hippo-
crate dit non pas d'ouvrir le rein, mais bien la région voisine
du rein, comme l'a interprété Prosp. Marliano. (8)
Van Swieten (9) rappelle qu'Hippocrate prescrit non pas d'ex-
traire les graviers et les calculs des reins par une incision aux
lombes, mais bien d'évacuer le pus et de nettoyer, par l'usage
des diurétiques, les reins remplis de sable et de graviers. Enfin
Barthélémy Castelli(ro) s'exprime d'une manière nette et concise
à ce sujet : « Sectio renum , de qua legi poterit apud Hipp. (de
intern. aflect- xv , 19). Enim vero non ibi sermo est de sectione
ijisoriim renum, sed de sectione abcessus juxta renés. Irapossi-
bilis igilur potius habenda est renum seclio, cum Boneto Mercur.
(1) Heisler. Institutions de chirurgie, in-4, .ivignon, 1770, toin.ir, p. 292.
(2) Sinibaldi. Hîppocralis Antiphonon, iv, lib. v.
(3) Panaroli. Ob. med,, Pentecost. y, obs. XLir.
(4) Valentin. Cliirurg. medic, sect. m, cap. 6, § r, pag. 323.]
(5) Sclirœck. Mise. Nat. Cur. Dec. 2 anu. 3, in Scliol, obs. cxxxix.
(6) Welsch. Curationum propriarum consiliorum med. décades x, in-4.
Vienne, 1698.
(7) Menjot. Diss. path., pars 11 , ex Bibl, med. pract. Manget., lib. xrr. —
Bonet. Poljrallkes, Genev. 1691.
^8) Martianus (Prosp.). Magnus Hippncrates Cous explicatas, sive operum
Jfippocralis inlerpretatio, Komx, in-fol., 1626.
(9) Van Swieten ifi Boerbaave. Aphorismos,, De A'iilner., tom. i.
(to) CastcUi. Lextcnn. Kn. NiPunOTOMiA.
PYiiLiTE {historique). ^09
a au-
Compit. (lib. XII, p. 43.) » Enfin Bernard (I) pense qu ou n
cune preuve que du temps d'Hippocrale, et même que plusieurs
siècles après lui, on ait réellement pratiqué la néphrotomie;
et il est certain, ainsi que je l'ai déjà fait remarquer, qu'Hip-
. pocxate s'est borné à recommander d'ouvrir les abcès des
\, lombes, provenant des reins, et qu'il n'a fait nulle mention de
la recherche ou de l'exlraclion des calculs rénaux.
Rufus (2) dit que la tumeur formée aux lombes ne s'évacue pas
par les rnns, dans certains cas {px>Sè pYipuoÔat èôsXei 'e twv vctppûv),
mais qu'elle persiste jusqu'à ce qu'elle soit ouverle par les cau-
II stiques ou par d'autres procédés. Or , l'incision recommandée
> par Hippocrate, et que Rufus comprend probablement dans les
autres procédés, est généralement préférable aux caustiques.
Galien (3) décrit deux espèces de calculs et de sables qui corres-
pondent évidemment à la gravelle roiige et à la gravelle grise; il
; indique la douleur et le sentiment à! engourdissement de la cuisse
\ qu'entraîne l'affection du rein (4). Il note que les calculs peuvent
se trouver dans les reins ou dans l'uretère, et que cette affection
est accompagnée d'une espèce de colique qu'il distingue des
coliques intestinales. Il remarque qu'un grand nombre de per-
sonnes atteintes de douleurs sourdes dans les reins et dépen-
dant d'une affection calculeuse , n'ont pas rendu antérieure-
ment de sables; enfin, il énumère (5) les principaux symptômes
de la suppuration des reins : les frissons vagues , les accès de
fièvrt irréguUère, le sentiment de pesanteur dans la région
rénale, l'évacuation du pus, du sang , et de grumeaux avec
l'urine. Mais non-seulement il ne parle pas de la néphrotomie,
mais, il ne fait pas mention des abcès des lomhes provenant des
reins , ni de l'incision recommandée par Hippocrate , ni de la
cautérisation indiquée par Rufus.
(i) ^trazrà. Philotophical transactions, ioT tlie montbs ofNov. and Dec.
1696, vol. XIX, p. 333.
(a) Rafi Epliesii de •vesicœ renumque morbis. Londres, in-4.
(3) Galeni. Omnia quœ exstunt, Basile», in-fol., i562. — Class. vu
cap. 3 ;■ de renum affectus dignot. et medic.
Comincnt. L in. Hipp, De moih. a/ulg,, liv. vi, clas. m, p. 3o4, t. ir.
(5) Jbid. De locis affcct., lib. vr, cap. 3.— De ren. afject. dignoùonf.
III. 14
2IO VYÉUTk [hisloiii^ae).
Cœlius Aureliaûus (t) a divisé leà inmeurs rénales , prove-
nant de la néphrite , en légères et en fottes; lè traitement en
est tout médical; il ne fait mention ni 'àél'incïsioii, ni de la
cautérisation.
Celsé ; qui etltrë dkns tjUelques détails sur la taille de la
vessie (a),tie dit pàs un mot des tutneui-â dés reins aùx ibrtlbeS,
ni du traitement t[ue réclament ces tuméttrs.
At-tlligène él Pllilagrius (3) donnent de bon& préceptes Sur
l'emploi de la saigiiée, des vésicatôires , des boissons diuré-
tiques, de la diète lactée dans le traitement des inflamma-
tions dcS reiùs produites par des calculs; mais ils ne font men-
tion ni de l'incision, ni de la cautérisation des tumeurs rénales
pour doUUer iSâufe âU pus.
Aleiandi-e deTrallfes (4) cherche à distinguer le pus provenant
deà reiiiS du pus provenaiit de la vessie ; mais il ne dit rien
du traitement chirurgical des Inmeurs rénales contenant du pus.
PavU d'Egine (5) indique Une foule de topiques et de bois-
sons qu'il regâi-de coihme pi-opres à guérir les nlcèrei des reins
(les boissons adoucissantes , le lâil, un régime doux , les
bains, etc.) ; mais il ne mentionne ni les tumeurs rénales, ni
leur ti-aitethetit.
Eu résumé, leS tnédecitts de l'antiquité ont connu l'existence
des graviers et des calculs rénaux , et les principaux abcidens
que ces colps élfattgtrS peuvent produite ; mais Hippocrate et
(1) Cxiitis Auréli.Vnus. Morbor. clirorùc, lib. v, cap. m. Nephritis.
(2) A. d CélsUS De rè mùdica ,Yi\>. iv, câ'p. 10, p. 173, in-8. tugduni
i565. Cclse. Ibidem, lib. Vii, cap. iiB, p. 38i.
(3) Cités Ji&f AtttikSi TetrahihUS; SfirUid iti, p. 594.
(4) Alei.Trall. il/ei/ianœ libri xit, ita''i6. Liigduni,'iS6o, p. 558. — «Quod
igitur pus a supcrioribus partibus effertur, omnino cum urina ipsa accurate
pcrmixtum iiiVènitui'! sin au'tcm hb inferioribbb excernàtnr, etiam sëditnen-
tum in fundo matula? potius sul)siderc deprebendes. « Ibid., p. 646, 557,
55q, etc. ■< Colculo nffecti in acccssionibus quidem mBdibaibehtis curari
debcnt qute laxarèv leuiV-e et pr«lérea cômminuei* et calcnluin edncfere pos-
sunt. — Qui pus excernunt, li'nilttis et abstcrgentibns ciirandi sunt. >■
(5) P.iuH /Esincta' Oims rie re medica, lib. m, p. 77, 78, 79, 80. Parisiis,
in-4, ifia.
PYÉLiTE ( h is torique ) . 211
Rufus , seuls , ont décrit les tumeurs purulentes des lombes,
provenant des reins. Hippocrate a recommandé de les ouvrir
avec l'instrument tranchant, et Rufus, à l'aide de l'application
des caustiques ou de tout autre procédé. Mais aucun auteur
ancien, grec ou latin, n'a conseillé d'inciser le rein abcédé ou
non abcédé , pour en extraire un calcul.
Cependant, soit par une fausse interprétation du passage
d'Hippocrate, cité plus haut, soit (ce qui est moins probable) que
d'autres médecins de l'antiquité dont les écrits ne nous sont pas
parvenus, eussent réellement recommandé la néphrotomie;
deux auteurs arabes, Sérapion et Avicenne, émirent l'opinion
que cette opération avait été anciennement pratiquée. Séra-
pion (i) s'exprime ainsi : « Quidam antiquorum prœcipuerunt
lapidem renum extrahi cum ferro incidente , rétro super latus
duorura iliorura in loco renum. Êgo autem video quod hsec
audacia est difficilis vehementer, et adminislratio istius cura-
tionis est maxime periculosa et suspecta de morte. »
Après avoir mentionné les ulcères des reins produits par les
calculs ou par d'autres causes ; après avoir indiqué les symp-
tômes qui distinguent les ulcères des reins des ulcères de la
t vessie ; après avoir signalé les fistules rénales qui sont quelque-
i fois la conséquence de ces ulcères ; après avoir beaucoup in-
! sisté sur le traitement médical des calculs des reins, Avicenne (» )
» ajoute au sujet de la néphrotomie : « Et sunt quidam qui
! laborant extrahere ipsum (calculum renalem) per iocisionem
i ilii et per dorsura. Sed est magnuls tiraor in eo , et operatio
ejus qui ralionem non habet. y>
Faut-il inférer de ces passages de Sérapiôn et d' Avicenne
' qtie les Arabes ont pratiqué la néphrotomie ? Freind (3) ,
nbli-seulemenl répond affirmativement , mais il va jusqu'à re-
procher à Albucasis de ne pas parler de cette opération, et il
ajoute : <c E Serapione et Avicenne cotostat hoc aliquando iis
<i) Sérapion. Prax., tract, iv, cap. 22.
(a) Avicenne. Libri in re inedica onmcs, lib. m, fan 18, tract. 2, cap. 10,
in-fol. Venetiui, i564.
(3) Freiuà, Hisi.med., trad, Wigau., iu-4, Parisiis, 1735, p. 273.
14.
a 12 py ÉLITE [historique).
tcmporilnts praeslilum, quanquain operationem uterque valde
ancipilem judicat (i). »
Mais d'après les ouvrages de l'antiquité qui nous restent, on
peut affirmer, contradictoireraent à Sérapion et à Avicenne ,
que nul auteur, grec ou latin, n'a conseillé d'inciser le rein pour
en extraire un calcul. Et malgré ce que semblent dire Sérapioa
et Avicenne, il n'est pas plus prouvé que la néphrotomie ait été
pratiquée par les Ai'abes. Sérapion et Avicenne, trop préoccu-
pés de repousser l'opération de la néphrotomie, dont il n'existe
réellement aucune trace dans l'antiquité, ont commis une autre
faute; ils ont négligé de recommander le sage précepte qu'elle
avait donné dans la collection hippocratique, celui à'inciser
les abcès provenant des reins.
Le père de la chirurgie française, Guy de Chauliac (2), re-
produisit les opinions des auteurs arabes ; comme eux, il rejeta
l'opération de la néphrotomie, sans indiquer les abcès aux
lombes, provenant des reins, et sans mentionner la recomman-
dation faite par Hippocrate d'ouvrir ces abcès.
On en était là, quand de nouvelles observations vinrent dé-
montrer tout l'avantage qu'il y avait à ouvrir les abcès des
lombes, provenant des reins, ainsi qu'Hippocrate l'avait con-
seillé. Ces observations établirent, en outre, un nouveau fait :
l'issue , dans quelques cas, d'un ou de plusieurs calculs par la
plaie résultant de l'incision, ou par l'ouverture fistuleuse qui
y succédait.
Louis Richieri, savant philologue, plus connu sous le nom de
(l) Hévin a traduit ainsi ce passage: « Il est certain, ajoute-t-il, que
Sérapion et Avicenne, en disant que plusieurs //niA'^uaien^ cette méthode eu
ce temps-là etc. (Hévin. Recherches sur la néphrotomie ,-Mém. de l'Acad. royale
de chirurg., tom. m, p. 280).
(a) « Nihilominus chirurgus directe non liabet considerare de lapide re-
num nec aliarum intrinsecarum particularum, cum non contingat ipsum
curare benefîcio cbirurgiœ... £t in renibns non débet incidi , in vesica est
periculosa incisio» Guy de Chauliac. Chimrgiœ tractatus seplem cum and-
(fotan'o. Lyon, in-8, i546. — [Delapide in -vesica, tract, vr, doctrina ir, cap. 7)' j
(3) Coclius Rbodiginius. Anùquarum lectionum Uhri xvr, Venetiis, in-fol.
i5i6 (/iiiri xxr, Basili.T, i55o).
pyÉLiTE (hisLorique). '-^^^
■rlius Rhodtginius,^Ar\e d'une femme qui, après avoir soiif-
ci t un grand nombre d'années de pesanteur dans les reins,
près de l'épine, fut prise de démangeaisons dans la même par-
lie, s'y gratta, d'oii un ulcère aux lombes, par lequel sortirent
dix-huit pierres de la grosseur d'un dé.
Cardan (i) rapporte, d'après le témoignage oculaire d'Albert,
un cas tout-à-fait analogue, c'est celui d'une femme qui avait
ïété long-temps tourmentée de violentes douleurs de reins, et à
laquelle on ouvrit enfin la partie malade , d'où l'on tira dix-
ihuit pierres de la grosseur d'un dé.
Les médecins arabes ayant avancé, d'une part, que les an-
iiciens avaient pratiqué la néphrotomie, et, d'autre part, que
cette opération devait être rejetée ; des chirurgiens et des méde-
ucins de Paris crurent qu'il serait bon de tenter cette opération
sur un criminel atteint de la pierre dans les reins ; l'autorisation
leur en fut accordée par Louis XI (2).
« Audit mois de janvier i474, advint que ung franc archier
deMeudon prés Paris estoit prisonnier és prisons de Chastel-
let, pour occasion de plusieurs larrecins qu'il avoit faictes en
divers lieux, et mesmement en l'église dudit Meudon. Et pour
ilcsdits cas et comme sacrilège, fut conderapné à estre pendu et
lestrauglé augibetde Parisnommé Montfaulcon, dont il appella
lenla court de Parlement, ou il fut mené pour discuter de son
I appel: par laquelle court et par son arrest fut ledit franc ar-
ichier, declairé avoir mal appellé et bienjugié par le prevost de
i Paris, par devers lequel fut renvoyé pour exécuter sa sentence.
l^En ce mesrae jour fut remonstré au Roy parles médecins et
cirurgiens de ladite ville que plusieurs et diverses personnes
estoient fort travaillez et molestez de la pierre, colicque, pas-
sion et maladie de costé , dont pareillement avoit été fort
molestéleà'xt franc archier. Et que aussi desdictes maladies
(i) Cardan. De rentm varietate libri xvii, lib. 8, cap. 44, in-fol., BasUese,
1 1557.
(a) Les chroniques de Jean de Troyes, .ippelécs Histoire de Louys Un-
' """^y Autrement dicte la Chronique scandaleuse, publiées par Petitot
{CoUeclion comolàte des mémoires , relatif s k V Histoire de France, loin, xui,
p. 452).
2i4 PTiéLiTE {historique).
estoit lors fort malade monseigneur du Bochaige, et qu'il seroit
fort requis de veoir les lieux oii lesdites maladies sont conciees
dedensles corps humains, laquelle chose ne povoit mieulx eslre
sceué que inciser le corps d'ung homme vivant, ce qui povoit
bien eslre fait en la personne d'icelluy franc archier, qui aussi
bien estoit prest de souffrir mort, laquelle ouverture et incision
fut faicte au corps du dudit franc archier, et dedeus icelluy quis
et regardé le lieu des dictes maladies. Et après qu'ils eurent esté
veuës, fut recousu, et ses entrailles remises dedens. Et fut par
l'ordonnance du Roy fait tres-bien penser, et tellement que
dedens quinze jours après il fut bien guery, et eut remission de
ses cas sans despens, et si luy fut donné avecques ce argent. »
Remarquons d'abord que, dans cette relation, la seule qu'on
puisse invoquer, il est dit que le franc archer avait souffert de
la pierre, mais non qu'il en sotiffrail lorsqu'il fût pris pour
sujet de l'expérience. J'ajoute que la chronique dit que, lorsque
les parties malades (c'est-à-dire le rein) eurent été vues, la plaie
fut recousue. Nulle mention n'est faite de l'extraction d'un
calcul rénal. Tout ce qu'on peut inférer de ce fait, c'est que les
chirurgiens cherchèrent à découvrir le rein, que le péritoine
fut ouvert, puisque l'intestin sortit par la plaie, et que malgré
cet accident l'archer guérit de cette opération.
Ambi oise Paré (i), en rapportant ce fait, évidemment d'après
(i) « Je ne pnis encore passer qae ne recite ceste bistoire prise aux chro-
niques de Moustrelet, d'un franc-arclier de Meudon, près Paris, qui estoit
prisonnier au Cliastelet pour plusieurs larcins, dont il fut coudamoc d'estre
pendu, et estranglé : il en appella en la cour de parlement, et par icclle
cour fut déclaré estre bien jugS et mal appelle. £n mesme jour fut re-
monstre au Roy par les médecins de la ville, que plusieurs estoyent fort
travaillez et molestez de pierre, collique passion, et maladie de costc, dont
eseoit fort molesté ledit franc-arcber, et aussi desdites maladies estoit fort
molesté monseigneur de Boscage, et qu'il seroit fort requis de voir les lieux
où lesdites maladies sont concreées dedans les corps humains , laquelle j
chose ne pouvoit estre mieux sceuë qu'en iucisaut le corps d'un bomme |
vivant : ce qui pouvoit ostre bien fait en la personne d'iccluy franc-.ircb8r, !
qui aussi bien estoit prest de souffrir la mort : laquelle ouverture fut faite
au corps dudit franc-arclier, et dedans iceluy quis, et regarde le lien dejdite»
PYÉLIT? {historique). 2i5
la même chronique, Ta involontairement altéré, en disant que
l'archer souffrait de la pierre, tandis qu'il est dit dans la rela-
tion qu'il en avait noyffèrt. Plus tai d, Mézeray (i), en rappelant
maladies , et après qu'ils eurent esté veuz , fut recousu , et ses entrailles re-
mises dedans. Et par ordonnance do Roy fut bien pensé, tellement que dedans
quelques jours il fat bien guary, et eut su rémission, et luy fut donné avec
ce argent. » (Paré. O^'acr^j, in-folio, liv. XXY, cbap. 16. « De cerlaines cftoses
estran^es que nature repousfe par son incompréhensible ^^widence]. •>
Le même fait, rapporté, avec quelques variantes, dans une traduc-
tion latine de l'ouvrage de Paré, insérée dan.s le Thésaurus chirurgiie de
P P. Uffenbach, in-f<:)|. Francofurti, 1610, p. 56^, répond litéralement au
f passage d'une autre édition citée par Scbeqck : « Quod sequitur ex Mons'
t treleti Chronicis, omnem superat admirationem. Immuuis quidam sagit-
tarios ex Medono quatuor à Liutetia mili.iribns, propter latrocinia dnmna-
tus erat rei capitalis. Intérim a medicis régi renuntiatum est, multos tpm-!
pestate calçulosis torminibus Lutetiae divexari, et prae cœteris Bosci dominuui :
e re et sainte multorum futurum, si partes ipsas, in quihus tam diruin morbi
I genus concresceret, oculis lustrare et conlemplari darctur ; longe id qieUus
t in vivo bomine , qnam in mortui cadavere perspici ; experiri id licere in
I sagittarii immunis morti addicti, et olim bis malis discruciari soliti corporCi
l Impetratum a rege est : itaque , recluso corpore spirantis, partes coutcinpl^ti
et ex voto rimati sunt medici, bisque diligentcr et exacte çpnsultis ac suo loco
restitutis , jussu régis consutum corpus est , qua reclusupi fuerat, et summo
studio adhibito curatnm. Ita factum est, ut sagittarius ille intra paucos dips
convaluerit, culpxqne yeniaimpetrata, grandi insuper pecuni,-! donatiis. »
Paré, on son traducteur, ^'exprime ainsi sur ce fait: ■< Omnem superat
admirationem, » et l'éditeur a ajouté en marge :« Superat bxpi^arratiQ non
umnem modo admirationem, ?ed et fidem. »
Paré ne paraît pas avoir considéré ce fait cow^js v^a ffCRiple de né-
p))rotomic.
Scbenck rapporte ce fait d'après Paré (lib. ju. Z>ç Lilhiafi rçjmw,
obs, m), avec le titre suivant : « Calcula renuin 'vexatus , vivus iacisus a,
medicis, ut causas et ifaturam tantorum çmçialuum çt parlium rimarenfur : aO
iisde/n (fenuo restitutus et seryattis. « 11 est à noter cependant qu'jl a, mis ce
fait dans un chapitre distinct de celui où il traite exçlusivçi^ent <lc la pépbrû-
tç^ie {Calculi renum. çhirurgia).
(1) « La médecine s'y cultiva aussi plus fructueusement qu'auparavapf.
Lçs ^Pcjcurs de cette f3çulté ayant scû qu'un archer ^e ?.agnole,t, fort sujçt à
la grjyellB. ayqiç été pondampé à mort p.9;ç^^■ ^ej crigie^, supplierez le Çoy
21 6 PYiiLiTK {historique).
le même fait, lui fait subir une bien plus grave altération," en
disant qu'on ouvrit le rein pour en tirer un calcul. Rousset (i)
et Sainle-F oix (2) , altérèrent aussi ce même fait , ou le repro-
duisirent fort inexactement.
qu'il leur fût mis entre les mains pour faire expérience sur luy, si on pourrait
ouvrir le rein et en tirer le calcul. Leur opération reiissit fort heureusement,
et l'areher vécut encore long-temps en bonne sintc» (Mczeray. Abrégé
chronolo^que de V Histoire de France, in-12. Amsterdam, 1701, tom. iv,
p. 60).
Garnier {Histoire de France , depuis Vétablissement de la monarchie, jus-
qu'au règne de Louis Xïp^, in-12, tom. xviii, pag. i83, Paris, 1767), a répété
peut-être d'après Mczeray, que chez l'archer de Mcudon on fit l'extraction
de la pierre.
(1) Voici les termes dans lesquels ',Ilousset(27e part. casar.,sect.ïii, cap.7 ,
traduction latine de G. Bauhin, in-12, Basilcx, i , p. 5g) raconte le fait
« Uuc etiam rcforri potcst historia ipsius immunis sagittarii Modunensis
calculosi, qu.-e a Monstreleto dcscripta , cum jam morti adjudicatus esset,
concedonte tamen magistratu , ob instantem petitioncm medicorum Lutetia-
norum, venter npcrtus fuit, quo lapis perquirerelur, et locus lapidis observare-
tur : rcpositis dein intestinis, vnluus consutum fuit : ipse vero sanitatem
pristinam ndeptus est: sententia etiam, qua morti erat adjudicatus, remissa,
propler dolores , invite tum ab ipso perpessos. » Rousset ajoute que Paré,
qui a rapporté cette observation, avait oublié de noter deux choses impor-
tantes, dont il aurait pu facilement s'assurer : « Primum est, calculus ne in
ipso rené aut in vesica ab ipsis quœsitus fuerit; alterum, quo in loco exte-
riori scctio ba;c cœpta fuerit: an videlicet in lumbis, autaliain parte ipsius
epigastrii (paroi antérieure du ventre) versus ilia. » Il est à noter qu'il y a ici
deux variantes : d'abord, Rousset affirme positivement que le malade était un
calculeux, et en second lieu, que l'opération lui fut faite malgré lui, on au
moins sans le consulter; tandis que Tean de Troyes ne mentionne pas cette
circonstance, et l'auteur de la Nouvelle histoire du règne de Louis XI dit au
contraire que le roi répondit qu'il le voulait bien, pourvu que le franc archer
y consentit; et que, pour l'y disposer, il lui promettait sa grâce, et une
bonne somme d'argent de plus, au cas qu'il revînt de cette opération. Le
criminel accepta ce parti. •
(2) Sainte.Foix, en parlant de même fait, d'après la cbroûiqoc de Louis XI,
s'exprime ainsi :
<. Au mois de janvier 1474, les médecins et chirurgiens de Paris repré-
sentèrent à Louis XI, que plusieurs personnes de considération étoienl ira-
pyÉLiTE {hislurique). --^«7
Le texte de Jean de Troyes , mal vérifié , altéré , et complè-
tement défiguré, est ainsi devenu l'objet d'une foule d'inter-
prétations plus ou moins inexactes. Colot (i) suppose tout-
à-fait gratuitement' que le rein de l'archer, fatigué par la
pierre, s'élait enfiammé, qu'il faisait une tumeur considé-
rable qui fut ouverte et dont on tira aisément la pierre; s'ap-
puyant sur le passage de Mézeray , il conclut que l'on pra-
tiqua, non le grand appareil, comme plusieurs l'avaient
supposé, mais la néphrotomie. Méry (2) soutient au contraire
que la maladie du franc archer était \a pierre dans la vessie ,
vaillées de la pierre, coltqae, passion et mal de côté; qu'il seroit très utile
d'examiner l'endroit où s'engendroient ce» maladies; qu'on ne pouroit mieux
s'éclaircir qu'en opérant sur nn homme vivant; et qu'ainsi ils demandoient
qu'on leur livrât un franc archer qui venoit d'être condamné à être pendu
pour vol, et qui a voit été souvent fort molesté desdits maux. On leur accorda
leur demande, et cette opération, qui est, je crois, la première qu'on ait faite
pour la pierre, se fit publiquement dans le cimetière de l'église de Saint-
Séverin. Aprjès qu'on eût examiné et travaillé, ajoute la chronique , on
remit les entrailles dedans le corps dudit frauc arrher qui fut recousu, et
par l'ordonnance du roi très bien pansé, et tellement qu'en quinze jours il
fut guéri, et eut rémission de tes crimes sans dépends, et il lui fut même
donné de l'argent. (Sainte-Foix, Essais historiques sur Paris, 5* édit., tom. 1,
p. 287. Paris, 1776).
Sainte-Foix termine sa narration par la réflexion suivante ; « Le cours
des évènemens de la vie est quelquefois bien singulier ; il falloit qne ce misé-
rable, pour être guéri de la pierre , fut condamné à être pendu. » On voit
que Sainte-Foix croit à une opération pour débarrasser le franc archer d'un
calcul ; Roussel parait, d'après la manière dont il s'exprime, avoir eu aussi la
même^royance : « Ipse vero sanitatem pristinam adeptus est.» Et en parlant
des médecins de Paris, il ajoute : « Qui cum Luteti.ne adeo féliciter rem tam
periculosam, tanta etiam cnm utilitate conjunctam tentassent, mirum quod
id literis non con»ignarint,imo tahulis asneis insculpserint posteritati cas con-
secrantes, et ut rem admiratione, imo saepius imitatione dignam, eas in scho-
lis ipsorum erigentes. » Il n'est pas besoin de dire que rien, dans le texte de
Jean de Troyes , n'autorise cette manière de voir.
(1) Colot (Fr.). Traité de Vopération de la taille, p. 36 cl suir.
(a) Mery. Observations sur la manière de tailler dan* Us deux sexes, p. a
et suiv.
ai8 PYÉLiTE (^historique),
et ce sentiment ditllévin (i), a prévalu dans ces derniers temps,
non-seulement chez les historiens, mais encore chez les méde-
cins et les chirurgiens. Ainsi, Vautour de l'Alrègè de VHU-
toire ecclèsimtique dit que l'Europe fut reéfevable à Louis XI
de l'art de tailler les personnes incommodées de la pierre, par la
permission qu'il donna aux chirurgiens de Pans d'en faii e l'essai
sar un Jiorame pondaniné à mort, qui en guérit et vécut long-
temps après. A.-O. GoelicU, à cette occasion, montre son étopT
neraent que Louis XI ait permis aux médecins de Paris d'o«-
vrir lejjérinée (2). L'auteur de l'art, anaïomie, dans l'^eyc/o-
pèdie mèlhodipie, termine l'histoire du franc archer, en disant
formellement que ce fut là , pour la première fois , depuis
Celse, qu'on tenta Vojièration de la taille. Haller (3) croyait
également que ce fut un cas de calcul dans la vessie opéré par
Germain Colot dans le tçmps de Louis XI; mais, dit-il, cette
histoire n'est pas claire, et paraît appartenir au haut appareil,
puisqu'on lit qu'après avoir replacé les intestin, on fit la suture
du ventre. Enfin, Tolet(/() affirme qu'il est facile déjuger queledit
franc aicher n'était point incommodé de la pierre ; et qu'il y a
apparence que l'opération qu'on lui fit était celle qui se prati-
que pour la maladie, nommée volviilus, qui survient lorsqu'un
intestin est redoublé ou replié en lui-même !
D'autres faits qui ont eu moins de retentissement que l'ex-
(1) Freind (Ifistor, medicinw , pag. 374, i» Oper. omn, medic,, in-4,
1735), en racontant co fait d'après Mézeray, avance (et HéWn le
répète) qae cela arriva sous Cbarles YIII. Or, la seule date connue de cettp
expérience est celle qui est donnée par l'auteur de la Chronique de Louis XI
(1474)- Charles VIII ne monta sur le trône qu'en i483. Freind a été proba^
blemeut conduit ii placer le lait sous Cbarles VIII, parce qu'il est consigné
^^ns uif résumé sur les prinoipans évèaemens du quinzième siècle, que Méze-
ray a mis à la Un du règne de Charles VIII, bien que ce résumé compreuae
plusieurs autres faits passés sous le règne de Louis XI, et en particulier,
l'importation 4p l'ùnp"ipei°ie à Ç{iris,en i470-
(2) Gcelick. Histoire anaU noitv. et antiq., § a4.
(3) Comment, in method. discend. medec. Boerhaave, i, », part. i3, cap. 2,
p.
(4) Tolct. Traité de la lil/wtomie, cbap. i5, p. i.io et suiv.
PYÉLiTE {historique). 219
périence tentée sur le franc archer, mais qui ont réellement
une plus grande importance scientifique, ne tardèrent pas à se
produire.
Pierre de Bayro (i) rapporte l'histoire d'une pauvre femme
qui avait souÉFert pendant long temps dans la région d'un des
reins, où il existait une tumeur donnant un sentiment de Auqt-
tuation profonde. Un chirurgien fut d'opinion qu'on devait
attendre jusqu'à ce que la tumeur fût devenue proéminente.
Mais, sur la représentation de Bayro que la malade serait morte
avant que cela eût lieu, le chirurgien fit l'opération ; il s'écoula,
pendant quelque temps, une grande quantité de matière, et la
malade se rétablit. Bayro ajoute qu'il a vu mourir d'abcès aux
reins plusieurs malades, soignés par de savans médecins qui
n'avaient point osé faire l'ouverture de ces abcès. Celte prati-
que et ces remarques de Bayro confirmaient la justesse des pré-
ceptes hippocratiques.
Fernel (2), après avoir donné sommairement, mais d'une
manière très précise , les caractères et les symptômes de la
pyélite calculeuse et ceux des tumeurs lombaires provenant
des reins, s'exprimait ainsi: « Yel ea sede congestun^ (pus),
ilia lumbosque copia distendet, equibus etiam aperta cute diu
multumque manat. Nonnunquam et illinc calculus ingens cum
pureatoi exccssit,aliàs evulsus est». Comme on levpit, Fernel
indique nettement que par l'ouverture des abcès provenant des
reins, on obtient l'issue du pus et parfois la sortie spontanée
d'un calcul ou qu'on peut en opérer extraction ; double circon-
stance qui n'avait point été exprimée d'une manière aussi claire
par ses prédécesseurs.
AicholtzfS) rapporte le fait curieux d'un enfant iVun an qui n'a-
vait point uriné pendant plusieurs jours; il fléchissait et éteu-
(() Bayrus. Praciica, lib. xx, cap. 4. — Cité par Scbenck. Obs. med
rar., lib. m, renum tumores, ohs. vi, p. 460.
(2) « Ita sa.pe TÏdimus tota renis carne ac snbstantia peresa, ambiente
tanquam marsupio raenjbrana, pus calculosqqc multos obvolvi (Fernel.
Pailiol., lib, VI, cap. xrr. De morbis renum).
(3) AicLoliz cité par Scbenck. Obs, mcdk: rur. Lib. ni , de Ischunâ.
pyiîLiTK [hislorique).
dait alternativement les cuisses en criant, el ne voulait pas
manger, quelquefois même il vomissait; les reins, changés
de forme, bosselés et semblables aux reins de veau, contenaient
plusieurs calculs; des calculs existaient également dans chaque
uretère. Ce que Paré dit des ulcères des reùis, des différences du
pus provenant des reins ou de la vessie, n'offre rien de neuf,
et le traitement qu'il recommande contre les ulcères des reins,
est purement médical. Mais Paré cite un fait curieux observé
par d'Alechamps.
« M. d'Alechamps, dit Paré (i), recite en sa chirurgie, qu'il a
veu un homme avoir un aposteme sus les lumbes , dont après
la suppuration, icelle dégénéra en fistule, par laquelle jetta en
diverses fois plusieurs pierres venant du rein , et enduroit le
travail du cheval et des chariots. »
Cabrol (») rapporte aussi un fait remarquable, quoiqu'on ne
puisse dire positivement s'il s'agissait, dans ce cas, d'un abcès
extra-rénal, ou d'une pyélile simple en suppuration. Il ne
paraît pas qu'il y eût de calculs :
« Anno 1578, vocatus fui ut N. secarem , annorura 40. In
islius rené sinistro abcessum magnum reperi purulenla maleria
plénum : pondus ipsius erat lib. xiv, cum cysti et rené; qam
quidem cystis pellem vervecinam crassitie a;quabat. Aliquo post
tempore juvenis quidam me accivit, qui cum eadem in parte
vehementissimo dolore premeretur, alios tum medicos , tum
cliirurgos accersendos esseputavi : in contrarias itum est senteu-
tias, etenim maxima pars calculum esse in renibus conjicie-
bat, prsesertim cum aliquantulura puris cum urinis excerne-
ret : ergo contra abscessum esse contendebam, abscessus illius
prioris memor : paulo post patiens iterum me rogavit ut ipsum
inciderem, aiens se malle semel mori quam tôt mortes vivendo
perpeti. Ego precibus motus ipsum incidi, locumque materiam
continentem reperi , sed nihil inde exiit; duabus post horas,
(1) Paré. Ouvr.cieé, liv. xxx, chap. i5, pag. 1044. Voyez: d'Alechamps.
Chirurgie française. Annotations; page io44i >n-i2. Lyon, iSjo.
(2) Cabrol (Barth.). Alphabet, anat. obs. ixtui ; cité par Bonet. Sepulcr.,
lib. III, >ect. xxti, obs. xxiii.
FYÉLITE {historique). 221
apparalum primuni mutaluus accessi; tractoque peniciUo ,
pelvim accipere coactussum, cujus plus quam diraidia pars
pure repletafuit, singulisque sequentibus diebus bis vacuatio
fiebat, ita ut tummane tum sero calinus iUo pure impleretur,
idque per raensera integrura et amplius. Tandem vero appositis
remediis ulcus detersum , cicalrix inducta , ipseque peraa-
natus est.
Cbaumette (i) renouvelle la remarque hippocratique que le
pus des abcès des reins se porte quelquefois à l'extérieur sous
forme de tumeur.
Mercado (2) conseille l'ouverture des abcès lombaires, lors-
qu'ils sont considérables ou lorsqu'ils se trouvent près de la
membrane extérieure du rein. Il pense que l'ouverture des
abcès du rein ne serait pas salutaire; les plaies de cet organe
ne se consolidant jamais ou fort rarement, et les malades traî-
nant ensuite une vie malheureuse et remplie de souffrances.
Camerarius (3) rapporte un fait intéressant : « Memini alium
praeslantissimum medicum affirmasse se aliquando fuisse apud
nobilera quemdam virum, ejusmodi doloribus misère excrucia-
tum, qui non solum sectionem , sed mortem expetens tandem
chirurgo persuasit , ut lapidera ob magnitudinera uretero ira-
pactura excinderet, quod ille satis audacter, attamen féliciter
aggressus est, lapidem enira non solum exemit, sed et locum
sine orani noxa consolidavit. »
Rousset (4) rapporte qu'une femme d'un grand embonpoint,
après avoir souffert pendant long-temps de douleurs néphré-
tiques, eut un abcès considérable à l'extérieur de la région du
rein. Cet abcès fut ouvert avec le cautère actuel, en sa pré-
sence, par Gérard , chirurgien du roi Henri; il s'en écoula du
pus. On entretint la fistule pendant vingt-six ans et plus, à
( l) Chanmctte. Enchiridion chirurg. extern, morh., p. 267.
(2) Mercati. Compit.—îionet. Lib.Xr ren. ajfec.,n. 11.
(3) Camerarius, cité par Schenck. Obi. med. rar., lib. iix, curatio nephriii-
corum, obs. vm, p. 457, in-fol., Lugdnni, 1644.
(4) Rousset (Fr.). De part, cœsar., sect. m, cbap. vu. trad. lat. G. Baubin
in.i2,Basile»,p, fi^ et suiv.
22a pyi5lite {historique).
l'aide d'une canule d'al-gent ^ concavBi et d'une bougie de six
travers de doigt de long; par be moyen on évitait la douleur ré-
nale, qui revenait quand la fistule n'était pas soigneusement
entretenue. RoUBsel raconte également qu'un homme qui avait
souffert pendant long-temps de douleurs néphrétiques avec
vomissemens , présenta plus tard une tumeur considérable
entre l'aine et l'os des îles , qu'un chirurgien très expé-
rimenté en fit l'ouverture, qu'il en sortit de l'urine mélangée
de pus, et une pierre de la grosseur d'une fève.
Sclienck (r), après avoir rapporté les opinions d'Hippocrale,
d'Avicenne, de Cardan et de Rousset sur le traitement chirur-
gical des ahcès lombaires, provenant des reins, et après avoir
reproduit le cas de l'archer de Meudon, conclut en faveur de la
néphroloniie.
C'est ici l'occasion de remarquer que si la question de la né-
phrolotnie était déjà controversée, il y avait cependaut un ac-
cord à-ppu-prcs unanime, parmi les médecins et les chirurgiens
de la plus haute autorité, pour recommander d'ouvrir les abcès
des loiVibes proven&nt des l'eins> afin de donner issue, au de-
hors j au pus et quelquefois même à des calculs. Toutefois , Fo-
rcest fait une fdchcuse exception , qui paraît avoir été provo-
quée par l'impression que lui causa la terminaison malheu-
reuse de deux cas d'abcès lombaires , traités par l'incision .
et qu'il rapporte dans ses observations sur les maladies des
reins. Foreesl (s) s'exprime ainsi :
« Ridiculum est, quod eam (voraica) matau aperire pro-
fitentur. Meinini foritisecus incisionem factam in M. Petro
Zufco Hoghaho cationico , fratre domini Prœsidis HoHandiœ,
eX cônsensu duorum medicorura alioqui excellentium , et
(i) o Lithotomiam renuin veterum, artem arduamet saepe necessariam, ob
difCcuItatcm, iinperitism et mollitiem , a nostris neglectam , alque amusam,
non tam formidandam impossibilcmque esse, qnam vulgo creditnr, rationi-
bUB et «emplis illustribus comprobalur (Schenck. Obs. medic, lib. in, de
renibus, In-fol., p. 457)-
(a) Forcstus. Obs, et cur. med., in-fol. RotLomagi, i653, lib. xxiv,
obs. 33, SehoUa.
PTÉLitE {liisioricjue). 2^3
abcessu aperto materiam crudam et sanguinolenlaln effluxisse,
et tertio die morlfeirt obiisse. « Et ailleurs (0, il affirme que
ks ulcères provenant des reins , quoique de divers carac-
tères, sont presque toujours de mauvaise nature. Foreest cite
le cas suivant: «In Hadriano Junio medico doctissimo, jara
in senectute, suomet consilio extteriùs incisio facta erat, fis-
tûla tanien deitlde perpetuo illi adhœrente, et per intervalle
pus eyomehle, donec moreretur, nostrse Batavise decus, mihi-
que per totam vitam amicissimus. w
Un de nos anatomistes les plus célèbres , Riolan , s'atlaclia
à démontrer, paf des considérations anatomiques (2), que non-
seulement il y avait avantage à ouvrir les abcès des lombes
provenant des reins, mais ehcore qu'il était possible d'inciser
le rein, par la face postérieure, sans intéresser le péritoine.
Frappé plus tard des difficultés qu'offrait l'opération , il mo-
difia son opinion, mais seulement en ce qui touchait l'incisiori
du i-éin pbttr en extraire un calcul. »
« S'il arrive, dit Jean Riolan (3), que la pierre devienne âi
grosse qu'ejle cause la suppuration du rein, et que la ma-
Uère tende vers les lombes, on peut mettre un cautère, et
faili'eune oilverture très profonde, et par ce moyen en tirer le
pus et même la pierre ; autrement, si la nature ne leur en-
seigne ce chemin, et qu'elle ne commence à le faire , c'est
une entreprise trop hardie, de couper et ouvrir le rein, pour
ceislijet, à caUse que ses chairs âoût. trop épaisses et trop en-
foncées, »
Rivière (4) , en parlant deS collections piitulentes dans les
reins, dit : '« AliqUando tumôr foras pl'odît, tûmquê Vel caù-
terio potenliali, vel scalpello aperiendus est. »
Cependant les cas d'ouverture, spontanée ou par l'art, de3
abcès des reins se multipliaient, et semblaient venir à l'appui
(i) Bld., obs. 37. Scholia.
(î) 'R:\o\m..Autrapographtie, lit. rt, ttp. 26.
(3) Riolan (J.). Manuel anatomiqiie et pathologique, ïn-12, tivôn, I682,
p. 23o.
(4) Rivière. Pr«a;eo*, Hb.xiv, cap. m, D e mjlam. remm.
aa/j PYiîLiTF. [kisturiquc ).
des partisans de la uéphrotomie. Je me borne aux faiia suivans •
Panaroli (i) a vu sortir deux calculs avec la matière de la
suppuration, d'un abcès aux lombes, qui s'ouvrit spontanémem.
Job a Meekren (a) rapporte que chez un jeune homme qui
avait éprouvé, pendant vingt-deux ans , des accès violens de
néphrétique^ et qui avait rendu du pus avec les urines, il
survint , vers le bas des lombes , une petite tumeur qu'on
ouvrit, et qui donna issue à beaucoup de pus; la plaie resta
fîstuleuse^ et l'écoulement du pus continua de se faire jusqu'à
la mort. A l'ouverture du corps, on trouva, à la place du rein ,
qui était totalement détruit, une poche calleuse, contenant
deux pierres, dont la plus grosse avait cherché à se faire jour
par la fistule lombaire. Meeckren remarque que , si le chirur-
gien , après l'ouverture de l'abcès , eût fait les perquisitions
nécessaires pour découvrir la pierre , il ciît été possible d'en
faire l'extraction.
En i6a3, Jean Duclédat soutint, à la Faculté de médecine de
Paris, sous la présidence de Jacques Cousinot, une thèse sur la
question suivante : « Anut suppurato reni, sic calculoso ftr-
rumPel il conclut à ce que l'incision du rein fût pratiquée dans
certaines conditions (3). 11 semble que Cousinot ait , non-seu-
lement recommandé, comme Hippocrate, d'inciser dans les cas
de tumeurs, mais encore lorsqu'on n'a pour guide que la
douleur,
La question de la nèphrotomie occupa de nouveau la Faculté
de médecine de Paris, en i66a.
Rousset(4) soutint une thèse sur ce sujet, sous la présidence de
Sulp. Rigault , et conclut que cette opération devait être prati-
(1) Panaroli. Pentecost. v, ob«. Lxn.
(2) ioh a Meekeen. Obs. med. chir., cap. 44.
(3) « Si penitus renem obstruit (calculus)... satius ergo pyroticam admo-
vere exteriori renis regioni quil parte tumet vel maxime dolet, dein ferrnm ad
rsnis usque substantiam nuUo hemorrhagi» metu adigerc, quo Tel sponte
ralculus exeat, vel inventus cathetere commodo iustrumcuto extraliatur. |
Ergo ut suppurato reni, sic calculoso ferrum,
(/,) Roussel. £rgo renii/n cnlctilo neplirolomia.PxTism, jCCa.
py:élit£ {liisloriquc). 2^5
quée, lorsqu'il y avait tnmeur aux lomhes. Cette conclusion,
conforme aux préceptes hippocratiques, et d'une bonne prati-
fjue, en ce qu'elle prescrivaitd'ouvrir les tumeurs deslombespro-
venant des reins, n'était cependant pas rigoureusement exacte.
\ En effet, Roussel semble supposer que, dans l'incision des tu-
rnneurs des lombes provenant des reins, l'instrument du chirur-
t gien pénètre dansle rein^ en un mot qu'on pratiquela néphroto-
imie; or, cela n'a pas lieu dans la majorité des cas, le bistouri
I plonge seulement dans un abcès extra-rénal. Au reste, les faits
iqui tendaientà démontrer lesavantages de l'incision des tumeurs
irénales des lombes, se multipliaient. Ainsi Fr. Colot (i) a vu
;M. Cressé, un des plus habiles chirurgiens de son temps, ou-
nrrir à un homme âgé de quarante ans un abcès aux lombes, d'oii
il tira une pierre. Déplus, ColotavuàLondres un jeunehomme,
idu côté duquel sortaient, chaque jour, par des ouvertures fistu-
lleuses, de petites pierres, une matière purulente et de l'urine.
iCet homme mourut assez promptement ; le rein gauche, trans-
iformé en une poche membraneuse, était rempli de sable et de
(graviers.
Aymar, chirurgien de Grenoble, communiqua à Rivière (?)
(le cas d'un homme qui portait une tumeur à la région lom-
baire, dont il sortit des calculs gros comme des amandes, et,
plus lard, un calcul gros comme une fève. Pendant dix années
consécutives , il suinta de cette fistule une humeur séreuse
qui mouillait tellement les linges appliqués dessus que , dans
l'espace de quelques heures, il semblait qu'on les eût trempés
dans l'eau. La fistule se fermait de temps en temps pour s'ou-
vrir de nouveau, spontanément, quelques mois après.
Slalpart Yan der Wiel rapporte le cas d'une fille de 9 ou
10 ans qui, après avoir eu des douleurs aiguës, en urinant, et
une excrétion d'urine purulente pendant deux ou trois ans, eut
un abcès à la région rénale gauche , abcès qui s'ouvrit spon-
(0 Colot. Traité de l'opération de la taille, p. 36.
(a) La7.ari Rivcrii. Obs. med, et cm: insign.; Obs. communicata:., p. loo,
I'. IX, in.4,Pari8us, 1646.
aa6 PYÉLITE {historique).
ta?iément après l'applicalioud'un calaplasme(i), Plus tard lecbi-
rurgien agrandit l'ouverture, d'oii il sortit à plusieurs reprises
une grande quantité de pus. Cette sécrétion purulente con-
tinua pendant plusieuis années, au bout desquelles la fistule se
ferma, quoique la patiente souffrit toujours en urinant Elle
vécut dix-huit ou vingt ans après l'ouverture de l'abcès, dans
un état de santé médiocre. Elle mourut enfin d'une fièvre
quarte et d'une aflection de la rate. A l'ouverture du cadavre,
le rein gauche fut trouvé complètement consumé et réduit i
ses membranes; l'uretère du même côté était épaissi. Stalpart
Yan der Wicl ne fait aucune mention de calcul. Jean de Be-
vervï^ick (a) dit qu'il a eu plusieurs fois occasion de tirer ,de dé-
pôts purulens formés dans la substance des reins , ngn-seule-
ment des graviers, mais même des pierres. Il observe aussi que
Mercuriali avait été témoin de faits analogues. Un semblable
fait est aussi rapporté par Roonhuysen (3).
Toutes ces obsei-vations parlaient en faveur de la méthode
hippocratique. Quant à la néphrotomie proprement dite, la
question restait pendante, et nul chirurgien ne se décidait à
tenter cette opération.
Après avoir rapporté le cas de l'archer de Bagnolet d'après
Mézeray, Harder (4) dit qu'il n'a pas encore entendu dire
qu'aucun praticien ait osé la pratiquer, à cause des chances de
mort qu'elle ferait courir.
(1) C. Stalpart Van der Wiol. Obs, nar. nt«d. aaat. chir. , ceut, x, obi. m,
in-l2, Leid», 1727, tom. i, p. 221.
(2) Bcvcrwick (J.). De calcula renum et vesicœ , cap. 8.
(3) Roonhuysen tira, par l'ouverture d'un abcès au rein droit, une pierre
assez grosse, dont il doune la figure dans son ouvage ; il conduisit le trai-
tement de la plaie, selon les règles de l'art, jusqu'à gnérison parfaite, de
manicrc que !e malaâe vécut en bonne santé pendant deux années enlières.
Au bout de ce temps, il survint an même endroit des lombes une nouvellt
inflammation. Ce cliirurgien , ne doutant pas qu'il n'y eût encore quelque
corps élianger, prit le parti de rouvrir la cicatrice, attira effectivement une
seconde pierre, mais plus petite. La plaie réonie, et le malade a toujours,
joui d'une parfaite santé.
(4) Harder, Apiarium, obs. nted, ts^ynt, Scbol.
cal
PYÉLITE ijiisiorique). 227
Tulp ( i), s'appuyant principalement sur la configuration des
ilculs, montre toutes les difficultés qu'offrirait la néphroto-
mie. Il rapporte le cas d'un jurisconsulte, né de parens calcu-
leux et sujet aux accidens néphrétiques , depuis sa jeunesse, et
qui rendit un calcul par les lombes, oh il s'établit une fistule
calleuse, donnant continuellement issue à de Tm-ine et à du pus.
Ni le temps , ni les eaux minérales , ni aucun autre remède
n'apportèrent de soulagement; et, la fistule s'étant fermée, le
malade tomba dans une fièvre violente qui l'emporta. Tulp, à
l'occasion de ce fait, ajoute que, dans son opinion, une fistule
rénale n'est pas moins incommode qu'une pierre restée dans les
reins, et qu'une fistule serait la suite inévitable de lanéphro-
tomie. A l'occasion d'un autre cas, il remarque que les deux
reins contenaient des calculs pourvus de quatre branches , dia-
) posés en forme de croix et qu'il eût été impossible d'extraire
j pai' la néphrotomie. Tulp rapporte, en outre, un cas depyélite
( et d'urétérite calculeuses, avecischurie complète pendant dix-
i huit jours; cas compliqué de vomisseraens, de fièvre et d'hé-
I morrhagie. Le rein gauche, gonflé et livide, contenait plusieurs
calculs, dont le plus gros avait son extrémité la plus mince en
j gagée dans le goulot du bassinet.
Plusieurs observations témoignaient cependant des dangers de
Vexpeciation. Willis(a) rapporte qu'une matrone qui avait rendu
depuislong-temps une urine saguinolen te et purulente et conte-
nant des flocons, fut prise d'une fièvre lente et d'autres accidens
|| graves. Il survint une tumeur purulente dans la région du rein.
M Cette tumeur dégénéra en une fistule profonde et sinueuse,
Y d'où, suintait un ichor ténu. La malade vécut ainsi pénible^
II ment pendant deux ans; elle eut enfin une suppression d'urine
|| pendant quatre jours, et mourut apoplectique. Le rein gauche
était complètement consumé. Il n'en restait que les membranes
remplies d'une sanie semblable à celle qui sortait par la fistule.
(0 Tttlpii (N.). Obs. medic, lib. iv, obs. xxvtir. — IbiiL, lib. ir, obs.
-17.
W Willis cité par Lieutaud. Hist.mat., Hb. i,obs. Mcxxr.
l5.
2 28 py^LiTK [historique).
L'autre reia contenait une matière sablonneuse et des calculs
dont un dans l'embouchure de l'uretère.
L'observation suivante , publiée par Charles Bernard (i) , a
eu aussi un grand retentissement dans le monde savant :
« Hobson , consul de la nation anglaise à Venise , ayant
souffert long temps d'une pierre qu'il avait dans le rein, fut à
la fin saisi d'un accès de néphrétique si long et si violent, qu'il se
trouva presque réduit au désespoir. Comme il n'avait été sou-
lagé par aucun des moyens dont on s'était servi jusqu'alors, il
s'adressa dans cette cruelle circonstance au docteur Dominique
de Marchetti , médecin de Padoue, très célèbre et fort expéri"
menté, et le supplia de vouloir bien lui tirer la pierre du rein
par le moyen d'une incision. Hobson, qui était persuadé
qu'il ne lui restait plus d'autre ressource pour se procurer du
soulagement, ajouta qu'il n'ignorait pas à quel danger cette
opération l'exposerait , mais que la mort même lui paraissait
infiniment préférable à la vie malheureuse et souffrante qu'il
menait depuis si long-temps. Marchetti témoigna d'abord une
extrême répugnance à entreprendre une telle opération; et non-
seulement il lui représenta tous les risques qu'il allait courir,
mais encore, comme il craignait lui-même que l'opération ne
fût impraticable, il insista sur ce qu'il ne l'avait jamais tentée, et
crut échapper à ses pousuites, en déclarant que ce serait lui
donner la mort que de hasarder une pareille entreprise.
Hobson persistant dans ses intances, et lui protestant à son
tour qu'il ne renoncerait jamais à ce projet, et qu'il le suivrait
constamment jusqu'à ce qu'il eût trouvé quelqu'un qui voulût s'y
prêter, le docteur Marchetti se vit enfin forcé de céder aux
importunités du malade, et de se rendre à sa résolution; en
conséquence, il entreprit cette cure, et le prépara comme il le
jugea convenable.
« Pourfairel'opération, il seservitd'un bistouri, et dirigea par
(i) Cb. Bernard. An account of a gentleman's being eut Jbr the stone ia
the kidney with a hrief enquirr into llte aiUiquity ami praclise of nephrolomy
(Philosophical transactions, octob. 1696). — Hcvïd. Rech, sur la niphrotomie
(Jtftfwi. acad. chir., tomiiir, ia-4, p. ^5p).
PYÉLiTE {historique). 229
degrés son incision sur la région du rein affecté. Le sang, qui
coula d'abord en abondance , l'offusqua , et l'interrompit au
point qu'il fut obligé de suspendre l'opération pour cette fois :
il pansa donc la plaie, et remit la suite au lendemain. En effet,
il reprit l'opération le jour suivant, et la finit en pénétrant
jusque dans la substance du rein. Après en avoir tiré deux ou
irois petites pierres, il pansa de nouveau son malade, qui de-
puis ce moment fut délivré des douleurs violentes qu'il avait
éprouvées jusque-là. Au bout d'un certain temps , il eut la
force de se lever et de marcher dans sa chambre ; il n'était sur \
venu ni hémorrhagie, ni fièvre, qui pussent le mettre en danger.
Marchetti continua de le panser fort long-temps , mais il ne
put jamais parvenir à cicatriser la plaie ; l'urine, qui s'écoulait
continuellement par le sinus, l'avait rendu fisluleuse tout d'a-
bord. Cependant, comme il n'en sortait qu'une petite quantité,
Hobson, qui du reste avait repris ses forces et recouvré sa
première santé , prit congé du professeur, et revint à Venise
avec son épouse, qui prenait soin de le panser. Un matin que
cette dame pansait la plaie, elle crut en l'essuyant avoir senti
quelque chose de dur et d'inégal. Cette découverte l'engagea à
examiner l'ulcère avec plus d'attention qu'à l'ordinaire , en se
servant d'une aiguille à tête, au lieu de sonde. Il se trouva que
ce corps dur et raboteux était une pierre de la figure et du
volume d'un noyau de datte, qu'elle tira. Depuis que cette
pierre eut été extraite, le malade ne se plaignit jamais de la
moindre douleur dans la région du rein opéré.
« Dix ans ou environ après cette opération, continue Ber-
nardj Hobson revint à Londres; et le docteur Douns, qui
l'avait connu à Venise , nous fit inviter, le docteur Tyson et
moi, à l'aller voir.
« Lorsqu'il nous eut fait lui-même le récit dont je viens de
donner le détail, il nous permit d'examiner l'état de cette plaie
fisluleuse, qui était effectivement toujoui's restée ouverte, et
dont les bords étaient extrêmement calleux, de sorte même que,
sans causer de douleur sensible au malade, j'introduisis ma
sonde assez avant dans le sinus, pour nous faire estimer que
1 avais pénétré jusque dans le rein. La matière qui .s 'rtait
23o PY^LiTE {historique).
alors de la fistule, était en petite quantité, mais toujours mêlée
d'urine, dont elle avait aussi une forte odeur. L'orifice extérieur
de cet ulcère se fermait quelquefois pour trois ou quatre jours,
et alors la matière s'évacuait par les routes naturelles, con-
jointement avec l'urine, sans trouver aucun obsacle, et sans
occasioner la moindre douleur. On ne peut douter, poursuit
toujours le narrateur, qu'il n'y eût adhésion du rein avec le
muscle psoas. Dans le temps que nous avons visité le sinus fis-
tuleux , Hobson n'appliquait au -dehors qu'une compresse
de linge blanc, qui s'imprégnait toujours d'une forte odeur
d'urine. Du reste, il paraissait en état de satisfaire à toutes les
fonctions de la vie , et de soutenir les mêmes fatigues que tout
autre homme de son âge : je pense qu'il pouvait avoir pour lors
un peu plus de cinquante ans; le lendemain même de notre
visite, il proposait de faire à cheval, et en poste, quarante ou
cinquante milles d'Angleterre.
J'ai entendu dire que Hobson est mort depuis, mais je
n'ai pii m'informer de quelle maladie. »
Bernard, chirurgien très insUuit et qui connaissait tout ce
qui avait été dit d'important sur la néphrotomie, paraît consi-
dérer ce cas comme le seul exemple authentique de cette opéra-
tion , si on excepte les cas d'abcès calculeux dans la région lom-
baire ouverts par des chirurgiens.
Haller croit aussi que ce cas est un exemple de véritable
néphrotomie (i) : « Secti sunt certe renés per ipsum dor-
sum , et audax experimentum in legato britannico fecit Mar-
chetti. »
Hévin (2) émet une opinion contraire : « Le détail de l'opéra-
ration qu'on vient de lire, dit-il, quelque bien circonstancié et
quelque authentique même qu'il doive paraître, n'est cependant
exposé, comme Bernard l'avoue lui-même, que d'après le récit
du malade opéré. Or, cette simple narration peut-elle, absolu-
ment parlant, nous garantir que Dominique de Marchetti, quoi-
(1) Haller. Comment, in Prœlect acad. Bocrliaavii, tom. in,§ 352, p. loî.
(2) Lieu cité, p. 262.
PYÉLiTE (hisloriquci). 23i
que dise Haller de la cerlilucle de ce fait, n'ait été guidé dans
l'exécution de celte opération par quelque tumeur ou dureté ex-
térieure à la région lombaire, qui aurait pu d'ailleurs échapper
à la connaissance du malade et de son épouse? Je veux cepen-
dant bien admettre pour un moment , que Marchetli ait véri-
tablement pratiqué la néphrotomie sur le rein dans son inté-
grité; le cas n'était-il pas assez grave et assez extraordinaire
pour que ce praticien , qui avait très long-temps résisté aux
sollicitations les plus vives et aux importunités du malade, par
l'extrême répugnance qu'il avait d'entreprendre une pareille
opération, ne se déterminât pas à la pratiquer, sans y appeler
quelques maîtres de l'art ? En supposant donc , comme on
pourrait me l'objecter, la mort de Marchetti , survenue peu de
temps après cette opération , serait-il croyable qu'aucun des
assistans n'eût songé, à son défaut, à en publier le détail? Pour-
rait-on même se persuader que Pierre de Marchetti, propre
frère de ce praticien, et qui aurait, sans aucun doute, été invité
à celte opération, ou qui du moins en aurait eu quelque con-
naissance, puisqu'il n'est mort que depuis son fils Dominique,
«n 1673, n'eût tenu compte d'insérer les détails dans ses pa-
piers ? ou enfin que ceux qui, après sa mort, furent chargés de
recueillir ses manucrits , eussent négligé de lui donner place
avec se» autres ouvrages posthumes, dans la troisième édition
de son SylUxje ohs. med. chir. rarior., imprimée en 1675. Je
crois au moins qu'on ne disconviendra pas que c'est toujours
un témoignage bien essentiel qui manque à celte observation,
et que ce silence de l'opérateur et des témoins paraît jeter quel-
que» nuages sur la réalité d'un fait aussi intéressant à tous
égards, d'un fait qu'on poxirrait regarder comme merveilleux,
pour ne pas dire unique. Mais ne serait-il pas plus raisonnable
de supposer, comme je l'ai fait, que Dominique de Marchetti
fut guidé , dans son opération , par une tumeur ou par une
dureté >d la région du rein? Et dans cette supposition, qui ferait
naturellement rentrer cette néphrotomie dans la classe des opé-
rations plus familières et déterminées, Marchetti se trouverait
bien plus légitimement encore à l'abri du reproche du silence ,
d autant plus qu'il aurait jugé pouvoir se dispenser de publier
232 pyÉLiTE (historique).
un fait dont il se trouvait un nombre d'exemples dans les ob-
servateurs qui l'avaient précédé. 5>
E. Blancard (i) fait aussi mention d'un cas de néphrolomie
tentée pendant la vie et qui ne put être terminée.
Scburig (a) rupporte le cas suivant : Un général a raconté en
sa présence, au seigneur de Birckholtz, officier général au ser-
vice du roi de Pologne, électeur de Saxe , et qui était violem-
ment tourmenté pour lors de la pierre dans le rein , que, pen-
dant le séjour qu'il fit en France peu d'années auparavant, il
avait assisté à une opération de la néphrotoraie exécutée à Pa-
ris, et qu'il avait vu faire une incision au rein et l'extraction
d'une grosse pierre. Schurig ajoute que le but de ce général
était de persuader audit seigneur malade de se rendre au plus
tôt en France pour se faire faire la même opération. Le sei-
gneur de Birckholtz, qui souffrait non-seulement dans le rein
gauche , mais encore dans l'uretère , mourut quelque temps
après sans se faire opérer. Quant à l'opération que le général
affirmait avoir été pratiquée à Paris, nul chirurgien français
n'en a fait mention.
Mery (3), persuadé qu'on pratiquait la néphrotomie du temps
d'Hippocrate, ets'appuyant d'ailleurs de cas bien connus dans
lesquels des abcès des reins s'étaient fait jour par les lombes,
conseilla de recourir, dans certains cas , à la néphrotomie.
John Douglas (4) essaya sur le cadavre d'un calculeux , âgé
de 53 ans, l'opération de la néphrotomie , qu'on avait dit avoir
été pratiquée avec succès par Dominique de Marchetti. Per-
suadé que ce sujet portait une pierre dans le rein droit, Dou-
glas tenta l'opération sur ce côté des lombes, mais il rencon-
(1) « Cum in Frislandia cuidam personœ calculas ex rené secari deberet,
apparebat in operatione, calculum non in pelvi, sed in ipsa carne hœrere »
(Blancard, Prax. medicin., part, i, cap. 62, p. 421. — Cité par Schurig.
Lithol. hist. med., cap. xni, § 10, De nephrotomia, p. 759 ).
(2) Schurig. Lithohgia liistorico-medica , in-4. Dresda et Lipsiae, 1744,
cap. XIII, § 7, p. 756.
(3) mery. Obserrations sur la manière de tailler, p. 2 etsniv.
(4) Douglas. Observations sur des pierres trouvées dans les reins, avec des
remarques sur la tiéphrotomie {Essais cf£dimburg, t. i, art. ao, ann. 1733).
PYÉî.fTK (Justorique). 233
Ira tant de difficultés dans cette opération, qu'il aurait souhaité
que Marchetti eût indiqué la manière de la faire. Ce célèbre
chirurgien ajoute que les difficultés qu'on rencontre dans cette
opération viennent de l'épaisseur des tégumens communs et
des muscles ; épaisseur qui , dans ce sujet , était d'environ trois
pouces et demi. Lorsque le péritoine fut découvert, dit-il,
j'observai que le colon était placé entre cette membrane et la
surface convexe du rein. Après que j'eus écarté cet intestin,
il se présenta un gros nerf qui passait précisément sur l'endroit
du rein oii il aurait fallu faire l'incision ; mais la plaie était
déjà si profonde, qu'il me parut impossible de pénétrer à tra-
vers la substance du rein jusque dans le bassinet; c'est pour-
quoi, ayant remis le cadavre dans la situation ordinaire,
j'ouvris le rein selon la méthode usitée, et je tirai deux pierres.
L'une, triangulaire, pesait une demi-once, et l'autre, qui
pesait seulement seize grains, avait la forme d'un carré irré-
gulier.
Ledran (i) rapporte un 'cas d'abcès aux lombes, après l'ou-
vei ture duquel il sortit un calcul gros comme un pois.
Giinz(2) conseille d'ouvrir les abcès aux lombes provenant
des reins, afin qu'ils ne s'ouvrent point à l'intérieur.
Tous ces faits témoignaient que l'expérience confirmait de
plus en plus l'avantage qu'il y a d'ouvrir de bonne heure les
abcès provenant des reins.
La question de la néphrotomie continuait à occuper les méde-
cins et les chirurgiens. En 1 764, Th. de Bordeu (3) soutint de nou-
veau, à l'Ecole de Médecine de Paris, sous la présidence de Brin-
gauh (Jean Ant.), la thèse de Cousinot , et absolument dans les
mèraestermes, savoir : que les reins calculeux doivent être incisés
dans le point oii ils font tumeur ou dans le point le phis doulou-
reux. Dans une autre thèse soutenue, la même année (x 764), au
collège de chirurgie de Paris, sous la présidence de Borde-
(i) Ledran. Observât, de chirurg., tom, xi, ob. i,xvi, p. 87, in-ia. Paris,
W Voyez: Platner. Inst. chirurg.,% in nota,
(3) Ergh ut suppurato veni, sic calculosa /errum.
•34 PT^LiTE ' {historique).
nave, Masquelier (4) nia que la néphrotomie fût praticable
lorsque le rein ne faisait pas tumeur. Il n'y avait pas absolu-
ment diversité d'opinion entre les deux écoles sur cette grave
question, comme Hévin l'avance à tort; car, d'une part, ni
Gousinot, ni Bordeu n'avaient soutenu qu'on dût pratiquer la
néphrotomie in rené integro, et Masquelier ne dit pas qu'il
faut s'abstenir d'ouvrir les aicès provenant des reins ou les
reins formant tumeur. La question, n'étant pas posée dans les
mêmes termes, put être résolue différemment sans qu'il y eût
réellement opposition.
On continua d'ouvrir les abcès provenant des reins, soit par
l'instrument tranchant, soit par le caustique.
Van Svyieten (a) rapporte le cas d'une malade qui, après
avoir rendu du pus avec l'urine pendant plusieurs mois , eut,
dans la région du rein droit , une tumeur qui fut ouverte
par la pierre à cautère. Il en sortait du pus en abondance.
La plaie resta fistuleuse, mais l'urine redevint naturelle;
probablement que la sécrétion du pus se tarit, ou bien que
la communication du bassinet avec la vessie fut interrom-
pue.
Vers la même époque, Robinson (3) publia des remarques
en faveur de la néphrotomie; mais elles ont peu de valeur.
Elles reposent sur des faits obscurs ou tout-à-fait contes-
tables. Robinson admet sans critique le cas du franc archer
et celui du consul Hobson , comme des exemples de néphro-
tomie. Il ajoute et sans plus de fondement que cette opération
avait été pratiquée, chez les Arabes, par des charlatans. Or,
ce n'est pas, dit-il, une raison suffisante pour la repousseï-;
car, avant Cheselden , le traitement des maladies des yeux, et
surtout celui de la cataracte, étaient abandonnés en Angleterre
k des opérateurs ambulans.
(l) £rgo reni calculoso integro ferrum non est adhibendum.
(a) Gerardi Van Swieten. Commentaria in U. Boerhaave aphorinnos, in-.i»
Parisils, 1771, t. nr, p. 241, § looi.
(3) Robinson (N.). A complète treatise of the gravel and *to»«, in-8, Lon-
don, 3^ edit,, 1784, part, u, cbap. 5, p. 326.
PYiLiTE {historique). 2 35
Les observations de calculs sortis par des fistules lombaires
:ontinuaient de s'accumuler.
Fraumantin (i) rapporta un cas de fistule rénale lombaire,
survenue après l'ouverture spontanée d'une tumeur inflamma-
toire. Cette fistule durait depuis vingt ans. Une excroissance
fongueuse s'étant formée à l'ouverture extérieure de la fistule,
Fraumantin détruisit à plusieurs reprises ces fongosités, et
Morand père fit dilater, autant que possible, l'orifice de la fis-
tule. Enfin, un jour, en se pansant, le malade sentit avec le
doigt, à l'orifice du sinus un corps dur et pointu qui vacillait :
c'était un calcul gros comme une noix , de volume médiocre et
d'une grande dureté. Peu de jours après la sortie de cette pierre,
la fistule se cicatrisa, et le malade fut parfaitement guéri.
Plusieurs observations d'abcès lombaires provenant des reins
ouverts, soit avec l'instrument tranchant, soit avec la caustique,
et d'oii on avait extrait des calculs rénaux, ont été aussi rappor-
tées par Lafitte(2)et citées, à tort, comme des exemples de né-
phrotomie. Dans l'un, il s'agit d'une femme âgée de 35 ans qui,
depuis quinze jours, avait une tumeur à la région lombaire gau-
che ; on l'incisa, et il en sortit beaucoup de pus. Plus tard , une
sonde introduite à la profondeur de quatre ou cinq pouces , fit
sentir un corps dur; l'orifice de la fistule fut agrandi par une
incision, et deux pierres furent extraites à l'aide de pinces à an-
neau : la malade guérit. L'autre cas est celui d'un jeune homme
de 25 ans, qui avait à la région lombaire droite une tumeur
qui devint ensuite plus apparente à la région iliaque du même
côté ; cette tumeur fut ouverte par la pierre à cautère , la plaie
resta, fistuleuse pendant dix ans, au bout desquels on fit l'ex-
traction d'une pierre ; cependant la fistule persista, un autre
calcul existant probablement au fond du foyer. Le troisième
cas est celui d'un homme qui portait une fistule aux lombes.
Huit ans environ après le développement de la tumeur lom-
(1) Fraumantin, cîté par Hévin. Mém. de VAcadénu royale de chirurg,,
tom. lîi, p. 324.
(2) Lafiiic. Sur les cas où la néphrotomie se fait a*ee succès {Mémoires de
l'Acad. royale de chirurgie, t. u, p. a33, ui-4, 176g.
2^6 PYiÎLiTJi: (historique).
baire, il sortit naturellement de la fistule une pierre grosse
comme la seconde phalange du petit doigt.
Bientôt après, Hévin ( ijexposa d'une manière large et complète
les opinions et les observations qui se rattachaient à l'histoire
de la néphrotomie. Ce qui distingue surtout ses belles et sa-
vantes recherches, ce senties efForIs qu'il fit pour préciser les
conditions dans lesquelles on devait pratiquer la néphrotomie
(et sous ce nom il comprenait surtout l'incision des abcès des
lombes provenant des reins) de celles dans lesquelles cette
opération devait être rejetée. On peut résumer ainsi ses con-
clusions , auxquelles se sont conformés plus tard nos plus fa-
meux chirurgiens.
I* La néphrotomie ou l'incision du rein n'est, à propre-
ment parler, praticable que dans le cas Habcès qu'on peut
découvrir extérieurement par quelques signes , soit que le rein
soit calcul eux ou non.
a" Il n'y a pas de temps à perdre en pareille occurrence , et
on doit ouvrir l'abcès dès qu'on sent la fluctuation.
3° Si , après l'ouverture de l'abcès , on soupçonne une pierre
dans le rein, on doit faire toutes les perquisitions nécessaires,
soit avec la sonde , soit avec le stylet , soit même avec le doigt ,
pour la reconnaître et tâcher d'en faire l'extraction avec l'in-
strument le plus convenable.
4° Il faut s'opposer au rapprochement trop prompt des
chairs , jusqu'à ce qu'on soit bien assuré qu'il n'y a plus de
pierres ou de graviers dans le foyer.
6° Il faut agrandir ou dilater les fistules lombaires, consécu-
tives aux abcès des lombes, pour opérer l'extraction des calculs
qu'on peut rencontrer dans leur profondeur.
6" Enfin , la néphrotomie ne doit point être pratiquée lors-
qu'il n'y a pas de tumeur aux lombes qui puisse guider l'opé-
rateur.
Depuis lors , on a plusieurs fois cité comme des exemples de
néphrotomie, des cas de simple incision d'abcès des lombes
(t) Hévin. Recherches hiitoriques et critiques sur la néphrotomie ou taille
{Idém. deVAcad. royale de chirurgie, tom. i», aSS, Paris, in-4.
PYÉLiTE {historique).
provenant des reins. Tel est le suivant, rapporté par Hip-
peau (i) : , *
Un enfant de i3 ans, après avoir présenté les symptômes
ordinaires de la pyélite , rendait des urines purulentes et était
en proie à une fièvre lente; la région du rein droit était tendue
et un peu œdémateuse. Hippeau proposa l'opération de la né-
trotomie; mais l'enfant ne voulut point s'y soumettre. On
eut recours alors à l'application de la pierre à cautère, qui pro-
duisit une eschare de deux pouces de long sur six lignes de
'arge. Le lendemain, Hippeau fit une incision cruciale surl'es-
lare jusqu'au vif; puis, ayant senti, au fond de la plaie,
-omme une espèce de fluctuation , sans consulter le malade, il
'ncisa jusqu'au rein oii, dit-il , je rencontrai le dépôt. Il sortit
ar la plaie un demi-verre de pus mêlé de sang et de matière
rineuse. Pendant les six premiers jours, la suppuration était
rès abondante. La fièvre céda entièrement le dixième jour de
'opération. Depuis cette époque, les urines cessèrent d'être
urulentes. Le soixante-neuvième jour après l'opération, la
laie paraissait cicatrisée , à l'exception d'un très petit trou fis-
leux par lequel s'opérait encore un léger suintement urineux.
ix mois environ après l'opération , le petit malade travaillait
ans le pays comme les enfans de son âge, et ne ressentait de
douleurs que lorsqu'il se fatiguait beaucoup ; alors , on remar-
"uait en lui un peu de claudication. L'auteur ne dit pas si, à
ijcette époque , la petite ouverture fistuleuse était ou non cora-
Iplètement fermée.
i Pour tout ce qui regarde le traitement chirurgical de cal-
culs des reins et de tumeurs purulentes des lombes provenant
des reins , Boyer (a) est d'accord avec Hévin , mais il décrit
avec plus de netteté et de précision les deux foyers purulens
gu'on rencontre souvent dans les tumeurs lombaires calcu-
susesjl'un profond, ayant son siège dans le rein même, l'autre
superficiel, situé dans le tissu cellulaire extra-rénal.
(i) Bippeau. Observation et reflexions sur une néphritis idiopathique, terminée
par suppuration et guérie par l'opération de la néphrotomie (Recueil périodi-
que de la société de médecine de Paris, par Sédillot, t. xi, p. 400).
(a) Boycr, Traité des maladies chirurgicales, tom. viii, p. 4g8 et *uir.
238 py ÉLITE {Jiistonque).
M. Velpeau (i), comme Hévin et comme Boyer, pense que
la néplirotomie ne peut être proposée que pour le petit nombre
de cas où le flanc , devenu le siège d'une fluctuation évidente ,
après de nombreux signes d'afi'ections calculeuses dans le rein,
permet d'arriver facilement et avec certitude dans le foyer
morbide, ou bien encore pour ceux dans lesquels un ulcère
fisluleux aurait permis de toucher immédiatement la pierre
avec un instrument explorateur, ou bien enfin lorsque le calcul
lui-même proémine à l'extérieur et peut être reconnu à travers
les tégumens.
Sur celte grave question, je me suis exprimé à-peu-près
comme ces habiles et savans chirurgiens (§ 656 et suiv.)-
Il résulte de cet îi perçu, que j'aurais désiré pouvoir abréger :
1° Que la description donnée par Hippocrale , des abcès des
lombes provenant des reins, est des plus remarquables, et
que le précepte qu'il énonce, ouvrir ces sortes d'ahcès , est
une vérité pratique , confirmée par le temps et l'expérience.
2° Que ni Hippocrale, ni aucun autre médecin grec ou latin,
antérieur aux Arabes , n'a parlé de la taille du rein y qu'aucun
médecin de celte époque n'a mentionné la sortie spontanée, on
l'exlriiclion d'un calcul rénal par les lombes.
3° Que si Sérapion et Avicenne ont avancé que des méde-
cins de l'antiquité avaient pratiqué la néphrotomie ( Vincision
du rein), rien ne le prouve; et que, si des médecins et des chi-
rurgiens, postérieurs à la renaissance, ont cru et affirmé que
celle opération avait été conseillée par Hippocrale, celle erreui-
provient d'une fausse interprétation d'un passage, d'ailleurs
fort remarquable , du livre des Affections internet.
i° Que les premières observations d'issue de calculs par des
abcès des lombes ouverls spontanément, ou par une incision,
ou par des caustiques , ont été publiées par Ricchieri , D'alé-
charaps, Coiler, etc.
5° Que dans l'histoire du franc-archer de Meudon, rapportée
par Jean de Troyes, il n'est point fait mention de l'extrac-
(i) Velpeau. Nouveaux éUniens de médecine opératoire, %" édit., tom. IT,
p. 667,in-8, Paris, i83g;
PYÉLiTE {historique).
tiou d'un calcul , et que 1 elat de la région lombaire , avant
l'opération , n'a point été indiqué.
6" Qu'en admettant (ce qui paraît incontestable) que Mar-
cbetti ait extrait une pierre des lombes du consul Hobson,
il reste à savoir s'il y avait ou non un abcès aux lombes , si la
peau et les muscles seuls furent divisés , ou si l'incision porta
ensuite sur le rein lui-même.
7° Que les chirurgiens et les médecins, d'accord pour re-
commander l'ouverture des abcès extra-rénaux , et pour re-
pousser la néphrolomie lorsqu'il n'y a pas de tumeur lombaire,
n'ont pas assez généralement reconnu l'utilité dont pourrait
être la néphrotoinie pour les cas dans lesquels le rein , très
distendu , est transformé en une énorme poche douloureuse,
susceptible de se perforer.
8° Qu'il y aurait souvent danger, en de tels cas, à attendre,
comme Boyer et la plupart des chirurgiens le recommandent,
qu'un abcès extra-rénal se fût formé; la poche rénale pouvant
s'ouvrir dausle péritoine ou dans l'intestin, et la mortpromp-
tement survenir.
9° Que, lorsqu'un des reins forme tumeur dans le flanc, si
celui du côté opposé vient à être obstrué , il faut inciser le rein
le pKis anciennement affecté et formant tumeur.
10" Que, si le conseil donné par Hévin, de ne point inciser le
rein , lorsqu'il n'y a point de tumeur aux lombes , a été géné-
ralement adopté ; il serait cependant permis de tenter la né-
phrotomie dans un cas de mort imminente par l'effet d'une pyé-
lite calculeuse double,sans tumeur, mais avec anurie complète.
1 1" Que dans le traitement des tumeurs rénales l'incision est
géuéralemenl préférable à la cautérisation et à la ponction.
§7*4. Jene diraiqu'un mot de VcxtirpationdCundesrtins qyie
Blancard (i) et quelques autres chirurgiens ont cru pratiquable.
Cette pensée aventureuse paraît avoir eu sa source dans ce fait,
qu'on peut enlever un des reins à des chiens ou à d'autres ani-
(t) Blancard (E.). Lexicon nov. med. grceco-laUnum. , iii-8. 1690. art. ifK-
niROTOMiA, Dans l'édition postérieure du Lexicon de Blancard, publiée par
^senflamme (1777-78), on a supprimé ce (jui faisait allusion à l'extirpation
d'un des reins.
PYJiLO-NÉPIIRlTE.
maux sans occasioner la mort. Mais, s'il est facile d'extirper un
rein sain sur un animal; si cette extirpation a été plusieurs fois
pratiquée par Jos. Zambeccari (O.par Comhaire (a) et parmoi-
mème, sans entraîner la mort de l'animal, ce serait folie que de
tenter, chez l'homme atteint de calculs, une telle opération.
Chez les animaux même, on rencontrerait des difficultés sans
nombre, s'il s'agissait d'un rein calculeux et en suppuration;
les adhérences qu'il aurait contractées avec le péritoine et les
parties environnantes , ne permettraient pas de l'extirper, sans
occasioner des désordres mortels. ;
Pyélo-néph rite.
% 725. J'ai désigné, sous le nom de fyélo'nèphrite , la réu-
nion de l'inflammation du bassinet et des calices avec l'in-
flammation des deux substances rénales. Dans ces cas com-
plexes , on trouve à-la-fois plusieurs altérations du tissu du
rein, déjà décrites (Ç634), et figurées dans la première livraison
de cet ouvrage (3), et d'autres altérations produites par l'in-
flammation aigué ou chronique des calices ou du bassinet
(§ 635) (4). De l'association de ces lésions résultent des états
morbides, plus graves que ces lésions elles-mêmes, et qui peu-
vent être reconnus, pendant la vie, à des modifications notables
dans la composition et l'excrétion de l'urine, et, après la
mort, à un aspect particulier des parties affectées.
L'examen d'un très grand nombre de reins enflammés ne
laisse aucun doute sur le fait que la pyélo-néphrite est beau-
coup plus fréquente que les néphrites et les pyélites propre-
ment dites.
Dans la pyélo-néphrite, l'inflammation débute presque tou-
jours par le bassinet et les calices ; il est rare qu'une inflam-
( i) Zambeccari. Experim. circa divers, e var. anim, viv, exsec. vUc, —
Supplem. ad act. nov. eruelit. Lips,, sect.vi, p. 275. — MangeU BibUoth.
anatom., t. 11, p. iioi.
(2) Comhaire. i)iss. sur l'extirpation des reins, iD-4, Paris, i8o3.
(3) Atlas. Pl. i, 11, m, iv, v.
(4) Atlas. Pl. xi, xii, xiii, xv.
PYÉT.O-TVKPHRITR.
ination , primitivement dtWeloppôe dans les reins , sfi propage
ensuite à leurs conduits excréteurs.
§ 726. La pyélo-néphrile peut être produite par toutes les causes
qui déterminent l'inflammation du bassinet et des calices,
telles que la présence de calculs ou de vers , ou par la rétention
de l'urine, lorsque le passage de ce liquide dans l'uretère, dans
la vessie ou dans l'urèthre se trouve intercepté.
Les inflammations de l'urèthre, celles de la vessie qui son t pro-
duites par des coi-ps étrangers, par la rétention de l'urine, réten-
tion que causent les tumeurs ou les engorgemens de la prostate,
les rélrécissemens de l'urèthre, etc. , ces inflammations , dis-je,
après s'être propagées aux uretères et aux bassinets, s'étendent
aussi quelquefois aux sxibstances du rein. Le plus grand nombre
des cas depyélo-néphrites que j'ai observés, étaient consécutifs à
des rétentions d'urine (Atlas, Pl. xvi, fig. i, 2), à des inflamma-
tions ou à des altérations organiques de la vessie, précédées ou
non d'altération de l'urèthre ou de la prostate. C'est à l'inégale
fréquence de ces dernières afi'ections, dans les difîerens âges,
qu'il faut attribuer le nombre propoi Monnellementplus grand
des pyélo-néphriles chez les vieillards. En étudiant comparati-
vement les pyélo-néphritcs dans les deux sexes, j'en ai trouvé la
proportion plus considérable chez l'homme. Mais la dififérence
n'est pas aussi marquée qu'on pourrait le croire au premier
abord, vu la fréquence des maladies de l'urèthre et de la prostate
chez l'homme; chez la femme, le développement de la matrice
dans les grossesses, les inflammations du vagin et de l'utérus,
les cancers et les tumeurs de la matrice et des ovaires, sont des
causes fréquentes de cystite et d'altérations organiques de la
vessie , de distensions urineuses rénales, et par suite d'inflam-
mation des uretères, des bassinets et des reins.
§ 727. La pyélo-néphrite peut affecter une marche aiguë ou
chronique. Etudiée dans sanature , dans ses conditions de déve-
loppement et d'existence, cette double inflammation forme un
groupe composé de plusieurs espèces. Les principales sont les
suivantes : i" pyélo-néphrite simple; q" pyélo-néphrile calcu-
culeusc; 5» pyélo-néphrite albumineuse ; 4° pyélo-néphrite hé*
morrhagique et gangreneuse.
ni.
[6
24 2 PTlÎLO-WKPirRITE,
Il y a pour toutes ces espèces un phénomène commun : la
sécrétion morbide de mucus bu do pus, à la surface du bassinet
et des calices entlanimés, rccounaissabie dans l'urine, quelques
heures après son émission , aux caractères de ces humeurs
morbides et en particulier à la présence de globules muqueux
ou purulens , visibles an microscope; globules qu'on ne re-
marque point dans les néphrites proprement dites, c'est-à-
dire sans inflammation concomitante de la membrane mu-
queuse des voies urinaires. D'un autre côté, dans toutes léi
pyélo-néplirltrs , il y a altération de la sécrétion urinaire ; il y
a des phénomènes généraux analogues à ceux qu'on observe
dans les diverses espèces de néphrites auxquelles les pyélo-
néphrites correspondent, et qui n'existent pas dans les pyé-
litGS i)roprement dites : double circonstance qui distingue les
pyélo-iu'phriles des pyélites et des néphrites exemples de com-
plication.
Je dois me borner ici à ces remarques sommaires sur la na-
ture des pyélo-néphriles ; j'insisterai peu sur leurs caractères
anatomiques, qui ne sont autres que ceux de la pyélite et de la
néphrite réunies, déjà décrits § 635,636 , § 364, 365, et qiii
ont été figurés dans l'Atlas (Pl. xi, xii, xui, xv. — Pl. i, h,
III, IV, v)j je me bornerai à exposer les modifications que ces
inllammatioiis, aiguës ou chroniques, des substances rénales
ou du bassinet et des calices, éprouvent dans leurs formes, leurs
apparences bl leurs terminaisons, par Ife fait de leur réunion.
Lorsque la pyélo-néphrile s'est développée par suite d'uile
lésion de la vessie, de la prostate ou de l'uretère, il est rare
«JuelcB deux reins ne soient pas attaqués; mais ordinairement,
Ions les deux n'olTrent pas des désordres inflammatoires au
même degré et dans la même étendue , et il n'est pas toujours
possible d'expliquer, parla disposition des parties, cette dillc-
■rence. Dans plusieurs cas de rétention d'urine, avec dilatation
des deux uretères et distension des bassinets el des calices, ob ^
a vu, sur un des reins, l'inflammation sévir spécialement f
dans l'uretère, le bassinet et les calices, tandis que, du céiei
Opposé, les substances rénales étaient principalement aflèctées. i
Lorsque l'accumulation du sang, de l'urine, du pus, s'opère i
PYFLO-NKPHRiTE. 2/|3
d'une jnauière lente et graduelle dans les calices et le bassinet,
alleinls d'une inflammation chronique, les substances rénales
s'atrophient et disparaissent presque complètement avant de
s'enflammer. Dans ce cas, la néphrite est représentée par
quelques points puruleus épars à la suiface des reins, trans-
formés en une espèce de coque ou une poche multiloculaire
(Atlas, Pl. xvni, fig. 4), tandis que la sécrétion du pus s'opère
en général dans la cavité du bassinet et des calices distendus
(Atlas, PJ.xviii, fig. 5); dans les pyéio-néphrites aiguës, au con^
traire, les substances rénales, à peine déformées, apparaissent
infiltrées d'un grand nombre de points purulens (Atlas, Pl.
'XVI, fig. 5), tandis que le bassinet, peu dilaté, parsemé d'ar-
'borisations vasculaires, n'olfrepas encore une large surface au
■travail inflammatoire; ou bien (Atlas, Pl. xvui, fig. i) le bassi-
net, dilaté, arborisé,ne sécrète pas encore de mucus altéré,
lorsque les substances rénales sont déjà considérablement tu-
méfiées et infiltrées de pus.
Les substances rénales et leurs membranes extérieures, en-
flammées, ■gorgées de sang et de pus, opposent une forte résis-
tance à la dilatation du bassinet et des calices; aussi, dans les
pyélo-néplirites , les reins offrent-ils bien l arement les dimen-
sions monstrueuses qu'ils acquièrent quelquefois dans les liy-
■dronépbroses (Atlas, Pl. xxi, fig. i), ou 4 la suite de pyéliles
chroniques avec obstacle au passage du pus dans la vessie.
D'ailleurs, dans une foule de cas, l'acuité du travail inflam-
matoire, favorisée par la correspondance ou par la contiguïté
' de points enflammés des calices et du bassinet , avec des points
en suppuration des substances rénales, donne lieu à des infil-
tratiotjs urineuses, à des abcès extra-rénaux, et à des fistules
•rénales, dont les suites, si elles ne sont prévenues par l'art,
sont, le plus souvent, promptement mortelles.
§ 728. Je me bornerai à une seule remarque relativement au
■traitement de la pyélo-néplirite. Les règles que j'ai posées pour
le traitement de la pyélite et de la néphrite aiguës et chroni-
-ques, sont certainement applicables aux cas complexes dans
Jesquelsces afleclions sont réunies; touleibis, dans la grande
•»n»jorité des cas de pyélo-néphril€, il faut co nballre, avant
tout, rinflamiTiation des reins, beaucoup plus grave que celle
de Innrs conduits excréteurs.
Périnéphrife.
Çi 729. J'ai cru devoir grouper, sous le nom de pèrinèphriic ,
plusieurs inflammations des membranes adipeuse , fibreuse
et celluleuse des reins ; inflammations qui , par leurs symptô-
mes et leurs caractères anatomiques, diffèrent essentiellement
des pyélites et des néplirites, proprement dites.
§ 73o. La périnéphrite , souvent consécutive à une néphrite
très intense, survient plus souvent encore à la suite d'infiltra-
tions urineuses dans la membrane celluleuse, sous-fibreuse,
ou dans le tissu cellulaire extérieur des reins ; infiltrations
que déterminent les plaies pénétrantes dans les calices ou dans
le bassinet et des fistules rénales , consécutives à des pyélites
calculeuses. Dans ces cas , les phénomènes de l'inflammation
extra-rénale , jusqu'à ce qu'un abcès se soit formé (abcès extra-
rénal consécutif), se perdent ou restent confondus au milieu
de ceux de l'inflammation du rein et deses conduits excréteurs.
Mais il est d'autres circonstances dans lesquelles la périné-
phrite et ses symptômes, bien que primitivement obscurs et la-
tens, se dessinent plus tard d'une manière évidente, sans avoir
été précédés des accidens des néphrites ou des pyélo-néphrites.
A la suite de contusions sur les lombes , de l'impression du
froid et de l'humidité, et quelquefois sans cause connue, soit
dans le cours des fièvres graves, soitdans un bon état de santé,
la couche cellulo-graisseusequi entoure les reins {membrane
ndi'pevsc , J. F. Meckel) s'enflamme, s'infiltre de sérosité
purulente, ou devient le siège d'abcès plus ou moins considé-
rables, sans que le rein lui-même éprouve, dans ses fonctions,
rie dérangemens appréciables (abcès extra-rénaux ^/•z'mtit/i).
5 731. Caractères anatomiques. Des lésions particulières aux
membranes des reins et au tissu cellulaire qui les entoure ,
caractérisent anatomiquement la périnéphrite.
Lorsque l'inflammation de ces parties est rtt(/?/ë et récente ,
le tissu cellulaire, fin et délié, interposé entre le rein et sa
membrane fibreuse, est traversé, en différens sens, par des
vaisseaux
ABCÈS AUTOUR DES KEINS. Ck^S
fortement injectés de sang; quelquefois il est infiltré
de sérosité ; du pus est disséminé dans ses mailles , ou rassem-
blé en foyers plus ou moins considérables ( Atlas ^ Pl. xvii ,
fig. i) sous la membrane fibreuse, soulevée inégalement en
plusieurs points. Par suite de cette distension , cette membrane
I peut se rompre , et l'étendue de cette solution de continuité
f peut varier entre les dimensions d'une ouverture fis Iule use ,
H d'une légère crevasse ou d'une large déchirure. Dans d'autres
c circonstances, une certaine quantité de sang s'épanche entre le
r rein et sa membrane fibreuse, et, sur plusieui's points de la
s surface externe de cette membrane , ou remarque quelquefois
t de véritables ecchymoses ou des dépôts de lymphe plastique qui
I unissent plus ou moins intimement le rein avec les parties voi-
! sines. Enfin, dans le tissu cellulaire extérieur, surtout dans
celui qui correspond à la face postérieure du rein , on trouve
quelquefois des collections de pus. L'étendue de ces foyers pu-
I rulensesttrès variable. On en a vu de très petits et d'autres qui
« étaient tellement considérables qu'ils s'étendaient de la face in-
I férieure du foie jusqu'à l'arcade crurale, en formant plusieurs
t clapiers.
Le lissu cellulaire , situé entre le carré des lombes et ses
» aponévroses, et même le tissu cellulaire sous-cutané sont in-
1 jectés de sang, infiltrés de sérosité , et, dans quelques cas avec
I infiltration mineuse , frappés de gangrène. Le tissu cellulaire
t sous-cutané de la région lombaire est infiltré de sérosité. Pen-
i dant la vie , cet œdème est , avec la fluctuation , un des
I meilleurs signes des collections purulentes au pourtour des
) reins. En même temps que ces abcès , on a plusieurs fois reu-
I contré des lésions des reins , du bassinet ou des calices . et plus
( rarement des abcès dans le foie ou dans la rate, suivant le côté
< affecté. Enfin , on a vu de semblables abcès communinuer avec
l'intestin et même avec les bronches.
■ A la suite des inflammations chroniques des membranes
externes des reins ^ on observe d'autres altérations. La couche
I ceUuleuse, située sous la membrane fibreuse du rein , acquiert
quelquefois une épaisseur considérable dans presque toute sou
étendue, ou seulement eu quelques points oii ulle uUiode
i/|6 PÉnrNiJpHRiTB.
petiies émiuences, indurées, circonscrites; d'autres fois elle offre
aussi des taches mélaniques, ii régulières, auxquelles parlicipe
la membrane fibreuse, qui en est elle-même le siège le plus ordi-
naire ( Atlas, Pi xli, fig. 3 ). Cette dernière membrane peut
présenter, à la suite du travail morbide de l'inflammation, mx
grand nombre d'altérations qui seront ultérieurement décrites.
Je me borne à noter ici que cette membrane adhère quel-
quefois si fortement à la substance corticale par stt face in-
terne, et aux parties voisines par sa face externe, qu'il est
impossible de l'isoler sans en opérer la déchirure; c'est aussi le
moment de remarquer que l'épaississement et les transforma-
tions cartilagineuse et osseuse de cette membrane sont non
point l'efiet de l'âge, mais bien le résultat d'inflammations
antérieures, qui ont amené des dépôts de lymphe plasticjue ou
de sels sur une de ses faces ou dans son tissu.
Lorsque la nature ou l'art a donné une issue au pus accu-
mulé dans le tissu cellulaire extra-rénal ; lorsqu'il existe une
ou plusieurs fistules dans la région lombaire^ le tissu cellulaire
et les aponévroses de cette région offrent, non-seulement des
altérations analogues à celles que les tissus enflammés présen-
tent dans les au 1res parties du corps, mais d'autres phéuotnèues
résultant du passage ou de l'imbibition de l'urine, lorsqu'il y u
en même temps fistule urinaire.
§ ■jii. 'Symptômes. Lorsque l'inflammation du tissu cellulaire
du pourlour des reins est pr/witïtve lorsqu'elle n'a pas été
précédée de désordies fonctionnels des reins et d'altération de
l'urine ; lorsqu'elle n'est pas survenue à la suite d'une afiection
du foie on dn In rate 5 lorsqu'elle est indépendante d'une in-
flnmm;ili'in i l d'une perforation du bassinet et des calices,
snivii! d'infiltration urineusc; la périnéphrile peut être bien
diflicilemcnt distinguée de l'inflammalion du tissu cellulaire
du voisinage, produite par une perforation du colon («) ou
par d'auties causes. Les malades accusent , dans la région
rénale, une doulfeur pins profonde que dans le lumbago; la
région lombaire n'est pas déformée? s'il y a fièvre, l'urine est
(i) J'ai TU nu cas dsns lequel unt setaMablc perforation dn «olon asccn»
ABCÈS AUTOUR DES RKINS. a^?
reuge comme dans les maladies inflammatoires , sans oflrii-
aucun des caractères particuliers aux alTeclions du reia ou
du bassinet ; les jours suivans la douleur s'étend; le uioxivemen t
fébrile eonlinue et le plus souvenl augmente d'intensité. Pins
lard le flanc se bombe et présente quelquefois une sorte d'empâ-
tement ou d'œdème, alors même que l'on ne peut reconnaître de
fluctuation évidente, en palpant avec soin la partie malade. Pen-
dant tout ce temps on n'observe, dans l'urine, rien qui puisse
faire soupçonner une collection purulente dans les calices, et ou
ne remarque rien, non plus, dans les matières fécales qui puisse
conduire à admettre une lésion du gros intestin , et, par suite,
une fistule stercorale. La percussion du flanc et de la région
lombaire démontre que la tuméfaction s'est principalement
opérée en arrière. Le plus souvent , cette percussion est dou-
loureuse. Lorsque le pus s'est accumulé en quantité considé-
rable autour du rein, entre le péritoine et les muscles des
lombes, il faut se hâter de lui frayer une issue au dehors , sinon
l'inflammation s'étendrait inévitablement, et le pus pourrait
fuser vers la fosse iliaque ouvars l'arcade crurale, s'épancher
dans la cavité péritonéale ou se faire jour dans l'intestin. Il
pourrait encore arriver que l'inflammation se propageât au
rein contigu au foyer purulent , au foie ou à la rate , et môme
au poumon situé du côté de l'abcès (Obs. iv). Enfin, dans qucU
ques cas rares , on a vu des abcès , situés au pourtour du rein ,
être rendus par l'expectoration.
dant fut déterminée par une épingle que le malade avait avalée par mégarde .
Des gaz et pins tard des matières fécales s'épanchèrent dans le tissu cellulaire
exlr^-périlonéal de la région lombaire droite , et il s'ensuivit nn abcès très
considérable. Le malade succomba, quoiqu'on eût ouvert l'abcès peu Je
temps après sa forniiation. Ces abcès lomibaireâ intestinaux ne se terminctlt
pas tonjours d'une manière aussi fâcheuse. Le docteur Schauffus rapporte
qu'un homme, âgé de 4o ans, sujet à la constipation et ayant une hernie,
fat atteint, après divers aceidens, d'un abcès dans la région lombaire gauche.
C«t aboè» ayant été incisé, il s'en écoula douze onces de pus fétid». Plus
tard, il sortit de l'air par la plaie, et toujours après une torte de gargouille-
ment dans le ventre. Après être restée long temps iistuleuse, la plaie se pi»
calrisa (Qjjieland't Jmm. der frahtisçhen Heilkunde, Bd. 2. S, 386-292),
248 PiRJNÉPMRlTlî.
L'ouverture des abcès voisins des reins fournit ordinaire-
ment une grande quantité de pus d'une odeur très fétide. Celle
fétidité était telle dans deux cas particuliers que j'ai obser-
vés, qu'on aurait pu croire que ces abcès communiquaient avec
la cavité du colon, si nous n'avions su, par expérience, que le
pus des abcès voisins de cet intestin a quelquefois une odeur
analogue à celle du pus qui provient des abcès stercoraux, et
si je n'avais constaté , d'ailleurs , l'absence de tout pbénoinène
et de toute circonstance qui pussent faire admettre l'existence
d'une lésion intestinale-
En de tels cas, l'évacuation de pus est ordinairement suivie, et
presque immédiatement, d'un très grand soulagement. Et s'il
nesurvient pas de nouveaux accidens, ou quelque complication,
la guérison de ces abcès ne se fait pas long-temps attendre.
§ 733. Lorsque les abcès du pourtour des reins surviennent,
au contraire, à la suite d'une infiltration urineuse dans le tissu
cellulaire extra-péritonéal (abcès consécutifs à la perfora-
tion du bassinet ou des calices), (ce qui a lieu assez fréquem-
ment dans le cas de pyélile calculeuse avec distension du bas-
sinet etdes calices), l'ouveriure de semblables abcès est souvent
suivie de fistules, dont la guérison ne s'obtient quelquefois
qu'au bout de plusieurs années, et après la sortie d'un ou plu-
sieurs calculs. Ces abcès extra-rénaux consécutifs peuvent
être, le plus souvent , distingués facilement des abcès extra-
rénaux primitifs. Eu effet , le plus ordinairement, des coliques
néphrétiques, ou bien une douleur aux lombes, dans la région
rénale, ou bien encore , l'émission habituelle d'une urine pu-
rulente, quelquefois avec développement d'une tumeur dans
le flanc, a précédé , dans le cas d'abcès extra-rénaux con-
sécutifs , la formation de l'abcès lombaire, tandis que l'abcès
extra-rénal fyrimitif svLX'iienl le plus souvent , sans cause ap-
parente, chez un individu habilvieilemeut bien portant. Il
est encore un symptôme distinctif des abcès extra-rénaux
consécutifs , mais qu'il ne faut pas s'atlendre à rencon-
trer fréquemment: je veux parler de Vodeur urineuse du
pus, indiquée comme signe de ces abcès, par un assez grand
nombre de cliirurgiens. Pour moi, non-seulement je n'ai pu
ABCÈS AUTOUR DES KEIJNS.
reconnaître celle odeur urineuse en flairant l'ouverture d'abcès
onsécutifs à de3 pyéliles calculeuses récemment ouverts , mais
..lème eu flairant rintérieuv de reins ouverts après la mortel
dont les bassinets et les calices énormément distendus , étaient
remplis de pus. J'ajoute queles abcès voisins des reins sont égale-
ment voisins du gros intestin, et que cette dernière circonslaace
a , dans un grand nombre de cas, une influence telle sur l'odeur
du pus, que, si sa fétidité peut être comparée à celle de quelque
autre pus, c'est bien plutôt à celle du pus provenant d'abcèa
stercoraux de la marge de l'anus, qu'à celle du pus des abcès
urineux du périnée, par exemple.
§734. Les détails dans lesquels je suis entré en trailant du
diagnostic différentiel des tumeurs et des abcès du rein consécu-
tifs à la pyélile calculeuse , me dispensent de reproduire ici les
signes à l'aide desquels ou peut distinguer les abcès primitifs
ou consécutifs , situés au pourtour des reins , des autres abcès
des lombes, et, en particulier, des abcès stercoraux consécutifs
aux perforations des portions ascendante et descendante du
colon ; des abeès par congestion , déterminés par la carie des
vertèbres lombaires ; des abcès situés dans la gaine du psoas
(i), et d'autres tumeurs qui peuvent se développer dans les mê-
mes régions (§ 65 1 ). Plusieurs observations d'abcès rénaux
(i) Fabrice de Uildea cite, cuuime exemple d'abcès sous le psoas uu
ras dans lequel le foyer était plus probablemeut situé au pourtour du
rein, car daus l'observation il est iait mentiou d'accideus du côté des voies
urinaires. Voici le l'ait : « Cusmus Slotanus cliirurgus prxstantissimus , iu
Gcrsbeim, adhonestam matronam uccersitus, eam iuvenit decumbentem cuui
.ncutissimis duloribus circa lumbus, febre, leipotbymia, et ariniL' d.ijjiciiltatc. Is
cuin en doloris specie et aliis iudiciis cognovisset apostcma esse interiiuiu
(exterius eaim niiiil appurebat , uec tactu quicquam apprehendi poterat)
uimirum sub psoa museulu, qui Vesalio l'emur movcutium sextus et septima
musculorum tabula t octava 6 notatus est, vitas periculum prœdixit : uisi forte
aperto latere illo, couteutiis buuior offlueret. Annueutibus amicis , ipse ad
spiu» dorsi latus, cutem et musculos exteriores ad psoaio usquc incidit nova-
cula. Effluxit copiosus liuuior purulentus et fœtidus. Ab co tempore mitigata
-'Unt symptomata omuia , et ipsa brevi rcstituta vixit et valuit inultos annos
G. Fabriuii Hildani Obsi-.i v. et curât, c/iiiur., ccut. r. Ubs. 63. — Thésaurus
■ /lirurgitv. P. UlTcnhiicb., in-lol. Fiaueof'urli, 1610, p, 11 fï).
a5o PÉRINiPHlUTJE.
priinilifsou consécutifs, rapportées plus loin, compléteront
d'ailleurs l'histoire de ces abcès.
§ 735. Je n'ai que peu de chose à ajouter relativement au
traitement de la périnéphrile. Lorsque cette inflammation çsl
primitive et indépendante d'une perforation du bassinet et des
calices, ses progrès peuvent être arrêtés par des émissions saii»
guioes, générales et locales, par des bains et des applications
érooUientes; mais il ne m'est pas démontré qu'on puisse dans
de semblables cas prévenir la formation d'un abcès.
Les abcès primitifs doivent être ouverts avec le bistouri j,
l'incision me paraît aussi préférable à la ponction, à la cautéri-
sation, et à la cautérisation suivie d'incision, auxquelles on a
quelquefois eu recours, avec succès, dans le traitement d'abcès
extra-rénaux consécutifs.
Lorsqu'on a lieu de supposer que de tels abcès sont entretenus
par la présence d'un corps étranger ou par une fistule rénale,
s'ouvrant au fond du foyer, loin de chercher à obtenir l'occlu-
sion de l'ouverture fistuleuse extérieure qui a remplacé Hnci-
8ion> il faut s'attacher, au contraire, à la prévenir; si on agis-
sait autrement, le pus, dont la formation est entretenue par la
présence du corps étranger, ou le pus mélangé avec l'urine,
ne pouvant se faire jour au-dehors, déterminerait une nouvelle
extension de l'inflammation, suivie d'une collection purulente
plus abondante qu'il faudrait se hâter d'ouvrir, ou qtii rie tar-
derait pas k déterminer des accidens de la nature la plus grave
(Voyez : Fistules niNAi-Es).
Historique et observations.
§ On a remarqué très anciennement {voyez : Pyélite, §
719) que les collections purulentes dans les reins, ou plutôt dan»
lé bassinet et lés calices , finissaient par donner lieu à d'autre»
collections purulentes autour des reins , dont il fallait se hâter
de pratiquer l'ouverture. Mais ce n'est réellement que dans ce*
derniers temps qu'on s'est attaché à bien distinguer, de ces col-
lections purulentes, d'auHes abcès situés autour des reins et
iudépendana d'altoralious de ce» organes- Ces abcès e»lr«-
ABCÈS AUTOUR DES REINS.
énaux primitifs ont plusieurs fois paru se développer sous
influence d'une cause rhumatismale ou du moins sous l'in-
luence des causes qui produisent le rhumatisme. D'après ces
ousidérations, j'ai cru devoir ranger en deux séries les obser-
ations relatives aux abcès formes autour des reins.
% 737. La première série comprend les cas d'abcès extra-re-
laux primitifs ou au moins indépendans d'une fistule rénale,
>orgne, interne.
On peut, ce me semble, rapporter aux abcès extra-rénaux
jrimitifs, une observation recueillie par Pierre de Bayro 7i9)>
■elative à un abcès situé dans la région lombaire , et dont la
juérison fut très prompte après qu'on eut donné issue au pus
îar une incision pratiquée sur la tumeur.
A la suite de contusions violentes des lombes et des parties
mvironnantes, on â vu s'établir des inflammations et des sup-
purations, quelquefois très étendues, du tissu cellulaire qui en-
vii-onne le rein. M. R. H. Bell (i) rapporte le cas d'un soldat qui,
s'étant fortement heurté contre un poteau , éprouva une dou-
eur vive dans la région du rein droit et des voraissemens conti-
nuels. Les urines étaient très rouges et déposaient un sédiment
I ouge. Le malade mourut le vingt-quatrième jour dè l'acciient.
ue foie offrait une déchirure recouverte d'une fausse mem-
brane; et il y avait une collection purulente à la partie anté-
rieure du foie, et un autre abcès en arrière qui contenait environ
deux pintes de pus. Cet abcès avait fusé le long du bord con-
vexe du rein droit jusqu'au cœcum, qui était perforé à sa face
postérieure.
§ 738. Le tissu cellulaire qui entoure le rein, peut s'enflam-
mer à la suite de^J/aze* par inslrumenstranchans ou par armes
à feu (2).
(1) Bell (R.-H.). Case of rupture of llie liver with Inflammation and sup-
puration proceeding froiA txtsmat violence (Edinb. med. imd surg. journ.,
vot. *v, p. 252).
(a) M. le docteur Pépin (A..-F.) a Mpportû dans sa dissertation iuflugu-
r:du deux cas d'inflammation du tissu celluliiirc du pourtour du rein pro-
duit par des balles ( Considérations générales sw Us plaies d'armes a feu,
l'ari», in-4, 1814, 11.17 et
202 PJÎKmiîPmUTli.
Il paraît qu'il peut se développer des abcès au pourtour des
reins dans certaines lièvres graves , comme on eu a vu survenir
dans d'autres parties du corps. Le docteur Butler (i) mentionne
un cas d'abcès autour du rein, observe à Plymoutli, lorsqu'il y
régnait endémiquemeut nue fièvre grave particulière, accom-
pagnée de larges suppurations dans le tissu cellulaire de diverses
parties du corps.
§ 739. Il est d'autant plus urgent d'ouvrir les abcès extra-
rénaux qu'on les a vus déterminer une perforation dans la jior-
tion correspondante du péritoine ; perforation suivie d'une
péritonite mortelle.
Ous. I. — Abcès autour du rein droit; perforatinu du péritoiue, et
épanchumeut de pus daus lu uavité de cette lueiubrane {Journal clinique
des hôpitaux de Lyon, t. 11, p-'g. 435, uuvemb. iS3o. — Obs. sur les abcès
fililegiiioneux du bas-ventre, pai- le docteur Gardieu),
<c Le a4 janvier 1821, faisant à l'amplilthéâtre de l'Hôtel-Dieu
de Lyon l'ouverture de l'abdomen d'un sujet destiné à des pré-
parations anatomiques , et qui me parut avoir succombé à une
péritonite , je trouvai cette cavité remplie par un liquide dont
l'aspect me frappa; cai-, au lieu d'une sérosité lactescente que
je croyais rencontrer, je vis une matière d'un bianc jaunâtre,
opaque, bien liée, semblable enfin en tout au pus d'un phleg-
mon. Je fis écouler environ deux pintes de ce liquide; et si
nature, inusitée dans la maladie que je supposais , m'engagea à
examiner avec une grande attention le péritoine. J'essuyai là
surface de cette membrane dans plusieurs points, et partout je
la trouvai à l'état sain. En poursuivant mou examen, je décou-
vris, par le désoi-dre et l'altération des tissas, le véritable siège
du mal dans la région lombaire droite.
Ayant enlevé avec précaution la matière purulente, accumu-
lée dans cette partie, j'aperçus une ouverture à bords ii-ré-
guliers, et offrant à-peu-près la largeur d'un écu de trois livres.
Au moyen d'un doigt introduit dans cette ouverture, je soule-
(l) Butter. Reniarks on irritalive fever , mmmontr calted Plymouth dock-
yurd disease (Edinb. njcd. aud surg. jouru. , vol. Xivi, p. xo6).
A11CÈS AUTOUR DES REINS. 2 53
.^i la paroi antérieure d'une cavité que je mis à découvert par
ine incision prolongée en bas sur cette même paroi.
Cette cavité s'étendait, en haut, jusqu'au milieu du bord
postérieur du foie; en bas, jusqu'au détroit supérieur du
bassin ^ en arrière , elle était bornée par les couches aponévro-
tiques et musculeuses de la région lombaire; mais son^fplus
î^rand développement s'était fait en avant, à enijuger par les
dimensions delà paroi antérieure, qui avait dû être distendue
avant la déchirure qui avait permis l'issue du fluide.
Au fond de cette cavité se trouvait le rein droit, peu altéré à
saTsurface et sain à l'intérieur , baignant dans le pus, détaché
dans tout son pourtour par la destraction du tissu cellulaire qui
l'environne dans l'état sain. Le sujet dont il est ici question, a
évidemment succombé à un phlegDion considérable, développé
dans le tissu cellulaire qui abonde autour du rein; inflamma-
tion terminée par un vaste abcès dont l'ouverture s'est faite
dans le péritoine.
Ce cadavre venant de la ville, je n'ai pu avoir aucun ren-
seignement sur la cause et les symplômes de la maladie, ni sur
le traitement employé pour la comballrcjje présumai seulement
que cette maladie avait été très aiguë, vu les formes athlétiques
du sujet, et les traces récentes de deux saignées aux bras et de
quinze sangsues sur l'abdomen. »
L'observation de Fabrice de Hilden (i), rapportée plus haut,
forme une sorte de transition entre les cas d'abcès primitifs
autour des reins, sans lésion notable des fonctions urinaires, et
les cas, plus ordinaires, dans lesquels l'abcès extra-rénal est
consécutif à une affection quelconque du rein et le plus habi-
tuellement à une pyélite calculeuse. Dans le cas de Fabrice de
Hilden, la malade éprouva de la difjlculté d'uriner, mais ce
symptôme paraît avoir été consécutif au développement de
l'abcès; nulle mention n'est faite d'accidens primitifs du côté
des voies urinaires.
Cabrol(s) cite comme un exemple d'abcès extra-rénal, dis-
(0 G. FabriciiHildani, Ohserv. chirurgica;, cent, i, obs ixiii.
(a) Cabrol. Alphabet analonùquf, ob«. nxvnr.
»
Îi54 PKRINÉPHRITE.
linct des abcès calculeux des reins, le fait suivant, analogue
au précédent. Seulement il est à remarquer que le malade
de Cabrol avait quelquefois rendu un peu de pus avec l'urine :
« Il m'appela pour en avoir d'advis , et m'ayant parlé et fait
dlBcours de sa maladie, je fus d'advis qu'il appellast conseil; ce
qui lut fait : mais à la consultation fusines rjuasi de contraire
opinion , les uns et la pluspart tenoyent que c'estoit une pierre
au rein, d'autant qu'il faisoit parfois quelque peu de peux par
les urines : et moi, au contraire, tendis que c'étoit un abcès,
estant rememoratif de l'abcès du sieur Riquomme, situé au
roignon, et rempli de matière purulente : dont estant du tout
séparé, le malade me renvoya quérir, me priant instamment de
l'ouvrir : car il aimoit mieux mourir que de vivre si misérable-
ment avec In gi ande douleur qu'il senloit d'ordinaire : moi es-
tant convaincu de prières, tant de lui que de tous ses parens et
amis, me mis eu devoir de faire faire un ponctuel, de longueur
d'un demi-pied ou environ , non que je fusse si téméraire de
l'ouvrir seul, miiis y appelay tous ceux qui s'esloient trouvés à
lu consultation, et ayant appliqué mon cautère dedans, il yen
eust de bien joyeux en la compagnie , et trouvai la cavité et le
lien de la maladie; mais il n'en sortit rien : deux heures après,
j'y fus pour changer le premier appareil^ et la tente estant soi--
lie, fus contraint de prendre un bassin du barbier, lequel fut
rempli de peux, plus que de la moitié ; et continuai deux fois le
jour, un plat le matin et un autre le soir; cela dura l'espace
d'un mois ou cinq semaines , mais avec les remèdes l'ulcère fut
délergc, incarné cl bien cicatrisé, et en est bien guéri, dont de-
puis s'est changé à Marseille pour poursuivre sa traffique. »
Ç740. Les reins, en contact avec des abcès lombaires primi-
tifs ou consécutifs à des lésions d'organes voisins , peuvent s'en-
flammer à différens degrés. J'ai déjà fait remarquer, que dans
«n cas d'abcès des lombes rapporté par Fabrice de Hilden, il y
avait eu un dérangement notable de la sécrétion urinaire. Dans
l'observation suivante, publiée par M. Blaud. l'altération pro-
fonde du rein, l'étendue des désordres inflammatoire et gan-
gréneux, joint«s à la rareté des abcès exlra'rénauxprimilifs, peu-
vent faire penser, sans doute, que la lésion du rein précéda la
I
ABCÈS AUTOUR DnS REINS. aS5
tormalion de l'abcès; mais, d'un aulre côté, si on réfléchit que le
malade avaù été traité quelque temps auparavant pour une
aliection tout-à-lait étrangère aux voies uri naires; qu'il ne s'était
plaint d'aucun malaise dans ces parties ; que la cause de la
maladie à laquelle il a succombé paraît avoir été un refroidis-
sement; que celte même cause, dans d'autres circonstances, a
donné lieu à un abcès extra-rénal sans désorganisation du
rein ; on ne pourra nier que l'abcès n'ait pu être primitif, et
que le ramollissement gangreneux du rein n'ait pu être déter-
miné par le contact de cet organe avec un abcès considéra-
ble. Au reste ^ les cas de ramollissement général des sub-
Mancps rénales, sans dépôt de pus dans le bassinet et leB
l alicps ou dans la substance du rein, et coïncidant avec un
nbcès aux lombes, sont tellement rares , que je crois devoir re-
produire textuellement, ici, l'observation de M. Blaud, quoii^
qu'elle manque de détails.
Obs. U, — Impiessiou brusque du froid et de l'humidité; douleur sourde
dans la région rén.ilc gauche; accès fébriles inteasej ; rongeur de la pçaii
des lombes et du scrotum; abcès lombaires; rein converti en une sorte de
putrilage (Bl.nid. Commentaires sur les aphorisrnes d' Hippocrate. Bibliotli.
médicale, t. Lxix, p. ÏBo).
Jean D assaut, maçon , âgé de 5 a ans, atteint, depuis sept
mois, d'un c.Tlarrhe pulmonaire qui commençait enfin à se dis-
siper, sort pour la première fois, dans la matinée du 29 octobre
1818, pour reprendre son travail ; le thermomètre de Réauraur
marquait 5 ; il y avait eu une gelée blanche, et le vent souf-
tlaii <iu nord. Arrivé à son atelier, il se dépouille d'une partie
de ses vêiemeus, qu'il reprend bientôt à cause de l'impression
vtveque lui fait éprouver l'air extérieui".
A midi , frisson violent , avec tremblement pendant une
heure; ensuite, choleur forte, fièvre aiguë, douleur sourde dans
la région rénale gauclie.
Peu allei.tifs à la nature et au siège de celte douleur, que
nous regardâmes comme tenant à une courbature dont le ma-
lade se plaignait, et comme un des signes généraux et précur-
seurs d'une aulre lésion qui allait bientôt paraître, nous res-
5.56 PKRiNi^pnniTK.
lames dans l'pxpectalion ; pt nous laissâmns ainsi s'écliapper |p
moment favorable d'arrêter une inflammation funeste, qui se
termina, vm mois après, par la mort. Aveuglés par je ne sais
quelle fatalité, cette douleur locale ne fut plus l'objet de notre
attention; nous fûmes seulement frappés des accès fébriles
très intenses qui survenaient à intervalles irréguliers, et du
délire, accompagné de violens soubresauts, qui se manifesta le
1 1 novembre.
Nous étions ^encore à chercher la cause de symptômes si
alarmans, lorsque le 19 la région rénale gauche s'enflamma, se
tuméfia, et prit une couleur rouge brun : ce fat alors que nous
reconnûmes l'erreur que nous avions commise, mais il n'était
plus temps de la réparer; l'occasion s'était échappée. Cette in-
flammation se propagea rapidement dans toute la moitié gau-
che des parois abdominales, et envahit le scrotum. Des ouver-
tures furtn t pratiquées , soit dans cette partie, soit à la régioQ
rénale; il s'en écoula un fluide sanieux et mêlé d'urine; tout le
tissu cellulaire sous-jacent était gangréné. Les jours suivans, les
urines coulent par les ouvertures pratiquées ; mais elles filtrent
aussi à travers le tissu cellulaire sous-cutané des lombes, et de
la partie supérieure de la cuisse gauche; la peau de ces régions
prend une teinte rouge brun; l'état du malade s'aggrave de
plus en plus. Le 24, il tombe dans un assouiiissement coma-
teux, et meurt le soir, dans les angoisses du râle.
Aufopsïc. Tous les environs du rein gauche putréfiés; cet
organe converti en une sorte de putrilage, et communiquant
par plusieurs sinus avec le foyer extérieur; tissu cellulaire du
dos, des lombes, des parois abdominales et du scrotum gan-
gréné; péritoine épaissi dans toute la région correspondante;
tissu cellulaire abdominal , dénaturé par le contact des
urines.
§ 741. L'observation suivante doit être rapprochée de la pré-
cédente. •
ABCKS AUTOUR DES BEINS. 2i37
ES. IH. - Cas d'iuflauimatiou et de gangrène, de la memlmme adipeuse,
qui entoure les deux reins; exercice suivi de sueurs; refroidisscmeut ;
symptômes d'indigestion; mort— Par Tliomas Turner, M. D., médecin
de rhùpital Saint-Thomas, etc.; lu au Collège, le i2 novembre i8ia
{Med. Trans.publishedby tlte collège of phjrsicians in Londoii, vol. i»,p. 226,
in-8, London, (8j3).
Une dame mariée , âgée de 3o ans, de taille moyenne , très
grasse, fit une promenade à cheval de plusieurs heures , le sa-
medi 31 juin 1806. Elle eut beaucoup de chaleur et de fatigue ;
en rentrant, elle resta assise pendant quelque temps dans une
pièce dont la porte et les croisées étaient ouvertes ; mais elle ne
'aperçut pas qu'elle en fût incommodée. Elle passa le reste
du jour comme à l'ordinaire, et, à souper, mangea, avec grand
appétit, du homard, quoiqu'on général son estomac le supportât
diflS.cilement et que cet aKment l'incommodât habituellement. Eu
se retirant dans sa chambre à coucher , elle éprouva des maux
de cœur et vomit. Elle se plaignit aussi de beaucoup de dou-
leurs dans le ventre. Ces symptômes furent attribués au
homard qu'elle avait mangé. L'apothicaire de la famille lui
administra un émélique, et le lendemain matin une potion pur-
gatire, qui, n'agissant pas aussi vite qu'on le désirait, fut ré-
pétée et produisit alors d'abondantes évacuations intestinales.
Dans la soirée , elle dit qu'elle se trouvait toul-à-fait soulagée ,
et ne se plaignit que d'avoir les pieds et les mains plus froids
qu'à l'ordinaire. On lui conseilla de se coucher de bonne heure
et de prendre quelque chose de chaud. On ne doutait pas
qu'elle ne fût entièrement rétablie le lendemain. Dans la nuit ,
néanmoins, elle éprouva beaucoup de douleurs au dos et mix
lombes, et elle crut que des frictions qu'on avait faites sur ces
parties, l'avaient soulagée. Cependant elle éprouvait beaucoup
de malaise , et à cinq heures du matin environ , le lundi , son
agitation et son anxiété s'étaient tellement accrues que son mari
commença à être alarmé. Il envoya chercher, en conséquence,
l'apothicaire , qui vint environ une heure après. Dans cet in-
tervalle, les extrémités étaient devenues entièrement froides, et
on ne sentait pas depulsalions au poignet. Gomme l'apothicaire
expn«a la crainte d'un danger immédiat , on m'envoya cher-
III. ir;
PÉRINl^PHRITE.
cher; mais, la malade habitant à quelque distance do Londres
je ne pus la voir qu'entre une et deux heures de l'après-midi.
J'appris alors qu'elle avait pris de l'eau-de-vie étendue d'eau
chaude , avec quelques gouttes de teinture d'opium, qui parais-
saient l'a voir ranimée, tellement que ses amis la croyaient mieux
que dans la matinée. Néanmoins , son anxiété était extrême : sa
respiration très oppressée; ses pieds , sésjafnbeS, ses mains et
ses bras étaient êtitièremetit froids. On ùe t>ouvail distingUel"
la plus légère piilsation dails l'artère radiale; le teint était 11=
vide et les traits tirés ; les facultés intellectuelles étaient intac-
tes. Elle disait qu'elle ne souffrait pas; elle ne se plaignait
d'aucun inalaise ; en prèssatit lè ventre avec lit mstin ; je n'y
âperçus ni tension ni dureté ànotnale. Elle m'assura qu'elle
n'avait éprouvé ni douleur ni difficulté en urinant , et qu'elle
n'avait pas, non plus , remarqué qu'il y eût eu de difninution
dans lit tjuantité des urines. Elle s'éteignit graduellement et
niourut à quatre heures.
J'obtins la perrtiiSsion d'ouvrir le corps deux jours après la
mort. Voici ce qu'on observa : il y avait un peu plus de séro-
sité dans la cavité du thoràJt, qil'il n'y en a ordinairement; tous
les viscères (jui y sont contenus étaient jsarfaitemettt sâinS.
Dans l'abdomen , légères marques d'inflammation de la
membrane péritonéale de l'estomac , dans la partie de sa grande
courbure qui totichè à là raté et à l'ârC du coloh.
La partie dti colon en rapport immédiat avec le rein gau-
che, était très enflammée. Le foie était dans un état sain,
excepté qu'il y avait un très petit tubercule dans la partie anté-
rieure du lobé droit de cet organe. La vésicule du fiel conte-
nait cinq calculs biliaires assez volumineux. Le pancréas était
enflammé dans toute sa substance, et une portion considérable
de son extrémité gailche était gangrénée.
Toute la substance adipeuse qui entourait les deu« reilii ,
était frappée dîE gangrène et fornlait une masse noire, pulpeuSe.
Les capsules des deux reins étaient enflammées, et celle du reirt
droit en partie gangrénée. La substance des deux reins offrait
de légères traces d'inflammation; toûs les autres viscèrW
étaient sailis.
ABCÈS AUTOUR DES REINS. 269
L'auteur de celte observation pense que l'inflammation et la
gangrène du tissu cellulaire graisseux qui entoure les reins, ont
été l'afleclion primitive, et que les altérations observées dans les
reins , le pancréas et sur le colon , étaient consécutives.
Dans tous les cas , ce fait nous a paru bon à rappeler ici.
§ 742. On a vu des abcès dans les régions lombaires et au-
tour des reins se frayer un passage à travers la poitrine , le
pus être évacué yar les bronches, et les malades se rétablir com-r
plètement après des accidens aussi graves. J'ai été témoin , et k
mon grand étonnement, d'un fait semblable, sur un malade
lacé dans mon service à l'hôpital de la Charité , et dont je ne
q^ossède plus l'observation détaillée. Le malade, âgé d'une qua»
antaine d'années, était venu pour se faire traiter d'une dou-
eur très aiguë dans la région lombaire droite, douleur qui
augmentait à la plus légère pression et par les mouvemens du
tronc. Il y avait de la fièvre, mais elle n'était pas proportionnée
à l'intensité de la douleur. Il n'y avait ni chaleur morbide, ni
méfaction, ni empâtement dans la région douloureuse; la
rcussion en était très pénible au malade et produisait le son
qu'elle a dans l'état normal ; il n'y avait ni pus dans l'urine, ni
douleur suivant le trajet de l'uretère , ni aucun désordre fonc^*
"onnel des reins en rapport avec une néphrite. L'état de la ré-
gion lombaire du côté opposé était tout-à-fait naturel, et le
lalade n'avait pas eu antérieurement de maladies des voies
rinaires ; la teinte de la peau était naturelle, et rien n'aulori-
aitle soupçon d'une maladie du foie. Quoiqu'il n'eût éprouvé
STaat l'invasion de la douleur aucun dérangement fonctionnel
H gros intestin, ni diarrhée, ni constipation opiniâtre, je dois
dire qiie ma pensée fut que ce malade était atteint d'un phlegm-
on du tissu cellulaire extra-péritonéal voisin du rein,déter-
iné soit par une perforation, soit par toute autre lésion latente
la portion ascendante du colon. Le malade a saurait d'ailleurs
n'avait fait aucun effort musculaire des lombes pour sou
ever ou pour supporter un fardeau, et qu'il n'avait point e»
nterieurement de douleurs lombaires, ni de douleurs dans les
rticulations des membres. Une saignée du bras et plusieurs
applications de sangsues furent faites presque coup sur coup
I'
260 PERINjfPHRITE.
sans d'auti'ès résultats que de trai^ormer la douleur de la
région lombaire droite on une sorte d'engourdissement. Les
jours suivans, je me bornai à faire appliquer, sur la région
lombaire douloureuse , des cataplasmes émoUiens arrosés de
laudanum. L'engourdissement persistait, et la douleur parais-
sait augmentée par les mouvemens de la respiration, lorsque
nous explorions la poitrine, qui n'offrait point de phénomènes
morbides, soit à la percussion, soit à l'auscultation. Mon éton-
nement fut grand quelques jours après, lorsqu'on me montra,
à la visite, la moitié d'un crachoir rempli de pus, bien lié et
phlegmoneux, que le malade avait rendu par la bouche à la
suite d'une quinte de toux. Mon étonnement fut plus grand
encore lorsque je le vis sortir de l'hôpital parfaitement guéri
plusieurs semaines après.
M. Cantegril{r), médecin et chirurgien de l'hôpital deMurat,
a communiqué à l'Académie royale de médecine un fait ana-
logue au précédent :
Un homme reste cinq mois à l'hôpital de Toulouse pour
une plaie contuse à la jambe. Quinze jours après qu'il en est
sorti guéri, il est saisi d'une douleur très vive à la région lom-
baire gauche, avec fièvre; un abcès paraît se former à cette
partie. Au bout de huit jours, la douleur se propage dans tout
le côté gauche de la poitrine , avec gêne de la respiration ; ce-
pendant l'abcès lombaire se prononce rapidement à l'extérieur;
mais le jour même oii l'on se disposait à en faire l'ouverture,
le malade éprouve un accès de toux, et, dans cet accès de toux,
expectore une matière purulente si abondante, qu'elle remplit
huit assiettes et est estimée à deux litres. Un vide dès-lors paraît
exister à l'abcès lombaire , et lors de la toux la main placée sur
cet abcès perçoit une sorte de frémissement, comme si une
colonne d'air s'y précipitait.
L'observation suivante (2), recueillie par M. Ducasse lils,
paraît être aussi un cas d'abcès lombaire qui s'est fait jour en
partie par les bronches :
(i; Archives générales de Médecine, t. xix, 1829, p. 280,
(•2) Archives générales de Médecine, toui. xv, 1857, p. 462.
ABCtS AUTOUR DES REINS.
' Un homme depuis long- temps était atteint d'une douleur au
côté gauche de la poitrine, qui avait fini par rendre la respira-
tion difficile, les raouveraens du thorax douloureux, et par
forcer le malade à rester au lit ; tout-à-coup, la douleur se fixe
à la région lombaire, derrière les côtes asternales, il y a fièvre
vive pendant onze jours. Une fluctuation en ce lieu engage à y
faire une ponction qui donne issue à deux livres de pus de
bonne qualité; et, lorsque, peu de jours après, on se préparait
à réitérer la ponction, soudain le malade, dans un accès de
toux , expectore six livres de crachats , mêlés d'un pus sembla-
ble à celui de l'abcès lombaire. Celui-ci alors est largement
ouvert, et le malade guérit en un mois, (i)
§ 743. De Haen a publié un cas d'abcès lombaire qui peut
être , jusqu'à un certain point, rapproché des précédens. L'au-
teur affirme que le malade crachait du pus , et désigne la ma-
die sous le nom de phthisie cellulaire, ce qui semble indiquer
que, dans sa pensée, l'expectoration purulente ne résultait
point d'une phthisie pulmonaire. Mais, chose incroyable, l'état
des poumons n'est point indiqué dans l'ouverture du corps.
Obs. IV. — Coup sur la région rénale k l'âge de lo ans; à l'âge de
16 ans, tumeur purulente aux lombes, fièvre hectique, expectoration
purulente; mort. — Infiltration purulente du tissu cellulaire des lombes,
de l'aine et de la cuisse (De Hacn , Sur quelques remèdes nouveaux ou
peu usités. Journ. de médecine , in- 12, t. xii, 1760, p. no).
Un enfant de 16 ans fut amené à l'hôpital , à la vérité dans
un état fort délabré. Il y avait six ans qu'il avait reçu sur les
reins un coup qu'on négligea, et qui donna lieu à une tumeur
(t) D'un autre côté, on a vu des collections purulentes aux lomljes , au-
tour des reins, provenir de la poitrine. Un homme a un abcès lombaire qui
• ouvre et fournit une grande quantité de pus; on soupçonne qu'un rein est
malade; mais, la mort étant survenue, l'ouverture du c.idavre fit voir que les
poumons étaient tuberculeux, et que le pus de l'abcès lombaire tirait sou
origine d'une vomique développée dans la plèvre (Compte rendu des travaux
As la société royale de médecine de Bordeaux pour tannée i8i8.— Archives
gin. de méd., lom, xii, 1829, p. aSi).
262 PÉRINÉPHUITE.
qui paraissait pleine de pus; cette tumeur subsistait encore-
la fièvre hettique s'était mise de la partie; le mulade crachait
fe pus ; en un mot, il avait tous les symptômes d'une phlhisie
ConfirmtSe. Après avoir ouvert la tumeur , pour donner jggue
au pus , et employé les remèdes les plus appropriés , nous
eûmes recours au quinquina : il parut d'abord lui faire du
bieo j mais il survint une diarrhée et une douleur dans l'aine
qui l'emportèrent. Son cadavre ayant été ojivert, on trouva tout
l'interstice des muscles grand dorsal et sacro-lombaire, ceux
du psoas et de l'iliaque interne, remplis de pus; après s'être
fait jour sous le ligament de Poupart, il était venu former une
poclie entre le triceps et le couturier. On poun ait appeler celte
espèce de phthisie , phthisie cellulaire , puisqu'on effet elle
n'avait attaqué que le tissu cellulaire de ces parties.
S 744. Une seconde série d'abcès extra-rénaux contéeutifs
comprend les cas dans lesquels ces abcès se sont formés « la
SJiite d'ime ùiflammatioii des reins, par simple contiguilé et
sans perforation des calices et du bassinet, et par conséquent
saps infiltration mineuse. M. Nivet (i) a montré à I4 société
analomique un fait de ce genre. Tout le tissu cellulaire qui
environnait le rein était enflammé. La surface externe de cet
organe était d'un rouge vif et rempli d'abcès miliaires.
L'observation suivante, rapportée par M. Thouet (2) , est uu
autre exemple de cette inflammation du tissu cellulaire du
pourtour du rein, sans perforation. _
0ns. V. — ■ Plusieurs attaques de gravclle; douleur; tension et empâte-
ment dans In région du rein ; abcès; incision; cicatrisation de la plaie le
vingt-cinquièmb jour.
Un mercier, colporteur, âgé de 36 ans, ayant déjà éprouvé
plusieurs attaques de gravelle, entra à l'hôpital d'Angers, le
deuxième jour d'une néphrite calculeuse, caractérisée par une
douleur pongitive du l'ein, une fièvre aiguë, une dysurie, avec
(t) Bulletin de là société analomigue, tom. 1, i835, p.ôg»
(4) Thonct (H.). Dissert. sur les calculs des reins et la néphrite calcaleust,
p. i3, in-4, Paris, 1816.
ABCÈS 4.UX0UR ©lis REINS. a6'3
émission de graviers. On administra en vain les caïmans el les
anliplogistiques ; les symptômes furent très intenses jus(ju'au
septième jour, époque à laquelle on observa du mieu^. dou-
leur devint pulsative; un frisson se renouvela plusieurs fois;
Iç malade se peignit de tension et d'engourdissement dans le
rein. Le douzième jour, la douleur augmenta} les balfemeus ge
firent sentir superficiellement du cpté affecté ; p» y peptait de
i'epipâtement; les ïirines, qvii jusqu'alors avaient pté rares et
claii-es, devinrent plus abondantes, boueuses et fétides. Des
topiques émolliens furent appliqués sur le lieu de l'erapâte-
meijt. Le quinzième jour, un abcès étant manifeste, j'en fis l'on.-
verture avec le bistouri, eii présence de M. Garnier, chirurgieji
en chef; il en sortit eeviroij une pinte de pus très fétide, liquide
et de couleur rougeâtre. Je cberchai en vain de? calcul^. La plgje
fut papsée simplement. Le malade, miç à l'usage des toniques,
alla de mieux en mieu?; la suppuration fut abgndante les pre-
njiers jouf s. Divers mouvemejas du corps favorisaient l'écoule-
ment du pus, dont la quantité din^ipua pieu-à-peu. Les Uf iijies
revinrent bientôt h l'état paturel. Jyp yingt-pinquième jour .4e
l'ouvertui'e de l'abcès, la plaie était cicatrisée, et le malade
sortit de l'bôpital, encore faible, mais p'éprpuv^flt pl»^ qije de
légères douleur» dans région du rein.
J. Murait (i) a rapporté un c?s analogue ^u précédent : ijin
bon^me d'une quarantaine d'années, pujpt depnjs long-fejflps
aux douleurs néphrétiques, ayant été atteint d'un abcès daps
la régiog lonibçiire du côté gauche, on eiji fit rouverture ep ap-
pliquant la pierre à cautère sur la tumeur et incisant ensuite
res.cliare ; il sortit de cet abcès uijp livre dje pus, et le m^lad^e je
jr.établitconjplèteweut au bout de sept sem.aiues. i
§ 74^' 1/e cas sfiivap^, h P^u^e de l'abcès gutQlir 4.u
rein paraît avoir été évidemment la tumeur formée aux dipeps
de cet flrgane ; tumeur qui persista après la guéridon de i'^b/cès.
(i) Ephem. nat. cur., dec. ii, ann, 3, oLs. iSg, p. 379.
264
PÉRINÉPHRlTli.
Obs. VI. — Tumeur du rein avec abcès extra-rénal; incibion d« la tu-
meur; imeumonie; gucriiou de la pneumonie et de l'abcès ; periistance
de la tumeur.
Marchand (Louise), âgée de 65 ans, femme de ménage,
mariée. Entrée à la Chanté le ii août i836.
Celle femme, petite et grêle, n'a jamais été ahtée. Réglée à
1 âge de i3 an.s et demi , elle a cessé de l'êlre à 56 ans; elle a
eu quatre enfans.
S'il faut l'en croire, il y a trente ans, elle aurait eu un accès
de colique néphrétique qui dura cinq heures (douleur atroce
dans le côté droit, avec vomissemens) ; depuis lors elle n'aurait
point eu de nouvelles attaques; seulement, depuis cinq à six
mois, quand elle se lève de sa chaise, elle souffre dans le rein
droit. Jamais elle n'a eu de douleurs articulaires, jamais elle
n'a rien remarqué d'extraordinaire dans ses urines.
Il y a huit jours, sans cause connue, elle fut prise de malaise,
de fièvre, avec douleur très vive dans le côté droit, en arrière,
au-dessous du foie; elle ne vomit point; les urines étaient plus
rares.
Aujourd'hui, dans le côté gauche, la pression est extrême-
ment douloureuse. En examinant les flancs, on s'aperçoit que
le droit est beaucoup élargi ; par la percussion , on circonscrit
une tumeur qui, en haut, se confond avec le foie, qui en avant
descend jusque près de la fosse iliaque, et se prolonge jusqu'à
deux pouces eu dehors de l'ombilic ; plusieurs points de
cette tumeur sont résistans ; d'autres présentent de la fluctua-
tion, qui est manifeste lorsque l'on embrasse la tumeur avec les
mains placées , l'une antérieurement , l'autre en arrière , et
qu'on presse ainsi le flot du liquide. Il y a de l'engourdissement
dans la jambe droite.
La fièvre est violente (120 pulsations'); la face est rouge, les
pommettes sont injectées comme dans une pneumonie, les
bruits du cœur n'offrent rien d'anomal.
La dyspnée est remarquable, surtout lorsqu'on la rapproche
de la iguieté de la respiration et de la sonorité restée naturelle
de la poitrine. Soif, inappétence, langue sale, point de nausées
i
ni
A.BCKS AI3TOU11 UliS REINS. 205
de vomisseraens , conslipalion , abdomen non douloureux,
excepté dans le poinl indiqué, chaleur générale et sueur; urines
transparentes, fortement colorées [Saignées de trois palettes;
ipplication de 25 sangsues le lendemain ). Soulagement
momentané.
Du i3au i5 août, la fièvre ne tombant point, la diarrhée
étant survenue, la face s'altérant de jour en jour davantage,
ou examine avec un nouveau soin la tumeur, et on s'aperçoit
que la saillie postérieure de la région lombaire est plus pronon-
cée, la fluctuation plus manifeste; en avant, la tumeur du rein
est explorée et constatée une seconde fois. Le diagnostic parais-
sant être abcès extra-rénal avec ou sans fistule du rein, avec dé-
veloppement morbide de cet organe, on se décide à ouvrir la
tumeur.
Le iC août, on fait une incision de trois pouces de long dans
la région lombaire, et il sort aussitôt de cette plaie au moins
une pinte de pus séreux, d'une odeur fécale effroyable; le doigt
plongé dans l'incision, se promène dans un foyer considérable
et va toucher avec peine la face postérieure de la tumeur rénale,
on ne pousse pas l'opération plus loin, et la malade est re-
portée dans son lit-
Elle est incroyablement soulagée. Le lendemain la figure
n'exprime plus la souffrance, le pouls n'est qu'à 82. Il n'y a
plus de douleur dans les lombes, mais la tumeur persiste en
avant , les urines sont naturelles, acides. Le pus continue à
s'écouler en petite quantité; la plaie, après avoir présenté un
aspect blâfard les premiers jours, commence à se couvrir de
bourgeons charnus de belle apparence. Le a8 août, elle marche
vers la guérison. Mais le 29, cette femme, ayant été découverte
dans son lit, et ayant pris froid, eut du frisson toute la
journée; le lendemain, on ausculta la poitrine, et l'on constata
une pneumonie déjà avancée (râle crépitant, souffle tubaire ;
diminution de la sonorité de 1q poitrine ; fièvre violente).
Cette pneumonie intercurrente , traitée par trois saignées,
céda, et le 18 du mois de septembre les choses en étaient reve-
nues à leur premier état.
L incision, qui s'était fermée quelques jours avant la pneu-
É
a66
PIÎRINÉPIIRITE.
monie, ae rouvrit, puis se referma, puis leaà septembre se
rouvrit encore, donnant chaque jour, lorsqu'elle était ouverte
un demi-verre de pu? séreux ; la tumeur antérieure persiste
toujours, aussi volumineuse qu'au premier temps. Enfin, le 7
novembre, la plaie s'étant refermée complètement, et la santé
générale étant parfaite, la malade quitta l'hôpital. L'abcès
extra-rénal était guéri , mais le rein restait volumineux el
dilaté.
Cette observation offre plusieurs circonstances remarqua-
bles. Il faut signaler d'abord l'odeur fécale du pus de l'abcès ,
sans qu'il y eût de communication du foyer avec l'intestin ;
circonstance que prouvent évidemment la prompte dispari-
tion de l'odeur fécale, constatée dans les pansemens ulté-
rieurs, l'absence de gaz, même quand on comprimait la tu-
meur antérieure , l'absence des matières fécales et de tous les
autres signes propres aux tumeurs et aux iislules intestinales.
La guérison de l'abcès , avec la persistance de la tumeur ré-
nale, n'a rien d'étonnant. Il existe dans la science un assez
grand nombre de cas semblables, dans lesquels non-seulement
un abcès extra-rénal simple a été ainsi guéri , mais encore
d'autres cas d'abcès avec fistule urinaire des lombes, qui se sont
fermés et rouverts à diverses reprises et à des époques plus ou
moins éloignées. Quant au développement d'une pleuro-pneu-
monie et à sa guérison dans un cas semblable , c'est véritabler
ment une circonstance remarquable j de telles observations
sont rares.
§ 746. Dans l'observation suivante , comme dans les précé-
dentes , l'abcès extra-rénal paraît avoir été consécutif à une
inflammation chronique du rein; mais, au lieu d'être trans-
formé en une tumeur faisant saillie dans le flanc , cet organe
était au contraire considérablement atrophié par suite d'une
inflammation chronique.
Obs. yil. — Abcès autour du rein droit atrophié; plusieurs s^nip0mes de
néphrite chronique (Andral. Clinique médicale, 2"^édit., t. iv, p. i88).
Une femme, âgée de 4o ans, éprouvait depuis long-temps
une douleur sourde à la partie poetérieuie du (Ijinc droit. Va
ABCÈS AUTOUR DES REINS. 267
an environ s'écoula sans que sa santé fût d'ajU^ur^ dérangée ;
mais au bout de ce temps les digestions se troublèrent, àos
vomissemens survinrent par intervalles, la douleur devint
plus vive^ et un mouvement fébrile s'établit ebaque soir,
f/orsque cette femme entra à la Cbarité, dix-buit mois environ
après qu'avait commencé » ^e manifester la douleur rénale,
elle était dans un état de marasme déjà fort avancé ; le pouls
était habituellement fréquent , il y avait de/? sueurs chaque
nuit. Le décubitus sur le côté gauche était le seul possible. La
cause de ces symptômes semblait résider dans une lésion du
rein droit, annoncée : i' par l'ancienne douleur dont le flpnc
droit était le siège; a" par une tuméfaction très notable de la
partie postérieure de ce même flanc , qui était très douloureux
par une pression même légère; 3° par le caractère des urines,
qui étaient rouges et déposaient un sédiment blanchâtre. Plu-
sieurs applications de sangsues furent faites sans succès. Iv em-
pâtement de la région l énale droite devint de plus en plus con-
sidérable , le membre abdominal droit s'infiltra , une abon-
dante diarrhée s'établit , et la malade succomba après un sé-
joar de près de quatre mois à l'hôpital.
Ouverture du cadavre. — Le colon ascendant était soulevé
et repoussé vers la ligne médiane par une tumeur volumineuse
qui occupait la place du rein. A peine le scalpel y eut-il été en-
foncé de quelques lignes, qu'on en vit jaillir un pus blanc jau-
nâtre très abondant. Il était contenu dans une poche bornée en
avant par le péritoine, qui passait au devant d'elle, et qu'elle
avait soulevé; en arrière, le feuillet aponévrotique sur lequel
repose le rein, était détruit, et du pus était infiltré entre les
muscles jusque près de la peau des lombes. En haut, ce pus
était séparé du foie par un tissu cellulaire dur et épais, et en
bas ce même tissu cellulaire l'empêchait de s'étendre du côté
de la fosse iliaque. Au milieu de cette poche purulente, on ne
trouvait plus d'autre vestige du rein qu'un corps qui n'avait pas
le quart du volume d'un rein ordinaire , mais qui en avait d'ail-
leurs la forme, la structure et duquel partait l'ui-elère. L'autre
rem ctaii «aiu. La surface interne de la ves«ie pré3entait une
couleur ardoisée et un aspect rugueux. La membrane muqueuse
268 PKRirriÎPHRITE.
du colon était molle, comme pulpeuse sans être rouge. Le
grand cul-de-sac de l'estomac était remarquable par l'extrême
minceur de ses parois, qui, en plusieurs points, ne sem-
blaient plus réellement constituées que par le péritoine.
S 747. L'observation suivante offre une particularité assez
remarquable : une inflammation très bien dessinée de la mtm~
brane cclluleuse et sous-fibreuse du rein coïncidant avec une
inflammation du bassinet et des calices, déterminée elle-même
par un cancer fongueux de la vessie.
Obs. VIII. — Cnncer fongueux de la vessie; inflammation de l'uretère,
du bassinet et des calices du rein droit, aven exsudation de lymphe
plastique j dilatation de l'uretère gauche ; abcès au-dessous de la mem-
brane fibreuse du rein gauche (Atlas, Pl. ivii).
Laudu, Pierre, âgé de 5i ans, jardinier, né à Bristol, en-
tré à l'hôpital de la Charité, le i5 juillet i83i, pour s'y faire
traiter d'une maladie des voies urinaires. Après de longues
souffrances, cet homme mourut le i6 septembre i83i.
État extérieur An cadavre. Maigreur; point d'œdème; séton
au-dessus du pubis.
Abdomen, Point de sérosité dans la cavité du péritoine; foie
d'un volume naturel , un peu gorgé de sang ; Vésicule du fiel
volumineuse; intestin grêle sain; quelques ganglions lym-
phatiques du mésentère pâles et plus volumineux que dans
l'état naturel; le colon descendant très rétréci; le rectum, le
cœcum , le colon ascendant, le colon transverse distendus par
des gaz ; la membrane muqueuse du colon molle et rouge en
quelques points. En cherchant à enlever l'estomac, on déchira
la membrane fibreuse du rein gauche vers sa partie supérieure.
Par cette déchirure , il s'écoula environ deux cuillerées à bou-
che de pus liquide. Un abcès s'était formé au-dessous de la
membrane fibreuse , dans la membrane celluleuse du rein.
La membrane fibreuse était épaissie et adhérait intimement à
la membrane celluleuse dans les points où du pus n'avait point
été déposé.
La membrane celluleuse offrait des espèces de cloisons ou
de filamens qui flottaient dans l'eau. Supérieurement, cet abcès
de la membrane celluleuse du rein , après avoir détruit la
ABCiS AUTOUR DES REINS. 269
iiembrane fibreuse, semblait s'être propagé dans la capsule sur-
énale. La membrane celluleuse était très adhérente à la sub-
tance corticale du rein. Ce rein ayant été ouvert de la grande
ourbure vers la scissure, il s'écoula une assez grande quantité
le pus de la cavité du bassinet. Ce pus tenait en suspension
me petite quantité de graviers blancs; le bassinet était dilaté,
inaissa cavité n'était pas très arborisée. Presque toutes les pyra-
mides de la substance tubuleuse étaient occupées par un foyer
de pus ; toutes présentaient une petite caverne ; les mamelons
étaient peu enflammés; quelques mamelons étaient affaissés
par suite de l'accumulation du pus dans la cavité du bassinet,
\ulour de la plupart de ces petites cavernes , existaient des
cercles d'un rouge assez animé. Quelques points de la sub-
3lance tubuleuse étaient d'un rouge plus vif; il existait en outre
de petits points purulens, mais en plus petit nombre, dans la
substance corticale.
L'uretère gauche , dilaté d'une manière remarquable , conte-
nait du pus qui tenait un peu de sable en suspension. Ce conduit,
contourné à une petite distance du rein , présentait inférieure-
ment plusieurs valvules. La membrane interne de l'uretère était
rouge.
Le rein droit était un peu plus arborisé extérieurement que
dans l'état naturel. La membrane intei^ne du bassinet offrait
une rougeur très foncée et comme ecchymosée , et de petits
mamelons blanchâtres formés par un dépôt de lymphe coa-
gulable. Le bassinet et plusieurs points de l'uretère contenaient
du pus et des graviers. Une couche de graisse assez épaisse en-
veloppait le bassinet j la capsule surrénale, les veines et les
artères rénales et leurs principales divisions étaient saines.
La vessie très contractée contenait une sorte de boue blan-
châtre qui cachait un champignon cancéreux volumineux. Le
canal del'urèthre, enflammé à son extrémité extérieure, conte-
nait de la matière purulente qui provenait de la vessie.
Poilrine. Point de sérosité dans les plèvres, adhérences an-
ciennes des lobes inférieurs des poumons avec les parois de la
poitrine. Poumon droit crépitant, sans œdème dans les bron-
ches, sans engouement à sa partie postérieure. Poumon gauche
270 p^éttîtn^pnniTR.
engoué h sou bord postérieur et fournissant beaucoup d'écume,
lorsqu'on l'incise. Un peu de sérosité dans le péricarde, liyper-
fropliie concentrique du ventricule gauche du cœur. Valvules
du cœur et dé l'origine des gros vaissoaux saines. Aorte légère*
ment dilatée à sa grande courbure, oiz l'on remarque de petites
plaques alhéromateuses.
Tête saine.
S 748. La troisièffte série d'abcès extra-rénaUx consécutifs
comprend les cas dans lesqviels ces abcès se sont très probable»
ment formés, à la suite tfune fistule rénale, borgne , interne,
et le plus ordinairement dans des cas de pyélile calculeuse. Les
observatloiis suivantes sont des exemples de ces abcès et du
traitement qtti peut leur être appliqué avec succès.
0ns. !X. — Aiicfes à la tégion lombaire droite, apparaissant plus tard k lâ
partie supérieure de la fosse Iliaque. — Application de la pierre à oan»
xkre, ineision de l'escharei issue du pus, suivie de fistule j extraction d'une
pierre; persistance de la fistule (Lafilte, in Mém. de l'Acad. de cliirurgie,
t. II, p. a3C).
Eh i^s^, au TtloJâ d'octobre, feu M. Sauré vit Un Jeunehomme
d'environ 26 ans qui avait une tumeur de la grosseur d'un œuf
h la région lombaire droite; elle avait été précédée de douleurs
de rein, semblables à celles de la iiéplirétique. M. Sauré y appli-
qua des cataplasmes émolliens et maluratifs qui furent conti-
nués jusqu'itu tt novembre. La tumeur, ayant quitté sa pre-
mière situation , se fixa à la partie supérieure de la région
illaque du même côté. M. Sauré y appliqua une tramée de
pierre.'j à cautère qui firent l'eschare convenable; la tumeur
s'afi'aissft. Il survint une fièvre violente avec délire, mais lèi
saigtlées calmèrent les accidens,et, après une consultation avec
M. Botidou, M. Sauré ouvrit profondément l'eschare d'oii 11
sortit qUfctitité de pus. La plaie fut pansée selon les règles
de l'art, et, malgré les attentions de IVI. Sauré , elle dégénéra
en fistule.
An mois de juin 1738 je fus appelé pour le même malade;
il ftvait la fièvre, une douleur vive au rein droit , et sa fistule
sèche avec iûflammalioii aux bords ; à quelques lignes de dis*
A.BcfeS AUTOUR DES REINS. 27!
tance de l'orifice, je sentis, par le moyen de la sonde, un corpft
dur. Après avoir pansé le malade, je le saignai, et la fièvre
cessa. Le lendemain je fis l'extraclion d'une pierre, qui avait la
figure d'un mamelon du rein, mais la plaie est toujours restée
fisluleûse , ce qui me fait présumer que c'est en conséquence
de quelque autre pierre dans ce viscère, parce qûe le malade y
sent des douleurs qui répondent à la fistule.
Obs. X. Tumeur inflammatoire aux lombes ; incision ; suppuration.
Fistule. 8 ans après , sortie d'un calcul (Lafitte, in Mémoires de l'Acadé-
mie de chirurgie, t. ir, p. 237).
M. La Batte eut, en 1741, une tumeur inflammatoire à la ré-
gion lombaire, et qui se termina par suppuration; l'ahaès fui
ouvert et traité suivant les règles de l'art, néanmoins il resta
fistuleux. En 1747, il vint à Paris et consulta MM. Petit et Le-
dran, qui sondèrent la fistule. Quoiqu'ils portassent la sonde à
quatre travers de doigls de profondeur, ils ne sentirent point de
pierre. Bans les exemples que nous avons rapportés, on poar-
rftit croire avec quelque sorte d'apparence que la sonde était
arrêtée ou par l'obliquité du sinus ou par quelques chairs fon-
gueuses.
Quoi qu'il en soit, on ne conseilla autre chose au malade que
de tenir le sinus ouvert avec des bougies. Il retourna à Pau,
et au bout de iK mois il sortit naturellement de la fistule une
pierre grosse comme la seconde phalange du petit doigt, que
M. La Batte a finvoyée à l'Académie.
Qbs. XI — Abcès dans la région lombaire gauclie ; incision. — Fistule. —
Introduction d'une sonde. — Présence d'un calcul. — Incision en T; ei-
traclion de 2 calculs; guérison (Lafitte, Sur les cas ou la néphrolomie se fait
avec succès. — Mém. de l'Acad. roy. de cliiruirgie, iu-i", t. li, p. 453).
Le ta décembre 1734, je fus appelé pour voirune femme âgée
de 31 ans, qui avait depuis i5 jours une tumeur à la région
lombaire gauche avec fièvre et dévoiement. Cette tumeur avait
été précédée de douleurs vaguns qui s'étendaient d'abord de-
puis les reins jusqu'à la partie supérieure du dos et qui s'étaient
fixées à la tumeur; la couleur de la peau n'était point changée.
272 p>!;niNi:PHRiTE.
En touchant la tumeur, j'y sentis une tluctualLou très profonde ;
pour apaiser la douleur et amincir les léguraens, j'y mis un ca-
taplasme anodin, et je prescrivis le régime convenable. Le len-
demain la tumeur était beaucoup plus saillante et plus circon-
scrite; je mis en usage le cataplasme maluratif, et en 5 ou 6 jours
la fluctuation de la matière devint plus sensible. Je me détermi-
nai alors à faire l'ouverture de l'abcès ; il en sortit beaucoup de
pus de différentes couleui s. J e fig toutes les recherches nécessaires
pour savoir si la matière n'avait point quelque autre foyer, et je
n'en découvris aucun. Je pansai la plaie, et je prescrivis une
diète exacte. La fièvre, qui jusque-là avait toujours continué,
parut se modérer dès le lendemain, et elle diminua chaque jour,
et le quinzième la malade n'en ressentit plus du tout. Les pan-
semens méthodiques furent continués, le pus devint blanc, la
bonne qualité des chairs et les progrès de la cicatrice me don-
naient tout lieu d'espérer que la malade guérirait comme d'un
abcès ordinaire. Le vingt-deuxième jour de l'opération la ma-
lade eut de la fièvre, et sentit une douleur puisa tive à la plaie.
Je soupçonnai quelque excès dans le régime, mais la malade
m'assura qu'elle avait été très exacte à observer celui que je lui
avais prescrit. Je trouvai en levant l'appareil qu'il était inondé
de pus ; je continuai à panser simplement, et j'observai que de
deux ou trois jours l'un, il sortait une plus 5<rande quantité de
pus que l'étendue apparente de la plaie n'était capable d'en four-
nir; ce pus était toujours de différentes couleurs, et je ne
doutai plus de l'existence d'un foyer situé profondément. Je
demandai le conseil de IVl. Jallet, je lui fis le détail de tout ce
qui s'était passé ; nous convînmes qu'il fallait porter une sonde
dans l'orifice du sinus qui pouvait nous conduire au foyer in-
connu. La sonde y pénétra à la profondeur de 4 ou 5 pouces
et me fit sentir un corps dur, tel que serait une pierre. L'ori-
fice, qui était devenu calleux, était situé entre la crête de l'os des
îles et la dernière des fausses côtes, à égale distance de l'une et
de l'autre de ces parties et des apophyses transverses des ver-
tèbres des lombes. L'ouverture étroite du sinus et son obli-
quité m'empêchèrent d'en retrouver la route, le lendemain; je
ne pus y parvenir que le troisième jour. J'introduisis alors
ABCÈS EXTRA-RÉNAUX. 1']?>
une sonde de plomb percée à son extrémité et garnie d'un
ruban de fil pour l'assujettir dans le sinus. Le lendemain
MM. Jallet, Bimont et Faget le jeune vinrent avec moi chez la
malade. A la faveur de la sonde de plomb que j'avais laissée la
veille dans la plaie, j'y insinuai une sonde d'argent, et je fis
toucher à ces messieurs le corps étranger dont j'ai parlé. Nous
conclûmes qu'il fallait nécessairement en faire l'extraction. La
malade y ayant consenti, je portai une sonde cannelée dans la
plaie, et, avec un bistouri droit qtîê je conduisis dans la canne-
lure, je fis une incision longitudinale qui, en traversant l'an-
, cienne cicatrice , s'étendait jusqu'à la dernière des fausses
i côtes; j'allongeai ensuite l'incision par en bas. Les duretés
I et les callosités traversées par cette incision ne me permirent
pas de tirer le corps étranger , je fus obligé d'en faire une
I transversale d'environ trois travers de doigt du côté de la
partie antérieure du ventre , ce qui donna à la plaie la fi-
gure d'un T. La profondeur du corps étranger ne permettant
] pas de le saisir avec les doigts, je pristdes pincettes à anneau,
I et, par leur moyen, je fis d'abord l'extraction d'une pierre de
1 la grosseur d'une aveline; ayant reporté le doigt dans la plaie^
] je sentis une autre pierre que je tirai de mêmequelapi'écédente :
« elle était de la grosseur d'une noix et d'une figure irrégulière.
I H sortit ensuite une quantité de pus de différentes couleurs. Je
I n'en observai point dans les urines: Ainsi il y a lieu de croire
) que le sac qui contenait les pierres ne communiquait point avec
II le bassinet. Je pansai la malade avec le digestif ordinaire ; la
I suppuration fut très abondante jusqu'au quinzième jour, elle
é diminua à mesure que la régénération des chairs se fit, et enfin
1 la plaie fut presque consolidée le quarante-deuxième jour de
l'opération, à la réserve du sinus dont la suppuration tarit peu-
à-peu, et la guérison fut parfaite.
§ 749- Il arrive parfois que des ahcès exlra-rénaux , consé-
cutifs à des pyélites calculeuses, viennent faire saillie au pli
i de l'aine ou dans la fosse iliaque-
III.
i8
PÉRINJÉPHRITE.
Obs. XI. — Abcis à la région iliaque dont 1» foyer était dans le rein
(M. Trabuc. Journ, de méd. chir. pharm. t. tx, 1783, p. 146).
« Le sieur Fontaine se présenta à l'hôpital d'Aix ; il avait de-
puis quelque temps une tumeur assez considérable à la région
iliaque gauche. Les coliques, l'insomnie, le dégoût, une fièvre
continue, un teint pâle, une figure décharnée, étaient les symp-
tômes qui accompagnaient cette tumeur. Le malade était d'un
tempérament phlegmatiqaie,«t il était sujet aux obstructions,
La fluctuation était manifeste dans la tumeur. Le foyer parais-
sait étendu et profond, la douleur était quelquefois considé-
rable et se portait alors jusqu'à l'hypochondre gauche.
Le séjour de la matière purulente pouvait devenir mortel,
l'ouverture de l'abcès n'était pas sans danger. Dans cette al-
ternative inquiétante, et pour le malade et pour l'homme de
l'art, la nature ne présentait pas une indication qui ne fût à
l'instant combattue par une indication contraire.
Le malade était peu disposé à l'opération ; on fut donc obligé
de la retarder : le repos, le régime , quelques légers raédica-
mens, quelques topiques émolliens affaiblirent la violence des
symptômes. Au bout de cinq semaines ils étaient presque dis-
sipés. Le malade sortit, il se croyait guéri), il ignorait que le
germe de cette cruelle maladie n'était qu'assoupi.
Il fut contraint de revenir deux mois après, mais plus abattu
et plus exténué que la première fois, et la tumeur, qui s'était
d'abord presque entièrement effacée, avait acquis depuis un très
gros volume. On ne balança plus sur les moyens qu'on avait à
prendre ; l'opération fut résolue, et le sieur Fontaine s'y sou-
mit volontiers.
L'abcès ouvert donna du pus en quantité ; ce pus était fétide,
sanguinolent, la plaie fut pansée selon les règles de l'art, mais
on ne put jamais parvenir à procurer une suppuration louable ;
les bords devinrent mollasses, blafards, et la fièvre parut pren-
dre un nouveau degré de force.
On était loin de penser alors que le foyer fût dans le rein,
et encore ^noins qu'il fût occasioné par la présence de plu-
sieurs pierres dans ce viscère ; le pus n'amenait avec lui ni
FISTULES RlÎDfALES. ^'jS
sable, ni gravier, ni urines; celles-ci, d'ailleurs, étaient claires,
et le genre de coliques qu'éprouvait le malade ne paraissait pas
tenir des néphrétiques.
Le sieur Fontaine traîna encore pendant deux mois une vie
languissante; tous les jours ses forces s'exténuaient, il dépéris-
sait à vue d'œil, enfin une diarrhée survint, et il mourut.
L'ouverture du cadavre présenta d'abord une quantité prodi-
gieuse d'un pus infect; le rein du côté malade était d'une gros-
seur extraordinaire, il était en suppuration ; on trouva, dans sa
substance tubuleuse , des pierres de différentes grosseurs, au
: nombre de 16; elles étaient chacune dans une petite loge d'un
, tissu cellulaire fort fin et séparées par de petites cloisons lisses
I et polies ; le reste du rein était dans un état de fonte qui ne per-
1 mit pas de faire d'autres observations.
C'était donc du rein que venait ce pus , et c'était ce pus qui
. avait formé cet abcès à la région iliaque, et cela par le tissu adi-
j peux qu'on sait être fort étendu et adhérent aux reins et aux
I muscles de Tabdomen ; ce pus avait glissé de cellules en cellules
et s'était déposé en cet endroit-
Il ne reste aucun doute sur la possibilité qu'il y a qu'un ab-
( ces du rein se communique ailleurs, et que ce soit par le moyen
I du tissu cellulaire qui l'entoure. Mais je demande quel se-
1 rait le signe pathognomonique (abstraction faite des signes
I antécédens ) de la qualité et de la quantité du pus qui pour-
r rait faire reconnaître si la suppuration venait du rein , et quel
serait, dans un cas pareil à celui que je viens de rapporter,
k les moyens curatifs à mettre en usage. »
Fistules rénales.
§ 7^0, Les fistules rénales , rarement consécutives aux plaies
des i-eins, se forment le plus souvent à la suite des inflamma-
tions des bassinets et des calices distendus par le pus , qui ne
peut s'écouler librement à travers l'uretère dans la vessie.
Ces fistules , déterminées dans la plupart des cas par la pré-
sence d'un ou plusieurs calculs dans le bassinet ou l'uretère ,
peuvent s'ouvrir soit dans le tissu cellulaire extra-péritonéal ,
soit à l'extérieur dans la région lombaire ou vers l'arcade cru-
18.
Û^fi FISTIlLr.S
raie, soit dans le colon ou le duodénum , soit dans la cavité
du péritoine , soit enfin dans la plèvre ou le poumon corres-
pondant au rein affecté.
De toutes ces fistules , les plus fréquentes communiquent
de l'intérieur du bassinet ou des calices dans le tissu cellulaire
sur lequel repose le rein par sa face postérieure. Il est rare
qu'elles soient très nombreuses, quoique j'aie vu des cas de pyé-
lites calculeuses dans lequel le rein, baigné dans un vaste clapier,
était troué à sa face postérieure comme une espèce de crible.
Lorsque les ouvertures de communication du bassinet
avec un abcès extra-rénal sont moins nombreuses , lorsque
l'inflammation du tissu cellulaire, provoquée par une légère
infiltration urineuse , se borne et se circonscrit , soit que l'abcès
s'ouvre spontanément à l'extérieur, après avoir distendu et
aminci les parties molles, soit que l'art en opère l'ouverture,
il en résulte une fistule rénale , lombaire , à travers laquelle
s'écoule un mélange de pus et d'urine ; mélange quelquefois
reconnaissable à son odeur urineuse, ou à la présence de l'urée,
de l'acide urique cristallisé, ou à celle d'un urale facile à con-
stater par l'inspection microscopique aidée de réactifs. Quoique
le plus ordinairement il n'existe qu'une seule fistule à la ré-
gion lombaire , il peut arriver qu'on en remarque deux ou un
plus grand nombre résultant de l'ouverture successive de plu-
sieurs abcès extra-rénaux.
Il est plus rare de voir des fistules rénales s'ouvrir dans
la cavité du péritoine que dans d'autres régions, cette mem-
brane étendue sur la face antérieure des reins et des bassinets,
étant un obstacle à leur formation. Toutefois j'ai observé cette
fâcheuse terminaison de la pyélite dans des cas où le bassinet
offrait intérieurement plusieurs ulcérations. Le pus et l'urine
s'étant épanchés par de petites ouvertures dans la cavité du
péritoine, la mort suivit promptement cet accident, qui déter-
mina l'inflammation très aiguë de cette membrane.
Les fistules rénales s'ouvrent quelquefois dans l'intestin.
Lorsque le rein droit est distendu parle pus, une communica-
tion peut s'établir, soit avec le duodénum , soit avec le colon
ascendant.
nàN LES-LOMBAIRES. a 7 7
Dans le cas de communication avec le duodénum (Atl.P.I xx)
on a quelquefois retrouvé les élémens caractéristiques du pus
et de l'm ine dans la matière de vomissemens survenus peu de
temps après le passage du pus et de l'urine dans l'intestin.
Les exemples des fistules du rein gauche , s'ouvrant dans le
i colon descendant, sont moins rares que les précédens. La
communication s'établit rarement avant que la tumeur formée
par le rein dilaté, ait acquis des dimensions considérables- Le
degré de cette dilatation est très variable j dans un cas je l'ai vu
l tel , que la tumeur s'étendait de haut en bas depuis le dia-
phragme jusqu'à l'arcade crurale (Atjlas. Pl. xix, fig- i).
Dans tous les cas, le passage, dans le colon, du pus et de l'u-
rine altérée, quelquefois accompagné de selles évidemment
purulentes et urineuses, l'est toujours de douleurs, de diar-
rhée ou d'autres symptômes d'une inflammation chronique du
gros intestin.
Lorsque la pyélo-néphrite s'est terminée par une ou plu-
sieurs perforations de la partie postérieure du rein , et que
l'urine, épanchée dans le tissu cellulaire extra-péritonéal, y a
déterminé la formation d'un abcès, il peut ai-river que l'in-
flammation s'étende proche en proche ; qu'une vaste col-
lection purulente , après avoir rempli tout le flanc , vienne
faire saillie vers l'arcude crurale, et que la nature ou l'art lui
donne uneissuepar une ouverture plus ou moins considérable.
kDans d'autres cas le rein , énormément dilaté et transformé
en une espèce de sac ovoïde , se perfore à l'extrémité inféi'ieure
vers l'arcade crurale.
Enfin , on a vu le rein gauche , distendu par du pus ou par
inne urine purulente accumulée dans le bassinet et les calices,
icontracter, par son extrémité supérieure, des adhérences avec
le diaphragme, celui-ci adhérer avec la base du poumon, et, par
lauite d'une perforation , une communication s'établir entre les
Aronches et les calices ou le bassinet , mais ce cas est des plus
érares.
■ §7^^' Fistules rénales lombaires.
1
J'ai rapporté {% 720-733) plusieurs cas de fistules rénales
2'j8 FISTULES
lombaires, consécutives à des pyélites calculeuses. Ces fistules
peuvent être borgnes et être la cause de périnéphrites par per-
foration du rein. Ces cas, assez nombreux, sont pour ainsi dire le
début d'une fistule rénale complète. L'ouverture des abcès
consécutifs à ces fistules doit être pratiquée le plus tôt possible.
Les fistules rénales lombaires , complètes , peuvent être la
suite de perforations du bassinet ou des calices , déterminées
par une violence extérieure , par une blessure , par des calculs
et par des vers développés dans le bassinet et l'uretère , enfin
par la gangrène du rein, du bassinet , ou du tissu cellulaire
extra-rénal.
Dans des cas de blessures des reins ou de leurs conduits excré-
teurs , on a vu , malgré la sortie de l'urine par la plaie , les
malades obtenir une guérison prompte et durable (i). Chez
d'autres malades , moins heureux , la plaie cicatrisée s'est rou-
verte ; une fistule rénale lombaire s'est établie , et la guérison
n'a eu lieu qu'au bout d'un temps plus ou moins long (2).
Les fistules rénales lombaires traumatiques sont moins opi-
niâtres que celles qui résultent de la perforation sponta-
née , ou opérée par l'art, d'un abcès rénal. Il y a peu d'exem-
ples de fistules rénales lombaires, tranmatiques , qui ne
soient pas guéries à la longue , lorsque le malade a survécu à la
blessure. Ces fistules peuvent être entretenues pendant quelque
temps par des corps étrangers qui se sont introduits dans les
voies urinaires (Obs. vni, § 336).
Les fistules rénales lombaires paraissent avoir été quelque-
fois la suite d'abcès rénaux vermineux.
La Peyre (3), médecin de l'Hôtel-Dieu de la ville d'Auch,
(i) T.-A. y\%o. Practica, Lugdnni, in-ia, i56r, p. 294. — Paré. OEurres,
lib. X, phap. 35.— Heister. yist. chirurg., part. 2, sect; t, cap. 140, S i4- —
Dplamotte. Traitp cantplet dç chirurgie, t. p, p. 445i in-ia, 1722. t-t Mcoh.
Giom. med. Napol., vol. vtii, fasc. 5, p. ^S.
(a) Hennen. Principlet 0/ mililary surgerr,y edit.,f. iii.—Ibid., p. i^o.
Kopetzki. Dissert, de vomitu et mictu truento.
(3) La Peyre , Abcès à la région lombaire ( Journal de médecine , t. i.xt
1785, p. 375).
I
RÉNALES-LOMBAIRES. a 79
rapporte qu'un abcès à la région lombaire suivi de fistule ,
s'ouvrit à l'aine droite et s'étendit à la cuisse, oii il se forma
une nouvelle fistule. A l'ouverture du corps, on trouva le rein
droit transformé en grande partie en une masse graisseuse , et
trois vers ayant trois pouces et demi de long dans le même
rein; trois autres étaient fixés ou comme lardés dans les mus-
cles voisins. Il y avait en outre une carie de l'épine vers l'at-
tache des piliers du diaphragme {Voyez : Strongle).
Tant que l'urine suinte par la fistule, il ne faut pas se hâter de
fermer la plaie; de nouveaux accidens , plus ou moins graves,
résultant de la rétention du pus, pourraient se développer.
Le diagnostic des fistules rénales lombaires offre peu de
difficultés lorsque le liquide qui suinte de la fistule a l'odeur de
l'urine, lorsque le pus contient de l'urée, de l'acide urique ou
des urates, lorsque la fistule a été précédée d'une inflammation
du bassinet ou du rein. Cependant on a vu des fistules urinaires
aux lombes ou dans le flanc , consécutives , non à une perfora-
tion du rein, mais à une perforation de l'uretère, de la vessie, et
peut-être de l'urèthre.
Quant aux fistules stercorales aux lombes, et à celles qui
sont consécutives à des abcès par congestion , elles offrent des
caractères distinctifs qui ne permettent pas de les confondre
avec les fistules urinaires.
Par une appréciation exacte des accidens primitifs et par une
exploration attentive de l'abcès fistuleux , il faut chercher à
déterminer si la fistule est entretenue par le séjour du pus dans
un clapier ou bien par la présence d'un calcul.
Lorsque la fistule est entretenue uniquement par la disposi-
tion du foyer et par le séjour du pus , il faut favoriser le libre
passage du pus et de l'urine par la fistule. Si on a la certitude
qu'il n'existe pas de corps étrangers, après avoir vidé le pus con-
tenu dans l'abcès, on en rapprochera, par une douce compres-
sion, les parois, pour favoriser le recollement. On cautérise les
fongosités qui se développent à l'orifice externe ou dans le
trajet du conduit fistuleux, et on le dilate s'il s'est rétréci. Il
convient même dans les cas oii on est certain qu'il n'existe pas
de corps élrangei-s au fond du foyer, de le tenir ouvert par lo
a Ho I ISTULES
moyen d'une mèche, afin que la guérison s'opère de dedans
en dehors. On a vu des accidens très graves , et même la mort
survenir à la suite de l'occlusion de semblables abcès fisluleux
dont le fond avait continué de fournir du pus.
Le malade doit être placé dans les conditions les plus favo-
rables à la nutrition; ces fistules guérissent plus facilement
lorsque les malades prennent de l'embonpoint.
Dans les fistules l énales lombaires , suite de pyélite calcu-
culeuse, presque toujours, avant que l'abcès soit perceptible
au dehors , la peau, le tissu cellulaire et les muscles des lombes
sont profondément altérés et désorganisés par l'inQamraation.
Après l'ouverture de l'abcès , ces fistules peuvent persister
pendant plusieurs mois, pendant des années même, mais elles
guérissent quelquefois très promptement après la sortie spon-
tanée ou l'extraction d'un ou de plusieurs calculs. Cette extrac-
tion offre quelquefois de graves difficultés. Pour l'opérer , il
faut souvent agrandir l'ouverture de la fistule, et, dans les cas
de calculs branchus , il pourrait être nécessaire de pratiquer , à
la substance même du rein, plusieurs incisions. On aime mieux,
en général, attendre que le calcul branchu se soit un peu
dégagé par suite de l'atrophie du rein, que de chercher à
l'extraire ou à le broyer.
Si, après la guérison apparente d'un abcès fistuleux, rénal,
lombaii e , il survient de la fièvre et une douleur fixe, aiguë ou
sourde , au côté des lombes oîi siégeait la fistule, si on sent au-
dessous de la cicatrice un corps dur, ou une fluctuation même
obscure, il faut , à l'exemple de Roonhuysen , inciser les lom-
bes sur la cicatrice et jusqu'au foyer.
On est souvent dans l'incertitude au sujet de la présence
ou de l'absence d'un corps étranger au fond d'un abcès fistu-
leux, rénal, lombaire ; on a vu , en effet, des abcès autour des
reins, survenir dans des cas de pyélite calcul euse, sans qu'il
y eût perforation du bassinet ou des calices (§ 737), Etd'unautre
côté , une semblable perforation a eu lieu dans des cas de gan-
grène de rein , indépendante d'un corps étranger. Dans ces cas
douteux, il faut agir, pendant quelque temps, comme s'il exis-
tait réellement un corps étranger, inaccessible à l'instrument.
RÉJSALES-LOMBAIllES. iiSl
§752. J'ai rapporté quelques exemples de fistules rénales
lombaires, consécutives à des abcès autour des reins (§ 748), et
j'en ai indiqué plusieurs autres dans l'historique de la pyélite.
Il me semble inutile de multiplier ces exemples ; mais je crois
devoir reproduire ici une observation, recueillie par DesauU,
remarquable par cette circonstance des plus rares , que les
fistules urinaires lombaires dépendaient peut-être d'une fis-
tule vésicale ou uréthrale.
Obs. I. Difficulté d'uriner dès l'enfance; coup de poing sur les bour-
ses, vers l'âge de 9 iins , suivi d'abcès et d'une augmentation de la
difficulté d'uriner ; tn^ëàr inflammatoire à la partie antérieure de la
région lombaire gauche , dégénérant plus tard en fistule urinaire ;
nouveau dépôt, suivi d'une autre fistule dans la même région, mais pins
en dehors; un mois après, nouveau foyer et nouvelle fistule près du
pubis du même côté; enfiu quatrième fistule à la région lombaire droite
en avant et en bas ; persistance de ces quatre fistules j guérison radicale le
cent quarante-huitième jour après le rétablissement complet du cours
de l'urine par la voie naturelle (Desault, OEuvi: chirurg., t. m, p. 3oi,
3« éd., i8i3).
Frédéric-Louis Omet, âgé de 10 ans, entra à l'Hôtel-Dieu, le
3 septembre 1790, pour se faire traiter d'une rétention d'urine
et de plusieurs fistules urinaires qu'il avait au bas-ventre.
Dès le plus bas âge, cet enfant urinait difficilement. Pendant
long-temps une gêne plus ou moins marquée à la sortie des
urines avait été la seule incommodité qu'il ressentît. Cette dif-
ficulté s'accrut vers la huitième année, et engagea les parens à
demander des conseils. Après l'emploi de divers moyens, on en
vint à l'introduction de la sonde , qui fut très laborieuse , et on
borna les secours médicinaux à l'eau de lin pour boisson habi-
tuelle. Pendaut un an , le cours des urines fut facile ; mais il
cessa de l'être à l'occasion d'un coup de poing violent que l'en-
fant reçut en jouant au côté droit des bourses. Aussitôt le lieu
frappé devint le siège d'une vive douleur. Bientôt après, il y eut
du gonflement et un dépôt , et les urines ne sortirent plus qu'à
petit jet. On ne chercha pas néanmoins à reconnaître avec la
sonde l'étal du canal ; on ne b'occupa que du dépôt, qui suivit
FISTDLES
ia marche ordinaire, à cela près que le pus demeura toujours
séreux. L'ouverture résultant de ce dépôt guérit, et la difficulté
de rendre les urines resta la même.
Peu de temps après, il se manifesta dans la partie antérieure
de la région lombaire gauche une tumeur qui , s'étant enflam-
mée, et ayant été ouverte, donna du pus, parfois mêlé de quel-
ques gouttes d'urine, et se convertit en fistule. Après un court
intervalle, il parut, vers le même endroit, mais un peu en
dehors, un autre dépôt dont l'ouverture dégénéra de même en
une seconde fistule. Au bout d'un mois, on remarqua, dans la
même région, un peu au-dessus du pubis, un nouveau foyer; et
après un pareil espace de temps, un *^uatrième dépôt, qui
s'approchait de la région lombaire droite, et n'était éloigné de
l'arcade crurale que d'à-peu-près un pouce et demi. Ces ouver-
tures ne guérissant point, la région hypogastrique offrit quatre
fistules. Dans les premiers temps, elles laissèrent sortir quel-
ques gouttes d'urine ; bientôt elles en donnèrent davantage, et
enfin il n'en passa presque plus par l'urèthre. La petite quantité
qui enfilait ce canal n'y coulait que par un filet très mince et
goutte à goutte, quelquefois même par regorgement. L'endroit
des bourses qui avait été le siège du premier dépôt, se rouvrit,
et produisit une cinquième fistule.
Lorsque l'enfant se présenta à l'Hôtel-Dieu , les fistules
étaient extrêmement étroites, placées au centre de chairs fon-
geuses et environnées de duretés considérables ; cet enfant res-
sentait dans tout l'hypogastre des douleurs assez vives, et n'uri-
nait presque plus par l'urèthre.
D'après l'inspection des parties, on fut porté à croire que les
urines ne pouvaient parvenir aux parois de l'abdomen que par
une crevasse au corps de la vessie, et cette conjecture était
d'autant plus vraisemblable, que l'on ne sentait point de cor-
don qui se dirigeât des boui'ses vers le canal , ni du côté des
anneaux jusque dans le bas-ventre. On ne pouvait cependant
pas rejeter la possibilité d'une crevasse à l'urèthre, d'autant
plus qu'il y avait une fistule au scrotum , et , dans ce cas , les
urines eussent pu se frayer des routes diverses depuis le canal
jusqu'à l'anneau du côté droit, et fuser entre les parois de l'abr
RÉNALES-LOMBAIRES. '^83
domen, où leur séjour eût déterminé les dépôts qui y étaient
survenus.
Dans la vue de guérir les fistules en rétablissant le calibre de
l'urèthre, et le cours naturel des urines, Desault essaya d'intro-
duire une algalie dans la vessie. Cet instrument se trouva fort
serré par le canal jusqu'au périnée; cependant avec un peu
de force, il avança un peu plus loin, sans néanmoins attein-
dre la vessie. La dilatation opérée parl'algalie procura la pos-
sibilité d'introduire, à l'aide d'un stylet de fer, une petite sonde
de gomme élastique enduite de cérat, et qui, au moyen de quel-
ques légers mouvemens de rotation, parvint enfin dans la ves-
sie, qu'on trouva singulièrement racornie. On fixa la sonde à
l'ordinaire, avec des fils de colon ; les urines y coulèrent facile-
ment, et l'on remarqua qu'elles laissaient un dépôt purulent.
On appliqua sur toute Vétendue des duretés du bas-ventre un
cataplasme éraoUient, et l'on donna de l'eau de lin pour bois-
son : le cours des urines s'établit dès-lors par la sonde, et dimi-
nua par les fistules. Le malade fut ce jour-là plus tranquille, et
ne soufirait point de la présence de la sonde.
Le lendemain, la douleur dans la région hypogastrique était
moindre. Le troisième jour, la suppuration se manifestait déjà
aux parois du canal ; un mélange de pus et d'urine passait par
les fistules; les duretés qui les accompagnaient étaient déjà
moins considérables.
Entre le quatrième et le dixième jour, il n'y eut rien de remar-
quable ; seulement la sonde fut nettoyée le sixième, et réintro-
duite assez facilement; le pansement et le régime restèrent les
mêmes. L'enfant se promena avec la même facilité que s'il n'eût
point porté de sonde.
Le seizième jour, toute l'urine passait par la sonde, excepté
quelques gouttes , mêlées au pus qui sortait assez abondam-
ment par les ouvertures fistuleuses. Une partie des duretés
était détruite, et il n'en restait qu'à la circonférence des fistules.
Le dix-buitième jour, la sonde étant devenue libre dans le
canal, on en introduisit une autre un peu plus grosse, presque
sans résistance. On reconnut de nouveau par le moyen de
celle sonde que la vessie était étroite cl très sensible à sa partie
284 FISTULES
supérieure ; le contact de cet instrument y produisait une dou-
leur vive qui se répandait particulièrement dans toute la région
hypogastrique : celte douleur se dissipait dès qu'on relirait la
soude , et qu'elle ne dépassait pas le col. On continua les ca-
taplasmes émolliens sur le bas-ventre.
Le vingt-et-unième jour, il ne restait plus de trace de fistule
au côté droit des bourses. Celle qui se trouvait dans la région
lombaire gauche ne laissait plus sortir d'urine; les duretés en
étaient fondues, et les chairs fongueuses qui l'environnaient au-
paravant, affaissées ; les autres fistules n'étaient pas aussi avan-
cées, mais il n'y passait que très peu d'urine, et seulement lors-
que l'enfant faisait de violens efforts pour aller à la garderobe.
Le vingt-quatrième jour, la fistule des bourses se trouva
cicatrisée, et l'on n'y sentait plus aucune dureté; les urines
passaient également bien par la sonde.
Le trente-cinquième jour, les duretés de tout le côté droit de
l'hypogastre étaient presque résoutes; il n'eu restait plus que
quelques-unes, même très superficielles. Les fistules ne four-
nissaient plus d'urine qu'à des intervalles fort éloignés j la
sonde était beaucoup plus libre dans le canal.
Le quarante-sixième jour , la suppuration de l'urèthre était
à-peu-près tarie; et le quarante-neuvième, ce canal parut aussi
libre qu'on pût le désirer. A celle époque, on était très avancé
dans la cure des fistules. Celle de la région lonlbaire gauche et
celle du côté droit étaient tout-à-fait guéries. Les deux autres
fistules qui occupaient l'intervalle des premières n'étaient plus
fongueuses , ne conservaient que de très légères duretés et ne
donnaient que rarementissue à quelques gouttes d'urine. Cet état
resta absolument le même jusqu'au quatre vingl-lroisièxne jour.
De temps à autre, il passait trois à quatre gouttes d'urine parles
deux fistules qui restaient encore; mais le plus souvent ce n'é-
tait qu'un léger suintement de pus. On continua le même
traitement, la sonde fut nettoyée tous les six jours, et fixée sur
le prépuce, parce que le gland était devenu d'une extrême sen-
sibilité.
Plusieurs semaines s'écoulèrent sans qu'il passât par les deux
dernières fistule» une seule goulle d'urine; et le cent vingl-el-
i
Rb*NALES-TNGTTlNA.LFS. 9.85
unième jour, l'une de ces fistules placée entre celle qui avoisi-
nait le pubis et celle de la région lombaire droite était parfaite-
ment guérie.
L'enfant se portait fort bien, et la fonte des duretés se trouva
complète le cent quarante-cinquième jour. Trois jours après,
la dernière ouverture fistuleuse était aussi cicatrisée, et l'on put
alors retirer la sonde. L'enfant urina plus facilement qu'il ne
l'avait jamais fait, et à très gros jet. Depuis cette époque jus-
qu'au cent quatre-vingt-dix-neuvième jour, le séjour de cet en-
fant dans l'hôpital permit de s'assurer que la guérison était
parfaite et à l'abri de toute récidive.
§ 753. Dans l'observation précédente, bien que les fistules uri-
naires fussent situées aux lombes, Dessault paraît avoir pensé que
le point de départ de ces fistules était dans la vessie ou même
dans l'urèthre. Dans l'observation suivante, le rein a été évi-
demment la source des fistules , bien qu'une d'elles se soit ou-
\erle au pli de la cuisse, dans. un point très éloigné du siège
primitif du mal.
Obs. II. — Abcès dans ta région lombaire droite; issue d'un calcul;
nouvel abcès dans la même région ; abcès au pli de la cuisse , communi-
quant par un trajet fistuleux avec l'abcès lombaire (Ledran. Obs. chirurg.
t. II , p. 87. — Ckopart. Traité des malad. des 'voies urinaires, t. i, p. 274 ).
Une veuve , âg^ d'environ 35 ans , eut en 1695 , dans la ré-
gion lombaire droite , un abcès considérable , qui fut ouvert à
deux travers de doigt de l'apophyse transverse de la seconds
vertèbre des lombes. Quelque temps après, il sortit une pierre
grosse comme un pois ; ensuite la malade guérit , et en re-
couvrant sa santé elle devint très grasse. En 1709 , au bout
de 14 ans, elle ressentit de la douleur dans l'endroit oii elle
avait euson premier abcès; il survint une inflammation autour
de l'ancienne cicatrice, la fièvre redoubla , les frissons devin-
rent plus fréquens et toujours irréguliers , l'inflammation
augmenta, et la malade sentait profondément une douleur pul-
sative. On employa les cataplasmes maturatifs. Le troisième
jour , sentant la fluctuation quoique profonde du pus , Ledran
Pttvrit la tumeur à côté de l'ancienne cicatrice, transversale-
a 86 yiSTrirBs
meut et dans l'étendue de trois travers de doigts. Il sortit une
chopine de pus de bonne qualité, et dans les jours suivans
il s'en évacua encore une grande quantité. Le fond du fojer
purulent était large et plus bas que l'ouverture extérieure. Le
pus, les injections détersives, ne sortaient librement que lois-
que la malade était couchée horizontalement. La plaie devenait
tous les jours plus étroite. Ledran soupçonnant dans le foyer
une pierre qui entretenait la suppuration et que la nature
porterait au dehors, maintint les parois de la plaie écartées, au
moyen d'une canule d'argent, un peu aplatie, de la grosseur
du petit doigt, et de deux pouces de longueur. Cette canule
donnait une issue libre au pus et conduisait les injections. Une
année se passa sans aucun changement. La malade ne sen-
tant aucun mal , allait à la campagne et se faisait panser par sa
domestique : elle acquit un embonpoint considérable. Au bout
de ce temps il ne sortit presque plus de matière par la canulei;
l'ulcère était sec ; il survint de la fièvre, on remarqua un peu
de pus dans l'urine ce qui n'était pas encore arrivé. Ces acci^
dens venaient de ce que la canule était bouchée par de la
graisse qui s'était accrue dans le trajet de l'ulcère, et qui rete-
nait le pus dans le foyer situé près du rein. Ledran perça ce
tissu graisseux avec une sonde introduite par la canule , et il en
sortit environ deux pintes de pus. Il mit une canule plus
longue , et les accidiens cessèrent. Six semaines après , il parut,
k la partie antérieure de la cuisse, du même côté, à quatre pouces
au-dessous du pli de l'aine, une petite tumeur rouge, dure,
douloureuse , qui contenait du pus ; elle fut ouverte comme un
abcès simple. Ledran s'aperçut le lendemain qu'il y avait dans
le fond de l'abcès , un sinus d'oii le pus sortait par la pressioH
des doigts. Il dilata ce sinus au moyen de l'éponge préparée;
puis avec des bougies de linge ciré et roulé , il s'assura de la
communication des deux abcès à un foyer commun près du
rein. Enfin , il pénétra jusqu'à ce foyer ; pour lors le pus coula
librement. Persuadé que ce n'était qu'un seul abcès qui avait
deux issues, l'une aux lombes, l'autre à la cuisse , Ledraîi es-
saya de passer un séton d'une ouverture à l'autre , mais ne
pouvant y parvenir , il laissa la canule dans l'ulcère des lombes
RÉNALES-GASTRTQUES. ^87
et conliQua l'usage des bougies qui étaient longues de quinze
pouces, et de la grosseur d'un tuyau de plume d'oie. Comme
elles étaient molles et pliantes, elles ne gênaient point les
mouvemens de la cuisse, et la malade n'en était point
incommodée. Les injections faites par la canule sortaient
en partie par le chemin de la bougie. Ce traitement eut,
pendant quinze mois, tout le succès possible; la malade
agissait comme si elle n'eût eu aucune incommodité. Au bout
de ce temps, la suppuration s'arrêta toul-à-coup , quoique les
deux issues parussent libres. Il se fil une métastase , le pus se
porta sur les poumons ; la malade en cracha presque aussitôt
que la difficulté de respirer se fit sentir, et elle mourut , suffo-
quée, au bout de 36 heures. A l'ouverture du corps , Ledran
trouva le ventre farci d'une quantité prodigieuse de graisse,
i Le rein droit s'était fondu par la suppuration. Ce n'était plus
qu'une petite vessie, de la grosseur d'une noisette, de l'épais-
' seur d'un parchemin, et remplie d'une pierre noire, divisée
t en deux parties. De cette vessie rénale, à l'extrémité de la
( canule , il y avait environ un pouce de distance ; un sinus cal-
1 leux faisait la communication de l'un à l'autre. L'extrémité
c de la bougie qui pénétrait par l'ulcère de la cuisse , se perdait
( dans le tissu adipeux , au devant du rein. Il y avait plusieurs
I sinus autour de cette partie, dont l'un communiquait, par
l l'aine, à la cuisse. Il ne parut aucun épanchement dans la poi-
» trine; les vésicules pulmonaires étaient pleines de pus blanc:
I n'ayant pu être expectoré, il a suffoqué cette dame.
§ 764. Fistules rénales-gastriques.
Il pourrait arriver dans un cas de py élite calculeuse du
II rein gauche, que le pus se fit jour dans l'estomac , et qu'une
|< certaine quantité de pus et d'urine et même de calculs (i) fussent
(i) k. cette occasion je crois deroir rappeler deux observations qu'on • son-
vent citées sans remarque critique, et qui sont relatives à de» vomissemena
d'urine et de calculs, vomissemcns très probablement simulés. On lit dans tes
Transactions philosophiques (Xun. 1678, n. 3) qn'one femme de 21 ao*
rendit par la bouclie , après de violentes douleurs néphrétiques , accomp»»
288
FISTIJLr.S
ainsi rejetés par le vomissement. Toutefois je ne connais aucun
exemple bien authentique de fistules rénales gastriques. Ce-
pendant l'observation suivante, adressée à Rivière par le méde-
cin qui en était le sujet, mérite d'être notée malgré toutes ses
imperfections , et malgré les doutes que laisse dans l'esprit la
guérison d'un cas aussi extraordinaire,
gnées de yomuseniens et de rétentiou d'urine, un grande quantité de gra-
viers semblables à du café, et pesant ensemble une demi-oiice; cette expulsion
ent lieu à la suite d'un lavement qui sortit aussi par la bouclie, sans excré-
mens : la malade continua de rendre ainsi les remèdes et le bouillon , outre
line grande quantité de pierres ; pendant plusieurs mois, il lui sortit jour-
nellement par la bouche depuis une demi-once, jusqu'à six et même qua-
torze gros de pierres grosses comme des pois et des avelines; ensuite elle
vomit de l'urine; puis elle rendit des pierres, à-la-fois par la bouche, par
l'anus et par l'urèthre : cette malade, qui avait été long-temps sans aller à
la selle et sans uriner, remplissait alors ces deux fonctions en partie; lors-
qu'elle allait à la garderobe, elle vomissait, mais les pierres passaient par la
vessie ; le bas ventre était gonflé ; en y touchant , on entendait un bruit causé
par le frottement des pierres ; l'bypochondre gauche était dur et la région
lombaire droite douloureuse.
Un autre fait aussi extraordinaire et aussi douteux se trouve dans l'an-
cien Journal de médecine (t. xvii , p. I73) : Une fille âgée de dix-huit
ans , d'une constitution robuste , mais hystérique , fut prise de coliques
néphrétiques et de rétention d'urine ; le cathétérisme fit reconnaître une
pierre engagée dans le col de la vessie; elle fut extraite avec des pinces
à anneaux : la malade en rendit ensuite quatre cent soixante-seize, toutes
de grosseur moyenne , sans comprendre celles qui sortirent par l'anus ,
en nombre égal à la moitié des précédentes , et cela dans l'espace de
cinq jours ; elle continua de rendre des graviers en grande quantité ,
quelquefois trois quarterons , puis une demi-livre en diminuant ; trois
mois après , à la suite de nouvelles dbuleurs néphrétiques , il sortit cent
quatre-vingt-six pierres par l'urèthre et soixante-dix-neuf par les selles;
au bout de six mois , la malade rendit encore beaucoup de sable; six
mois plus tard, nouvelle émission de pierres, en très grande quantité, par
l'urèthre et l'anus ; elles étaient gro^es comme des pois et des lentilles ;
au bout de quatre mois il y eut une attaque de paralysie générale, qui céda
à divers remèdes, après quoi la malade jouit d'une santé parfaite. Le rédac-
teur de l'observation assure avoir été témoin de l'issue des calculs par
l'anus.
RÉNALES- GASTRIQUES.
Obs. III. — Doulcnrs dans la région du rein gauche; petits graviers rendus
par le vomissement. Guérison.
Sœvissima nephritide per quadriennium laboravi , sine seu-
sibili renum vel hepatis intempérie calida , a qua sensira (Deo
favente) sura liberafus usu aquarura vitriolatarum Aurelii apud
Daiensesj atvix calcules arenasque eraingere cessaveram, cum
in cruciatus crudelissinios incidi lateris sinistri sub costis
circa lienem : dolor , brevi spatio circonscriptus , ad ventrem
et urabilicum nonporrigebatur, ren tanlum sinisler alternalim
compaliebatur, ventriculus maxime sinistrorsum , prœcipue
cum vomitus instaret. Solvitur primo non ante decimara dieni
affectas iste : his observalis , quod neque alvus erat supressa ,
ut in colico dolore , neque urina repressa , ut in nephritide ;
contra urinae copiosse mingebantvir, crassse , turbidœ , in qui-
bus laterculos pulverisatos dissolûtes fuisse dixisses , quod
breviter matulae fundum petebant : at nihilominus crassa ista
hypostasis non erataspera, neque uUo modo calculosa, sed cal-
cis instar in urinam levi agitatione rursum diffundebatur. ïali
paroxysmo prima hyeme ter quaterve similiter fui cruciatus ,
celebrando ad tanli doloris expulsionem remédia , quœ in co-
lico vulgo usurpari soient, uno omisso balueo, a quo pessime
habueram in principio. Verum cum vomitus frequens et la-
boriosus inter csetera symptomata maxime infeslaret, quem
angor et gravis cardialgia prsecedebat , venit in auimum explo-
rare accuratius cujus conditionis esset raateria illa, quse tam
abunde etiam jejuno yentriculo rejectabatur. Erat certe quoad
colorem, e rubro nigricans, pultis consistentia , crassa tenax-
que , in qua , dum bacillo agitatur , multi calculi cineritii et
subflavi , quales per urinas primo excreveram, inventi suut^
non kernel tantum, sed quoties vomerem , magno conatu et
labore, vel quoties talis d^lor repeteret. Anno hoc postrerao
1645 dolores mitiores sèiisim (acti fuere, ren parum doluit,
sed magis lien et ventriculus , seu pars sinistra de more solito,
atlongiori intervallo. Ex^quibus agnovi mineram calculorum ,
pnmo et ultimo in liené et ejus vasis delituisse , et per vas
brève (quod ex usu aquarum acidularum , deinde et per vo-
m. ip
^9° PlStOLES
raitum patenlius factum est ) in ventriculuin cum humoris alra-
bilarii magna copia sui portioneni araandasse, quiB primo ad
renés tnntum modo propellebalur (i).
§ 755. Dans le cas suivant, il fut d'autant plus facile à la
malade de simuler des vomissemens urineux, qu'elle avait
réellement une lésion des voies urinaires.
Obs. IV. — Tumeur du rein droit, urines purulentes; simulation de
coliques, 'de suppressions d'urine et de vomissemens urineui.
Florentine D..., non mariée, âgée de 36 ans, entrée à la Cha-
rité le i5 juillet i836.
Cette femme, grande et assez forte, paraît n'avoir jamais fait
de maladie sérieuse; s'il faut ajouter foi à ce qu'elle dit, elle
serait tombée d'une hauteur de six pieds sur ses jambes il y a
neuf mois, et, cinq jours après cette chute, elle aurait uriné du
sang, vomi du sang, rendu du sang par le fondement. Ces
hémorrhagies auraient duré quatre à cinq mois; et il lui au-
rait été impossible de sortir de son lit. Depuis un mois elle
urinait fort peu, et depuis trois semaines on était obligé de la
faire uriner avec une sondè.
Elle prétend encore que depuis plus de dix ans, même dans
le meilleur état de santé , il lui arrivait de rester vingt-quatre ,
quarante-huit heures, et même plusieurs jours, sans uriner et sans
qu'il en résultât aucun mal ; jamais, du reste, elle n'a remarqué
dans seà urines ni pus , iii rien d'extraordinaire. Quoi qu'il en
soil de tous ces renseignemens, voici son état lors de l'entrée à
l'hôpital : décubitus dorsal, face exprimant la souffrance, lan-
gue large, bouche amère, céphalalgie, point de vomissemens,
point de douleurs à l'épigastre; mais la malade accuse dans
l'hypochondre et dans le flanc droit une douleur telle que
l'examen de cette région par le palper et la percussion est im-
possible. Dans le reste du ventre, absence de douleur, consti-
pation extraordinaire. La malade assure que depuis trente-deux
jours elle n'est point allée à la garderobe; pas de saillie appa-
(i) Lazari Rlverii, Ohservationes med, et cur, insign. 'm-i,°, ParisUs, 1646
Obs. Commnnicat», p. /l7.
RÉNALES-GASTBlQIirS. 29»
rente dans le flanc; respiration naturelle; insomnie, engour-
dissement dans les jambes, marche voûtée {Saignée; sangsues
sur le ventre; lavement purgatif ).
Le 20 juillet, les accidens sont beaucoup calmés; les urines,
troubles et rares, contiennent une quantité assez notable de
pus, qui forme à la partie inférieure du vase une couche de
deux lignes d'épaisseur.
Le 28 juillet, les urines qu'on nous présente à la visite, res-
semblent absolument, pour la couleur, à de l'eau de groseille 5
elles sont rougies par du sang. La souffrance du côté droit a
beaucoup diminué; elle permet l'examen, et alors par le lou-
cher et parla percussion on reconnaît la présence d'une Ut-
meur, qixi, par sa position et vu les changemens de la sécrétion
urinaire, me paraît appartenir au rein droit. En plaçant la main
gauche derrière la région rénale, èt la droite en avant, et en
communiquant des chocs soudains, on déterminait xm ballotte-
ment évident. Les jours suivans, la douleur du côté s'exaspère
de temps en temps, et on la soulage par trois applications de
sangsues. Les urines sont alternativement blanches et rouges,
avec une couciie de pus.
Le 23 du mois suivant, il n'y a point eu d'évacuation d'n-
rine. Celte anurie persiste les jours suivans.
Le cinquième jour, urines fortement sanguinolentes. Pen-
dant tout le mois, le même phénomène se présente conti-
nuellement; rétention pendant deux ou trois jours, qui se
termine par des urines sanguinolentes ou purulentes.
Le .26 septembre , point d'urines depuis quatorze jours (t);
sueurs abondantes , qui n'ont point l'odeur urineuse. On ex-
plore de nouveau la tumeur; on s'assure qu'elle descend en bas
jusque près de la fosse iliaque, et qu'en largeur elle se pro-
longe jusqu'à la ligne médiane. Le flanc et les lombes font sail-
lie de ce côté; la fluctuation est manifeste.
Le 4 octobre, après sept jours de rétention d'urine, diarrh.ée,
coliques, fièvre, selles sanguinolentes , vomissemens sangui-
(i) La malade affirmait qu'elle n'arinait pas, et ce fait paraissait forfîlîé
par le tcmoignage de la veilleiisc et des sœurs de service.
i9«
aç)2 FISTtlLRS
iioleijs aljsolument semblables aux urines. La malade affirme
avant qu'on l'ait entretenue de cette analogie , avoir senti
dans sa bouche le goût et l'odeur unneuse(i). On traita le li-
quide rendu par la bouche et le liquide rendu par l'urèlhre au
moyeu de l'acide nitrique, après les avoir fait évaporer, et dans
tous les deux on constata la présence de l'uiée; tous deux rou-
gissent le papier de tournesol. M. Guibourt, de son côté, lit l'a-
nalyse chimique de ces deux liquides), et tous deux contenaient
les principes de l'urine. Je crus réellement à l'existence de vo-
missemeus urineux, et d'autant plus facilement que la tumeur
du flanc s'était considérablement afl'aissée (2).
La malade continua de rester à l'hôpital; tous les jours elle
vomissait de trois à sept fois de l'urine pure ou mêlée de sang;
tantôt elle urine naturellement, tantôt au contraire il y a ré-
tention.
Je rejetai d'abord toute pensée de supercherie de la part de
cette femme au sujet des vomissemens urineux ; d'ailleurs
l'existence antérieure d'une tumeur rénale ne laissait aucun
doute sur l'existence d'une affection des voies urinaires. J'a-
jouterai qu'ayant annoncé à cette femme que le seul moyen
d'empêcher les vomissemens urineux serait peut-être de pra-
tiquer une contre-ouverture dans la région lombaire, elle pa-
rut accueillir plutôt avec empressement qu'avec répugnance
l'idée d'une opération.
La santé de cette femme avait paru s'altérer; elle gardait
presque toujours le lit. Un régime doux, le repos, des bains
tièdes , des lavemens légèrement narcotiques, un gargarisme
avec l'eau de mélisse pour enlever de la bouche et du gosier le
goût urineux après le vomissement (3), tels étaient les remèdes
habituellement prescrits.
(i) On verra plus loin que cette femme en imposait.
(a) Le fait est que les matières contenues dans le crachoir et qu'elle di-
sait avoir rendues par le vomissement, étaient un mélange d'urine, de s.ing
et d'alimeus ; mais ce mélange était fait par la malade avec une adresse in-
concevable; puis, elle se couchait sur le côté faisant des efforts comme pour
vomir.
(3) J'étais, comme on le voit, complètement dupe de cette femme.
KÉNALES-INTESTINALES.
Quelques semaines s'étant passées ainsi, la malade vomis-
sant tous les jours, sans dépérir notablement, je commençai
enfin, et un peu tard, à soupçonner que cette femme, soit pour
prolonger son séjour à l'hôpital, soit pour une autre cause, si-
mulait des vomissemens urineux et des anuries. Une circon-
stance vint forlifiei; mes soupçons. Elle me montra un jour,
à la visite, un vase rempli d'urine et d'une petite quantité d'a-
limens qui ne paraissaient pas avoir séjourné dans l'estomac.
Un autre jour, elle affirma qu'elle n'avait pas uriné depuis
sept à huit jours, et, par la sonde, on put extraire de la ves-
sie une quantité notable d'urine naturelle. Enfin , ayant fait
part de mes soupçons à la sœur de service , elle la surprit
urinant , puis mêlant l'urine avec un peu de soupe. Cette
femme fut renvoyée de l'hôpital le 2 3 juillet 1837.
Maintenant il reste à expliquer pourquoi cette femme, qui
avait réellement une maladie des voies urinaires , et qui pen-
dant quelque temps avait rendu de l'urine chargée de pus, eut
l'idée de simuler des vomissemens urineux , des suppressions
complètes d'urine. Tout ce que je puis dire , c'est que j'ai vu
des simulations analogues, même parmi les personnes de la so-
ciété , et sans pouvoir en trouver d'autre cause que celle de se
rendre extraordinaire par quelque chose.
Fistules rénales-intestinales.
§ 756. Des fistules rénales peuvent s'établir entre le bassinet
et les calices enflammés et diverses portions de l'intestin,
M. le docteur Campaignac m'a montré un cas fort remarquable
de fistule du rein droit , ouverte dans le duodénum. De tels cas
sont très rares. Pendant la vie, une semblable lésion pourrait
êtrë. soupçonnée , si une tumeur précédée de coliques néphré-
tiques, existait dans la région lombaire du côté droit, si cette
tumeur s'était affaissée plus ou moins complètement et tout-
à-coup , et si, après quelques efforts , en général peu doulou-
reux, le malade avait vomi un liquide ayant le goût et l'odeur
de l'urine, le goût persistant dans la bouche et l'arrière-gorge
après le vomissement. Dans tous les cas , il faut convenir que
de tels cas peuvent être simulés (§ 3o3).
294 FISTULKS
C'est probablenieut à la suite de telles perforations du rein
dans le duodénum ou dans l'estomac, que des calculs urinaires
ont élù ifjetés , avec l'urine, par le vomissement (i).
Uns. V. — Tufficiir formée par la ilisteublon du rein droit, rupture Un sac
daus le duodéuum ( Obs. recueillie par M. Cuinpaiguac dans le service
de l'ouquicr) (Atlas, Pl. sx, fig. i).
La nommée Yvozy (Caroline), âgée de 45 ans, coutui-ière ,
demeurant nie St-Guillaume , n° 2 , née à Yalogne (Manche),
malade depuis six mois, entrée le 10 janvier , morte le 6 mars
i835. Cette femme, réglée à i3 ans , l'a toujours été bien de-
puis; elle a porté deux enfans à terme ; n'a jamais été sérieuse-
ment malade. Dès l'âge de dix ans , elle ^ ressenti des douleurs
dans le côté droit du ventre, entre la fosse iliaque et l'hypo-
chondre, tirant vers lesreins.Les douleurs se manifestaient à des
époques plus ou mQins éloignées ; très vives , elles duraient a4
heures, après quoi elles disparaissaient. Toute la vie, la malade
a eu de la tendance à la constipation. Elle n'a jamais souffert
en urinant; mais dès sou jeune âge, et, toujours depuis, les
urines ont été trèssédimenteuses. Il y a une douzaine d'années,
plusieurs fois après être montée à cheval , elle a uriné du sang.
Depuis quatre ans, celte douleur a été plus fréquente et plus
vive: souvent, dans ce cas, la malade appliquait quelques
sangsues sur le siège de la douleur, qui disparaissait pour
quelque temps , et lui permettait de reprendre ses occupations
habituelles.
Il y a trois semaines , la douleur a reparu avec beaucoup
d'intensité. En dehors de l'ombilic, adroite, entre lUiypociiondre
et la fosse iliaque , il s'est développé une tumeur profonde , se
dessinant un peu au dessous des parois abdominales. On a suc-
cessivement fait une saignée du bras, mis un vésicatoire vers
riiypoc'houdie droit, appliqué dix sangsues au-dessus de la
fosse iliaque , et administré des pilules de calumel , du savon
et de l'extrait de pissenlit, en outre, deux onces d'huile de
ricin. Ces divers moyens ont amené peu de soulagement; néan-
(a) Scutcr. Transactions nf PkiUdelj'Itia. I, i, n. 9.
RÉNALES-INTESTINALES. 3(^5
moins, les sangsues ont un peu calmé la douleur, et le purgatif
a débarrassé le ventre , distendu par la rétention des matières
fécales qui durait depuis dix jours. Outre ces moyens, on a
donné un bain qui a calmé les douleurs de rein , qui dataient
de six semaines*
État présent. Peau fraîche, pouls petit, serré, battant 84
pulsations par minutes, peu d'embonpoint. Tel a été toujours
l'étal habituel de la malade. Bouche bonne, langue un peu
blanche, légèrement pointillée vers l'extrémité. Epigastre sen-
sible à la pression, tout le côté gauche de l'abdomen est insen-
sible à la pression , de même que la fosse iliaque droite. Au-
dessus d'une ligne qui, de l'ombilic, se porterait à l'épine
antérieure et supérieure de l'os des îles , existe une tumeur
arrondie d'environ trois pouces de diamètre. Ce point, sensible
à la percussion , est dur et rénitent. La peaiu, sans changement ,
de couleur, est complètement mobile au-dessus. Entre le rebord
des côtes et la tumeur , existe une dépression , sorte de sillon ,
ayant à-peu-près huit lignes de longueur, la pression ne peut
y être exercée sans causer des douleurs fort vives. En arrière
entre l'os des îles et le rebord de la poitrine , on sent profondé-
i^ent la partie postérieure de la tumeur. Dans ce point, la perr
çussion ne cause aucune douleur, et, en i-epoussant de la main
la tumeur, loin de causer de la douleur, on pi'ocure du soula-
gement. Celte pression fait que la tumeur se dessine d'une ma-
nière plus manifeste , et semble s'élargir en avant. Percussion
claire à l'épigaslre , dans tout le côté gauche de l'abdomen , ej;
du côté droit, au-dessous de la ligne supposée aller de l'ombilic
à l'épine antérieure et supérieure de l'os des îles j au-dessou?
de ce point, le son est complètement obscur et moins clair, et
la niatité ne devient complète qu'au niveau du sillon qui borne
la tumeur à la partie supérieure. A partir de ce point , ej. danp
l'espace de trois travers de doigt, au niveau des deux dernières
fausses côtes, le son est mat comme dans le sillon. Pans le flanc,
eu dehors de l'abdomen, il existe de la inatité, mais moins
qu'au-dessus de ce point , au niveau de la région du foie. Eu
arrièie, le ^oie paraît occuper peu de place sous les côtes, car
ce n'est qu'à la partie tout-à-fait inférieure de la base de la
'■^9^ FISTULES
poitrine, qu'on retrouve la nialité appartenant à cet organe.
L'estomac paraît être sain, les digestions sont faciles, la con-
stipation est habituelle; depuis deux jours la malade n'a pas
eu de garderobes. Les matières rendues forment de petits
corps inégaux, arrondis et durs; excrétion des urines facile
et sans douleur. Ces urines conservées dans un verre offrent
nu sédiment blanchâtre qui en constitue à-peu-près la hui-
tième partie. Ce sédiment, séparé de l'urine qui le surmonte,
oil're l'aspect d'un pus blanchâtre; ces urines n'ont aucune
mauvaise odeur. Il n'existe rien de particulier du côté de la
poitrine et delà tèlc.
Sous l'iniluence de deux applications de sangsues, de topi-
ques émoUiens et de lavemens adoucissans, qui débarrassèrent
le gros intestin de quelques matières dures, les douleurs dimi-
nuèrent un peu sans qu'il fût apporté de cliangemensà la tu-
meur.
Le ao janvier, en pressant alternativement d'avant en arrière,
et d'arrière en avant, on y distingua une fluctuation un peu ob-
scure qui successivement devint de plus en plus claire. Le sédi-
ment observé dans les urines fut dès-lors de moins en moins
marqué, car le to février il formait un fond d'urine à peine de la
hauteur de deux à trois lignes. A cette dernière époque, la tu-
meur avait augmenté de volume et s'était un peu plus dessinée
en avant; dans ce dernier point, elle semble surtout se déve-
lopper vers le haut au niveau du sillon que nous avons décrit
entre elle et le rebord des côtes. On sentait dans ce lieu, en avant
et surtout en haut, une fluctuation des plus manifestes. Les
choses restèrent dans cet état jusqu'au 1 8 février. Dans la soirée
de ce jour, il survint tout-à-coup un vomissement abondant d'un
gris-jaunâtre, fétide, légèrement alcalescent, et à l'instant même
la tumeur perdit en avant un tiers à-peu-près de son volume ;
la fluctuation cessa d'être distincte , et la saillie formée en der-
nier lieu en avant au-dessous du rebord des côtes disparut, de
telle sorte que la tumeur fut, par là, réduite à ses premières
proportions. A partir de ce moment, les urines redevinrent
un peu plus sédimenteuses. La constipation était à-peu-près
constamment la même. La tumeur, toujours un peu sensible à
RÉNALES-INTESrmALES. 297
la pression, le devenait parfois davantage. Des sangsues et
des ventouses mouchetées, calmaient constamment un peu
la douleur qui persistait toujours d'une manière sourde. La
malade maigrissait de plus en plus, et son teint et la cou-
leur de sa peau devenaient d'une couleur de plus en plus blafarde
et paillée. La douleur s'accrut en dernier lieu d'une manière
sensible, demeura à-peu-près constante malgré de nombreuses
saignées locales , et devin t très vive vers le côté droit des lombes
qu'on ne pouvait plus presser sans beaucoup l'irriter, ce qui ne
s'était point remarqué jusque-là.
Du i""" au 9 mars , les urines, déposant toujours un épais
sédiment blanchâtre, comme purulent, prirent une couleur
rougeâtre , comme si elles eussent contenu une certaine quan-
tité de sang dissous. En dernier lieu, cette coloration était
presque disparue. A dater du 6 mars, des vomisseraens opi-
niâtres se manifestèrent en même temps que le flanc droit et la
paroi droite des lombes étaient très douloureux. La matière
de ces vomissemens était jaunâtre araère , d'une odeur aigre.
Le IX mars, à la visite du soir, la malade se plaignait d'avoir
un goût horrible dans la bouche et d'être comme empoison-
née par la matière du vomissement. Ce liquide , jaunâtre
comme d'habitude , avait en efifet une odeur fétide , alcales-
cente, comme de l'urine croupie. En dernier lieu, les ex-
! Irémités inférieures , les mains et la région des lombes s'in-
' filtrèrent et le pouls devint de plus en plus misérable , les
' yeux ternes, la voix affaiblie, presque mourante. Les vo-
1 missemens un peu plus éloignés persistèrent néanmoins jus-
< qu'au dernier jour malgré l'usage de tous les moyens qu'on
: emploie en pareil cas pour les calmer. Le i5, à dix heures
' du matin, la malade perdit connaissance et demeura ainsi
< dans une sorte d'agonie, calme et sans râle, jusqu'au 16
mars; à devix heures de l'après-midi elle s'éteignit.
Autopsie du cadavre faîte vingt heures après la mort. Le
corps est dans un état d'amaigrissement complet ; on sent, dans
le flanc droit et dans la région lombaire, une tumeur, arron-
die, dure , ayant deux pouces de diamètre, mais on n'y aper-
çoit plus aucune espèce de fluctuation. Le cadavre est encore
Î298 FISTULES
un peu chaud. Il n'existe aucune trace de décomposition.
Poitrine. La surface du poumon est adhérente par quelques
brides celluleuses du côté droit ; du côté gauche il n'en
existe qu'une seule après l'ouverture de la poitrine. Ces organes
se sont affaissés sur eux-mêmes. Les bronches n'offrent rien
de remarquable. Elles contiennent un liquide spumeux. Le
poumon gauche est plus affaissé que le droit j il est fort peu
crépitant. Il contient à peine de liquide, même à la partie
postérieure. Les lobes moyens et supérieurs du poumon droit
offrent le même aspect que le poumon gauche , mais le lobe
inférieur est comme engoué par un liquide spumeux qu'on en
expulse par la pression. Ils ne contiennent d'ailleurs aucune
production morbide. Le cœur est petit, l'oreillette droite seule
est distendue par un énorme caillot. Le côté gauche contient
fort peu de sang. Les diverses valvules sont saines. Le péri-
toine n'offre rien de particulier.
Abdomen. L'œsophage offre vers son extrémité inférieure
quelques taches violacées ; l'estomac est consistant, de petite
capacité, et offre des villosités très développées, et uu peu
de rougeur vers son grand cul-de-sac. Le duodénum offre
à son intérieur une couleur légèrement ardoisée. On voit , au
niveau de l'endroit oii il forme une anse près de la tête du
pancréas, un petit point brunâtre qui est l'orifice d'une fistule
qui communique avec le rein droit , et dont il sera parlé plus
tard. Deux autres ouvertures fistuleuses se trouvent un pouce
au-dessus d'elle , et communiquent avec un foyer qui paraît
creusé aux dépens du rein et du foie. L'intestin grêle est
petit, son intérieur a une couleur rosée, uniforme, qui, vers
son extrémité inférieure, et jusqu'à quelque distance du cœ-
cum , devient d'un aspect ardoisé. Valvule de Bauhin, parfai-r
tement saine. Le gros intestin offre çà et là quelques traces de
rougeur, il ne présente d'ailleurs rien de particulier. Le pan-
créas et la rate sont sains. Il n'y a qu'une petite quantité de
sérosité dans le petit bassin.
Le foie, d'un volume à-peu-près naturel, n'offrait rien de re-
maïquable quant à la couleur et à la consistance. Il y avait, à la
face inférieure de son lobe droit , une espèce desinusàsurfaw
RÉNALES-INTESTmALES. 299
illégale, dont la paroi supérieure était formée aux dépens de sa
substauce. On voyait là, dans l'épaisseur de plusieurs lignes, un
lissu lardacé blanchâtre, avec des taches grises ardoisées , jau-
nâtres, mélangées de rouge. La partie inférieure de ce foyer ,
qui pourrait contenir xine pomme d'apis, appuie sur restrémilé
supérieure du rein droit, avec l'intérieur duquel il corajnuniquc
un peu en avant par une ouverture d'un pouce et demi de cir-
conférence. L'extrémité supérieure du rein forme, en arrière
de l'ouverture dont je viens de parler , une saillie arrondie d'un
gris ardoisé comme tapissée d'une fausse membrane. En ar-
rière de ce point on remarque un petit corps aplati, saillant
dans l'intérieur du foyer par un de ses bords qui paraît èu-e la
capsule surrénale dégénérée et d'un aspect presque lardacé. Èn
arrière du foyer se trouve une ouverture arrondie, communi-
quant avec un autre foyer placé en avant des muscles des
lombes , et venant aboutir à une cavité qui aurait pu loger une
petite noisette. Cette cavité est placée sur le côté dz oit et dans
l'épaisseur du corps de la troisième vertèbre lombaire- Ce der-
I nier foyer contient du pus à demi concret , en partie infiltré
1 dans le lissu cellulaire, qui, lui-même, est blanchâtre et comme
j gangréné. Le canal rachidien est parfaitement sain au niveau
..de la troisième vertèbre lombaire, comme partout ailleurs.
Le foyer placé entre le rein et le foie, contient une notable
i quantité d'un pus grisâtre et fétide. Ce dernier foyer com.mu-
ï nique avec les autres par un trajet fistuleux d'une ligne et
t demie de diamètre. Le rein droit , d'un tiers plus volumi-
1 neux à -peu-près que le rein gauche, est creusé par des ca-
' vilés sinueuses formant autant de clapiers séparés, communi-
quant entre eux par l'intermédiaire du bassinet, et contenant
■ un liquide purulent d'un blanc jaunâtre. La plupart de ces
1 foyers paraissent être le résultat de la distension des calices,
i Les inférieurs sont recouverts de quelques grains sablonneux,
' l'un deux contient quatre petits calculs inégaux, aplatis, offrant
< un mélange de couleurs blanchâtres, grises et brunes, ressem-
i blant à des fragmens inégaux de mâchefer. Ce foyer, placé tout
I à-fait en bas, en dedans et en avant, communique, par un trajet
1 fistuleux brunâtre qui se dessine eu dessous du péritoine, avec
doo FISTULES
le duodénum par l'ouverture fisluleuse inférieure, laquelle a
tout au plus une ligne de diamètre et dont les bords sont ardoi-
sés. A l'extrémité supérieure du rein se trouve un seul foyer, à
surface inégale, formé à la partie inférieure par un tissu ressem-
bla nt un peu au fongus hématode, communiquant d'un côté
par une large ouverture, comme nous l'avons ditj avec le foyer
placé entre le foie et le rein, et de l'autre d'une manière plus
étroite avec les foyers inférieurs, formés parles calices dilatés.
Ce dernier foyer paraît être le résultat de l'altération et de la
destruction d'une portion de la substance du rein. Le bassinet,
à surface inégale, et comme recouvert d'une fausse membrane,
n'a souffert aucune distension; l'uretère s'y implante en acqué-
rant à son origine le volume du petit doigt. Ce conduit est dis-
tendu par un liquide purulent. Sa surface interne est d'un gris
ardoisé légèrement teint de rouge en quelques points. L'ure-
tère offre un renflement près de la vessie. Dans ce point, un
calcul d'un pouce de long, inégal, ayant un côté concave et un
convexe (ce qui lui donne de la ressemblance avec un haricot
perforé à son centre), bouchait incomplètement ce conduit. Du
bord concave au bord convexe, cette perforation a une ligne et
demie de long sur une ligne de large. Au-dessous de ce calcul,
l'uretère reprend tout-à-coup bon volume naturel pour se ren-
fler un peu de nouveau , trois lignes plus bas , oii il contient un
autre petit calcul aplati, de forme angulaire. Au-dessous de ce
dernier point, l'uretère reprend son volume naturel et parvient
ainsi dans la vessie , oii son orifice est parfaitement perméable.
La vessie, légèrement rosée à sa surface interne surtout vers sou
bas-fond, contient environ deux onces d'un pus blanchâtre,
légèrement floconneux. Le rein gauche, parfaitement sain ainsi
que l'uretère. L'uretère offre à sa sui-face interne quelques pe-
tits corps blanchâtres fibreux, du volume d'un grain de geniè-
vre. L'aorte abdominale et ses branches rénales, même la droite
sont partout perméables. La veine cave inférieure contient un
caillot brunâtre , en arrière duquel existe une sorte de végéta- .
lion fibrineuse adhérente à ses parois , à surface inégale , d'un |
blanc tacheté de rouge, de consistance molle. Cette espèce de
végétation remplissait le tiers de la capacité de la veine, et s'é-
RÉNALl-S-mTESTlNALFS. 3ol
tendait dans l'espace de deux pouces. Ce caillot couvre l'orifice
de la veine rénale droite, et en partie celui de la veine rénale
gauche. Celte dernière au-delà de son orifice est partout par-
faitement perméable. La veine rénale droite représente , à son
origine, un corps dur, qui est le résultat de la transformation
de cette veine en un corps ligamenteux , au centre duquel il
existe une strie brune. Les divisions de cette veine sauf une
seule, qui, tout-à-coup, redevient perméable avant de péné-
trer dans le rein, sont, de même que le tronc principal, trans-
1 formées en tissu ligamenteux, offrant une raie légèrement brune
» au centre. La veine cave inférieure, avant sa division en ilia-
( ques, offre intérieurement une plaque jaunâtre ovoïde de cinq
l ligues de longueur, d'une dureté presque fibreuse, ressemblant
i assez aux plaques de même nature que l'on trouve quelque-
1 fois dans les artères.
La vésicule du fiel contient une bile jaunâtre, de consistance
( de mélasse , qui enveloppe un calcul arrondi, du volume d'une
{ grosse noisette.
5 757. Les exemples de fîstulns rénales s' ouvrant dans le
t colon ne sont pas très rares , et paraissent avoir été ancienne-
1 ment connues (i).
(i) Cette rupture des abcès rénaux dans l'intestin est mentionnée dans
f plusieurs passages de la collection bippocratique : Si vero ulcus coaluerit,
1 renis venter intro pus colligit. Et si quidem pus intro rumpatur, et ad in-
tesdnum rectum feratur, eradendi spes est ( Hippocratis , Opéra omnia. De
t intern. affectionibus, in-folio Francofurti 1621, p. 54o). Quibus vero renum
> Titio affectis praedicia signa contingunt , doloresque circa spinx musculos
i fiunt, si quidem ad loca exteriora ferantur, abscessum extra fore expecta.
< Quod si dolores ad loca interna magis vergant, abscessum quoque in-
H terins potius futuriim sperandum ( Hippocratis Opéra omnia. Apborism.,
• sect. vji, aph. 35, p. laSg). Rufus en fait également mention : Aliquando
1 autem et ad intestina eruptio devolvitur , et per sedem pus evacuatur (Rufus,
« cité par Aetius, Tetrahiblos, De suppuratis renibas , sermo m , cap. i8, in-
f fol. Basilex, iS/jg, p. 606). Les médecins arabes ont rappelé ce fait:
• « Et uum collectionem faciunt: aut rumpuntur, quumque rumpuntur ad
} partem vesicœ (et est melius oib) aut ad intestina. » (Avicenne. Libri in re me-
• <ûca omnea, in-fol. Venetiis, i564, lib. m, fen 18, tract. 2, cap. i, p. 855).
Ferncl parait avoir non-seulement observé la rupture des poches rénales,
302
FISTTir.FS
Fantoni (i) en cite un exemple. Duverney (2) a vu un ab-
cès du rein gauche ouvert dans le colon, faillie (3) dit avoir
vu le rein communiquer avec l'intestin, de manière que le pus
formé dans le rein s'évacuait par l'anus. On lit dans Wei-
gel(4) un autre cas de fistule du rein gauche s'ouvrant dans le
colon, avec diarrhée et selles purulentes. Wys (5) raconte
qu'un homme, après avoir éprouvé pendant assez long-temps
de fortes douleurs rénales, rendit du pus par les urines et par
les selles. Après la mort, on trouva dans le flanc un énorme
abcès, la colonne vertébrale altérée, et le rein transformé en
un sac membraneux flottant dans l'abcès. Le colon commu-
niquait avec le foyer par deux ouvertures fistuleuses. Las-
sus (6) rapporte que chez un malade qui rendait du pus par
l'anus, le rein droit adhérait au colon qui offrait une perfora-
lion accidentelle.
<c J'ai vu, dit Pierra Frank (7), le pus accumulé dans la ca-
vité du rein s'ouvrir à l'extérieur, et la fistule donner issue à
un calcul et à des ui iues purulentes j mais en peu de tenjps le
colon lui-même fut perforé, de sorte que l'urine, les flatuo-
sités et les excrémens sortaient en même temps par l'anus et
par l'ulcère fistuleux. Lorsqu'un pus trop épais, un grumeau
distendues par le pus, dans le gros intestin , mais encore dans le duodénum
ou dans l'estomac, imisqu'il fait mention de l'évacualion du pus soit paries
selles, soit par le Tomisscment .«Hœc quum accidunt, totajam pene renis sub-
stantia putredino consiimpla est, illincque pus redundans inter peritonei
mcmbranas fluctuât. Hujus copia interdum vidimus totam ventris lumborum-
que regionem distend! , et pus hinc tuiii dejectione, lam vomitione rcddi since-
rum(Fernel, Universa. medicina. Patliologia, lib. vi, cap. xii, in-fol. Colo^
niiB AUobrogum 1679, p. 553 ).
(t) Fantoni, Anat.corp. human., diss. iv, p, 160.
(2) Duverney, Amt. corji. human., cap. 14.
(3) Baillie. Anat. patholog., trud. Guerbois, p. i3o, in.8°, Paris l8i5.
Weigel. Ital. med.-chir. Bibl, , B. ir, St. ir , S. 20G.
(5) Wys, Muséum der Heilkunde, B. i, N. 11 , S. 12.
(6) Lassos, Pathologie chirurgicale , t. i.p. i38.
(7) Pierre Frank, Traité de médecine, traduit par Goudarean in-8°.
Paris 1820, t. II, p. igî*.
RÉNALES-INTESTINALES. 003
de sang, des matières fécales, etc., fermaient l'ouverture, aus-
sitôt les symptômes de la néphrite se renouvelaient; ils per-
sistèrent jusqu'à ce que l'écoulement se renouvelât et amenât
un soulagement qui n'eut pas de longue durée. »
« J'ai trouvé, en 1767 , dit Portai (i), dans le cadavre d'un
homme d'environ 5o ans, le colon, le péritoine et le rein gau-
che tellement adhérens entre eux, que ces trois parties ne pou-
vaient être désunies. II y avait dans le milieu de cette adhérence
une ouverture par laquelle le rein communiquait avec le colon.
Ce rein était très volumineux, et contenait plusieurs abcès avec
de petites pierres. »
Je rapporterai plus loin un cas d'abcès tuberculeux du rein
gauche {voyez : TuBERcrLES des reins ), communiquant aussi
avec l'intérieur du colon.
Ën résumé, lorsque les reins distendus par le pus contractent
adhérence avec le gros intestin , et que le pus accumulé dans le
bassinet et les calices se fait jour dans l'intérieur du colon ou
du rectum, cette terminaison de la pyélite se reconnaît aux
symptômes suivans : d'abord la tumeur rénale s'affaisse plus ou
moins par suite de l'évacuation du pus , dont on peut facile-
ment retrouver des traces dans les selles, surtout dans le cas
de perforation du rein gauche dans le colon descendant , ou
dans un rein situé dans le bassin et communiquant avec le
l'ectum. Plusieurs fois aussi on a pu constater l'odeur urineuse
des matières fécales. Il est possible (quoique je n'aie pas en-
core eu l'occasion de le constater ) qu'on pût trouver soit de
l'acide urique , soit de l'urée, par l'examen chimique et mi-
croscopique des matières fécales. Toutefois si , par suite
d'une énorme distension du bassinet et des calices, les sub-
stances rénales étaient à-peii-près complètement disparues ,
il se pourrait aussi qu'il n'y eût aucune trace des élémens de
l'urine mélangés avec le pus.
Quoi qu'il eu soit , à la suite de ces perforations rénales, il
survient le plus souvent une intlammation chronique et ulcé-
rative du gros intestin; et, après de longues souffrances, les
(1) Portai, Anal, médicale, t. v, p. 38o.
3o4 FlSTULïïS
malades finissent par succomber, épuisés par une diarrhée coU
liquative ou par une fièvre hectique. Cette fâcheuse termi-
naison peut être hâtée par des inflammations chroniques du
péritoine , et par d'autres lésions de l'abdomen ou de la poi-
trine, qui surviennent assez fréquemment dans les deraières
périodes des maladies chroniques des voies urinaires.
Obï. VI. — Fistule du rein gauche communiquant dans le colon des-
ccDd.int (i).
Une jeune femme entra le 1 6 septembre 1 829 à l'hôpital Saint-
Antoine, auquel j'étais alors attaché. Assez faiblement con-
stituée , elle a cependant toujours joui d'une bonne santé. Il
y a cinq mois , elle s'aperçut qu'elle portait, dans le flanc gau-
che, une tumeur douloureuse. L'appétit s'est perdu ; les règles
se sont supprimées , et ont été remplacées par des flueurs
blanches. Il fut un temps oii les urines étaient blanches, dé-
colorées ; un élève , attaché à la salle oii cette femme était cou-
chée, m'a dit que plusieurs fois elles avaient été purulentes :
on avait appliqué à plusieurs reprises des sangsues.
Le i"' janvier, elle offre l'ëtat suivant : elle est maigre, pâle;
elle a peu d'appétit, mais elle digère bien ce qu'elle prend;
les urines sont actuellement naturelles; le pouls est fréquent,
petit , misérable ; la poitrine est sonore et expansible ; à droite ,
le sommet du poumon offre une pectoriloquie douteuse, sans
gargouillement. Dans le ventre, la malade éprouve d'une ma-
nière continue des douleurs pongitives , qui redoxiblent par
instans, et qu'elle compare à des piqûres d'aiguilles. Plus fortes
plus fréquentes le soir et la nuit que le jour et le matin, elles
ont leur siège dans une tumeur qui s'étend depuis les fausses
côles du côté gauche jusqu'au pubis, en bas jusqu'à la ligne
blanche , dont elle s'éloigne en haut. La tumeur est facile à
circonscrire par la percussion ; partout oii elle siège, il y a ma-
tité très grande ; sa surface est dure , résistante au toucher , et
(i) Ce cas a été publié dans le Journal hebdomadairé, f. vir, p. 397, par
un de mes éleTCs , M. le B"" Bonnet.
RKNALES-HVTESTmALïïS. 3q5
un peu bosselée, inégale ; elle repousse le diaphragme en haut
vers la poitrine, car la sonorité qui existe naturellement dans
ce point est remplacée par de la matité. La malade dort peu,
l'appétit est irrégulier; les douleurs et l'insomnie ont neces-/
site l'usage des opiacés {Tts. de gommc; cataplasmes e.mol-
liens; un grain d'extrail gommcnx opium).
Depuis le 5 janvier, on fait, chaque jour , des frictions sur
la tumeur, avec un gros de pommade d'hydriodate de potasse ;
la malade se trouve mieux, dort la nuit, toujours inclinée sur
le côté gauche, à cause de la tumeur, qui l'empêche de prendre
toute autre position ; l'appétit augmente {Même prescription ^
le quart d'alimens). Jusque-là on ne savait si ou avait affaire
à un abcès rénal ou à une tumeur cancéreuse. Les antécédens
faisaient croire à une collection purulente dans le rein.
Dans la nuit du 9 au 10, la malade fut prise d'une diarrhée
très abondante, qui la soulagea beaucoup. L'infirmière dit
que les matières rendues étaient de différentes couleurs, fi-
lantes, d'une odeur insupportable, et ressemblaient à la ma-
tière d'un abcès, et non à des matières fécales. En examinant
la tumeur, on s'aperçut qu'elle avait perdu de son volume ; elle
n'était plus dure , bosselée , lé toucher faisait encore sentir
un reste d'engorgement, maisnaoins sensible, et une sonorité
1 évidente avait remplacé la matité observée antérieurement.
Depuis lors, la malade repose aussi bien sur le côté droit que
sur le côté gauche ; elle peut s'asseoir et se coucher en avant,
ce qui lui était difficile auparavant. Le pouls est petit (rio
pulsations) ; sous la clavicule droite , il y a moins de son et
d'expansion qu'au point correspondant du côté gauche , et la
voix y est plus retentissante {Tis. gom.; on cesse les frictions).
Les jours suivans la diarrhée continua ; les urines étaient na-
turelles en apparence , la peau était devenue sèche, chaude , la
face pâle, le pouls plus rapide et plus petit; la nuit il y avait
parfois du délire; cependant , le ventre n'était pas sensible;
anorexie, amaigrissement rapide, et mort le 25.
Aulo'psie du corps faite trente heures après la mort. Les
centres nerveux n'ont rien offert de remarquable.
Les poumons étaient d'un blanc rosé et décolorés; le som-
20
3o6 FISTULES
JUet du droit présentait des cavernes qui auraient pu coule-
nir une assez grosso aveline, vides, tapissées à leur intérieur
d'une membrane rosée que l'on ne pouvait enlever sans la
déchirer, contiguë à un tissu dur , fibreux, mais peu épaii.
Qn ne put suivre les ramifications des bronches jusqu'à ces ca-
vernes; mais on VQjait, dans leur cavité, plusieurs orifices. Le
sommet de ce poumon était froncé, inégal, rugueux; les bron-
ches étaient rouges ; le cœur avait son volume ordinaire.
En ouvrant la cavité abdominale, on vit une tumeur qui oo
oupail tout le fianc gauche, jusqu'à la ligne blanche , dont elle
s'éloignait en haut et qu'elle touchait en bas, de manière à
offrir une direction oblique. Cette tumeur adhérait par des
liens celluleux anciens, difficiles à détruire, au diaphragme
qu'elle soulevait un peu, elle adhéi-ait aussi à la paroi pos-
térieure et latérale gauche de l'abdomen , ayant, à sa droite,
la rate et le grand cul-de-sac de l'estomac; le colon descen-
dant, soulevé par celle tumeur, passait sur son milieu, sans
lui adhérer , et l'S iliaque faisait un coude qui touchait la par-
tie inférieure de la tumeur. Là, une portion du mésentère adhé-
rait aussi à la tumeur , et par la destruction d'une adhérence
qui existait entre ce^ trois parties, ils'écoula, dans le petit bas-
sin , une petite quantité de matière sanieuse , peu odorante .
Le mésentère était d'un noir sale, dans sa portion adhérente,
qui correspondait à une perforation de la largeur d'un sou,
aiiluée au coudo que formait l'S iliaque du colon , et qui se
continuait avec une sorte de canal, qui passait sous la tu-
meur, et allait se rendre dans son intérieur. Ce canal avait
un pouce de long à-peu-près. Ce n'était pas dans sa partie la
plus déclive, et au point oii elle adhérait au colon par le coudé
qu'il formait, que la tumeur s'ouvrait dans cet intestin, mais
bien un moyen du canal dont je viens de parler. Depuis cette
large perforation de l'intestin jusqu'à l'anus, on yoyait, çàet
là, des plaques rouges non ulcérées, oii la membrane mu-
queuse était un pevi épaissie. Le rein, formant une coque à
par-ois dures et comme cartilagineuses, était divisé, à l'inté-
rieur, en quatre cavités principales, qui communiquaient deux |
à deux et vonaient se rendre à un canal Unique , le bassinet.
RÉNALES-INTESTINALES. ^67
Il y avait un peu de liquide sanieux dans leur intérieur.
Quelques-unes de ces cavités étaient lisses, d'autres tapissées
par une membrane grisâtre , sale , grumeleuse. La coque du
rein était noirâtre , dure , et. ne présentait plus aucune trace
de fibres ni d'organisation. La vessie était saine, ainsi que
! tous les autres organes. Au milieu de ce désordre, l'uretère
ne fut pas recherché avec assez de soin et ne fut point retrouvé.
L'abcès formé dans le rein , cause de la mort , a été , pen-
dant quelque temps , un sujet de doute qui a cessé aussitôt que
le pus a été trouvé dans les selles. La plupart des abcès qui se
î forment dans cet organe , sont ordinairement dus à des calculs,
î Danâ ce cas , on n'en a trouvé aucun dans la poche rénale , ni
: dans la vessie; pendant sa vie, la malade nous a affirmé n'ti-
T voir jamais rendu de graviers avec l'urine; il est donc pro-
I bable que l'accumulation du pus dans le rein a été consécu-
tive à une oblitération de l'uretère , occasionée par toute
autre cause.
Le rein droit était un peu augmenté de volume, et suppléâit
au gauche dans la sécrétion urinaire.
• § 758. Fistules rénales-rectales, h)
Si on prenait à la lettre quelques passages des anciens au-
teurs , on pourrait croire qu'ils ont eu connaissance des cas
dans lesquels du pus accumulé dans la cavité du bassinet et
des calices, ou du pus provenant 'd'abcès extra-rénaux consé-
cutifs à des perforations rénales , s'est fait jour dans le rectum.
Dernièrement , dit M. Cruveilhier (2) j'avais dans mes
salies une femme qui était rainée par une fièvre hectique dont
je cherchais inutilement la cause, soit dans le thorax, soit dans
l'abdomen. Elle mourut : à l'ouverture du cadavre, je trouvai
les deux reins réunis occupant le petit bassin , derrière le rec-
tum et débordant im peu le détroit supérieur. Ce rein conle-
(x) Voyez le passage d'Hippocrale cité plus haut. Il est probable que
le mot ào/ô; {rectum) a clé employé pouf indiquer que le pus est évacué,
daus ces cas, par l'anus,
(2) Cruveilhier, Aiuuomic descriptive, t. n, p. 694,
20.
■•oS rrsTiir.KS
liait uiin granfle quanlilé de pus qui s'était fait jour par le
rectum.
Les cas de situation d'ua des reins dans le bassin sont très
rares, et ceux dans lesquels ils contiennent des calculs, plus
rares encore ; de sorte que, dans un cas d'évacuation de pus uri-
neux par les selles, on devra soupçonner soit l'ouverture
dans l'intestin colon d'un abcès lombaire avec perforation du
rein, soit une perforation de la vessie dans le rectum, d'oii
l'urine puru'ente passerait avec les selles, plutôt qu'un cas
analogue à celui qui a été rapporté par M. Cruveilhier.
Je ne crois pas devoir insister sur les signes à l'aide des-
quels on peut reconnaître qu'un pus urineux rendu par le rec-
tum , provient de la vessie et non du rein ou d'un abcès ex-
tra-rénal ; je ferai remarquer seulement que dans le5 cas de
communication de la vessie avec le rectum , non-seulement
l'urine se mélange aux fèces, mais le plus ordinairement aussi
des gaz intestinaux et de petites parties de fèces sont évacuées
de temps à autre par l'urèlhre ( i ).
(i) Dans quelques cas rares, il peut exister à-Ia-fois une fistule recto-
vésicnle et un abcès extra-rcnal consécutif à une perforation dn rein.
Voici en abrégé l'histoire d'une zemblal>Ie maladie. Le 4 juin 1814, dit
M. Howship, je fus appelé par le D'' Hùoper, pour examiner le corps d'un
gcntlcinau , âgé de 65 ans, mort, à Islington. Trois à quatre mois avant sa
mort, il avait été attaqué de vomissemens, avait rendu du sang par les selles,
et il avait eu une fièvre accompagnée de pétéchics. Ce gentleman fut ensuite
atteint d'une douleur violente et rontinue dans le côté gaucbe des lombes.
Les urines étaient épaisses et déposaient une matière d'apparence purulente.
Quoiqu'il assurât qu'il n'avait jamais éprouvé de sa vie de difficulté à nri-
ner, un habile chirurgien lui dit qu'il avait un rétrécissement, et lui introdui-
sit des bougies.
Au bout de trois semaines, la douleur passa à la hanche, où elle était|
moins gênante. Bientôt le malade remarqua qu'il urinait moins qn'anpara-ii
vant, rjue ses selles étaient plus molles et qu'elles avaient une odeur urineiise.
Après une semaine ou deux , les choses changèrent; les urines furent plus
abondantes et mêlées de petites parties de matières fécales , il s'échappai
des vents par l'urètlirc avec un bruit particulier. Cet état dura jusqu'à
mort. A l'autopsie du cadavre, on trouva la portion du péritoine qui r
couvre les muscles iliaque et psoas du côté gauche soulevée par un l»rg
RÉN ALES-PÉRI TONEALES.
3o9
' § 759. Fistules rènales-j)éritonéales.
On cite plusieurs exemples de collections purulentes dans
la cavité du bassinet et des calices et qui se sont ouvertes
dans le péritoine. {1)
Dupuytren m'a communiqué un cas dans lequel la perfo-
• ration se fit , non dans le bassinet et les calices , mais au com-
: menceraent de Turetère. Ce fait est remarquable, en outre,
par une circonstance des plus rares , l'ulcération des parois
de l'intestin de dehors en dedans , en plusieurs points. Il y a
; lieu de supposer que , si la péritonite eut une marche chroni-
i que, cela dépendit, en partie au moins, delà petitesse de
i l'ouverture fistuleuse de l'uretère.
«La fille de madame succomba après de longues souf-
frances à une pyélite calculeuse, avec distension, suivie de la
perforation de l'uretère et d'une péritonite chronique. Quelque
temps avant la mort, un abcès situé dans la région rénale
abcès. Du pus était épanclié daus l'abdomeii, et, ea pressant sur la portion
du péritoine qui couvrait l'abcès, on voyait le pus couler, par une petite
ouverture, dans la cavité de cette membrane. Cet abcès ouvert, on vit qu'il
avait séparé le rein des muscles sur lesquels il repose et qu'il s'étendait en
bas jusqu'au ligament de Poupart. Il y avait environ vingt onces de pus
dans l'abcès.
Plusieurs abcès existaient dans les calices du rein malade. Un d'eux s'était
ouvert à la face postérieure du rein dans le tissu cellulaire et s'ét.Tit «tendu
inférieurement comme nous l'avons dit. Ce large abcès avait décolore et
presque désorganise le tissu cellulaire et la surface des muscles sur lesquels
il reposait. On voyait une plaque enflammée circonscrite entre la face pos-
térieure de la vessie , et la face antérieure du rectum qui lui était adliirent j
Au centre de cette adliérence cxistait'unc ouverture à travers laquelle ou
pouvait introduire une sonde et qui établissait une communication entre
^es deux cavités ( HowsLip, ouvr. cité, page 4i ).
Tnlp rapporte aussi un cas de fistule vésico-rectale , avec suppuration du
yCm gauche. En parlant des matières évacuées par le rectam , Tulp dit :
« Et quicqnid ejus ab ano cfflneret, id ant arenulis, aut membranis cal-
cnlosU scmper fuit permixtum (Tulp, Obs. medic. Lib. iv. cap. 38, pag. 336.)
(0 Bonet, Sepulcreium, lib. m, sect. xxt, cbap. 8. — Voyez une obser'
vauon que j'ai rapportée page 142, et une autre, page aôa.
3io
FISTULES
gauche , avait été ouvert par une ponction pratiquée avec un
trois-quart.
.-: Le 35 février ï8a6 on procéda à l'ouverture du corps, trente-
aijc hem-es environ après la mort. Le corps était d'une mai-
greur excessive, le ventre volumineux, tendu, les membres
inférieurs infiltrés, celui du côté gauche plus que l'autre. Les
régions inguinales et iliaques sont proéminentes et un peu
violettes. La grande lèvre gauche est très tuméfiée , mais seule-
ment par infiltration.
Le ventre ayant été ouvert, on remarqua les altérations sui-
vantes. Tous les intestins adhéraient entre eux, et ils étaient
fortement unis aux parois abdominales. Au milieu de toutes
ces adhérences, il y avait un grand nombre de foyers puni-
lens circonscrits par les circonvolutions des intestins. Parmi
oes foyers, les plus considérables étaient situés : l'un au de-
vant du rein droit le long de la partie ascendante du colon,
l'autre derrière le rein gauche, celui-ci se pi-olongeait au côté
postérieur et interne du muscle psoas et jusque sur le côté
gauche de la colonne lombaire, dont il n'avait pourtant pas
dénudé les os ; un troisième dans la fosse iliaque du côté
gauche , s'étendait jusque sous l'arcade crurale ; un qua-
trième remplissait la presque totalité du petit bassin. Tous
ces foyers étaient remplis par deux matières , l'une purulente,
l'autre blanche, molle, suifeuse, fusible à la chaleur et grais-
sant le papier sur lequel elle est posée; elle avait en un mot
l'apparence du blanc debaleine, ou del'adipocire. Quelques-uns
d'entre eux communiquaient avec le canal intestinal à l'aide de
perforations , qui avaient lien de dehors en dedans , plus larges
du côté du péritoine, plus étroites du côté de la membrane
muqueuse et qui n'étaient accompagnées d'aucune rougeur,
ni d'aucune altération soit à la muqueuse , soit dans son voisi-
nage. Ces derniers foyers contenaient, outre les matières indi-
quées ci-dessus, de la matière stercorale liquide et jaunâtre.
Tous ces foyers communiquaient entre eux par des conduits plus
ou moins évidens , qui , en derrière analyse, se rendaient tous
dans le rein gauche.
La rate était petite, d'un tissu ferme, d'une couleur brune ; si
RÉNALES-PÉRITONÉALES. 3 I t
membrane offrait quelques points cartilagineux. Le foie était
flain ; la vésicule ne renfermait aucun calcul. Le tissu du rein
gauche avait disparu , et cet organe était réduit à l'état d'une
poche à parois fibreuses. Les calices, le bassinet et la partie su-
périeure de l'uretère, jusqu'à trois pouces des reins, étaient fort
I dilatés. Dans ce dernier point, l'uretère contenait un calcul uri-
1 naire de forme triangulaire, de la largeur d'une pièce d'un franc,
I et étroitement embrassé par les parois du canal. Celles-ci sont
1 usées et même entièrement perforées en plusieurs points ; de
I ces perforations partent des canaux fibreux en dehors , lapis-
I ses d'une membrane en apparence muqueuse en dedans, qui
I se portent vers divets foyers d'épanchemens. Ces petits con-
I duits semblent avoir pofté avec l'urine et le pus la cause de
' l'inflammation, des abcès» des désordres et des transformations
( qu'on y a observés.
Au-dessoUs de ce calcul, l'uretère était excessivement ré-
t tréci, et semblait même oblitéré.
Le rein droit était sain et plus développé que de coutume,
i Les douleurs éprouvées dans cé côté du ventre n'avaient d'autre
1 cause que le grand foyer de matière purulente, adipocireuse
t et fécale situé au-devant du colon ascendant.
• La Vessie j ample et remplie d'urine transparente , était
I exemple d'inflammation.
La matrice était petite, d'un tiSsu fefmé , de couleur rouge}
1 sà membrane muqueuse était violacée.
Les poumons , quoique petits et refoulés ën haut j étaient
^ sains et exempts d'adhérences et de tubercules.
Le cœur était épais , d'une consistance ferme; le péricarde
' était sain, et contenait un peu de sérosité limpide.
La partie poètérietire dtl flanc gauche offre Une petite ou-
verture ronde, làquèllé est le principe d'un cariai qui traverse
t ©bliquemènt les parois de l'abdomen , et se rend enfin au cefïfre
< de la poche en laquelle le l eiii a été transformé. Aucune lésion ,
aucune altération ne se font remarquer sur le trajet de ce canal
1 fait par le trois-quart.
Ahisl l'appareil urinaire avait été le siège pt-imitif et le point
' départ de la série d'accidens par lesquels la vie entière
/
3 1 a FISTDLES
de ... a été transformée en une longue maladie. L'affection de
cet appareil avait consisté dans une production de calculs, dont
l'un arrêté dans l'uretère a déterminé, à la longue, la perforation
de ce canal et un épanchement d'urine , lequel a donné lieu à
l'inflammation du péritoine , à l'adhérence des intestins entre
eux, aux foyers purulens observés, à la transformation des
liquides purulens en matière adipocireuse. »
15 760. J'ai rapporté (§ 699) quelques autres exemples de ces
perforations du bassinel, ou des calices distendus par le pus,
dans la cavité du péritoine, cas où l'inflammation eut une mar-
che tellement aiguë, que la mort eut lieu en quelques jours, et
dans un cas même en moins de quarante -huit heures.
Il est inutile d'ajouter que ces péritonites, par infiltration
urineuse cl purulente, sont au-dessus des ressources de l'art.
Seulement je rappellerai que, dans les cas de pyélite calculeuse,
il se développe quelquefois , par contiguïté , dans le voisinage
du rein malade , des péritonites partielles , beaucoup moins
graves , dont on obtient ordinaire'meut la guérison par les sai-
gnées générales et locales, par les applications narcotiques et
émoUientes, et par les autres moyens auxquels on a recours
dans les inflammations ordinaires du péritoine. Un prorapt
soulagement obtenu de l'emploi de ces remèdes rend généra-
lement le pronostic favorable. Cependant il ne faut pas se li-
vrer immédiatement à ime sécurité complète ; car on a vu les
malades exprimer un grand soulagement dans des cas oix le
pus n'avait encore fusé qu'eu petite quantité dans la cavité du
péritoine.
§ 761. Fistules rénales-pulmonaires (i).
Les cas de fistules rénales s'ouvrant dans le poumon sont
très rares. Je n'en connais que quatre exemples.
Trois de ces cas ont eu lieu du côté gau^che; le quatrième
s'est formé à droite; mais il n'est pas rigotu eusement démontré
(i) Un de mes élèves, M. le docteur J. Lcncpven, a traité de ces fistules
dans sa thèse {Considérations sur les Jistitles réno-pubnonaires , in-4 , Pans
1840).
il
llÉNA.LES-PDLMONAmES. 3l3
que ce soit un cas de fistule rénale pulmonaire. Tous ces cas se
i sont terminés par la mort. L'extrême rareté de semblables
faits m'a engagé à les rapporter tous les quatre. Le quatrième
oflfre STirtout de l'intérêt à cause du côté du corps oii l'altéra-
tion a été observée.
: Obs. "VU. Calculs vésicaux, et opération de la taille, il y a dix-huit ans,
guérison ; onze ans après, douleurs à la région du rein gauche et urines
purulentes; disparition de cesaccidens.il y a sept mois , douleurs vives
dans cette même région et s'étendant dans le tr.ijet de l'uretère gauche;
urines fortement purulentes; expectoration purulente, subite et abondante,
survenue à deux reprises différentes et coïncidant avec une diminution
marquée du i)us dans l'urine; mort. — Communication entre les bronches
et le bassinet rempli par un calcul et par du pus.
Fleury (Alexandre), serrurier, âgé de ans, fut admis à
l'hôpital de la Charité, le aS mai 1859. Cet homme est d'une
faible constitulion^ pâle et lymphatique; il souffrait depuis
plusieurs années de la présence d'un calcul dans la vessie ,
lorsqu'il subit l'opération de la taille, qui fut pratiquée avec
s succès, en iSai^ par Richerand, à l'hôpital Saint-Louis : deux
pierres furent extraites par la méthode dite latéralisée. L'une
i d'elles présentait Sa millimètres cubes, et la seconde était moitié
moins volumineuse. Après celte opération, Fleury a joui d'une
t très bonne santé pendant onze années consécutives. En i83a, il
Jl éprouva une douleur néphrétique à la région du rein gauche ,
et réclama de nouveau les soins du chirurgien de l'hôpital
S Saint-Louis. La durée du traitement dirigé contre cette affec-
tion fut d'un mois et demi, durant lequel le malade prit chaque
jour, et alternativement, des bains et des douches dirigées sur
le point douloureux. Il fut mis à l'usage des boissons dé-
layantes : les douleurs s'irradiaient suivant le trajet de l'uretère
et jusqu'à la vessie. Il souffrait peu cependant dans ce dernier
organe.
Après un mois de traitement, le malade rendit spontanément,
en urinant, un troisième calcul qui présentait 12 millimètres
de longueur sur 6 de largeur. A cette époque, les urines étaient
troubles ; elles déposaient une matière blanche semblable à
du pus.
3l4 FISTDLES
Cet homme, étant très intelligent, a raconté avec clarté les
djétails qui précèdent et qui me paraissent dignes de confiance.
Il sortit de l'hôpital, délivré une seconde fois de ses douleurs.
Fleury n'éprouva aucune indisposition depuis iSSi jusqu'à
i838. Au mois de novembre de cette année, les douleurs dans
la région lombaire gauche ont reparu avec une grande inten-
sité ; elles ont toujours persisté depuis sept mois, ne laissant
au malade que de courts intervalles de repos, se prolongeant,
lorsqu'elles étaient très fortes, suivant le trajet de l'uretère jus-
qu'à la vessie. Le malade a été sondé plusieurs l'ois au Dispen-
saire, sans que l'on ait trouvé d'indice de la présence d'un calcul
vésical.
Depuis quinze jours, il souffrait plus que jamais dans le rein
gauche ; l'impossibilité de travailler et l'intensité des douleurs
l'avaient déterminé à entrer à l'hôpital de la Charité dans mon
service.
Le cathétérisme répété de nouveau le jour de son admission,
a fait connaîtra qu'il n'y avait point de calcul dans la vessie.
, fie a6 mai, le malade est très affaibli par ses longues souf-
frances; il est très maigre, d'une teinte jaune pâle. Le pouls,
faible^batQO fois par minute,- la chaleur de la peau est presque
naturelle, l'appétit bien conservé, la langue naturelle ; aucun
symptôme morbide du côté des voies digestives et des organes
de la respiration. La douleur est exactement limitée à la ré-
gion lombaire gauche j elle augmente par la pression et les
mouvemens du tronc ; on ne reconnaît aucune tumeur appré-
ciable au toucher, les urines sont acides et contiennent une
proportion notable de pus qui forme un dépôt blanc et opaque
de 6 à 8 millimètres d'épaisseur, dans un vase qui a lui-même
i6o millimètres de hauteur; la quantité des urines et la fré-
quence de leur émission n'offrent rien de remarquable (Limo-
nade; eau de Cû7itrextville ; èmiilsion ^amandes, 5 hectogram-
mes j cataplasme laudantsé sur ie ventre i bouillon , soupe, la
demi-portion d' alimeiis).
Le »8 mai, l'état général est le même ; il y a peu de réaction-
La douleur persiste dans le côté gauche des lombes; elle pré-
sente des crises qui sont très violentes et qui laissent une sen*,
RÉNALES-PULMONAIRES. 3 1 5
saUon douloureuse pendant l'intervalle qui les sépare ; les
envies d'uriner sont plus fréquentes j elles se répèlent quatre
à cinq fois par jour, et donnent un nombre égal de bocaux con-
tenant 12 décagrarames d'urine; l'urine est trouble au moment
de l'émission, et laisse déposer, après quelques inslans de repos,
une couche purulente comme les jours précédons.
L'auscultation et la percussion ne fournissent rien de parti-
culier du côté du cœur. La sonorité et le bruit respiratoire
sont naturels dans tous les points de la poitrine , si l'on ex-
cepte la partie inférieure et postérieure gauche du thorax, où le
bruit respiratoire est moins pur et mêlé d'un léger râle sous-
crépitant. Les voies digeslives sont en bon état; les garde-
robes naturelles (Même prescription).
Le 3o mai, il est survenu du dévoiement; il y a eu quatre ou
cinq garderobes liquides dans les vingt-quatre heures. Le ma-
lade est très pâle; la peau est chaude; le pouls donne loo pul-
ls sations par minute ; les crises sont plus violentes et plus rap-
l| prochées ; il n'y a que peu de rémission aux douleurs vives
Il que le malade éprouve dans tout le côté gauche de l'abdomen ;
U la sensibilité à la pression est très vive ; la respiration un peu
} gênée , et la physionomie exprime la souffrance {Limonade ,
|( èmulsion, cataplasme laudttnisè ; bouillon, soupe).
Le 1^"^ juin, Fleury a été très soufirant jusqu'à trois heures
\v de l'après-midi ; il se plaint d'une grande gêne de la respira-
t tion ; il s'agite dans son lit, et depuis la veille il a toussé fré-
q queraraent; à quatre heures il expectore une grande quantité
« de matières félidés qui n'ont point été conservées. Il a dans la
|i| nuit plusieurs garderobes liquides.
Le_a au matin, il est très fatigué, privé qu'il est de sommeil
h depuis deux nuits. Le leint est plus jaune ; les joues sont creu-
|l ses, tous les traits crispés; la langue est couverte d'un enduit
Il blanchâtre, la soif vive , le pouls fréquent et très petit; tout le
côté gauche de la poitrine est douloureux. Il repose sur le côté
|J droit, et il ne peut faire aucun mouvement dans son lit. Le
crachoir ne contient aucune matière.
Quelques inslans après la visite, l'interne du service, M. Le-
nepveu, alla voir le malade qui expectora, sous ses yeux,
3 I 6 riSTULES
après une quinle de toux assez violente, a5o grammes environ
de pus , liquide et séreux , semblable à celui qui s'écoule d'xm
abcès froid.
Il est important de noter que le malade n'avait présenté anté-
rieurement aucun des signes rationnels de phthisie et que, à cet
égard, l'examen stélhoscopique n'avait fourni jusque-là que
des signes négatifs. L'auscultation nous fit découvrir, le a juin,
un râle muqueux à grosses bulles et voisin du gargouillement
dans toute la partie inférieure et postérieure du poumon gau-
che, jusqu'à l'angle inférieur du scapulum ; des crachats pu-
rulenset colorés par une petite quantité débile que les spasmes
du diaphragme mêlaient à l'expectoration, furent expulsés à
toutes les heures du jour; des flots de pus furent rendus à deux
ou trois reprises, après des quintes violentes de toux, de ma-
nière à remplir deux crachoirs.
Le 3 juin, l'expectoration purulente continua , et un phéno-
mène qui frappa tous les assistans^ ce fut la disparition ou la
diminution considérable du pus qui existait les jours précédens
dans les urines. L'abdomen est ballonné et douloureux; la paroi
antérieure même du thorax est sensible à la pression du côté
gauche; la région épigastrique, distendue par des gaz, donne
une résounance tympanique dans une grande étendue. Le ma-
lade est obligé de garder la position assise dans son lit. La par-
tie gauche du thorax est sensible à la pression. Le gargouille-
ment et un souffle caverneux sont constatés à la base du pou-
mon gauche seulement. Dans les autres points, la respiration et
la sonorité sont tout-à-fait normales. La réunion de ces divers
signes fait présumer et même prononcer qu'il y avait un abcès
du rein qui s'était frayé une voie à travers le diaphragme , et
dont le pus était expulsé par les bronches [Emulsioii; décoction
blanche; nn julcp calmant; cataplasme laudanisé ; bouillon,
soupe).
Le 4 juin, il y a eu peu d'amendement dans les divers symp-
tômes ; le malade a un peu reposé durant la nuit. L'expectora-
lion continue, mais elle est moins abondante et plus vis-
queuse. La peau est un peu froide ; le pouls est petit, fréquent;
U s'élève à I lo pulsations par minute. Diarrhée ; sécheresse et
RlCNALES-PULMONArRl^S. 3 1 7
félidilé de la bouche; respiralion laborieuse. Le ventre est
moins douloureux; le gargouillement et le souffle caverneux
se font entendre dans la moitié inférieure du poumon gauche.
*I1 n'y a qu'une couche légère de matière purulente dans les
urines [Dècoctionhlanche, 5oo grammes; èmiilsion ; julep , bis;
cataplasmes laudanisès; le huitième de la portion d'alimens).
Le 5, le ventre est souple, la respiration et les mouvemens
du tronc sont peu faciles j la douleur dans le flanc gauche a
beaucoup diminué depuis l'évacuation du pus qui s'est mani-
festée le 2 juin.
Le 6, les crachats contiennent toujours du pus, mais ils ont
changé d'aspect: ils sont devenus jaunes, épais et visqueux,
au lieu d'être grisâtres et liquides , comme dans les premiers
jours.
Le 7 juin, le malade a bien reposé durant la nuit; la toux
est moins fréquente, la peau plus naturelle et le pouls plus dé-
veloppé; il y a toujours un dépôt purulent dans les urines et de
la diarrhée. Les signes stétlioscopiques sont les mêmes, et les
bruits morbides limités au poumon gauche.
Jusqu'au 1 5 juin, l'état de Fleury reste à-peu-près station-
naire ; il se plaint surtout de la sécheresse et de la fétidité de
la bouche, et d'une soif vive. Les crachats et la toux dimi-
nuent; l'expectoration est jaunâtre, mêlée de pus, adhérente
aux parois du vase et très fétide ; les urines sont moins abon-
[« dantes; elles contiennent une plus grande proportion du pus.
Le 16, le malade s'affaiblit beaucoup; il est constamment dans
I; le décubitus dorsal; la fièvre est continue, la diarrhée plus
abondante ; il rend involontairement les fèces ; il ne peut exé-
It cuter aucun mouvement; les dents et la langue se couvrent d'un
enduit brunâtre; le pharynx est douloureux, la déglutition
difficile et la voix presque éteinte {Décoction blanche, 500 gram-
mes ;julep double ; cataplasme laudanisé sur le ventre; diète).
Le 16 juin, la douleur dans le flanc gauche est presque nulle.
Il mais l'oppression est extrême; le malade ne peut se faire en-
I1 tendre; il est épuisé par une diarrhée abondante, la perle
|« complète du sommeil et une fièvre continue.
Le 17, il y a recrudescence dans l'expectoration puj-ulen te ;
3l8 FISTULES
le pus est rendu, comme la première fois, en grande quantité •
il est aussi grisâtre , séreux et très fétide ; les quintes de toux se
succèdent rapidement, et chaque fois elles sont suivies dé
l'expulsion d'un flot de pus liquide.
Il est à présumer que, la poche d'où jaillissait le pus s'étanl
vidée une première fois , l'orifice qui la faisait communiquer
avec une bronche, s'était oblitéré, et que la collection s'était
reproduite , puisqu'elle s'était ouverte une seconde fols dans
les tuyaux bronchiques. Il est naturel d'expliquer ainsi la suc-
cession de ces phénomènes , si l'on observe que nous avons vu
deux fois le dépôt purulent foriné dans les urines, diminuer
lorsque l'expectoration était très abondante , et augmenter
lorsque la proportion du pus évacué par les bronches, était
moins grande.
Le j8, le malade est dans un état de faiblesse et d'épuisement
extrême, il ne peut plus parler ni faire aucun mouvement; les
lèvres et les dents sont fuligineuses; le pouls est à peine sen-
sible et la peau froide. Il meurt à quatre heures du soir.
Autopsie du cadavre. — Abdomen. Il existe des adhérences
anciennes et formées, à l'aide d'un tissu cellulaire dense et
presque fibreux, qui unissent la face inférieure du diaphragme,
la face postérieure de l'estomac, la rate et la partie supérieure
du rein ; celui-ci adhère encore aux attaches du diaphragme, en
~ arrière au carré lombaire et aux fibres supérieures du psoas ; de
telle sorte qu'on ne peut l'isoler sans produire des déchirures
musculaires. On n'aperçoit que la partie inférieure du rein
cachée au sein de ces adhérences. Elle donne, au toucher, la
sensation d'un calcul logé dans le bassinet très dilaté, et elle
offre l'apparence d'une poche à parois minces , et formée par
la membrane fibreuse et le bassinet dilaté, que remplissent
le calcul et un liquide purulent.
Après l'ouverture de l'abdomen et du thorax, le rein, la rate,
le diaphragme et l'estomac furent laissés en place, et, avant de
déchirer les adhérences, on fit l'expérience suivante : une inci-
sion fut pratiquée à l'uretère gauche ; une sonde étant intro-
duite dans cette ouverture , l'insufflation par l'uretère fit jaillir
du pùâ par la bronche dii même côté. Après avoir versé de
RÈNALKS-PULMON AIRES. 3ig
l'eau dans eelle bronche, si on insuffle l'uretère, on voit
bouillonner le liquide qui est ainsi chassé de la bronche.
Tous les organes adhérens , le rein , l'estomac , la rate , le
diaphragme, le carré lombaire, une partie du psoas, et même
deux cotes, étant enlevés d'une seule pièce pour rechercher le
point précis de communication entre la poche rénale et le pou-
mon, on fend la partie supérieure de l'uretère, qui était dilaté,
épaissi et noirâtre à l'intérieur. Le bassinet, également dilaté,
à parois denses et résistantes, est rempli par un calcul rugueux
et inégal à sa surface , qui envoie des prolongemens dans tous
les calices. Il faut débrider l'orifice de ces calices pour en extraire
le calcul , dont les branches , égales au nombre des calices , se
! terminent en forme de petites massues. Les mamelons et la
substance corticale sont presque entièi-ement atrophiés, de
telle sorte que l'enveloppe fibreuse , qui forme une coque assez
épàisse, est eu contact avec le pus et les [prolongemens des
calculs qui s'irradient jusqu'à la périphérie de l'organe. Les
débris de la substance rénale, qui subsistent au milieu de
celle désorganisation , et la membrane du bassinet qui les re-
c couvre, offre la teinte noire ardoisée des inflammations chro-
I niques. Au sommet du rein et à l'extrémité d'un calice aussi
i dilaté, on trouve une petite perforation à bords lisses et arron-
è dis, de six millimètres de diamètre; elle fait communiquer la
cavité du bassinet et des calices avec une petite excavation
sous-diaphragmatique , qui communique elle-même avec te
poumon par une perforation du diaphragme de six à huit
millimètres au plus : celle-ci existe à l'extrémité de la branche
j gauche de l'aponévrose centrale du muscle. Avant d'avoir in-
I cîsê ces parties, on pouvait, pour mettre à nu les orifices de
communication , faire passer une sonde d'enfant du bassinet
dans une bronche qui s'ouvre dans l'excavation pulmonaire ,
et réciproquement. Autour du conduit fistuleux , le tissu pul-
monaire du lobe inférieur présente de l'induration et de l'en-
gouement dans une assez grande étendue ; les lobes moyen et
supérieur son l aussi un peu infiltrés de sérosité ; mais ils cré-
pitent dans un grand nombie de points, et ils ne présentent
que quelques noyaux tuberculeux fort peu avancés et non ra-
3ao
FISTULES
mollis; les feuillets de la plèvre gauche sont injectés et rugueux
à leur surface ; la plèvre et le poumon du côté droit sont dans
un état parfait d'intégrité; il n'y a d'épanchenaent dans au-
cune des cavités de la poitrine.
Le péritoine est épaissi et blanchâtre dans les points qui
circonscrivent les adhérences ; celles-ci ont limité les collec-
tions de manière à prévenir tout épanchement pleurélique ou
abdominal. Le muscle psoas est creusé d'une cavité doublée
d'une fausse membrane et remplie de pus, qui communique
avec un foyer formé dans le tissu cellulaire extra-rénal, et in-
dépendant des collections qui existent dans le rein lui-même et
dans le poumon. L'uretère est dilaté et adhère au psoas ; il a le
volume du doigt indicateur jusqu'à son embouchure dans la
vessie.
Le rein droit présente une dépression profonde à la partie
moyenne de son bord convexe ; il existe une tache d'un blanc
jaunâtre et des traces de cicatrices au fond de cette dépression;
le tissu est induré dans le pourtour de ces lésions , et l'on re-
connaît les vestiges d'une ancienne inflammation; il n'existe
aucune trace d'une affection plus récente dans la substance
rénale. , ' • .
On peut inférer, des lésions observçes .sur ces deux organes,
que toute l'urine excrétée par le jnalade vehait du rein droit ,
tandis que le pus était fourni en totalitg par^e rein'gauche.
Elles nous ont prouvé que le rein gauche ne contriboait en
aucune manière à la sécrétion urins^ire ; elles nous expliquant
encore pourquoi nous avons cherché vainement aîi micros-
cope, et à l'aide des réactifs, à constater la présence de.cristaec
d'acide urique, ou de quelques autres élémens de l'urine dans
les matières expectorées.
Le bassinet et l'uretère sont un peu dilatés à droite comme '
à gauche ; la membrane interne de ces conduits est légèrement
injectée.
La vessie offre, pour toute altération, une injection d'un
brun noirâtre ; on a peine à reconnaître les traces de l'opéra-
lion de la taille qui a été pratiquée sur cet organe il y a dix-
huit ans. La prostate et le canal de l'urètlu-e sont sains.
I
RÉNALTIS-PTTLMONAIRFS. 32 1
Le cœur et le cerveau ne présentent rieu à noter. Le tube
digestif est sain ; toutefois on remarque une injection assez vive
à ses deux extrémités, au pharynx et au commencement de
l'œsophage , et au gros intestin: il y avait eu, durant la vie,
des symptômes inflammatoires limités à ces portions du tube
digestif.
§ 762. Déjà de Haen avait rapporté un fait non moins cu-
rieux.
Obs. Vllf- Depuis l'âge de la ans , tnmeur au côté gauche sous les
fausses eûtes ; accès féliriles à diverses reprises ; dépût purulent dans l'u-
rine; disparition et réapparition alternntives de ce dépôt, et d'une fièvre
hectique pendant l'espace de six ans. — Mort après une dyspnée extrême
et une expectoration ichorenso et fétide. — Destruction presque complète
du lobe inférieur et d'une partie du lobe supérieur du poumon
gauche; grande caverne, contenant du pus à la base de ce poumon;
perforation du diaphragme et communication de cette caverne avec le
' bassinet distendu (De Haen. Rafio medendi, in-12. Parisiis, 1778, vol. 3,
p, io3, cap. I, de calcule).
a Juvenis variolas mobillosque, ut refert, numquam passus,
anno œtatis la, fe^bi-è primum tertiana, postmodum quartana
laboravitj.fèbreauteriftibei;., tumorem se habere animadvertit
in laterelœvo dofsi(.,.m^Xjinfra spurias costas, eumqueperpe-
tuum. 'Çer .idem,téip]^B gerpetuo vexatus fuit ulcusculis oris
inte^f,<'gtlttu»'isque« Hsee"tamen non impediverunt quin anni
i^^'^caVnea subirel, et, 4 aprilis laurea ApoUinea condecora-
Àunq ^768, adventante vere, quotidiana eum febris cum ob-
î Itfso lumbi sinistri dolore prehendit : excepit hanc continua 7
dierum, cum violento lumborum dolore, melhodo antiphlogis-
ticse cedens.
Porro, sub hujus febris fînem tenax, fœtida, acpellucensfere,
èt fundo matulse afllxa matcries adparuit, si multas horas
urina in matula quievisset. In nocturna autem urina duntaxat,
nunquam in diurna, dudum licet reposita, observabatur haec
materies. Apyrexiam duodecim dierum continua excepit quin-
que dierum febris;hancque heclica, cum cnormibus noctp svdo-
III. 21
322 FISTITMiS
ribus. Gum res ipsi angusta domi esset, in nosocomium eum re-
cepi 10 aprilis 1768. Post 11 dies pus cum urina prodire cœpit
continuavitque; a quo tempère hectica febris imminuta, et tan-
dem 20 maii sic ablata est, ut pauco cum dolore, tum pondère
lumborum, nosocomio valedixerit. Nitrosa paregorica emulsa,
enemata oleosa , lenia nonnunquara eccoprolica, et totius al-
ihœœ cum addito syrupo violarum decocta, unice ferre poluit,
unice profuere.
Eadem aestale ad physicatum iu Carinthiam profectus, tan-
tam opem a nioUi corporis, atque a necessariis ad dissita loca
ilineribus se tulisse testabatur, ut omnis doloris ssepe expers
fuerit. Interea duxituxorem, fortunamqueVienn£B,quam in Ca-
rinlhia, majorem sperans, hue appulit, altum 102 graduum do
micilium incoluit, quos gradus sccpius, diuturnioreque tempore
singulis diebus conscendeus, demum domi manere, et anno
1772, mense martio febre continua laborare cepit. Plusquara
fraternam opem et amorem illitunc contulit egregius medicus
el magnificusarchiaterSlunlzer, quocum saepius deinde aegrum
vidi. Defaerat ab aliquo tempore purulenta urina, Eo tempore
magna pectoi^s observata inflammalio, anxietasquc est. Quae
sensim imminula, quando aprili mense in siugula eaque abun-
dantissima urina pus confertim prodiit, primo leviter, paula-
tim vcro tam horrende fœtens, ut abjicienda urina prolinus
fuerit.
Tandem elpustussf prodiit, idque tenue, saniosum, aliquando
ichorosum, fuscum, ssepe lividum , fœtore intolerabili, cum
anxietate inexplicabili , febre hectica , marcore, insoraniis, im-
potentia motus uUius, nec respirandi facultale concassa, uisi
in lecto super transversum asserem, pulvinari tectum, corpus
pronaret. Ineunte maio mense obiit. Sequenti die anatomen fe-
cinjus Lobus pulmonis sinistri inferior consumplus fere,
una cura lobi superioris interiore portione , sic ut tolum hoc
cavum repletum esset pure, inler lobi reliquias paucas locale...
Rcn sinister monstrosae molis, excavatus penilus, ut vix quid
rjus parenchymatis superesset.
Notandum hic est magnum diaphragmatis foramen , quod a
renispure, rcnem mole sua diaphragmât! hoc in loco conli-
RÉNALES-PULMONAIRES. 323
guum, cum eodem primum conneclente, deinde, consumpto
rené, et diaphragma sensim cxedenle.pulmonem tandem consu-
mente, factum est. Ita ut ren cura pulmone unicum saccum sine
ullo interraedio sepiraento formaret.
Ureter pure copioso , in vesicara saepe non influente, in for-
mam intestinalem conversas.
Ureteris ejusdera capacitas naturalis vesicam ingressuri.
Obs. IX. Chute de cheval sur le côté gauche, suivie de douleur fixe
aiguë, dans ce même cAté; plus lard, toux et expectoration. Douze ans
après, douleurs atroces an côté gauche, expectoration du pus sanguinolent
et grumeleux; fièvre hectique ; mort. — Rein gauche transformé, en poche
purulente , contenant des hydatides; abcès sous-diaphragmatique, com-
muniquant, par une perforation du diaphragme, avec une cavité située à
la base du poumon gauche. — (Othmar Hcer. De renum morbis, in-4, Halie,
i^go, p. 27) (Cas communiqué par P.-F. Meckel).
^
Vir quidam ab equo in terram duram , in latus sinistrum
delapsus, dolore 6x0, acuto, aliquot postea dies sensu
ponderis lateris affiecti, et posl aliquot tempus tussi, cum
expectoratione corripiebatur , nec tamen viribus mullum
exhauslus , sat facile negotia sua tum equo , tum pedibus per
duodecim annos curabat: postea vero febri hectica, alro-
cissiraisque doloribus lateris sinistri correptus , aucta expec-
oratione , pus sanguinolentum , gruraosum , pulmones reso-
utos referens expuens , tabe confectus , tandem moritur.
Sectioue instituta, inveniebalur ren sinister magnitudiue
lapitis infanlis, arclissime cum diaphragmate, et pulmones
'um pleura cohaerentes , ita ut omnia viscera abdominalia ,
xceptis inlestinis, simul cum diaphragmate , pulmone , et
orde exscindenda fuerint; loco renis sinistri inveniebalur
accus mirœ maguitudinis , membrana crassa confectus , ma-
lam copiam puris albidi , crassi continens , pelvis , ureterque
ncrassatus, auguslatiis ; exactiori examine inveniebatur in
raperficie posteriori , et regione inferiori pulmonis sinistri
uptura , per cujus aperturam digitus immissus , ad margincm
nteriorem alœ inferioris pulmonis sinistri , in cavitatem
nagnam ibidem hœrentem, liberrime protrudebalur; exhujus
ai.
3î>4 FISTTTLr.S
cavitalis fiinilo , per aperturam circularem in aliam secundam
cavilalera ducebatur, qua; in diaphragmate , inter ejus sub-
stantiam, super apiceinsuperioremrenistamenormiter dégéné-
ra ti inveniebatur, supraque capsulam suprarenalem sinistram
et in toto ambitu partis sinistrœ diaphragmatis extendebalur •
renipse in saccum enormem , uti jam diximus, degeneratus ,
superiori majori, et inferiori minori cavo gaudebat, quse
tamen nec inter se, neccuin illa in diaphragmate communica-
bant; in omnibus his quatuor descriptis cavitatibus, pus co-
piosissimum , crassum , albidum hydatidibus intermixtum ,
plane illisimile contentum erat, quod sputo rejiciebatui-.
A l'occasion de cette observation , Olhmar Heer fait la re-
marque suivante : Inaudita fere hœc destructio , cerlissime
effectus inflammationis harum partium post lapsum ex equo
ortœ erat, facileque ex hac explicatur : nec tamen mente fere
concipi potest, quomodo per duodecim annos œger vitam sat
bonam trahere poluit,
Obs. X. — Douleur dans la région lombaire droite; toux et douleur au
oâtc droit de la poitrine; gargouillement à la base du poumon droit;
expectoration purulente ; mort Rein droit , transformé en poclie pu-
rulente, adhérent au diaphragme et aux parties voisines; adhérence
du poumon droit au diaphragme; perforation de ce muscle (Sposer.
Abcès du rein qui s'est frayé un chemin par le foie et le poumon. Gazette
méd. de Paris, 1840, pag. Sog).
Pierre Bary, âgé de 19 ans, tailleur, fut pris, sans cause
connue, d'une douleur dans la région lombaire droite accom-
pagnée de frissons, suivis de chaleur.
Le i3 février (quinzième jour de la maladie), il entra à l'hô-
pital dans l'état suivant : toux sèche, anorexie, chaleur, soif;
langue couverte d'un enduit jaune, sèche à la pointe; peau
pâle, chaude et sèche; pouls, 90, un peu tendu; selles nor-
males ; urine brûlante , brune. Le malade en se couchant sur ■
le dos éprouve le sentiment d'une tension et d'une pression i
désagréable; en se mettant sur le côté droit, il se plaint d'unei
douleur obtuse dans l'hypocondre droit, et la toux devienti
plus fréquente. Le médecin, croyant avoir affaire à un etat|
i
RÉNA.LES-PULMONAIRES. 325
rhumatismal, suivi d'une fièvre catarrhale gastrique, prescri-
vit une potion nitrée avec du tartre slibié.
Le i5 et le i6 , toux plus fréquente ; pouls, loo.
Le 17, douleur très vive, en inspirant, vers l'angle inférieur
de l'omoplate droite (.huit ventouses, loc. dol.; nitre dans une
décoction de guimauve; 5 centigrammes de calomel trois fois
par joiir; cataplasme narcotique et èmollient).
Le 18, fièvre continue, douleur plus forte dans l'hypochon-
li dre et la région lombaire droite. L'application d'un vésica-
toire fut suivie d'une légère amélioration; la douleur était
\ moins vive , l'expectoration plus facile, et la toux moins fré-
quente ; la fièvre continua ; la peau était brûlante, sèche ; l'urine
rare. Le malade, en toussant un peu fortement ou en inspirant
profondément, fit entendre un gargouillement qui s'étendait
depuis l'angle supérieur de l'omoplate droite jusqu'à l'hypo-
chondre du même côté. Une hydropisie générale qui se déclara,
fit des progrès très rapides.
Le 37 , Bary expectora, dans de courts intervalles , après
quelques quintes de toux violente, à-peu-près un kilogramme
I et demi dé véritable pus épais, d'un gris verdâtre. Imraédiate-
j ment après, il eut une transpiration générale très copieuse.
Le 28 et le 29 , toux plus rare , expectoration purulente fa-
< cile, fièvre lente, sueurs colliquatives, diminution notable de
l'œdème de la figure et des pieds; pouls plus tendu, dur, io5;
\ langue rouge. Toute autre position que sur le côté gauche pro-
[1 voquait la toux et la douleur au côté. Après l'emploi de la
« crème de tartre soluble (aïo grammes), d'oximel scillitique (i5
I grammes), dans une décoction de guimauve (210 grammes),
} l'œdème des extrémités disparut complètement, le bas-ventre
k s'alTaissa et devint plus mou; pourtant l'urine n'était pas plus
< copieuse.
Du 1" au 3 mars, toux toujours plus rare, sans expectora-
If tion; respiration plus brève, difficile; gargouillement très pro-
I noncé dans l'endroit indiqué ci-dessus ; pouls plus petit et plus
fréquent; constipation; urine tout-à-fait nulle; face livide,
extrémités des doigts bleues.
Mort dans la nuit du 4.
326 HÉMOBRIIA.GIES RÉNALES.
Aiitopste , faite trente heures après la mort :
Plèvres, cœur, péricardcj poumon gauche, lobe supérieur du
poumon droit à l'état normal; lobe inférieur du poumon droit
adhérent à la plèvre costale, aux muscles intercostaux vers le
dos, et au diaphragme. En voulant détacher ce dernier, on fit
uqe déchirure qui laissa échapper un peu de pus ; 60 à 90
grammes de sérosité se trouvaient dans la poitrine. En ouvrant
le bas-venti-e pour soulever la partie du diaphragme adhérente
au poumon, on vit que le lobe droit du foie adhérait aussi in-
timement à la face inférieure du muscle , et plus bas au colon
transverse , et se continuait à l'aide d'exsudations plastiques
le long du colon ascendant jusqu'au rein , avec lequel il ne
formait qu'un tout non interrompu. Le rein droit, pour ainsi
dire enveloppé dans une masse gélatineuse , adhérait à la co-
lonne vertébrale et aux côtes, au moyeu d'une substance char-
nue, et représentait en quelque sorte une vessie membraneuse
du volume d'un fortpoing; ce sac était rempli d'un pus bien
lié , jaune, et ce n'est que vers la partie du côté des vertèbres
qu'on reconnaissait encore quelques vestiges de la substance
corticale. Le rein gauche , le lobe gauche du foie, la vésicule
peu remplie de bile, le pancréas, la rate, les intestins, à l'ex-
ception du colon transverse et ascendant, étaient à l'état nor-
mal. 240 à 3oo gi-ammes de sérosité se trouvaient dans le bas-
ventre.
Il est évident, dit l'auteur, que cette maladie a commencé
par une inflammation du rein droit, qui a été méconnue; de
là une suppuration qui s'est propagée le long du colou as-
cendant jusqu'au l'oie, et s'est frayé un passage à ti avers le dia-
phragme jusqu'au lobe inférieur du poumon droit. Le pus a
donc remonté , contre toutes les lois de la physique, jusque
dans les bronches , d'oti il a été rendu par l'expectoration.
Hémorrhagies rénales.
§ 763. Quoique les pathologisles aient souvent confondu !
dans une description générale, sous le nom à.' hématurie,
tous les cas d'urine sanguinolente ou toutes les émissions de
I
HÉMORRHAGiES hénales {cavact. analom.).
sang par les voies urinaires, j'ai cru devoir agir autrement et
séparer nettement les hémorrhagics rénales des hémorrliagies
provenant des uretères et de la vessie.
Les conditions dans lesquelles une quantité de sang, plus ou
moins considérable, se mélange avec l'urine au moment oii
elle se forme dans les reins, ou après qu'elle est versée dans les
bassinets , sont si nombreuses, si variées et si différentes dans
leur origine et leur terminaison , que non-seulement j'ai cru
nécessaire de faire toiis mes efforts pour distinguer les hémor-
rhagics rénales des affections des uretères et de la vessie qui
peuvent être accompagnées d'hématurie , mais encore d'établir
plusieurs divisions dans les hématuries rénales dont j'ai formé
trois groupes distincts :
1° Hémorrhagies rénales symptomatiques des lésions des reins;
2° Hémorrhagies rénales symptomatiques d'affections géné-
rales;
3° Hémorrhagies rénales essentielles.
Les hémorrhagies comprises dans chacune de ces séries , sont
tellement distinctes les unes des autres, que, si j'eusse essayé de
faire , darrs une même description, un exposé de leurs causes
de leur marche, de leurs symptômes, de leur terminaison , dé
\ leur traitement, je serais inévitablement arrivé à un aperçu
vague et de peu de valeur pratique. '
Je décrirai d'abord les lésions que le sang infiltré ou épan-
che dans le rem , dans les calices et le bassinet, détermine dans
ces organes; j exposerai ensuite les caractères à l'aide desquels
on constate la présence du sang ou de ses élémens organiques
dans lunne; enfin, j'.ndiquerai les accidens que le sang
qu.de ou coagulé peut déterminer dans les uretères et la ves'
nais ^ hémorrhagies ré-
nales quelle qu'en soit l'origine; viendra ensuite la descrio
l'ext i:ur dX" "T^'"^-^"-- ^« peut s'épancher à
■ 3ub ances ou V^'t " ' ^^"^
peut saccuZl r ''''''''''' -1--; il
avec : r " ^ -i*^^^
i
328 HÉMORRIIAGIES RÉNALES {cUVacl, UnalOIH.).
i" Les cas dans lesquels le sang s'épanche à l'extérieur des
reins sont assez rares; le plus souvent ces hémorrhagies sont
produites par une violence extérieure, par une chute, par
une contusion ou par un instrument piquant.
Dans quelques cas de périnéphrite, on a trouvé le pus qui
avoisinait le rein , rouge ou rougeâtre , et mélangé d'une grande
quantité de sang.
Dans ces hémorrhagies exlra-rènales , la quantité de sang
épanché est quelquefois très considérable et fait tumeur dans
la région des reins, dans les lombes et dans le flanc; souvent
cependant on a méconnu pendant la vie ces épanchemens san-
guins lorsqu'ils étaient peu considérables, et, dans d'autres
cas, lorsqu'on n'a pas eu recours à la percussion. Le sang, or-
dinairement épanché derrière le péritoine, peut être en quan-
tité assez considérable pour déplacer la portion correspondante
du gros intestin ; d'auties fois il s'infiltre dans le tissu cellulaire
environnant et dans les plis du péritoine, d'autres fois enfin,
il s'épanche en même temps dans la cavité périlonéale. C'est
presque toujours par suite d'une plaie ou d'une déchirure du
rein et surtout des gros vaisseaux rénaux, que s'opèrent de telles
hémorrhagies.
a° Parfois le sang s'extravase entre la surface du rein et sa
capsule fibreuse. Cet état a lieu ordinairement dans les mala-
dies de la substance même des reins, et surtout dans le cas de
forte congestion sanguine de ces organes ; en général, la quan-
tité de sang épanché est peu considérable (Atlas. Pl. xxxiu,
fig. I).
5° Le sang, en s'infiltrant ou en s'épanchant dans la substance
même des reins , peut donner lieu à plusieurs apparences , à
des pétéchies, à des ecchymoses, et à des dépôts de sang plus
ou moins considérables.
On observe des pétéchies dans les membranes extérieures des
reins, à la surface, dans les substances corticale et tubuleuse,
et dans l'épaisseur de la membrane muqueuse du bassinet et
des calices (Atlas. Pl. xxxiii, fig. 4). Ces pétéchies se for-
ment surtout dans certaines fièvres éruptives malignes , dans la
variole et la scarlatine hémorrhagiques , dans certaines fièvres
HÉMORRHAGiES héniles {ccimct. a/icitom.). 329
typhoïaes, dans le purpura, dans le scorbut, etc. Il ne faut
pas confondre avec ces pétcchics un piqueté rouge qu'on ob-
- serve quelquefois à la surface des reins dans la première pé-
riode de la néphrite simple et surtout de la néphrite albumi-
neuse; enfin il est impossible de les confondre avec les glan-
a dules deMalpighi,qui dans certaines affections rénales donnent
h à la coupe de la substance corticale un aspect piqueté, particu-
lier, ni enfin avec le gros piqueté rouge inflammatoire, qu'on
rencontre si souvent à la surface interne du bassinet dans la
pyélite aiguë
On voit, jnais rarement, une sorle de néphrite pétéchiale
(Atlas. Pl. XXXiv, fig. 7 et 8) , dans laquelle de petits dépôts
r. de pus sont , au lieu d'être cernés par le tissu du rein injecté ,
c comme cela a lieu habituellement , entourés de véritables épan-
.; chemens sanguins disposés en auréole.
Des ecchymoses peuvent être renconli-ées dans la substance
corticale , dans la substance tubuleuse et dans le bassinet.
Les traces de leur existence antérieure sont souvent indi-
j quées par des taches ardoisées plus ou moins profondes. Ces
4 taches sont plus communes dans la substance corticale que
i dans la substance tubuleuse, oti les ecchymoses se forment
aussi plus rarement.
On observe aussi des infiltrations sanguines dans le tissu
cellulaire de la fissure du rein et du bassinet (Atlas. Pl. xXxiii,
fig. 5 et 8 ; Pl. xxxiv, fig. 3).
L'hémorrhagie des reins se monlre quelquefois sous une
forme très remarquable : c'est une sorte apoplexie rénale. A
la surface extérieure du rein affecté, on aperçoit des éminences
noueuses, irrégulières et bosselées; les unes d'un noir foncé,
les autres d'une couleur chamois, plus ou moins pure ou bi-
garrée de parties noires : toutes ou presque toutes ces éminen-
ces sont entourées par des lignes d'un brun foncé. A la loupe,
la substance du rein paraît envahie et gonflée par du sang
noir; son tissu est grenu : nulle part on n'aperçoit de caillots
sanguins ni de lacunes résultant de l'absorption du liquide.
Le sang est infiltré et combiné intimement avec la substance
léuale (Atlas. Pl. xxxiv, fig. i et a).
33o HÉMORRHAGiEs RÉNA.LES {caracl, aïiatom,).
Le sang ainsi infiltré dans le rein prend plus tard un aspect
jaunâtre, analogue à celui des dépôts fibrineux qu'on rencon-
tre dans la rate. Cette altération jaunâtre, qui siège principa-
lement dans la substance corticale , est alors entourée par une
ligne rouge irrégulière. Dans quelques endroits on trouve de
petits îlots jaunâtres isolés des masses principales. Ou ne peut
exprimer le pus de ces masses ; l'humeur qu'on obtient par la
pression, offre le plus souvent, au microscope, une foulejde
petits globules sanguins , mais point de globules purulens.
4° Du sang peut s'épancher dans la cavité des calices et du
bassinet, et être ou non rejeté au-dehors avec l'urine. Cette
hémorrhagie arrive par suite de violences extérieures, des con-
tusions, de l'équitation , ou par suite des maladies des reins ou
du bassinet, dans le cancer, dans la pyélite bémorrhagique ,
ou dans les pyélites calculeuses , par exemple. D'autres fois,
celte hémorrhagie survient sans qu'il existe aucun corps étran-
ger dans l'intérieur des conduits de l'urine, et sans que la sub-
stance du rein en paraisse altérée. Chez un colon atteint de
l'hématurie endémique de l'Ile-de-France, et mort d'une phlé-
bite, j'ai trouvé les reins, à l'autopsie, parfaitement saius; en
pressant les mamelons de la substance tubuleuse , on pou-
vait en exprimer un liquide sanguinolent semblable à celui
qu'il avait rendu pendant la vie.
Lorsque le sang s'amasse dans les bassinets ou les calicei,
presque toujours un obstacle mécanique ou un corps étranger
(calculs, acéphalocystes, etc.) s'est opposé à l'écoulement du
sang par l'uretère ; mais il y a des cas rares oii le rein a été
trouvé ainsi distendu sans que ces conduits eussent été ob-
strués autrement que par des caillots de sang. La distension
produite par cette accumulation de sang dans le bassinet peut
devenir considérable si elle s'opère lentement et graduelle-
ment. Parfois le sang est mêlé à une quantité considérable de
sérosité; d'autres fois il est pur et le plus souvent coagulé ;
d'autres fois il est considérablement altéré , et semblable, pour
la couleur, à du marc de café j parfois il est mélangé de ma-
tières puriformes , de détritus de dégénérescences diverses,
d'acéphalocysles, de calculs, etc. Dans ces cas, la sidjslance
HÉMORRHAGIES RÉNALES {sympLÔmes). 33 1
rénale peut être réduite à une poche inembraneuse , ou être
notablement altérée et enflammée. Le bassinet et une partie ou
la totalité de l'uretère peuvent être également déformés et plus
ou moins altérés.
§ 765. SijmptôTnes.— V\XT\n& peut être plus ou moins char-
gée de sang dans plusieurs maladies des reins, des uretères,
de la vessie, de la prostate et de l'urèlhre {hématuries symyto-
maiiques). Pendant le cours de quelques maladies générales,
une certaine quantité de sang peut exister, mélangée avec l'u-
rine. Enfin , il est un certain nombre d'hématuries qui ne peu-
vent être rattachées à une lésion de l'appareil urinaire ni à une
li maladie déterminée , et que l'on désigne sous le nom d'héma-
turies essentielles^
J'ai déjà exposé avec détail les caractères physiques et chi-
miques à l'aide desquels on peut constater la présence du sang
»ou de ses élémens organiques (albumine, fibrine, globules san-
guins) dans l'urine ($ 203)5 j'ai indiqué comment, à la simple
«inspection microscopique, on pouvait distinguer les urines
«d'apparence sanguinolente , des urines qui contiennent réelle-
•ment du sang ou des globules sanguins.
L'urine sanguinolente se coagule parla chaleur et précipite
par l'acide nitrique , et elle offre au microscope des globules
sanguins, c'est-à-dire des globules d'un 120' de millimètre
nviron, lenticulaires, jaunâtres, paraissant avoir un noyau
|| central, se dissolvant immédiatement dans l'acide acétique,
nsolubles dans l'eau et dans l'acide nitrique. Au bout d'un
nrtain temps, ces globules deviennent irréguliers dans l'urine,
;l quelquefois s'y décolorent.
L'urine peut être plus ou moins chargée de sang. On a vu des
;as dans lesquels les malades semblaient uriner du sang pres-
que pur, des caillots fîbrineux considérables se formant dans
n fond du vase qui avait servi à recevoir le liqxiide. Toutefois
le véritables pissemens de sang pur ou presque pur ne sont
)rdinairement observés chez l'homme que dans le cas de
)laie ou de déchirure de l'urèthre. Lorsque le sang provient
les reins, les malades rendent plus ordinairement des caillots
le sang cl de l'urine sanguinolente qu'un liquide ayant les ca-:
3^2 HÉMORllHAGIES RlîNALLS {syinplôinas).
ractères physiques du sang. Dans les hématuries rénales abon-
dantes, le sang se coagule le plus souvent dans son trajet, soit
dans ]a cavité des uretères, soit dans la vessie. Cette coagula-
tion s'opère de manière qu'un grand nombre de globules san-
guins restent enchevêtrés dans les caillots fibrincux, qui, lors-
qu'ils sont expulsés au-dehors, sont plus souvent noirâtres que
décolorés.
Il peut arriver, au contraire , que l'urine contienne si peu de fi-
brine et un si petit nombre de globules sanguins, qu'elle offre à
peine une teinte rose-pâle au moment de l'émission, et qu'on n'a-
perçoive pas, dans le sédiment, de petits caillots fibrineux. A la
vérité, de telles urines ne sont jamais parfaitement transparentes
comme l'urine saine, mais quelquefois elles offrent une teinte ro-
sée si douteuse, qu'on ne pourrait affirmer qu'elles contiennent
une certaine quantité de sang, ou au moins de ses principaux
élémens, si l'inspection microscopique ne démontrait dans ces
urines un certain nombre de globules sanguins. Si on remplit
un tube long de 5 à 6 pouces et de lo lignes de diamètre avec
ces urines, le petit nombre de globules sanguins qu'elles con-
tiennent, se précipitent au fond du tube, oii ils forment un
dépôt rougeàtre qui sui'raonte les autres élémeùs du sédiment ,
et notamment le pus, lorsqu'il en èxiste. Dans ces urines,
toujours plus ou moins chargées d'albumine, quelquefois il n'y
a pas de traces de fibrine coagulée ; d'autres fois on y aperçoit ,
à l'œil nu, et mieux à l'inspection microscopique, desiilamens
d'apparence fibrineuse. Ces urines, qui sont si peu chargées de
sang que leur couleur n'en indique pas la présence, sont ordinai-
rement rendues, soit à la fin des hématuries, soit dans le cours
de la néphrite albumineuse , soit dans la dernière période des
diverses espèces d'hématuries , lorsqu'elles se terminent d'une
manière favorable. Entre ces deux états extrêmes (urine ex-
trêmement chargée de sâng et urine qui en contient à peine) ,
il y a une foule d'états intermédiaires qui peuvent se présen-
ter non-seulement dans l'espace de plusiêurs jours pendant
le cours d'une hématurie , mais encore dans les diverses
émissions d'urine d'une même journée. A cette occasion, j
crois devoir faire remarquer qu'on ne peut juger rigoureuse-
HKMORpHAGIES RT^NALES {sjmp(omes). 333
ment de l'abondance du sang rendu journellement dans une
liéinorrhagie rénale, sur la simple inspection d'une ou deux
émissions d'urine. J'ai vu des cas dans lesquels l'urine , alors
qu'un énorme caillot était contenu dans la vessie , paraissait
peu chargée de sang. Il peut même arriver, dans une hémor-
rhagie rénale , que l'urine reprenne brusquement une couleur
naturelle, si l'uretère du rein, d'où provient l'hémorrhagie,
^ vient à être obstrué par un caillot fibrineux, par un calcul ou
par tout autre corps étranger^ le rein du côté opposé fournis-
sant seul l'urine qu'on examine.
Quelle que soit la cause qui ait donné lieu ù une hémorrha-
iigie rénale, il n'est pas toujours possible de se rendre compte
des différences qu'on observe dans la quantité de sang rendu
dans un même jour ou dans plusieurs jours successifs. Toute-
fois , en examinant comparativement , pendant un certain
temps, toutes les émissions d'urine qui avaient eu lieu dans
les vingt-quatre heures chez des individus atteints de pyélite
i calculeuse ou du cancer du rein , j'ai remarqué plusieurs fois
que l'urine rendue trois heures après le repas était ordinaire-
ilient plus chargée de sang.
m est.^ussi très difficile de prévoir la durée d'une hémor-
brhagie rénale. Si l'hématurie s'arrête quelquefois au bout de
deux ou trois jours, dans la pyélile calculeuse, et quelque-
fois au bout de quélques heures dans la colique néphrétique ,
je l'ai vue, dans d'autres circonstances, persister pendant des
mois entiers. Dans le cancer du rein, l'hémorrhagie rénale
fpeùt être habituelle ou se montrer presque insensiblement et
à de longs intervalles. Dans le cancer hématode, elle est plus
habituelle que dans toute autre espèce de cancer. Les hé-
morrhagies rénales critiques n'ont quelquefois que plusieurs
heures ou quelques jours de durée. Les hémorrhagies ré-
nales périodiques supplémentaires peuvent avoir une marche
plus ou moins longue, suivant qu'elles sont combattues par
l'art ou abandonnées à la nature. Il en est qui se répètent
J tous les mois à période fixe, comme la menstruation chez les
s femmes.
Dans les liémorrhagies rénales symplomatiq'U»s, c'est moins
334 hiSmorrhagies rénamîs {symptômes).
l'hémorrhagie, que la maladie clonl elle est la suite ou la con-
séquence, qui doit fixer rattentioii des patliologistes. Cepen-
dant j'ai vu des cas de cancer du rein, avec hématurie, dans
lesquels les hémorrhagies avaient été si abondantes et si répé-
tées , que la mort n'avait pas tardé à être la conséquence de l'a.
némie et de la prostration de forces qu'elles avaient entraînées.
Je rapporterai un cas d'héraorrhagie rénale essentielle (Obs. n),
qui s'est terminé par la mort , évidemment par le seul fait de
la déperdition trop abondante du sang.
L'anémie et l'affaiblissement progressif ne sont pas les seuls
accideus qui peuvent résulter des hémorrhagies rénales. Si l'hé-
morrhagie a débuté , avec violence, ou si plus tard elle est de-
venue tout-à-coup très abondante, le sang coagulé peut obstruer
les conduits exci'éteurs de l'urine et se faire difficilement j our
au dehors. J'ai rapporté ailleurs le cas fort curieux d'un
homme chez lequel , à la suite de l'obstruction du goulot de
l'uretère par du sang coagulé , le bassinet et les calices se
dilatèrent progressivement au point de former une considé-
rable dans le flanc (voyez : lora. i , pag. a8o , OjiS. vi).
Ou peut lire dans les auteurs un assez grand nombre de
cas d'hématurie dans lesquels des caillots fîbrineux (en ob-
struant momentanément l'urelère) ont donné lieu à des dou-
leurs analogues aux coliques néphrétiques, à une vive anxiété,
parfois avec refroidissement des mains, et plus tard, si l'ob-
struction se prolonge , à la distention de l'uretère , du bassinet
et des calices. On connaît plusieurs exemples dans lesquels
de semblables concrétions ayant la forme d'un ver lombrique
ou d'un strongle, ont été expulsées au dehors après avoir oc-
casioné de vives douleurs dans le trajet de l'uretère à la vessie
ou en traversant l'urèlhre (miàtus cruentus vermiformis, Win-
ler). On a vu, dit-on, l'urine creuser dans leur partie moyenne
ces concrétions, qui, devenues tubuleuses, ont permis le passage
de l'urine. Enfin le sang provenant des reins versé abond^'u-
ment dans la vessie y occasionne divers accidensj les malades
éprouvent souvent de fréquens besoins d'uriner; ils ne peu-
vent rendre l'urine que goutte à goutte et avec difficulté, et par-
fois même l'émission de l'urine est complètement impossible.
HÉMORRHAGIES RÉNALES {syViptÔmes). 335
En de tels cas, la vessie distendue forme quelquefois au-dessus
lu pubis une saillie appréciable à la percussion; d'autres fois ,
a vessie contient très peu d'urine et en est remplie en grande
partie par des caillots de sang dont il faut opérer ou favoriser
'expulsion en les divisant avec la sonde ou en pratiquant
îles injections.
i Après cet aperçu sur les hémorrhagies rénales , sur les ca-
■actères physiques et chimiques de l'urine plus ou moins char-
ée de sang, et sur les accidens que peut occasioner ce li-
uide lorsqu'il vient à se coaguler dans le bassinet, dans l'u-
etère, dans la vessie ou dans le canal de l'urèthre, je crois
\evoir faire quelques observations sur les circonstances qui
tutorisent à penser que, dans une hématurie, le sang provient
ses reins et non des uretères, de la vessie, de la prostate ou de
! urèlhre. Je décrirai ensuite les principales espèces d'hémorr ha-
ies rénales.
Dans les hémorrhagies rénales, les malades éprouvent or-
inairement, dans un côté des lombes, ou dans les deux
.jlés , une sentiment de pesanteur ou une douleur plus ou
oins vive, surtout à la pression ; mais ce symptôme peut
manquer, surtout dans les cas d'hémorrhagies rénales essen-
Ues, ou d'hémorrhagies rénales symptomatiques d'affections
. uérales.
D'autres circonstances peuvent faire soupçonner que l'hé-
Uurie provient des x'eins, savoir : une lésion matérielle évi-
tite de ces organes, ou une affection générale dans laquelle
I observe fréquemment des hémorrhagies rénales, ou bien
core l'absence de toute lésion des organes excréteurs de
line.
J e ne connais que peu de cas dans lesquels le sang puisse pro-
iiir des uretères; les seuls que j'aie observés étaient des cas d'u-
érite calculeuse (voy. : MjILAdies des uiietéhes) ; et dans deux
«
i OÙ les pertes de sang furent très nombreuses et très abon-
nies, il y avait dans l'intérieur des uretères, notamment dans
voisinage d'un calcul , des végétations fongueuses d'oli prô-
nait le sang en très grande partie. Pendant la vie il avait été
possible de décider si le sang provenait du rein ou de l'ure-
33G niÎMORnHAGiriS riîn,vt.ks (sj-mpiumes).
tère; ces deux parties ayant été rendues flouloureuses, l'uretère
par la présence du calcul, le rein par la rétention de l'urine
dans le bassinet. Ces cas d'uretérile calculeuse rapprochés des
cas de pyélite calculeuse étant comparativement rares , toutes
les fois qu'une hématurie est accompagnée d'une douleur dans
le rein et l'uretère , il y a lieu de penser^ toutefois sans pouvoir
l'affirmer, qu'elle provient plutôt du rein que de son conduit
excréteur.
Si on excepte les cas de fongus de la vessie, de cystite calcu-
leuse, et de tubercules de la vessie avec cystite, maladies dont
le diagnostic en général n'offre pas de très grandes difficul-
tés , il y a peu de cas dans lesquels on puisse supposer que
le sang rendu avec l'urine est fourni par la vessie. Cependant
on voit quelquefois des hématuries provenant des reins simuler
des hématuries provenant de la vessie, et vice versa (i). J'a-
joute que, lorsque l'hématurie est'vésicale, elle est bien rare-
ment essentielle; et qu'elle est presque toujours précédée des
symptômes propres à d'autres maladies de la vessie, à la cys-
tite simple ou calculeuse, au cancer, etc. Cependant on a cité
quelques cas d'hématurie remplaçant un flux hémorrhoïdal et
dans lesquels la douleur et les principaux accidens parais-
saient circonscrits dans l'hypogaslre.
Lorsque le sang provient de l'urèthre, il s'écoule sans émis-
sion d'urine, et l'urine extraite de la vessie par la sonde, n'est
pas chargée de sang excepté dans le cas où la lésion est voisine
(i) P. Frank rapporte que chez, un homme, atteint d'hématuries abon-
dantes et répétées avec rétraction dit testicule droit et dijjlcitlté de mouvoir h i
cuisse correspondante , les deux reins étaient sains; il y avait un cancer de lal
vessie qui n'avait point été soupçonné {Ouvr, cité, art. hématurie').
Hippocrate indique comme des phénomènes communs aux ulcérations)
des reins et de la vessie, l'émission du sang ou du pus avec l'urine (Si quis)
sanguinem aut pus mingat, renum aut vcsic-e cxnlcerationem signiCcat.
Aphor. Sect. iv, aph. n5), et il ajoute ailleurs avec raison : « Si quis sango
nem et pus mingat, et squamas , et odor gravis sit , vcsice ulcerationcm
8ignificat(/^/;Aor.iS'ecf. iv, aph. 8i). Il y a quelques exceptions à cette règle
mais elles sont très rares.
IIIÎMORIUIAGIES RKINALÏÏS {sj/nplomcs). X^rj
du col de la vessie et dans ceux oii le sang, ne pouvant s'écouler
au dehors par suite d'un obstacle , reflue dans la cavité de cet
organe. Enfin (et cette observation est uniquement pour les
élèves) , chez les femmes pendant la menstruation et chez celles
j qui ont des pertes utérines , l'urine se charge plus ou moins
de sang en traversant la vulve.
Ces remarques générales indiquent la marche à suivre pour
s'assurer si le sang rendu avec l'urine , provient ou non des
reins. Si l'hémorrhagie est rénale, pour en déterminer la nature
et le traitement, il restera à rechercher à laquelle des trois
. catégories indiquées plus haut(§ 7^3), l'hémorrhagie appartient,
t et le rang qu'elle y occupe. Cette connaissance résultera né-
t cessairement d'une étude, d'abord individuelle, puis comparée
rdes élémens dont ces groupes se composent.
§ 766. Dans les cas d'héraorrhagie rénale où le sang , soit
par suite de sa coagulation, soit parce qu'un corps étranger ou
toute autre cause oblitère ou rétrécit la cavité de l'uretère ,
cne peut s'écouler dans la vessie, le rein, disténdu outre
[•mesure par le sang et l'urine accumulés dans le bassinet, peut
ffformer tumeur dans la région lombaire. J'ai déjà rapporté,
1(§ 339, Ous. VI, tom. I, p. a8o) un exemple de cette distension
du rein par du sang. Walter (i) a cité aussi un cas fort remar-
:|uable d'héraorrhagie dans la cavité du bassinet et des calices
lilatés , observé chez une jeune fille atteinte de pyélite calcu-
leuse. Par suite de cette hémorrhagie et de la désorganisation
des deux reins , la maladie se termina -par une mort subite.
N'oici le fait : Une jeune fille, domestique chez un bi'asseur,
ivait éprouvé pendant un grand nombre d'années une très
ortc douleur dans la région des reins. Elle rendait peu d'u-
ine, mais elle ui inait habituellement du pus mêlé de sang et de
ible fin. La position de cette jeune fille ne lui permettait pas
le se traiter convenablement. Le ventre prit du développe-
nent; la douleur augmenta; cependant la malade continuait
i faire son service. De vieilles matrones et même des méde-
ins croyaient que cette jeune fille était enceinte; mais elle
(i) Walter. Eiiùtre K rnnkheiten derNieren und Uariil>lase,in-i, Berlin, S. 5.
m. 22
338 iiÉMORRAGJEs RÉNALES {sjnipiômes).
tomba morte subitement. A l'autopsie du cadavre, on trouva
l'abdomen développé comme chez une femme enceinte de six
à sept mois. On sentait extérieurement, à droite et à gauche du
ventre, une tumeur qui s'étendait de la région des fausses côtes
jusqu'à rS iliaque du colon et à la région iliaque; elle s'éten-
dait même jusque vei's la région inguinale. Ces deux tumeurs
donnaient au loucher à-peu-près la même sensation; seule-
ment la gauche était plus tendue et un peu plus dure que la
droite. A l'exception de ces tumeurs, il n'y avait rien de re-
marquable à l'extérieur du corps, A l'ouverture du bas-ventre,
les deux tumeurs visibles à l'extérieur apparurent tout d'abord.
Elles avaient fortement repoussé le colon. Ces tumeurs étaient
formées par les reins ; les autres viscères ne paraissaient pas
altérés, et on les enleva pour mieux observer les reins. Le rein
droit était d'unecouleur rouge-brun; le volume en était considé-
rablement augmenté. La substance en était très molle et friable,
de soric qu'en la maniant on la déchirait facilement. A l'inté-
rieur, il était comme rongé, et sa cavité remplie d'une quantité
énorme de sang coagulé , de pus et de substance rénale désor-
ganisée. Ce mélange extraordinaire, semblable à une véritable
bouillie , enveloppait deux calculs qu'on n'avait pas aperçus
avant d'avoir enlevé cette matière. Les deux calculs, cause de
celle désorganisation du rein, avaient une couleur noire; le plus
volumineux pesait deux gros, et le plus petit deux scrupules.
Quelques-uns des gros vaisseaux rénaux avaient été rongés par
le pus. Par suite de celte destruction, le sang s'était épanché
dans la cavité du rein, et avait mis fin subitement à la vie de Ja
malade. Le rein gauche, le bassinet et l'uretère avaient l'ap-
parence d'une vessie distendue, élastique au toucher. Ce rein
oflrail de larges éminences, et l'uretère des circonvolutions très
considérables. Le liquide contenu dans la poche rénale était
clair, transparent, et d'une couleur jaune pâle, sans odeur, et
la quantité en était de deux pintes et demie. La substance rénale
était complètement détruite. A la partie inférieure de l'uretère
du côté gauche, on trouva un calcul gros comme une petite
noix, qui empêchait complètement le passage de l'urine dans
la vessie.
HÉMORTIHAGIES RÉNALES (l" grOUpé).
Covfper (i) rapporte aussi un cas dans lequel le rein était
distendu et rempli de sang. Pendant la vie, douleur à la région
rénale gauche , engourdissement de l'extrémité inférieure du
même côté, envies de vomir, et sédiment noir dans l'urine, qui
se coagulait quand on l'exposait à la chaleur. Le rein gauche,
formé de kystes , pesait cinq livres et contenait un sang fluide
et grumuleux.
Martineau (2) a publié un cas plus extraordinaire encore
cpe les précédens. Ayant fait la paracentèse pour une tumeur
volumineuse de l'abdomen , il s'en écoula dix pintes anglaises
d'un liquide sanguinolent. L'avitopsie fit voir plus tard que
ce liquide était contenu dans le rein^ énormément distendu.
§ 767. Premier groujpe : Uèmorrhagies rénales symptomati-
ques des Usions des reins. — On voit souvent surrenir des héma-
turies, à la suite des plaies (§ 87 5) (.5), des déchirures (§ SSg) (4),
des conhisions, des compressions ou des commotions (§ 338) (5),
des reins.
Indépendamment des cas que j'ai indiqués ou rapportés avec
détail dans une autre partie de cet ouvrage, on pourra con-!-
sulter quelques observations antérieurement publiées (6).
Dans les cas d'héraorrhagies rénales qui surviennent k la
suite de plaies, de contusions, on observe quelquefois, en même
temps que l'hémorrhagie , des symptômes de néphrite aigué,
de péritonite, etc. En de tels cas, le traitement des lésions pri-
mitives et secondaires doit être pris, sans doute, eji grande
(1) Philos. Transactions, vol. xix.
(2) ■Med. comment., vol. ix.
(3) Voyez plusieurs observations cousignées : tom. r, obs. i, p. 34i. — Tom.
I, obs. II, p. 342. — Tom. I, obs. it, p. 345. — Tom. i, obs. v, p. 347.
(4) Tom. I, obs. VII, p. 282.
(3) Voyez tom. i, obs. i, p. 275. — Tom. i, obs. ir, p. 276. — Tom. i,
obs. m, p. 277. — Tom. i, obs. iv, 277. — Tom. i, obs. v, p. 278. —Tom.
obs. VI, p. 280. — Tom. I, obs. xiii, p. 292.
(6) Rivière parle d'un bomme atteint de gravelle, et qui rendait des
urines sanguinolentes, toutes les fois qu'il était obligé de monter à chev»!
{fibs. med. Cent, n, obs. xiii).
22.
3/(6 HÉMORRflAGIES RKNALKS (l" grOUpe).
considération ; mais l'hémoirhagie rénale, soit comme phéno-
mène, soit comme complicalion de ces lésions , présente des
Indications particulières. Telle plaie ou telle contusion des reins
est suivie de si peu de douleur et si complètement exempte de
fièvre qu'on s'abstiendrait certainement d'émissions sanguines,
si l'urine n'était pas chargée de sang. Dans d'autres cas , à la
suite d'une plaie des reius, les saignées peuvent avoir été telle-
ment multipliées qu'on doive chercher à arrêter la perte du
sang par l'application de la glace sur le flanc, par l'usage de
boissons glacées et par l'extrait de ratanhia. Toutefois il ne
faut pas oublier que la coagulation du sang dans le goulot des
calices ou dans l'uretère peut elle-même être la source de
nouveaux accidens(§ 766); de sorte que, dans un cas particulier,
pour l'administration des hémostatiques, on se guidera d'après
le degré d'alFaiblissement du malade et le mode d'excrétion de
l'urine.
§ 768. Les inflammalions des reins sont assez souvent sui-
vies du passage d'une certaine quantité de sang, ou de plusieurs
de ses élémens organiques dans l'urine. Si ce phénomène du
j)isseme7ii clc sang est plus fréquent dans la néphrite traitrna-
tiquc, que dans toutes les autres espèces, il est beaucoup
moins rare dans ces dei'nières, même dans la néphrite sim-
ple {i), qu'on ne le pense communément.
D'un autre côté, rien n'est plus fréquent, par exemple, que
le passage d'une certaine quantité de sang dans l'urine du-
rant le cours de la néphrite albiimineuse , surtout à son début
et à la suite de la scarlatine (2). Au début de cette espèce de
néphrite, la quantité de sang est quelquefois si considérable
(1) Voyez tom. 1, obs. i, p. 341. — Tom. i , obs. 11, \>. 842 — Tom. i, obs. v,
p. 347. — Tom. 1 , obs. I, p. 207. — Tom. 1, obs. 11, p. sSg. — Tom. i,
obs. IV, p. 261. — Tom. i, obs. v,p. 282. — Tom. i, obs. viii, p. 266. —
Tom, I, obs. IX, p. 268. — Ton), i, obs. x, p. 269. — Voyez , pour la né-
phrite simple aiguë, tom; i, oLs. Lxxxvii, p. ôSa, et pour la néphrite simple
chronique, tom. i, obs. xxi, p. 387, tom. i, obs., xxxiv, p. 409. Tom. i,
obs. xcvii, p. 60g. — Tom. I, obs. cm, p. 614.
(2) Vojç/., tom. ii,obb. I, p. iCo. — Tom, ir, obs. 11, p. lOi. — Tom. h
H. SYMPTOMATIQUJÎS DE LÉSIONS DES REINS. 34 I
que les observateurs ont comparé l'urine à de la laviircdc chair.
Dans la période chronique de la néphrite albumineuse, en
examinant les légers sédiraens de l'urine au microscope, on y
trouve souvent des globules sanguins : et, dans les paroxysmes
de cette maladie, la proportion de ces globules est telle que
l'urine, habituellement pâle et décolorée, prend \me teinte rose
ou brunâtre qu'on a comparée à du cidre tué ou à du bouillon
de bœuf.
Dans la néphrite rhumatismale ny^uè /û n'est pas rare, non
K plus, d'observer une certaine quantité de sérum et de globules
sanguins dans l'urine,- mais je n'ai jamais vu dans cette affec-
tion l'urine sanguinolente (i) comme dans la néphrite albu-
mineuse.
J'ai vu plusieurs fois survenir de véritables hémorrhagies
rénales dans des cas de néphrite youUeusc (2), accompagnées
i< de coliques néphrétiques.
La formation de pétéchies et de dépôts de sang dans les
* rems avec développement d'ecchymoses et de pétéchies dans le
» bass.net et une véritable hématurie rénale, sont des phénomènes
t communs dans les néphrites ^Tir poisons morhidcs.
$769. La pyélite calculcusc esl assez fréquemment accom-
pagnée d'hématurie (3); .nais dans ce cas l'urine est nou-seule-
»meut chargée de sang, mais encore d'une certaine quantité de
. pus. Les proportions du pus et du sang, dans l'urine, sont très
obs. p ton>. u. obs. x, p. .8.. - To.. „, obs. xv„, p. .00. _
W V. oL. xx.., p. .:3.- To.. „, p. 448. iden. - To.. xr, obs. .xx
et Lxxi, p. 462 et 463.
(TZ. t "7 -ïéte^inée par «ne affection rhn.atis.ole.
[£puo.,.e,tr.d. franç. par Goudnreau, ton,, ir,, p. 366).
(s) Voyez, tom. n, obs. i, p. 54,
^'tr '''''' '"^'^"'^"^^ - ^^'-^-'^ =
r:; -Tst t~ ' -
portés By o \,TT ''"^^'^ '^té rap-
I P-r B,sbop ,„ Medical/acts and observ. vol. vi„, p.
342 HÉMonmiAGiKs RiÎNALiîS (i" gtoupe).
variables et très inégales au début ou à la fin de ces hémor-
rhagies intercurrentes. En de tels cas, le malade a presque
toujours rendu aiitérieurement de petits calculs; il a éprouvé
des accès de colique néphrétique et des douleurs habituelles
dans la région des reins ; le pissement de sang est survenu à la
suite d'un exercice violent, et il est accompagné des autres
symptômes de la pyélite calculeuse, (Ç 644). Ordinairement ces
pissemens de sang symptomatiques de graviers ou de calculs
ne sont pas de longue durée; cependant on les a vus durer des
mois entiers. Dans quelques cas, le sang est mêlé de mucils ou
de pus, et de ce mélange résulte un liquide qui ressemble à de
la lavure de chair ou à du pus rougeâtre.
Il survient des hématuries dans d'autres pyélites,non calcu-
leilses. Ènfin il est des pyélites que j*ai décrites sous le nom de
pyélite hémorr ha gigue (§ 666), et dont l'hématurie est un des
principaux symptômes. Plusieurs fois aussi on a vu la pré-
sence des strongles dans les reins occasioner des héma-
turies.
Quant aux dégénérescences des reins, le cancer est incompa-
rablement, de toutes, celle qui est le plus fréquemment accom-
pagnée d'urine sanguinolente. Dans ce cas, indépendamment
de globules sanguins^ on aperçoit quelquefois dans l'urine une
foule de lamelles et de globules d'apparence graisseuse, mais
qui diffèrent des globules graisseux, eu ce qu'ils disparaissent
promplement par le contact de l'air, et surtout en ce que l'éllier
se charge peu ou point de graisse, lorsqu'on le mélange avec
l'uriné. Ces urines sanguinolentes, provenant de reins atleints
de cancer, tiennent quelquefois en suspension de petits corps
filiformes, qui, dans un cas oti je fus appelé, avaient fftil
soupçonner l'existence de spiroptères dans les voies urinaires
{Voyez : Canceii).
La dégénérescence tubercitleiise des reins est rarement accom-
pagnée d'urine sanguinolente, si on excepte toutefois les cas
dans lesquels il existe en même temps une dégénérescence tu-
beiculouse des uretères et de la vessie ( Toyc*. ïubbbcuuîs dus
reins).
Le petit nombre de remarques que j'aurais à faire sur les
. HÉMORRHAGIES RÉNALES (a"" groupe). 343
I hématuries syraptomaliques de ces lésions organiques des reins
seront plus à leur place dans l'histoire de ces lésions.
§ 770. Deuxième groupe : Hémorrhagies rénales synifiioma-
iiques d'affections générales. — Dans le purpura, l'urine se
chai-ge souvent d'une petite quantité de sang. On a rapporté
^ qxielques exemples de véritables hématuries survenues dans
II le purpura hœmorrhagîca (i). Dans des cas analogues, j'ai con-
• staté que la disparition des élémens organiques du sang a quel-
• quefoislieu, dans l'urine, d'une manière partielle et succes-
■ sive; la fibrine disparaît peu-à-peu,- puis les globules sanguins;
< el l'urine reste quelquefois encore, pendant assez long-temps,
i chargée d'albumine.
Parmi les observations les plus remarquables d'hématuries ,
' survenant avant ou après d'autres hémorrhagies , comme effet
ou comme symptôme d'une disposition générale, je citerai le
, cas d'un jeune homme, âgé de 21 ans, auprès duquel je fus
s appelé par M. Littré (a). Chez ce jeune homme, le sang fut
versé par quatre surfaces muqueuses , par celles des voies
aériennes, des fosses nasales, des voies digealives et par celles
: des voies urinaires. Latour (3) cite un cas analogue : celui d'une
■ jeune fille de i5 ans qui, pendant quatre ans, rendit du saug
par toutes les voies, qui plus tard fut atteinte d'une suppression
d'urine pendant huit jours, suppression remplacée ensuite
■par une hématurie.
Dans ces maladies hémorrhagiques , l'hématurie peut cesser
pendant quelques jours, pour se reproduire ensuite, sans cause
, appréciable. Dans de tels cas, on a vu l'excrétion (Î<î l'urlue
I suspejidue pendant quelques jours.
(1) Combes, Casës oj purpura hœmorrhagica (Edinb. med, and surg. journ.
1821, vol. xvri, i833).- Kift (Arthur) Case o/hœmorrhea petechialis (Ediuh.
' mcd. and surg. joiirn. vol. xxvn, :]ï.— -a^rty, Edinb. med. and ^urgic.
. joumaU^oX. xxxiv, p. Sg.— llogerson, Med. and pitjsic. jouni. vol.xi.iu.
— G. Johnson, Med. and surg. joiirn.n. 72.
(2) Littré. Observation suivie de réflexions s ur V liémorrhagie essentidb
ifiaieiie médicale de Paris,
(3) Latour. Traité philos, etméd, des hémorrhagies, loin. 11, p. 36.
344 HÉfllORRH AGlKS UliNALES (a"" grOUpé) ,
Les exemples d'hématurie, daTis le scorhut, sont beaucoup
plus rares que dans le purpura. Je n'ai point eu l'occasion d'ob-
server cetle espèce d'hématurie, ce qui n'est point étonnant,
n'ayant soigné qu'un très petit nombre de personnes atteintes
de scorbut. Dans deux cas bien caractérisés de cette maladie
et dans lesquels il n'y avait point eu d'hématurie , les reins
m'ont présenté, après la mort, une altération remarquable.
Ils étaient criblés d'un grand nombre de pétéchies situées à la
surface et dans l'épaisseur de la substance corticale, qui était
ti'ès molle et d'un blanc jaunâtre {Voyez : Anémie des reins). Il
y avait aussi quelques péléchies dans le bassinet j la substance
lubuleuse était saine.
Un grand nombre de substances injectées dans les veines
sont évacuées avec l'urine. Dans la transfusion du sang, on a
observé un phénomène non moins curieux : Sur cinquante ani-
maux soumis à la (rans fusion du sang, dit P. Frank, on en a
vu vingt attaqués d'hématurie (O-
% 771. Dans les fièvres eruptives, dans la variole (2), dans
la rougeole et la scarlatine , on observe quelquefois des hé-
morrhagies rénales, en même temps que des péléchies à la sur-
face du corps. Cette espèce d'hématurie est regardée avec raison
comme un symptôme très grave (3). Après la mort, on trouve
des ecchymoses dans le bassinet (Atlas, Pl.xxxiii, fig. 7), et des
pétéchies dans la substance corticale. Ces cas ne sont pas l'ares.
(1) Frank (P.). Epitome. trad. franc., par Goudarean, toni. m, p. 368.
(2) Plusieurs auteurs ont fait mention de l'hématurie Tariolcuse qui est
du plus fâcheux augure. Voyez : Foreest , Olis. et car. meii. t. 11, p, 248.
— Sydenham. Opéra, t. i, pag. 234, iii-4, Geneva», 1769. — V.nrrer.
Mém. sur quelques moyens de soulagement dans les petites-véroles les plus
fâcheuses. — Journ. de Vaudermonde, in-12, 1756, t. v, p. i54.
(3) Les hématuries qui surviennent chez des variolés, par une cause acci-
dentelle et indépendante du contagium, sont beaucoup moins grave et ne sont
point accompagnes de pétéchies à la peau. Le docteur Brown rapporte que
Nedhnm, après avoir porté un pronostic très fâcheux sur l'état d'une dame
atteinte de la variole et dont les urines étaient sanguinolentes , découvrit
que le pissemcnt de sang avait été produit par un gravier descendu du
rein dans la ves,sie.
H. SYMPTOMATIQOES b'AFFECT. GÉNÉRALES.
M. le docteur Barlh m'a montré deux reins (i), dont les ca-
lices et les bassinets étaient largement et profondément ecchy-
mosés, dans un cas de variole hémorrhagique {hematuria va-
riolosa). J'ai cité un exemple analogue d'ecchymose profonde
du bassinet, et que j'ai obsérvé dans un cas de scarlatine hé-
morrhagique (Atlas, Pl. xxxiii, fig. 7)- Dans de semblables
cas, l'urine contient presque toujours de l'albumine et des glo-
bules sanguins.
(i) Liegois (Virginie), âgée de t8 ans, domestique, bien constituée, d'un
embonpoint moyen , et bahituellement bien portante, avait vu ses règles
pour la première fois dans les derniers jours de novembre 1837, lorsqu'elles
furent supprimées par une frayeur, au troisième jour' de leur durée. Cette
jeune fille, qui n'avait point été vaccinée , s'étant trouvée en rapport avec
des personnes qui avaient la variole , fut prise , le 10 décembre , de pro-
dromes fébriles avec douleur lombaire et vomissemens. Entrée à l'Hôtel-
Dieu le i3, elle ne présentait encore aucune trace d'éruption, mais elle ac-
cusait des douleurs à l'Iiypogastre et aux reins; la région lombaire droite
était douloureuse à la pression; le pouls donnait 104 pulsations par minute.
Le 14, au matin, on aperçut .\ la figure, sur le tronc et les membres, uu
assez grand nombre de saillies coniques, rougeâtres, très petites. Le fond de
la bouclie présentait une rougeur uniforme. Les douleurs des lombes persis-
taient; elles augmentèrent d'intensité dans la journée, au point que, le soir,
elles .irradiaient à la malade des cris et des pleurs. Le pouls battait loS pul-
sations par minute. Le i5 , nu matin, les douleurs lombaires persistaient avec
la même acuité; Téruptiou de la veille avait fait peu de progrès; de. plus,
on apercevait sur la face, le tronc et les membres , un grand nombre de
taches rouges, et la malade avait un peu de coryza; pouls à 112 [Fingt
sangsues aux lombes). Le soir, soulagement des douleurs ; mais le malaise
est toujours grand , la fièvre intense. La malade passe la nuit dans l'agita-
tion; elle se plaint encore beaucoup de ses reins et succombe, le 16, à sept
bcurcs du matin sans agonie.
A l'autopsie, ou ti ouva, sur toute la surface du corps, des taches rougeâ-
tres, irrégulières ; cinq ou six pustules varioliques bien conformées près des
parties génitales; une rougeur vive et de petites tacbes blanchâtres dans le
larynx ; une rougeur foncée parsemée de quelques petites ecchymoses et de
quelques taches bUnchâtrc» dans la trachée. Un grand nombre de petites
ecchymoses sur la plèvre pulmonaire.
Le» reins étaient volumineux, celui du côté droit, pourvu de deux ure-
tère», prcsenlait f sa surface un grand nombre de petites ecchymoses, que
346 HÉMOimUAGIES RÉNALES (2"" groupé).
A la suite de la scarlatine, on observe quelquefois de vé-
ritables hématuries (i), et bien plus souvent encore des
urines chargées d'albiunine el de globules sanguins, et qui
sont ordinairement les premiers symptômes d'une hydropisie
générale (2). ,
On observe quelquefois, dans la fièvre javnc, des urines san-
guinolentes (3) et noirâtres. Plusieurs auteurs ont observé de
véritables hématuries.
l'on retrouvait aussi dans l'épaisscttr de la substance corticale. Les calices
étaient envahis par une eccbymosê tellement prononcée, qu'au premier
abord on aurait cru à l'existence d'un caillot sanguin dans ces cavités.
Cette coloration noirâtre s'étendait à un demi-pouce environ, dans l'in-
térieur des deux uratères; onr 'les parties ccobymosécs la membrane in-
terne était moins lisse que dans l'état normal. Dans les calices et le ba»sinet
du i-ein gauche, il y avait nue dizaine d'ecchymoses d'une demi-ligne à une
ttgne de diamètre. La vessie offrait, à sa face interne» environ BoLxaotc
petites eochymosos , les unes d'un rouge vif, les autres violacées.
D«ni l'intestin grêle, les follicules isolés étaient très développés. Les pla-
tï«e» ^ Peyer étaient saillantes ; il y avait une infinité do petites cccby-
moMes dans l'épaisseur de la membrane muqueuse du gros intestin.
■(t) John Paul. Case of scerletjevef sHcceededttyjiroJtisehemoriiiagies (Edinb.
med. and sarg. jottlrnal, vol» xxvir,p. 55),..- bcbicmanu. <}bs. sur me hé-
maiurie (Bibliotli. nicd. t. txis, p. laS).
(a) Voyez: tom. 11, p. 447'
(3) "M. Dcvèzc a trouvé de l'urine sanguinolente dans la vessie après là
mort {Traité de la Jièvre jaune, in-8, Paris, 1820, p. 59). M. RocUoUi pense
que l'hématurie est un phénomène rare dans la fièvre jaune, et il n'en a
observé qu'un exemple [Reclierclies sur la Jièvre j'aime, in-8, Paris, 182»,
p, l53) :ily avait déjà suppression d'nrihe depuis une dizaine d'heures. Le
malade rendit, à diverses reprises, environ trois palettes de sang put'.
MM. Bailly, Friinçois et Pariset ne parlent pas de véritable hématurie, «nais
disent que deux ou trois fois, ils ont trouvé dans l'intérieur de la vessie imc
matière noire, visqueuse, qu'ils regardent comme du sang altéré. — Litiing
(Journal rte médecine, mal l^SS, t. viir, p. 4i3) dit que le sédiment de l'urine
dans la fièvre jaune était quelquefois brun, et qu'on observait des nriues
sanguinolentes, le troisième jour. — l'ouppé Dcspoi les [/iist. ries maladies ite
Saint-Domingue, 1. 1, p. 194). — Caillot {Traité Je la Jlcvre jaune, p. gg) fa''
aussi mention de véritables liémalurles dans la lièvre jauuc. M. Rorboui *
H. SYMPTOMATIQUES d'aFFECT. GÉNÉRALES.
J'ai noté ailleurs (§ 470) que , dans la fièvre typhoïde, les
reins étaient quelquelbis atteints d'inflaramalion ; dans celle
maladie le sang peut aussi transsudcr en quantité plus ou
moins considérable dans les voies urinaires (t)-
trouvé dans quelques cas de fièvre j«une les reins gorgés de sang, et M. Pari-
set a vu des ecchymoses sur la membrane interne de la vessie.
(i) Hauser, âgé de 28 ans, d'une constitutioa forte, d'un tempérament
sanguin, exerçant depuis quelques mois la profession de serrurier à Paris,
fut pris le 25 février i838, sans cause connue, d'une fièvre intense, accom-
pagnée de céphalalgie et d'un dévoiement considérable. Lorsqu'il fut amené
à l'hôpital de la Charité, le 5 mars, il était dans l'état suivant :
Face colorée, exprimant la stupeur et la souffrance; langue sèche , blanche
i au centre et rouge sur ses bords; décubitus dorsal, faiblesse, prostration,
ç peau chaude et sèche; pouls fort et rapide (120 pulsations par minute);
céphalalgie intense. Etourdissemens , vertiges, lorsqu'on le fait asseoir sur
» son lit. Délire pendant la nuit. Râle sibilant dans toute l'étendue de la poi-
trine; petite toux sèche, ou accompagnée de l'expectoration dè quelques
( crachats visqueux. La pression du ventre, surtout dans la région du cœcum,
e détermine une douleur assez vive. Depuis hier matin, un grand nombre de
» selles liquides; sur l'abdomen et la partie antérieure de la poitrine, quelques
t taches rosées, lenticulaires, disparaissant à la pression {Saignée de ït. onces ;
: lis. de gomme idulcorée ; potion gommeuse). Le sang de la saignée n'est pas
» diffluent ;le caillot en est solide, mais sans couenne. Le 8 (nouvelle saignée),
même état du sang. Le 9, la langue est plus humide, le pouls est plus petit
(loS pulsations); les taches rosées se. sont multipliées sur la peau du ventre
et de la poitrine; le dévoiement a un peu diminué (toà 12 selles dans les
vingt-quatre heures).
Le i3, langue sèche, recouverte d'une croûte bruuâtre; bouche à demi
i.ntr'ouverte; œil terne, regard fixe; face violette ; frémissemens musculaires,
1 soubresauts dés tendons; ràle sibilant; murmure respiratoire peu sensi-
ble à la base de chaque poumon. Délire pendant la nuit.
Les urines sont rosées et légèrement acides. Examinées au microscope,
elles présentent un grand nombre de globules sanguins. Traitées par la chaleur
I et l'acide nitrique, elles donnent un précipité d'albumine. Endolorissement
général du ventre, qui ne permet pas de constater si l'hypogastre est le siège
d'une douleur spéciale.
Le i6, 5i respirations à la minute; pouls irrégulier; une pulsation plu?
' forte et plus lente pour deux lûus faibles et plus rapides; 128 pulsations^
pendant la nuit, le délire a été accompagne do mouvemen» désordonnés qui
3/j8 HÉMORUIIAGIES RÉJNALES (2"'= groUpe).
Je termine en mentionnant simplement certaines causes qui
après avoir agi sur l'organisme, et en particulier sur le sang'
déterminent des hématuries presque toujours fort légères'.
Ainsi, on a vu des individus f.appés de la foudre rendre de
ont obligé le veilleur à lier le malade dans son lit. Depuis hier, selles in-
volontaires. Le malade n'avait plus la force de se lever pour aller à la selle
ce qu'il avait fait jusqu'à ce jour; à cinq heures du soir, mort.
Autopsie du cadavre, trente-six heures après la mort.
Etat extérieur, — Cadavre d'un homme Lien conformé , peu amaigri. Au-
cune trace des taches rosées qui avaient persisté jusqu'à l'agonie.
Poitrine. La trachée et les bronches sont pleines d'écume , et leurs plu.»
petites ramifications de mucu.s. La membrane muqueuse est injectée, et pré-
sente quelques ecchymoses. Les deux jioumons sont gorges d'une grande
quantité de sang noir ; point d'adhérences pleurétiqucs. Le cœur est
flasque , ses cavités contiennent une petite quantité de sang fluide, d'un
rouge noir..
Ahdamen. Le foie est brun et d'uuc grande moUes.se, qui permet de plon-
ger le doigt dans son tissu, s.nns beaucoup d'efforts. La rate a deux fois et
demie son volume normal ; elle est rouge et très ramollie. Les follicules
de l'estomac et du duodénum sont partout très apparens ; ce qui donne
à cette membrane muqueuse un aspect grenu. Dans l'intestin grêle, vers le
commencement de l'iléon, on voit quatre ou cinq plaques enflammées,
légèrement turgescentes; vers la fin de l'iléon, les plaques sont plus volumi-
neuses; élevées d'une ligne ou deux au-dessus de la surface intestinale, elles
ressemblent à des ulcères fongueux ; les unes sont larges comme des pièces
de 10 sous ; les antres comme des pièce» de 5 francs. Elles sont parsemées de
petites ulccratious, au fond desquelles on voit le tissu cellulaire sous-mu-
fjueux gangrené, et les fibres musculaires de l'intestin injectées de sang; les
bords de ces plaques sont plus durs, plus élevés que leur centre. Auprès de
la valvule iléo-cœcale, trois de ces plaques su touchent ou se confondent par
leurs bords. La valvule elle-même est saine, et au-delà daus le cœcum et dans
tout le reste du gros intestin il n'existe point d'altérations. Les ganglions
mésentériques sont gros comme des avelines et injectés de sang noir. Au-
dessous du péritoine du petit bassin, le tissu cellulaire sou.s-sércux est infil-
tré de sang; les membranes séreuse et museuleuse de la vessie sont séparées
par du sang qni a rougi les mailles celluleuses qui les unissent; la mem-
brane muqueuse de la vessie offre plusieurs larges ecchymoses, qui s'étendent
jusque dans l'urèthre, auquel elles donnent une couleur lie-de-vin; il y
♦
H. SYMPTOM/VTIQUKS d'aFFÉCT. GÉNÉRALES.
i l'urine par l'urèllire (i). Certains médicamens acres, donnés à
; grande dose, produisent quelquefois des hématuries : c'est ainsi
. qne les cantharides (a) déterminent des pissemens de sang, soit
lorsqu'elles sont administrées à l'intérieur d'une manière in-
i considérée, soit dans quelques cas rares, après l'application des
L larges vésicatoirea. Le baume du Pérou paraît être dans le
; même cas. Par une mauvaise plaisanterie, dit P. Frank (3),
on fit prendre à une personne du baume du Pérou pour
. du chocolat : au bout de quelques heures, il survint une
hématurie.
On a attribué des hématuries à l'usage immodéré de l'ail (4),
ides ognons, des asperges et des poreaux; je n'ai rien vu de
s semblable.
Je n'ai jamais observé de véritables hématuries comme effet
! de l'empoisonnement saturnin. Dans le seul cas de colique
. saturnine, que j'ai vu compliqué d'une véritable hématurie, le
pisseraent de sang a diminué graduellement pendant le traite-
ment de la colique (5). Mais plusieurs fois j'ai remarqué, dans
l'e)npoisouneinent saturnin , que l'urine était chargée d'une
certaine quantité d'albumine. Il est vrai que le plus ordinai-
a dans les bassinets quelques petits eccbymoses. Les reins sont volumineux
et gorgca de saug noir.
T£te. Cerveau sain.
(l) Gazelle des kofilaux, iS3l,j>, i58.
(a) Paré, OEuvres, livre xvri, cliap. 54 — Foreest, Ohs. et cur. med.,
n, p. 122.
(3) P; Franli, Epiiome, t. irr, p. 366.
(4) Foreest, Olis. et cur. med., t. ii, p. 126.
(5) Rouelle, âgé de 21 ans, entra à l'hôpital do la Charité, le 29 j.mvier
838 , pour y être traité d'uue colique de plomb. 11 travaillait depuis deux
ois dans une fabrique de céruse, à Clicby-la-Garenne , lorsqu'il fut pris,
>1 y a Luit jours, de coliques et de crampes dans les jambes. 11 continua de
îravaiUer à la fabricatiou de la ccruss, jusqu'à la veille de son entrée à
'hôpital. Le 29, dans la soirée , frisson général accompagné de tremble-
entel do claquement des dents; pouls plein et vibrant (76 pulsa-
lons'i; coliques continuelles , augmentant par accès; crampes dans les
arabes. Langue blauebc. Voraissemens bilieux. Constipation. Ces symptômes
35o HÉMORRHAGIES RÉNALKS groupe).
rement l'urine a continué d'être albuinineusc apr(';s la «uéri-
son de la colique (x), et il est possible que, dans ces cas, il exis-
tât quelque affection des reins. J'ai rapporté un cas (tome u
psge 191) dans lequel le malade , qui devint hydropique , était
évidemment atteint d'une néphrite albumineuse chronique.
§ 77*- Troisième groupe flémprrhayies rénales essenlieUes.
ont cédé, dans l'espace de sii jours, à l'.idministration de cinq lavemcns des
peintres et de six gouttes et demi d'huile de crotoo tiglium.
Pend.nntle cours de celte colique des peintres, les urines furent sangui-
nolentes , et nous découvrîmes, àl'aidç de l'inspection microscopique,
qu'elles contenaient un grand nombre de globules sanguins ; traitées par la
chaleur et par l'acide nitrique, elles offraient un coagulum albumineax. An
reste, l'empoisonnement saturnin ne parait avoir agi, dans ce cas, que comme
cause occasionnelle de l'hématurie. Bien antérieurement, dans le courant de
mois de juillet 183; , Rouelle, alors employé aux travaux d'un chemin de
for, avait ariné pendant quatre ou cinq jours du sang presque pur, à la suite
d'une insolation prolongée et de fatigues excessives. Cotte hématurie ne fat
accompaguéu , ui do douleurs rcnaleiii ni de douleurs vésicalcs, et céda su
repos et aux boissons émoUicntes.
Le t5 janvier i833, avant d'avoir ressenti les atteintes de la colique de
plomb pour laquelle il est venu a l'hôpitiil. Rouelle a do nouveau rendu des
urines sanguinolentes. Cette deuxième hématurie, comme la première, n'a
puiut été accompagnée de douleurs rénales ou de douleurs vésicalcs. Elle a
diminué insensibirmcut, même pendant la durée de la colique de plomb, et
lorsque le malade est sorti de l'hôpital, le 23 février i838, il n'y avait plus
de globules sanguins dans les urines. Ce malade nous assura qu'il n'avait
jamais fait d'excès de boisson, ui d'excès vénériens, et qu'il n'avait jamais été
sujet aux hcmorrhoïdes, aux bémoptysies, ni aux épistaxis. En 183.1, il a ta
une blennorrhagie qui, après avoir duré deux ou trois mois , s'est terminée
par une orcliite. Ces deux affections ont été traitées avec soin, d'abord par
les antipblogistiques, puis par lesmercuriaux
(i) Petry (Julien), âgé de 28 ans, peintre en bâtimens, et qui avait été at- |
teint, à plusieurs reprises, de coliques de plomb, fut reçu dans mon service |
à l'hôpital delà Charité, le 9 novembre 1840. Les premiers jours de son
séjour à rhûpital, les urines étaient fortement colorées, pesaient ioi4.t>»
contenaient une quantité notable d'albumine. La proportion d'albumme
dans l'urine diminua rapidement, et, le 21 novembre, les urines, rcdevennes
limpides, pesaient ici 8,5, et n'en offraient aucune trace. Tous les accident
de l'intoxication saturnine ayant cessé, le malade sortit de riiôpit?l.
HÉMORTIHAGIES RENALES (3"' grOUpe). 35 1
-Les hémorrhagies rénales essentielles sont à Paris, et je crois
en Europe . des aflections très rares. Il paraît , au contraire ,
que les hématuries indépendantes d'allections locales ou gé-
nérales, ne sont pas rares dans les régions tropicales.
Le traitement des hémorrhagies rénales essentielles est en
grande partie subordonné aux causes qui les produisent et
aux conditions dans lesquelles elles se développent. Cette cou-^
sidéralion m'a déterminé à traiter séparément des hémorrha-
gies rénales conlznues , des hémorrhagies rénales essentielles
intermitlentes ou périodiques, des hémorrhagies» rénales essen'
lielles supplémentaires , des hémorrhagies rénales essentielles
critiques, enfin des hémorrhagies rénales essentielles endé-
miques.
§ 775. Hémorrhagies rénales essentielles, continues. — Les
deux observations suivantes me paraissent propres à don-
ner une idée de deux états extrêmes , eu égard à leur iné-
gale gravité, dans lesquels peuvent se présenter les hémorrha-
gies rénales esse7itielles, continues (i), ou au moins telles en
(i) La proportion des cas d'bémorrliagies rénales, et même d'bématuries
ymptomatiques, est sans doute plus considérable , que celle des hématuries
essentielles. Mais Cullen ebt allé trop loin lorsqu'il s'est ainsi exprimé :
u On dit que l'hématurie est survenue, sans aucun autre syojptAme d'une
affection de» reins ou des conduits de l'urine; comiBe cette hémorrhagie est
.irrlvée à des personnes plétlioriqnes et a reparu à des périodes fixes, on l'a
regardée dans ce cas comme un exemple d'hématurie idiopathique, et de la
iiatare des hémorrhagies actives dont j'ai parlé plus haut.
<< Je ne puis positivement nier l'existence de ce cas;mais je dois faire obser*
ver quel'oa en trouve très peu d'exemples dans les écrits des médecins ; que
ni mes amis ni moi n'en avons vu aucun, et que les observations que l'on a rap-
portées peuvent être erronées, en ce que j'ai fréquemment vu l'hématurie
survenir sans aucun symptôme qui indiquât en même temps l'existence d'une
autre affection des reins ou des voies urinaires: néanmoins, comme l'hémor-
rh.igie avait été précédée on suivie, peu de temps après, des accès de la né-
l)liralgie calcnleuse, cela a suffi pour me rendre probable que l'hématurie
ctait due à une plaie produite par la présence de 1)^ pierre dans quelque
partie des voies urinaires » (Cullcu, Élémens de médecine pratique, trad. de
Bosquillon,in-8. Pans, 1787, tom. ir, p. ifa).
352 iiiîMOP.RHAGri'S niî.vAT.Fs (j""" groupe).
apparence. La douleur dans le rein gauche chez un des ma-
lades (Obs. i ) ne permet pas, sans doute, d'affirmer que cet
organe n'avait éprouvé aucune altération de tissu; mais une
semblable douleur ne prouve pas non plus que l'hématurie ne
fut point essentielle. Quant aux lésions observées dans l'autre
cas (Obs. Il), elles étaient évidemment le résultat d'une in-
flammation chronique, dont l'hémorrhagie était probablement
indépendante.
Obs. I. — Hémorrhagie légère essentielle provenant probablement du rein
gauche; guérison prompte par l'usage des antipblogistiques.
A. CIliban, âgé de 71 ans, forgeron, entra à l'hôpital de la
Charité, le a4 janvier 1882. Cn malade, d'une bonne constitu-
tion , fit, il y a six ans , un eflort qui lui répondit douloureu-
sement dans la région du rein droit. Plus tard, il reçut un coup
de pied de cheval dans la poitrine, à la suite duquel il cracha
le sang; il fut trailé à l'hôpital, et sortit guéri au bout de
quinze jours. Celte année, il a fait une chute, qui l'a obligé à
garder le lit. Depuis cet accident, il ne s'est pas aperçu qu'il
souffrît plus d'un côté des lombes que de l'autre. Il a fait
antérieurement quelques excès de boisson, mais il assure s'en
être abstenu depuis trois ans.
Suivant lui, sa maladie ne date que de quatre ou cinq jours.
Depuis cette époque, douleurs dans la région du rein di'oit,
survenue sans cause connue et presque subitement. Depuis
quatre jours, urines sanguinolentes; vomissemens abondans,
suivis d'une douleur dans le rein gauche ; point de graviers
dans l'urine. V .
Le 25, douleur aiguë avec Beflsaliqn de chaleur dans la région
du rein gauche, sans douleui''îaans.lç testicule: mais le malade
souffert dans le trajet de l'ur^lèîîé^tju'il indique assez exacte-
ment avec la main. L'hypochond^^|^che résonne à la percus-
sion, comme lorsque la raie et le i^^n'ont point augmenté de
volume. Depuis quatre jours, l'urine^j elienible, poxtr la cou-
leur, à dusirop de groseille ; son sédiment est formé d'une cou-
che blanche, aurdessS de laquelle est une couche rouge, formée
par du san;^. Bouche araère, envies de vômir après l'ingestion
I
II. ESSENTIELLES (s/joradiqucs). 353
des boissons, sensibilité à l'hypogastre, s'étendant vers la région
du cœcum et dans celle de i'S iliaque de colon. Pouls régulier,
donnant 80 pulsations par minute ; sensibilité morbide au-
dessous de la clavicule droite, s'éteridant en arrière des deux
côtés du thorax {Tisane de chiende?it et réglisse; julep; cata-
plasme sur la région du rein gauche ; lavemens ; 1 5 sangsues
>i sur le rein gauche ).
1 Le 26, la douleur des lombes est moins forte; les urines sont
v moins rouges [Tisane de chiendent et de réglisse; hains; cata-
tplasmes; lavemens; lait, soupe).
Le 37 , le malade dit avoir éprouvé, la veille, une douleur
•dans l'aine et dans le testicule gauches ; la douleur du rein
.gauche persiste. Emission fréquente, mais peu abondante des
urines, qui sont toujours sanguinolentes. Le sédiment, un peu
t moins considérable, est toujours formé de deux couches, l'une
. blanche, l'autre sanguinolente (Deuxième application de saiig-
tsues sur le rein gauche; tisane de lin; cataplasme ; lave-
*ment).
Le a8, la" douleur du testicule et celle du rein gauche ont
r cessé j les urines sont toujours sanguinolentes , mais elles
^ontplus abondantes et déposent moins. Le malade n'éprouve
jilus aucune douleur en urinant; pas de nausées; ventre souple,
indolent {Tisane de chiendent et de lin; cataplasme).
I Le 29, les urines, moins rouges ; "douleur dans la région lom-
" baire gauche.
Le 3o, la douleur du flanc gaupRe est à-peu-près nulle,- l'u-
ine est peu colorée {Tisane de chiendent et de Un; hain de
meds).
Le 3i , les urines s^nt .toijt-à-fait limpides; le malade ne
soufFre plus dans la région dès reins {Lavement d'amidon; ti-
sane de chiendent et de rè^Jt^^ émulsion).
Le i" février j urines*^taîelles ; point de douleur dans la
région lombaire gauche
Le 4, les urines coMi]ji\pnt d'être tout-à-^it naturelles. Le
iialade sort guéri,\ îq février iS^a.
' ' ' >
■ m
35/| H^MORBHAGIES RÉTiALT'S gWUpe).
Ons. IF. — Héniorrhag'ics rénales très abondantes; anémie et affaihlissemeat
l)rogrcssifs, malgré l'emploi d'une foule de remèdes; mort. Légères traces
d'inflammation chronique dans le rein gauche.
Courtin , |gé de 26 ans, menuisier, né à Dunkerque, entra
à l'hôpital Saint-Antoine, dans les premiers jours de septembre
1^36, pour s'y faire traiter d'une hématurie qui, déclarée trois
nioisaupai-avanl, sans cause connue ou appréciable, n'avait pas
cessé depuis cette époque. M. Guersent fils, chirurgien, aux
soins duquel il était confié, et qui avait eu l'obligeance de
)n'appeler auprès de ce malade, me donna sur ce cas les ren-
seignemens suivans : A plusieurs reprises, depuis le séjour à
riiôpilal, le mnlade a déclaré qu'il n'avait point reçu de coup
sur la région des lombes, point fait d'efforts violens; qu'il
n'avait pas fait de chute sur la région des reins; qu'il n'avait
jamais éproxivé de suppression d'urine, ni rendu des sables ou
des graviers, ou des matières purulentes ou d'apparence laiteuse
mélangées avec l'urine ; qu'il n'avait point éprouvé de douleurs
dans les régions rénales, ni daus la vessie j que l'appareil uri-
naire n'avait point été exposé à des excitations anomales; en
résumé, que le pissement de sang était la seule maladie, et que
le malade n'avait éprouvé et n'éprouvait aucune douleur daùs
l'appareil urinairc; seulement Courtin avait ajouté que les
années précédentes il avait eu de l'réquens saignemens de nez,
qui, daris aucun cas, n'avaient été accompagnés de taches à li
peau. M. Guerseut ajouta que les accidens éprouvés par ce
malade depuis son séjour à l'hôpital , étaient parfaitement
en rapport avec les déclarations qu'il avait faites. En eflet,
l'exploration de la région des reins n'avait fourni aucun indice
de néphrite ; celle de la vessie n'avait donné également que
des signes négatifs, soit de l'inflammation de cet organe, soit
de la présence d'un corps étranger.
Le 9 septembre, le malade était dans l'état suivant : la peau
avait une pâleur anémique, comme à la /suite des hémorrhagies
abondantes tt répétées ; les lèvres et les gencives étaient déco-
lorées ; la langue était pâlej l'appétit peu prononcé; les
selles régulières, mais la respiration était fréquente; le pouls
H. EssENTiEtjLEs {sporadiqms). 355
lonnait io8 pulsations par minute; en appliquant l'oreille à la
égion précordiale, on entendait un très léger bruit de souffle
correspondant au premier temps, comme chez les chlorotiquea.
' Le malade avait vomi dans la matinée , pour la première fois.
Les facultés intellectuelles étaient intactes.
L'urine était fortement sanguinolente ; le vase dans lequel
elle avait été reçue, contenait un assez gi-and nombre de caillots
•de sang; les plus considérables formaient de petites masses
: irrégulièrement arrondies, du volume d'une olive ou d'une
noix. La dimension et la forme de ces caillots indiquaient
^qu'ils s'étaient formés dans le vase oii le sang s'était coagult'i.
JIntre ces caillots, on en voyait plusieurs, allongés en forme de
fVers , de deux pouces environ de longueur , formés par la
fcfibrine qui s'était coagulée très probablement dans les ure-
itères. Ces caillots étaient décolorés. Quant à la quantité de
isang rendue en vingt-quaire heures , il paraît , d'après la dé-
idaration du malade, et à en juger aussi d'après l'aspect aiié-
iimique du corps, qu'elle était considérable; on nous assura
ique chaque jour on relirait du vase une assez grande quantité
• de caillots. La région du rein gauche était douloureuse à la
•pression même légère; on nous assura que cette douleur ne
s'était déclarée que depuis quelques jours , et postérieurement
à un calhétérisme pratiqué pour explorer l'état de la vessie.
Cependant l'introduction du cathéter avait été facile et non
I douloureuse ; l'exploration de la vessie n'avait point, non plus,
provoqué de douleurs : de sorte qu'il était possible qu'il n'y
, eût pas un rapport immédiat entre cette opération et la
manifestation de la douleur dans la région du rein. Au mo-
ment de son invasion , cette douleur s'était propagée le long
' • de l'uretère, dans le testicule et dans la cuisse du même côté;
mais elle était maintenant bornée à la région rénale. Du reste,
le rein gauche ne paraissait pas avoir des dimensions plus
considérables que dans l'état sain. La vessie n'était point dour
' loureuse à la pression et n'était point distendue. La prostate,
' explorée par le rectum, n'était point volumineuse; il n'y avait
1 point d'hémorrhoïdes.
La persistance de l'héraoïrhagie depiuis trois mois; l'absence
2.3.
356 iriîMORRHAGiEs uênalks (3"" groupe).
de douleurs dans la région du rein et dans celle de la vessie
pendant plusieurs mois, et leur apparition depuis quelques
jours seulement; l'absence de graviers, de matières purulentes
ou puriformes dans l'urine; enfin l'absence des autres signes
propres à la néphrite ou à la pyélilc, ne permettaient pas de
rapporter cette liémorrhagie à une lésion inflammatoire du
rein. D'un autre côté, l'âge du sujet et l'absence d'une tumeur
dans la région rénale, éloignaient l'idée d'un cancer; l'existence
d'un foDgus de la vessie paraissait encore moins probable. L'é-
poque éloignée à laquelle avaient eu lieu les épistaxis, et l'ab-
sence de toute autre liémorrhagie que celle des voies urinaires
ne permettaient pas de s'arrêter à la pensée d'une maladie hé-
morrbagique analogue au purpura. Les cas d'hématurie essen-
tielle , marchant vers une terminaison fatale , étant des plus
rares , je restai incertain .stir la nature de ce cas, tout en in-
clinant vers l'hypothèse d'une lésion matérielle, ,
Lors de l'entrée du malade à l'hôpital, M. Guersent avait
fait pratiquer une saignée du bras; des limonades, le ratanhia,
des applications réfrigérantes , et d'autres moyens encore
avaient déjà été employés inutilement dans le but d'arrêter
rhémorrhagie. On n'avait pas mieux réussi en appliquant un
moxa sur la région rénale gauche et en faisant des injections
alumineuses dans la vessie. Tout présageait une mort pro-
chaine, et elle eut lieu le 17 septembre. J'assistai à l'autopsie
du cadavre, qui fut faite le lundi 19, à neuf heures du matin,
et je m'empressai de rédiger les résultats de l'autopsie.
État extérieur. Décoloration profonde de la peau, qui est
d'un blanc jaunâtre. Point de contracture des membres; la
bouche est pleine d'écume.
Tête. Le cerveau est assez consistant , mais humide ; à ia
coupe, le pointillé formé par les vaisseaux divisés est rose
pâle. Des caillots fibrineuX' existent dans les sinus cérébraux
de la base du crâne. Le cervelet est sain comme le cerveau.
Poitrine. Les poumons sont pâles etïïprteraent engoués de
sérosité qui flue à la section et surtout à la pression. Les bron-
ches n'offrent point de rougeur; les veines pulmonaires con-
tiennent des caillots fibrineux. Il n'y a pas de sérosité dans la
H. ESSENTIELLES (sporadiques). 357
plèvre droite ni dans le péricarde ; mais il y en a environ
une demi-pinte dans la gauche. Le cœur présente une dilata-
îion assez remarquable du ventricule gauche. Les valvules
iont saines. Les cavités des oreillettes contiennent des cail-
.ots fîbrineux.
, Abdomen, Le foie, assez volumineux, dépasse les fausses
::ôtes de trois travers de doigt , surtout pi'ès de l'épigastre ; la
irate est saine; l'œsophage est sain; l'estomac est énormément
ililaté par des gaz, et les veines gastriques se dessinent à tra-
ders ses parois sous la forme de lignes bleuâtres , formées par
ii'imbibition de sang transsudé ; la membrane muqueuse de
Bestomac est ramollie. Ces phénomènes paraissent dus à la
imtréfaction. Les veines intestinales sont aussi très apparentes
tur plusieurs portions de l'intestin grêle. Le gros intestin
».'ofiFre rien de particulier. Le pancréas est sain.
L Le rein gauche, plus volumineux que dans l'état normal, pèse
»QViron cinq onces; la membrane fibreuse en est tellement
bdhérenteen plusieurs points, qu'on ne peut la séparer du rein
uns en déchirer la surface. Extérieurement, la substance cor-
icale est généralement décolorée , et sur quelques points elle
it d'un blanc mat jaunâtre, sans offrir la plus légère trace des
Uits polygones veineux qu'on observe à la surface du rein
in. Cette anémie, légèrement jaunâtre, était tout-à-fait ana-
fjue à celle que j'ai observée dans plusieurs cas de néphrite
ironique. On observe en outre à la surface du rein plusieurs
^pressions irrégulières à fond rougeâtre, comme à la suite
s néphrites. Il y [a dans le bassinet dois caillots fibrineux,
rraiformes.
A la coupe , la substance corticale est, sur plusieurs points,
un jaune morbide. La substance tubuleuse n'est point sensi-
oraent altérée. Quant à la membrane muqueuse du bassinet,
R est trois fois au moins plus épaisse que dans l'état naturel,
surface eu est rugueuse, inégale, d'une teinte jaunâtre, par-
née de petits points rouges. Les orifices de plusieurs calices
tu évidemment rétrécis. Il n'y a sur la membrane interne du
ssinet ni déchirures, ni ulcérations qui eussent pu fournir
emorrhagie. Le rein placé sous l'eau, de l'air insulHé dans
358 HÉMORRHAGIES HENALES (S™ groUpe).
la veine rénale s'échappe seulement par les ouvertures de ce
vaisseau produites par la section ; il n'y a d'ailleurs daus le
bassinet aucune ouverture accidentelle par oîi le sang artériel
ou veineux ait pu jaillir. L'uretèife de ce côté est plus dilaté
que celui du côté droit, et la membrane muqueuse, jusque
près de la vessie , offre une altération analogue à celle du bas-
sinet.
Le rein droit, décoloré, de dimension ordinaire, pèse quatre
onces environ, et n'offre pas de taches jaunes, ni de dépressions
comme le rein gauche. A la coupe , les deux substances pa-
raissent Saines. La membrane muqueuse du bassinet est épais-
sie, granulée à Sa surface. Cette altération se continue daus le
comniencement de l'uretère. La veine rénale droite ne contient
pas de caillots; mais il en existe un petit dans celle du côté
gauche. Les capâules sutrénales sont saines. La vessie contient
peu d'urine, non sanguinolente, Sails mucus apparent , sans
caillots fibrinëtix. Sur la membrane muqueuse, on voit deux
fietites taches rougeS, éloignées des orifices des uretères. Dans
tous les autres points, elle a son aspect normal.
En résumé, les altérations observées chez cet homme prou-
vent qu'il a succombé à une hémorrhagie rénale , puisqu'il
existait des caillots fibrineUx dans la cavité du bassinet du
rein gauche. Lè rein droit, le bassinet et l'Uretère du même
côté ne contenaient point de caillots, et on ne peut dire si une
partie du sang était fournie par ce rein.
L'augmentation de volume du rein gauche , les dépressions I
observées à sa surface, l'anémie jaune d'une partie de la sub-
stance corticale , l'épaississenient et l'aspect de la menibraile !
toUquetisè du bassinet , étaient le résultat d'une inflammation |
chronique, à laquelle l'hémorrhagie avait probablement suc- j
cédé , gan^ en être Une dépendance. L'examen de la vessie a|
prouvé qu'elle n'avait aucune part à l'hémorrhagie.
5 774. Des cas analogues aii précédent sont très rares; mais, 1
si on considérait comme essctitidles toutes lés hématuries qui ,
riè peuvent être rattachées, pendant la vie des malades , à uncj
âffèttièn locàlé ou géuéràle déteriftinée, il me serait facile dcj
l^at»pcl«r plusieurs exemples de semblables hémorrhogies^
H. ESSENTIELLES {sporudiques). 359
i! Ainsi, Horst (i) rapporte qu'un enfant âgé de 8 ans, d'une
t constitution grêle, ayant habituellement peu d'appétit et une
V soif insatiable , pissait très souvent du sang sans éprouver
t ^oeune douleur aux lombes , ni même en virinant.
D'autres cas sont peut-être encore plus concluans; je veux
I parler de certaines hématuries survenues après des accès de
a folère. Joseph Peigne, âgé de 66 ans, fut reçu dans les salles de
l'hospice de Bicêtre, pour y être traité d'un pissément de sang
ij as3ez considérable, survenu presque immédiatement après un
H violent accès de colère. Des douleurs hypogastriques des plus
\ vives avaient précédé l'apparition du sang; le malade s'était
f plaint aussi de ténesme du côté de la vessie , de chaleur et de
r douleur dans toute la longueur du canal de l'urèlhre. Le sang
r rendu par les urines était d'abord assez rouge , après quoi il
f prit une couleur beaucoup plus foncée ; la région des reins était
h h siège d'une pesanteur insolite et d'une chaleur assez pronon-
> cée; le malade disait aussi y éprouver de temps à aiitre quel-
- ques douleurs assez vives. On prescrivit le repos au lit, la
diète absolue, l'usage des bains chauds, et de tisanes mucilagi-
neuses. Le lendemain , on eut recours à ime application de
sangsues dans la région du périnée, et on continua d'ailleurs les
autres moyens prescrits la veille. Le troisième jour, le malade
éprouvait déjà un mieux très marqué, ses urines conleuaieiil
moins de sang. Il n'éprouvait plus autant de ténesme , ni de
chaleur du coté de la veçsie. Le jour suivant, le mieux se sou-
tint, et cependant ,o^ np se relâcha pas de 1^ sévérité du ré-
i giin« ; les tisanes mucilagipeuses furent continuées. Le cin-
> quièine jour, le malade était comme en parfaite santé, ses
urines sortaient hbrement et sans aucune espèce de douleurs ,
1 elles ne contenaient plus aucune quantité de sang; plus de
> ténesme, plus de chaleur, plus de pesanteur dans la région
lombaire; l'appétit se prononce, et le malade demande des ali-
: mens. On commence par lui accorder quelques potages ; apriis
, {i) Hoïst. Opéra tntdica. Lib. iv. De moibU iniimi ventris, pag. aaô.
Obs. lu. Goudie, in-4., i66i.
36o HÉMOliRHAGIES IIIÎJVALES ('3'" gtOUpe).
quoi, on lui permet des alimens plus solides. Il sort des salles
et reprend ses occupations accoutumées (i).
§ 775. Je n'ai point observé d'héraorrhagies rénales pério-
diques, et à en juger par le très petit nombre de faits connus,
si on excepte les cas d'héraorrhagies supplémentaires , soit des
règles, soit des hémorrhoïdes, et les cas d'hématuries liés à des
lièvres intermittentes, les cas d'hématurie périodique doivent
être extrêmement rares.
G. Frank (2) affirme que de Ilouest lui rapporta avoir vu, à
Sédan , un boucher , qui , tous les mois, rendait du sang par la
verge. Cette circonstance ayant été divulguée, elle excita un tel
dégoût, que personne ne voulut plus aller acheter chez lui.
Salmuth cite un fait analogue (3).
Plusieurs autres auteurs parlent de cas pareils, sans rappor-
ter les détails nécessaires. Ainsi, on lit encore dans Chopart (4)
un exemple d'hématurie, à période mensuelle, qui fut com
(1) Journal général des hôpitaux civils et militaires. In-fol., 7 janvier
182;), t. it, p. 27.
(2) Epliemer. nat. cur., dec. 11, aou. vi, ob. 83, p. 174.
(3) Un miniblrc protestant étnit sujet depuis plusieurs annéesà une héma-
turie périodique, comme meustruellc. Cette liémorrbagie étant devenue plus
abondante et paraissant.^ des époques incommodes,le pasteur demanda, pour
la guérir, un remède à une certaine femme. Celle-ci lui prépara une potion
dont elle lui garantit le succès pour le rétablissement de la santé. Le mi-
nistre la prit, et l'écoulement de sang fut supprimé ; mais, bientôt après, le
malade fut saisi d'oppression, d'une grande difficulté de respirer, et mourut
peu de jours après (Salmuth. Cent., obs. 47). Christophe Burgmann dit aussi
avoir observé un pissement de sang périodique dans une femme.
(4) Chopart, Traité des maladies des 'voies urinaires, t. 11, p. 58. —
Cette observation a été rapportée avec moins de détails dans le Bulletin des
sciences médicales, juin i8oç). Lebœuf raconte un cas plus extraordinaire
encore ; c'est celui d'un jeune berger qui, depuis deux ans, était sujet à une
évacuation de sang par la verge et dont les retours étaient réglés comme ceux
de la lune. Cet écoulement durait deux jours et donnait environ quatre onces
de sang vermeil. Le retour de cet écoulement n'était précédé d'aucune dou-
leur, soit dans les reins, soit dans les parties de la génération ; il commen-
çait ordinairemeut .i se manifester dans la nuit. Cet individu, dont les seins
étaient très développés, n'était pas le seul qui fut sujet à cet écoulement pe-
H. EssEWTiFXLEs {pèriocUqucsy 36 r
muniqué à la Société médicale d'Emulation, en 1809, par le
1 docteur Chaumelon.
Le nommé Grosjean, soldât, né en 1778, tomba, à l'âge de 19
i ans, dans un état de langueur, d'abattement et de malaise,
. semblable à celui qui précède, chez les filles, la première crup-
, tien menstruelle. Une tumeur parut à la région hypogas trique ;
1 quinze jours après, elle s'accompagna de douleurs, et il se ma-
nifesta une dysurie insupportable. L'opération de la sonde
, ayant été pratiquée, il sortit une grande quantité d'urine mêlée
de sang en partie fluide et en partie coagulé. Alors la tumeur
liypogastrique , la douleur et la dysurie disparurent comme
>.par enchantement. Depuis ce temps, Grosjean a toujours joui
d'une bonne santé, et chaque mois, il rend par l'urèthre dix à
><douze onces d'un sang très pur. Cet écoulement a la plus
grande analogie, ou plutôt une ideotité parfaite avec le flux
menstruel : des phénomènes semblables en précèdent, accom-
pagnent et suivent l'apparition , et il est influencé par les
imêmes circonstances. C'est ainsi qu'une fois, entre autres, cet
Khomme, à l'époque de son écoulement périodique, fut obligé
(de traverser une rivière à la nage; le flux se supprima, le ma-
Jade éprouva une vive douleur aux lombes, une céphalalgie
Tcruelle, et resta six mois faible et languissant, tourmenté par
des nausées, des vomissemens et de fréquentes attaques de
ysui'ie, qui exigeaient l'emploi de la sonde, et se terminaient
ar l'évacuation d'une urine sanguinolente. Grosjean est d'un
riodique ; il avait un père et quiuze frères qui, cotome lui, avaient régulière-
nent tous les mois un écoulement sanguin par la verge {Journal de rnéd., t. v,
C756, p.-28o).
I Le docteur JuuUietton rapporte un cas tout-à-fait analogue au précédent :
|i Jean Bcroclic, de la commuae de Bonat, arrondissement de Guéret, con-
prit de 1814, est sujet depuis l'âge de i5 ans, à une bémorrhagic périodique
|3t régulière par la verge. Elle se renouvelle du aS au 3o de chaque mois et
dure trois à quatre jours. Ce jeune liouimc est d'une constitution grêle et
lible. Sa conformation se rapprocbe un peu de celle de la femme ; il a le»
buisses un peu plus écartées, le bassin un peu plus évasé, et la poitrine plus
resserrée que uc le comporte sou sexe (Journal de médecine de Corvisart,
[ioronx et Boycr. avril, i8i3, p. Say).
362 HÉMORRHAQIES RÉPÎALES (3"' groupe).
tempérament lyraphatico- sanguin, comme la plupart des
femmes ; il possède d'ailleurs tous les aliribuls de la virilité •
leçt grand, vigoureux, a la voix mâle, la figure ornée de barbe
les mamelles non proéminentes, les parties de la génération
très biep développées ; il est inarié et père de deux enfans sajij»
et robustes.
§ 776. Pierre Frapk cite le cas suivant comme un exemplç
de diviation des règles par Ips voies urinaires.
ÏJne femme, d'une constitution faible, qui perdait abondam-
mept deux fois par mois, mère cependant de sept enfans venus
à, terme, jouissait depuis trente ans d'une assez bonne santé;
fille qe se plaignait que d'une faiblesse dans les reins. A l'é-
poque où les règles avaient coutume de paraître , elle éprouva
un léger mouvemeut fébrile , avec chaleur le soir , rémission
dans la matinée. Au bout de deux jours, ces symptômes se
disfsipèrent , saps amener l'écoulement menstruel. Il se mani-
festa une douleur très forte aux lombes , qvec tension , senti-
ment général dp faiblesse, surtout dans les extrémités infé-
rieur'^s , qui refusaiept de soutenir le corps ; amertume de la
bpi^cbe, pansées , vomituritions. Bientôt elle ressentit de fré-
quentes envies d'priner ; l'urine s'écoulait en petite quantité à-
la-fois, sans ardeur, mêlée de sang; son accumulation dans
la vessie occasionait un sentiment de pesanteur vers les parties
génitales, et aprps son excrétion, le sang se précipitait en abon-
dance au fopd du vase. Ces symptômes continuaient depuis dix
jours, lorsque son médecin lui prescrivit une saignée et un
laxatif avec la pulpe de casse. Ces remèdes les firent dispa-
raître, à l'exception de l'hématurie, qui éprouva seulement une
diminution. C'est à celte époque que la malade se fil trapspot?
ter à l'Institut Clinique ; elle présenta à notre examen les symp-
tômes suivans : couleur livide à l'angle interne des yeux; rou-
geur des joues; gencives fongueuses et saignantes au moindre
frottement, décollées ; dents vacillantes ; haleine fétide; séche-
resse de la peau ; douleur à la région des reins ; sentiment de
suffocation par intervalles; pouls petit, sans être fréquent;
qVSBUté considérable de sang dans les urines. On prescrivit
rémulsion arabique et le petil-l^il pour bq^sso^. 1(6 aoiy»!^
H. ESSENTIELLES [supplémentaires) . 363
malade fut tranquille. Le lendemain matin, elle remplit un
grand vase d'urine ; la partie la plus épaisse du sang fournit un
dépôt considérable; la sérosité surnageait au,-dessus du, caillot
comme de l'huile. On mit la malade à l'usage d'une décoction
de quinquina, et de l'eau aiguisée avec de l'acide aulfurique.
Le troisième jour de l'entrée à la Clinique , urines renduça
en plus grande quantité, avec les mêmes cî(ractèresi quelques
douleurs dans les lombes ; pouls petit et fréquent ( Décoction
de quinquina ; fctit-laii alumine^ régime pius nourrissant].
Après dîner, légère horripilation ; quatre selles accompagnées,
de l'excrétion des urines ; douleurs qui s'étendent d'une hanchq
à l'autre. Le soir, sueur; la quantité de sang est moindre; le^
douleurs des hanches disparaissent,
Le quatrième jour, pouls presque naturel {Mêmes remèdes]^
Le cinquième jour , la malade remplit deux vase^ d'urine ;
au fond du premier , on voit une petite quantité de sang noi"
râtre , et sorti depuis long-temps de son vaisseau ; le second
contient un sédiment puriforme. Il survient d*ps l'hypo-^
chondre gauche une douleur qui augmente par la pression ;
mais la sueur et deux selles qui paraissent le soir, dissipent ce
symptôme.
Au bout de quelques jours, cette femme sort de la Clinique
parfaitement rétablie.
§ 777. Il faut rapprocher de cette observation le fait suivant,
raconté par Chopart :
Obs. in. — Gaérison d'uD ancien ulcère, suivie de divers .iccidens; .nppariT
lion des règles vers la vingt-neuvième année; bcmaturie suspendant les
règles pendant plusieurs mois. Retour des règles; puis nouvelle héma-
turie suivie d'une nouvelle suspension des règles. Ces alternatives se ré-
pétant pendant longues années; mort à 5i ans; absence de lésions maté-
rielles dans les voies nrinaires (Chopart. Traité des mal, des voies uri-
naires, t. ir, p. 58). '
a Une demoiselle, qui n'était pas encore réglée à l'âge dç
17 ans, eut, à la partie antérieure et inférieure de la jambe
droite , un ulcère variqueux qui fourniesait du sang tous le*
meis peudaal trois ou quatre jours. Tant que dura C€t écoule*;
364 HÉMORRHAGIES RENALES (3'"" groUpe).
ment , elle jouit d'une parfaite santé. Onze ans après cette pre-
mière époque , le libia , qui était dénudé , s'exfolia , l'écoule-
ment sanguin s'arrêta , l'ulcère guérit. Il survint alors des
maux de lêle , des anxiétés, et surtout, par intervalles, cet
orgasme qui annonce et prépare les évacuations critiques. Le»
saignées , les fomentations , les martiaux , les boissons ga-
zeuses, etc., n'eurent d'autre effet que d'occasioner , ou au
moins de favoriser une sorte d'éruption érysipélateuse sur
tout le corps j laquelle cessa au moyen de quelques saignées,
tant du bras que du pied. Vers la vingt-neuvième année , les
règles parurent , mais elles furent peu copieuses, elles gardè-
rent entre elles des intervalles de cinq à six mois. La malade
traînait alors une vie languissante ; la digestion était difficile,
le sommeil agité, avec des bourdonnemens dans la tète. A 33
ans, elle faisait encore usagé des apéritifs et des martiaux, à
cause de l'irrégularité de ses règles et de leur petite quantité.
Un pissement de sang assez léger leur succédait et continuait
alternativement pendant trois ou quatre mois. Il augmentait
successivement sans aucune interruption; puis il s'arrêtait, et
les règles reparaissaient. Cet état a duré près de dix-huit ans.
La malade a pris beaucoup de remèdes pour arrêter le pisse-
ment de sang : les pilules alui):iiueuscs , les boissons acidulées
avec l'eau de Rabel. Lorsque cet écoulement, par les voies uri-
uaires, sr'arrêtait ou diminuait, elle éprouvait des douleurs
violentes à la tête, un sentiment gravatif dans tous les mem-
bres,- elle avait alors recours à des pilules savonneuses qui
rappelaient celle espèce de flux naturel. On lui donna aussi
des antiscorbuliques : cependant ses gencives étaient fermes et
saines, ses dents blanches et bien affermies dans leurs alvéoles,
il ne paraissait sur son corps ni taches exan thématiques, ni
marques d'ecchymoses , et le sang qui s'écoulait avait une
louable consistance. Agée de 45 ans, celle demoiselle s'est ma-
riée, et a continué l'usage de différens remèdes pour arrêter le
pissement de sang. Quelque temps après, elle perdit le som-
meil, elle eut des envies fréquentes d'uriner; sa peau était
sèche ; la fièvre survint avec des frissons , les agitations du
corps furent plus considérables. Les urines, qui étaient rare-
n. ESSENTIELLES {supplémentaires). 365
ment claires , ne donnaient pas de sédiraens graveleux. La
malade se plaignait souvent d'une pesanteur dans les lombes ;
qui s'étendait vers la région hypogastrique. Elle consulta
j M. François, chirurgien à Pontigny, en Champagne. Il porta
une sonde dans la vessie, et n'y reconnut pas de pierre. Les
douleurs devinrent violentes par la difficulté de rendre les
i urines; leur cours fut intercepté par des caillots de sang; on
en procura la sortie au moyen d'une algalie qu'on laissa dans
la vessie pendant plusieurs jours. Pensant que le pissement
'. de sang provenait d'un ulcèi-e variqueux de ce viscère, on y fit
■des injections avec une décoction d'orge, de lin, de miel rosat,
et un peu d'eau-de-vie , ce qui procura quelque soulagement.
-Lorsque le sang recommençait à couler en abondance, il se re-
; formait des caillots, qui, s'engageant dans l'urèthre, intercep-
taient la sortie des urines, et nécessitaient l'introduction de la
sonde. Malgré les pertes de sang par les voies urinaires , celle
femme a conservé son embonpoint ; mais il avait une apparence
jiiorbifîque ; la peau était pâle et la graisse mollasse. Elle est
morte à l'âge de 5i ans. A l'ouverture de son corps, ou n'a
•l ouvé aucune marque d'affection particulière. La vessie était
petite : elle contenait environ trois onces d'urine brunâtre. Il
n'y avait ni ulcération , ni fongus , ni varices. Les autres voies
urinaires étaient saines. Les vaisseaux rénaux ont seulement
•paru plus volumineux qu'à l'ordinaire. »
§ 778. Dans l'observation suivante, il y a sans doute plus
d'une incertitude à l'égard de la nature et d u si
imaturie ; mais, d'un autre côté, le fait de l'existence antérieure
d'épistaxis habituelles, auxquelles succèdent plus tard une
ihématurie dont les attaques se renouvellent fréquemment pen-
(|dant plusieurs années, m'a déterminé à rapprocher ce cas des
ihématuries supplémentaires.
Durand, âgée de 49 ans, marchande des quatre saisons, en-
itra, le =8 novembre i83G, à l'hôpital de la Charité.
' Celte femme raconte qu'elle fît, à l'âge de 10 ans et demi une
«bute sur des échalas, et l'un de ces échalas la blessa aux par-
ties génitales. A la suite de cet accident, elle eut une Inconti-
raence d'urine. A part cette infîrmilé et les hémorrhagies dont
366 hi5norrhagies banales (3"" groupe).
nous allons p&rler , jamais elle n'était malade. Elle vivait {, la
campagne,gardanl les vaches ou ramassant du bois dans la forêt.
La menslmation, peu abondante , et qui durait de deux à
quatre jours, se fit toujours régulièrement depuis l'âge de i5 ans
jusqu'à l'âge de 3^ ans. A 20 ans , sans cause connue , celte
femme fut prise d'épistaxis qui persislèrent jusqu'à l'âge de
3o ans. Elle afarme que , pendant cette longue période , elle
rendit, presque tous les jours, un verre ou un demi -verre
de sang. Ces hémorrhagies altérèrent fort peu sa santé.
Quelquefois seulement, elle était pâle et affaiblie momentané-
mtnt. EIIb Se rtiarià à ag ans , et n'eut pas d'enfans. Les épis-
tàxis cessèrent à 3o ans, sans que leur suppression déterminât,
pendant trois à quatre années, aucun changement défavorable
dans l'éconxjmie.
Jusqu'alors l'îticontinence d'urine avait été le seul accident
du côté -des voies urinaires : toutefois, de temps à autre, la ma-
lade éprouvait dans la région de la vessie et de l'utérus des
élancemcns douloureux, mais jamais de douleurs daus les
Tfeins, jamais dcïafig ni de glaires dans l'urine,- quelquefois
il y avait unie assrZ forte proportion de sable.
A 34 ans en^•i^on survint une hématurie qui se renouvela
tous les jours pendant six mois. Cette hématurie ne put être
attribuée à auctjtie cause évidente; elle cessa pendant deux
ans, puis reparut pendant cinq, puis cessa une année; et, de-
J)'iiis un an^ elle disparaît Une huitaine ou une quinzaine
de jours, pour reparahre pendant autant de temps. Ni sa mère,
ni sa soéUr, ni Son père, n'eurent jamais d'hémorrhagie pareille.
Quant à elle, jamais elle n'eut d'hémorrhoides, ni d'hémopty-
Sié , ni d'hématénièse ; point de taches à la peau , point d'allé-
ï^tion scorlîUtiqïre des gencives.
Quelquefois le sang se coagule dans la vessie; alors il y a
rétention , et la malade a Coutume d'exposer les parties géni-
tales à la vapetir de l'eau de morelîe et de tète de pavot, et les
urines t-eparaissent , entraînant avec elles des caillots qui ont
In forme âc sanysuei.
Elle n'a pas remarqué que le retour de l'hématurie fi\t flè-
tetwinée par ancnne action extérieure, évidente.
H. EssKNTi ELLES {siipplémeMaires). 3617
Point de douleur à la région des reins ou le long des uretères,
même à la pression ; élancemens dans la vessie^
Par le toucher vaginal, on apprécié le volume de l'utérus, qui
paraît petit; les lèvres du museau de tanche sont lisses, égales,
d'une bonne consistance. L'espace qui sépare le clitoris de l'o-
rifice de l'urèthre semble plus allongé qu'à l'ordinaire, et pré-
ntfe comme un tissu blanchâtre parfois inégal ( traces d'aU-
iennes cicatrices). L'orifice de l'urèthre, situé très bas et fort
ten arrière, est comme perdu au milieu de cinq ou six végétâu
Ions dures, grosses, disposées en rayons, qtii n'ont nullement
l'aspect des végétations syphilitiques, et qui ont une graildé
lureté. En faisant uriner la malade, on voit le liquide suinter
lu milieu de ce champignon, et on peut avec beaucoup dé
pine introduire la sonde. Cette Sonde, introduite évidemment
ians la vessie, puisque l'urine s'échappe de son extrémité n'a
.ns une direction droite; il semble que le canal de l'urèthre'àoil
lévié. La vessie a un volume normal, et les mouvement de U
i'Hide, bien que très douloureux, ne font apprécier aucune
umeur, m aucune altération organique de ce réservoir
Les unnes sont rendues en une vingtaine de fois par vingt-
tuatre heures : elles sont troubles et abondantes, et de plus
contiennent une proportion assez considérable de san- elles
ont acdes, et ont Une odeur urineuse très prononcée. ialléèS
" r T'"^""" •'"^^ légère phi-
3oH.oh d albumxne. Les règles n',m pas paru depuis l'âg! de
Les digestions sont bonnes; les selles régulières
>e i> pâleur et de I amaigrissement.
Dès 1, lendemain, la proportion tlu sang dl,„i„Ua et Iroi*
o-s apr., „rt„e, avaient la cotdeur n°ormair;. C
..l..<.ue, elles passent rapidement au rdse, .. „ ,roJ^
•.XtutT'"' -»^« c.t„pm«e„.»6„.
° • '<= reproduire de temps J ,m„.
368 UltMORUHAGinS RlîiVAI.KS (3""' g/'OUpe).
§ 779. On a aussi désigné sous le nom d'hématuries sup-
plementaïres certains pissemens de sang survenus après une
suppression du flux hémorrhoïdal , et qui le plus souvent
affectent dans leur retour une certaine régularité. Chopart(i)
cite le fait suivant d'après les Actes des curieux de la nature:
Un homme de lettres, âgé d'environ 53 ans, qui avait beau-
coup d'embonpoint, et dont le tempérament tendait à l'affec-
tion hypochondriaque, eut pendant un grand nombre d'années
un flux hémorrhoïdal modéré, qui, loin de l'incommoder, con-
tribuait au bon état de sa santé. Cette évacuation s'arrêta d'elle-
même. Il eut pendant l'automne un frisson et des mouvemens
fébriles accompagnés d'inflammation aux amygdales. Après
une saignée du bras , il parut soulagé ; mais la nuit suivante ,
il lui survint un pissemenl de sang : il en rendit plus d'une
livre sans aucun mélange d'autre liqueur, sans aucun senti-
ment de pesanteur ni de tension douloureuse au foie , aux
reins et à la région hypogastrique. Ce phénomène jeta le ma-
lade dans la plus grande consternation. Les trois jours qui
suivirent, son urine ressemblait à de l'eau dans laquelle on
aurait lavé des chairs d'un animal nouvellement tuéj l'excrétion
ne pouvait s'en faire sans qu'il ne ressentît des douleurs aiguës
à la verge : l'urine s'arrêtait quelquefois lout-à-coup , et ne
sortait plus que goutte à goutte, comme dans la strangurie, ce
qui fit présumer au malade qu'il avait une pierre dans la ves-
sie. Il usa pendant quelque temps de remèdes émoUiens, puis
de lithontriptiques, et il n'en reçut aucun soulagement. Enfin,
l'ardeur et les douleurs s'étant fait sentir plus vivement en-
core qu'auparavant, il rendit en urinant quantité de caillots
de sang, qui ressemblaient par leur forme à des foies de bro-
chet. L'instant d'après, toutes ses douleurs cessèrent, l'urine
parut claire et colorée comme dans l'état naturel, sans aucun
mélange de sang. Le malade se crut guéri ; mais il se flatta trop
tôt, car deux mois après, cette dilEcullé d'uriner, accompagnée
d'un sentiment douloureux, lui revint comme la première fois.
(l) Cliopart. Des mal. des voies urinaires, f. ir, p. 60. — Ephem. nat, car,
Dec. I, ann. viii, Obs. xxrir, p. 4a-
H. ESSENTitîLLES {supplémentaires). 369
Il a été sujet à cette incommodité, sans que les retours eussent
des périodes réglées et que les symptômes fussent les mêmes.
Il rendait d'abord une grande quantité de sang pur et bril-
lant, sans mélange d'urine, sans douleurs de reins : ce sang se
£ coagulait très promptement. L'urine paraissait ensuite teinte
ide sang noir, et ne changeait de couleur que lorsque les cail-
lots étaient sortis de la vessie. Il est inconcevable combien le
malade en a rendu par cette voie. Il a pris différens remèdes :
des styptiques, des astringens, des consolidans, des altérans,
sans en éprouver aucun soulagement. Les saignées n'ont pas
. mieux réussi. Ce qui a paru surprenant, c'est que l'hémorrlia-
gie était d'autant plus abondante, que les saignées étaient plus
fréquentes. L'application de sangsues ne lui a pas élé plus
tutile; c'est pourquoi on lui conseilla de s'abstenir de tout re-
mède et de laisser agir la nature. On jugea que cette héraor-
rhagie était une crise salutaire qu'il était dangereux d'arrêter,
la surabondance de sang pouvant, par l'effet des remèdes, se
rporter sur quelque viscère et mettre le malade en danger de
périr. Il abandonna le soin de sa guérison à la nature. Depuis
fcelemps,à l'exception de cette hémorrhagie , sa sânté a élé
nussi bonne qu'elle pût être, jouissant d'un sommeil tranquille
letde toutes ses fonctions naturelles comme dans l'état le j)lus
fdésirable. Les retours du pisseraent de sang étaient annoncés
par une pesanteur dans tous les membres, par un sentiment de
tristesse et de mélancolie ; mais, dès que l'hémorrhagie cessait,
ces symptômes disparaissaient, et le malade reprenait sa gaîlé
•ordinaire. »
5 780. Latour d'Orléans (i) rapporte aussi un cas d'héma-
turie supplémentaire d'hémorrhoïdes ; le malade fut traité
lavec succès par les fleurs de soufre. Un autre cas d'hématu-
^►ie remplaçant un (lux hémorrhoïdal supprimé, rapporté par
Me docteur Chastaingt (2), a quelque ressemblance avec ces
observations; mais il paraît que les attaques, ou plutôt les
caroxysmes de l'hématurie, étaient bien inoins régulières.
(1) Latour. Traité philos, et méd. des hémorrhagies , t. n, p. 25.
(2) NoweU,hiUioihi<^ue médicale, i8a6, t. iv, p. 36a.
24
HIÊMORRHAGIES RÉNALES (3"" groupe).
Les saignées , loin de diminuer l'hémorrhagie , l'aggravèrent.
L'auteur de l'observation suppose que la source du sang
était dans la vessie , dont les veines seraient devenues vari-
queuses.
§ 78 t. Voici deux observations non moins curieuses et qui
appartiennent à une autre série de faits :
M. Elliotson (1) a vu, chez une personne, qui avait eu anté-
rieurement une fièvre d'accès^, une hématurie iniermiltente
guérie par le sulfate de quinjne. Le sang était toujours rendu
dans la période de froid. Un cas analogue est rapporté par le
docteur Gergères (2) : un jeune homme, capitaine de navire,
jouissant habituellement d'une bonne santé, fut pris pendant
deux heures de frissons très vifs, après lesquels se développa une
forte chaleur : pendant cette période , le malade eut besoin d'u-
riner; mais, au lieu d'uiine,il rendit par l'urèthre une grande
quantité de sang. Quelques heures après, une sueur s'établit, et
le malade se crut guéri. Le lendemain, à la même heure, retour
des mêmes accidens fébriles et de l'évacuation du sang. M. Ger-
gères prescrit un traitement émollient tant interne qu'externe.
Les symptômes cédèrent encore à la même heure que dans le
premier accès. Le troisième jour, les mêmes phénomènes se re-
produisirent encore avec plus de violence. Dès-lors on s'em-
pressa, vers la fin de l'accès, d'administrer le sulfate de quinine
à la dose de vingt-cinq grains ; ce moyen mit fin à tous les ac-
cidens, et en empêcha le retour.
Antérieurement, Stewart (3) avait publié l'observation d'une
hématurie périodique, traitée sans succès, depuis huit mois,
par la diète et le régime antiphlogistique, et qui guérit dans
l'espace de trois mois par le quinquina et les toniques. Le
sixième mois de ce traitement, le malade était complètement
rétabli.
§ 78a. On a vu des hématuries survenir vers la fin des ma-
(1) Nanmann, Handbuch der medicinischen Klinik, B. vr, S. 52.
(2) Journal de la Société royale de médecine de Bordeaux, 2" livrais., iSSj.
— Gazette méd. de Paris, i838, p. i5i.
(3) Comment, med. Opéra periodica dei cilladini Brugnatelli 8t V. H. Brert.
— Recueil périodique de Sédillnt, t. rtr, p.. 1
H. ESSENTIELLES (criti'ques). 371
ladies aiguës et leur servir de crise. Foreest rapporte l'ob-
servation suivante , d'après Amatus Lusitamis ■ Un jeune
homme très robuste et très coloré, atteint d'une fièvre in-
flammatoire très intense, avait été plusieurs fois saigné, jus-
qu'au septième jour , pendant le traitement de cette mala-»
die. Ce jour même il virina beaucoup de sang. Amatus ,
appelé par les parens qu'effrayait un tel accident , conjectura
d'après l'état du malade qu'il s'était opéré une crise salutaire
par les voies urinaires. Il tranquillisa les assistans, et prédit
une guérisou prochaine, qui eut en effet lieu peu de jours
i après (i)-
Plus rarement, on a vu des maladies anciennes et rebelles,
telles que des accès d'asthme, cesser après une hématurie de
I quelques jours de durée. Latour (2) rapporte le fait suivant :
< «M. de Cossoles, âgé d'environ 40 ans, était atteint d'asthme,
et n'en était incommodé que dans son lit. Aussitôt qu'il se cou-
chait, il éprouvait une grande oppression, une toux continuelle
et une expectoration si abondante , que les forces se seraient
épuisées dans les premiers paroxysmes, si le malade s'était ob-
stiné à rester dans son lit ; dès-lors la source de crachats au-
tait été inépuisable, et la faculté de s'en débarrasser aurait
manqué. Aussi , dès l'insulte d'une forte dyspnée , il quittait
|> son lit, et, quelques instans après, tous les accidens disparais-
saient; ainsi le malade pouvait provoquer son asthme en se
couchant, et l'arrêter en se levant. Il avait consulté beaucoup
de médecins sur cette affection déjà ancienne ; les béchiques
incisifs de toute espèce lui avaient été donnés inutilement j on
avait employé en vain les révulsifs irritans sur divers endroits
sympathiques de la poitrine,. ainsi que les purgatifs , les diu-
rétiques, les diaphorétiques et même les caïmans. Un docteur
voulut faire l'essai du quinquina , à cause du périodisrae noc-
turne de l'asthme ; les remèdes antérieurs n'avaient pas rem-
pli l'objet qu'on s'en était proposé ; celui-ci fit beaucoup de
(t) Yôycz : nn cas de pneumonie terminé par une béinaturie, 1. 1, p. Syg»
58o, 582.
(2) Latour, ouvr. cité, t. ii, p. 128.
24.
'■^7'^ nÉi\roRnirAGiEs rï^kales (3"" groupe).
mal. De lui-même le malade songea à prendre l'habitude de
ne plus se coucher : il établit dans sa chambre un fauteuil de
repos. La toilette de nuit était une camisole et un pantalon
d'une peau d'agneau apprêtée, dont la laine en dedans tenait
le malade très chaudement. Il piit tellement l'habitude de
passer ainsi les nuits, que jamais il ne se coucha dans son lit
pendant plus de dix-huit mois ; c'est ainsi qu'il pallia sa ma-
ladie^ sans pouvoir en déraciner le principe. Il éprouvait tou-
jours une disposition à l'asthme ; mais il tenait le moyen d'en
prévenir les paroxysmes, et de se préserver, par conséquent,
de SCS grands accidens. Sans cause connue , après une aussi
longue rémission , il ressentit tout-à-coup des douleurs vives
des reins, et une slrangurie violente qui le fit beaucoup souf-
frir, et qui nous fil juger que peut-être un calcul en était la
cause ; mais ces accidens se terminèrent par une hématurie.
Dès le moment de l'irritation des reins et de la vessie, sa poi-
trine reprit ses fonctions faciles , et avec une telle liberté , que
couché horizontalement dans son lit, le malade respirait et re-
posait sans éprouver la moindre gène. Le jour, il pouvait se
promener et monter un escalier, sans exciter sa primitive
dyspnée. Je fus appelé, et, considérant attentivement la série
des accidens , j'imaginai qu'un mouvement fluxionnaire hé-
morrhoïdal avait établi, ou des varices, ou un mode conges-
lionnaire quelconque dans le poumon, d'où dépendait l'asthme ;
mais jamais le malade n'avait eu des hémorrhoïdes, et De Haen
dit : Conjecturando forte aliqiiid tolerabile 'proferimus ali-
qiiando. Cependant l'excitation forte de la vessie, et l'hémor-
fhagie qui en avait été la suite, avaient guéri l'asthme comme
par enchantement. Cette dérivation naturelle dans les voies
urinaires , de la cause existant primitivement dans la poi-
trine, me fit estimer que, pour préserver à jamais le malade de
l'asthme , l'art devait ici imiter la nature j ainsi , l'hématurie
déjà à sa terminaison, je conseillai ensuite, tous les quatre
mois, pendant plus d'un an, l'application de huit sangsues à
l'anus. Je persuadai au malade qu'elles exciteraient une effu-
sion sanguine qui ferait dériver dans les hémorrhoïdes le mou-
vement fluxionnaire, qui, sans cette précaution, pouvait encore
H. ESSENTIELLES (endémiques). 378
reprencU'e sa direction vicieuse vers la poitrine. Il suivit exac-
tement mes conseils. Plus de deux ans et demi ensuite, il
éprouva un vomissement de sang considérable. Je le vis fort
inquiété de cet accident nouveau. « Docteur, me dit-il, vos
soins me sont plus importans que jamais. Jadis j'eus une perle
de sang salutaire j vous jugerez celle-ci tout autrement d'après
la voie dangereuse qu'elle prend. » Le malade avait éprouvé
une fièvre intermittente longue, qui avait déterminé une con-
gestion sanguine à la rate, encore alors très engorgée, mais
dont le volume était diminué de moitié depuis l'hémfitémèse ,
selon la remarque du malade lui-même. Par conséquent, je ne
fis rien pour diminuer cette hémorrhagie, qui me confirma
l'opinion que j'avais eu de l'origine hémorrhoïdale de l'asthme.
Je me bornai à favoriser les évacuations par les lavemens avec
la décoction des plantes apéritives , par l'usage intérieur du
petit-lait et du bouillon d'herbes. A mesure que les déjections
alvines firent couler le sang, la rate se déprima. Ce flux cessa
ensuite de lui-même. Pour eu empêcher enfin le retour, ainsi
que celui de l'asthme , l'application réitérée de sangsues aux
vaisseaux hémorrhoïdaux , les eaux de Ségray, près de Pithi-
viers, pour boisson ordinaire, celles de Vichy le matin , réus-
sirent bien, et remplirent d'ailleurs l'indication que présentait
le dérangement organique de la rate. »
5 783. Hématurie endémique des régions tropicales.
La recherche de la fréquence ou de la rareté de certaines
maladies , et en particulier des affections des voies urinaires
dans les différentes régions du globe , est une étude aussi in-
téresante pour le physiologiste qu'instructive pour le patho-
légiste , surtout si on complète cette étude par la connais-
sance des modifications plus ou moins profondes que ces
maladies reçoivent de l'influence des différens climats. Les
praticiens du continent , que le hasard ou leur réputation
appelle à traiter ces affections chez des colons venus en Eu-
rope, comprennent vite que cette étude n'est point un objet
de pure curiosité ; car seule elle peut les éclairer sur des
circonstances particulières et caractéribliques, relatives à la
HiÎMOr.nHAGlES RÉNALES (3"" gl'OUpé).
nature de ces maladies et au traitement que leiu' origine exo-
tique rend nécessaire.
S'il en élait besoin, ces remarques seraient justifiées par
l'étude d'une maladie dont l'existence n'est nieulionnée ni
dans nos ouvrages classiques de pathologie (i), ni dans les
encyclopédies ou les dictionnaires de médecine ; affection que
j'ai lieu de croire peu connue du plus grand nombre des pra-
ticiens, je veux parler de l'hématurie endémique (2) de l'Ile-
de-France, de l'Ile-Bourbon et du Brésil, que j'ai observée chez
plusieurs colons venus à Paris.
' (i) On a lieu d'être ùtonné que le docteur Marsball ne parle pas de l'héniatu-
rie de rile-dc-France dans son Esquisse de géographie médicale {Sketch 0/
the geograp/iical distribution of diseuses, Ediab. nied. and surg. journal,
t. sxxvi. p. 33o).
(2) Je ne sache pas que l'hématurie sous forme endémique Al observée
chez l'homme, en France, ni même dans les contrées méridionales de l'Eu-
rope; mais on assure qu'on a vu des hématuries régner endémiquement, dans
quelques localités, chez les animaux domestiques. Toutefois, il faut distinguer
les hématuries réellement enrfeWyuej et dépendant des lieux, de celles qui
sont le résultat de certaines nourritures communes à un même troupeau ou
aux animaux domestiques d'une même contrée. Ainsi J. P. Frank {Médecine
firatique, trad. de P. M. Goudarean , t. m, p. 366) assure que le cystus
lauri/olius occ.isionnc le pisscment de sang chez les brebis, et que différentes
espèces de renoncules produisent le même accident chez les vaches. M. Hur-
trcl-d'Arboval dit avoir vu toutes les vaches d'une exploitation atteintes d'Iié-
uiaturic pour avoir ni:ii:gé des feuilles d'if {Dici. de mcd. vétérin., art. I/é-
mattirie). M. J. C. Favrc a décrit, sous le nom de hématurie des feuilles, un
pisscment de sang qui a lion, dit-il, chez le gros bétail surtout au prin-
temps, et qui a pour cause ordioairc le pâturage dans les taillis et les brous-
sailles {Recueil de méd. ■vélérin. pratique, iSi'], juillet, août, septembre, etc.).
Chez l'homme, l'iicuiaturic sous forme épidémiqne doit cire également fort
fare en Europe. A ce sujet, le passage suivant de Reil est la seule observa-
tion que je puisse citer : « J'ai vu une fois, dit-il, l'hématurie régner épi -
0 démiquement comme maladie aiguë. C'étaient surtout des hommes jenues
<T et bien portaus qui en étaient atteints , du reste sans accideus fâcheux; ils
« guériss.iient rapidement. •■ {Fieberlhere , t. m, p. 124, 2" cdit.)-
M. Drouard {de P Hématurie dans l'espèce bovine. Héc. de méd. vélérin.
prat., octobre 1837) dit que chez les vaches l'hcmaturie est très fréquente
*u printemps, sans l'indiquer comme épidémique.
H. ESSENTIELLES {endémiques). 875
Je vais rappeler brièvement les principales observations
«faites sur cette maladie par les médecins français qui ont
.••exercé à l'Ile-de-France.
Ch. Chapotin (i) s'exprime ainsi dans sa To-pographïc de
, l'Ile-de-France :
a A l'Ile-de-France, l'enfant, quel que soit sou sexe, est
;aUeint, dès l'âge le plus tendre, d'hématuries qui annoncent
la faiblesse de la membrane muqueuse des reins. Chez les uns,
elles sont continuelles et légères; chez les autres , elles revien-
ment par intervalle, avec difFérens degrés de force : elles sont
rordinaiiement sans douleur et sans aucune lésion de la santé,
U serait dangereux de les supprimer; on doit se borner à for-
Itifier la constitution de l'individu par les moyens connus ,
isurtout par l'usage fréquent des bains froids, de la natation.
« Elles se dissipent ordinairement à l'époqvie de la puberté,
leouvent aussi elles se prolongent au-delà de ce terme ; elles
■sont fréquemment remplacées par des attaques de coliques
•néphrétiques, qui paraissent dépendre tantôt d'une sécrétion
muqueuse trop abondante , tantôt de l'engorgement des vais-
seaux sanguins de cette partie, ou de la présence de calculs
r rénaux.
« J'ai vu chez des sujets replets ces organes affectés d'engor-
»eraens sanguins, à l'époque oli le système veineux abdominal
prédomine chez l'homme ; alors suivaient des suppressions
d'urine ou des hématuries, actives, très graves, qui n'étaient
llissipées que par des saignées copieuses ou par un dégorge-
ment abondant des vaisseaux hémorrhoïdaux, soit naturel,
loit produit par des sangsues. Cette maladie était sujette à ré-
àdive, et se terminait quelquefois par une néphrite. »
i Chapotin rapporte en outre l'observation très curieuse d'un
jeune créole qui , après avoir éprouvé dans son enfance un
pissement de sang , eut plus tard un pissement d'urine albu-
nineuse et graisseuse. Je reproduirai plus loin cette obser-
vation.
« («) Chapotin (Ch.), Tofiograpliie médicale de l' Ile-de-France, iu-<i. Pa-
lis, 1812.
HIîMOMHAGIES i\t]\rALES (3"" gfOUpe).
Un de mes anciens élèves, M. Salesse (i), né à l'Ile-de-Prance,
où il exerce aujourd'hui la médecine avec distinction, a fait
connaître, dans sa dissertation inaugurale , plusieurs exem-
ples de cette hématurie endémique, à laquelle il assigne les
caractères suivans :
« Les trois quarts des enfans de l'Ile-Maurice (Ile-de-France)
en sont atteints. La masturbation , les mets épicés , en sont les
causes déterminantes; la maladie a été aussi attribuée à une
mauvaise qualité de l'eau employée pour boisson.
a Lorsque le sang rendu provient des reins (Obs. xii, le
malade est sujet aux coliques néphrétiques ; ou il a rendu des
graviers, ou bien il peut arriver qu'il n'ait jamais rien éprouvé.
L'urine qu'il rend est mélangée avec le sang ; la couleur est la
mêmedepuislepremier jet jusqu'aux dernières gouttes; il rend
quelquefois des caillots de sang, et les caillots sortent quelque-
fois au commencement, tantôt à la fin de ses urines. La seule
douleur qu'il ressente se porte à l'extrémité du gland. Après
un excès, soit dans les plaisirs de l'amour, soit dans ceux de la
table , son urine est plus foncée en couleur ; il en est de même
après une longue course , ou le lendemain d'un bal , etc. Il
urine peu.
« Quand , au contraire , le sang provient de la vessie , le ma-
lade éprouve une douleur assez vive dans cette région et à
l'anus ; le périnée est le siège d'une pesanteur et d'une tension
désagréables ; le malade n'a jamais rendu de graviers ni eu de
coliques : chez lui , les excès peuvent produire l'efl'et contraire
et rendre les urines moins sanguinolenlesl, Ous. iv). Il éprouve
souvent le besoin d'uriner, et à chaque fois il émet une petite
quantité d'urine; il est sujet aussi à rendre des caillots de sang;
quelquefois le sperme épanché est sanguinolent.
« Les personnes affectées de cette hématurie sont en général
d'une faible constitution ; elles ont le teint pâle ».
M. Salesse ne fait pas mention des urines albumineuses
graisseuses [ urines laUeuses , Chapotin, vrincs chyieuscs,
(i) Salesse (Antoiuc-Émilien), Diss, tut- l'hématurie ou pissement de sang,
iu-4. Paris , i83i.
H. ESSENTIELLES [endémîques) : 877
• Proul) que Chapotin a signalées , et que j'ai moi-même ob-
» servées à la suite de cette singulière hématurie.
Je mets immédiatement sous les yeux du lecteur plusieurs
r exemples de cette hématurie.
§ 784. Première série. — Cas simple d'hématurie endémique.
- — Dans les faits de cette première série, l'existence d'une urine
. habituellement sanguinolente , souvent sans cause occasion-
K nelle appréciable, et sans autres signes de lésions matérielles
■ de l'appareil urinaire , paraît constituer uniquement la raa-
I ladie.
;■ Obs. IV.— Hématurie continue chez un enfant (Ile-de-France) ; diminution
de la perte du sang par le bain froid. — Voyage en France, continuation
des accidens. — Santé assez bonne (Docteur Salesse).
M. A. E. avait depuis l'âge de 7 ans une hématurie idiopa-
\ ihique continue. Obligé de beaucoup marcher, il évacuait
i chaque jour au moins une once de sang avec les urines ; par-
le fois il rendait aussi des caillots qui sortaient, tantôt au com-
I mencement de ses urines , tantôt à la fin : jamais il n'a éprouvé
I de douleurs du côté des reins ; seulement une petite pesanteur
II au périnée se faisait sentir. Malgré tout ce qu'il fit, l'hématurie
«continua, sans augmentation. Il remarquait pourtant qu'après
t un bain froid le sang semblait diminuer. A ar ans, il fit un
■vvoyage en France, avec l'espoir qu'après un séjour de quel-
iques années son hémaUirie cesserait; point du tout, elle con-
i tinua , sinon plus fortement , du moins avec une douleur plus
t grande lorsqu'il urinait. Cette douleur alla en augmentant, et
jse fixçi au périnée, où il éprouva une tension et une pesanteur
l| incominodes. Les envies d'uriner devinrent plus fréquentes, bien
I que les urines fussent plus abondantes. Sa santé fut en général
«toujours la même; il ne maigrissait pas : cependant n'ayant
(jamais tant souffert de son hématurie , il s'en effraya , et alla
iconsulterle professeur Andral , qui lui ordonna une tisane as-
«tringen le composée principalement de ratanhia. Après huit ou
Idix jours de cette médication , les douleurs s'apaisèrent, l'urine
s contint moins de sang ; mais il lui survint une fièvre intermit-
Iteulc qui nécessita Temploi du sulfate de quinine. Sa fièvre
HÉMORRIIAGIES RÉNALES (3"" groupe).
passée , il discontinua le remède prescrit par M. Andral , et son
hématurie revint comme auparavant. Pensant avoir une pierre
dans la vessie, il consulta le professeur Roux, qui, après l'a-
voir sondé , lui assura n'avoir rien trouvé : seulement il lui dit
que la vessie était très petite. L'exploration de la vessie fut très
sensible à M. E. Depuis , il eut plusieurs accès de fièvre inter-
mittente, et à chaque accès les urines devinrent moins rouges.
M. E. est toujours dans le même état, il piend d'ailleurs, tous
les deux ou trois jours, des bains qui lui font à chaque fois
éprouver un grand soulagement.
Chose remarquable , lorsqu'il fait une grande course à pied,
qu'il fait un excès de table , ou qu'il se livre avec incontinence
aux plaisirs de l'amour, son urine devient claire pour quelques
jours; mais alors il éprouve en urinant une légère chaleur ou
col de la vessie. Quand il lui arrive d'avoir des pollutions noc-
turne , la tache que la liqueur séminale laisse à son drap est
entourée d'un cercle sanguinolent. M. E. est d'un tempérament
bilieux , d'une petite stature ; il se plaint de maux de têle quand
son écoulement diminue ; il ne rend jamais de graviers, ni ne
souflre des reins.
Obs. V. — Hématurie coatiuue depuis l'eufance (Ile-de-France), saus al-
tération notable de la santé (Docteur Salesse).
M. N. est affecté depuis son enfance d'une hématurie idiopa-
thique continue ; il n'a jamais souffert des reins ni de la vessie ,
et cependant il émet du sang noir avec son urine; très souvent
il rend aussi des caillots de sang. Depuis le premier jet jusqu'à
la dernière goutte ses urines conservent la même couleur noire.
Il est à Paris depuis trois ou quatre ans, et son hématurie est
toujours la même : seulement elle tend à augmenter après quel-
ques excès. Il a eu une gonorrhée, qui n'a agi en rien sur son
affection. Du reste , il jouit d'une bonne santé ; il est d'un tem-
pérament bilieux , d'une figure pâle , et d'une haute stature.
II. ESSENTIELLES {endémiques). 879
Obs. VI. — Hématurie continue (ne-de-FMncc), — Voyage en France. —
Cessation des aeeidens qui so reproduisent au retour à l'Ile-de-France
(Docteur Salcssc).
M. D., pendant qu'il habitait son pays, était affecté d'une
hématurie idiopalhique continue. Venu en France pour ses
jtuden, il vit après quelque temps de séjour son hématurie
^:es3er; elle ne revint pas pendant six à sept ans qu'il resta à
Paris ; retourné à l'île Maurice , quelques mois après son arrivée
lion hématurie reparut^ et dure jusqu'à présent.
Obs. VU. Hématurie continue (Ile-de-France). — Voyage et séjour eu
France. — Cessation des accidens (Docteur Salesse^.
' M. H., pendant qu'il habitait sa patrie , était atteint d'une
lématurie idiopathique continue. Jamais il n'avait souffert de
a veasie. Venu à Paris pour faire ses études , après quelques
nois de séjour son hématurie disparut, sans qu'il advînt d'acci-
idens : il y est encore, sa santé est fort bonne.
)es. VIII. — Hématurie continue contractée par un Européen, pendant son
séjour à rUe-de-France. — Retour en France. — Guérison (Docteur Sa-
Icsse).
M. L., Européen, habita l'Ile-Maurice pendant quelques an-
' lées ; il fut pris d'une hématurie idiopathique continue qui
l ura tout le temps qu'il resta dans le pays. De retour en France,
\ en fut débarrassé j il urine maintenant parfaitement clair sans
pparence de sang dans les urines.
)iis. IX. — Hématurie continue (Ile-de-France). — Voyage et séjour en
France. — Cessation des accidens (Docteur Salesse).
M. D., pendant qu'il habitait l'île Maurice, son [pays natal,
tait sujet à une hématurie idiopathique continue. Arrivé en
rance pour faire son droit, son hématurie augmenta considé-
iblemcnl-, il consulta le professeur Rostan, qui ordonna de
iiendrc des boiasons rafraîchissî^nles et astringentes. Il n'y a
38o HÉMORRHAGIES HÉNALliS {^"" gtOUpe).
que peu de temps qu'il en est entièrement débarrassé. Il a deur
frères à i'Ile-Maurice , qui sont aussi sujets à cette maladie. Ce
jeune homme doit retourner dans deux ans dans son pays : je
suis fortement disposé à croire que, comme la personne qui
fait le sujet de la troisième observation , il éprouvera une re-
chute.
Obs. X, — Hématurie continue (Ile-de-France); gonorrbée. — Usage du
baume de copaLu. — Cuérison de la gonorrliée et do rbcmaturie (Doc-
teur Salcsse).
M. N. était pris d'une hématurie idiopalhique continue; il
l'avait encore assez forte , lorsqu'après un coït impur il fut pris
de gonorrhée ; son hématurie augmenta. Il fil usage des remèdes
propres à la gonorrhée : aussitôt celle-ci guérit!, son hématurie
cessa aussi et n'a plus reparu depuis.
Obs. XI. — Hématurie continue, devenue périodique (Ile-de-France) et
abandonnée à clle-mcme (Docteur Salcsse).
M. M. fut affecté dans sa jeunesse d'un hématurie idiopa-
lhique continue ; cette affection cessa insensiblement, et dispa-
rut totalement lorsqu'il atteignit l'âge de la virilité, et se chan-
gea en une espèce de menstruation de sang caillé qu'il rend
périodiquement par la verge. Lorsque cette menstruation ne
revient pas régulièrement, M. M. est tourmenté de violens
maux de tête, d'élourdissemens. Il consulta un des plus habiles
praticiens de l'IIe-Maurice, qui lui donna le sage conseil de ne
rien faire pour arrêter cette évacuation et de laisser agir la na-
ture.
§ 785. Deuxième série. — Hètnahirie continue avec gravcUe
vriquc. — Outre le pissement de sang , dans les observations
suivantes on a constaté l'existence de la gravelle urique.
La nature du sédiment de l'urine n'est pas suffisamment in- ■
diquée dans les observations précédentes ; peut-être était-il I
également formé d'acide urique. Cette supposition n'est pas |
sans quelque probabilité , puisque j'ai constaté , par l'inspec- 1
tion microscopique, l'existence d'un semblable dépôt chez un|
jeune enfant de l'Ile-de-France atteint d'une hématurie, ei quil j
H. ESSENTIELLES {cndcmîques). 38 1
^l'éprouvait point de coliques néphrétiques , et chez son père ,
rlont l'urine était albuniino-graisseuse ( 3" Série , Obs. iii).
L'existence de la gravelle ayant été formellement constatée
dans quelques cas , et non mentionnée dans quelques autres ,
l'ai cru devoir, au moins provisoirement, distinguer les deux
r.éries de faits l'une de l'autre.
5.3BS. Xn. — Hématurie continue chez un enfant (Ile-de-France) — Co-
liques néphrétiques, graviers (Docteur Salesse).
M. L. à l'âge de 8 à 9 ans eut une hématurie idiopalhique
jion continue, qui augmentait beaucoup lorsqu'il faisait usage
►ies mets fortement épicés , tels que ceux qu'on assaisonne de
»oivre et de piment, etc. Elle continua jusqu'à l'âge de i5 à j4
HHS, toujours d'une, manière périodique. A cette époque il com-
mença à éprouver de fortes coliques néphrétiques, qui reve-
naient chaque semaine. A 16 ans, son hématurie devint continue,
:t ses coliques continuèrent avec la même fréquence j à 18 ans,
(ors de son arrivée en France, les coliques disparurent entiè-
rement; il employa contre son urineraent de sang différens
iballiatifs , tels que des bains , du chiendent ; il se nourrit d'une
iilimentation peu excitante , de légumes ; rien ne put le faire
ïesser, seulement il airainua un peu. Ses urines offrent la
. nême couleur depuis le commencement du jet jusqu'à la fin ; par
e refroidissement , elles laissent déposer 7in sédiment roiigeâtre
juiest rtigueux au toucher. Il y a environ 4 ans qu'il est en
'^ance , son hémorrhagie a toujours la même intensité : il rend
.ïussides caillots de sang avec les urines. Il eut pendant quel-
que temps plusieurs amygdalites; des-lors son hématurie partit
KTioins forte. Lorsqu'avec celte inflammation il lui arrivait de
iaire quelque excès , son urine se chargeait d'une plus grande
Huantité de sang, en même temps que son amygdalite dimi-
nuait. M. L. eut aussi une forte angine : celte fois, son écou-
lement de sang cessa entièrement; aussitôt après la guérison
■le son angine , son urine se chargea de plus en plus de sang ,
3t revint comme elle avait été auparavant. Croyant alors avoir
la pierre , il se fit sonder; le chirurgien qui le sonda ne trouva
382 niîMORRHA.Giii;s RÉNA-LKS Çi'"" groupe).
rien dans la vessie; seulement elle fut reconnue être d'une
petite dimension.
Ods. Xlir. — Enfant de neuf ans, né à rilc-de-Francc, altoint d'une liéma-
turie continue et de gravelle uiique. — Le père do Venfant offrant de
l'urine albumincusc et graisseuse.
Dans les premiers jours du mois d'avril dernier (i838), M. le
docteur Arvei'S nous fit appeler^ M. Bouvier et moi , pour exa-
miner, avec lui, un jeune garçon âgé de 9 ans, et qui depuis
i5 mois était atteint d'une hématurie continue. La maladie de
cet enfant s'était déclarée à l'Ile-de-France j oii il est né, et
l'hématurie avait été précédée d'un écoulement à la surface du
gland et par la verge , qui aurait été considéré par le médecin
et par le père de l'enfant comme une véritable chaude-pisse,
contractée à la suite d'un rapport impur, si l'âge el les habitudes
de l'enfant eussentpermis de s'arrêter à cette opinion. Un mois et
demi après l'invasion de cette hémorrhagie , qui avait sensible-
ment altéré sa constitution, cet enfant s'embarqua avec ses
parens, originaires du pays, pour venir en France. Dans les
premiers jours de la traversée on lai lit prendre des pilules dont
le copahu formait la base, et, soit mfluence de ce remède ou
effet de la traversée, les accidens cessèPent, mais ils se repro-
duisirent lorsque l'embarcation passa l'équateui'. On fil de
nouveau prendre à l'enfant des pilules de copahu , à la vérité
différentes des premières dont la recette manquait : la guérison
obtenue une première fois ne se reproduisit pas.
La famille du jeune malade, peu de temps après son arrivée
en France, se rendit à Paris, et l'enfant fut confié aux soins
éclairés de M. Arvers. Depuis lors, et jusqu'à ce jour, l'en-
fant a uriné une quantité plus ou moins considérable de sang
chaque jour, et cependant sa santé générale , surtout dans ces
derniers temps, s'est améliorée , et le petit malade a acquis le
développement que présentent la plupart des enfans de son
âge; et à part l'altération de l'urine et des maux de tête, sa
santé n'a offert aucun dérangement notable. L'urine n'était
point également chargée de sang tous les jours et à toutes les
heures de la journée; elle était quelquefois en apparence peu
II. EssENTiELLLES {cndémiques). 383
différente de l'urine saine. L'émission de l'urine n'a été dou-
loureuse que dans un petit nombre de cas , et probablement
par suite de la présence d'un caillot de sang engagé dans le col
de la vessie. Les émissions d'urine en 24 heures ne sont pas
fréquentes.
Lorsque j'ai vu l'enfant, sa santé générale paraissait bonne ;
le ton de sa chair, sans être coloré, n'était point pâle comme
dans la chlorose ou dans l'anémie consécutive aux pertes de
; sang; les balteraens du cœur étaient réguliers, sans bruit mor-
bide ; le premier temps seulement présentait un très léger bruit
de souffle , ou au moins paraissait plus prolongé que dans l'é-
itat normal. La respiration était pure , la bouche était saine ,
fies lèvres et les gencives n'étaient point décolorées, le sommeil
tétait régulier , l'appétit était bon, les forces musculaires assez
(développées. En résumé , l'hématurie paraissait renfermer en
. elle tous les accidens.
J'ai examiné avec M. Guibourt trois échantillons de l'urine
,de l'eufant : l'un était de l'urine i-endue au réveil 5 l'autre était
ide l'urine rendue deux heures après le déjeuner; le troisième
tétait de l'urine rendue trois heures et demie après le dîner.
;Ges trois échantillons d'urine étaient acides, et ne contenaient
^)as sensiblement plus de matière grasse que l'urine saine ;
lans tous il y avait une quantité notable d'albumine et un
grand nombre de cristaux piismatiques et rhomboïdaux d'a-
cide urique, visibles au microscope. L'urine rendue deux heures
après le déjeuner était rougeâtre , sanguinolente , et contenait
un grand nombre de globules sanguins. Le lendemain, le sé-
diment de cette urine paraissait être uniquement composé de
ces globules et de cristaux d'acide urique.
Une certaine quantité des trois échantillons de l'urine de
cet enfant ayant été conservée pendant quinze jours dans de
petites fioles bien bouchées, mais contenant une très petite
quantité d'air, il s'est dégagé une odeur très prononcée d'hy-
drogène sulfuré de l'intérieur de ces petits vases, lorsque nous
les avons débouchés. Du papier blanc mouillé et imbibé d'une
solution d'acélale de plomb a bruni très sensiblement après
avoir été appliqué un moment sur le goulot de ces petits vases.
384 HÉMORRHAGIIÎS RKNALES (3"" grOUpc).
Celte urine, qui était encore acide, et rougissait tiès sensible-
ment le papier de tournesol , et qui ne bleuissait pas le papier
rougi par un acide , contenait donc une matière organique qui
elle-même contenait du soufre, à moins qu'on n'aime mieux
supposer que l'bydrogène sulfuré provenait d'un sulfate dé-
composé lui-même par suite de l'altération de la matière ani-
male. Cette dernière supposition me paraît loulefob moins
fondée que la première ; car l'm-ine ordinaire , qui contient
toujours des sulfates, abandonnée à elle-même dans un vase
clos avec une petite quantité d'aii-, ne donne pas lieu à la pro-
duction de l'hydrogène sulfuré (i).
Malgré la continuité de cette hématurie, la santé de cet en-
fant n'était non-seulement point altérée , mais encore son dé-
veloppement paraissait se faire d'une manière aussi régulière
que chez les enfans de son âge. Espérant d'ailleurs que le sé-
jour en France pourrait suspendre cetffe hémorrhagie chez c^'
enfant, comme cela a eu lieu chez plusieurs colons atteints de
la même maladie, mes honorables confrères, MM. Arvers, Bou-
vier et moi, nous avons pensé qu'il ne fallait pas d'abord op-
poser un traitement très actif à cette hématurie , sans cepen-
dant l'abandonner entièrement à elle-même. Nous avons cru
en outre que la présence , dans l'urine , d'une grande quantité
de cristaux isolés d'acide urique et de petits cristaux d'acide
urique aggloméré (gravelle) constituaient un état morbide qui
devait être combattu, quoiqu'il ne fût point accompagné de
cohques néphrétiques , circonstance que le peu de volume des
graviers explique suffisamment. D'après ces motifs , nous ayons
conseillé : i° de faire prendre à l'enfant, le matin, à jeun, une
petite quantité d'eau de Vichy; 2° de lui faire prendre, un peu
avant le dîner , une dose de sous-carbonate de fer ; 5° enfln de
recourir aux balsamiques, aux pilules de térébenthine, et même
aux pilules de copahu, à petite dose, si le pissenient de sang
venait à augmenter.
(i) MM. Baudrimont et M.ilagutti ont trouvé du soufre dans des calculs
de cystine; je regrette de n'avoir pas recherclié dans ce cas si l'urine n6
contenait p»5 une certaine quantité de cette substance. ^
H. ESSENTIELLES {enclémiques). 385
)Obï. XIV.— Hématurie vec gravelle d'acide urique , suivie de pétéchies,
chez un colon de l'Ile-de-France.
M. Ferdinand W est né à l'Ile-de-France; il est âgé
ide 2 2 ans. Dès sa dixième année, il a commencé à ressentir
ides coliques néphrétiques; jusqu'à l'âge de i6 ans, elles étaient
Ipeu fréquentes; elles le sont ensuite devenues beaucoup plus
ijusqu'à l'âge de 20 ans oii elles ont tout-à-fait cessé. Il est à
iremarquer, écrivait le consultant, que celte maladie affecte les
itrois quarts des jeunes gens qui sont nés dans ce pays; que
itçhez la plupart elle cesse à l'âge de ao à 24 ans; mais que
d'autres en sont incommodés le reste de leurs jours. Les
rpremières coliques néphrétiques furent suivies d'un pissement
tde matière semblable à du sable , mêlée de petits graviers de
ila nature de celui que le malade remet avec le présent exposé.
JJn de ces grwers s'est «ngagé dans le canal de l'urèthre, et
P)^;être extrait qu'ayec une petite pince.
A i^âge de 16 ans,' le malade eut une gonorrhée qui dispa-
iraissait un certain temps et reparaissait ensuite; elle fut suc-
Kessivement traitée avec du sublimé , dont le malade ne prit
«qu'un très petit nombre de doses , et ensuite avec du sirop de
iLarrey , dont il prit environ une demi-bouteiUe ; après quoi il
i-ut. obligé d'en suspendre l'usage, à cause des violentes dou-
ceurs de tête qu'il éprouva. Cette maladie ne fut ensuite trai-
.tée qu'avec des tisanes de plantes du pays, des boissons ra-
fraîchissantes, de l'essence de salsepareille, des prises de baume
le copahu,..et enfin des injections de sulfate de zinc et d'o-
«xum^; elle disparut à la suite de ces remèdes, et cessa tout-à-
: au. 11. y a environ un an, avec une nouvelle gonorrhée se
nanifesta un pissement de sang, qui a commencé à s'affaiblir
epu.s le mozs de mai de cette année, époque à laquelle le ma-
de arriva en France. Ce qui détermina le voyage du malade
t.urope, ce fut un état extraordinaire de faiblesse et de déla-
.rement d estomac accompagné de diarrhée, qui devint de plus
"ofs de f ''^''^'^^ de son embarquement' au
il ementT ''''' '""^'^ ^« ^"'^l-- de dé-
cent d estomac, accompagné de diarrhée, commença à la
386 hémorAEïaôies kémales (3"" groupe).
suite de saignées abondantes qui furent ordonnées par les mé-
decins à cause de très violens maux de tête et de fièvre que le
malade éprouva vers le commencement d'octobre i835. Les mé-
decins né prescrivirent d'abord pour remède à ces faiblesses et à
cette diarrhée d'autre traitement qu'un régime alimentaire très
doui ; cependant ils ordonnèrent des bains froids ; mais à
peine le malade en éUt-il pris uti, qu'il lui sortit, au bas des
jambes, des taches rouges, avec une démangeaison le soir. Cet
état dura jusqu'au mois de février, oii les médecins, qui ne
donnaient plus aucun remède, conseillèrent un voyage en Eu-
rope. A bord du vaisseau, les faiblesses d'estomac et la diar-
rhée cessèrent; mais les taches prirent un nouveau caractère :
elles se portèrent successivement aux jambes, aux cuisses, aux
avant-bras et au cou; elles étaient rouges le malin, devenaient
violettes vers le soir, en se prononçant en relief. Une dé-
mangeaison très forte , et ensuite des douleurs ou des crampes
les accompagnaient. La traversée dura trois mois ; le malade
arriva à Bordeaux au mois de mai de cette année dans cet état,
auquel se joignait Une très grande faiblesse. Depuis lors, ces
taches, conservant toujours à-peu-près le même caractère,
ont cependant considérablement diminué. Lorsque le malade
est arrivé à Bordeaux, elles lui couvraient presque entièrement
les membres; à présent, elles sont iûfinimejit plus petites et
beaucoup plus éparses. -
Quelques jours après son arrivée à BofdeatK^ le malade fut
aflecté d'une toux fréquente, qui semblait prôfenir principa-
lement de la gorge : elle cessa au bout de six semaines ; raàb
elle n'est pas absolument passée ; elle f evjent surtout lorsque
le malade prend des alimens, fait plus d'e<ercice, ou prend
des bains, dont il a essayé de faire usage, mais qu'il a été
obligé d'interrompre par ce motif.
Le malade éprouve des envies d'uriner'très fréqué^lfes , en-
viron toutes les demi-heures , la nuit comme le jour : cette i
envie est provoquée par un chatouillem^t dans la verge , qui
devient de plus en plus difficile à supporter^ just^à ce que de f
besoin ait été satisfait. Le malade ne selivr^à auogne espèce j
d'exercice; mais quand il lui arrive d'aller voilure, le ch»-
H. ESSENTIELLES {enclémiques). 38,^
louilleraent cp,ii le foi-ce à uriner devient alors plus fréquent
et plus insupportable.
Le 35 septembre i836 , époque à laquelle] e fus consulté, je
conseillai l'usage des ferrugineux, du ratanliia et du bi-carbo-
nate de soude , et un régime analeptique. J'ai appris que la
santé du malade s'était améliorée j mais j'ignore si la disposi-
tion à la gravelle a été détruite , et si l'hématurie s'est repro-
duite. C'est le seul cas où j'ai vu celte espèce d'hématurie
s'accompagner de péléchies.
S 786. Troisième série. — UèmatuHc endémiqtie. —
Urine chyleuse.
ÔBS. XV.— Hématurie continue chez un jeune créole (De-de-Francé).
sùMe d'urine d'apparence laiteuse (r); guérison par la teinture de cani
tharides (Chapotin).
Un jeune créole, d'une faible conslilulion , avait été sujet,
dans son enfance, au pissement de sang, qui ne cessa qu'à l'âge'
de quatorze ans; il avait toujours joui d'une bonne santé jus^
e qu'à dix-sept ans, où il prit en dix-huit mois un accroissement
» assez rapide. Peu de temps après, il éprouva de vives douleurs
c dans les lomlîes ; elles se dissipèrent après deux ou trois jours
. de durée, et furent immédiatement suivies d'un écoulement
. d'urine sembiâlile à du lait.
^ Cet étaf du^lt depuis deux mois lorsque je fus appelé : on
. n avait adounistré que de^ moyens relâchans : il était extrême^
I ment maigre et faible, n'éprouvait aucune douleur,- le teint
. était pâle, la figure «ouverte de boutons; il n'avait aucun dé-
gout pour les-^imens, mais un fréquent besoin de boire • les
digestions étaient mauvaises; il avait toujours cinq à six séues
dans les vingt-quatre heures, la peau souple et humectée , des
su€4^ copie uses^près le moindre exercice.
Les urines, en moindre quantité que les boissons, présen-
• t..nt, des qu'elles étaient bien refroidies, une masse bLrchâ-
a5.
388 nÉMORRHAGIES HÉNALKS (3"' groupe).
Ivc, coagulée et imitant parfaitement le lait caillé, avec une
odeur faible et fade. Ce coagulum pressé laissait échapper une
sérosité blanchâtre qui, soumise à une analyse exacte, a fourni
une assez forte quantité de fibrine. L'eau bouillante et l'ac-
tion de l'acide sulfurique ont démontré la prédominance de
l'albumine; la gélatine y était en plus faible quantité. Il n'y
avait presque point d'acide, et peu de sels ordinaires à l'urine.
Je le mis aussitôt à l'usage d'alimens pris uniquement dans
le règne animal, en y joignant du vin, des amers, du quinquina
combiné avec les ferrugineux et l'extrait de bile. Ces moyens
continués pendant dix jours ont ranimé les forces, sans que
les urines aient varié. J'ai augmenté les doses de quinquina ,
en y mêlant un peu d'aloès , et j'ai fait faire des frictions sur
les régions lombaires et ombilicales avec un Uniment savon-
neux et spiritueux , que j'ai remplacé six jours après par un
liniment volatil, rendu stimulant par l'addition de la teinture
de cantharides.
Les digestions étaient meilleures , quoiqu'il y eût toujours
deux ou trois selles le matin ; le malade devint plus fort, plus
gai, il faisait de l'exercice, son teint était plus clair. Il avait
nioins de boutons sur la figure , la soif était moins forte; ce-
pendant les urines offraient peu de changement.
Je me déterminai alors à administrer intérieurement la tein-
ture de cantharides. Je commençai par trois gouttes le matin
et autant le soir , dans une tasse d'eau de riz. Ce remède a été
continué pendant dix jours, et porté progressivement à la dose
de vingt gouttes par jour. Peu-à-peu les urines ont repris leur
état naturel.
D'abord la fibrine a disparu ï puis l'albumine, puis la géla-
tine; les urines acquéraient une couleur jaunâtre, proportion-
née à la diminution de ces substances et à l'augmentation de
l'urée. Le douzième jour de l'emploi des cantharides , elles
étaient d'un jaune assez foncé , avec une odeur encore fade ;
enfin, depuis ce moment, elles reprirent insensiblement tous
leurs caractères. Le malade éprouva plusieurs soirs de suite un
peu d'oppression, que j'attribuai à l'action du remède; je sus-
pendis le traitement, et mis le malade quelques jours après a
H. ESSENTIELLES (cndémiques). 889
l'usage seul des amers, en conseillant une bonne nourriture, le
séjour à la campagne et les bains froids.
La santé s'est parfaitement rétablie et s'est soutenue sans
aucune altération pendant deux ans, après lesquels il survint,
à la suite de plusieurs imprudences, des accès de coliques né-
phrétiques ; les urines reparurent une fois blanchâtres. Le
: repos et une conduite plus régulière suffirent pour dissiper
c ces accidens.
Trois cas semblables ont été guéris par les mêmes moyens;
cependant ils sont rares, et on rencontre plus fréquemment de
c ces affections avec accroissement de l'irritabilité des reins, qui
i ne sécrètent dans ce cas qu'une petite quantité d'urine dans
l laquelle l'urée prédomine.
( Obs. XVI. — Hématurie à l'Ile-de-France; douleur dans le rein droit : exa-
men de l'urine dont une partie a un aspect laiteux ou chyleux , et con-
tient une quantité considérable d'albumine et de matière grasse ; influence
de l'exercice sur la productioa de l'bémorrbagie ; influence du repos sur
sa cessation.
M. E. H...., âgé de at ans, né à l'Ile-de-France, de parens
r robustes et exempts de toute maladie constitutionnelle, fut af-
(> fecté, dès le bas-âge et sans cause appréciable, d'une hématurie
f continue ; l'urine qu'il rendait , limpide pendant les premiers
< jets, finissait par devenir sanguinolente, et les dernières gouttes
il étaient fortement colorées en rouge. A quatorze ans, M. H....
)| éprouva quelques légères douleurs néphrétiques vers le côté
I droit ; mais il ne rendit pas de sable par le canal de l'urèthre,
Net les urines ne subirent aucun changement. En i833,'en
i faisant un effort considérable pour soulever un corps pe-
N sant, il ressentit une vive douleur dans le rein droit, et quel-
f ques heures après il fut pris d'un urinement de sang qu'une
t longue course à cheval faite le même jour rendit plus abon-
i dant. Il consulta un médecin, qui lui ordonna des bains géné-
•< raux et des tisanes asiringentes. Après un mois de régime et
I de soins, la douleur de côté disparut, les urines redevinrent
k limpides , el M. H.... recouvra entièrement la santé. En i835,
I il quitta rile-de-France , et quelque temps après son arrivée
SqO IlÉMORIUIAGrES lllïNALES (3°" gtOUpe).
à Paris, il se livra avec ardeur à l'étude de la pharmacie. Il y
a six mois, à la suite d'un travail fatigant, il éprouva de fortes
douleurs dans le rein droit, et les urines se montrèrent trou-
bles, sanguinolentes, blanchissant à leur surface et lais-
sant quelquefois déposer une matière analogue à la lavure de
chair ; vingt-cinq sangsues furent appliquées sur la partie
douloureuse; le malade prit des bains entiers, se mit à l'usage
des boissons émollientes, et au bout de trois semaines de re-
pos se trouvant rétabli, se livra à ses occupations de pharma-
cien.
Dans les premiers jours d'août, M. H,... fut de nouveau af-
fecté de douleurs rénales; les urines, qui étaient transparentes,
redevinrent troubles, sanguinolentes. Le malade perdit l'ap-
pétit et devint triste, et, attribuant son indisposition à la fa-
tigue de spn état , il quitta Parisf et alla passer deux mois chez
Ijn de ses parens à Sainl-Malo. ]Le voyage augmenta la douleur
de rein, et Turinemeut de sang se ippntra plus abondant.
M. H se fit poser quatre-vingt sangsues sur le côté, à trois
reprises différentes et dans l'espace de quinze jours; il se mit
à la tisane de ratanhia , et garda la chambre près de cinq se-
maines que durèrent ces nouveaux accidens.
Le 22 octobre, les douleurs de rein reparurent, mais ensui-
vant une marche intermittente ; elles se manifestaient entre
onze heures et midi , duraient toute l'après-dîner, la nuit, cl
se dissipaient vers le iniilin. Les urines oflraient en même temps
des troubles remarqaiibles , apparaissant h des heures déter-
minées comme les douleurs. Transparentes et limpides dans
la matinée, elles devenaient rouges et sanguinolentes vers les
onze heures, et dans toutes les émissions suivantes elles con-
servaient ce caractère, cette coloration morbide jusqu'au len-
demain.
Le malade prit des bains et des tisanes astringentes, la dou-
leur de côté disparut; mais, l'hématurie faisant de nouveaux
progrès, il se décida à me consulter, le 29 octobre i836.
Cinq onces de son urine rendue en ma présence, le ag oc-
tobre, à deux heures de l'après-midi, furent mises dans im
bocal bien bouché; à neuf heures et demie du soir, on distin-
H. ESSENTIELLES {endêmiques) . Sgi
guait déjà à la surface de la liqueur une couche d'uo blonc
laiteux. Le lendemain, à onze heures, lorsque nous en fîn^ps
l'examen, M. Guibourt et moi, nous constatâmes de nouveau
•que la liqueur s'était séparée en deux couches dislindes : la
supérieure, qui occupait un peu plus que la moitié de la co-
lonne du liquide, était opaque, d'un blanc jaunâtre, sans odeur
sensible ; la couche inférieure de la colonne était foi-mée par
une liqueur rouge de groseille, opaque, au fond de laquelle
on remarquait deux caillots, dont l'un était d'un rouge brun,
comme un caillot de sang ordinaire , et l'autre blanc et plus
léger. Nous diimes examiner séparément ces deux parties de
l'urin*.
La liqueur blanche fut extraite du bocal à l'aide d'une pi-
f pelte, et on n'en laissa dans le bocal que la quantité nécessaire
pour que la portion extraite ne contînt rien de la couche in-
férieure. Deux onces environ furent ainsi enlevées du bocal.
Cette liqueur blanche rougissait le papier de tournesol; pa^-
lebullition, elle formait un coagulura blanc , soUde, et le li-
quide restait blanchâtre et trouble, probablement parce qu'une
I partie des principes auxquels l'urine devait son opacité de-
> meurait en suspension. Traitée par l'acide acétique, la liqueur
1 laiteuse n'éprouva point de cliangemens appréciables : elle se
» serait inévitablement troublée si elle eût contenu de la matière
caséeuse. Après avoir été traitée et agitée avec l'étJicr sulfuri-
que, la liqueur laiteuse s'éclaircit; l'éliier fut soutiré avec une
pipette , évaporé sur le poêle , et refroidi dans une capsule de
V verre, qui devint opaque à son fond, oii on pouvait recon-
naître à l'œil nu, et mieux encore à la loupe, une matière
grasse figée, d'un beau jaune, et qui huilait fortement le
papier.
Cette urine laiteuse, filtrée dans un filtre double, était aussi
trouble après qu'avant l'opération. D'un autre côté, la liqueur
I rouge qui formait la couche inférieure du liquide, également
1 fiUree, passau rouge à travers le filtre ; la fillration n'était donc
pas un moyen de séparer les parties d'apparence laiteuse et le
parties sanguinolentes de l'urine.
déjà du que la partie blanche de l'unne ne pré-
!S
Sqi uémorriiagies rénales (3"" groupe).
sentait pas de grumeaux lorsqu'on la traitait par l'acide
acétique , preuve qu'elle ne contenait point de caséum ; une
petite quantité de lait , traitée par l'acide acétique , se coagu-
lait sur-le-champ , et du lait étendu d'eau ou d'urine donnait
de même des grumeaux. En outre, le lait étendu d'eau et CUré
donnait une lique\ir parfaitement transparente , tandis que
l'urine blanclie ou d'apparence laiteuse, filtrée après l'addilioni
de l'acide acétique, restait aussi opaque qu'avant cette double
opération.
Cette urine sanguinolente et d'apparence laiteuse différait
des urines sanguinolentes et purulentes, en ce que dans ces der-
nières le pua par le repos se dépose sous forme d'un sédiment
blanc compacte, tandis que, dansl'urinequi aélél'objetdenotre
examen, la partie laiteuse se trouvait à la partie supérieure du
liquide. Après avoir été traitée par l'élher et être devenue trans-
parente, la couche laiteuse se comportait comme les urines
albumineuses ordinaires, et se coagulait par l'acide nitrique et
la chaleur. Cette liqueur ayant été traitée trois fois par l'éthor
Bulfurique, pour qu'on la privât totalement de matière grasse„
est devenue tout-à-fait transparente , et a pris une teinte lé-
gèrement citrine. Traitée par l'acide acétique, cette liqueur ne
s'est point troublée ; soumise à l'action de la chaleur , elle est
devenue opaque , et a pris une teinte légèrement laiteuse. La
coagulation de l'albumine s'est faite d'une manière lente : l'u-
rine s'est peu troublée d'abord ; mais le trouble a augmenté
très sensiblement par l'ébullition prolongée. Nous soumîmes
également à l'action de la chaleur la même urine, à laquelle on
avait ajouté une petite quantité d'acide nitrique, et la coagu-
lation de l'albumine fut beaucoup plus prompte et plus mar-
quée.
La liqueur rouge formée par la couche inférieure de 1 urmc
présentait au fond du vase un caillot de sang noir.ltre et une
sorte de caillot blanc opaque, un peu plus élevé dans la h-
queur. Celte liqueur rouge, décantée, était opaque; elle a ele
mélangée d'élher sulfurique, agitée et ensuite laissée en repos.
L'élher a pris une teinte jaune en dissolvant la matière grasse
que conlenail également celte portion de l'urine , el celte hu-
n. ESSENTIELLES {endéiiiiques) . SqB
I racur est devenue transparente , mais en conservant une cou-
I leur rougeâtre.
Le caillot rouge a été traité de même par l'éther sulfurique,
, et il s'est liquéfié. Le caillot blanc, également traité par l'é-
i ther, a disparu, et l'éther a pris une teinte légèrement jau-
I nâtre.
Je prescrivis pour le lendemain matin une saignée de douze
onces et de la tisane de raisin d'ours , et je demandai que le
malade urinât dans un bocal séparé chaque fois qu'il éprou-
» verait le besoin de rendre l'urine. Le lendemain, on me mon-
; Ira six bocaux dans lesquels l'urine avait été reçue à des heures
t différentes. Les urines rendues la veille, à quatre, six et neuf
\ heures du soir, étaient d'un rouge brique très foncé, et la
c couche supérieure du liquide était d'un blanc laiteux. Ces
i urines n'avaient point d'odeur bien prononcée ; elles étaient
: neutres. Dans leur dépôt, il y avait des caillots de sang assez
» volumineux. L'urine rendue à quatre heures du matin, moins
c colorée que les précédentes, ne présentait point à sa surface
I l'aspect laiteux qu'offraient celles des émissions précédentes.
1 L'urine des deux émissions du matin , de six et sept heures ,
t était transparente et citrine; traitée par l'acide nitrique et la
( chaleur , elle se troublait à peine ; elle ne rougissait pas sensi-
\ blement le papier bleu de tournesol , et ne bleuissait pas le
p papier rougi par un acide.
La saiguce fut pratiquée dans la matinée. Le sang tiré par la
* veine n'avait pas l'aspect laiteux; malheureusement il ne fut
I pas conservé , et ne put être examiné au microscope ni chimi-
% quement.
Le lcndemain du jour oii la saignée fut pratiquée , j'examinai
l'urine du malade, afin de m'assurer si cette émission sanguine
t avait eu quelque influence sur la sécrétion urinaire. Or, cette
I intiuence avait été des plus remarquables : l'urine était devenue
«jaune, transparente , comme celle d'un homme en santé ; elle
*. était acide, et l'odeur urineuse était très développée. La pesan-
I teur spécifique de l'urine était très peu considérable, 1,0121.
» Soumise à l'élnillilion , elle devenait légèrement louche ; mais
l'acide nitrique la troublait à peine. Evaporée presque jusqu'à
HÉMORRHAGIES RENALES (3"" g/'OUpe),
«iccité, elle a offert une cristallisatiou saline, et.cn oulre une
partie sirupeuse qui s'est prise en masse par l'acide nitrique
comme l'extrait d'urine ordinaire. '
Le malade resta toute la journée et le lendemain au lit , et
l'urine cessa d'être sanguinolente , et n'eut pUis les caractères
de l'urine albumine-graisseuse; mais elle resta neutre. Elle
n'offrait pas de coagulum sensible ou de grumeaux par l'acide
nitrique et 'la chaleur. La tisane de raisin d'ours et le repos
furent continués. Disparition complète des accidens. Quelques
semaines après , à la suite de fatigues , l'urine devint de nou-
veau sanguinolente et albumino-graisseuse ; et, après plu-
sieurs jours de repos, les accidens se suspendirent de nou-
veau.
Ons. XVII. — Colon de rUe-de-France, atteint d'une liéniaturie continue
dans son enfance; dans l'âge mûr l'urine devient albumino-graisseuse et
dépose de l'acide uriquc cristallisé.
Le père de l'enfant atteint d'hématurie continue et de gra-
velle urique, dont j'ai rapporté l'histoire (2* Série, Ons, n),
âgé d'une quarantaine d'années, né lui-même à l'Ile-de-France,
après avoir éprouvé dans son enfance, comme tous les enfans du
pays, de légères atteintes d'hématurie , est venu en France, est
entré à l'Ëcole-Militaire, et a servi pendant plusieurs années
sans éprouver le plus léger accident du côté des voies urinai-
res. En 1814 , étant retourné à l'Ile-de-France, il y fut pris
d'un dérangement très remarquable de la sécrétion urinaire ,
qui existe encore aujourd'hui (urine chyleuse deProut) et ne
paraît pas exercer d'influence fâcheuse sur l'état de la con-
stitution , M ayant toutes les apparences d'une santé ro-
buste.
Cette altération de la sécrétion urinaire , lors de son inva-
sion , a été accompagnée de coliques néphrétiques et d'urines
glaireuses (au moins le malade l'assure). Un autre fait curieux,
c'est que le malade , qui est sujet à la goutte , assure que , lors-
qu'il en éprouve un accès , l'urine cesse d'être trouble et lai-
teuse , et qu'elle devient transparente comme celle d'un homme
bien porUul-
H. EssivNTiELLES {endémiques). SgS
Je reviens à l'allération de l'urine. Cette humeur n'ayant pas
la même apparence et les mêmes caractères à toutes les heures
du jour, j'ai examiné comparativement celles de trois émissions
d'un même jour : i° l'urine rendue au réveil , a" l'urine rendue
1 deux heures après le déjeuner , et 3° l'urine rendue trois heu-
>res et demie après le dîner.
L'urine rendue au réveil ^tait uniformément trouble ,
d'un blanc légèrement rosé , avait l'odeur urineuse ; elle était
; acide, et, le neuvième jour après l'émission , elle rougissait
! eucore sensiblement le papier bleu de tournesol. Celte urine
vavait été conservée dans un flacon bien bouché , qu'elle rera-
tplissait presque complètement, à une température de ii" de
Réaumur. Sa pesanteur spécifique était de a" 1/2 de l'aréomètre
ide Beaumé; cette urine coagulait par la chaleur et l'acide ni-
r trique , et le coagulura , examiné au microscope, avait l'appa-
frence de l'albumine coagulée.
Traitée par l'élher, cette urine, au bout de vingt-quatre
i«heures , devenait transparente. J'ai dit qu'abandonnée à elle-
nniême, elle restait trouble dans toute l'étendue de la colonne du
kliquide, et que la matière grasse ne formait point, comme je l'ai
iTu dans ^eux autres cas (3* Série, Obs. iietiv), une couche
icrémeuse à la surface.
Cette urine filtrée restait trouble.
Examinée au microscope, elle offrait un assez grand nombre
«de cristaux d'acide urique, et un très petit nombre de globules
ntrès rares , blancs, jaunâtres, et de la dimension des plus petits
Iglobules du sang. Ayant examiné une goutte de cette urine
t rendue transparente par l'éther, j'y ai distingué à peine deux
«on trois globules, qui évidemment étaient indépendans delà
kinalière grasse.
Le troisième échantillon, rendu trois heures et demie après
fie dîner, offrait à-peu-près le même caractère que le précédent.
Le second échantillon, provenant d'une émission d'urine
<deux heures après le déjeuner, était blanchâtre comme de l'u-
I line à laquelle on viendrait d'ajouter une petite quantité de
• lait. Une goutte de celle urine, examinée au microscope , offrait
• quelquefois, mais pas toujours, un ou deux globules de la
3g6 IIÉMORRHAGIES RÉNALES (3"" grOLipé).
forme et de la dimension des globules sanguins ; on y distin-
guait en outre de petites lamelles membraneuses et un grand
nombre de petits cristaux jaunâtres , prismatiques et rhom-
boïdaux d'acide urique. Le sédiment de cette urine paraissait
entièrement composé de ces cristaux , sans apparence de ma-
tière amorphe.
Cette urine trouble , opaque , mise dans un tube et traitée
par l'éther, était complètement transparente au bout de vingt-
quatre heures. Une couche blanche formée de matière grasse
parsemée de petits cristaux d'acide urique , formait une sorte
de septum entre la partie supérieure de la colonne de l'urine
et la couche d'éther qui lui était contiguë. La colonne de l'élher
ayant été enlevée avec la pipette et mise dans des verres de
montre, 'après l'évaporation spontanée de l'éther, la surface
de ces verres est restée imprégnée de matière grasse, reconnais-
sable à son aspect, à l'œil nu et à la loupe , et à son action sur
le papier non collé qu'elle huilait.
li'urine, débarrassée de la matière grasse par l'éther et de-
venue transparente, traitée par l'acide acétique, ne s'est point
troublée ; elle ne contenait donc point de caséum : mais, comme
les urines albumineuses, elle a fourni un coagulum considéra-
ble lorsqu'on l'a traitée par l'acide nitrique ou la chaleur. Cette
même urine, débarrassée de la matière grasse par la chaleur,
évaporée à consistance sirupeuse , traitée à froid par l'acide
nitrique, a donné de beaux cristaux de nitrate d'urée.
Abandonnée à elle-même et à la température de l'atmo-
sphère pendant quinze jours , celte urine ne s'est point sensi-
blement éclaircie , elle est restée trouble et blanchâtre. Le sé-
diment , composé de cristaux d'acide urique et de matière
grasse qu'ils avaient entraînée dans leur précipitation, était
blanchâtre : on remarquait à la surface de l'urine un crénior
épais d'un blanc mit, qui, examiné au microscope et traité
par l'éther, a été reconnu pour de la matière grasse non glo-
buleuse, mélangée de cristaux d'acide urique. La liqueur of-
frait quelques globules de nouvelle formation, ayant l'appa-
rence de ceux du ferment. Point de globules iiuiqueux ou pu-
ruleus , point de globule» rappelant ceux da lait.
H. ESSENTIELLES [endémiques). 897
Eu résumé, il résulte de ces recherches que cette urine dif-
férait principalement de l'urine saine, en ce qu'elle contenait:
" une quantité considérable de matière grasse qui lui donnait
- aspect laiteux, matière grasse qui ne se montrait point sous
lorme de globules ; 2° une quantité notable d'albumine; S" des
uristaux d'acide urique au moment de l'émission.
' M. P... a été atteint, à-peu-près à l'époque à laquelle le dé-
angement de la sécrétion urinaire s'est déclaré, d'un aflaiblis-
iement considérable de la vue, qui paraît dépendre d'une
Mmaurose, et contre lequel on a essayé dans le temps divers
(Remèdes conseillés dans cette affection , tels que purgatifs ,
iélon, etc. Cet affaiblissement de la vue n'a point faitdepro-
érès sensibles depuis quelques années : aujourd'hui l'œil droit ,
j-peu-près impropre à la vision, et dont la pupille est con-
tractée et immobile sous l'inûuence de différens degrés de
Rumière, est moins affecté que le gauche , dont la pupille,
iiabituellement resserrée , est encore contractile.
? M. P..., pensant que l'altération de la sécrétion urinaire
l iait peu grave, puisqu'elle n'altérait ni ne dérangeait les prin-
cipales fonctions, ne nous a demandé aucun remède. La cé-
t:ité paraît indépendante de cette viciation de l^ sécrétion uri-
naire. L'urine cesse d'èUe oj)aque pendant les accès de goutte
auxquels M. P... est sujet ; mais on n'a pas constaté si elle
• .onlenait alors ou non de l'albumine ou des cristaux d'acide
irique.
Des cas analogues ont été observés au Brésil , et M. Caffîe a
nublié l'histoire d'un de ces cas fort remarquables, pour lequel
il gous consulta, M. Orfila et moi. La rareté de ces faits m'en-
igage à le reproduire ici :
►Obs. XVIII. — Urine tour-à-toursangainolente et d'apparence laiteuse chez un
Brciilicn : voj'îigc en Europe ; persistance des accidens ; altération du sang
en r.ipport avec celle de l'urine (MM. Caffe, Orfila, Rayer).
M. J. Y. de Costa , âgé de 22 ans, est d'un développement
n'i^iiher, d'un tempérament lymphatique nerveux; visage for-
lenient marqué par les cicatrices de la variole ; les cheveux,
fnsés, sont d'un chàlain clair j denture symétrique , forte et
nÉMORRHAGIES m^NAT.ES (3"" gfOUpe).
bien conservée; la taille est de i mètre 80 cent., et apa poids
total est de 126 livres; les pulsations de l'artère radiale sont
presque toujours régulières , et donne 70 pulsations par mi-
nute.
La sauté de M. V. a toujours paru bonne, et j'ai plusieurs
fois observé que les impressions morales, gaies, influent sur
le retour des urines à leur état naturel , ce qui me portait à
croire que leur altération si souvent capricieuse était due à une
perturbation de l'action nerveuse dans la sécrétion urinaire,
perturbation exclusive de lésions organiques.
Pendant mon séjour récent à Londres, j'eus souvent occa-
sion de m'entretenir de ce fait remarquable avec les profes-
seurs sir Astley Cooper, Marshall Hall, Carsw^ell, Clarck, etc.,
et je n'obtins aucune idée nouvelle; la thérapeutique que je
mettais en usage ne fut pas changée.
Les précautions les plus minutieuses furent prises pour que
l'analyse des urines fût exacte. Le malade a émis ses urines
dans le laboratoire de M.Guibourt, et à trois époques différen-
tes de la journée : i" le matin pour opérer sur les urines de la
nuit; 2" immédiatement après le repas, l'urine de la boisson ;
5" urines de la digestion, ou cinq heures après le repas.
La matière grasse contenue dans l'urine était semblable à
la graisse ordinaire ; elle se saponifiait par la potasse : on pou-
vait encore appi'écier une très faible proportion de margarale
de potasse.
Les médecins soussignés, consultés par M. J. Y. de Costa
sur la nature et le traitement de sa maladie^ croient d'abord
devoir en rappeler sommairement les principales circonslagces.
M. V- est âgé de 22 ans; il est né à Rio- Janeiro, où il a tou-
jours habité jusqu'au moment de son départ pour l'Europe, i3
mai i836.
Le consultant eut huit frères, dont quatre sont morts dans
la première enfance. Pour lui, il a toujours eu une parfaite
santé; toutefois, depuis l'âge de 4 ans jusqu'à celui de 10 ans
environ, il aurait souvent éprouvé, sur les membres inférieurs
des éruptions que le malade caractérise d'érysipèles erratiques,
qui réparaissaient périodiquement toutes les semaines.
H. ESSENTIELLES {eiidémiques). 3i^9
Le régime de vie de M. V. fut toujours très substantiel ,
composé de viandes des animaux adultes et très peu de lé-
gumes.
Invasion de la maladie. — Il y a quatre ans, tout-à-coup,
après une course un peu longue, sans symptômes précurseurs,
sans douleurs, émission d'urines blanches, d'apparence lai-
teuse; usage de boissons nitrées et repos.
Un an après, douleurs aiguës au niveau des régions lombaires
et dans la région de la vessie ; douleurs tellement intenses que
le malade se tenait à genoux , se courbait fortement en avant au
moment de l'émission des urines , alors d'une épaisseur telle
qu'elles avaient peine à sortir de l'urèlhre ; elles formaient une
masse homogène, molle et continue; en outre elles étaient
quelquefois mélangées de beaucoup de sang. Ces douleurs
aiguës durèrent environ une quinzaine de jours. On appliqua
5o sangsues à l'hypogastre et au périnée , et on fit prendre des
bains émoUiens, de l'eau nitrée pour boisson, plus tard de
l'eau de Sedlilz et de l'eau de mer.
La diminution des douleurs fut lente et progressive ; elle ne
cessèrent complètement qu'après trois mois. Les urines étaient
rendues tantôt blanches, laiteuses; tantôt naturelles, tantôt
sanguinolentes.
Depuis cette époque, il est souvent arrivé que deux au trois
mois se soient passés sans que les urines présentassent le
moindre aspect laiteux , qui se reproduisait de nouveau sans
cause appréciable.
L'exercice de l'équitation , au dire du malade , a paru sou-
vent favoriser le retour passager des urines à leur état normal.
Pendant les soixante jours de navigation pour se rendre en
Europe , les urines ont été naturelles.
Pendant les mois d'avril, mai et juin , les urines étaient gé-
néralement meilleures.
♦Pendant neuf mois consécutifs, et dans la même année, le
malade s'est soumis à une nourriture exclusivement composée
de poulardes au riz et de lait de brebis , il fit aussi usage d'une
grande quantité de térébenthine.
Dans le mois de juillet 18^6 , le malade est arrivé à Paris dans
4oO HÈMORRHAGIES RÉNALKS (3°" grOUpe).
le but de se faire traiter d'une maladie qui, si elle n'altérait
pas visiblement sa sauté, restait slalionnaire, et pouvait lui
inspirer des craintes pour l'avenir.
Nous avons déjà dit que l'urine avait été naturelle pendant
les soixante jours de traversée, mais l'un de nous, M. Gaffe,
auquel M. V... avait été adressé du Brésil à Paris, constata,
aussitôt après l'arrivée du malade, l'existence d'une urine lai-
teuse , et autres faits dont le détail doit suivre. Il conseilla d'a-
bord les boissons faites avec la décoction des bourgeons du
sapin du nord, alternée avec les eaux de Vichy, les bains de
Barèges, la soustraction au froid , un vêtement de flanelle sur
tout le corps et immédiatement sur la peau. Plus tard, M. Cafl'e
recourut à la décoction de racine de raifort , aux pilules com-
posées de sulfate de fer et de sous-carbonate de potasse ; la dose
de ces médicaniens fut élevée , et par dose croissante.
Ces moyens ne parurent pas avoir une influence marquée et
surtout persévérante.
Vers la fin de septembre , le malade partit pour la Belgique;
de là fit une course à Londres, oii M. Gaffe, qui s'y trouvait à
la même époque, eut occasion de le rencontrer. Ou continua
l'usage des préparations ferrugineuses , et le voyage parut plu-
tôt avoit une influence heureuse sur la santé de M. V... ; cepen-
dant les urines étaient redevenues laiteuses quelques jours
avant son retour à Paris.
Peu de temps après son retour, M. Gaffe nous réunit en con-
sultation, et nous fit part des observations déjà indiquées, et
de quelques autres que nous allons rappeler :
1° Deux ou trois fois seulement les urines ont paru plus
abondantes que les liquides ingérés.
2° La couleur laiteuse de l'urine a prftenlé de nombreuses
variations d'intensité quelquefois dans un même jour, et de
telles variations dans l'espace d'une semaine , que tantôt l'u-
rine paraissait naturelle, tantôt ressemblait à du liitly sans que
de pareils changemens si rapprochés pussent être expliqtiés
par des écarts de régime ou par toute autre cause.
3" L'urine a été un certain nombre de fois sauguinolente,
surtout avant l'emploi des préparations ferrugineuses.
H. liSSENTfr.LLTis {endémiques). 4oi
4° L'émission de l'urine n'était point douloureuse , et s'opé-»
rait facilement.
5° L'urine, malgré son aspect laiteux , avait l'odeur et le
goût ordinaires ; elle fut plusieurs fois goûtée par le malade sur
l'invitation du médecin.
6° La santé paraissait assez bonne, mais le malade disait
qu'il se sentait moins bien portant lorsque l'urine avait l'appa-
n rence laiteuse la plus prononcée.
7° Les fonctions digestives étaient parfaitement régulières;
l'appétit était très grand, et la quantité de nourriture prise
chaque jour était vraiment considérable.
8° Le sommeil et les principales fonctions étaient en tout ré-
guliers.
9° Presque toujours après les rapports sexuels, l'urine a paru
\ devenir plus naturelle.
L'urine de M. V... ayant, comme nous l'avons déjà dit , l'ap-
V parence des urines désignées sous le nom d'urines laiteuses , et
1 d'une espèce d'urine que M. W. Prout a décrite sous le nom
d'urine chyleuse, les soussignés crurent devoir prier M. Gui-
Kbourt, professeur à l'école de pharmacie, de faire l'analyse de
tces urines , et cela avec d'autant plus de confiance , qu'il venait
trécemment d'examiner un cas analogue chez un homme de l'Ile-
<de-France traité par l'un de nous, M. Rayer.
Nous croyons devoir reproduire ici textuellement la note de
IM. Guibourt, pleinement confirmative de l'opinion que nous
nous étions formée sur la nature de l'urine de M. V...
«L'urine de M. V... est tantôt blanche comme du kit, d'au-
tres fo>s d'un rouge.de sang. D'autres fois encore, le malade
Irrend une urin^ j^^e et transparente qui ne paraît pas différer
de 1 unne saine.,
« L'urine/rouge de sang, étant abandonnée au repos , se sé-
Zr « = '^""^ ' ^'"^ et opaque,
P ressemblât a un caillot de sang , occupe le fond du vasef le li-
arme ^'^^V^^^^-^^ laiteuse, comme la première
rte~:^^ ^^^""^^^ ~ -
« L'urine blanche et d'apparence laiteuse contient quelque-
III. 2 '
26
40:? H^MOBRHAGIES RÉîrA.LES (3"" gVOUpe).
fois une si grande quanlité de matières grasses, qu'elle vient
former à la surface une couche semblable à de la crème , qui
occupe le cinquième de la hauteur du liquide; mais ordinaire-
ment il eu a beaucoup moins.
« Dans tous les cas , l'urine laiteuse étant mise en contact avec
de l'éther sulfurique , s'éclaircit, et l'éther se colore en jaune.
En remplaçant une ou deux fois le liquide surnageant par du
nouvel éther, on épuise l'urine de la matière grasse , et elle de-
vient parfaitement transparente j elle est alors jaune si elle était
primitivement d'un bjanc laiteux, et légèrement rougeâtre ai
elle était rouge sanguinolent.
« Il est prouvé par là que l'urine laiteuse ne devrait son opa-
cité qu'à la matière grasse que l'éther a dissoute, et qu'on ob-
tient facilement par l'évaporation de celui'ci.
« J'ai dit que le liquide opaque et rouge, précipité au fond
de l'urine sanguinolente, ressemblait à un caillot de sang; mais
cette apparence est trompeuse. En traitant cotte masse par l'é-
ther, on la rend à l'instant même liquide , entièrement transpa-
rente et d'un beau fouge vif; ce liquide ne contient donc que
de la matière colorante de sang, et sans Hbrine.
tt L'urine laiteuse, devenue transparente par le moyen de
l'éther, soumise à l'ébullition, forme un abondant coaguluin
d'albumine.
« L'acide nitrique la coagule également; l'acide acétique ne
la trouble pas : elle contient donc de l'albumine et non de la
caséine. La dénomination d'urine laiteuse ue s'applique donc
qu'à l'apparence , aux caractères physiques du liquide et non
pointa sa nature.
« Une expérience antérieure nous a démontré que l'ttritte
d'apparence laiteuse différait de la nature du lait. Celui-ci étîiçt
étendu d'eau de matière à offrii' l'opacité de l'urine, les deux
liquides ont filtré, également troubles et blancs, à travers le
papier; mais , de l'acide acétique ayant été ajouté à ces deux
liquides , l'urine d'apparence laiteuse n'a éprouvé aucune alté-
ration, et reste laiteuse çomrae aupaiavant; tandis que le lait
coagulé et filtré est devenu transparent.
« L'oïipe l^ijeuse , débarrassée de la matière grasse pas' de
M. essentiellï:s (cndéiniques). 4°^
l'élher, après avoir été coagulée par le calorique, et copcenlrée
eaviron à moitié, a été filtrée et refroidie; mélangée alors d'a-
cide nitrique , elle a formé une belle cristallisation de nitrate
d'urée. Ainsi ce liquide, débarrassé de ses principes étrangei'S ,
paraissait redevenir de l'urine ordinaire.
« IJn résumé, l'urine de M. V-.. diffère de Vurine ordinaire,
•en ce qu'elle contient une grande quantité d'albumine et de
matière grasse, auxquelles se joint par intervalle la matière
colorante du saug, sans fibrine, w
En comparant le résultat de cette analyse avec ceux que.
M. Prout a obtenus des urines qu'il désigne sous le nom de chy-
J,euses, on i-econnaît aussitôt que celte dénomination convient
au cas pour lequel nous sommes consultés. En effet , si on ajou-
it^it une certaine quantité de chyle à l'urine (Yoy. composition
icl^imique du chyle , Berzelius, Orfila , etc.)^ on obtiendrait une
vrine chargée d'albumine, d'une matière grasse et d'une cer-r
■ tîiine proportion de malièi-e coloi'ante de sang. D'un autre côté,
• malgré ce qpi a été dit sur la présence du caaéum dans l'urino
ilaiteuse, il est fort douteux qu'on en ait jamais renconiré, et
d'ailleurs, dans le cas qui nous occupe, il n'en existait pas.
Les résultats de cet examen fait sur les urine? de M. Y...,
i 'absence des douleurs dans les régions rénales, la connaissance
lur nous acquise de plusieurs cas analogues dans lesquels il
l y avait point de lésion matérielle des reins, l'analogie noix
noins évidente de ce cas avec les hématuries de l'Ile-de-France,
it qui sont quelquefois suivies d'urines laiteuses 5 toutes ces
ircQnstances nous firent penser qii'il serait extrêmement im-
lortgnt de rechercher si le sang lui-même n'offrirait pas un
tat particulier, et spécialement celte apparence laiteuse que
quelques palhologistes paraissent avoir observée dans des con-
fiions morbides encore indétei-rainées, M. Gaffe pratiqua donc
i son malade une saignée au bras de quatre onces , et M. Gui-
wm-t voulut bien en^ççre ^e charger de faire l'analyse de ce
ang.
Le sang, abandonné dans un vase fermé, s'est pris en une
nasse gélatineuse, tremblante, sans aucune apparence de
■ouenne blanche k U surface j loin de là, ce sang, agité dans
26,
/|04 ITÉMOnnHAGIES RJSIVALKS (3""" gl'OUpe).
le flacon après 24 heures de repos , est redevenu complètement
liquide ; ce qui semble indiquer une absence complète de fi-
bi'ine.
Ce sang liquide a été mêlé à deux parties en volume d'alcool
rectifié, afin qu'il se coagulât. Le coagulum a été soumis à la
presse et desséché 5 il pesait alors sept gros et demi , ou près
du quart du poids du sang. Il était pulvérulent et d'un rouge
pâle et blanchâtre, tandis que le coagulum d'un sang normal,
préparé de même , est sous la forme d'une matière dure, vi-
treuse, et d'un rouge brun très intense. Il est évident, d'après
cela, que le coagulum de ce sang brésilien contient proportion-
nellement moins de matière colorante que celui du sang nor-
mal ; mais cela peut tenir à ce qu'il renferme plus d'albumine.
11 est en effet bien remarquable que ce coagulum desséché dé-
passait la quantité de matière solide indiquée jusqu'ici par
toutes les analyses du sang; et, comme il ne contenait que peu
ou pas de fibrine, son excès de quantité doit porter principa-
lement sur l'albumine.
Une égale quantité (sept gros et demi) de coagulum de ce
sang malade et de sang normal a été pulvérisée et traitée par
l'élher au moyen de la méthode de déplacement. Dès le pre-
mier moment, une grande différence s'est manifestée : les trois
premières gouttes d'éther provenant du sang brésilien ont
laissé sur un verre de montre une couche très apparente de
matière grasse, blanche, opaque et nacrée; les trois premières
gouttes provenant du sang normal ont laissé seulement quel-
ques points circulaires d'une matière grasse plus transparente.
La totalité de l'éther provenant du sang brésilien a laissé oSf-,ao
(quatre grains environ) de matière grasse, solide,- opaque et ci-
reuse. La totalité de l'éther provenant du sang normal a fourni
oS'-jH d'un résidu coloré, partie gras, partie salin, et attirant
l'humidité de l'air.
Il résulte évidemment de ces expériences que le sang de M- V-
diffère du sang ordinaire, en ce qu'il contient moins de fibrine,
mais plus d'albumine et de matière grasse, et qu'il se rapproche
en conséquence par ses caractères de la composition du chyle.
En résumé , dans notre opinion , l'altération do la sécrétion
H. ESSENTIELLES (endémiqucs).
urinaire, observée chez M. V., est manifeslement spus la dé-
pendance d'un état particulier du sang, et cet état consiste eu
ce que la transformation du cliyle versé dans le sang se fait
d'une manière incomplète , c'est-à-dire en un vice de l'héma-
tose.
Les cas d'urine laiiettse sont encore peu nombreux dans la
science, et plusieurs de ces faits ont été observés d'une manière
trop incomplète. La part de l'influence du régime , des divers
traitemens, et aussi du temps, etc., sur leur terminaison, n'a
pu être appréciée assez rigoureusement pour que nous puis-
sions ici donner des règles de traitement aussi positives que
I pour une maladie moins rare.
Cependant nous rappellerons : i" que les malades dont
M. Prout a rapporté brièvement l'histoire, ont souffert plu-
sieurs années sans altération manifeste de la santé.
a" Les hématuries observées à l'Ile-de-France, et quelquefois
suivies d'urine dite laiteuse , ne sont pas regardées comme
graves.
3° D'après une discussion élevée à l'Académie de Rio- Janeiro
(avril i836, Revista medica fluminense), il paraît que cette
j maladie es» assez fréquente dans cette ville, surtout chez les
I femmes , et que sa gravité n'est pas en rapport avec sa résis-
1 tance aux agens thérapeutiques.
4° Dans le petit nombre de faits, observés en Europe, d'u-
rine laiteuse, qui était réellement chjleuse d'après l'analyse,
et non purulente , la maladie , quoique rebelle et de longue
durée, n'a pas été grave; toutefois on l'aurait vue, d'après
quelques auteurs ^ dégénérée en diabète.
En suite de l'opinion émise plus haut sur l'altération de la
sécrétion urinaire, de sa liaison avec un état particulier du
sang et un vice de l'hématose , et d'après les résultats les
i mieux observés, et les expériences thérapeutiques faites dans
I une maladie aussi rare, nous croyons devoir conseiller le trai-
I tement suivant :
1" Pendant plusieurs mois, tous les matins, à jeun, M. V.:^
prendra six pilules suivantes :
Prenez sous-carbonate de fer un gros.
4o6 UKMOUIUIACIES RÉNALES (3"" gWUpe).
Poudre de quinquina rouge un scrupule.
Cannelle pulvérisée dôuze grains.
Mêlez selon l'art et faites atec quantité sufllsanle de mélange
24 pilules.
52° Une heure avant de dîner, boire une once de vin de
quinquina.
3° Trois fois par semaine prendre un bain presque frais
d'une demi-heure de durée, additionné de deux onces de sul-
fure de potasse.
4' Le soir, au moment de se coucher, M. V... prendra >.4
grains de sous-carbonate de fer dans du pain à chanter ou
dans de la compote.
5" Les médecins qui dirigeront au Brésil lé tMitèJhent de
M. V... pendant deux ou trois mois consécutifs, ne devront le
suspendre que dans le cas oh il se présenterait des signes d'ir-
ritation gastro-intestinale ( Ce qui est peU probable); nous
croyons pouvoir ajoutef qUe , dans ttOife opinion , les modifi-
cations ultérieiires ne devraient porter que sur le choix d'autres
préparations ferrugineuses ou de quinquina, dans la substi-
tution de bains alcalins , savonneux , à ceux de sulfure de po-
tasse.
6° Le régime alimentaire, dans une semblable affection, doit
être essentiellement choisi parmi les viandes do bœuf et de
mouton rôties et grillées.
9° Là boisson orditiait-c Sera un vin généreux coupé avec de
l'eau ferrée.
8° On devra faire concoui ir au succès du traitement tous le*
moyens hygiéniques propres à fortifier la constitution ; dans la
Saison des bains de mer, M. V. eti prendra une trentaine, que
l'on rte prolongera pas au-delà de quelques minutes.
9° La dysurie qui a lieu lors du passage d'une certaine quan-
tité de sang dans les urines , ou lorsqu'elles sont fortertienl
chargées de chyle, est due à une cause entièrement mécanique,
qui cesse d'elle-même par la sorlie des caillols, ou peut encore
nécessiter l'emploi du cathétérisme. Ces accidens sont particu-
liers à une seule circonstance de la tMaladic, et tous étrangers
à sa nature.
H. r.ssENTiEtLES {endémiqucs). 407
^ 587. Cette toaladie paraît être fréquente au Brésil; elle A
î flié l'attention de la Société de médecine de Rio-.latieiro , qui
! a nommé une commission pour l'étudier d'une tnaiiicre spc-
1 ciftle.
La Revista medica flutninense a publié les diverses opiniotis
«qui ont été émises à ce sujet; et je dois la traduction de ce do-
TCUment à l'obligeance de M. Caffe.
Société de médecine de Rio-Janciro. Séance du 20 août i833.
>^ Discussion Sur le diabète laiteux. Le docteur Simoni (mé-
«deéin de l'hôpital de la Miséricorde) déclare avoir souvent
^observé celte maladie dans cette -ville, et principalement à
l'hépital. On la rencontre dans les deux sexes, mais bien
M|>lns souvent chez les femmes. Elle apparaît et cesse souvent
rtoul-à-coup sans cause connue. La durée en est variable; elle
(dure des mois, des années, et elle est également suivie de
plus grands intervalles pendant lesquels elle disparaît; d'autres
jfois, elle dure des jours ) et même seulement des heures, de
c sorte que, dans son apparition , sa marche, ses progrès et sa
durée, elle présente une irrégularité capricieuse : ce qui fait
«que M. Simoni la considère comme Une affection nerveuse des
rorgânes iirinaires, qui en jDérvertit la sécrétion; d'ailtarit plms
rqu'elle ne se lie pas constamment à des affections hiorbides du
l'tissu de ces mêmes organes appréciables par l'auiopsie, ou par
d'autres phénomènes pathologiques qai en indiquent la souf-
france. En un cas j il trouva le tissu cellulaire des reins altéré
en couleur, volume et consistance. Dans ce cas, le tissu des
«deux reins était un peu plus blanchâtre, plus nlou et plus vo-
lumineux que de coutume ; il y avait des taches encore plus
blanches dans les cas oii cette maladie a été le plus opiniâtre;
nlle a paru céder aux préparations de fer, de valériane et de
la plante nommée ordinairement quiiilefcuille ; dans d'autres
cas, elle a résisté à tous les remèdes, et a disparu quand on
l'espérait le moins et lorsqu'on avait abandonné tous les moyens
thérapeutiques; de sorte qu'il y a du doute si la cure est due
ou non à l'action des remèdes employés.
M. Sobrini (aussi médecin à la Miséricorde) a vu plusieurs
lois celte maladie à l'hôpilul et eu ville ; il la trouve plus spé-
4o8 nÉMORRHAGlES RENALES (3'"' groUpe).
ciale à ce pays qu'à l'Europe, ou elle paraît inconnue, ou au
moins tellement rare, qu'il n'en est presque pas fait mention
dans les auteurs ; que le seul auteur où il se trouve quelque
chose sur ce sujet, est le célèbre Pierre Frank, dans son Traité
de médecine pratique ; mais que le diabète laiteux ou flux cé-
liaque ou urinaire, dont il parle, n'est pas notre maladie, bien
que désignée par le même nom. Comme preuve de ce' qu'il
avance, il lit ce que dit Frank à ce sujet (i). Il ajoute ensuite
que la dénomination de diabète laiteux est peu juste, que le
nom de diabète albumineux est plus convenable; que l'urine
présente l'odeur de blanc d'œuf; que le liquide donne de l'hy-
drogène sulfuré par la putréfaction et se coagule par la cha-
leur; que la cause de la maladie est aussi difficile à déterminer
(i) Je mots sous les yeux du lecteur le passage de l". Frank auquel M. So-
briui fait allusion :
<■ Le diabète laiteux des auteurs , ou flux cœliaque urinaire , nous pa-
ie raît consister dans une urine lilancbàtrc que l'on rend quelquefois dans
« la plus parfaite santé, lorsqu'on fait une promenade fatigante à la suite
o d'un repas copieux. Le mélange du pus avec les urines peut encore eu
<■ imposer pour du cbylc à beaueou}) de médecins. Cependant nous ne uious
o pas l'existence du diabète laiteux ; un septuagénaire vient de nous en
<< donner In preuve à l'hûpital do Pavic. Ce malade avait porté pendant
n assez Jong-tcmps un fardeau très lourd sur les épaules; liuit jours après
" cet effort, il éprouve une douleur intense vers les dernières vertèbres des
« lombes, quelques mouvemens fébriles par intervalles, avec exacerbation
« le soir; il se plaint d'une soif très vive et rend une grande quantité d'urine
u semblable à dulail. Durant plusieurs mois, il a rendu chaque jour seize ou
vingt livres de ce liquide douceâtre, quantité bien supérieure à celle de
u la boisson, quoiqu'il bût abondamment. La soif inextinguible et la faim
<■ qui le dévoraient, le marasme qui avait pris la place de son embonpoint,
>. comparés avec la quantité des urines, prouvaient que la consomplinn de-
a pendait du diabète et non d'un foyer purulent. On trouve, chez les auteurs,
« de semblables exemples de diabète cliyleux qu'il serait difficile d'attribuer
« à une suppuration interne.
{Traité de Médecine pratique de P. Frank, trad. de J. M. C. Goudareaii,
t. m , p. 23. )
Cette espèce do diabète doit être fort lare en France; je ne l'ai pas encore
observée.
H. ESSENTIELLES {endèmiques) . 409
que celle du diabète sucré ; qu'il n'a jamais eu l'occasion de
faire l'aulopsie cadavérique, pour voir si les reins se trouvent
sensiblement altérés, ce^ui lui paraît peu probable , à la vue
des alternatives d'améliorations et de disparitions que présente
.la maladie, ce qui n'aurait pas lieu s'il y avait une altération
organique; que ce vice de sécrétion est souvent accompagné
de douleurs vagues dans les régions lombaires, de dysurie ou
même d'ischurie; qu'il est plus considérable après la digestion
, et moindre le matin j que la coagulation de quelque partie du
liquide par le refroidissement dépend peut-être du manque de
l'influence de la vie; que les bains d'eau salée et les prépara-
tions de fer sont le meilleur remède. Quelques autres ont été
employés inutilement, et principalement le traitement auti-
phlogislique et révulsif. Chez un individu, il essaya en vain
les vésicaloires couverts de résine de noix d'acajou, pour em-
pêcher le stimulus des cantharides sur les voies urinaires :
souvent tous ces remèdes étaient inutiles , et la maladie conti-
nuait long-temps, et cessait capricieusement sans cause appré-
ciable. Il y a cette différence entre le diabète laiteux de
Frank et des médecins d'Europe avec celui-ci, que le mal peut
;se prolonger long-temps sans détériorer l'économie ou même
.sans incommoder le malade, et cesser tout-à-coup sans aucune
médication. Il rapporte le cas d'un jeune homme chez lequel
la maladie se termina de cette manière, après avoir duré plus
< de six mois et avoir résisté à toutes les médications.
AI. Pieiss dit n'avoir vu cette maladie ni chez les vieillards ni
chez les eiifans, rarement chez les jeunes gens , mais très sou-
vent dans l'âge viril, et plus souvent chez les femmes que chez
es hommes, surtout dans les lempéramens nerveux. Il rap-
porte le cas d'une dame douée de ce tempérament, chez la-
quelle, après l'emploi d'un grand nombre de moyens théra-
peutiques , la maladie cessa par l'usage d'une infusion de va-
ériane. Il dit que la plus grande partie des personnes qu'il a
vues atteintes de cette infirmité, jouissaient d'une bonne santé,
sans éprouver d'autre incommodité J que chez quelques-unes
l'unne sortait parfois déjà eu caillots, et alois occasionnait à
l'individu une notable incommodité parla difficulté de l'émis-
4io HÉMonnHAGîÊS ni5NALiïS {y"' groupe).
sion. Dans un cas , l'usage de venilhas fut utile pout en favo-
riser l'excrétion. Dans d'autres cas, l'urine se montre, â In sor-
tie, ayant la consistance et la couleur du café au lait, et elle se
• coagule bientôt, comme il l'observa chez un individu d'ailleurs
robusle et sain. Quant à la nature de la maladie, il pense qu'elle
est encore Irès obscure et doit être étudiée ; que la dénomina-
tion de maladie nerveuse ne peut lui être appliquée, parce
qu'elle est quelquefois accompagnée de phénomènes phlogi.sii-
ques, bien qu'il ue la considère pas comme l'effet simple d'une
phlogose.
M. Vallados, professeur de chimie médicale, est aussi d'opi-
nion que notre maladie est spéciale à dé pays, et qu'elle n'a
rien de commun avec le diabète laiteux des médecins d'Eu-
rope, d'autant plus que les pathologistes français n'en parlent
pas. Il a observé quatre cas de cette affection, deux chez des
hommes et deux chez des femmes. Une des femmes était une
négresse enceinte; la femme se rétablit, après raccouchement,
sans remède. L'autre femme était également une négresse , et
chez elle la maladie céda à l'usage d'une décoction de la plante
appelée qiitnie feuille. Un des hommes fat guéri avec la dé-
coction de l'herbe nommée vulgairement omour des champs.
Le dernier cas, il l'observa avec M. Reiss, qui vient de le ciler.
Il ajoute que le caractère du diabète est une grande quantité
d'urine, et que, dans la maladie dont il s'agit , il n'y a pas aug-
mentation de quantité , mais seulement perversion de qualité.
Relativement à la nature de la maladie , elle est encore très ob-
scure. 8elon une expérience faite par Paulo Candido, on trouve
dans ces urines la présence de l'acide urique et de l'urée. Le
traitement est variable : celui qui réussit chez un individu
réussit rarement chez un autre ; et le moyen qui a réussi une
première fois est, sauS succès dans la rechute , qui est fré-
quente.
Le docteur Simoni dit que le coagulum que présentent les
urines n'est pas toujours le même. Parfois l'urine sort liquide
et limpide, de couleur naturelle, et, peu après, elle devietit
entièrement coagulée, conservant la même transparetice et un
aspect tremblant de gélatine ; parfois elle est trouble et opa-^
If. ESSENTIELLES {endéjïiiquùs).
Lie , el le coagulurtl prend la même couleur : d'autres fois elle
si dense, opaque, et plus ou moins blanchâtre ; elle ressemble
( dii lait : le coagulum est âUssi semblable à celui du lait. Elle
ist quelquefois homogèrie; d'autres fois mêlée avec d'autres
.lubslaftces, telles que du mucus, du pus, du sang el des corpS
ransparens, d'une couleur roUgeâtre, qui , en sortant par Tu-
èthre, causent ainsi de fortes douleurs, surtout lorsqu'ils eii-
raînent avec eux des portions de coagulum dense, épais comme
lu blanc d'œuf, déjà formé dans la vessie.
Les urines restent quelquefois limpides et transparentes
près être sorties , d'autres fois elles se coagulent. Ce coaguluni
l'apparence gélatineuse ou albumineusë ; il èe forme ordinâi-
ement peu de temps après l'émission des UrineS, ett raison du
ilus ou moins prompt refroidissement de ce liquide. Exposé
u feu, au lieu de prendre une consistance plus grande, comme
•n l'observe avec l'albumine , le coagulum se fond, et il reste
hns le liquide de petits filamens d'une substance blatlclle, qtit
t probablertient de l'albumine coagulée : peut-être l'albumine
la gélatine existent en même temps dans les urines des ma-
icles affectés de cette maladie, et donnent lieu aUx coagulum
ni se forment dans deux états opposés de températures. Des
xpériences très exactes devraient l'indiquer.
M. Maia dit avoir observé cette maladie chez Une négresse.
iU qualité et la quantité de l'tirine se trouvaient altérées; la
lalade urinait en grande abondance. La maladie céda à l'usagô
e la qin'ntefcuillc. Il pense que la nature du coagulum est
Ibumineuse, et explique la production de cetle substance dans
s urines par la théorie de ceux qui supposent que , dans le
|| ang , existent formées toutes les substances de la sécrétion ,
t que les organes ne font que les séparer et les laisser passer,
l'exclusion des autres. Dans ce cas, le rein, par une priva-
on de sa sensibilité, laisse passer dans l'urine l'albumine du
tng.
M. îloza déclare que celte maladie n'est point un diabète ; ce
om ne convient que dans les cas où il y a altération de qua-
Ic el augmentation dans la quantité des urines. Cette circon-
lancc ne ac reucoulre pas ordinairement d.tns celle maladie.
4 12 HÉMORRHAGIES RÉNALES Çi"" gf'OUpe).
Il l'a observé chez une lemme âgée de 60 ans; la maladie céda
à l'usage des bains d'eau salée et de l'eau de Vichy. Il l'a obser-
vée aussi chez un individu débauché; elle avait été précédée de
rétrécissement de l'urèthre , paraissant dû, dans le principe, à
une affection catarrhale de la vessie. Examinée ensuite avec
beaucoup d'attention, l'urine contenait du coagulum globu-
laire, rougeâtre, et parfois de couleur azurée. Les rétrécisse-
ment furent surmontés presque tous par la suppression opérée
par des cordes de boyaux introduites dans le canal de l'urè-
th e. L'usage de la salsepareille, du sirop de Cuisinier, fut suivi
de la cessation de la maladie, qui reparut deux ans après,
l'individu ayant recommencé sa vie déréglée. La quintrfctnlle
a été quelquefois utile dans celte maladie, selon l'expérience
de M. Roza; mais le meilleur remède et le plus généralement
approuvé est l'usage des bains salés. Il rapporte qu'une dame
était sujette à cette affection tous les huit jours qui précédaient
son flux menstruel.
M. Sobrini dit qu'il n'y a pas augmentation de la quantité
de l'urine , ce qui constitue le diabète , mais altération de celte
même urine, et formation de principes différens de ceux qui
lui sont naturels. Dans le diabète laiteux du Brésil , la quantité
des urines , au lieu d'augmenter, diminue quelquefois.
M. Simoni fait observer que , chez une négresse qu'il a long-
temps traitée à la Miséricorde , et que M. Sobrini vit et Iraila
en diverses occasions, les accès ou les répétitions de celle ma-
ladie précédèrent presque toujours les accès d'épilepsie ou d'é-
rysipèle éléphantiaque dont elle était fréquemment accompa-
gnée, ou suivaient ces mêmes accès. Cette malade avait eu une
affection syphilitique qui lui fit perdre le nez , et elle ne parais-
sait pas entièrement guérie.
MM. Vallados et Roza contestèrent la convenance du nom de
diabète donné à celte maladie, et soutinrent sa différence es-
sentielle avec les véritables diabètes, non-seulement par la
quantité et la qualité des urines, mais aussi par les phéno-
mènes et les conséquences pathologiques de cette affection sin-
gulière.
M. Meirelhes dit f|u'il a observé celte maladie chez une femme
H. rssrKTiELLEs [endéiniqucs]. 4'3
sujette à des attaques périodiques d'érysipèles de quinze en
quinze jours, et chez laquelle les accès el la maladie ont cessé
dans un voyage qu'elle fil en Europe. La maladie s'est l'epro-
duite aussitôt que cette femme est revenue dans ce pays.
Il a cherché en vain dans beaucoup d'auteurs la description
de cette maladie ; dansTouvrage de M. Thénard, il se trouve
)nenlionnée une analyse d'urine que l'auleur nomme laiteuse ,
et qui est bien différeiile de la maladie en question ((). M. Mei-
rfllhes remarque que la plus grande partie des individus alTectés
de cette maladie sont sujets aux érysipèles et ont le tempéra-
nieut lymphatique. Tant que ces individus restent au lit, les
urines se conservent limpides; mais, dès qu'ils se lèvent et
s'exposent au froid, elles deviennent coagulables ; el chez des
individus cette coagulation s'opère même dans la vessie, et oc-
casionne des douleurs eldes incommodités dans l'émission des
urines. Ces individus n'urinent jamais de la même manière, la
quantité et la qualité des urines variant j toutefois il y a pres-
que toujours du sang; quelquefois elles ont une couleur de
café. Il a fait analyser les urines de personnes affectées de cette
maladies par M. Blanc, phamacien français à Rio; il a trouvé'
qu'elles coutenaient une matière caséeuse. Il rapporte le cas
d'un jeune Portugais d'un tempérament lymphatique qui souf-
frait beaucoup de celle maladie ; il urinait une partie du jour
du sang pur, qui se coagulait; d'autres fois de l'urine claire ,
d'autres fois couleur de café au lait et très trouble. Il pense que
les bains de mersont constamment le meilleur remède, il n'a vu
qu'un cas exceptionnel à cette règle. Les toniques , en général,
sont avantageux, et parmi eux le quinquina uni à l'acide sul-
furique.
Sur la demande de quelques membres, on nomme une com-
(i) Voici le passage auquel M. Meirelhes fait .nllusion :
" II paraît que l'on a vu quelquefois l'uriue blanche comme du lait, qn'il
s'en séparait une sorte tle crème par le repos, qu'elle se coagulait par
lebullitiou, que le caillot avait les propriétés du caséum,et cédait à l'éther
- une matière grasse. « (Thénard, Traité de Chimie, l'aris, i836, t. v,
() 18?..) '
4l4 HÉMORBHAGir.s niiCfAT-Ps (3"" groupé).
mission cliargée d'examiner p:u lir.ulièremRi!i cr.iio nialaclio ei
de faire sur cUe uu mémoire circonslaiicié. ]\JiVÎ. YqUadois, gp-
brini el Soulié ont été nominés membres de cette commission.
Ces urines chyletises , improprement désignées sous le noijj
de lailcitses, qui ont été observées à l'Ile-de-Frauce et au Bré-
sil , ont peut-êU-e aussi , k en juger d'après le passage suivant de
Chalmers, été observées à la Caroline du Sud (i).
« L'urine est quelquefois pâle comme du lait et de l'eau,
« pendant plusieurs jours et plus spécialement chez les petits
« garçons au dessous de sept ans; on pense généralement que
a cet état 4e l'urine indique la présence des vers ,- pour moi ,
« c'est plutôt une preuve d'acidité , quoique je ne conteste pas
« que d'autres causes ne puissent leur donner cçlte couleur. »
L'apparence lajteuse de l'urine n'est pas décisive ; la présence
çle l'albumine et d'une matière grasse n'4 pas été constatée.
D'un autre côté on a donnéle nom d'urine laiteuse 4 des urines
phospliatiques. Toutefois il faut remarquer que ces urines ont
été rendues par des enfans et pendant les chaleurs de l'été.
Oe semblables urines çhjleuses et albumino-graisseu§es, si
fréquentes dans certains pays chauds, ont été observées, quoi-
que rarement et isolément , en Europe (2).
§788. KÉsuatii. — L'hématurie qui règne sous forme indémique
k l'Ile-de-France (île Maurice), spécialement chez les ënfans,
sp montre sous trois formes principales : j" l'hématurie simple;
2° l'hématurie avec gravelle urique ; 3° l'hématurie avec uriije
çhyleuse ou avec urine albumineuse et graisseuse.
J'^i plusieurs fois constaté , sur des habitans de Paris , nés m
france, la transformation d'un pissement de sang en une urine
albumineuse ; mais la transformation d'un pissement de sang
enuneurine chyleuse, ou en une urine albuuiino-graisseuse ,
d'apparence laiteuse, ne s'est présentée à moi jusqu'à ce jour
que che2 des individus nés dans les régions tropicales. Cette
(1) Chalmers (L.). An account of the weather and disseases of Soulh-Ca-
roliitfi, in-S. vol. i. Lond. l'j.'jG, p. 64.
(2) Rayer. Recherches sur les urittes chjleuses, laileitses et huileuses oh-
servies en Europe (l'Expérience, 1. 1 p. 657).
H. ESSENTIELLES (endémiques) . , 4» 5
.transformation est rare en Europe. Sans doute dans des pyé-
ites ou des cystites calculeuses, on voit des urines blanches,
lurulentes, succéder à des urines sanguinolentes ; mais l'urine
purulente est bien distincte de l'urine chyleuse. Examinée au
nicroscope , l'urine purulente offre des globules de pus ; l'urine
byleuse offre des' globules qui ont l'apparence des globules
anguins, ou bien elle ne eontient pas de globules (urine albu-
ino-graisseuse). L'urine purulente abandonnée à elle-même
ffre un sédiment purulent caractéristique, au dessus duquel
lie devient plus transparente. L'urine chyleuse, au contraire,
este opaque dans toute la longueur de la colonne du liquide,
t au bout de quelques jours offre un crémor de matière grasse.
Sous le rapport étiologique, il faut rapprocher, de l'hématu-
ie de l'Ile-de-France , l'hématurie qu'éprouvent quelquefois
es Européens dans la haute Egypte et la Nubie, et d'autres
léraorrhagies observées dans les régions tropicales. M. A. J.
venoult(i) s'exprime ainsi au sujet de l'hématur-ie de la haute
Egypte.
« Cette hémorrhagie des plus opiniâtres se manifesta parmi
!s soldats de l'armée française lors de la conquête de la haute
'gyple , en l'an vïi. Elle parut affecter plus particulièrement
s cavaliers (a), n'épargna pas môme les chevaux ; ses ravages
• portaient principalement sur les plus jeunes.
a Dans ces contrées très élevées, bornées par des déserts
rides, la chaleur, augmentant dans une progression douce et
f^ale, est quelquefois insupportable pour des sujets non accli-
(i) Rçnonlt (A. J.). Notice sur l'hémalurie qu'éprouvent les Européens dans
haute Égypte et la ijubie. (Joum. général çLe Médecino et do Chirurgie;
'1. xvit. J). 366.)
(a) En Europe, çt 3Qus l'iaauçBce dVue tçmpérature peu «leyé*, (w
ivaliers sont quelquefois qttejnts Aémgturiçs (Araa, £ mi sur Shéma^
rie dans les miUlaires U cheval. Diss. Paris, i8ri, «-4); mais U çst
ident que, dans la relation de M. Renoult, l'hématurie dépendait d'uuç
itrc cause que de l'exercice du cheval, quoique cet exercice favorisât l'io-
.s.on de cette mr.ladie , qui chez quelques individus s'est prolongée
dcûnunent, et lorsqu'il» n'claieut plus soumis à l'iafluencc des causes
a lavn eQt produite.
4r6 TiiÎMOimiiAGirs nicPTALKs (5""' groupe).
matés : alors des sueurs continuelles et très abondantes dimi-
nuent singulièrement la quantité des urines; celles-ci devien-
nent épaisses et sanguinolentes, souvent même les derniers
jets sont de sang pur. Le malade ressent des douleurs vives
dans la région de la vessie; ces douleurs se propagent jusqu'à
l'extrémité du gland. Il éprouve de fréquentes envies d'uriner;
les dernières contractions de la vessie s'accompagnent de sen-
sations les plus vives et les plus cuisantes, accidens que j'ai
vus quelquefois suivis de dysurie.
(c Après un examen alteulif, j'ai cru pouvoir attribuer la
cause de celte maladie à une trop abondante transpiration , se-
condée par des mai cbes forcées et par une équitalion longue
et pénible sur des chevaux vifs et fougueux. Dans ces circon-
stances , en effet , les urines deviennent rares , épaisses et irri-
tantes; leur âcreté doit se faire parliculièrement sentir sur les
veines qui rampent le long des parois internes de la vessie,
près de son col et sur celles de l'urèlhre , ce qui donne lieu à
des varices ; il peut même en résulter des inflammations- opi-
niâtres des membranes de la vessie, comme je l'ai vu plusieurs
fois par l'ouverture de quelques cadavres.
«Dans le traitement de cette maladie , j'obtins des succès
momentanés de l'usage des boissons abondantes et surtout du
repos. J'ai remarqué que les bains de vapeucs, fort en usage
dans le pays, n'avaient pas d'heureux résultats, sans doute à
cause de l'abondante transpiration qu'ils ^dîterminàienl ; les
bains de rivière m'ont paru mieux convenir.
« L'emploi de ces moyens pendant un mois suffisait pour
faire disparaître les symptômes de cette înaladiçj mais, aussi-
tôt que le sujet était obligé de reprendre ses exercicfes, et sur-
tout l'équitalion , les urines, devenues moins c(^)ieuses et plus
acres , donnaient lieu à de nouvelles douleurs, à ud sentiment
de pesanteur dans la région de la vessie, «a FWmtturie repa-
raissait. Les lieux, les circonstances, l'activité constante de
l'armée, ne permettant que l'emploi des moyens palliatifs
dont je viens de parler, je me trouvai forcé de négliger quel-
ques-uns des préceptes de mon premier maître. Desault, sur
la cure radicale de celte maladie ; d'ailleurs l'emploi des sondes
n. ESSENTiFXLES [endémiques). 4' 7
de gomme élastique chez des malades portés sur des litières
tramées à dos de chameau, et qui suivaient tous les mouvemens
. de l'armée, me parut plutôt aggrasrer la maladie comme nou-
velle cause irritante.
« C'est ainsi qu'un trop long séjour dans ces contrées a donné
i à cette maladie le temps de prendre , chez quelques sujets, un
c caractère tellement opiniâtre , que , depuis deux ou trois ans
c qu'ils sont rentrés en Europe, ils ont inutilement cherché leur
I guérison dans l'usage des moyens le plus sagement indiqués :
l« les boissons émoUientes, les bains, et surtout les sondes élas-
'. tiques, en ont guéri quelques-uns ; maisj chez un assez grand
ijombre, l'hématurie est devenue si rebelle, qu'elle ne leur
laisse que la triste perspective d'une vieillesse toujours souf-
frante ».
Cette influence des climats chauds sur la production de
l'hématurie n'a rien qui doive étonner. Dans ces climats, la
fréquence d'autres hémorrhagies a été plusieurs fois remar-
quée. Bofltius (i) signale les héraoptysies comme très fréquen-
tes dans les Indes. Blumenbach (2) assure que la plupart des
Européennes transportées dans la Guinée y périssent d'hémor-
rhagies utérines ou autres. Toutefois, en reconnaissant cette
influence du climat , il restera à expliquer pourquoi le moli-
nien hémorrhagique se montre à l'Ile-de-France sous la forme
d'une hématurie ; dans l'Inde , sous celle d'une hémoptysie ;
( et, à la Guinée, le plus souvent sous une troisième forme ;
pourquoi les hématuries de l'Ile-de-France cessent, en géné-
ral, après la puberté; pourquoi elles sont souvent accompa-
gnées de la gr^velle urique ; enfin, il restera encore à en expli-
:juer lar transformation assez fréquente en urine chyleuse.
En Europe et dans les climats tempérés , c'est dans la vieil-
lesse qu'on observe le plus souvent l'hématurie ; le contraire a
ieu à l'Ilè-de-France , oii le pissement de sang attaque sur-
(1) BoDtii (Jacobi) , De medicina Indorunt, libri it, cap. vir. De quibus-
lam pu);nonuii\ vitiis, quae hic grassantur, ac primnm de hsemoptysi.
(2) Blumenbach, Diss. de generis humani varietate nativa, Gœtting. 1775,
*^ III. ay
4l8 HÉMORRHAGIES RENALES (3°" grOUfe).
tout les enfaas. Toutefois , il n'y a peut-être pas autant d'op-
position entre les deux faits qu'on pourrait le croire au pre-
mier abord. En Europe , les hématuries des vieillards sont
presque toutes syraplomaliques de lésions matérielles des voies
urinaires, du cancer des reins ou de la vessie , d'affections
calculeuses, etc.; elles hématuries essentielles n'y sont pas assu-
rément plus fréquentes chez les vieillards que chez les enfans.
Dans l'hématurie endémique de l'Ile-de-France, les enfans
rendent quelquefois une si petite quantité de sang qu'il ne se
forme pas de caillots , et l'émission de l'urine, n'éprouvant au-
cun obstacle , se fait sans douleur. Alors l'urine a une teinte
rosée , analogue à celle qu'on peut produire artificiellement en
ajoutant à l'urine saine une très petite quantité de sang. Aban-
données à elles-mêmes, ces urines, légèrement sanguinolentes,
offrent, au bout de quelques heures, un sédiment rougeâtre
dans lequel il est facile de reconnaître, à l'aide du microscope ,
les globules sanguins.
Dans ces cas , oii la maladie est tout-à-fait bénigae, si on
examine toutes les émissions de la journée , l'urine, à de cer-
taines heures, contient peu ou point de globules sanguins et
point de caillots fibrineui ; mais le plus souvent elle donne,
par l'acide nitrique ou la chaleur, des grumeaux d'albumine
coagulée.
Parfois même il arrive (au moins on me l'a assuré) que l'u-
rine a, pendant plusieurs jours, toutes les apparences de
l'urine saine , et qu'elle devient ensuite de nouveau sanguino-
lente sans cause appréciable. A ce faible degré, la maladie
gêne peu les enfans, qui continuent leurs jeux et leurs études,
et conservent toutes les habitudes de la santé.
Lorsque l'hémorrhagie est plus considérable, des caillots
peuvent se former dans l'uretère ou dans la vessie, et donner
lieu aux accidens qui accompagnent la rétention de l'urine ou
la difficulté de sou émission. Ces héinorrhagies abondantes se
répétant, les enfans deviennent pâles et languissans, et le dé-
veloppement de la constitution est ralenti. Si j'en juge d'après
les l'enseignemens que j'ai recueillis, ou d'après ceux qui m'ont
été transmis sur cette maladie, il est rare que les pertes de
H. ESSENTIELLES (enclémiques). 4^9
sang soient portées à un tel degré qu'elles rendent la consti-
tution cachectique, et que les malades soient atteints consé-
cutivement d'hydropisie générale ou d'cedèmes très prononcés,
ainsi que je l'ai plusieurs fois observé à la suite d'hématuries
déterminées par des cancers de la vessie, etc. Je remarquerai
même à cette occasion que le passage du sang ou de l'albumii^
dans les urines chyleuses , même en quantité considérable ^ ne
donne jamais lieu à des anasarques aussi prononcées que celles
qu'on observe dans la néphrite albumineuse : affection dans
laquelle l'hydropisie se déclare quelquefois avant que la con^
slitution se soit profondément détériorée. La présence de l'al-
bumine dans l'urine est, comme je l'ai déjà dit, un phénomène
icommun à plusieurs altérations de ce liquide; altérations chi-
miquement distinctes les unes des autres par la proportion des
élémens naturels ou accidentels de l'urine, et qui correspondent
à diverses maladies des voies urinaires, ou à des altérations du
sang qui n'ont pas toutes la même gravité et la même influence
sur la production d'une hydropisie.
J'ai déjà fait remarquer que, daijs celte espèce d'hématurie
endémique , le sédiment de l'urine était pi'esque eatière-
ment composé de sang , ou au moins de globules sanguins
et d'acide urique cristallisé. Ces cristaux, en s'aggloméranj ,
donnent quelquefois lieu à de petites masses cristallines [gra~
vellc iiriqtte ) , qu'on voit à l'œil nu dans ces sortes de dé-
pôts. La présence de ces graviers peut donner lieu à des co-
liques néphrétiques, et apporter un obstacle momentané au
passage de l'urine, soit de l'uretère dans la vessie, soit de Ja
vessie à travers le canal de l'urèthre. J'ignore si , par suite de
la fréquence de celte espèce de gi-avelle chez les enfans de l'Ile-
de-France, on y voit plus souvent qu'ailleurs les adultes et les
vieillards atteints de calculs urinaires foi-més d'acide urique,
ou si la facilité avec laquelle ces graviers sont ordinairement
rejetés au- dehors avec l'urine, fait qu'ils n'ont pas d'influence
très notable sur la proportion des calculs urinaires.
Au reste , en examinant avec soin les sédimens de l'urine à
l'œil nu , ou mieux encore à la loupe ou au microscope, on dis-
tinguera les cas dans lesquels les douleurs des reins, de l'urè-
27.
420 HÉMonnuAGiEs RÉNALES (3"" groupe).
thre, rfe la vessie, etc., sont produites par les graviers, de ceux
dans lesquels elles sont déterminées par des caillots sanguins
engagés dans ces conduits. J'ajoute que , lorsqu'elles sont occa-
sionées par une inflammation concomitante des voies urinai-
res , l'examen microscopique de l'urine, en démontrant la pré-
sence d'un grand nombre de globules muqueux ou purulens mé-
langés avec des globules sanguins, dévoilerait cette complication.
§ 789. Dans une troisième forme de la maladie {urine chylcuse),
l'apparence de l'urine est des plus remarquables. En effet, en
vingt-quatre heures^ dans un même jour, les malades rendent
le plus souvent deux espèces d'urines : l'une, examinée à l'œil
nu et au microscope, offre tous les caractères d'une urine san-
guinolente (globules sanguins, caillots librineux , albumine) •
l'autre, qui paraît être en général formée quelques heures après
la digestion , est d'un rouge pâle ; et , abandonnée à elle-même,
elles se séparent en deux parties , dont l'une, inférieure, paraît
sanguinolente, tandis que l'autre, supérieure, est louche et
d'un blanc laiteux ou complètement opaque. Si on examine au
microscope une certaine quantité de cette urine d'un blanc lai-
teux , quelquefois on n'y aperçoit ni globules sanguins, ni ma-
tière grasse en globules ; d'autres fois, au conlraire , on y re-
marque un assez grand nombre de globules jaunâtres , aplatis,
tout-à-fait semblables aux globules sanguins, se dissolvant
comme eux dans l'eau et l'acide acétique. Quant à la matière
grasse , elle ne se présente point sous forme globuleuse. Je n'ai
point observé, non plus , de globules grenus de pus; mais on
pourrait y en rencontrer s'il y avait une inflammation conco-
mitante des voies urinaires.
Si on traite par l'éther une certaine quantité de cette urine
cliyleusc contenant ou non des globules sanguins, elle devient,
au bout de quelques heures, complètement transparente, et
l'éther employé , soumis à l'évaporation spontanée sur des
verres de montre, y laisse déposer une quantité considérable
de matière grasse.
L'urine, ainsi débarrassée de la matière grasse, traitée par
l'acide nitrique et la chaleur, donne des grumeaux ou un coa-
guhim d'albumine.
H. ESSENTiELLÈs (endémiqués) . (^n
Celle même urine, après la coagulation de l'albumine par la
chaleur , filtrée et évaporée à consistance sirupeuse , traitée à
froid par l'acide nitrique, donne un magma ou des cristaux de
nitrate d'urée.
En examinant cette urine chyleuse comparativement avec
un mélange d'urine saine et du chyle rosé recueilli dans le ré-
servoir de Pecquet chez un cheval , l'analogie de ces deux li-
queurs, de l'urine chyleuse artificielle et de l'urine chyleuse de
l'homme, m'a paru desplusfrappantes. Dans l'un et l'autre do ces
liquides, on distinguait des globules qui ofl'raient le cai-actère
des globules sanguins ; dans l'un et l'autre, il y avait de l'al-
bumine et une petite quantité de fibrine; enfin tous deux con-
tenaient une quantité considérable de matière grasse.
Quant aux urines albumino-graisseuses , elles ressemblaient
à une urine dans laquelle on aurait ajouté les élémens organi-
ques du chyle, moins ses globules. Cette espèce d'urine chy-
leuse, considérée dans ses rapports avec le chyle, était évidem-
ment analogue aux urines albumineuses qui dérivent du sang.
Dans un cas cité plus haut (3° Série, Obs. xvin), et dans un
autre que j'ai rapporté ailleurs (ij, il a été constaté que cette
espèce d'hématurie avec urine chyleuse coïncidait avec une
altération parliculière du sang dont la constitution se rappro-
chait beaucoup de celle du chyle du canal thoracique. Des re-
cherches ultérieures prouveront jusqu'à quel point celte liai-
son , que je crois probable , est constante.
Plusieurs individus offrant cette urine chyleuse, jouissaient
en apparence d'une bonne santé : un seul, à ma connaissance,
et dont j'ai rapporté l'histoire, était atteint d'une goutte se-
reine ; affection tout exceptionnelle , qui ne m'a pas paru
avoir de liaison avec l'altération de l'urine et l'altération pro-
bable du sang. Deux des malades qui offraient une urine chy-
leuse étaient sujets à la goutte ; et chez tous la coïncidence
d'une gravelle urique ou d'un sédiment d'acide urique cris-
tallisé dans l'urine a été noté. Ce cas, et d'autres cas analogues,
(i) Rayer, Rec/fcrc/iei sur les urines chyleuses, laiteuses et huileuses , oh-
$€rvéet en Europe, (L'expérieuce , t. r, p. 657.)
4^2 HlîMORBHAGIES RÉNA^LES (3*"° grOUpe).
dans lesquels certaines dispositions morbides de la constitu-
tion se sont manifestées par des formes maladives différentes
et dans des appareils d'organes différens , appartiennent à un
ordre de faits que les pathologistes et les thérapeutistes ne
peuvent trop méditer.
Une des circonstances les plus remarquables de l'hématurie
endémique de l'Ile-de-France est sans contredit cette trans-
formation, plusieurs fois observée, de l'urine sanguinolente en
une urine chyleuse, ou en une urine albumineuse et grais-
àieuse. Depuis que mon attention s'est spécialement dirigée vers
l'étude des maladies des reins, j'ai, il est vrai, plusieurs fois
constaté la transformation de l'urine sanguinolente dans la
néphrite albumineuse, dans le purpura et le scorbut avec hé-
maturie, en une urine albumineuse ; et il y a plusieurs années
que j'ai signalé ce fait à ma visite à l'hôpital de la Charité.
Ûans l'hématurie endémique , ou au moins dans quelques cas
de celte hématurie, lorsque l'urine perd son apparence san-
guinolente et qu'elle prend un aspect laiteux ou chyleux, non-
seulement elle contient de l'albumine, mais encore une quan-
tité considérable de matière grasse. Or, sur plus de deux cents
malades atteints de néphrite albumineuse avec hydropisie (ma-
ladie de Bright) que j'ai observés avec soin, pas un ne m'a
présenté une urine laiteuse ou chyleuse ; chez plusieurs , l'u-
rine, légèrement trouble comme le petit lait non clarifié, con-
tenait certainement plus de matière grasse que l'urine saine.
Mais chez aucun la proportion de la matière grasse n'était assez
considérable pour donner à l'urine un aspect laiteux ou chyleux.
D'un autre coté , en lisant avec soin la relation des cas d'u-
rines laiteuse ou chyleuse observés en Europe ( après avoir
écarté ceux qui ne sont autre chose que des cas d'urine puru-
lente ) , on ne trouve pas que cet aspect laiteux ou chyleux de
l'urine ait été précédé d'une véritable hématurie. M. Prout, eu
particulier, qui a étudié avec le plus grand soin cette altéra-
tion de l'urine, ne fait pas mention du pissemenl de sang, soit
avant, soit pendant, soit après l'émission des urines chyleuses.
§ 79<'' l'hématurie endémique de l'Ile-de-France soit
simpïe ou compliquée de gravelle d'acide urique, ou qu'elle soit
H. ESSENTIELLES {cndémiques). 4^3
remplacée par une urine chyleuse , celte maladie aflfecte tou-
jours une marche chroniq^ie. L'héraorrhagie cesse quelquefois
pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines ; puis elle se re-
produit et se prolonge pendant plusieurs années , présentant
de temps à autre des inlermissions ou des rémissions plus
ou moins marquées. Le grand nombre d'individus qui sont
attaqués de cette affection, depuis l'enfance jusqu'à la puberté,
indique évidemment une influence du climat; mais , d'un autre
côté, la prolongation de l'hématurie quelquefois pendant plu-
sieurs années après une émigration ou un voyage en Europe,
prouve incontestablement que la maladie devient constitu-
tionnelle. Aussi est-il quelquefois arrivé que cette espèce d'hé-
maturie endémique est devenue périodique , comme certaines
hématuries indépendantes du climat, que les pathologistes
désignent aussi sous le nçm de constitutionnelle , et dont la
suppression accidentelle ou opérée par l'art a été suivie le plus
souvent d'accidens plus ou moins graves.
L'hématurie endémique de l'Ile-de-France occasionne rare-
ment des accidens assez graves pour déterminer la mort. J'i-
gnore si" des autopsies d'individus morts de cette maladie ont
été faites par des médecins de l'Ile-de-France , et s'ils ont con-
staté avec soin l'état analomique des voies urinaires. M. Salesse
possède toutes les connaissances nécessaires pour remplir uti-
lement cette lacune , et je ne doute pas qu'il ne la fasse dispa-
raître un jour.
dette maladie s'améliorant presque toujours par le séjour
des colons en France, je n'ai été qu'une fois dans le cas de faire
des recherches analogues.
Dans un cas d'hématurie avec urine chyleuse ( 3" Série ,
Obs.xvi), le sang, examiné superficiellement, ne pai'ut pas
présenter d'altération notable ; mais, dans un autre cas tout-à-
fait analogue , le sang offrait une déviation notable de son état
normal; il contenait moins de fibrine, plus d'albumine et de
matière grasse que le sang sain , et se rapprochait du chyle par
ses caractères physiques et sa composition.
Lorsqu'on voit à l'Ile-de-France un enfant pris d'hématurie,
non-seulement la nature de la maladie est bientôt reconnue par
4^4 HÉMOIIRHAGIES RiNALES (3"" glVUpe).
le médecin , mais il esl rare même que les parens de l'enfant ne
la reconnaissent pas eux-mêmes, tant le fait est vulgaire. J'ai
acquis la preuve , au contraire , qu'à Paris la véritable nature
de cette hémalurie échappe souvent aux médecins consultés
par les colons atteints de cette affection ; et je me rappelle que
j'éprouvai moi-même quelque étonnement , lorsque l'un de ces
jeunes colons me dit que presque tous les enfans de l'Ile-de-
France étaient atteints de pissement de sang. Je crois donc devoir
insister sur les circonstances qui caractérisent l'hématurie en-
démique; j'écarte d'abord, à dessein , le fait de son origine, et
je demande si l'on voit , en France par exemple, chez les enfans,
une hématurie indépondante de violences extérieures, de corps
étrangers dans les voies urinaires (les faits de la première Série
sont dans ce cas), persister, pendant plusieurs mois ou plu-
sieurs années quelquefois , sans douleur et sans altération no-
table de la constitution? Je demande si on y observe, à la suite
des hématuries ciironiques , le changement remarquable d'une
urine sanguinolente en une urine chyleuse ou d'apparence lai-
teiise ?
Chez les enfans atteints de gravelle et de calculs d'acide uri-
que , l'urine est quelquefois sanguinolente comme dans l'hé-
maturie endémique de l'Ile-de-France. Dans les deux cas, elle
donne un dépôt dans lequel on remarque un grand nombre de
cristaux d'acide urique ; mais , je le répète , chez les enfansnés
en Europe, après la cessation des coliques néphrétiques pro-
duites par un calcul, on n'observe pas, comme à l'Ile-de-France,
une certaine quantité de sang dans l'urine , tous les jours et
pendant plusieurs mois ou plusieurs années, et cela quelque-
fois sans dérangement notable de la constitution. D'ailleurs,
chez les colons, l'invasion de la maladie, sans causes occasion-
nelles , appréciables , à un âge oti les enfans en sont fréquem-
ment attaqués dans le pays oii elle règne d'une manière endé-
mique, sa persistance malgré une foule de remèdes, sa dimi-
nution pendant la traversée d'un voyage en Europe , sa guéri-
son par le séjour sur le continent , sa reproduction fréquente
après le retour à l'Ile-de-France, sont des caractères qui spéci-
iieiit suffisamment cette affection.
H, ESSENTIELLES {endémiques). 4^5
Le pronostic de l'hématurie endémique de l'Ile-de-France
n'a pas le même degré de gravité dans toutes les formes de la
maladie. Les accidens qu'occasionne l'hématurie simple sont
moins douloureux que ceux que produit l'hématurie avec gra-
velle urique, et, autant que j'en puis juger d'après un petit
nombre d'observations, la transformation d'une urine sangui-
nolente en une urine chyleuse indique une altération plus
profonde de la constitution. Cependant j'ai rapporté l'obser-
vation d'un homme d'une quarantaine d'années qui paraît
jouir d'une très bonne santé , quoique son urine soit habituel-
lement albumino-graisseuse.
§ ygr. Les observations et les expériences faites à l'Ile-de-
France et en Europe sur le traitement de l'hématurie endé-
mique de l'Ile-de-France peuvent être ainsi résumées :
Abandonnée à elle-même {méthode expectante) , cette hémor-
rhagie habituelle, compliquée ou non de gravelle, guérit spon-
tanément , sans émigration , au bout de plusieurs mois ou de
plusieurs années , lorsqu'elle n'est pas assez abondante pour
détériorer la constitution.
De continue qu'elle était dans son principe, cette hématurie
devient quelquefois périodique , forme sous laquelle plusieurs
médecins du pays conseillent de la respecter.
A rile-de-France ou sur le continent, la saignée combinée
avec l'administration des boissons acidulées, avec l'emploi du
ratanhia et l'aide du repos , a suspendu pour quelque temps
l'hémorrhagie.
Mais les émissions sanguines, quelquefois nécessaires au dé-
but de cette hématurie, ou dans son cours eu quelques cas
exceptionnels , sont formellement contre-indiquées dans une
foule de cas oii des pertes de sang répétées ont détérioré la con-
stitution. De tels remèdes , dans de semblables conditions , ne
sont que des palliatifs, dont l'emploi ne saurait être justifié par
l'amélioration momentanée qu'ils ont quelquefois procurée.
Lorsque les enfans sont devenus pâles et languissans après ces
sortes d'hémorrhagies , les préparations ferrugineuses sont
utiles; les bons effets de ces préparations sont favorisés par
une nourriture substantielle et un exercice modéré.
426 HlJMORnHA.GIES RÉNALES (3"" grOUpe).
Des individus atteints de ce piaseraent de sang ayant con-
tracté une blennorrhagie, le copahu employé contre cette
dernière aflFecliou en a non-seulement, procuré la guérison ,
mais encore celle de l'hématurie.
Lorsque l'hématurie endémique de l'Ile-de-France est com-
pliquée de gravelle d'acide urique, il faut associer aux moyens
précédemment indiqués les poudres et les boissons alcalines
jusqu'à ce que le dépôt de l'urine abandonnée à elle-même ne
contienne presque plus d'acide urique cristallisé.
La dégénéralion de cette hématurie en une urine chyleuse
ou en une urine albumineuse et graisseuse a été combattue avec
succès par la teinture de cantharides; ce que la théorie n'eût
certainement pas indiqué a priori.
Lorsque cette hématurie résiste aux moyens précédemment
indiqués, l'émigration est le meilleur moyen que l'on puisse
conseiller pour faire cesser la maladie. Il faut soustraire l'en-
fant à l'influence des causes qui la produisent. En effet, il a
suffi à quelques individus de quitter l'Ile-de-France et de
venir habiter en Europe un pays tempéré, sans s'assujétir à
aucun remède, pour obtenii- la guérison de leur hématurie.
Il est vrai que chez plusieurs colons la guérison n'a été que
temporaire, la maladie s'est déclarée de nouveau peu de temps
après leur retour à l'Ile-de-France , ou bien ils ont présènté
line autre altération de l'urine (urine chyleuse, ou urine al-
bumineuse et graisseuse ). Il faut même reconnaître qu'un
voyage en France n'est pas un moyen infaillible; que chez
plusieurs colons la maladie a continué sans être sensiblement
modifiée par le changement de climat, mais alors aussi la
plupart des remèdes ont échoué , ou l'amélioration s'est dé-
clarée si tardivement et si obscurément, que les causes en sont
restées indéterminées.
Les observations des médecins du Brésil sontconfonnes
à celles des médecins de l'Ile-de-France sur le traitement de l'u-
rine chyleuse ; ils s'accordent poui- recommander les bains
froids salés , les toniques, les ferrugineux, les astringens, tout
en reconnaissant que la cessation de la malddie est quelquefois
indépendante de raclion des remèdes.
H. ESSENTIELLES (endêmiques) . 437
M. Quevenne (i) a publié l'histoire très détaillée d'une
femme uée à l'Ile-Bourbou en 1761 et que j'ai été dans le cas
de voir, en mars iSôg, avec M. Velpeau et M. Rivière son mé-
decin ordinaire. Cette femme âgée de 78 ans, avait rendu des
urines dites laiteuses ( albumino-graisseuses) , depuis l'âge de
a5 ans jusqu'à l'âge de 76 ans ; ces urines se prenaient quel-
i (juefois en gelée et contenaient souvent une assez grande quan-
tité de sang. A l'âge de 70 ans, et pendant plusieurs mois de
suite les urines furent natui elles, et la malade se crut guérie. Au
. commencement de iSSjy cette femme quittaBourbon ; il y avait
. alors xm an que ses urines étaient naturelles. Après environ un
! mois et demi de navigation les premiers symptômes de la ma-
I ladie reparurent avec une nouvelle intensité ; les urines devin-
rent plus troubles que jamais, et les forces diminuèrent avec
' l'appétit.
Depuis son arrivée en France, madameB... a eu plusieurs in-
flammations de poitrine , qui ont été combattues avec succès
: par les saignées locales, les dérivatifs , les boissons émoUientes
• et la diète. La constitution de cette urine alburaino-graisseuse .
t était tout-â-fait analogue à celle que j'avais observée dans les
cas rapportés plus haut; mais je m'étais borné dans mes expé-
riences à indiquer les principaux élémens de ces urines albu-
mino-graisseuses. M. Quevenne a donné une analyse quantita-
tive de l'urine qu'il a observée et dont voici les résultats :
A l'examen microscopique celle urine présentait 1° des glo-
bules sanguins altérés. 2° Des globules ayant l'aspect de globules
de mucus ou de pus, 3° Des lamelles d'épithélium.
A l'analyse elle a donné :
1° Huile grasse aromatique 1,90
2° Albumine 0,70
3° Matières extractives et salines se divisant en par-
lie exlractive soluble dans l'alcool etlactate d'urée. . 1,20
A reporter 3,8o
(1) Journal des connaissances médico-chintrgicales , iSSg.
4^8
HÉMOnnUAGlES RÉNALES.
Report. . . . , ; 3
4° Partie extractive insoluble dans l'alcool elaeis con-
sistant en chlorures, phosphates <t sulfates et
acide urique
5» Eau e
: 95,10
100,00
5 793. Je terminerai ce chapitre par quelques remarques et
un petit nombre d'observations sur l'apoplexie rénale, sorte
d'hémorrhagie dans laquelle le sang s'épanche en quantité plus
ou moins considérable dans la substance des reins, quelquefois
sans donner lieu à une hématurie.
Ces dépôts de sang dans les reins ont été observés dans une
des trois conditions indiquées plus Iiaut (§ 765). J'ai vu les
deux reins d'un enfant nouveau-né, décolorés, anémiques dans
presque toute leur étendue et une de leurs extrémités occupée
par un très grand nombre de grosses pétéchles : les bassinets,
les uretères et la vessie ne contenaient point de sang. Chez
un vieillard dont l'urine n'était point sanguinolente, j'ai trouvé,
au-dessous de la membrane fibreuse d'un des reins , une forte
cuillerée à café de sang liquide; il y avait de petits corps car-
tilagineux dans la substance lubuleuse. Chez un adulte, j'ai
observé un cas tout-à-fait semblable. Chez un enfant mort de
tétanos, avec gangrène d'un des orteils, et qui n'avait point
éprouvé d'hématurie , le rein droit présentait à sa surface un
grand nombre d'ecchymoses noires, isolées sur quelques points
etconfluentes sur quelques autres. Ces ecchymoses pénétraient,
à plusieurs lignes de profondeur, dans la substance corticale.
Le tissu cellulaire de la scissure du rein était infiltré de sang.
Le rein du côté opposé offrait une altération analogue, mais
à un moindre degré.
Il est rare de trouver des pétéchies, des ecchymoses, de petits
foyers sanguins dans la substance tubuleuse , dont le tissu est
moins vasculaire et plus serré que celui de la substance corticale.
Le tissu cellulaire qui accompagne les vaisseaux du rein ou
qui entoure cet organe peut être largement infiltré de sang.
5 794. M. le docteur Bazin m'a fait remettre un rein dont les al*
tératious, fort remarquables, appartenaient à l'apoplexie rénale.
APOPLEXIE RÉNA.T,E.
Ce rein, beaucoup plus volumineux qu'un rein sain, pesait six
onces et six gros; il avait quatre pouces et demi de long, trois
pouces environ de large et un pouce et demi d'épaisseur. A la
face postérieure de ce rein, on remarquait un grand nombre de
j plaques proéminentes, d'un jaune fauve, irrégulières à leur
contour, et séparées les unes des autres par de petites bandes
ou de petits îlots de substance rénale saine. Si on incisait ces
plaques suivant leur épaisseur, la substance corticale parais-
fi sait infiltrée d'une matière jaune, solide. A la circonférence de
L la coupe, on remarquait une ligne brune, noirâtre. Cette matière
j, jaune, examinée au microscope, avait une apparence grenue,
sans forme déterminée, et des globules sanguins étaient enche-
vêtrés dans son épaisseur. On n'y observait pas de globules de
; pus et on ne voyait pas de grains purulens à la surface du rein.
Le rein du côté opposé offrait des altérations analogues.
Le malade avait présenté quelques dérangemens des fonc-
tions urinaires, mais il n'existait ni rétrécissement de l'urèthre,
i ni calcul des reins ou de la vessie, ni rétention d'urine pen-
. dant la vie.
§ 795. Dans le cas suivant, l'altération des reins était plus
I remarquable encore :
Baillet (Etiennette) , âgée de 49 ans, brunisseusc , d'une
^ grande stature et de beaucoup d'embonpoint , malade depuis
\ une quinzaine de jours, entra à l'Hôtel-Dieu, le i" mars 18 îg.
Sa maladie avait débuté , sans cause connue , par des dou-
1 leurs dans le bas-ventre et dans les membres inférieurs ; les
j jambes étaient devenues enflées et noirâtres. Trois ou quatre
J jours avant son admission à l'hôpital, il s'était joint, aux pre-
r miers accidens, de l'oppression, avec toux et crachats peu aboii-
i dans. La malade avait une expression de souffrance ; les douleurs
\ persistaient} mais les jambes n'étaient ni enflées , ni noirâtres.
I Celte femme avait de l'oppression, de la toux et rejetait quelques
c crachats muqueux, verdâlres.En arrière, à la base de la poi-
t trine, on entendait quelques bulles de râle sous-crépitant ; le
|, pouls donnait 96 pulsations par minute. Aucune médication
» active ne fut mise en usage, et à la visite du 3 mars, la malade
» venait de succomber.
43o HÉMORRHAGIES RlîPrALKS.
A l'autopsie du cadavre , faite le lendemain , M. le doc-
teur Barth , ayant remarqué que les reins offraient une al-
tération rare, m'apporta ces deux organes. Le rein droit de
grandeur naturelle, offrait à sa surface extérieure un mélange
fort remarquable de plaques brunâtres, foncées, et d'autres
d'une couleur de chamois. Les premières formaient des es-
pèces de nodosités, granulées et dures au toucher, et elles res-
semblaient (parla forme seulement) à certains groupes de tu-
bercules crus qu'on rencontre quelquefois dans les poumons.
Les plaques jaunâtres étaient également saillantes, mais moins
inégales ; toutes étaient cernées par une ligne irrégulière
d'un rouge brun foncé. 11 y avait à la surface du rein de seize à
vingt de ces plaques brunes et jaunâtres, quelques-unes très
petites, d'autres de la dimension d'une pièce de vingt soas. Une
très large plaque était située transversalement sur la face pos-
térieure du rein. Cette plaque, qui était jaunâtre et entourée
d'uu liséré rouge, ressemblait parfaitement aux plaques qu'on
voit quelquefois à l'extérieur de la rate et qui sont formées par
des dépôts fibrineux. Les autres plaques, plus petites, étaient
presque toutes irrégulièrement ovalaires.
A la coupe du rein, ou était frappé de la ressemblance de ces
masses avec les masses fibrineuses qu'on rencontre plus souvent
dans la rate. La coupe des bosselures rouges, foncées, présentait
wae infiltratio7i sangiiine, noire et dui e, de la substance rénale
et principalement de la substance corticale. Ces noyaux faisaient
saillie , à la coupe , comme à l'extérieur du rein , et se termi-
naient quelquefois subitement; d'autres fois leur teinte se fon-
dait graduellement dans la substance rénale plus ou moins in-
jectée. Quelques-unes de ces petites masses noires et toutes
celles qui étaient jaunâtres à l'extérieur, formaient un tissu
jaune , d'aspect fibrineux , dans lequel cependant on pou-
vait encore distinguer des traces de l'organisation primitive du
tissu infiltré. Cette matière jaune était légèrement granulée, et
sa circonférence était cernée par une ligne ondulée, d'un rouge
foncé. La substance lubuleuse était gorgée de sang par places j
mais la substance corticale était pi-esque exclusivement le siège
des dépôts jaunes. Ces dépôts se tiouvaient principalement
APOPLEXIE RICNALE. 4^1
près de la surface de la substance corticale ; d'autres étaient
profondément situés. Plusieurs , sous forme de petits îlots jau-
nes, cernés par une ligne rouge foncée, existaient entre les cônes
dans les prolongemens de la substance corticale. De petites
s stries de substance corticale saine se voyaient dans IHnlé-
r rieur de quelques noyaux apoplectiques. La veine et l'artère
? rénales étaient saines. Le bassinet et l'uretère ne présentaient
; rien de particulier.
Le rein gauche offrait la même altération que le rein droit ;
n mais l'apparence en était un peu différente : l'infiltration san-
j guine était plus étendue; les deux substances du rein étaient af-
E fectéesj les noyaux apoplectiques étaient moins durs; cependant
.1 on pouvait les écraser sans en exprimer beaucoup de liquide.
1 Les masses fibrineuses étaient rares.
L'artère rénale contenait un caillot fibr ineux , blanchâtre et
ramifié, mais non adhérent à ses parois. Les divisions de la
V veine rénale étaient parfaitement libres et vides ; leurs parois
t étaient teintes de sang; le bassinet et l'uretère étaient sains.
Les autres organes n'offrirent aucune altération.
§ 796. Les hémorrhagies dans la substance des reins existent
0 quelquefois en même temps qu'une inflammation suppurative
c de ces organes. M. le docteur Mitivier, médecin de la Salpé-
1 trière , m'a fait voir un cas de ce genre , fort remarquable :
H..,, âgée de 5a ans, apparence d'une bonne constitution,
1 fut admise, en 1813, dans la division des aliénées de la Salpé-
I trière. Elle avait pris en affection un jeune chat, auquel elle
l brisa le rachis dans un mouvement de colère. Depuis elle s'é-
I tait procuré^n autre chat qu'elle ne pouvait pas quitter un seul
; moment. Ses accès de folie étaient irréguliers , et ils étaient
1 principalement caractérisés par des propos incohérens , des
vociférations.
Depuis deux ou trois jours, elle se plaignait de céphalalgie,
(' de malaise général et d'inappétence. On pensa qu'un accès
i allait se manifester ; mais le lendemain , i4 mars iSSg , cette
I femme parut dans l'abattement, se plaignit de céphalalgie et
< d'un malaise général. Il y avait de la fièvre ; 3o sangsues furent
appliquées au siège. Le même jour, à dix heures et demie du
/i32 HÉMORRHAGIES RÉNA.LES.
soir, tout-à-coup, agitation, perte de connaissance, mouvemens
convulsifs : mort le lendemain à cinq heures et demie du matin.
Autopsie du cadavre , aà heures après la mort.
Téte et rachis. Les os du crâne et les vaisseaux inlra-cràniens
n'offrent rien de notable. Il y a une assez grande quantité de la
sérosité demi transparente dans le tissu cellulaire sous-arach-
noïdien et dans la pie-mère. Sur la convexité des hémisphères
du cerveau, et spécialement sur le lobe postérieur du côté
gauche, on trouve sur la pie-mère de petites taches rouges, cir-
culaires , isolées , et offrant la plupart à leur centre un petit
noyau blanchâtre, ferme et consistant. La plus large de ces
taches est située à la réunion du lobe postérieur avec le moyen,
près de la scissure interlobulaire et au-dessus du corps calleux.
Dans ce point la pie-mère est adhérente, et, lorsqu'on veut la
détacher,OM enlraîne avec elle la pulpe cérébrale. Ou voitalors
manifestement un caillot de sang noirâtre qui pénètre dans l'é-
paisseur de la circonvolution, et, en projetant un jet d'eau sur
ce point, on mit à découvert une petite cavité à parois anfiac-
tueuses et rosées, remplie par du sang coagulé et qui aurait pu
contenir un haricot. Dans l'étendue d'une ligne et demie envi-
ron au pourtour de ce petit foyer, la substance cérébrale était
ramollie, grisâtre et rosée par point.
Non loin de ce foyer hémorrhagique, mais plus en dehors et
en arrière, en détachant la pie-mère, nous enlevâmes en même
temps une petite couche de substance corticale, ramollie et
comme purulente. Un jet d'eau projeté sur celte partie du cer-
veau y rendait très apparens une foule de filamens grisâtres,
rosés. Cette altération ne s'étendait pas à la substance médul-
laire. Il y avait çàet là, à la surface externe de la pie-mère, de
petits corps blancs jaunâtres, analogues, pour le volume et pour
la forme, aux glandes de Pacchioni, mais d'une plus grande con-
sistance. Quelques-unes avaient déprimé la substance cérébra-
le, de manière à y former de petites loges, Dans tous les points
correspondant aux taches rouges déjà décrites , il y avait un
petit coagulum , du volume de la tête d'une grosse épingle, noir
et comme incrusté dans l'épaisseur des circonvolutions.
.Trois petits dépôts sanguins analogues existaient à gauche
I
i
APOPLEXIE RENALE. 433
dans le centre ovale de Vieussens. De l'eau, versée sur ce
point, chassait le petit caillot, et à sa place on voyait une
petite cavité à parois rosées, fermes et parfaitement circon-
scrites, sans altération de couleur ou de consistance de la pulpe
< cérébrale environnante.
Un seul petit caillot existait dans la substance blanche de
l'hémisphère droit du cervelet, près du corps rhomboïdal. La
• membrane du quatrième ventricule était épaissie, demi-trans-
; parente. II y avait peu de sérosité dans les ventricules.
Les plexus choroïdes étaient très volumineux , d'un gris sale
t et comme boursouflés. La moelle épinière et ses enveloppes
I n'offraient rien de remarquable.
Thorax.Le péricarde était rempli de sérosité lactescente et de
] productions merabraniformes, blanchâtres, recouvrant la face
inlei'ne, tant du feuillet pariétal que du feuillet viscéral de cette
t enveloppe. Le cœur, près de son sommet , semblait comme
1 érodé en deux points; le tissu charnu du cœur, décoloré, était
i d'un gris jaunâtre et ramolli. Pas d'altération appréciable ni
i aux orifices, ni aux valvules du cœur. L'oreillette droite était
! remplie par des caillots jaunâtres'.
Les poumons étaient sains.
Abdomen. Le foie était très volumineux, sans présenter d'al-
i tération notable; un sang noir et poisseux ruisselait de ce vis-
c cère quand on y pratiquait des incisions. On voyait dans le
j jéjunum des taches rouges, dont l'une, du diamètre d'une pièce
i de vingt sous , ressemblait à une ecchymose. La membrane
I muqueuse n'était pas altérée dans l'intervalle des taches. Le
r reste de l'intestin était remarquable par sa blancheur.
Le rein droit, volumineux, fortement lobulé, était générale-
I ment d'un louge assez vif. On voyait à sa surface une foule
0 de points d'un rouge très foncé , du volume de la tête d'une
\ petite ou d'une grosse épingle , et qui correspondaient à de
p petits dépôts de sang dans la substance corticale. Près de ces
g grains noirs, on remarquait d'autres points jaunâtres , formés
ipar une gouttelette de pus. On voyait également, à la surface
Ide ce rein, de petits points purulens entourés par une auréole
r rouge ou rosée. La membrane externe étant détachée du rein, il
III. 28
H^MORRHiVpiES nÉPîA^LES {historique).
restait à la face interne de celle membrape des taches rojjges
assez nombreuses.
À la coupe , on voyait dans l'intérieur du rein la même ap-
parence qu'à l'extérieur, c'esl-à-dire un mélange de points
d'un rouge-brun noirâtre, gros comme un grain de millet, et des
points purulens plus pelils encore, Il y avait dans U gubalance
tubuleuse un assez grand nombre de points purulens, et seu-
lement quelques petits déppts de saiig. Rieji autre de bien no-
table. Le bassinet, grigâlre, était sillonné par yne foule de pe-
tits vaisseaux, la plupart veipeqx et bleuâtres. L'artère et la
veine rénales étaient saiqes.
Le rein gauche présentait les nièmeg al^çr^tige^ gyg Iq rein
droit.
Tous les autres viscères, examinés avec sojn, ne présentèrent
rien de notable. Il n'y avait à la surface du corps ni pétéçhies,
ni ecchymoses.
Histotique.
§ 797. L'attention toute pBrliçuUère que les anciens appor-
taient à l'examen des apparences de l'urine dans les maladies,
les conduisit à upter soigneusemept les conditions daps les-
quelles on observe à&^inssemens de sang ou des urines sangui-
nolentes. Hippocrate {') dit que çer(iiipps hémprrh9gies provieu-
neul des reins (aip-at oùpç'etv) , et d'autres de la vessie. Quant à la
cause de ces pisseraens de sang, c'e^t, d'après Hippocrate, une
riqHure de veine , opérée goit par un gravier, soit par une ul-
cération du rein, spit même par d'autres causes. Pour Hippo-
crate, le pissemept de sang (oupr.utç aîjAHT(i<5'nc) et les urines san-
guinolentes («5pci al(AaT«J6?i) sont généralement, sinon toujours,
l'indice d'une lésion des reins ou de la vessie (2). Toutefois, on
a assez généralement pensé qu'Hjppocrate, en disant que, daps
les maladies de la rate , les urines étaient semblables à de |a
(i) Hippocratis Opéra omtiia, Apli. iv, 77 et 7g.
(a) in-fol. Franrofurti, 1621. de intem, affect., p. 5/,o.
i
HÉWQI^i^H^GiiîS iiFWALES {historique). ^35
lavure de chair (r), avait voulu dire fjue l'urine élajt saugui-
Wplente dans ces afFections. Et c'est probablement d'après ce
passage, ainsi interprété, que les médecins arabes, et ceux qui
écrivirent dans le xyi"" et le xvii* siècles, avancèrent que l'urine
pouvait être sanguinolente par maladie de la rate, et même par
maladie du foie ; mais il est très probable qft'en parlant de
l'apparence de l'urine dans les maladies de la rate, Hippocrate
fait allusion aux urines rouges et aux dépôts briquetés qu'on
observe à la fin des accès de fièvre intermittente , ou dans plu-
sieurs maladies du foie , et notamment dans la cirrhose. Quant
aux maladies de la rate , je ne puis dire qu'une chose , savoir^
que l'urine n'a nullement les caractères d'une urine sanguino-
lente dans les engorgemens de ce viscère à la suite des fièvres
ir^terraittentes.
Pour Gelse , l'urine sanguinolente ( urina çruenta ) esf
aussi l'indice d'une affection des voies urinaires. C'est un des
signes de la blessure des reins (a), des maladies de la vessie (3),
et notamment des calculs vésicaux, cas dans lequel l'urine,
tantôt sanguinolente et tantôt purulente, est repdue avec dnu-
leur et goutte à goutte.
Rufus (4) distingue aussi les hémorrhagies qui proviennent
des reins de celles qui proviennent de la vessie. Dans le pre-
mier cas, il attribue l'urine sanguinolente à la dèhililè
rçijis; et, suivant, dit-il, qu^les ouvertures par lesc^uelles le
s^ng ^'écoule sont plus ou moins larges , l'urine contient soit
la partie la plus ténue du sang , soit des caillots semj^lâbles
au poumon de mer. Rufus mentionne la faiblesse et la pâleur
cpnsécutives à des hémorrhagies rénales abondantes, les in-
convéniens du coït, etc.
Ggrame Hippoci'ate, Archigène (5) pense que les hémorrha-
(i) Ihid. Epid,, lib. 4. Epid., lib. 7.
(a) Celsas, de re medica, lih. v, signa percossorum rennm, p. 209, in-i8.
Paris, 1823, cur. Fouquier et Raticr.
(H) Jbid., lib. II, scct. vu, p. 5l.
(4) Rufiu.//t Aetii tetrabibl., sermo 11, p. Sga.
(5) Arcbigcnes, In Aetii tetrabibl,, sermo m, p. SgS.
28.
/(36 HKJMOnnHAGirs rknales {hislorique).
gies rénales sont le résultat de la rupture d'une veine; que les
pissemens de sang sont plus communs dans l'âge mûr et chez
les jeunes gens qui abusent des plaisirs vénériens. Il recom-
mande la saignée et l'application de ventouses pour les cas où
l'hémorrliagie coïncide avec une inflammation des reins. Puis
il indique d'autres remèdes pour les cas où le pissement de
sang est lié à une ulcération de cet organe.
Galien (i) rattache ;iussi particulièrement les pissemens de
sang et les urines sanguinolentes à une lésion des voies uri-
naires. Il parle de grumeaux de sang qu'on observe dans l'u-
rine chez les individus qui sont atteints d'alTeclions calculeuses,
et il rapporte (i) un cas de cliule suivie de pissement de sang,
puis de rétention d'urine, produite par la rétention du sang
dans la vessie; cas dans lequel les yeux de la sonde furent
bouchés par le sang.
En résumé, pour le plus grand nombre des médecins grecs
et latins, la présence du sang dans l'urine était l'indice d'une
afTection des voies urinaires avec rupture d'une veine ; mais
Arétée (5) avait fait une remarque importante, savoir, qu'on
observait quelquefois , chez des individus d'une constitution
particulière, un pissement de sang, qu'il compare au flux hé-
morrhoïdal.
Hippocratë, Galien et Celse avaient particulièrement signalé
le pissement de sang comme» symptôme des lésions des
reing et de la vessie ; Rufus avait admis que la faiblesse
des re^ns était une cause de pissement de sang; Arétée avait
décrit une hématurie liée comme les hémorrlioïdes à un état
particulier de la constitution : pour les médecins arabes, le
pissement de sang {miclns samjinnis ; et l'urine sanguinolente
{urina sanguinca) eurent la même signification. Ils firent en
outre mention de l'urine sanguinolente dans quelques maladies
(1) Oalcni. Opéra, cliissis iv, t. ir, p. ^G, in-fol. Basilc.T, i562.
(2) /4iV/.,i). 79.
(3) Arcfwi. De causis et sij^nis aciit. et iliutumnr. iiwih,, p. 53, in-fol.
Liigd. Bainv., 1735.
Al
HÉMORRHAGIES RENALES {jlistonqiie). 4^7
aiguës (0 et dans des cas de pléthore ; mais en donnant plus de
développement à certaines opinions peu fondées des médecins
grecs et latins, ils contribuèrent à les répandre, comme on peut
s'en convaincre en consultant comparativement ce qu'ils ont
écrit sur les urines sanguinolentes dans les maladies de la rate,
sur les urines semblables à de la lavure de chair dans les ma-
ladies du foie (a) j sur les pissemens de sang provenant des
parties supérieures ; sur les urines sanguinolentes , suite de
faiblesse des reins (31 ; avec ce qu'ont écrit les meilleurs auteurs
de la renaissance , Fernel (4) et Foreest, par exemple, sur les
causes des hémorrhagies rénales.
J'ai déjà dit que certains pissemens de sang avaient été at-
tribués à des maladies de la rate. A l'appui de cette opinion ,
Martin Bogdan (5) cite un cas d'hématurie qu'il croyait produit
par la compression que la rate tuméfiée exerçait sur le rein
gauche. Pour moi, le fait n'est pas concluant, et j'ajoute que
j'ai vu quelques cas de déformation du rein résultant de la
compression opérée par la rate engorgée ou par d'autres tu-
meurs, et, sans qu'il en soit jamais résulté d'hémorrhagie. J'ai
fait figurer deux de ces cas d'aplatissement du rein (Atlas,
Pl. xxxix, fig. 4. — PI- XL, fig. 4).
(i) ATÏcenne. Libri in rc medica omnes, lib. r, fen ii, scct. 3, p. i4ii in-
fo). Venetiis, 1614.
(a) Ibid., lib. iii, fen xix, tract. 2, p. 884.
(3) Ibid., lib. ni, fen xviii, tract, i,p. 852.
(4) Fernel. Universa met/icjna, patliologia , lib, vj, cap. xiii,p. 54g, in-
fol. Colonise Allobrognm, i679:«Qu,'Bcunque bnjus aline cau'sae tradi soient, ut
rcnuiri imbecilUtas, simplex eorum apertio, y'econf infirmilas, plctbora, men-
sium aut bxmorrbuVdum suppressio ». Toutefois dans un autre passage, Fernel
combat l'opinion des mcdccias qui attribuent certains pissemens de sang à
des maladies du foie. Plus tard, Rensner (Scbcnck. Obs, med. rar., p. 468)
crut pouvoir combattre à son tour l'opinion de Fernel, se fondant sur la
taniéfaction qu'il disait avoir observée dans la région du foie dans quelques
cas de pisscment de sang et sur les avantages de la saignée. Pour la solu-
tion de la question, je n'ai pas besoin d'.njonter que ces deux remarques
n'ont aucunement la valeur que Reusner leur attribue.
(5) Cite par Bonct, Seimlcretiim, t. u, p. 572.
438 liiâiôiiRHAGiES niÎNALEs {hislorïqué).
HouUier dit avoir vu deux jeunes gens qui urinaient du
sang pour s'être livrés à des excès vénériens; il cite un cas d'hé-
maturie dans lequel lë pissement de sang suppléait, tous les
mois, les règles supprimées (i). Le commentateur d'HouUier
renouvela l'opinion consignée dans les auteurs arabes, que le
sang provenant de la poitrine pouvait être expulsé par les reins.
t)odoens (2) publia un cas de pissement de sang qu'il attri-
fcua à la faihlessc des reins, cause admise par îlufus.
Marcel Donati (3) rapporta un exemple bien caractérise
d'héraorrhagie ayadt lieii à-la-fois par les voies urinaires et
par d'autres voies. Sylvius remarqua que le pissement de sang
[miciio cruenta) était quelquefois une crise qu'il ne fallait pas
àrrèter : Nisi vàcuaiiOne immodica vires dcjiciant.
L'auteur de la première collection anatomico-pathologiquê ,
Sckenck (4), cita un cas dans lequel un individu pléthoriqiié
avait rendu à-la-fois du sang par les voies urinaires et par
l'intestin. Le même auteur parle d'une réligieuse, qui, ses
règles ayant été suppriméés pendant quelques mois, éùt des
pissemens de sang abondans. Plus tard, des exemples ana-
logues d'hématuries supplémentaires et interinittentes ont été
rapportés par divers observaléiirs. (5)
Il est rare que la perle du sang dans les hématuries soit
assez considérable pour occasioner une mort subite. Au cas
que j'ai rapporté (§ 766, p. 337), on peut ajouter le suivant, ra-
conté par Fabrice de Hildén (6) : «Un noblé de Lausanne,
(1) Hollerii Opéra, pag. 406, in-fol. Paris, 1664.
(2) Dodonœi. JUed. obs. exempta rara, obs. xxxii', p. 56, in-i8, Harder-
Vici, i52i.
(3) Marcel Donati cité par Lordat,. Traité des hémorrhagies, in-8, Paris,
1808, p. 93.
(4) Schenck. Obs, nied. rar., in-fol. Lugdnni, 1744, p. 468.
(5) Christophe Burgmann, in Commerc. litter. Woremberg, i'^33,it. 38^.
— Henri van Heer, in Act. nal. cur,, vol. m, obs. 3i. — Valerius, cité par
Schenck, obi. med,, p. 468. — De Houst, in Ephem. nat, cur., dec. u, nn. 6,
p. 174» — Van Wenk, ibid,, dec. ii, an. 6, p. aSg. — Kaiman, in Act. nat,
cur., vol. VI, obs. 3. — Le Boeof,dans l'artcien Journal de Médecine, t. v, p. 80.
(6) Fabric. Hildani, Cent, vi, obs. 45.
lïÉMORRÎÏiCIES RÉNALES (hlStoriqilé).
parlant en public à ses vassaux, tomba en défaillance, et mou-
rut d'un pisseraent de sang qu'il avait depuis trois semaines,
et dont il n'avait pas parlé par pudeur. »
ïi'opinion que certaines bémorrhagies rénales étaient dijes à
la faiblesse des reins, fut reproduite par Fofeest (i), à l'occa-
aîon dû cas d'une fenlme qui rendait de l'urine, tantôt noire,
tantét trouble et mêlée de sang. Poreest partagea aussi l'opi-
nion ancietineraent émise èl qvii attribuait certains pissemens
de sang à une affection dti foie. Entraîné par des vues hypotbé-
tiqùesi 11 attribua à la chaleur du foie et à la faiblesse des reins
la présence du sang dans l'urine d'une femme atteinte d'un
tancer au sein. Mais à côté de ces hypothèses se trouvent des
observations intéressantes : un cas d'hématurie supplémentaire
cl'hémorrboïdes , des remarques sur l'hématurie qu'occasion-
nent quelquefois les chutes sur les lombes; sur les pisse-
mens de sang que déterminent les cantharides ; enfin d'autres
rèmarques sur les pissemens de sang occasionés par les calcu-
les des reins.
t)*autrès observateurs citèrent des cas d'hématurie plus ou
moins intéressans. Blaés (a) rapporta un cas d'urine sanguino-
lènte et purulente due à la présence des calculs dans les reins j
^liiis (5) observa de semblables urines dans un cas de fistule
lombaire; mais les recueils les plus riches en faits relatifs aux
pissemens de sang et de maladies des reins sont les ouvrages
de l'h. Bonet (4). On y lit le cas d'un enfant atteint d'un exan-
thème et chez lequel on trouva après la mort du sang épanché
autour des reins; puis un cas de pissement de sang habituel
cliez un goutteux; un exemple de guérison de varices, suivie
de pissement de sang ; un cas d'urine sanguinolente, puis puru-
lente, attribué à l'action de l'aloès ; un cas de pissement de sang
abondant, revenant tous les deux mois ou à de plus longs in-
(1) Foresti. Obs. et curât, med.. U n, p. iig, in-fol. Rothomagi, i653<
(2) Blasii. Obs. med., cap. 4, p. 468.
(3) 'Willis. De urinis, cité par Bonet, Sepulcretum, t. u, p . 690.
(4) Bonet. Sepulcretum, in-iol., Lugdnni, 1700, t. 11, p. 68g. — Medicina
teptfntrionalis, lib. u, scct. 29, de urinis, 1. 1, p. 822, in-fol. Genevœ, 1686.
44o HÉMORRHAGIES RÉNALES {hisloriqué).
tervalles, chez un homme d'une cinquantaine d'années, sans
dérangement notable de la santé.
Les observations deSydenham(i) appelèrent l'attention sur
une autre série de faits, sur les urines sanguinolentes dans les
vario4es hémorrhagiques {variolœ nigrœ).
SchefFer (2) rapporta un cas fort remarquable d'hémorrhagie
rénale coïncidant avec des calculs rénaux. Un homme , après
avoir joué à la balle avec beaucoup d'action, fut pris d'une
hématurie qui continua abondamment pendant l'espace de huit
jours. Cette hématurie s'arrêta ; mais elle se reproduisait par
le plus léger exercice. Des douleurs rénales se firent sentir; le
ventre se développa, et le malade mourut plusieurs années
après l'accident. A l'ouverture du corps, on trouva une énorme
tumeur qui cachait presque tous les viscères du bas-ventre, à
l'exception du colon, qu'elle avait soulevé. Cette tumeur , for-
mée par le rein gauche, avait quatre pieds deux pouces de cir-
conférence dans son plus grand diamètre, et trois pieds dix
pouces dans son plus petit. A la coupe , il en sortit diverses
matières de couleur jaune ou d'un blanc grisâtre, et plusieurs
calculs gros comme le pouce et rudes à leur surface. Dans
l'intérieur de la tumeur , on trouva cinq à six livres de sang
coagulé. Il y avait plusieurs calculs dans l'intérieur de cette
poche.
Frédéric Hoffmann (3) rapporta plusieurs cas intéressans de
pisseraent de sang , dans sa dissertation : De hemorrhagia ex
nrinariis viis , notamment des cas qu'il attribue à la pléthore
ou à la répercussion d'une éruption scabieuse. Hoffmann pense
que les hémorrhagies qui proviennent des reins sont peu dou-
loureuses ( quod si sanguis sincerus confertim et sine dolore
mingitur, ex renum substantia vasculosa sanguinem illum pro-
diisse sciendum ) ; mais ce caractère est loin d'être constant. La
remarque d'Hoffmann n'est vraie qu'autant qu'elle fait seule-
(1) Sydenbam. Opéra medica., tom. i, pag. a34. Epist. ad Gnl. Cole.
(2) Ephenu nat. cur,, dec. 1. an 9 et to; obs. cii, p. 258, 1680.
(3) Hoffman (Fred.). Opéra omnia, t. iv, pavs 1', Doct. haemorrhagiarum ,
iu-fol. Gcuevac, 1761, p. aSi.
HÉMORRHAGiEs RÉNALES {historique). 44 1
meut allusion à l'absence des symptômes de maladies de la
vessie dans les cas simples d'hémorrhagie rénale.
On trouve dans Morgagni quelques remarques sur les urines
sanguinolentes dans les maladies des voies urinaires. Morgagni
rapporte un exemple d'urine légèrement sanguinolente ,
chez un homme sur le dos duquel était tombé un morceau de
bois qui avait fracturé plusieurs vertèbres lombaires (i). Il cite
le cas d'un enfant atteint de calcul dans la vessie , et dont l'u-
rine était sanguinolente (2). licite encore (3) le cas d'une femme
dont les urines étaient sanguinolentes et fétides , et chez la-
quelle existait un ulcère au col de l'utérus et des calculs dans
un des reins.
Après avoir analysé et comparé les diverses conditions dans
lesquelles on avait observé du sang dans l'urine, Sauvages (4)
créa le genre Eèmaturte, qu'il divisa en quinze espèces {ff.
sponianea, H. violenta ex vomiUt, H. decepttva, H. purulenta ,
H. calculosa, H. in exanthematicis , H. ejaciilatoria, H. siilla-
titia, H. kœmorrhotdalù, H. spuria, H. nigra, ff. catatnenialïs,
ff. a irons fusione , H. iraumatica, H. a vcrme). Deux de ces
espèces {à. decepttva, H. spuria) ne sont pas des héraorrhagies,
mais les autres espèces correspondent généralement à des con-
ditions morbides assez bien déterminées. Toutefois, plusieura
des espèces de Sauvages ne constituaient réellement que des
variétés, et la distribution des hématuries adoptée plus tard par
Pinel(5) (H. constitutionnelle, H. accidentelle, H. succédanée,
H. critique, H. symptomatique ) est évidemment plus régulière
et plus pratique.
Les pertes de sang abondantes et répétées par les voies uri-
naires peuvent être suivies non -seulement d'anémie, mais
encore dans quelques cas rares d'une véritable hydropisie.
(1) Morgagni. De sed. et eaus. morb., epist. iv, § 26.
(a) Ibid., epist. XLii, § 8.
(3) Ibid., XLi, § i3.
(4) SauTagcs. Nosologia ««W/c», t. u. p. 3oo, in.4. Amstclodami, 1768.
{5)]Dtctwnnairedes sciences médicales, art. Hématurie.
44* fiÉMÔftiiriAÈiÉs niÎNALES {historique).
Van Swieten (i) rapporte qu'un écuyer qui se plaisait à domp-
ter des chevaux fougueux , eut un pissement de sang si abon-
dant, qu*il en rendit près de huit livres tout liquide en peu
d'heures, puis il sortit des caillots en causant beaucoup de
dôiileurs. Après aVoir observé lè repos èt pris des remèdes
eônvéuables , il échappa à Un Û grand danger, et vécut sans
incomtriodités pendant plusieurs années. Mais, méprisant les
cbriseils qu'on lui doiinâit pour sa santé, il eiit une hémorrha-
glë plus forte ét plus longue que la précédente, et mourut hy-
dropiqûe. Dàiis d'autres cas analogues au précédent, les mâ-
ladès sont morts anèmiqùés sans hydropisie (Obs. iï).
J'ai déjà dit que les habilans des pays chauds étaient parti-
iiUliêrèment sujets aux pissèmenS de sang ; je croîs dêvoir
ajoUlef ici qùë ce tait n'avait pas échappé à Desauli (a). «Nous
àvôns gdéri dé cette raalàdié , dit-il , plusieurs soldâts reve-
faànt des gfàndes îndés.i)
J'aî parlé plus haut d'hémorrîiagiès fenâles ààiis lesquelles on
avait observé l'expulsion de caillots vèrmîformes. tîn des exem-
ples les plus èxtraordinâireS de cès concréiîons sanguines est ce-
lui quia été communiqué par TrOnchin (3) àl'AcadémiedesScién-
cês de Paris : tïri liommé de Soans, très connu à Amsterdam, assez
sanguin et un peu mélancolique, ayant eu une hémiplégie dont
il était assez bien rétabli , sujet depuis plusieurs années à la
gràvelle, et qui avait rendu environ une once de graviers a-la-
fois, fut tout-à-coup saisi d'une rétention d'urine, après un
violent exercice lîu corps. Au bout de peu de temps, et après
de vives douleurs dans l'urèthre, il sortit de ce Canal Un corps
noirâtre de la grosseur d'une plume d'oie et de la figure d*un
vèr. Ce corps, long de vingt pouces, ayant été tiré doucement
il sortît dè l'urine mêlée avec beaucoup de sang. tJn quart
d'heure après , il en vint un second d'une aune de longueur.
Depuis ce temps-là, pendant quatre jours et quatre nuits, il
^i) Van Swieten. Comment, in aphorismos BoeTbaàTê,^ 1422, t. v, ji. i5l,
(a) Ccsault. OEùtres clilrurg., t. m, page 3g.
(3) Académie des sciences de Paris, année i
HÉMORRHÀCitES HÉNÀLES {Mstoriqué). ^43
sortit presque toutes les demi-lieures de pareils corps inégaux
en longueur, et dont le plus long avait jusqu'à douze aunes.
C'était visiblement du sang auquel l'uretère avait servi de
filière. Il était très brun , et devenait plus vif en couletir dès
(ju'il était exposé à l'air • sà surface reprenait alors , par
liuances Successives, sa coùlètlr hatûrëlle, et la conservait en-
Stilté dans l'èsprit-dé-vin ; de plus , ce sang y acquérait une
grande ténacité.
Si dans un assez grand nombre de maladies l'urine contient
de l'albumine avec ou sans globules sanguins , les véritables
héraorrhagies rénales sont rares à Paris. Pierre Frank (i) a
fait la même rémarque à Viènne : sur 191 3 malacies traités par
l&î pendant sept ans, un seul a été atteint d'hématurie; et
iUr i3,4Ô7 individus morts dans l'hôpital général de Vienne ,
tih Seul a été emporté pat une hématurie ; énfin, sur 4.,Ooo in-
dividus atteints de maladies graves et rarés , choisis au grand
hôpital de Paviè et traités à l'Institut Clinique, daûs l'e&pace
de dix ans, Frank n'a vu que six cas d'hématurie spontanée.
J'ai déjà dit que dans les pays chauds la proportion des cas
fl'hématurie était beaucoup plus conSidérablé.
J'ai fait remarquer que les anciens admettaient que, dans les
hialadieS de la rate , l'urihe était quelquefois sànguinolenteii
Cette opinion, propagée pâr les Arabes et reproduite pat" les
hleilleurs auteurs de la renaissance, paraît avoir été adniisë par
Pierre Frank, un des plus grands praticiens des temps mo-
dëmès. «c L'hématurie, dit-il, est ôrdinairèraènt mortelle dans
les fièvres àsthéniqùes, dans la variole. Cependant, nous avons
VU Un enfant àtteinl de cettê dernière iualadiê rendre des
urlttïs prêstjûe noirés èt sanglantes sans aucunes suites fâ-
chfetises; mais il portait une inmciir de la raté, et dans les ôh-
Slruclioris dë ce viscère lës tirinèS noires ne sont pas ûn tnaû-
Vâîs signé. » Malgré une si grande aulbrité, une foule d'obsèr-
Valions rrl'àiltorisent à penser qu'une telle influence sur Ptirinè
dë la pât-t de la fatè à besoin d'être prouvée par de houvèaux
fkits.
(1) P. Frank. Ejntome, trad. franc., t. m, p. 867.
444
HYPÉB.ÉMIE DKS UEINS.
Hypérémie des reins.
§ 798. L'hypérémie des reins se rencontre dans plusieurs
maladies locales des reins, dans des affections d'autres organes,
ou dans des affections générales. Elle peut êlre générale ou
partielle ; elle peut affecter un ou plusieurs des tissûs du rein
seulement; elle peut se borner à certaines portions de cet or-
gane, en envahissant ces deux substances, ou bien être limitée
à l'un de ses éléinens. L'hypéréniie, au lieu d'être uniforme
dans un rein, n'en attaque parfois que certaines portions, tan-
dis que d'autres restent avec leur couleur ordinaire, ou même
sont frappées d'anémie. On doit distinguer ces hypérémies des
colorations livides que les reins éprouvent par l'imbibition ca-
davérique du sang ; colorations le plus souvent uniformes ,
d'autres fois disposées sous forme de bandes ou de lignes, et
qui, presque toujours, sont accompagnées d'une odeur de pu-
tréfaction.
J'ai vu plusieurs fois les bouts des mamelons considérable-
ment gonflés et d'un rouge pourpre, sans que cette rougeur fût
partagée par les autres portions de la substance tubuleuse, ou
par la substance corticale. Cette apparence existe souvent chez
les phthisiques. Plus souvent encore, dans une portion delà
substance corticale , pâle , anémique , on trouve un pointillé
rouge très marqué et régulier, dû à une injection très pronon-
cée des glandules de Malpighi. D'autres fois, ce sont les stries
vasculaires de la substance corticale, ou de la substance tubu-
leuse, qui deviennent d'un rouge très marqué, et qui se déta-
chent fortement sur un fond comparativement pâle. Enfin,
dans d'autres circonstances, c'est le réseau vasculaire superfi-
ciel qui, en conservant sa disposition polygonale, est beaucoup
plus fortement injecté que d'habitude; quelquefois même des
vaisseaux superficiels se dessinent sous la forme d'étoiles, à la
surface des reins ; d'autres plus volumineux se déploient en
arborisations sur la capsule fibreuse et dans la graisse qui
l'entoure.
i 799. Quelquefois on rencontre des hypérémies des reins
HYPÉRÉMIE DES REINS. 445
par cause locale. Ainsi, dans la phlébite rénale, quand la mort
arrive peu de temps après le début de l'afTection, on trouve le
rein gonflé, dur et d'un rouge foncé (Atl,as, Pl. xxxiii, fig. 6).
L'Iiypérémie qu'on observe dans la première période des di-
verses espèces de néphrites, simple (i), albumineuse (a), par
poisons morbides, etc., ne doit pas être détachée de la descrip-
tion de ces afFeclions rénales (Voyez : NiPHBiTEs). Parfois aussi
ou observe l'hypérémie des reins dans certaines hématuries.
§ 800. Parmi les maladies des autres organes qui peuvent dé-
terminer l'hypérémie, celles du cœur (3) sont, de toutes, celles
qui exercent le plus d'influence. Le plus souvent alors, l'hypé-
rémie est générale : les reins sont d'un rouge foncé, ou d'une
couleur de porphyre, qui donne un aspect brun ou noirâtre à
leurs enveloppes extérieures (§ 5fii).
Parfois la substance corticale est fortement congestionnée,
tandis que la substance tubuleuse est d'une couleur naturelle,
ou même tout-à-fait pâle. Plus souvent c'est la substance tu-
buleuse qui est hypérémiée, surtout vers la base des cônes dans
le voisinage des arcades vasculaires; quelquefois alors la sub-
stance tubuleuse offre une couleur rouge foncé , et se détache
fortement de la substance corticale.
Non-seulement on observe ces hypérémies, soit de la totalité
du rein , soit d'une de ses substances , dans les maladies du
cœur et des gros vaisseaux; mais on les rencontre, quoique
plus rarement, dans les maladies de l'appareil digestif, dans
les maladies du foie, dans la pneumonie, la pleurésie, la bron-
chite intense, le rhumatisme aigu, etc. Quelquefois même on
les a vues dans des maladies qui n'avaient occasioné aucun
dérangement notable de la circulation générale , dans des af-
fections chroniques de diverses natures.
(1) Tome 1, obs. tu, p. 465; obs. Lxi, p. 5oo; obs. i,xxi, p. 53oj
obï, ixxit, p. 535; obs. ixxiv, p. 545 ; obs. lxxix, p. 563 ; p. 5^0 ; obs. xcv,
p. 5g8 ; obs. xcTi, p.6o5.
(2) Tome II, obs. viii, p. 1^5; obs. ix,p. 177; obs, x, p. i8aj oba. xti,
p. tgG; obs.xxxviii, p. 294; p. 434; obs. Lxix, p. 434; p. 454.
(3) Tome 11, obs. xxxiy, p. ajS.
La mrgesçençe spnguiiiq des reins a plé oh^cryép phçz ^pg
gujets morts subitement, et gujiout d'asphyxie. On voit quel-
quefois aussi le rein se gonfler, s'hypérpmier sous l'influeuçe
de certains poisons morbides , sans offrir aucune apparence
d'inflammation. Ces hypérémies seinbjent dyes à deq jiltérations
particulières du sang. Dans le charbon des animaux, les reins
livides, mollasses, sont gorgés de sang, et exhalent bientôt une
odeur ipfeçte.
Pqns l'bypprémie des {eii^?, l'uriue est quelquefois chargée
d'albumine, et peut pontenir des globules sanguins.
Le traitenient de l'hypérémie des reins est entièrement su-
bordonné ^ux conditions qui donnant beu à 1^ fluxion san-
guine ou à la st^sp du sang (Voyez : NipiiRiTEs ; ÏIémorkha.-
GlES RÉNALES , etc).
Observations particulières.
§ 8pi. Je n'ajouterai qu'un seul fait aux exemples d'hypé-
réwiedes rein§ déjà publiés j fait remarquable, en ce que Vhy-
pèréppie ^ élp observée dan^ plu3ieui"s organes, che? un hpnmie
épuisé par de longues souffrances , pt mort surtout par suite
d'une longue sibstinençp :
Çarny, âgé de ans, gaiçon de peine, entra à l'hôpital de
lia Chfirité le ?i février i836. Cpt hoinme fait l'emonter à cinq
mois Ips prpiuiers symptômes iie ^^i nialadie. A cett£ époque ,
ses digestiops se (rpublèrept; elles étaient lentps, pénibles , et
s'accompagnaient de voraissemens. Ces mêmes accidens s'ag-
gi'gvprent pendant son séjour à l'hôpital. Soumis à un régime
s^yèrf I il renchérissait encore sur la diète forcée, pt dans les
quinze derniers jours dp s.4 vie , il fallait presque le violenter
pour le décider à prendre un bouillon dans la journée. On
peut dire qu'il est mort d'inanition. Il en était venu à ce point
de maigreur , que ïe ventre était tout-à-fait creux, et que l'on
touchait la colonne vertébrale absolument comme si le doigt
n'en fiât séparé que par la peau des parois abdominales.
Jamais de maladies des voies urinaires. Mort le 4 avril i836.
Aulopsie du cadavre. Presque tous les organes, mais surtout
f
les reins et le foie, préseptaient i^ne hypérémie remarc^uable.
Les deux reins étaient gorgés de sang; toute leur substance
était d'un rouge foncé, absiolument comme si elle avait été teinte
avec du sang. Dans la substance corticale, dans la substancp
Jubuleuse et dans les mamelons, cette rougeur était des plus
prononcées, mais plus mate dans les tululi. Du reste , le vo-
lume et la consistance des reins étaient naturels , et il n'y
avait rien autre à noter dans l'appareil urinaire.
Tout le tube intestinal , surtout le gros intestin offrait UOP
teinte rosée. L'estomac était ramolli dans presque toute sopi
étendue; il ne restait d'intact de la membrane mucjueuse qu'ion
espace irrégulier, une sorte d'îlot ovale, tout près de l'orifice
supérieur de l'estomptc ; daqs tous les autres poipts, cette mein-
îjrane était d'un gris noir, njoUe, et s'enlevait avec la plus
^•ande facilité , non par lambeaux plus ou moins larges , mais
en détritus .
Anémie des reins.
§ .Soa. Vanémie peut exister dans ui^ seul rein qv^. dans Jes
j^ux reips à-la-fpis j elle peijt être partielle qu générale , com-
plète ou incpraplàte,
|j'anéini§ ne constitue presque jamais une lésion primitive
des reins. C'est tantôt une condition dépendante d'une ané-
mie générale ; c'est tantôt , au contraire , la conséquence de
diverses altérations des reins qui s'opposent plus ou nioins à
ce que le sang pénètre normalement leur substance.
L'anémie des reins existe rarement seule, et indépepdam-
ment d'avitres altérations rénales , hop les cas oii ellp e§t simp)[e
pbénoraène d'une anémie générale. Lorsqu'elle e§t 4ue ^ mi
élat local de la circulation rénale, elle est presque toujours ac-
compagnée d'autres lésions des reins ; c'est pour cela que les
modifications que l'urine peut recevoir de l'anémie rénale ,
considérée en elle-^êrae , et indépendamment de l'affaiblisse-
ment général de la constitution, ou de lésions rénales con-
comitantes, sont si difficiles à apprécier. A cet égard, je pe
puis fournir aucun indice , aucune donnée.
«
448 AM^MIE DES REINS.
Bien que la coloration naturelle des reins soit généralement
connue, il est à-peu-près impossible de dire le point oii la dé-
coloraiion des reins doit être considérée comme une anémie.
Les reins qui offrent une anémie douteuse ou incomplète, sont
ordinairement désignés sous le nom de reins peu colorés ou
pâles. Le nom d'anémie est plus généralement appliqué aux
reins d'un blanc laiteux ou jaunâtre.
§ 8o3. Plusieurs états morbides des reins peunrent donner
lieu à une anémie partielle ou générale de ces organes. De toutes
les causes qui amènent cet état, la plus fréquente, sans contre-
dit, est l'inflammation. C'est un phénomène remarquable que
ces décolorations rénales , qu'on observe surtout dans la sub-
stance corticale, plus sujette à être enflammée que la sub-
stance tubuleuse. Dans la néphrite simple (i) et dans la né-
phrite albumineuse (a), c'est chose ordinaire qu'un mélange de
plaques ou de taches rouges hypérémiées , et de plaques d'un
blanc jaune plus ou moins anémiques, et qui donnent aux reins
l'aspect marbré ou piqueté (3).
Il est commun de voir, dans les périodes avancées de la né-
phrite albumineuse, les reins offrir extérieurement une teinte
jaunâtre, générale, avec une altération particulière de la sub-
stance corticale. Il n'est pas rare enfin d'observer, soit à la
suite de la néphrite simple, soit après la néphrite albu-
(t) Tome 1, obs. l, p. 4^3; obs, Li, p. 462; obs. xc, p. Sqo; obs, ci,
p. 60g ; obs. cm, p. 624.
(2) Tome II. obs. xvui, p, 2o3 ; obs. xxi, p. 209 ; obs. «svi, p. 227 ;
obs, xxTin, p. 241; obs. XXIX, p. 246; obs. xxxvi, p. 285; obs^jjjjigjî), p. 286 ;
obs. xxxix, p. 298; obs, XL, p. 3o2; obs. XLi, p. 309; ob^y^," p. 3i2j
obs. xLiT, p. 527 ; obs. xlvi, p. 33o; obs. xlvii, p. 332; fiit^xLyat, p. 335;
obs. XLix, p. 337; obs. LU, p. 349; obs. lui, p. 3^^ oDÎj^|ï.T, p. 368;
obs. Lvii, p. 37g ; obs. lix, p. 389; obs, lx, p. 379; obs. lxt. p.
p. 455; obs. Lxxv, p. 478. ^
(3) Tome u, obs. xxtïi, p. 23r; obs. liv, p. 364; obs. lvi, p.
obs. LViu, p. 383; obs. lix, p. 389; obs. Lxu,p. 402; obs. Lxiv, p. 407,
obs, ixvj, p. 4i5 ; obs. tvm, p. 422 ; obs. i.xxiv, p. 476 ; obs. lxxtui, p. 49°;
obs, j.xxix, p. 49^'
ANKmE DES REINS. 449
mineuse, des reins indurés, généralement décolorés, anémi-
ques, à difierens degrés, surmontés ou non d'étoiles vascu-
laires.
5 8o4. Les anémies jaunes des reins doivent être distinguées
des colorations jaunes , dues à des infiltrations de pus ou à
des dépôts fibrineux décolorés. Mais cette distinction n'est pas
toujours facile, excepté pour les cas d'infiltrations purulentes
qui , à l'inspection microscopique , présentent des globules de .
pus. Lorsque le sang pénèlro difficilement ou ne pénètre pas
dans les ramifications des vaisseaux des reins, l'anémie est sui-
ï vie ou accompagnée d'atrophie. De semblables reins sont dif-
t ficilement injectés, et l'inspection microscopique des vaisseaux
i en fait reconnaître l'obstruction.
Quant à l'anémie jaunâtre , consécutive k l'inflammation , je
■ crois que cette coloration jaune tient souvent à la décoloration
» et à l'altération des globules de sang infiltrés, quoique je n'aie
pas encore un assez grand nombre d'observations pour affirmer
d'une manière positive que les choses se passent toujours comme
je viens de l'indiquer. Ce phénomène a quelque analogie avec
ij la décoloration jaune qu'on observe à la peau, à la suite de pé-
téchies et d'une foule d'inflammations de forme et de nature
diverses.
S 8o5. L'anémie des reins peut résulter d'autres causes : de
la rétention de l'urine , du pus ou d'une humeur séreuse dans
lila cavité dea bassinets et des calices. Lorsque le rein est ainsi
comprimé de dedans en dehors, si ces conduits ne cèdent
pas ou cèdent peu, les mamelons s'affaissent, et il s'ensuit
une atroph^ de la substance tubuleuse et souvent de la sub-
stance coplieale. Dans ces cas, la substance corticale prend
80uveûr^;4||flpinte analogue à celle de la chair de veau (Atlas,
Pl. xxx*,*!^:^ ou une teinte un peu plus jaunâtre, et la sub-
tance Jub^Mfcé,^^ient d'un rose pâle.
I^'a>itres causes ^ui agissent, au contraire, en comprimant
le r^in de dehors en dedans, des abcès par congestion, des tu-
■ÊÊtfiu-s de la rate ou du foie, ou du gros intestin, etc., peuvent
anss^ occasioncr une anémie partielle ou générale des reins.
Enfin les obstructions des artères rénales sont une dernière
450 ANÉMIE DES REINS.
cause d'anémie. Comme on voit, l'absence du sang dans les
reins et l'anémie qui en est la suite , peuvent dépendre de lé-
sions très différentes. Ces décolorations, bien rarement sim-
ples, sont presque toujours accompagnées d'autres lésions ré-
nales.
D'autres causes de l'anémie des reins , telles que la diminu-
tion de la quantité totale du sang par les saignées ou par les
hémorrhagies , agissent sur toute l'économie. L'anémie ré-
nale peut être aussi la suite de maladies long-temps prolon-
gées ou d'états cacbçctiques. Chez des sujels morts d'hémor-
rhagie on a trouvé les reins, comme les autres organes, dans
un état d'anémie bien prononcé. Les reins des plithisiques
sont assez souvent exsangues et décolorés , soit d'une ma-
nière générale, ce qui a lieu le plus souvent, soit partiellement,
cas oîi ils offrent des marbrures rougeâtres sur un fond déco-
loré (Atlas, Pl. xxxii, fig. 5 et 6). La même remarque s'ap-
plique aux anémies des reins qu'on observe chez des sujets
morts après d'autres maladies de langueur.
Dans les maladies chroniques du foie, accompagnées d'icètre,
il n'est pas très rare de rencontrer des reins d'une couleur
jaune-pâle ; circonstance qui est due à ce que les reins, plus
ou moins privés de sang , laissent mieux apercevoir que des
organes plus ou moins rouges , la teinte jaune iclérique com-
muniquée à tous les viscèi-es (Atlas , Pl. xxxii, fig. 2).
Il y a d'autres anémies rénales, différentes des simples ané-
mies que je viens de signaler, et qui se distinguent par une
teinte jaune bien tranchée. On les observe dans certaines ma-
ladies aiguës, surtout dans les résorptions purulentes, dans la
fièvre typhoïde, dans certaines gangrènes des poumons. On
les voit aussi dans quelques maladies chroniques, surtout dans
le cancer. Je les ai observées également dansi|nuelques cas de
scorbut, avec ramollissement des gencives , av'ec de larges ec-
cbymoses dans les muscles et dans le tissu cellulaire des mem-
bres inférieurs , et avec des pétéchies dans plusieurs organes.
Dans ces cas, les reins ont une teinte jaune particulière qu'on
peut comparer à celle de l'argile jaune ou du café au lait, ott
à celle de certains foies gras.
AJNÉMIE DES REINS.
45i
Observations particulières.
§ 806, L'étude des décolorations des reins étant beaucoup
plus compliquée que celle de Thypérémie, j'ai cru devoir con-
signer ici les observations suivantes comme pièces à l'appui
des remarques générales présentées plus haut.
Les décolorations des reins sont de natures diverses, et mal-
heureusement tout est à découvrir en ce qui touche les chan-
geraens qu'elles peuvent apporter dans la sécrétion de l'u-
aine.
§ 807. L'anémie des reins peut être quelquefois le résultat
à'une perte de sang plus ou moins considérable ou d'une diète
sévère, prolongée. Chez un enfant de ao mois, mort d'une colite
aiguë, très intense, qui s'était entée sur une inflammation
chronique de l'intestin, et auquel on avait appliqué des sang-
sues à deux jours d'intervalle et deux ventouses scarifiées sur
la région lombaire le cinquième jour, j'ai trouvé les deux reins
d'un blanc jaunâtre comme du lait teint par quelques gouttes
de café. Les poumons étaient anémiques et offraient quelques
pétéchies à leur partie postérieure. Le foie, d'une coloration
assez foncée, présentait quelques bandes anémiques. La rate
était d'une teinte ardoisée assez foncée. Le cœur contenait du
sang noir et des caillots fibiineux, décolorés; le cerveau était
très humide , et les ventricules contenaient une assez grande
quantité de sérosité.
§ 808. Voici un exemple d'anémie d'un des reins déterminée
par une comjtrcssion exercée sur cet organe. Chez un individu
atteint d'un grand abcès froid, lombaire, du côté droit, pro-
venant d'une carie vertébi-ale, le rein contigu était d'un blanc
légèrement jaunâtre , sans diminution notable de volume. Le
rein et l'uretère étaient collés fortement contre les parois de
l'abcès. A l'extérieur et à l'intérieur, le rein était remarquabk
par une pâleur jaunâtre. La poche purulente s'étendait un peu
au-dessus du rein et se prolongeait en bas jusqu'au pli de
l'aine. L'urine n'avait pas été examinée avec soin pendant la
29.
/jTji ANÉMIE DES REINS.
vie, Pt il eût t^lé d'ailleurs d'autant plus difficile d'apprécier la
modification que l'état du rein aurait pu lui communiquer
que le rein du côté opposé était parfaitement sain.
§ 809. Chez les phthisiques , on observe quelquefois une
anémie des reins plus ou moins prononcée. Deux reins d'un
phthisique avaient leur volume naturel et une bonne consis-
tance. La substance corticale était très pâle dans la plus grande
partie de son étendue ; mais la substance tubuleuse n'était
point décolorée. En comprimant entre les doigts la substance
corticale, on n'en exprimait ni sang, ni sérosité. Les uretères
et les veines, ainsi que le bassinet , n'offraient rien de particu-
lier. La membrane fibreuse adhérait assez fortement à la sub-
stance du rein. Je pourrais produire ici un assez grand nombre
de faits analogues.
Dans d'autres cas , l'anémie porte sur les deux substances.
Les deux substances des deux reins d'une femme morte de
phlhisie pulmonaire étaient plus fermes que dans les cas ordi-
naires. Les deux reins de cette jeune femme étaient aussi très
pâles, et cette décoloration s'étendait aux deux substances. Le
tissu des reins était d'ailleurs d'une bonne consistance. Chez
un troisième malade, également phthisique, les deux reins
ollraienl une exemple d'anémie des plus remarquables. Celte
anémie était générale. Les substances corticales et tubuleuses
étaient décolorées. On ne pouvait en extraire du sang par la
pression. A l'extérieur, la substance corticale offrait quelques
légères arborisations. La membrane interne du bassinet était
d'un blanc laiteux, sans apparence de vaisseaux. J'ai plusieurs
fois observé chez les phthisiques cette anémie du bassinet, mais
jamais d'une manière aussi remarquable. Les veines rénales
étaient presque vides.
Chez une femme de 49 ans, morte de phlhisié^pulmonaire au
dernier degré, les deux reins étaient complètement anémiques.
La face postérieure de l'un d'eux offrait seulement encore
quelques indices du réseau vasculaire extérieur. Le droit pesait
trois onceS) le gauche trois onces cinq gros. La substance cor-
ticale était moins décolorée dans le rein gauche.
dette anémie des reins chez les phthisiques est d'un gris bleuâ-
ANÉMIE DES REINS. ^b'd
tre et bien distincte des anémies jaunes qu'on observe dans cer-
tains états de la néphrite albumineuse.
§ 810. Dans des cas de cancer d'un des viscères de l'abdo-
men, soit de l'utérus ou de l'estomac, etc., j'ai plusieurs fois ob-
servé une altération des reins principalement caractérisée par
une décoloration jaune de leurs substances. Chez une femme
morte d'un cancer de l'utérus et de la vessie, avec perforation
de ce dernier organe, le rein droit était petit j le péritoine, qui
en couvrait la face antérieure, était épaissi et d'une teinte noire
ardoisée; le tissu cellulaire sous-jacent, beaucoup plus dense et
également teint en noir, était dur, résistant, et ne se détachait
que difficilement de la membrane du rein. Celle-ci était très
épaisse et également d'un beau noir. Les deux substances du
rein étaient d'un jaune pâle. Cette décoloration était uniforme,
de sorte que les deux substances n'offraient qu'une même
teinte. Le bassinet était très large, ainsi que l'uretère, qui pré-
sentait intérieurement des brides. Inférieuremeiit, ce conduit
s'ouvrait dans une végétation cancéreuse. L'uretère et le bas-
sinet s'étaient dilatés par suite de l'obstacle que l'urine avait
éprouvé dans son cours. Le bas-fond de la vessie était cancé-
reux, et le col de la matrice était détruit. L'uretère du côté op-
posé n'était point dilaté. Le rein, quoique plus volumineux
que celui du côté gauche, offrait une décoloration jaunâtre
des deux substances.
J'ai observé cette anémie jaune dans un autre cas de cancer de
la vessie. B... (Geneviève), âgée de 49 ans, s'était assez bien por-
tée jusqu'au mois de juillet i83o. Réglée à i5 ans, la mens-
truation avait continué à s'opérer chez elle jusqu'à l'âge de 47
ans,.d'une manière assez régulière, sauf quelques retards par
suite de chagrins et des progrès de l'âge. Elle vivait dans un
état voisin de l'indigence et se nourrissait assez mal. Lors de
la révolution de juillet i83o, un homme fut tué près d'elle ; de-
puis ce temps les perles utérines, qui existaient auparavant,
augmentèrent, et la malade s'aperçut que ses urines étaient
fortement teintes de sang; ce qu'elle attribua à la perte utérine.
Elle continua à rendre par les urines une certaine quantité
de sang; puis après, ses force» diminuèrent; elle éprouvait
454 an:émie des reins.
parfois des douleurs assez vives dans le bas-ventre. Celte
femme ne suivit aucun traitement méthodique , et après
dix mois de souffrance, voyant son état s'empirer de jour
en jour, elle se décida à entrer à l'hôpital de la Charité, le i4
mai i83i,
L'aspect de la face est celui d'une femme épuisée par des nom-
breuses hémorrhagies; elle a aussi une teinte un peu jaunâtre
qui fait soupçonner un cancer, surtout un cancer de l'utérus.
Douleurs dans les lombes , surtout du côté droit; l'abdomen
est peu sensible à la pression, excepté vers l'épigastre ; le col de
la matrice est un peu gros et mou; la lèvre postérieure du mu-
seau de tanche dépasse l'antérieure de deux ou trois lignes.
La pression sur le col, lorsqu'on le refoule en haut et d'arrière
en avant, détermine plus de douleur que dans tous les autres
sens (^Tisane gommeuse ; extrait de ratanhia 24 grains ; lait
bouillon). Le i6, douleur dans la région lombaire et surtout
du côté droit; les m ines sont rares et sanguinolentes ; le pouls
est fréquent; point de diarrhée. Le cathétérisme de la vessie
est douloureux et ne fait pas découvrir de calcul. La ma-
lade sortit de l'hôpital dans l'état oli elle se trouvait lors-
qu'elle y était venue. Le 4 juillet, la malade revient à l'hôpi-
tal ; ses forces sont complètement épuisées ; une odeur fétide
s'exhale de son lit; parfois elle urine involontairement. Les
jambes et les pieds sont œdématiés; le cathétérisme déter-
mine une douleur encore plus vive. Urine d'une odeur très
forte , épaisse , chargée de sang, plusieurs caillots sanguins
noirâtres. Douleur dans le bas-ventre, se propageant aux
lombes et surtout à droite ; un peu d'œdème aux grandes lè-
vres {Un grain d'extr. gain- d'opium).
Le 8, mort à trois heures du matin. ^
Autopsie du cadavre trente-et-une heures âpres la mort.
— Télc. Un peu de sérosité dans les anfractuosilés céré-
brales. Dure-mère pâle ; substance du cerveau très décolorée.
Il ne s'écoule pas une goutte de sang des incisions. Du reste ,
consistance naturelle des deux substances; point de sérosité
cpancliée dans les ventricules latéraux.
; Raehis. A la surface de l'arachnoïde, une petite plaque
ANÉMIE DES REIN^. 455
blanche; vers la partie inférieure et postérieure de la moelle,-
substance blanche et grise très décolorées.
Membres. Les muscles ont une bonne couleur et une bonne
consistance.
Poitrine. Poumons décolorés et œdémateux ; bronches pâles
et jaunes ; membrane muqueuse du larynx pâle; cœur décoloré
et volumineux»
Ventre. Estomac pâle ; intestins sains ; le foie est jaune, sans
être gras ; veines hépatiques, vides, pâles, petites^ d'une teinte
grisâtre. Rein droit sain; rein gauche plus volumineux d'un
bon tiers que dans l'état sain ; graisse jaunâtre déposée dans le
tissu cellulaire de la scissure. Cet organe dépouillé de sa mem-
btane propre offre une teinte café au lait un peu foncée , et se
laisse facilement pénétrer par le doigt. Du reste , aucune trace
de dégénérescence cancéreuse. La vessie contient de l'urine
trouble et brune, dans laquelle nage un caillot du volume d'un
œuf de poule. Vers l'angle du trigone du côté gauche, tumeur
cancéreuse pédiculée du volume d'une grosse noix. Veines
vésicales contenant des caillots anciens et en partie déco-
lorés.
§ 8ii. Voici un autre cas dans lequel, pour opérer l'altération
du rein, il y avait indépendamment de la cachexie cancéreuse
une autre cause , une compression exercée par le muscle psoas
altéré. Garbier, âgée de 60 ans, exerçant la profession de coutu-
rière, entra à l'hôpital de la Charité, le 9 juin i836. Teinte jaune
sale de la peau. Il y a quatre ans, des hémorrhagies utérines fort
abondantes, suivies de pertes blanches, se déclarèrent et ont per-
sévéré pendant deux années de suite. Les lèvres du col de l'utérus
sont remplacées par des bourrelets inégaux, durs, déchirés.
Ecoulement utérin fétide. L'utérus est comme soudé aux par-
ties environnantes. La malade est au dernier degré du ma-
rasme. Au cœur, bruit de souffle, au premier temps, plus in-
tense à la base que partout ailleurs, mais ne se prolongeant pas
dans l'aorle. Mort deux jours après l'admission à l'hôpital.
Autopsie dît cadavre. Le corps de l'utérus est doublé de
volume ; dans les deux tiers supérieurs, le tissu en est hypertro-
phié. Mais dans le tiers inférieur , il est toul-à-fait converti en
456 ANÉMIE DES REINS,
une substance squirrheuse, d'un blanc mat, dure, criant sous
le scalpel. A l'extérieur, c'est un détritus noirâtre ou gris noir,
dont l'odeur est horrible ; toute la cavité du col est ramollie,
les lèvres sont à moitié détruites. Tout autour de l'utérus, le
tissu cellulaire épaissi a contracté des adhérences , de sorte
que l'utérus est comme soudé aux parties environnantes. Les
ovaires, les ligamens larges , les trompes sont augmentés de
volume. La trompe droite est dilatée en forme de kyste. Le
psoas fait tumeur et saillie vers le petit bassin ; on sent de la
fluctuation dans ce muscle, et dans toute son étendue; depuis son
union avec le muscle iliaque, jusqu'à l'arcade crurale, il est
rempli par une substance blanchâtre, parfaitement homogène,
analogue à du fromage mou, et qui n'est autre chose que de la
matière encéphaloïde ramollie. Les uretères étaient sains ; la
lèvre postérieure de l'ulérus était très allongée et dépassait la
lèvre antérieure de huit lignes; les ovaires étaient flétris et
contenaient une matière jaiuie et de petits kystes.
§ 8ia. Chez pli\sieurs amputés, morts de phlébite avec dépôts
purulens dans les poumons et teinte ictérique , j'ai trouvé les
reins volumineux, très mous et décolorés, sans la plus légère
trace de dépôt de pus, ni de putréfaction. L'urine contenue dans
les bassinets était jaune. Je rapprocherai de ce cas celui d'une
femme âgée de 4o ans, qui mourut d'une méningite caractérisée
par une nappe de pus dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien
de la convexité du lobe gauche du cerveau et d'une péricardite
(pus et pseudo-membranes); maladie survenue à la suite d'un
érysipèlc de la face. Les deuxreinsanémiques, d'une teinlejaune
assez pi'ononcée , étaient parsemés de taches bleuâtres , pété-
chiales , qui pénétraient d'une à deux lignes dans la substance
corticale. Les pétéchies étaient plus nombreuses à la face posté-
rieure qu'à la face antérieure des reins, et elles étaient irrégu-
lièrement arrondies. Le rein gauche pesait 4 onces 3 gros j le
droit 4 onces a gros.
Les urines , recueillies trente-et-uue heures après la mort ,
étaient albumineuses ; pendant la vie, elles ne l'avaient pas été.
§ 8i3. Dans le cas suivant, la décoloration jaune des reins
était aussi due à une altération du sang: une femme, à la
HYPERTBOPHIli; DES REINS. 4^7
suite d'une pneumonie, avait été prise d'une afFection scorbu-
tique, caractérisée par une injection et un ramollissement des
gencives, par de larges ecchymoses dans les muscles et le
tissu cellulaire sous-culané des membres inférieurs , par des
ecchymoses et des ulcérations noirâtres dans l'intestin grêle et
le gros intestin, par de nombreuses pétéchies dans le mésentère
et dans les plèvres, par l'anémie pulmonaire et par des ecchy-
moses et de l'engouement dans d'autres points; et qui offrait
en outre un énorme foie gras d'un jaune d'argile pâle. Les deux
reins décolorés avaient une teinte jaune analogue à celle du
foie. La substance corticale se déchirait lorsqu'on en détachait
la membrane fibreuse.
§ 814. Chez une femme, âgée de 65 ans, morte d'une gian-
grène du poumon précédée d'hémoptysie et survenue à la
suite d'une pneumonie maligne, le tiers inférieur du rein
gauche avait conservé sa teinte et sa couleur natiirelles , mais
tout le reste était jai/nc et ramolli. Le rein droit, généralement
jaune et ramolli, pesait quatre onces et demie ; le rein gauche
cinq onces un gros. Il y avait quelques péléchies dans les bas-
sinets. Par la pression , on ne faisait point sortir de l'extrémité
des mamelons plus d'urine que dans les cas ordinaires.
§ 8i5. Enfin dans \ictère, indépendamment de leur teinte
jaune, les reins, chez un vieillard mort ictérique, ofiraient dans
leur substance corticale une icinlejujinevcrdâtre et paraissaient
pourvus de moins de sang que dans l'état sain. La substance
tubuleuse paraissait saine. La graisse qui entoure Je bassinet
était jaune. Point de coloration jaune des bassinets. Indépen-
damment de cette teinte jaune des bassinets, il y avait dans la
substance corticale uu assez grand nombre de granulations
d'uné teinte un peu bleuâtre; la surface des reins était par-
faitement lisse.
Hypertrophie des reins.
§ 816. Les reins augmentent quelquefois notablement de
volume , en conservant leur structure et leur apparence uor-
458 HYPERTHOPniE DES REINS.
maies. Ce développement anomal des reins constitue leur hy-
pertrophie, qu'on ne doit pas confondre avec leur gonflement
par congestion sanguinè, ou avec d'autres augmentations de
poids et de volume occasionées par diverses maladies. Ces
changemens, dans le volume des reins, coïncident avec d'au-
tres cbangeraens dans leur texture, qui est alors plus ou moins
altérée.
L'hypertrophie peut être générale ou partielle ; elle peut
s'observer dans les deux reins à-la-fois, ou dans un seul, sur-
tout dans des cas d'absence ou d'atrophie du rein du côté op-
posé ( Atlas , Pl. xxxvn , fîg. i ). Dans presque tous les cas
d'absence d'un des reins , le rein du côté opposé est notable-
ment augmenté de volume et de poids ; souvent même il pèse
à lui seul autant que les deux reins d'un sujet du même âge.
Dans ce cas , la somme des substances rénales est réunie dans
un seul rein, et le calibre de l'artère rénale unique est souvent
double de celui d'une artère rénale ordinaire. L'épaisseur de
la substance rénale est aussi très augmentée; enfin, le poids de
ce rein solitaire, chez un adulte, est de huit à neuf onces, poids
double de celui d'un des reins lorsqu'il en existe deux. Cette
loi de l'exagération du développement d'un des reins, lorsqu'il
est unique , présente bien rarement des exceptions , hors les
cas oli le volume d'un des reins a pu être diminué par une
maladie intercurrente. Ainsi, j'ai vu le rein gauche manquer
complètement, et le rein droit, induré et mamelonné à sa sur-
face, n'avoir pas plus de la moitié du volume du rein d'un su-
jet du même âge.
Il est très ordinaire aussi de trouver un des reins volumi-
neux et hypertrophié, chez des sujets qui ont un rein très
petit et comme rudimentaire. Dans ce cas, le poids des deux
reins peut être égal à celui des deux reins sains régulièrement
développés chez un individu du même âge. Aussi , cet état
n'est-il accompagné d'aucun dérangement de la sécrétion uri-
naire pendant la vie.
Il n'est pas aussi commun de rencontrer un des reins hy-
pertrophié, dans les cas d'atrophie non congénitale ou peu an-
cienne de son congénère ( Atlas , Pl. xxxvii, fig. i ). Cepen-
HYPERTROPHIE DES REINS.
dant, presque toujours , lors de l'altération profonde d'un des
reins , si son congénère n'est point envahi lui-même par la
même affection, et surtout s'il reste sain jusqu'à la mort, ame-
née par une autre cause au bout de plusieurs mois ou de plu-
s sieurs années, on trouve ce dernier manifestement plus lourd,
; plus volumineux qu'un rein normal d'un sujet de même âge et
il de même stature.
Il est rare qu'on observe le développement supplémentaire
^ d'un des reins dans le cas oii la maladie désorganisatrice de
* son congénère l'a envahi lui-même, quoiqu'à un moindre
i degré.
Non-seulement on voit ce développement supplémentaire
i d'un des reins se faire lorsque le rein du côté opposé man-
que , ou lorsqu'il a été arrêté dans sa nutrition , ou lorsque
f sa structure profondément altérée l'a rendu plus ou moins im-
: propre à remplir ses fonctions ; mais lorsque la désorganisa-
1 tion d'un des reins a été partielle , les parties saines peuvent
; s'hypertrophier d'une manière remarquable, souvent au point
( de déterminer une déformation du rein très apparente et quel-
c quefois très bizarre, résultant de la disposition et du mélange
t des parties atrophiées et comme étranglées, et des parties bos-
s selées et gonflées qui ont subi une hypertrophie manifeste.
L'hypertrophie absolue et non relative des deux reins est
. quelquefois une affection congénitale , et dont la cause nous
1 échappe, mais elle coïncide toujours avec un développement
f anomal et proportionnel des artères rénales (Atlas, Pl. xxxvii,
fig. I).
L'hypertrophie des reins peut être aussi la conséquence d'é-
' tats morbides , accompagnés d'une exagération de la sécrétion
urinaire, saine, ou plus ou moins altérée. J'ai fait figurer plu-
? sieurs cas d'hypertrophie des reins observée chez des diabéti-
1 ques (Atlas, Pl. xxxvn, fig. 2, 3, 4).
Dans le diabète sucré , l'hypertrophie porte principalement
I sur la substance corticale , sur la substance sécrétante des reins
( (Atlas, Pl. xxxvii, fig. 4). Celte substance, exagérée dans son
i développement, est notablement hypércmiée, d'autres fois elle
< est pâle; enfin, et c'est le cas le plus ordinaire, elle paraît,
46o IIYPERTIIOPIIIE DES REIKS.
quant à l'injection sanguine, toul-à-fait dans l'état sain. Dans
de tels reins, on ne peut, je le répète, distinguer rien d'anomal
si ce n'est l'exagération du développement de leur substance.
La coupe a un aspect toul-à-fait naturel ; seulement à la base
des reins et dans leurs intervalles, le développement de la sub-
stance corticale est évidemment exagéré , le calibre des vais-
seaux plus développé, et les glandules de Malpighi plus appa-
rentes.
L'exagération de la sécrélion de l'urine paraît être l'effet de
l'hypertrophie des reins.
S 817. Chez le fœtus, on a trouvé plusieurs fois les reins hy-
pertrophiés ; on a même cité un cas dans lequel ils étaient telle-
ment volumineux, qu'ils apportaient obstacle àlaccouchemenl.
Historique et observations par ticulières,
5 818. L'hypertrophie des reins résultant d'un vice originel
et congènilal a été plusieurs fois observée. Ainsi ou a quelque-
fois trouvé, chez les acéphales, les reins plus volumineux que
dans l'état naturel. On a vu, dans des cas rares, les reins
offrir un volume considérable, chez l'm/a/ii, au moment de
sa naissance. L'observation suivante m'a parU assez intéressante
pour être reproduite ici, bien qu'il soit à regretter que l'état
des substances corticale et tubuleuse des reins n'ait point été
décrit avec soin (i) :
«Une femme, d'une apparence cachectique, quin'avait jamais
eu d'enfans, et qui avait eu un avorlement, était arrivée, d'aprè s
son calcul , à la fin du septième mois d'une grossesse , lorsque
de fortes douleurs pour accoucher se déclarèrent, vingt-quatre
heures après que les eaux se furent écoulées. Le travail de
l'accouchement ne faisant point de progrès exigea la présence
(i) Des obstacles à l'accoucbement par le volume énorme des reins du
fœtus, par le professeur Osiander, à Gottingue [Gemeinsame Deuisclie Zeit-
schrijï far Geburtkuntle, etc., par MM. André, à Breslau, Busch, à Marbourg,
etc., tom. 1. — Siebold. Journal fùr Geburlliûlfe et B. ni,Sl., 1, S.. 3io).
IITPERT1\0PH[E DES RF.INS. 4^1
. d'un accoucheur. Osiander fat appelé, et trouva les parties géni-
; taies externes très étroites, reconnut que l'enfant présentait les
fesses, et que les pieds, redressés vers le Ironc, étaient appliqués
contre sa face antérieure. Osiander alla chercher un des pieds
, avec la main gauche, et trouva le corps du fœtus tellement dé-
1 veloppé, qu'il le crut atteint d'une ascite. L'autre pied, n'ayant
pu être ramené en dehors, ne se présenta que lorsque les fesses
' furent engagées; alois le bras gauche fut facilement débar-
rassé; mais le bras droit étant trop comprimé, Osiander se vit
0 obligé de donner une direction oblique au corps de l'enfant ,
1 dont le ventre se trouvait en avant. Il exerça cette manœuvre
il à l'aide d'une main placée sur le dos , tandis que l'autre était
9 appliquée sur la poitrine. La tête fut ensuite débarrasséee ,
( et un fœtus féminin non viable , dont le corps avait un
r volume monstrueux, fut amené au-dehors, et, après avoir
( présenté quelques mouveraens irréguliers , resta mort , malgré
t tous les moyens employés pour le rappeler à la vie. A l'ouver-
! ture du corps, on reconnut qu'il n'existait point d'ascite, mais
« que presque toute la cavité du ventre était occupée par deux
I tumeurs solides, bleuâtres, ayant la forme des reins. C'était en
f effet les deux reins du fœtus augmentés de volume, qui divisaient
1 l'abdomen en deux monticules latéraux, et qui s'étendaient
I du bassinet jusqu'au dessous du foie. Ce dernier était extrê-
î mement petit , refoulé en haut , et d'un rouge plus clair qu'à
1 l'ordinaire. Le cœcura et son appendice verraiculaire étaient
i attachés au rein droit par leur partie supérieure. Le colon
I descendant était réuni avec le péritoine, qui couvrait la partie
: antérieure du rein gauche. Le canal intestinal était extrêrae-
I ment étroit. L'utérus et les ovaires, à l'état normal, étaient at-
1 tachés au rein par des adhérences du péritoine. L'enfant pesait
( trois livres et demie, avait quinze pouces de longueur, et sans
aucun vice de confirmation et de structure, si on excepte cet
K énorme volume des reins.
S 819, Je n'ai rien à ajouter aux remarques que j'ai faites
f plus haut , sur le plus grand développement des reins chez les
i diabétiques {voyez : Diabète); sur l'augmentation de poids et
> de volume d'un des reins lorsque son congénère vient à être
4^2 ATROPHIE DES REINS,
détruit ou atrophié , etc. ; et je ne sais jusqu'à quel point peut
être fondée une opinion ancienne relative au développement
considérable des reins, chez les personnes adonnées aux plai-
sirs sexuels (i).
Atrophie des reins.
§ 820. Les reins peuvent s'atrophier dans un grand nombre
de circonstances. L'atrophie peut être générale ou partielle;
elle peut porter à-la-fois sur les deux substances ou spéciale-
ment elmêmeuniquement sur l'une d'elles.
On a trouvé , plusiciirs fois , chez les nouveau-nés {atrophie
congénitale) un des reins extrêmement petit, sans que cette
petitesse pût être expliquée d'une manière satisfaisante par
l'état des vaisseaux. Dans d'autres cas, au contraire , l'atro-
phie des deux reins ou de l'un d'eux était en rapport avec le
faible développement des artères rénales. Le rapport entre le
volume des reins et celui de ses vaisseaux m'a paru très évi-
dent dans quelques cas , où l'inégal développement des artères
rénales était accompagné de l'inégal développement des reins
(Atlas, PI. xxxvii , fig- j).
D'autres atrophies ne reconnaissent pas pour cause un arrêt
de développement des artères rénales. J'ai vu mainte fois les
artères rénales avec leurs dimensions naturelles dans des reins
dont les substances étaient amincies. L'atrophie est souvent
alors le résultat de la compression qu'exercent sur le bassi-
net, ou des calculs ou les calices distendus et dilatés par de l'uri-
ne, par du pus, par des acéphalocystes. Ces cas doivent être rangés
en deux catégories : l'une comprend ceux où une lésion des con-
duits excréteurs de l'urine, ayant eu lieu dans lespremiei s temps
de la vie, a empêché la croissance normale de l'organe} c'est uue
(i) Rosiniua Lentilins dit avoir trouvé les reins supra modum et regdam
longe maximi in anatome salacissimœ mulieris. Th. Barlholiu dit avoir trouvé les
reins plus volumineux, in silaccoribus {^Anat, nov. ,Ub. i, cap. 18), Snlmuth
assuro aussi avoir trouvé les reins d'un volume considérable cbcz un homme
très ardent pour les plaisirs vénérienne» (Salmutb,, c«b<. i, obs.xxu).
ATROPHIE DES REINS. 463
sorte d'arrêt de développement j le rein est très petit et bosselé
comme chez le fœtus (Atlas. Pl. xxxv. fig. i) : l'autre se com-
pose de cas où un rein bien développé chez l'adulte a diminué
de volume plus tard par suite d'une maladie du bassinet ou de
l'uretère , tout en conservant la forme et les apparences d'un
rein sain, ou bien ne paraissent plus qu'une sorte d'appendice au
bassinet qui est très développé (Atlas. Pl. xxxv. fig. 3 et 4).
Parfois encore on ne trouve , ni dans les vaisseaux , ni dans
les bassinets et les calicesj ni dans les parties environnantes, au-
cune modification qui explique le mode de formation de certaines
atrophies. Plusieurs altérations des reins et des parties voisi-
nes peuvent occasioner, en comprimant ces organes, une atro-
phie partielle ou générale ; diverses tumeurs du foie ou de la
rate , de larges abcès des lombes , les capsules surrénales dis-
tendues , peuvent aussi déterminer des atrophies partielles et
des déformations des reins.
Des tumeurs développées dans les substances rénales , des
poches hydatiques, des kystes, et surtout des kystes urinai-
res, etc.> affaissent, condensent les substances rénales et en
déterminent l'absorption. La rétention de l'urine , du pus ou
d'une humeur séreuse dans les bassinets et les calices , dans le
cas d'hydronéphrose ou de pyélite chronique , détermine aussi
l'atrophie des substances rénales (Voyez : Pyélite ; hydroné-
jphrose). Dans ce dernier cas , les reins finissent par être
convertis en une poche dont les parois , en apparence , char-
nues et jaunâtres, sont formées de trois couches, dont la
moyenne est la substance du rein transformée en une espèce
de membrane, tandis que l'interne est constituée par le bassi-
net et les calices dilatés , et l'externe par les membranes exté-
rieures des reins. Lorsque les substances rénales sont ainsi ré-
duites et atrophiées, et que la poche n'a pas acquis de grandes
dimensions , le poids n'en égale point quelquefois le dixième
d'un rein sain.
Parfois des portions d'un rein ainsi atrophié échappent, en
partie , à la compression qu'exerce le liquide amassé dans le
bassinet et les calices, et se dessinent à l'extérieur de la tu-
meur sous forme de bosselures charnues plus ou moins volu-
46/| ATROPHIE DES UEINS.
mineuses. D'autres fois des portions plus'ou moins considérables
des reins reçoivent exclusivement l'inQuetice de la compres-
sion exercée de dedans en dehors , et s'atrophient complète-
ment, tandis que d'autres parties du même rein restent à-peu-
près intactes surtout si les calices correspondans sont oblitérés
rétrécis ou peu dilatés.
Les parties atrophiées sont remplacées par une poche tout-
à-fait analogue à un kyste, et composée de la membrane d'un
ou de plusieurs calices dilatés , des débris des parties de la
substance rénale et d'une portion de la membrane fibreuse des
reins (Atlas. Pl. xxxv, fig. 8 et 9).
L'atrophie peut se borner à une des substances des reins, et
particulièrement à la substance corticale. On voit alors, à l'ex-
térieur du rein, des bosselures irrégulières de dimensions va-
riées, formées par la substance corticale des reins restée in-
tacte. La surface des reins est sillonnée dans tous les sens par
des dépressions ou des espèces de scissures à fond grisâtre, oii
la substance corticale a disparu à-peu-près complètement, et
oîi elle a été remplacée par un tissu grisâtre cellulo-fibreux
très mince. D'autres fois, cette atrophie partielle de la substance
corticale se montre sous l'apparence d'une cicatrice, et il n'est
pas rare alors de trouver, ce qu'on voit également dans d'autres
cas d'atrophie de la substance corticale , un développement
considérable de très petits kystes dans la substance corticale
altérée. Ces atrophies , avec dégénérescences enkystées de la
substance corticale, peuvent être ou non consécutives à des
inflammations partielles de cette substance.
Quelquefois on ne découvre aucune cause qui ait pu déter-
miner cette espèce d'airophie ; mais d'autres fois, surtout chez
les chevaux , on voit qu'elle correspond à une altération par-
tielle de la substance lubuleuse, devenue rouge et imperméable.
J'ai également constaté, chez l'homme et les animaux , le rap-
port de certaines atrophies partielles avec une lésion fort re-
marquable de la substance tubuleuse. Les bouts de plusieurs
mamelons étaient aplatis et infaltrés d'une matière d'apparence
muqueuse ou colloïde, transparente,- elles parties de la substance
corticale qui correspondaient aux cônes de ces mamelons altérés,
ATROPHIE DES RKI^fS, /|65
étaient déprimées; on voyait, à la surface ilu rein, des îlots de
substance corticale disposés sur un fond grisâtre fibreux où la
substance corticale était complètement atrophiée (voy. I'Aïlas,
Pl. XXXV, fig. 6 et 7). J'ai figuré un rein de cochon, comme
un exemple remarquable de ces atrophies partielles de la sub-
stance corticale dans des points correspondans à la base des
cônes de la substance tubuleuse.
§ 821. L'atrophie d'un des reins, étant presque toujours ac-
compagnée d'un développement supplémentaire du rein du côté
opposé, ne donne lieu par elle-même à aucune altération de
la sécrétion urinaire appréciable pendant la vie, ni à aucun
symptôme particulier ; mais lorsque les deux reins sont atro-
phiés dans une étendue considérable, il en résulte, non-seule-
ment un dérangement de la sécrétion de l'urine, mais encore
des phénomènes particuliers qui, le plus souvent, dépendent
d'une afl'ection du système nerveux : des mouvemens convulsifs,
une sorte de tremblement, suivis de convulsions et enfin du
coma sont, de tous les phénomènes, ceux qu'on observe le plus
ordinairement.
Presque toujours l'apparition de ces phénomènes est le sym-
ptôme d'une mort prochaine, que quelques jours auparavant
il eût été impossible de prévoir.
Historique et observations particulières.
§822. Il existe dans la science une foule d'exemples à'atro-
phïes des reins, survenues à la suite des lésions les plus variées.
Bartholin (i) a trouvé les reins à peine aussi volumineux
qu'une châtaigne. Warthon (a) les a vus être seulement du poids
d'une drachme. Blaes (3) les a trouvés en suppuration, et ayant à
peine la dimension d'une noix de galle. Eustachi (4) a vu un des
(1) 'Khodii. Mantissa anal., ohs. xxvn,p. 2/5.
(2) Wartbon. Adenographia, p. 96.
(3) Blasii. Obs. medic, part, v, obs. vij, p. 73.
(4) Bondi. Sepidcr. anat., lib. 111, sect. xxil , obs, 16.
IH. 3o
466 ATROPHIE DES REIITS.
reins à peine aussi gros qu'un marron. Morgagni (i) a noté plu-
sieurs cas d'atropliie des reins, et dans l'un d'eux il a trouvé le
rein droit tellement petit, qu'il avait à peine la dimension de la
capsule surrénale j le gauche était plus grand qu'à l'ordinaire.
Timœus (2) a trouvé les deux reins très moMs, et à peine aussi
grands qu'une noix de galle. Clieston (3) rapporte que cliez uu
homme qui avait souffert de violentes douleurs dans la région
des reins , le rein droit , une fois aussi grand qu'à l'ordinaire ,
renfermait une pierre de onze drachmes , ayant exactement la
forme du bassinet et de l'entonnoir j et que le rein gauche, plus
petit de la moitié qu'à l'ordinaire , paraissait formé de deux
membranes avec une substance spongieuse intermédiaire ; état
qui pai-aissait être le résultat non d'une suppuration, mais
d'une simple atrophie de la substance du rein.
Delestang (4) a trouvé le rein droit d'un jeune homme de
aa ans, de la dimension d'un œuf d'oie; le gauche avait à peine
le volume d'un œuf de pigeon , etc.
Quelques exemples d'atrophie des reins indiqueront les prin-
cipales conditions dans lesquelles elle se développe,
§8a3. Atrophie par inégalité des artères, — On observe quel-
quefois une inégalité très grande dans le volume des deux
reins, c'est-à-dire une véritable atrophie de l'irn et une hyper-
trophie de l'autre, par suite d'une différence congénitale dans
le développement des deux_^artères rénales. Une femme, morte
de péritonite à l'hôpital de la Charité , m'a offert un exemple
remarquable de cette disposition (5). Le diamètre de l'artère
rénale du côté droit était d'un tiers plus considérable que ce-
lui de l'artère rénale du côté gauche ; le rein droit pesait six
onces et le rein gauche deux onces , de sorte que la différence
entre les poids des deux reins était plus considérable encore
(1) Morgagni. De sed. et caus. morb, Epist. XL, § 12. — Epist. xir, § a.
— Epist. XI,, § 22, 23, 24. — Epist. ur, § 2. — Epist. xuv, § i5.
(2) Cité par Lieotaud. Anal.~med,, obs. 1608, p. 3l5.
(3) Cheston. Patholog. Obs. and inquiries, p 26.
(4) Act. phys. medic, Hafn., t. 111, p. i3.
(5) J'ai £guré un cas analogue, Atlas, Pl. xxxvii, £g> i.
ATROPHIE DES REINS. 467
que celle qu'on observait entre les calibres des deux artères
n'aurait pu le faire supposer. La somme du poids des deux reins
fhuit onces) étant au reste celle qu'auraient fournie deux i-eins
d'une femme du même âge, il n'y avait réellement d'anomal
que le mode de répartition des substances rénales. Les scis-
sures qui rappellent la disposition primitivement lobée du
rein étaient peu marquées dans le rein droit hypertrophié; elles
étaient au contraire bien dessinées dans le rein gauche, qui
semblait avoir éprouvé un arrêt de développement. A la loupe,
les deux reins n'offraient que les différences qu'entraînent iné-
vitablement l'atrophie et l'hypertrophie de ces organes.
■ Plusieurs auteurs ont avancé que des hommes chez lesquels
.on avait trouvé les reins peu volumineux , s'étaient montrés
peu enclins aux plaisirs de l'amour. Les artères testiculaires
naissant des artères rénales, il se pourrait que dans un certain
nombre de cas on eût réellement observé (1) la coïncidence
d'un arrêt de développement des reins et des testicules.
§ 824. Atrophie par compression de dedans an dehors. —
L'atrophie d'un des reins est souvent la conséquence d'une ré-
tention d'urine ou de pus dans le bassinet et les calices (voyez :
Pyélite; hydhonéphrose) 5 rétention d'urine déterminée par
un obstacle au cours de l'urine.
Ob«. I. — Cancer de l'utérus; obturation plus ou moins complète de
l'extrémité vésicale de l'uretère gauche ; atrophie du rein corres-
pondant.
P. Popot, vermicellière, âgée de 4^ ans, entrée à l'hôpital
de la Charité, le 4 mars i838, a été réglée à l'âge de 11 ans
et demi , et a cessé de l'être , il y a 5 mois seulement. L'écou-
lement menstruel, qui n'a jamais duré plus de 2 à jours, a
toujours été plus ou moins irrégulicr dans son apparition. A
l'âge de n ans, cette femme est accouchée d'une fille. Depuis
(i) Timœus fait mention d'un baron suédois qui, pendant toute sa vie,
n'avait point eu de rapports ni de désirs sexuels, et chez lequel les reins
forent trouvés flasques et «i petits j qu'ils n'avaient que le volume d'une
noix de gland (lU). m, cas 8).
3o.
468 ATROPHIE DES REINS.
CCI accouchement , elle a éprouvé des douleurs liypogaslriques
qui ont nécessité à diverses reprises l'application des sangsues
aux parties génitales. Du reste , elle a été habituellement bien
portante , si ce n'est à l'âge de Sa ans , ou elle a été retenue au
lit pendant uu mois par des pertes utérines. Malade surtout
depuis un an , P. P. a éprouvé d'abord de vives douleurs dans
les reins et dans le bas-ventre, qui ont été combattues par une
nouvelle application de sangsues aux cuisses. Quelques jours
après, écoulement pendant i5 jours, par le vagin, de sang
moitié fluide, moitié en caillolsj deux saignées du bras. Des
perles utérines de i5 jours de durée se sont répétées chaque
mois. Depuis celte époque la malade a commencé à pâlir
et à dépérir, et bientôt elle a perdu toul-à-fait le sommeil.
Depuis 6 mois tout écoulement de sang a cessé et a fait place
à un écoule lient blanc rarement mêlé de stries sanguinolentes.
Ces pertes r uges oublanches n'ont jamais été fétides, et mainte-
nant encore elles sont sans odeur.
Depuis 4 à 5 mois la malade est obligée pour uriner de faire
eflbrt comme pour aller àlagarderobe. Elle urine peu à-la-fois,
mais souvent; et plus d'une fois ses urines ont été troubles et
sédiinenleuses. Jamais elles n'ont clé sanguinolentes ni chargées
de graviers. Depuis près de deux mois la malade éprouve une soif
.•irdente ([u'clle se garde bien de satisfaire complètement, afin
de s'épargner des excrétions urinaires trop fréquentes qui la
Faligueraienl.
Le 4 mars i838, face pâle, lèvres décolorées, chairs flasques.
Ala carotide droite, bruit de souffle, pouls petit, facilement dé-
pressible (-6 pulsations par minute), constipation habituelle ;
douleur à l'hypogastre, où l'on sent une tumeur, grosse comme
une petite orange, col utérin très abaissé, béant et surmonté
de saillies dures, comme squirrheuses. Après le toucher, écou-
lement de sérosité purulente, mêlée de quelques stries san-
guines.
Les urines, claires comme de l'eau de roche, d'une assez faible
pesanteur spécifique (ion) , neutres au moment de l'émission ,
ne laissent déposer ni sels, ni mucus par le refroidissement.
Elles ne sont troublées ni parla chaleur, ni par l'acide nitrique
ATROPHIE DES REINS. 4%
{Tisane de chiendent nitrée; 24 grains de carbonate de fer ; ca-
taplasmes sur le ventre,- injections ; lavemens èmoUiens).
Le 3o , petite quantité de liquide dans le péritoine et d'œdèma
autour des malléoles. Les urines toujours claires et sans nuage,
même long-temps après l'émission, traitées de nouveau par ïa
. chaleur et l'acide nitrique, prennent une légère teinte opaline,
1 Les jours suivans l'œdème fait des progrès aux jambes , aux
< cuisses; puis la face devient bouffie , enfin les extrémités su-
: périeures elles-mêmes s'œdématient. La faiblesse augmente
c chaquejour. La malade s'éteint Iei6avrilà dixheures du matin.
Autoi)sic du cadavre, vingt-quatre heures après la mort.
État extérieur. Infiltration générale.
Tête. Le cerveau et ses membranes ne présentent aucune
altération.
Poitrine. Adhérences pleuréliques anciennes au-devant et
; sur les côtés des poumons, qui sont engoués de sang et de sé»
rosité à leur partie inférieure et postérieure. Bronches saines.
Cœur sain. Le péricarde contient près de deux onces de séro-
; site citrine.
Abdomen. Le péritoine est pâle et contient près d'un demi-
' litre de sérosité citrine , sans mélange de fausses membranes.
Le foie, d'une consistance et d'un volume ordinaires, offre une
coloration brun jaunâtre. La rate est d'un rouge pâle, et sans
altération.
L'estomac et la partie supérieure de l'intestin grêle sont sains.
L'extrémité inférieure du rectum est comprimée de droite à
gauche par un noyau squirrheux, irrégulier, enchatonné dans
le tissu cellulaire et les aponévroses du petit bassin. La coin-
pression exercée par cette tumeur est telle que l'intestin permet
difficilement l'introduction du doigt indicateur.
Les ganglions mésenlériques, gros comme des avelines, sont
durs, blanchâtres, et d'une consistance squirrheuse. Le petit
bassin est presque rempli par la matrice, les ovaires et le tissu
' cellulaire induré qui entoure ces organes. Les uretères sont
dilatés et distendus par l'urine. Le rein droit, une fois plus vo-
lumineux qu'il ne devrait être, est d'un jaune pâle, et très ferme,
I et il pèse sept onces; son bassinet est assez dilaté pour admettre
ATROPHIE DES REINS.
un œuf de poule. L'uretère a le volume du doigt indicateur
La substance corticale et la substance tubuleuse sont également
hypertrophiées. La surface de la première est bosselée et parse-
mée de quelques petits kystes urinaires.
Le rein gauche a à peine la moitié du volume du rein droit-
il est surmonté de bosselures et de quelques kystes. Ses deux
substances sont considérablement atrophiées. La substance
corticale a une demi-ligne d'épaisseur au plus, au niveau de
la base des cônes. Ceux-ci sont tous plus ou moins aplatis de
leur sommet à leur base, et le tissu de plusieurs offre une ra-
réfaction remarquable. Les calices sont larges à pouvoir lo-
ger des noisettes. L'uretère de ce côté est un peu plus volumi-
neux que celui du côté opposé. Ces deux conduits adhèrent sur
les côtés de la matrice et à la partie postérieure de la vessie au
moyen d'un tissu cellulaire induré. La vessie est saine, excepté
dans un point de sa partie postérieure oii elle adhère à l'utérus.
L'extrémité inférieure de l'uretère du côté droit, comprise entre
l'utérus et la vessie, et le noyau squirrheux, est tortueuse et
rélrécie en quelques points, de telle sorte qu'à travers ce canal
l'urine ne s'écoule que goutte à goutte. L'extrémité vésicale de
l'uretère du côté gauche est remplie , dans l'espace de deux
pouces, par un bouchon de nature squirrheuse.
L'uiine contenue dans l'uretère bouché, examinée compara-
tivement avec celle qui s'est accumulée dans l'uretère impar-
faitement obturé , a été trouvée plus albumineuse. Èlle conte-
nait aussi une plus grande proportion de globules purulens.
La matrice, grosse comme une pomme, est squirrheuse. Le
col de l'utérus est presque complètement détruit par une ulcé-
ration, de la surface de laquelle on fait suinter par la pression
une matière ramollie. La membrane muqueuse du vagin, épais-
sie auprès de cette altération, offre à sa surface quelques gra-
nulations miliaires, blanches, qui paraissent être des cryptes
muqueuses hypertrophiées et dégénérées.
§ 825. J'ai vu plusieurs cas dans lesquels la dilatation de Pu-
reière, provenant du rein atrophié, était l'indice de l'existence
antérieure d'un obstacle au cours de l'urine qui n'existait plus, i
I
ATROPHIE DES REINS.
Obs. II. — Dilatation de l'uretère et atrophie du rein droit, sans hypertro-
phie du rein gauche; adliérences du péricarde au cœur; traces de pleuré-
sies anciennes dans les deux plèvres; épanchement de sérosité roussâtre
dans la plèvre droite; granulations, adhérences du péritoine; épanchement
séreux.
Delecole, âgée de 34 ans, ouvrière en linge, entra le m
avril i836 , à l'hôpital de la Charité.
Cette femme, d'un teint pâle , d'une constitution débilitée^
se dit malade depuis trois mois. Elle n'a jamais eu de dartres
etassuren'avoir jamais éprouvé d'accidens du côté desreins, (i)
II y a un épanchement séreux dans le ventre, et le niveau du
liquide dépasse l'ombilic. Depuis un mois la malade s'est aper-
çue du développement graduel de l'abdomen. En même temps,
il y avait vomissemens verdâtres et douleurs dans le ventre ,
exaspérées par la pression (symptômes qui persistent). On re-
cherche la cause de l'hydropisie, on ne la trouve ni dans le foie,
ni dans le cœur (2), qui, limité par la percussion, ne dépasse pas
ses bornes ordinaires, ni dans aucune compression des veines.
Il n'y a pas de tumeur dans l'abdomen, l'urine n'est point
albumin'euse, et ne donne point de sédiment briquelé; on rat-
tache l'ascite à une péritonite chronique. Les parois thoraciques,
en arrière , sont raattes des deux côtés , et la respiration s'en-
tend faiblement. Les accidens augmentent, les douleurs et les
vomissemens prennent plus de fréquence et d'intensité ; le
liquide distend le ventre chaque jour davantage; les extrémités
inférieures s'infiltrent. Mort le 17 mai.
Autopsie du cadavre. — Tête, le cerveau n'a pas été examiné.
Poitrine. La plèvre droite contient un litre et demi de sérosité
roussâtre; elle est épaissie et parsemée de plaques rouges. La
plèvre pulmonaire a une épaisseur considérable , mais n'a
(i) L'atrophie du rein droit et surtout la dilatation de l'uretère du même
c6tc, constatées après la mort, ne peuvent guère être expliquées cependant
que par un obstacle d'une assez longue durée an passage de l'urine de l'u-
retère dans la vessie. Les accidens occasionés par cet obstacle auront eu lien
probablement dans les premières années de la vie.
(a) L'autopsie démontra cependant qu'il y avait une ancienne péricardilc.
472 ATROPHIE DES REINS.
d'adhérence qu'avec le diaphragme. Le poumon a considéra-
blemenl diminué de volume , les lobes moyen et inférieur sont
très affaissés. Le tissu pulmonaire est condensé; quand il est
incisé, les orifices comprimés des bronches forment non plus de
petits cercles, mais des stries blanchâtres très rapprochés les
unes des autres au milieu d'un tissu rouge violacé. La coupe
du lobe supérieur du poumon offre le même aspect, mais à un
degré moindre; le tissu en est moins condensé.
Il n'y a pas de liquide dans la plèvre gauche, mais on y re-
marque de nombreuses adhéreacès en haut et en avant. Les
bronches sont remplies d'un liquide spumeux. La masse du
poumon est refoulée par le liquide contenu dans l'abdomen.
Le péricarde adhère au cœur dans toute l'étendue de sa sur-
face. Les valvules du cœur ne sont point altérées; le ventricule
gauche offre une hypertrophie concentrique; ses parois ont
cinq à six lignes d'épaisseur, et dans sa cavité on ne peut intro-
duire le doigt. Le ventricule droit a également beaucoup di-
minué de capacité , mais sans épaississement de ses parois.
L'abdomen contient 7 à 8 pintes d'une sérosité roussatre,
limpide. Le péritoine pariétal est criblé de petites granulations
surtout dans le petit bassin. Le foie est recouvert, à sa partie
supérieure, de fausses membranes; sur son bord convexe, on
trouve une petite masse cartilagineuse irrégulière au centre de
laquelle existe une petite ostéide. Le tissu du foie, d'une teinte
très foncée, est très humide, et sa consistance est légèrement
diminuée.
Le rein gauche et l'urelère gauche ne présentent rien de re-
marquable. Mais lé rein droit est aplati, atrophié et réduit «m
volume d'une omant^e. Après l'avoir incisé, on reconnaît que
l'atrophie a porté sur ses deux substances; le bassinet est large,
et les mamelons sont légèrement affaissés. L'uretère droit,
dilaté , d'un volume au moins double de celui du côlé opposé ,
surtout dans sa partie supérieure , n'offrait, dans toute sa lon-
gueur, ni rétrécissement , ni obstacle d'autre nature au cours
des urines. La vessie était saine, et la communication avec les
deux uretères était parfaitement libre.
§ 826. Je cite l'observation suivante non-seulement comme
Ji
ATROPHIE DES REINS. 4?^
un exemple d'atrophie d'un des reins , déterminée par le déve-
loppement éHwi calcul dans le bassinet , mais encore comme un
cas d'hydropisie lié au dérangement de la sécrétion urinaire.
Les deux capsules surrénales avaient leur volume ordinaire.
Obs. III. — Atroi»Uie du rein consécutive à des calculs rénaux; graisse au-
tour du bassinet (observ. communiquée par M. Legroux).
Madame B...., âgée de 60 ans, d'une constitution sèche et
nerveuse, a toujours été sujette à des spasmes, des défaillan-
ces, bien que sa santé fût, du reste, assez bonne. Hy a i5 ou
20 ans , elle a éprouvé des douleurs dans le flanc gauche ; dou-
: leurs auxquelles son père et plusieurs membres de sa famille
} avaient, dit-elle, été sujets. Depuis lors, ces douleurs ont sensi-
1 bïement diminuées, mais elles n'ont point cessé, et de temps en
I temps ont présenté quelques exacerbations. Appelé près de
. cette dame, au mois de mai dernier (1837), M. le docteur Le-
; groux la trouva atteinte d'un œdème considérable des extrémités
inférieures; la peau était pâle, et conservait l'impression du
. doigt. La malade, sujette à des rhumes assez fréquens, à de la
i dyspnée, dépendant d'un emphysème pulmonaire , se plaignait
1 de palpitations ; les batlemens du cœur étaient assez forts. On
sentait, dans le flanc gauche, une tumeur dure, en apparence
« du volume d'un œuf d'autruche. L'urine était remarquable par
i sa transparence et par une sorte d'onctuosité ; soumise à l'ébul-
lition, elle donnait un précipité abondant, blanc et grumuleux.
Le traitement a consisté, pendant trois mois, dans l'adminis-
t tralion de diurétiques, de purgatifs doux, qui ont paru produire
) une diminution notable de l'œdème, sans jamais changer la
I nature de l'urine. Une circonstance remarquable , c'est que
i les aéperges , dont cette dame faisait un usage abondant , n'ont
j jamais communiqué la plus légère odeur à l'urine. Des affec-
! lions catarrhales , intercurrentes, ont , plusieurs fois, obligé de
I recoui ir à de légères émissions sanguines , qui ont toujours été
I suivies d'une diminution de l'œdème des extrémités. Une pleu-
» résie survenue à la fin du mois de juillet a résisté au traitement
I antiphlogistique et contre-stimulant , et la malade a succombé
He 2 août. Durant le cours de celte dernière maladie , l'urine
474 ATROPHIE DES REINS.
soumise à l'ébuUition fournissait un précipité grumeleux beau-
coup plus abondant.
Autopsie du cadavve faite a4 heures après la mort : Infil-
tration des extrémités inférieures ; épanchement considérable
de sérosité citrine dans le côté gauche de la poitrine. Pseudo-
membranes récentes tapissant la plèvre , qui est vivement
piquetée de rouge; poumon affaissé, à peine crépitant, of-
frant quelques foyers d'engorgement sanguin ; épanchement
de sérosité, peu abondant, avec fausses membranes, dansla
plèvre droite; poumon emphysémateux; cœur un peu volu-
mineux , mais sans déformation ; exsudation pseudo-mem-
braneuse à la partie supérieure du péritoine , surtout à la sur-
face du foie; quelques verres de sérosité dans l'abdomen;
foie hypérémié, friable. Rein droit hypertrophié, doublé de
volume ; la substance corticale a la couleur du café au lait
clair. La substance tubuleuse, un peu moins décolorée ; le
tissu est friable et facile à écraser par une légère pression. La
capsule fibreuse peut être facilement détachée.
Le rein gauche est remplacé par une masse jaune , grais-
seuse à l'extérieur, et du volume d'un œuf d'autruche, en-
veloppée par une couche cellulaire. Sa partie centrale, à la
loupe, paraît formée par une substance fibreuse, et graisseuse,
traversée par plusieurs tuyaux (calices) qui convergent vers une
cavité centrale (le bassinet). Les substances rénales ont com-
plètement disparu. La plus grande partie de la tumeur esj
formée par de la graisse dont les lobes sont séparés par des
lames cellulo-fibreuses qui vont se perdre dans un cordon
fibreux central. Un calcul, brun à l'extérieur, dur, rugueux
en plusieurs points, du volume et de la forme d'un doigt à
demi fléchi , occupe le bassinet et bouche en partie l'orifice
de l'uretère. D'autres petits calculs existent dans divers points
des calices. La vessie saine; l'appareil digestif sain.
§ 827. Atrophie des reins par une compression extèneure. —
Les exemples d'atrophie des reins par une semblable cause
sont assez rares. Toutefois j'ai vu une tumeur cancéreuse dé-
veloppée dans la scissure du rein (voy. cancer deskeins) , la
capsule surrénale transformée en une tumeur considérable
ATROPHIE DES REINS.
(voy. Maladies des capsules surrénales) et un large abcès
lombaire, déformer le rein correspondant , l'aplatir et l'atro-
phier à un degré plus ou moins considérable.
§ 8a8. Enfin, il est des atrophies des reins, sans traces de lé-
sions rénales, sans dilatation des uretères ^ sans indices d'un
obstacle antérieur au cours de l'urine, et sans compression ex-
térieure de ces organes.
Obs. IV. Atropine du rein droit; kystes dans le rein gauche, catarrhe
bronchique; ép.mcLement pleurélique; ossification des valvules aortiques;
masses cancéreuses dans le foie; dégénérescence squirrheuse du pan-
créas. '
■ CTn vieillard, âgé de 84 ans, nommé Markotty, ancien auber-
giste, entra à l'hôpital de la Charité (i833) dans un état de
maigreur très grande. Ses jambes étaient infiltrées, et depuis
long-temps il était afFecté d'un dévoieraent abondant qui l'avait
jeté dans un état de faiblesse extrême. Depuis xtn grand nom-
byre d'années il toussait et il expectorait beaucoup. Le pouls,
peu développé, était irrégulier, intermittent; les battemens
du cœur s^'entendaient à peine, et présentaient aussi de l'irré-
gularité ; le bruit respiratoire était difficilement perçu des deux
côtés de la poitrine, surtout du côté gauche. Le dévotement,
très abondant {décoction Manche; potion gommeuse).
Le lendemain, à-peu-près même état au moment de la visitej
mais peu de temps après la respiration devint beaucoup plus
pénible; l'expectoration cessa presque entièrement} le côté
gauche de la poitrine devint mat.
Le jour suivant, la respiration était encore plus pénible j
l'expectoration avait tout-à-coup cessé; on entendait du râle
trachéal ; le pouls était petit et irrégulier, fréquent; le côté
gauche de la poitrine rendait un son tout-à-fait mat j mort
dans la nuit.
\J autopsie du cadavre eut lieu trente-six heures après la mort.
La surface interne des bronches était un peu injectée ; les deux
poumons étaient sains. Celui du côté gauche était refoulé
contre la colonne vertébrale par un épancheraent d'au moins
un litre de sérosité trouble, dans laquelle nageaient des
HYDIlONliPHROSi;.
flocons fibrineux ; d'autres adhéraient aux parties costale et
pulmonaire de la plèvre. 11 y avait quelques onces de liquide
dans la plèvre droite. Les valvules sigmoïdes présentaient
une ossification commençante; le ventricule gauche n'était ni
dilaté, ni hypertrophié d'une manière notable. Il y avait
dans le foie sept à huit masses cancéreuses du volume d'un
marron, d'une consistance ferme. Les voies biliaires étaient
saines; le pancréas était dégénéré en un tissu dur, lardacé,
résistant au scalpel; la membrane muqueuse de l'estomac, un
peu ramollie, se détachait facilement des membranes sous-ja-
centes. Le reste du canal intestinal était sans lésion appré-
ciable.
Le rein droit n'avait pas la huitième partie de son volume
ordinaire; sa couleur, sa consistance étaient les mêmes que
celles de l'autre rein; sa forme était bien conservée, quoiqu'il
fût un peulobulé à sa surface. Le calibre de l'artère rénale était
à-peu-près égal à celui de l'artère du rein du côté opposé ; dis-
position assez ordinaire dans le cas d'atrophies non congéni-
tales et consécutives à diverses lésions rénales ; l'uretère qui
en dépendait, était sain et libre comme celui du côté opposé.
Le rein gauche, de volume normal , présentait à sa surface sept
ou huit kystes séreux, de couleur jaune ou rougeâtre.
Hydronéphrose.
§ 82g. Lorsque l'urine s'accn'mule lentementdaus lesreins,à la
suite d'un obstacle apport'é- ii»son passage dans la vessie, ou à
son expulsion au dehors, ^oit p^r un-corps étranger , soit par un
vice de conformaîiôn, îl arrivé •ÇftiÈtquefois que les calices et le
bassinet se dilatent, sans que léurs pajrois s'enflamment sensi-
blement. Ces collections d'une quantité plus ou moins consi-
dérable d'un liquide primitivem"ent ûrineux, ej. plus tard d'ap-
parence séreuse, dans le bassinet et les calites distendus et non
enflammés, ont été désignées sôus Icnom à'hydropisie du
rein, à! hydrorènale distension. ^'
"Des corps étrangers, libres dans la cavilg des coij^uits urN-
naires (calculs, hydatides ) ; l'épaississeraent ou 16 gonflement
IIYDRONÉPHROSE. 4??
des parois de ces conduits; des tumeurs saillantes dans leur
intérieur; des brides vasculaires ; l'oblitération ou le rétrécis-
sement organique de ces canaux ; des tumeurs ou des brides
situées sur leur trajet, ou d'autres dispositions anomales des
parties voisines ; la rétention prolongée et habituelle de l'urine
dans la vessie et toutes les causes qui peuvent la produire;
enfin tout obstacle au passage de l'urine des calices dans le
bassinet, du bassinet dans l'uretère, de l'uretère dans la vessie,
donnant lieu à une rétention complète ou incomplète de l'u-
rine dans un des reins ou dans tous les deux, tous ces états,
dis-je, peuvent amener le développement d'une hydrouéphrose
partielle ou générale d'un ou de ces deux organes.
Lorsque l'obstacle au cours de l'urine existe dans l'uretère
ou dans la vessie , l'hydrorénale distension se dessine parfois
au-dedans de la scissure du rein sous la forme d'une tumeur
sphéroïde plus ou moins considérable , dont les parois sont
formées par le bassinet dilaté. Le rein, refoulé et comprimé de
dedans en dehors, diminué de volume, coiffe la tumeur comme
une espèce de casque, et présente ordinairement à sa surface
un certain nombre de bosselures (Atlas, Pl. xxii, fig. 4 et 5).
Chez l'homme, le plus souvent cependant, l'hydrorénale dis-
tension s'opère à-la-fois dans le bassinet et les calices; le plus
souvent aussi elle est générale. Au début, dans les cas les plus
simples, la dilatation estlégère,,et porte spécialement sur les pa-
rois du bassinet. A ce degré commençant, le tissu du rein offre
au toucher sa résistance normale; plus lard, la surface de cet
organe devient bosselée, et, sur ces éraiçiences, le rein paraît
mou et fluctuant sous les doigts; plus.tard*encore , ces bosse-
lures, produites par la dilatatio,n et la distension des calices et
l'atrophie de la substan,ce rénale correspondante, deviennent
plus prononcées : le rein acquiert surtout en quelques points
la mollesse d'un kyste rempli par un liquide. Le plus souvent
aussi le bassinet et,l§ commencement de l'uretère distendus
et considérablement augmentés de volume, forment au-dedans
de la scissure des reujs une tumeur pyriforme dont la pointe
est en bas (Aii^AS,^!. xxiv, fig. i, 3 et 5). Dans d'autres cas,
au conlraire7 on a^vu , par suite d'une semblable distension ;
478 HYDKONÉPHROSE.
un des reins acquérir une dimension monstrueuse ( Atlas ,
Pl. XXI , fig- I ; pl- xn , fig. I ) , ou même les deux reins trans-
formés en deux énormes poches , à la surface desquelles on
remarquait des îlots de substance rénale ( Atlas , Pl. xxxm
fig. !)•
Dans l'hydronéphrose , les bosselures sont généralement en
rapport , pour leur dimension , avec le degré de l'hjdrorénale
distension. Lorsqu'on a divisé les reins de leur bord convexe à
leur scissure, ils offrent intérieurement des apparences qui va-
rient suivant le degré de la distension. Lorsqu'elle est légère,
on trouve le bassinet dilaté , les saillies des mamelons plus ou
moins affaissées ; chaque calice paraît devenir plus long et
prendre la forme d'un entonnoir, par suite de l'élargissement
de sa base. D'abord aplatie par la pression du liquide, la sur-
face des mamelons, reconnaissable à des stries rouges, conver-
gentes, devient concave (Atlas, Pl. xxiv, fig. 1 et 6; Pl. xxii,
fig. 2 et 3) et un peu rude au toucher, surtout sur les parties
centrales, qui présentent une légère dépression. A un degré
plus avancé, le calice dilaté et la surface déprimée des mame-
lons forment de véritables poches, simulent des cavernes dont
les ouvertures, quelquefois assez étroites, ont ordinairement
une assez grande dimension (Atlas, Pl. xxiv, fig. 5 ; Pl. xxu,
fig. I, a et 3). Ces petites cavernes excentriques ne communi-
quent point les unes avec les autres et aboutissent , toutes par
leur ouverture, dans une cavité membraneuse, centrale, beau-
coup plus grande , formée par le bassinet dilaté , avec lequel
elles se continuent et semblent quelquefois se confondre ,
lorsque la distension est considérable. Dans les légères dilata-
tions, lorsqu'on ouvre le bassinet, on aperçoit une série de
trous arrondis, disposés irrégulièrement, mais en général deux
k deux. La dimension de ces trous est très variable ; ceux de
l'extrémité des reins sont, en général, plus grands que les
autres, et présentent cela de remarquable, que le fond de leur
cavité ( que l'on voit beaucoup mieux que celui des autres , à
cause de la plus grande dimension de leur ouverture) présente
une sorte de croix blanche produite par des prolongemens de
la membrane des bassinets, laquelle sépare les cônes raul-
HYDRONIÉPHROSE. 479
liples qui forment le fond de ces poches. Plus tard, les ouver-
tures de ces poches s'élargissent encore et se rapprochent de
plus en plus du fond de ces petites cavités, La surface des
mamelons blanchit , et on ne la reconnaît plus qu'à sa forme
arrondie et à un léger rebord formé par l'insertion de la
membrane du bassinet à sqn pourtour. Je me borne à faire
remarquer ici que, la diminution de la profondeur des poches
formées par la distension des calices et par l'élargissement
des ouvertures qui les font communiquer dans le bassinet,
coïncidant avec l'augmentation de volume du rein dilaté, il
l"! en résulte qu'on aurait d'autant plus de chances de pénétrer
facilement dans la cavité du bassinet et d'en extraire un corps
étranger, que la tumeur formée par une hydronéphrose, serait
plus considérable.
Le bassinet dilaté, coupé et étendu sur une table , présenté
; une infinité de plis à cause de sa dilatation sphérique (Atlas
'Pl. XXIV, fig. I, fig. 3. Pl. XXII, fig. I. Pl. xxiii, fig. I et 3).
^Sa couleur est presque toujours d'un blanc pur, opaque;
quelquefois aussi il offre des lignes comme nacrées , et l'on
n'aperçoit presque jamais, dans son épaisseur, de vaisseaux
sanguins.
Les substances tubuleuse et corticale des reins, comprimées
Ide dedans en dehors, sont tantôt atrophiées de leur scissure
f'Vers leur bord convexe , et à tel point que j'ai vu des reins
1 d'enfant qui n'avaient plus que le volume d'une fève ou d'un
I haricot, et des reins d'adulte qui, dépouillés de leurs mem-
>branes, ne pesaient que deux onces ; et dans d'autres cas oii
l'atrophie s'était faite dans tous les sens, il ne restait des sub-
Mstances tubuleuse et corticale que de légers îlots disséminés
nsiir la tumeur j dans tous ces cas les vaisseaux des reins étaient
thitn développés et hors de proportion avec les substances ré-
(tziflles, dont Tatrophie était consécutive et non originelle.
Après une hydronéphrose, les membranes fibreuses et cel-
iluleuses des reins peuvent éprouver diverses altérations. Quant
k la nature du liquide contenu dans le bassinet et les calices
k-dilatés, elle varie suivant que la tumeur est ancienne ou ré-
nccnte, que l'obstacle au cours de l'urine a été complet ou in-
4Bo HYORONKPnROSJ:.
complet, etc. Dans tous les cas, j'ai reconnu, dans ce liquide
de l'urée, et une quantité notable d'albumine, lorsque l'hydro-
néphrose était ancienne ; c'était , au contraire, de l'urine à-peu-
près semblable à celle qui était contenue dans la vessie , lorsque
le passage de ce liquide provenant du rein affecté n'était pas
complètement intercepté , et qu'il n'existait point d'inflamma-
tion du bassinet. A celte occasion je crois devoir faire remar-
quer que l'hydronéphrose diffère, par des caractères essen-
tiels , des distensions rénales purulentes qu'on observe dans
lespyélites simples ou calculeuses (Voyez : Pr élite).
Les goulots des calices et leur ouverture dans le bassinet
peuvent être obstrués ou oblitérés, et donner lieu aussi à des
dilatations, à des hydronépbroses partielles, ou à des espèces
de kystes ttr inaires (A.ïlas, Pl. xxv, fig. 3, 4). Celte altération,
qui est très rare chez l'homme, est très commune chez le bœuf
(Atlas, Pl.xxx, fig. 6, 7 et 8).
Dans la majorité des cas, les kystes lobulaires des reins de
cet animal ont celte origine. Ils sont susceptibles d'un très
grand développement, car je les ai vus égaler et même surpasser
en volume la tête d'un enfant. Chez l'homme , comme chez le
bœuf, ces kystes contiennent de l'urine plus ou moins altérée,
et quelquefois des calculs; quelques-uns de ces kystes commu-
niquent avec le bassinet par une petite ouverture , à travers
laquelle on peut introduire une soie de cochon. A l'aide d'une
légère pression , on peut faire passer le liquide qu'ils contien-
nent, dans le bassinet , et il est facile ensuite de les distendre
en insufiSant de l'air dans la cavité de ce dernier. D'autres
poches urinaires dont l'orifice pelvien est complètement obli-
téré, ne communiquent plus avec le bassinet. Alors l'origine
de ces poches ou de ces kystes est décélée par 1 a natureuri-
neuse du liquide qu'ils enferment, par leur continuité avec le
bassinet qui s'insère à leui's parois, et, dans leur inlérieur,
par un petit point mat, ou un léger repli qui correspond à l'o-
bliléralion de l'orifice du calice dans le bassinet.
Chez le bœuf, le bout des mamelons présente une excavation
quelquefois assez considérable , qui n'existe normalement chez
l'homme qu'à l'état rudimentaire. Chez le bœuf, l'obstruction
IIYDROKlïPHROSE. 4^1
de celle ouverture par des graviers, s'observe lorl souvent ;
dans les cas les plus simples , cette petite excavation est remplie
par un gravier qui l'ait saillie daus le goulot du calice. Dans
un état plus avancé, cette espèce de lacune distendue en
forme de caverne, contient plusieurs petits calculs, mais elle
communique encore avec le calice. Dans un état plus avancé ,
la poche s'est agrandie, les calculs sont plus nombreux, ou
la quantité de l'urine contenue est plus considérable, et l'o-
rifice de communication avec le bassinet admet à peine la tête
d'une épingle ; enfin, mais plus rarement, la cavité est com-
plètement fermée, et l'orifice de communication avec le calice
est clos par une membrane blanchâtre d'une assez grande
épaisseur. Ces kystes ou ces poches urinaires ou calculeuses
développées dans la substance tubuleuse sont très rares chez
l'homme. J'en ai fait figurer un exemple (Atlas, Pl. xxv, fig. 5).
Dans un autre cas, une poche calculeuse qui avait affaissé un
mamelon^ communiquait par une très petite ouverture dans
un calice avec lequel elle se continuait (Atlas, Pl. xxv, fig. 8).
On observe bien rarement de petits kystes urinaires et cal-
culeux dans la substance corticale ; j'en ai fait figurer un
exemple (Atlas, Pl. xxv, fig. 7).
§ 83o. Lorsqu'un des reins est seul atteint d'hydronéphrose
(hydronéphrose simple), l'existence de celte maladie ne peut
être reconnue qu'au moment ou une tumeur molle et fluctuante,
appréciable au toucher, apparaît dans la région rénale.
Les individus atteints d'hydronéphrose d'tin des reins ont
souvent commencé par éprouver des douleurs plus ou moins
vives dans la région lombaire correspondante; quelquefois les
douleurs ne se sont pas bornées à cette région et elles se sont
étendues dans d'autres parties de l'abdomen. Toutefois les
symptômes qui précèdent l'accumulation de l'urine et d'une
humeur muqueuse dans le bassinet et les calices dilatés, peuvent
être aussi variés que les causes qui sont susceptibles d'apporter
obstacle au cours des ui'ines. Quant à la tumeur rénale, elle est
ordinairement indolente, et le volume en peut varier entre celui
du poing et celui de l'utérus, tel qu'il est dans les derniers
mois de la grossesse. On peut généralement limiter.assez exac
III. 3r
4^2 HYDRONÉPHROSE.
leinent l'étendue et les dimensions de la tumeur à l'aide de la
percussion. La région lombaire reste toujours plus ou moins
bombée , lorsque les malades sont assis ou placés liorizontale-
ment , à quatre pattes. Au toucher cette turaeut- paraît bosselée
comme un gros intestin distendu. Le liquide qu'on trouve dans
la tumeur après la mort, ou qui en sort à la suite d'une ponc-
tion, b'a jamais les qualités de l'urine saine, même dans les
cas cil la maladie résulte de l'oblitération des conduits urinai-
reé; mais ce liquide contient toujours de l'urée. Quant à l'uriné
rendue pendant la vie, elle est le plus souvent saine, à moins
qu'elle ne reçoive des caractères particuliers d'une diatbèsê,
le rein sain suppléant le rèiii malade dans sa fonction. Un des
reins peut même être transformé en une énorme poche , sans
qu'il en résulte le plus léger dérangement dans les principales
fonctions et dans la santé générale. Mais la mort peut survenir
en peu de temps, lorsque la sécrétion ou l'excrétion de l'ùrinè
vient à être suspendue, pendant un ou plusieurs jours, dans le
rein sain.
5 83i. Dans le cas d'hydronépbrose double, la maladie ne
pèut étl'e reconnue qu'autant que les tumeurs résultant de la
dilatation des bassinets et des calices ont acquis des dimensions
assez considérables pour être appréciées à la percussion des
hypocliondres et des lombes, ou bien au toucher lorsqu'elles
débordent le bord libre dés fausses côtes. Il m'est arrivé dans
un cas (Obs. iV), de ne reconnaîlré qUe l'une des tumeurs vé-
nales, l'aulre étant restée cacliée, en très grande partie au
Moins, dans l'Iiypochondre droit.
Dé semblables tumeurs ne peuvent être confondues par leur
forme qu'avec celles qui résultent des kystes des reins, de l'ac-
cùmulalion du pus ou du sang dans le bassinet et les calices
dilatés; mais dans l'inflammation du bassinet l'urine est tou-
jôiirs plus ou moins chargée de pus, à moins que toute commu-
nication soit interceptée entre le bassinet enflamme et la vessie,
ee qui n'est pas le cas le plus ordinaire. D'ailleurs dans la
pyélile la tumeur est presque toujours douloureuse, et le plus
souvent elle est indolente dans l'hydronéphrose. Dans les der-
niers temps de l'hydropisie des i'eins, l'urine muqueuse et légè-
HYDRONÉPHROSE. 483
rement filante , rendue par le malade , est bien distincte de
Turine purulente ou de l'urine sanguinolente et purulente de
la pyélite chronique; de sorte qu'après un examen attentif il
sera toujours possible de distinguer ces deux espèces de tu-
meurs rénales.
Quant aux caractères qui distinguent les bydronépbroses
des autres tumeurs des régions rénales, on pourra se guider
d'après les remarques que j'ai déjà faites à l'occasion des pyé-
lites avec tumeur, et qu'il serait superflu de reproduire ici.
Il me suffira de rappeler que des cas d'iiydronéphrose ont été
) pris, pendant la vie, pour des cas de grosseâse ou d'hydro-
> pisie de l'ovaire (i).
Dans un cas d'hydronépbrose , la poche formée par le bas-
i sinet et les calculs distendus peut, sur un ou plusieurs points
i devenir le siège d'une inflammation intercurrente, d'une vé-
; rilable pyélite, annoncée par des frissons irréguliers, par de
la fièvre et des douleurs plus ou moins vives dans la tumeur;
i.mais je ne connais pas d'exemph, d'hydronépbrose terminée
par une fistule communiquant avec l'intestin, ainsi que cela
s'est vu un assez grand nombre de fois à la suite des pyélites
(Voyez : Fistules rénales).
5 83i. Dans un cas d'hydronépbrose à'nn des reins , ce qui
■ constitue le danger, ce qui le rend nul ou imminent, c'est la
chance plus ou moins éloignée ou plus ou moins procbaincd'uné
obstruction de l'uretère dit côté opposé, ou de l'inflamma-
ilion du rein du tôté opposé dont les fonctions sont régaliè"
tres. Chez un malade cité par Kœnig, rafl"ection du rein durait
' depuis 25 ans; chez M. V. (Obs. ii) les premiers accidens s'é-
taient déclarés près de 5o ans avant la mort, qui fui détermi-
née pa-r un calcul engagé dans l'uretère du côté opposé.
^l) Dans uu cas rapporté dans VHisloive de V Académie des sciences
1(1732, n. 7, p. 3a, 7' ol)5. d'un cliapitrc intitulé : Observations a?ialoniiques),
•Dne tumeur rénale pesant 35 livres, située dans le flanc gauclic et l'iiypogas-
»tre, fut prise pour un utérus. Dans l'exemple rapporte par Johnson , on prit
lia tumeur formée par le rein pour nnc hjdropisie de l'ovaire, et dans le cas
i*apportépar Howisou la maladie était coosidérét: comme nue affection tpas-
tnodiqtte de l'intfstin,
3i.
4^4 HYDllOINKPHKOSi;,
Dans l'Iiydroni'ipliroso dtithLc, lo danf^er esl proj^oriioiiué au
degii! d'nlrophie des sul)slauces réuales. Tous Jes cas sont plus
ou moins rapidement mortels; les malades ne s'alitent ordi-
uairenient que peu de jours avant la mort, qui a lieu le plus
souvent d'une manière aussi rapide qu'imprévue.
Un nouveau -né atteint d'une double hydronéplirose n'est
pas viable.
§ 833. Dans le traitement de l'hydronéphrose, il faut recher-
cher la cause de l'obstruction de l'uretère; et, si cette obstruc-
tion paraît due à un calcul et que par l'examen de l'urine et à
l'aide d'autres renseignenieus, on parvienne à connaîlrela nature
du calcul, on cherchera à le ramollir ou à en opérer la dissolution.
Ensuite on éloignera autant que possible toutes les causes qui
pourraient euilammer la poche rénale et augmenter la sécrétion
de l'humeur du bassinet et des calices. Si la tumeur, développée
sans avoir été précédée de symptômes propres aux coliques né-
phrétiques, et par l'occlusiou de l'uretère, peut être attribuée
à un vice de conformation , on essaiera de faciliter le cours de
l'urine à l'aide de légèi-es frictions, d'une douce compression
sur la tumeur, en faisant prendre au malade diverses attitudes.
Le docteur Kœnig a conseillé de pratiquer une ponction à
ces tumeurs hydrorénales à l'aide d'un trois-quarts, toutes les
fois qu'elles s'élèvent sensiblement et qu'elles présentent évi -
demment de la Iluctualion, ainsi que cela se fait pour l'hydro-
pisie de l'ovaire. Un tel conseil ne doit pas être suivi tout d'a-
bord, quel que soit le volume de l'hydronéphrose d'un des
reins; car cette maladie est compatible avec l'exercice régulier
des principales fonctions ; elle ne compromet évidemment ni
la santé ni la vie ; et d'un autre côlé, après la ponction on a vu
la poche rénale s'enflammer , une péritonite survenir et les
malades sucçoraber (i). Mais si, tant que la poche rénale est
(i) Martins {Médical Comment., vol. ix. — How-ship, ouv. cité, p. 3i) fait
mention d'un cas dans lecpiel on retira d'une semblable tumeur, par la
ponction, dix pintes d'un liquide s.ingninulenl. Cette mcïme tumeur s'étant
remplie de nouveau ; deux ans après, ou fit la même opération, mais cette fois
on fit l'ouverture de la tumeur avec une lancette au lieu d'uu trois-quarts , le
liquide coula dans la cavité du bas-veulre, et la malade mourut peu de jours
UYDRONÉPHiiosE {Jiisloriqué). 485
noa douloureuse , on doit se dispenser de recourir soit à la
ponction , soit à l'incision de la tumeur, il en est autrement
lorsque les parois de la poche s'enflamment, lorsqu'elles pa-
raissent se ramollir ou se perforer; il faut recourir aux sai-
: gnées locales et générales, aux bains et aux cataplasmes émol-
1 liens, et en même temps évacuer par des lavemens et des pur-
gatifs les matières amassées dans le gros intestin. Si les acci-
: dens persistent, s'il survient des frissons, si la douleur lom-
h baire est plus vive ou plus continue, il devient nécessaire
1 alors de frayer au dehors une voie au pus ou à l'humeur sé-
r reuse et purulente accumulée dans le bassinet et les calices.
Historique et observations particulières.
§ 834. J'ai pu rassembler et comparer un assez grand nom-
; bre de cas d'hydronéphrose. D'après l'auteur d'un mémoire
• sur riiydropisie des reins, inséré dans le Londo7i médical re-
; fository, vol. xix , p. 4i, il paraîtrait que Piudolphi et Frank
ont les premiers employé la dénomination à' hydropisie des
reins (i) pour désigner ces cas. Johnston (a) lui donna le
; nom de distension hydrorènale (hydrorenal distension).
§ 835. Les exemples d'hydronéphrose simple ou d'un des
t reins sont moins rares que ceux d'hydronéphrose double.
. Parmi les cas d'hydronéphrose simple chez l'adulte ou le
» vieillard, je citerai les suivans :
Tulp {3j dit qu'un homme était régulièrement afleclé d'is-
churie à l'époque de la pleine lune , et qu'après sa mort on
trouva le rein gauche aussi grand que la vessie uriuaire. Hal-
après.A l'ouverture du cadavre, ou trouva que le rein gauche, dont l'uretère
était complètement oblitéré, formait un énorme sac qui renfermait le liquide
' évacué à chaque opération.
(r) La pyélite chronique suppnrée a élu aussi désignée sons le nom d'Ay-
< dropisie séio-puruleiite du rein (Howison. Edinb. med. and sur. journ., yol.
I xvm, p. 557); cette dénomination me parait fautive.
(2) Med.chir.lrans. 3u]j i8i6.
(3) Tulp. (W.). Ois. incd., lib. ii, p. i68, Amslœlodami, in-ia, Ischuria
luuatica.
486 iiYDRONÉPHRosE {liisloriqué).
1er (i) rapporte que chez une femme hydropique il s'était for-
mé, depuis plusieurs années, une tumeur au-dessous du
nombril. Après la mort, on vit que cette tumeur était formée
par un des reins dégénéré en un sac membraneux, blanc, rem-
pli d'eau. L'autre rein était entièrement sain et dans sa posi-
tion naturelle.
Mon fils, dit Jean-Pierre Frank (2), a trouvé, sur le cadavre
d'un jeune homme, mort à l'hôpital de \'ienne, le rein gauche
dilaté, au point qu'il remplissait toute la cavité abdominale. Il
contenait plus de soixante livres d'un fluide plutôt aqueux
qu'urineux. Il ne x-estait de sa substance que la membrane
propre. La pièce est déposée au Muséum analomiquede Vienne.
On peut rapprocher de ces faits l'observation recueillie par
le docteur Reynaud (3) d'une énorme dilatation du rein gau-
che, transformé en une poche qui contenait une grande quan-
tité de liquide plus pâle que l'urine ordinaire. L'uretère corres-
pondant était rétréci, au point qu'une épingle pouvait à peine
être introduite dans sa cavité. Le rein droit était plus volumi-
neux que d'ordinaire. Le malade qui présenta cette altération
du rein, était mort accidentellement et des suites d'une frac-
ture de l'orbite. Il est très probable que l'altération du rein
gauche n'exerçait aucune influence fâcheuse sur la santé du
malade, le rein droit le suppléant dans sa fonction.
M. Piorry (4) a montré à ses élèves, en 1852, un rein droit
énormément dilaté et ayant un pied de longueur sur cinq à six
pouces de largeur; cette altération était la suite d'une obstruc-
tion de l'uretère correspondant par un calcul.
§ 836. La dégénérescence cancéreuse de l'utérus est une des
causes les plus fréquentes de la rétention de l'urine dans les
uretères, pl par suite de leur dilatation, et de la dilatation du
bassinet et des calices, et enfin de l'atrophie du rein.
Chez une femme de 4o ans qui mourut à l'hôpital de la
(i) Gœttingen gel. Anzeigen 1777, S. 1196,
(a) Frank, De curai\d. homia. tfiorbis, vol. vu, secl. 1, § 743.
(3) Journ.hebdomad,, t. i, p. 8i .i 8g.
(4) Gazelle des hôpilaux, i832, p. 45 1.
iiYDRONÉP^ROSE {simple). .487
Charité d'un cancer de l'ulérus, la dilatation du reiu fut portée
à un tel point , qu'elle donna lieu à une tumeur fluctuante et
bosselée dans la région lombaire du côté droit. Dans ce cas
l'uretère fut comprimé par des ganglions lymphatiques indurés
et augmentés de volume qui se trouvaient entre l'ulcrus et
le muscle iliaqiie. Le rein était dans le même état que dans
les cas précédens : le liquide contenu dans le bassinet était
jaunâtre et sans odeur. L'uretère du côté gauche n'était point
dilaté; le rein correspondant était un peu pâle.
J'ai vu un autre exemple de rétention d'urine dans le rein
et l'uretère, chez une femme atteinte d'une énorme ulcération
cancéreuse de l'utérus; c'était encoi'e le rein droit qui était
9^eclé, mais il était pourvu de deux uretères; un d'eux, très
4ilaté, avait presque la dimension d'un intestin grêle : c'était
celui qui recevait l'urine de la partie inférieure du rein; l'autre
çivaitsa forme et son calibre ordinaires.
Chez une troisième femme, morte d un cancer de l'utérus, les
reins excessivement pâles avaient subi un commencement de
distension; les uretères, dilatés, gros comme le petit doigt,
avaient la dimension de l'intestin grêle d'un enfant. Le bassinet
du rein gauche était tellement plein de liquide que les mame-
lons étaient complètement affaissés.
§ 837. Chez des nouveau-nès on a plusieurs fois observé des
cas d'hydionéphrose d'un des reins. Bonet (i) cite dans son
(1) « Ante sex circîter septimanas accessit me cliirurgus , indicans nlons-
trosum fcBtum pridie natum esse, etc. Cum corpusculum detegerem, vidi in-
gentcm tumorcm in abdominis regione sub bypochondrio sinistro, et facta
4i$secaudi copia adsumpsi iuibi comitem clariss. dom. BorricLium, a quo
rogatus cujusaam partis tumorem illnm esse crcderein ? accusavi iicuem : ille
vcro bcpatis boc vitium esse indicavit.
Aperto abdomine cum magnâ circuraspectione, invenimus hepar mole suâ
natoralcm quantitatem non exoedere,utnec ventriculum, nec lienem : cum-
que intestina tenuia non statim apparerent, credebamus primo intnitu naturam
involucro membranoso eadcm obvolvisse, et a reliquis abdominis visccribus
séparasse. Sed cum eadcm repcriremus detrusa versus os ilium dcxtrum, in
■lias incidimus cogitationes : nam veûis magnis per superficiem spnrsis
praditus erat lumor, et in cjus parte superiore aliquid ïubicundi, instar pla-
488 HYBRONÉPiiKosE {simple).
Sepulcrclum, le cas d'un enfant nowveau-né , dont le l ein
droit, transformé en une membrane épaisse, formait une tu-
meur sensilile extérieurement. L'uretère de ce rein était com-
plètement obstrué.
Obs. I. — Hydrouéphiosu du rein gauclie dira un nouvcau-nô; oblité-
ration de l'uretère correspondant. - (Billard. Traité des mal. des nou-
veau-nés, j). 434, iu-8; Paris).
Jules Martin, âgé de quatre jours, entre le 23 février à l'in-
firmerie. Il est fort, ses tégumens sont très colorés ; il porte à la
région lombaire une tumeur arrondie, molle au toucher, offrant
à son centre une excoriation rougeâtre, et à sa circonférence
un bourrelet dur, rouge, inégal. L'enfant resta à l'infirmerie
pendant un mois; durant ce temps, il maigrit et s'étiole insen-
siblement; il a le dévoiement et des vomissemens abondans ,
son cri est toujours faible et sa circulation très lente. Enfin, il
meurt le ai mars. On trouva à l'ouyerlure du cadavre un
épanchement considérable de sérosité dans les ventricules la-
téraux, le long du rachis et dans la tumeur qui existait à la
région lombaire au niveau d'un écartement des apophyses épi-
neuses des dernières vertèbres lombaires et des premières
sacrées. L'appareil digestif n'offrait rien de remarquable, mais
l'appareil urinaire présentait la disposition suivante. Le reiu
gauche consistait en une masse , grosse comme un œuf
d'oie, de lobules seini - transparens irrégulièrement agglo-
mérés, et qui formaient autant de petits kystes pleins d'un
fluide blanc et inodore. Ces kystes communiquaient tous entre
ceutae uteriuœ npparebat : uude, quaoquam masculus essot fœtas, sperabamns
uternm hic nos inventiiros et in eo ferlasse fœtiira; coque inagis quod in fine
cprncreinus pnrticulam, qualis est ala vespertilionum, cum tuba et teste iu
mulioribus. Sed, apcrto tumore, inTenimus enm repletnm fuisse copia seri in-
genti : ven.is cxaminando deprebendimus cas e trunco cav.is .^tatim sub liepalc
originem traliere, tandemque deprebendimus rencm dexirum iu cjusmodi
molein cxcrevisse et tumorem illum efformasse , qui tamen rcn et a figura
<ii.4uaturali et a substantia plurimum discrep;ibat, cum crassissiui.f luembrnuic
erat admodum similis ; iircter quoqiie dexter plané erat in)pervius(Joau. van
Home. inEpislol, fi.irlliul. cent. 3,ejijst. Si. —.Souet. Sepulcret., 1. 11, p. 290).
HYDRONÉPHROSE [simple). 4^9
eux ; les plus voisins du bassinet s'ouvraient dans ce réservoir,
qui. lui-même était rempli d'un Iluide semblable au précédent.
Le rein n'offrait aucune trace de sa texture naturelle. Cepen-
dant, vers sa scissure, on remarquait vine couche de tissu cellu-
laire assez épaisse et comme condensée. C'était dans ce tissu
que venait se terminer, en s'oblitérant, la veine etl'artère rénale.
J'ai cherché vainement la connexion de l'uretère avec le bas-
sinet; celui-ci formait un véritable cul-de-sac sans débouché.
L'uretère était bien développé près de la vessie, où il s'ouvrait
i comme à l'ordinaire; mais en remontant vers le rein, on le
voyait dégénérer en deux petits cordons très minces, bifurqués
, et nullement perforés, et près du bassinet ces filamens se mul-
tipliaient et s'appliquaient au rein en forme de patte d'oie.
Le rein droit était plus développé qu'à l'ordinaire; la vessie
1 très peu dilatée contenait de l'urine trouble, dans laquelle se
i trouvait une grande quantité de petits graviers, fins comme du
• sable; les poumons étaient un peu gorgés de sang , les ouver-
, lures fœtales étaient oblitérées.
§ 838. Le cas d'hydronéphrose d'un des reins le plus reraar-
. quable qu'on ait observé jusqu'à ce jour, est peut-être celui
• qui est rapporté par M. Glass (i). La mère de la jeune fille
i chez laquelle le cas fut observé, avait été hydropique pendant
s sa grossesse; l'enfant naquit avec le ventre rempli d'eau;
; mais du reste elle était saine. Quoique la maladie fit des
( progrès à mesure que l'enfant se développait, elle atteignit
i l'âge de 23 ans. Le ventre était extrêmement gros ; mesuré après
1 la mort, il avait six pieds quatre pouces de pourtour et un peu
I plus de quatre pieds, depuis le cartilage xyphoide jusqu'aux os
I pubis. Huitmois avant sa mort, les règles de cette jeune fille ces-
s sèrerit En ouvrant le ventre, il sortit environ trente gallons de
l liquide (un gallon contient quatre pintes de Paris), de couleur
i café. Un grand sac membraneux, qui avait contenu ce liquide,
« était en partie adhérent à la paroi antérieure de l'abdomen et en
« occupait toute la capacité. Pour son aspect, sa couleur, son épais-
(r) Philosopli. iransact., vol. xr.iv, n. 482, p. 337. — Howship. Ouv. cité
\ p.3i-33.
49» HYDKOWÉPHUOSE {shiplé).
seur, Je nombre, la grandeur çtla dislributiou de ses vaisseaux
sanguins, ce sac ressemblait à l'utérus d'une vache sur le point
de mettre bas. Toute la surface interne était rude, comme
■écbaudée , et renfermait encore une certaine quantité de
liquide couleur c^fé. Antérieurement et à gauche, on découvrit
l'orifice d'un conduit qui entrait obliquement dans la cavité
du sac, et dans lequel on pouvait facilement enfoncer le tuyau
d'une plume d'oie. Ce canal passait dans l'étendue de douze
pouces, entre les membranes du sac, dans une direction obli-
que, de bas en haut et de gauche à droite , puis il se recourbait
en bas et passait entre les duplicatures du ligament large de la
matrice pour s'insérer dans la vessie.
Le rein gauche, ses vaisseaux sanguins et son uretère étaient
dans l'état naturel. La vessie était très petite, mais saine.
Il n'existait aucun vestige du rein droit, et très probablement
^ tumeur n'était autre chose que le rein droit lui-même; car
elle recevait de l'aorte et de la veine cave des vaisseaux qui se
distribuaient sur les parois de ce sac.
§ 83g. Les deux observations suivantes n'offrent pas moins
d'intérêt. Dans l'une, la mort fut la suite prompte et inévitable
de l'obstruction des deux uretères par deux calculs; dans l'au-
tre, l'hydronéphrose était compliquée d'une dégénérescence
cancéreuse de la vessie et d'un des uretères.
Obs. II. — HydroDépbrosc très considérable formée dans le rein droit, à
la suite de l'obstruction de l'uretère par un calcul; anurle complète à la
suite de l'obstruction de l'uretère gauche ; mort (Atlas, Pl. xxi).
M. V , âgé de 64, avait ressenti, à l'âge de 22 ans, dans
la région du rein droit une douleur qui se propageait obli-
quement vers la vessie en suivant la direction de l'uretère;
cette douleur persista et augmenta de plus en plus, et les
iirines étaient parfois sanguinolentes, et même quelquefois
d'une teinte noirâtre; le malade était pâle et maigre. Peu-à-
çeu l'ufine cessa d'être sanguinolente et reprit ses caractères
ordinaires, et la santé de M. V devint très bonne; et,
pendant une longue suite d'années, il jouit d'une santé floris-
sante. Pendant l'hiver de 1828, il contracta une bronchite qui
HYDRONÉPiiRosE {simple). /191
persista plusieurs mois, et au printemps dei833 une névralgie
sciatique.
M. V commença vers l'année 1820 à acquérir de l'em-
bonpoint qui augmenta de plus en plusj le volume du ventre
prit un accroissement fort remarquable, et dans les derniers
temps surtout ce volume du ventre le gênait considérablement
dans la marche.
Le 18 septembre i834, M. V éprouva dans le ventre
un malaise qui l'obligea à s'aliter ; des douleurs se faisaient
sentir dans tout l'abdomen , mais surtout vers la région du rein
gauche. Cette région était douloureuse au toucher: le malade
n'urinait point , n'avait même aucune envie d'uriner , et la ves-
sie n'était point distendue. Pendant dix jours M. V n'eut
aucun besoin d'uriner , et au bout de ce temps seulement il
iiendit deux verres d'une urine citrine. En examinant le
ventre, M. Hamel et moi, nous constatâmes Ja présence
d'une tumeur volumineuse qui s'étendait obliquement de
l'hypochondre droit vers la fosse iliaque gauche. Cette tu-
meur présentait une fluctuation obscure : nous pensâmes qu'elle
était formée par le rein droit distendu (ce que l'examen du
corps après la mort confirma). L'état du malade devint de plus
en plus grave. La langue se couvrit d'un enduit limoneux. Les
traits s'altérèrent, les nuits furent agitées , le pouls s'affaiblit;
il survint des hoquets et le malade expii-a le i5 octobre 1834,
à neuf heures du matin.
A l'ouverture du corps, nous trouvâmes le rein droit prodi-
gieusement distendu et converti en une poche remplie de sept
livres onze onces d'un liquide filant; la tumeur avait i6 pouces
de long de bas en haut; la longueur de son bord convexe était
de 2^ pouces, et celle de son bord concave de i6 pouces; la
tumeur avait 7 pouces 6 lignes d'épaisseur à son milieu. L'u-
retère, dilaté à son origine, se rétrécit bientôt subitement, et
dans cette espèce d'étranglement on sentait un petit calcul en-
gagé dans ce conduit, qu'il avait complètement obsti'ué. Au-
dessous de cet obstacle , l'uretère reprenait ses dimensions or-
dinaires.
Le rein gauche était considérablement gonflé et rouge j le
49^ HYDRONÉPHUOSE (simple).
bassinet était notablement dilaté et arborisé ; l'uretère gauche
comme celui du côté droit, contenait un pelitcalcul, arrèléà 5
pouces environ du bassinet. La vessie était saine, elles autres
organes de l'abdomen étaient dans l'état naturel.
L'altération du rein droit rend parfaitement compte de
l'ancienne maladie de M. V..., et de la cause de sa mort,
devenue inévitable par la gravité de l'affection du rein gauche
(le seul qui fut en état de fonctionner à la suite de l'obstruc-
tion de l'uretère).
Ob». III. — Hydronéphrose du rein gauclie; obstruction de l'uretère cor-
respondant par un calcul; dilatation de çc conduit; tumeurs fongueu.ses
développées sur sa membrane interne et dans la vessie (Atlas, Pl. nu
fig. I et a).
Un homme d'une cinquantaine d'années admis à l'hôpiial
de la Charité dans le service de Lerminier, portait une lumeur
fluctuante, peu douloureuse, dans le flanc gauche. Cette lumeur
s'affaissa, et l'urine devint sanguinolente. Mon opinion fut que
celle tumeur était formée parune distension durein. Cethomme
mourut quelque temps après, et j'assistai à l'ouverture du
corps.
Autopsie du cadavre. Taille de 5 pieds 8 pouces , maigreur
très grande, ventre plat (on ne sent plus distinctement la tu-
meur dans le flanc gauche).
La tête ne fut pas ouverte.
Poitrine. Une lâche laiteuse sur la paroi antérieure du pé-
ricarde; deux grands verres de sérosité trouble dans la plèvre
gauche; quelques points hépatiscs dans le lobe inférieur du
poumon gauche ; poumon droit engoué dans totile sa partie
postérieure, d'oii beaucoup de sérosité s'écoule par l'incision.
Abdomen- Foie sain, raie petite, estomac contracté. Legrand
épiploon se prolonge très bas, le colon Iransverse descend jus-
qu'au pubis, le colon descendant est vide. Une sonde est facile-
ment introduite dans la vessie, et on n'y sent ni brides ni calculs.
Une poche formée aux dépens du rein occupe l'hypochondre gau-
che,refoule la rate en haut sous le diaphragme, et desceudjus-
qu'à trois travers de doigt du niveau de l'épine iliaque. Cette
il
HYPROivrPHROSF. (simple).
tumeur est lliictuanle. Le volume de l'uretère est plus consi-
dériible que celui du pouce d'un adulte. La vessie , grosse
comme le poing, contient de l'urine. La capsule surrénale,
lout-à-fait saine, est placée sur la face antérieure de la poche
rénale, près de sa partie supérieure. Cette poche a près de
huit pouces de hauteur. Dans son intérieur ou trouve une
certaine quantité d'une matière brunâtre, peu épaisse , sans
odeur. L'uretère contient la même matière.
L'intérieur de la poche n'offre ni injection, ni dépôt de ma-
tière blanchâtre ou purulente. Sur plusieurs points de la face
interne delà tumeur, on voit des plaques de fibrine, jaunâtres,
décolorées et adhérentes à la poche. Les substances rénales
ont complètement disparu par suite de la distension du bassinet
et des calices. Les calices sont transformés en loges, de gran-
deur variable , qui viennent aboutir au bassinet qui n'est pas
dilaté en proportion. Les parois de l'uretère ont à-peu-près
ia largeur et l'épaisseur de l'aorte. A la face interne de ce con-
duit et supérieui-ement, on voit plusieurs petites fongosités
dont le volume varie depuis celui d'une tête d'épingle jusqu'à
celui d'un petit pois.
La membrane muqueuse de l'urelère dilaté est assez consis-
tante pour pouvoir èlre facilement disséquée dans toute l'éten-
due de ce conduit. Les petites tumeurs fongueuses sont implan-
tées sur cette membrane ; au-dessous d'elle, la membrane fi-
breuse de l'uretère a l'apparence du tissu fibreux des artères
sans en avoir l'élasticité. On peut le séparer assez facilement en
plusieurs couches (Atlas, Pl. LUI, fig. 3). L'épaisseur de cette tuni-
que fibreuse étaitconsidérable. Dans l'intérieur de l'uretère, près
de son embouchure dans la vessie , existe un calcul, semblable
poUr le volume à une noix de galle, coloré en noir : près de ce
calcul on voit de petites fongosités, rouges et molles, et que
leur vascularilé et la continuité de leur tissu avec la mem-
brane de l'uretère ne permettent pas de confondre avec la fi-
brine déposée en quelques points sur les parois de ce conduit.
La membrane interne de la vessie présente de petites fongo-
.sités vers les orifices des uretères, plus du côté gauche que du
côté droit, et tout près de l'orifice de l'uretère gauche.
/|94 HYDRONÉPHROSE (double).
Le calcul, situé à l'extrémilé inférieure de l'uretère, qu'il
obstruait complètement , avait neuf lignes de longueur ; il
était ovale, noir et surmonté d'aspérités; sa couche corti-
cale se brisa d'elle-même et paraissait composée de sang
desséché. La masse du calcul était grisâtre et composée de
phosphate de chaui. L'urèthre était sain.
Le rein droit d'un volume ordinaire, grenu à aa surface,
présente quelques points injectés et d'autres anémiques. Les
membranes du fein s'enlèvent difficilement et entraînent avec
elles un peu dê substance corticale; l'urelère, le bassinet et le
calice étaient sains.
5840. Les cas A'hijdrnnèjihrosc doulle ne sont pas très rares,
soit chez l'homme, soit chez les animaux.
Ruysch (i) a rapporté un cas de double hydronéphrose ,
observé sur une brebis. J'ai trouvé une semblable altération
chez un chién. P. Jalon (2) a observé une double hydroné-
phrose, chez un enfant de 10 ans, auquel un chirurgien avait
extrait à l'âge de 7 ans un calcul an'êté dans l'urèlhre et qui
avait produit une rétention d'urine.
On lit àansV flisioire de la Société royale de Médecine (Années
1780-1781 , page 272) un cas de double hydronéphrose, ob-
servé chez une femme, âgée de 4o ans. L« rein droit formait
une masse molle, membraneuse, qui avait huit pouces de long
et cinq pouces de large. La partie supérieure delà tumeur pré-
sentait des bosselures semblables à des cii convoi ulions in-
testinales- Cette tumeur contenait une grande quantité de
sérosité et quatre calculs assez gros. Elle parut composée de
plusieurs cellules membraneuses qui s'ouvraient les unes dans
les autres. Pour découvrir le rein gauche, dont on n'apercevait
pas de traces, il fallut suivre l'uretère, lequel conduisit presque
près du diapliragine à un petit sac membraneux qu'on recon-
nut être le rein- Ce sac renfermait quelques cellules, et avait un
(1) Rnyscllii. Muséum anatoinicum,\>. r46.Tlieca C.Repertor. 5, n. 4 et 5
{expansio renum - hernia rcnalis).
(2) Jalon (P.). Obs. de urina: incontinentia. — Ei>bera.nat. cur.Doc. 2, ann. 2,
obs. 129, pag. 290.
HTDRON^PHROSE [doubk). 49^
peu plus d'épaisseur et de consistance que n'en avaient leà
membranes du rein droit. On y voyait quelques restes de mame-
lons déformés, mais il n'étaitplus possible de distinguer les deux
substances qui constituent le rein. Les membranes de ce sac
contenaient de la sérosité et un calcul de la grosseur d'un pois»
Hallé (i) a observé un cas d'hydronéphrose double chez Une
femme âgée d'une quarantaine d'années. Cette hydronéplirosè
avait été occasionée par des calculs rénaux j déux ans avant là
mort de la malade on avait reconnu une tumeur dans le (làll&
droit. La mort survint après des accidens graves, que l'auteur
< désigne sous le nom de fièvre maligne, et qu'il attribue plutôt
à à de violens chagrins éprouvés par la malade qu'à la double
a afiFection des reins.
% 841. Une double hydronéphrose peut être la suite d'uil
r ince de conformation des uretères qui apporte un obstacle plus
. ou moins considérable au cours de l'urine.
< Obs, IV. — Hydronéphrose double, suite d'un yice de conformation de*
uretères (Atlas, Pl. xxni).
î"rancois.Ham, âgé de 17 ans, entra à l'hôpital de la Charité,
1 le il janvier i836. te malade d'une constitution chétive, ra-
i chitique, amaigrie, ne paraît pas avoir plus de i3 à 14 ans; ses
i jambes sont arquées, et il est obligé de se servir de béquilles
[ pour marcher. Son enfance a été presque continuellement ma-
I ladive, bien qu'il ne puisse préciser aucune affection dont il ait
' été atteint, une exceptée sur laquelle nous allons insister tout-
là-l'heure. Il n'a jamais eu de jaunisse^ ni de fièvre intermit-
tente, ni d'attaque de nerfs.
Il accuse une douleur dans la région rénale gauche, seule-
ment en avant, douleur qui existe depuis sept ans, qui s'est
■ montrée à différentes reprises par crises, quelquefois ac-
'compagnée de vomissemens. Plusieurs applications de sahg-
fisues ont été faites loco dolcnli, et on voit sur le flanc gauche les
)petites cicatrices, résultant des piqûres; jamais ce jeune
l'homme n'a rendu de graviers; l'excrétion de l'urine n'a jamais
(t) Hist, detaSoc. royalcde Médécine, 178901 1781,11. 272.
49^^ HYDUOlVJÎPHnoSK {douhhi).
été suspeudue, ni douloureuse; il se rappelle avoir uriné du
sang noir il y a deux ans environ , au milieu d'une crise plus
violente que les autres , et qui fut accompagnée de vomisse-
inens. L'hématurie a continué pendant trois jours ; jamais il n'a
éprouvé de douleurs du côté droit.
A part celte affection , aucun organe ne paraît particulière-
ment malade; la respiration se fait bien; la circulation ne pré-
sente rien d'anomal ; le tube digestif semble sain ; il y a seu-
lement de la constipation.
En pressant sur le ventre, dans la région du flanc gauche,
on détermine une légère douleur. Le ventre est arrondi et plus
volumineux qu'à l'ordinaire. Le flanc gauche est saillant. On
fait placer ce jeune homme à quatre pattes; et à côté des vertè-
bres, la région lombaire , au lieu d'offrir, comme dans l'état
sain , une sorte de gouttière , est bombée , et présente une
voussure. On presse le flanc et on y sent de la fluctuation; ou
le percute latéralement et antérieurement, et le son est mat dans
une étendue grande au moins comme la paume de la main. On
ne détermine aucune douleur dans la tumeur en pressant for-
tement avec les doigts le long de la colonne vertébrale; point
de douleur dans les bourses, ni dans la cuisse gauche. Le côté
droit est complètement indolent. Les urines, très légèrement
acides, sont ti'ansparentes , peu colorées, absolument sembla-
bles pour la couleur à de la limonade ; traitées par la chaleur
et l'acide nitrique, elles ne se troublent pas. Je portai pour
diagnostic : hydronéphrose du côté gauche. Le i4 janvier, on
constate àvec encore plus de précision la présence d'une tu-
meur dans le flanc gauche.
Les ui'ines, examinées de nouveau le iC janvier, sont tou-
jours claires et ont la couleur d'une limonade. La quantité est
ordinaire; l'émission n'en est point douloureuse; elles sont
légèrement acides : traitées par l'acide nitrique et la chaleur,
elles se troublent très légèrement. Même état des autres
fonctions.
Le 21 janvier, sans cause connue, rétention d'urine. A la
visite du matin, le malade n'avait pas uriné depuis la veille,
trois heures de l'après-midi. La vessie remonte jusqu'à l'oni-
MYDBONKPHROSE {(huhîé). Zl'97
bilic. Une soude pénètre dans la vessie sans rencontrer d'ob-
stacles, et l'on extrait un grand bassin d'urine semblable, pour
la couleur, à l'humeur que l'on retire de certaines asciles, ou
à une solution gorameuse un peu filante , de saveur extrême-
ment fade et n'ayant nullement l'odeur urineuse. On constate
la présence d'un peu d'albumine dans cette singulière urine.
Pendant les cinq jours suivans, on fut obligé de sonder le
malade deux fois en vingt -quatre heures. Une fois seule-
ment il urina seul avec beaucoup d'efforts, mais sans dou-
leur. La proportion du liquide rendu fut au moins triple de
celle des boissons ingérées. Douleurs dans le ventre {trois
, applications de sangsues , la première de douze , la deuxième
de six, la troisième de huit; bains de siège); amendement dans
■les douleurs , mais faiblesse générale plus grande.
; Le 96 janvier, au matin, '.on trouve le malade couché sur le
kcôté , les yeux à demi fermés , la face profondément altérée ,
rayant de l'écume à la bouche, accusant, par ses cris, des dou-
leurs qu'il dit être générales, mais beaucoup plus vives que par-
'.out ailleurs, dans l'épaule et le bras droit- Les pupilles sont très
iilatées, mais elles se contractent à l'approche de la lumière ; la
respiration est haute et suspi rieuse, sans râle; pouls petit,
fréquent (iio pulsations); le ventre n'est point douloureux.
En palpant la tumeur du flanc gauche, ou reconnaît qu'elle a
:onsidérablement diminué de volume ; elle ne fait plus de saillie
en arrière , sur les côté.<t de la colonne vertébrale. Les douleurs
mt commencé au milieu de la nuit; il n'y a, du reste, ni
Vissons , ni hoquet, ni vomisseraens : les selles ont été natu-
elles; rien enfin n'annonce une rupture delà poche dans le pé-
ritoine, dans l'intestin ou dans le tissu cellulaire ; rien non
plus ne semble pouvoir expliquer l'intensité et la gravité des
lymptômes.
Le a 7 janvier , à la visite du soir , l'affaissement était
noindre; ce matin, l'amélioration est en apparence encore
ilus notable; le malade a uriné seul et il a dormi un peu; la
louleur du bras a disparu; il n'a eu ni hoquets ni vomisse-
nens ; respiration moins pénible et moins haute ; pouls moins
)etit et moins fréquent; l'urine a une odeur ammoniacale pro-
III. 3a
/198 HYDRONÉPHROSE (double).
noncée(le malade avait peut-être uriné, malgré mes recom-
mandations, dans un urinai mal lavé).
Le 28 janvier, à la visite du soir, face rouge , fièvre ardente.
Ce matin, agonie , tremblement des mâchoires , face bleuâtre
yeux à demi fermés, affaissement complet , respiration suspi-
rieuse, élevée, avec gros râle muqueux dans toute la poitrine
et qui s'entend même à distance. Mort à raidi.
Autopsie du cadavre.— âbdomm. A l'ouverture du bas-ventre
il ne s'échappe point de liquide. On n'aperçoit aucune trace
d'inflammation dans le péritoine. Le colon transverse a sa posi-
tion naturelle ; l'intestin grêle est refoulé du côté droit par une
tumeur qui a son siège à gauche, et au-devant de laquelle
passe le colon descendant. Après avoir enlevé l'intestin, on
aperçut une tumeur qui s'étendait de haut en bas , depuis la
dixième côte jusqu'à deux travers de doigts au-dessus de l'épine
iliaque antérieure et supérieure. Dans toute sa longueur le
colon ascendant lui était accolé. Au niveau du tiers inférieur
de la tumeur cet intestin est rétréci de manière à ne plus pré-
senter que le volume d'une grosse corde, et, cela, dans l'éten-
due d'un demi-pouce environ. Dans le sens transversal, la tu-
meur présente son plus grand diamètre à la partie moyenne
environ de sa hauteur, et se rapproche beaucoup de la ligne
médiane, vers laquelle s'avance du côté droit une tumeur à-
peurprèa de même forme que la précédente , mais qui lui est
bien inférieure en volume. Entre ces deux tumeurs, se trouve la
troisième portion du duodénum, ainsi que le commencement
de l'intestin grêle.
Les reins étaient transformés en deux poches d'un inégal volu-
me. A droite la tumeur du rein paraissait être à un degré moins
avancé de dégénérescence que la tumeur rénale du côté gauche.
La poche formée par le rein gauche , avait environ 7 pou-
ces de hauteur, 5 pouces et demi dans la plus grande lon-
gueur, et 2 pouces et demi environ d'épaisseur. Pour l'aspect
de la tumeur, figurez - vous une vessie aplatie, bosselée el
remplie de liquide. La poche se compose de deux parties
continues: l'une est le rein proprement dit, qui a subi une
dilatation énorme; l'autre est le bassinet, dont la disten-
HTDRONJîPiiROSE (doubk).
sion est proportionnellement plus grande encore. La substance
rénale est complètement disparue. Le rein dégénéré n'est plus
qu'une poche membraneuse , mais ayant conservé sa forme
primitive, avec de nombreuses bosselures représentant les
lobes dont le rein se composait. Les parois de la poche étaient
blanchâtres, très minces en quelques points, semi-transparentes.
Dans deux ou trois bosselures l'absorption de la substance
corticale n'a pas été complète, et il en reste quelques débris
. d'une ligne environ d'épaisseur. Ces bosselures ont une cou-
ï leui' brun-rougeâtre. Toute la poche est distendue par du
': liquide; elle se laisse déprimer, et l'on y sent de la fluctua-
: lion j on perçoit aussi en quelques endroits la sensation de
1 brides extérieures qui traversent la tumeur ; dans les sillons des
I bosselures, on trouve quelque peu de tissu cellulaire jaunâtre ;
; la partie supérieure de la tumeur est surmontée par la capsule
surrénale , qui est aplatie, et n'offre , du reste , rien de reraar-
, quable.
La seconde partie de la poche (le bassinet) est également
; distendue par le liquide. Elle est blanchâtre, et d'un blanc plus
mat, partout uniforme, sans saillies, sans bosselures. Les pa-
rois du bassinet semblent être devenues plus solid(!S , plus ser-
rées. De la partie inférieure de la tumeur part l'uretèi'e, qui a ses
. dimensions ordinaires.
: La poche ouverte à sou côlé externe, dans toute sa hauteur,
il s'en écoule à-peu-près une pinte d'un liquide transparent,
: blancjaune, dont l'analyse sera donnée plus loin. Dans ce liquide
on ue voit flotter aucune fausse membrane j partout il est
homogène ; seulement on y rencontre de petits grains pres-
que noirâtres, arrondis, assez semblables à des grains de
plomb ordinaire ou extrêmement fin 3 ils s'écrasent sous le
doigt. Ces grains sont agglomérés au fond de loges que nous
- allons décrire. L'iulcrieur de la poche est divisé en plusieurs
i loges (calices dilatés) communiquant entre elles par l'intermé-
« diairc du bassinet. Les parois de la poche sont formées par la
' tunique fibreuse du rein, et par la membrane du bassinet et
I des calices, distendues et d'un blanc mat. Cette couleur blan-
I che est très prononcée, et ressemble à la teinte des intestins
32.
5oO HYURONKPHROSK (cloub/e).
qui ont long-temps macéré dans le liquide d'une ascile. Aucune
rougeur, aucune arborisation sur les parois de cette poche, qui
ne contient ni pus, ni sang, ni fausse membrane; enfin aucune
trace de pyélite.
Quant à la cause de la rétention du liquide dans la poche
rénalie , la voici : lorsqu'on injecte, de bas en haut, un liquide
par l'uretère , au point oii il a été séparé de la vessie, ce liquide
arrive dans la poche, non directement et par un orifice large et
en entonnoir comme à l'état normal, mais après avoir serpenté
dans l'espace d'un pouce sous la tumeur ; ensuite il pénètre dans
la poche par une ouverture d'une ligne environ d'étendue, bri-
dée par une bande linéaire , tout-à-fail semblable à une val-
vule veineuse, et sort par un jet petit et contourné. Lorsqu'au
contraire l'on verse l'eau dans l'intérieur de la poche , elle y
reste et ne s'échappe point par l'uretère. Remarquez cependant
que l'obstacle ne devait point être complet pendant la vie,
puisque jamais avant l'entrée du malade à l'hôpital, il n'y avait
eu de rétention d'urine et que la rétention d'urine des derniers
jours n'avait pas lieu dans le rein, car avec la sonde on retira
tous les jours de la vessie une quantité énorme de liquide. Il y
avait donc là un rétrécissement de l'orifice interne de l'ure-
tère , rétrécissement résultant non d'un travail inflammatoire ,
mais d'un vice de conformation, et qui pendant la vie n'ap-
portait qu'un obstacle incomplet à l'arrivée de l'urine dans son
réservoir naturel.
Le rein droit, également transformé en poche, est moins
volumineux que le gauche. Du reste, les mêmes lésions s'y ren-
contrent, seulement à un degré moins avancé. Ainsi, la hau-
teur de la poche rénale n'est que de cinq pouces ; la largeur
d'un peu moins de trois pouces , l'épaisseur d'un pouce et
demi. Sur la portion de la poche qui correspond au rein, il
reste beaucoup plus d'îlots de la substance corticale que sur
le rein du côté opposé. Ces petits îlots ont la couleur brun-
rougeâlre de la substance corticale un peu altérée. Du tissu
cellulaire jaune et assez épais comble les intervalles qui sépa-
rent les îlots des calices dilatés et disposés en loges. Le liquide
contenu dans la poche est en apparence de même nature que
HYDRON^PHROSE {doublé). 5oi
celui qui était renfermé dans la poche rénale du côté opposé j,
on en retire un verre. Même teinte complètement blanche de
la membrane interne du bassinet et des calices; aucun vestige
d'inflammation récente.
L'uretère est dilaté comme le tuyau d'une grosse plume à
écrire; ses membranes sont amincies et transparentes. Vers
son orifice supérieur il présente un petit coude avec étran-
glement , qui gène le cours de l'urine dans son intérieur, mais
qui ne l'arrête point tout-à-fait. Injectée de bas en haut, l'eau
pénètre dans le bassinet par une très petite ouverture de la
dimension d'un point lacrymal. Il y a donc de ce côté un ré-
trécissement considérable qui a produit des effets moins mar-
qués que celui du côté opposé , puisque la substance du rein
est moins complètement atrophiée. Il n'y avait pas rétention
habituelle d'urine dans le bassinet , malgré l'obstacle i puisque
la dilatation et la désorganisation du rein étaient moins pro-
noncées que du côté opposé.
Tête et rachis. Concrétion fibrineuse dans le sinus longi-
tudinal supérieur. Du côté gauche , quelques adhérences ano-
males entre les deux feuillets de l'arachnoïde. Le tissu cellu-
laire sous-arachnoïdien n'est point infiltré ; le cerveau est assez
ferme, et il n'y a que très peu de sérosité dans les ventricules
latéraux.
La moelle épinière, examinée avec beaucoup de soin, ne
présente rien d'anomal. Il n'y a dans le canal rachidien qu'un
peu de sérosité au niveau de la queue de cheval; mais elle a
dû s'y porter par la position donnée au cadavre.
Poitrine, Le cœur a un petit volume ; à la partie antérieure
du ventricule droit on remarque une plaque allongée ; il y a
quelques points cartilagineux dans la valvule mitrale, et un
petit caillot décoloré dans le ventricule droit.
La partie supérieure du poumon gauche oflfre un commen-
cement d'engouement, moins manifeste dans tout le reste de
l'étendue de ce même poumon, quoiqu'il paraisse congestionné.
Dans le poumon droit, cet état de congestion ne se remarque
qu'à la partie inférieure. Il y a un peu d'emphysème dans le
bord antérieur des deux poumons. Les bronches ont une rou-
502 HYDIlOKliPHnoSE (doubk).
geur assez vive, et ne contiennent qu'tine très petite quantité de
mucus.
M. Guibourt a bien voulu analyser les liquides contenus
dans chacune des poches rénales et celui que nous trouvâmes
dans la vessie.
Le liquide contenu dans le rein droit était trouble , d'une
odeur d'œufs gâtés, formant par le repos un dépôt blanc,
abopdant; le liquide surnageant, très peu coloré, filtrant diiïï-
cilement et filtrant trouble (pes. sp. i, 0114). L'action delà
teinture de tournesol est nulle. La matière qui reste sur le
filtre a la forme d'un mucilage liquide, retient l'eau avec
opiniâtreté et ne la cède pas au papier gris par la pression.
Ce mucus desséché exhale une odeur d'urine et cède à l'élher
une forte proportion de matière grasse , fusible à une
basse température, et que l'on doit considérer comme de
la graisse ordinaire mélangée avec le principe huileux aro-
matique de l'urine.
Le liquide fillré a été chauffé au bain-marie; il est devenu beau-
coup plus trouble qu'il ne l'était; mais la matière précipitée, au
lieu d'avoir la consistance concrète de l'albumine coagulée,
*vait la forme de filamens muqueux. La liqueur a été filtrée ,
puis évaporée, et elle a formé, jusqu'à la fin, des couennes que
j'attribue à un mélange de mucus et d'albumine. Le produit
de l'évaporalion attirait peu l'humidité, ce qui le distinguait
de l'extrait d'urine ordinaire; cependant, y ayant ajouté une
petite quantité d'eau, il eu est résulté un peu de liquide
sii'upeux qui s'est pris en une masse grenue par son mélange
.avec l'acide nitrique. Ce liquide contenait donc une forte pro-
portion d'urée , dont la présence pouvait être prévue d'ailleurs
par son odeur d'urine; car il est à remarquer que l'urée et
J'huile odorante de l'ui'ine se suivent dq telle sorte qu'on peut
jusqu'à un certain point jugei- de la quantité de l'une parcelle
de l'autre.
Le liquide contenu dans le rein gauche était rougeâtie et
transparent; il avait formé un dépôt rouge paiaissant être du
sang altéré. La liqueur filtrée pèse 1,0051; elle à une faible
odeur d'urine ; elle semble rougir légèrement la teinture de tour-
HYDRONÉPHROSE (double). 5o3
» tlesol , mais cette teinte peut résulter du mélange de sa propre
. couleur avec celle de la teinture.
Le liquide chauffé se trouble fortement et forme un abon-
dant précipité d'albumine coagulée, qui cède à l'éther un peu
. de matière grasse, chargée de la matière odorante de l'urine.
Le liquide filtré et évaporé est en partie sirupeux et couen-
!! neux; la partie liquide mélangée d'acide nitrique se prend en
. une masse cristalline tout-à-fait dure et solide. Pour m'assu-
- rer davantage que cette propriété était bien due à l'urée, j'ai
étendu d'eau le produit évaporé , j'ai filtré et évaporé de nou-
t veau; mais le liquide s'étant encore fortement troublé par la
j' présence de l'albumine, j'y ai ajouté un peu d'acide tartri-
q que; j'ai fait bouillir, j'ai filtré, j'ai évaporé en consistance
$ sirupeuse , et j'ai traité par l'alcool rectifié. Celui-ci évaporé ,
a m'a alors produit un extrait odorant salin et déliquescent qui
î offrait tous les caractères de l'extrait d'urine , et qui s'est tou-
; jours pris en masse solide et cristallisée par l'acide nitrique.
Le liquide, contenu dans la vessie, avait une couleur jaune
f foncée, une odeur franche et forte d'urine. Action nulle sur le
» tournesol ;,dépôt blanc beaucoup moins abondant que celui du
l liqt^ide contenu dans le rein gauche. Ce liquide, évaporé,
f forme un précipité bien caractérisé d'albumine coagulée ; filtré
» ét concentré , il donne un extrait couenneux. Il est évident,
t après l'examen du liquide précédent, que cet aspect couenneux
f de l'extrait était dû à de l'albumine coagulée, divisée dans
! l'extrait d'urine. Cet extrait, ti'aité par un peu d'eau, a formé
» un liquide sirupeux qui s'est pris en masse grenue par l'acide
I nitrique.
Il résulte de cet examen que les trois liquides contenaient
! les principes de l'urine , et notamment l'urée qui en est la par-
I tie la plus caractéristique.
S 842. Les exemples de double hydronéphrose, chez des en-
I fans nouvcau-nès , sont des cas rares.
M. Moreau (i) a montré à l'Académie de médecine , le cada
(t^ Nouvelle biblioth. médicale, i8a8, tom. m, pag. i45. — Archives gêné-
1 raies de médecine, t. xtii, p. 29g.
5o4 HYDRONÉPHROSE (double).
vre d'une petite fille grèle , née trois semaines environ' ayant
terme, d'une mère bien portante, et morte trente heures après
la naissance. L'abdomen était distendu outre mesure. Près
d'un litre de sérosité cilrine était épanché dans le péritoine-
l'intestin, contracté et n'ayant guère que le volume d'un lom-
bric, ne contenait point de méconium ; la vessie, distendue
jusqu'au point de monter au-dessus de l'ombilic, avait ses
parois épaissies , parsemées de points rouges, et des colonnes
charnues aussi prononcées que certaines vessies d'adulte; les
uretères, très distendus, avaient le volume du petit doigt; les
reins étaient très volumineux et simulaient deux vastes kystes
pleins de liquide.
S 843. L'observation suivante recueillie par Billard est en-
core plus complète et plus intéressante.
0ns. V. — Oblitération congénitale de l'arètlirc entrainant une énorme
dilatation de la vessie , l'élargissement des uretères et la dilatation des
deux rein». — (Billard. Traité des maladies des noureau-nés, i" édition,
page 436).
En disséquant le cadavre d'un enfant mort-né , que M. Dcl-
pèche , docteur médecin à Paris, avait remis à M. Baron, le
10 juin t8a6, je remarquai ce qui suit : La tète était un peu
volumineuse, les membres étaient très maigres, les tégumens
flasques et un peu violacés; le ventre excessivement ballonné
formait une tumeur arrondie très saillante, et présentait une
sorte de cône arrondi , dont l'ombilic était le sommet. L'im-
plantation du cordon ombilical était très large ; palpant cette
tumeur, on y sentait évidemment un fluide. Le cadavre offrait
du reste tous les caractères de celui d'un enfant né à terme.
On trouva^ en ouvrant l'abdomen, une vaste poche qui rem-
plissaittoute cette cavité, les circonvolutions intestinales étant
réfoulées en arrière et en haut. Sur les parties latérales et un
peu antérieures de cette poche, se trouvaient appliquées et
étalées les vésicules séminales dont le conduit séminifère très
allongé et très mince se rendait à la partie inférieure et laté-
rale du kyste oii se trouvaient les testicules. Enfin près du
sommet de ce prétendu kyste et directement entre les deux
vésicules séminales, le rectum très gros et distendu par une
HYDRONÈPHROSE [douhle). 5o5
grande quantité de méconiura , venait s'appliquer et adhérait
solidement, en s'oblitérant, à la paroi de cette poche volumi-
neuse, qu'on reconnut être la vessie énormément distendue par
un fluide blanc, inodore, qui ne verdissait pas le papier de
tournesol , et dans lequel flottait des mucosités blanches fi-
lantes, comme celles des catarrhe» vésicaux; la paroi interne
de cette vessie était blanche et tapissée d'une couche de mucus
adhérent. L'orifice interne de l'urèthre n'existait pas; en son-
dant le canal , je pus faire passer le mandrin d'une sonde
de femme jusqu'à un demi-pouce seulement, et je reconnus
par la dissection , que ce canal , se rétrécissant graduellement
à partir du sommet de la verge, allait en s'oblitérant et finis-
sait par ne plus consister qu'en un filament allongé, étroit, et
perdu , pour ainsi dire , dans le tissu cellulaire du périnée. Je
n'ai pas pu reconnaître la prostrate , à moins qu'on n'ait voulu
prendre pour cet organe une sorte de tissu rougeâtre , appli-
qué sur la vessie derrière l'insertion du rectum. Les uretères
s s'ouvraient parfaitement bien dans la vessie; leur diamètre
i était large , et ils se rendaient en s'élargissant insensiblement
j jusqu'au rein, qui, de chaque côté, était à-peu-près gros comme
i unœufdepoule, etofiraitlamème structure lobuleuse que dans
I le cas cité plus haut (Obs. i). Cependant les lobules étaient
r moins gros , moins transparens , et se trouvaient en partie re-
i couverts de substance corticale ; mais les calices et le bassinet
, étaient beaucoup plus larges et plus distendus qu'ils n'ont
.c coutume de l'être. Un fluide blanc et inodore remplissait les
1 lobules vésiculeux qui communiquaient tous ensemble et
! s'ouvraient dans le bassinet. L'ouraque ne consistait qu'en un
1 très petit conduit oblitéré.
Il n'y avait pas d'auus , et le rectum , examiné à l'intérieur,
. oflrait un cul-de-sac complet bien adhérent à la vessie; les
autres organes ne présentaient rien de remarquable.
Ainsi donc, chez cet enfant, l'oblitération del'urèthre semblait
1 avoir causé l'hydropisie de la vessie, et celle-ci l'hydropisie des
I reins, dont le développement normal avait été entravé ou même
' suspendu. La vessie, en se distendant, et en acquérant le vo-
1 lume considérable qu'elle a présenté, semble avoir subi une aorte
5o6 HYDROITÉPHROSE {doublé).
de mouvement de bascule d'arrière en avant et de bas en haut
de sorte que son bas-fond se trouvait être son sommet, et en-
traînant dans ce mouvement toutes les parties qui lui sont
adliérentes inférieurement, elle les avait, pour ainsi dire
extraites du bassin; de là les vésicules séminales et le rec-
tum situés et adhérons à sa partie supérieure ; de là l'ouverture
des uretères à ses parties latérales et antérieures. Ainsi, plu-
sieurs infirmités sont résultées d'un premier vice de confor-
mation, auquel ont en quelque sorte pris part non-seulement
les parties d'un même appareil, mais encore les organes qui
n'avaient avec ses parties que des rapports de contiguïté.
Celle observation et quelques autres déjà publiées prouvent
que les excrétions du fœtus, au moins celles des voies uri-
naires, sont, dans l'état normal, probablement déposées dans
les eaux de ramnios, puisque, lorsqu'il survient un obstacle
au cours de ce fluide , il reflue dans ses réservoirs et les dis-
tend outre mesure , ainsi que cela s'observe chez les adultes.
§ 844. Je n'ajouterai qu'une remarque à ce que j'ai dit des
kystes vnhat'res. Chez une femme morte de phlébite utérine,
trois semaines après l'accouchement, non-seulement de petits
abcès existaient dans la rate et les poumons, mais encore ily avait
à l'extrémité supérieure du rein gauche une poche purulente, qui
ne communiquait ni avec le tissu graisseux extérieur du rein, ni
avec le bassinet. Cette poche s'élevait au-dessous du diaphragme,
et formait une tumeur du volume d'un très gros œuf de poule.
Le rein, ouvert de sa partie convexe à la scissure, parut sain
dans les trois quarts de son étendue. La poche contenait
du pus liquide et des grumeaux blanchâtres. Par sa face ex-
terne, cette poche était en rapport immédiat avec la membrane
propre du rein, dont elle pouvait être séparée par la dissection.
Cette poche ne pouvait être qu'un kyste urinaire ou un kyste
séreux enflammé et plein de pus. Cette dernière supposition
m'a paru la moins probable. Les kystes séreux des reins peu-
Vent bien s'enflammer, mais ils ne sont presque jamais soli-
taires ; en outre , ils font plus souvent saillie à l'extérieur du
rein qu'ils n'atrophient ses deux substances ; enfin ils ne pré-
sentent point les petites dépressions que nous remarquâmes là
KYSTES DES REINS. 5o'J
oii le kyste se continuait évidemment avec le bassinet; Tout
porte à croire que cette poche était réellement un kyste uri-
naire enflammé. Un autre foyer purulent était limité en haut
et en dehors par la membrane propre du rein, détachée et dé-
collée , communiquant avec le kyste urinaire. La production
de cet abcès au-dessous de la membrane propre du rein , pa-
raissait avoir été la suite de la rupture du kyste. Dans ce foyer,
on voyait des filamens celluleux, irréguliers, comme il y en a
. ordinairement dans les abcès formés au-dessous de la raem-
':• brane propre du rein. Le bassinet était parfaitement sain dans
I toute son étendue , et les orifices des calices , hors un , avaient
\ leur forme et leur dimension normales. Les substances corti-
i: cale et tubuleuse étaient saines, excepté dans un point de la
s substance corticale, où il existait un petit dépôt de lymphe
f plastique.
Le rein droit, du poids de trois onces trois gros , était légè-
I rement anémique ; lorsqu'il fut fendu , on reconnut dans son
t épaisseur un petit kyste solitaire du volume d'une noix, et qui
I avait les caractères des kystes urinaires. Plusieurs orifices des
< calices du bassinet de ce même rein étaient évidemment plus
} petits que dans l'état normal, disposition anatomique qui est
< upe prédisposition à de semblables kystes.
Kystes des reins.
§ 845. Les kystes des reins sont de petites vésicules ou
•j poches accidentelles qui contiennent une matière morbide,
' ordinairement liquide, des acéphalocystes , ou de l'urine plus
■: ou moins altérée.
La dégénérescence enkystée est très commune dans les reins.
Les kystes des reins doivent être divisés en kystes simples ,
en kystes acéphalocysliques et en kystes urinaires (Voyez
. Hydronèphrose).
Kystes simples.
S 8/i6. Les kystes simples, beaucoup plus communs que les
5o8 KYSTES SIMPLES DÈS REINS.
autres espèces de kystes, contiennent presque toujours un li-
quide diaphane, légèrement jaunâtre, ordinairement albumi-
neuï, tenant en solution une petite quantité de sels qu'on ren-
contre habituellement dans le sang et dans les autres liquides
animaux. Au lieu de sérosité (kystes séreux), on trouve quel-
quefois dans des kystes qui ont la même structure que les
précédens, une matière jaunâtre ou brunâtre, tremblotante,
gélatiniforme, ou qui a les principales propriétés physiques
du mucus. Parfois une matière beaucoup plus dense, solide,
semblable au cristallin , quoique moins transparente , remplit
complètement la cavité de ces poches accidentelles et leur
donne la résistance de productions morbides solides. J'ai vu
un semblable kyste rempli d'une matière blanche , argentine ,
qui fut reconnue, par l'analyse, pour de la cholestérine. Par-
fois encore on trouve, dans de semblables kystes, les élémens
du sang déposés sous la forme d'une sérosité plus ou moins
sanguinolente, ou bien une matière mélaniforme qui paraît
être du sang altéré.
D'autres fois ces kystes contiennent un liquide lactescent, une
sanie puriforme, ou du véritable pus, bien lié et jaunâtre.
Enfin, on trouve quelquefois la cavité de ces kystes presque
vide, leurs parois singulièrement déformées, et en même temps
la substance rénale voisine indurée ; disposition qui parait être
consécutive à la résorption d'une partie ou de la totalité de
l'humeur du kyste.
Les kystes simples des reins se développent dans trois par-
ties bien distinctes : i° dans la substance corticale; -2° dans le
tissu cellulaire qui entoure les vaisseaux rénaux; 3° enfin,
dans la substance tubuieuse.
1° Les kystes simples de la substance corticale sont les plus
communs de tous; niais ils acquièrent rarement un volume
considérable. Ils se développent ordinairement à la surface des
reins; cependant on les trouve par fois comme ensevelis dans
la substance corticale, sans que leur présence soit indiquée
à l'extérieur par aucune apparence anomale. Ordinairement
leurs parois sont minces , parfaitement transparentes et in-
colores, et ne sont point sillonnées de vaisseaux ou de ces
KYSTES SIMPLES DES REINS. Sog
bandes blanchâtres, en forme d'arcades, si remarquables sur
les parois des kystes urinaires (Atlas. Pl. XXV, fig. » )• Quel-
quefois cependant, soit par l'adhérence intime des kystes sim-
ples, séreux, à la capsule fibreuse des reins ou par d'autres
causes peu connues , la surface externe de ces kystes peut de-
venir complètement opaque ( Ati,a.s. Pl. xxvii, fig. 6), et être
parcourue en différens sens par des ramifications vasculaires,
On voit quelquefois aussi des vaisseaux sanguins sur les parois
parfaitement transparentes de quelques kystes séreux ( Atlas.
Pl. xxvn, fig. 6).
La surface intérieure des kystes, légèrement blanchâtre,
parfaitement lisse, ressemble à celle d'une membrane séreuse.
. La substance corticale contiguë est à-peu-près également re-
. foulée en tous sens lorsqu'ils sont d'un petitj volume , et un
peu plus en largeur qu'en profondeur lorsqu'ils ont des di-
mensions plus considérables. L'aspect lisse, poli, uniforme
du fond de ces kystes et l'absence des brides sur leurs parois
font un contraste frappant avec les nervures qu'on voit ordi-
nairement dans l'intérieur des kystes séreux qui se développent
dans le tissu cellulaire des vaisseaux urinaires.
Les kystes séreux de la substance corticale paraissent se
lidévelopper avec rapidité, et en nombre considérable, à la
isuite de certaines afi'ections rénales , surtout après la néphrite
tsimple et après la néphrite albumineuse. En efiet, lorsque ces
^maladies ont persisté pendant quelque temps, on rencontre
itaonvent, à la surface et dans l'épaisseur de la substance cor-
iiticale des deux reins , un très grand nombre de petites vésir
acnles ou de petits kystes séreux. Dans les atrophies des reins
«consécutives à la distension du bassinet, ou produites par
l d'autres causes, la substance corticale prend souvent une
(teinte jaunâtre abricot, et présente quelquefois, à sa surface
lou dans son épaisseur, de petites vésicules (Atlas. Pl. xxvi,
fig. 3). Plus rarement dans des circonstances analogues, il se
[développe de véritables kystes d'une plus grande dimension
. (Atlas. Pl. xxvi , fig. 4 ).
Certaines altérations de la substance corticale des reins , le
(plus souvent conséculiveaWà. d'ancieaiies néphrite» , déterrais
5 10 KYSTES SIMPLES DES REINS.
nent aussi (peut-être par suite de l'alropliie qui leur succède)
la formation d'un grand nombre de petits kystes, la plupart
remplis d'une matière gélatiniforme , jaunâtre. On voit sou-
vent aussi de semblables vésicules à la surface des reins sur
des dépressions qui ont l'apparence d'anciennes cicatrices.
D'autres fois on voit des kystes dans des points altérés par
une inflammation chronique et sans aucune apparence d'a-
trophie de la substance corticale (Atlas. Pl. xxvi, lîg. 6).
Il y a enfin des cas oii, sans affection rénale antécédente,
appréciable , les deux reins sont atteints d'une véritable de-
gènèrescence enkystée, générale, de la substance corticale,- dé-
générescence qui peut être portée à un si haut point, qu'il ne
reste presque plus de trace des substances rénales : alors , les
fonctions urinaires sont presque suspendues ou perverties,
et des lésions fonctionnelles graves d'autres appareils , surtout )
de l'appareil cérébro-spinal, déterminent la mort. J'ai fait figurer
un exemple très remarquable de celle dégénérescence (Atlas.
Pl. xxvr , fig. 1 et a). Les kystes, en général assez petits, étaient
lellement serrés les uns contre les autres que la structure rénale
était complètement désorganisée. En pareil cas, le volume des
reins augmenle considérablement, et on peut quelquefois sen-
tir, dans les régions rénales, de véritables tumeurs bosselées.
a° Les kystes qui naissent dans le tissu cellulaire des vais-
seaux rénaux sont beaucoup plus rares que les kystes de la
substance corticale. Ils peuvent prendre un grand dévelop-
pement en atrophiant la substance rénale contiguë. Au reste,
par leur apparence extérieure , ils ressemblent aux kystes de
la substance corticale et contiennent toujours de la sérosité
plus ou moins limpide.Leur surface intérieure, lisse et bleuâtre,
ressemble aussi à celle des kystes corticaux ; mais ces poches,
au lieu d'être régulièrement ovoïdes, comme celles des kystes
séreux corticaux, présentent souvent, dans leur contour, des
prolongemeus plus ou moins irréguliers, et elles offrent inté-
rieui'ement des réli'écissemens et des dilatations. D'autres fois
les kystes des arcades vasculaires prtînncnt une forme irré-
gulièrement allongée et s'enfoncent perpendiculairement jus-
«}ue dans la profondeur du reia. Presque toujours on voit.
I
KYSTES SIMPLES DES REINS. 5ll
> sur les parois de ces kystes, ramper de grosses veines bleuâtres,
qui forment des anses et des arcades anastoraotiques. Lorsque
cices kystes prennent un grand développement, ils peuvent
soulever la paroi correspondante du bassinet (surtout lorsqu'il
s est un peu large), et faire une saillie aplatie et fluctuante dans
sa cavité, sans intéresser en aucune façon l'intégrité de ses
parois. Quelquefois aussi un de ces kystes se montre dans la
scissure du rein , sous la forme d'une vessie allongée irrégu-
lièrement conique (Atlas. Pl. xxvxi, fig. a), qui, lorsqu'on
saisit le rein , comme pour exprimer le liquide contenu dans
le bassinet, s'allonge considérablement, devient plus large et
V plus bombée.
Ces kystes sont ordinairement transparens et superficiels sur
I un de leurs côtés , tandis que l'autre est revêtu par la substance
t rénale correspondante. On voit quelquefois de semblables
kystes , après avoir atrophié la substance rénale à la manière
des kystes urinaires, isoler plus ou moins complètement l'une
de l'autre, les deux extrémités du rein, et former, dans leur
intervalle, une poche fluctuante en partie recouverte d'une
eoache de substance corticale, le plus souvent anémique
é(Atlas. Pl. XXVII , fig. 3).
Quoique ces kystes des gaines celluleuses des vaisseaux ré-
naux soient ordinairement transparens dans leur partie sail-
lante à l'extérieur, ils ofî"rent, parfois, dans leur intérieur,
de légères brides blanchâtres , et plus rarement des appendices
f cfUi forment des cloisons incomplètes et opaques que l'on peut
apercevoir à l'extérieur.
Quelquefois ces kystes surmontent la substance rénale presque
à angle droit (Atlas. Pl. xxvii , fig. a).
Ces kystes sont quelquefois uniques, d'autres fois plus ôtt
Ittloins nombreux. Quelquefois ces kystes sont irrégulièrement
[disséminés à la surface du rein (Atlas. Pl. xxvii, fig. 2). D'autres
Ifois ils présentent, dans leur disposition, une certaine régu-
llarité (Atlas. Pl. xxvii, fig, 1), qui dépend de ce que ces kystes
lté forment dans les arcades vasculaires , entre les cônes de la
isubstance tubuleuse et la substance corticale. Il est rare de
lYoir cette disposition des kystes exprimée d'une manière plua
5ja KYSTES SIMPLES DES HEINS.
frappante que dans un cas quej'ai fail figurer (Atlas. Pl. xxvu
fig. i). Kn incisant soigneusement les reins des personnes
avancées en âge, souvent on trouve de grosses lacunes irrégu-
lières, des espèces de sinus remplis de sérosité, dans le tissu
cellulaire qui entoure les vaisseaux , ou bien , au lieu d'un
simple sinus, on y découvre de petits kjsles multiloculaires ,
terminés par une sorte de queue dont l'extrémilé se perd, un
peu plus loin , dans le tissu cellulaire,
3» Les kystes de la substance tubuleuse, toujours très petits,
sont des espèces de vésicules qui ne dépassent piesque jamais
le volume d'un grain de chenevis , et qui contiennent ordi-
nairement une matière séreuse ou gélatiniforme.
§ 847. On rencontre fréquemment des kystes simples dans
les reins des vieillards ; on les observe plus rarement dans les
reins des adultes et des enfans ; cependant on les a vus même
chez les nouveau-nés (Atlas. Pl. xxvi, fig. 4)«
Les kystes simples des reins n'occasionnent aucun accident
lorsqu'ils sont peu nombreux, ou d'un très très petit volume et
disséminés dans la substance corticale; mais ces kystes donnent
lieu à des accidens graves et quelquefois même à la mort, lors-
qu'ils ont entraîné l'atrophie complète ou presque complète des
substances rénales, ou bien encore lorsqu'ils viennent acciden-
tellement à s'enflammer.
Si les reins, eu éprouvant la dégénérescence enkystée, avaient
augmenté beaucoup de volume, il serait peut-être possible de
reconnaître celte altération pendant la vie, chez un sujet maigre
dont les régions rénales pourraient être facilement explorées.
Les bosselures de la surface des reins, ainsi altérés, ne pour-
raient être confondues qu'avec celles des reins atteints d'hydro-
néphrose, mais cette dernière altération est toujours précédée
d'accidens particuliers qu'entraîne la rétention de f urine dans
le rein.
Lorsque les kystes séreux des reins s'enflamment , l'humeur
qu'ils contiennent se trouble, devient lactescente par suite de
son mélange avec le pus. Cette inflammation des kystes séreux
est bien rarement primitive, le plus souvent elle a lieu dans
des cas de néphrite générale : cas dana lesquels l'inflammation
KYSTES SIMPLES DES HEINS. 5l3
envahit, non-seulerncnt les substanc!>s rénales, mais encore les
kystes développés dans leur épaisseur; à la suite de la suppu-
ration de ces kystes du bassinet et des calices, on a vu survenir
f' tous les accidens d'une résorption purulente-
$ 848. Les préparations iodées ont été plusieurs fois em-
ployées avec succès contre la dégénérescence enkystée des ovai-
res, mais la dégénérescence enkystée des reins est un mal sans
remède, lorsqu'elle est arrivée au point oh elle peut être recon-
nue ou soupçonnée pendant la vie.
Historique et observations particulières.
§ 84g. Les kystes simples ou séreux des reins sont connus
Il depuis long-temps des médecins anatomistes (i). On sait que
' F. Plater (a) a attribué à leur rupture certaines hydropisies
«ascites, opinion qui a été reproduite par plusieurs médecins
et même par Morgagni (3). On lit dans une foule d'auteurs des
jexemples de kystes ou d'hydatide? développés dans les reins;
■mais plusieurs cas et même des plus remarquables ne sont pas
irapportés avec assez de soin pour permettre de dire qu'il s'agit
de kystes simples et non d'hydronéphrose, oubien de la réunion
de ces deux altérations. A ce sujet, je renvoie à quelques obser-
ations rapportées par Boehmer (4), Sandifort(5),Gonradi(6), etc.
Mais on peut citer, comme des exemples remarquables de
égénération enkystée des reins , une observation insérée
ans le journal de Hufeland (7), et d'autres cas observés par
(l) Voyez : Willis. Pathologia cerebri, cap. 11, pag. 58. — Sonet. Sepulc.
naiom,, t. 11, lib. m, sect, xxi, obs. 5, 43. — Seger. Mùc. nat. cur., dec. i,
inn. II, obs. 53. — Bose. Progr. de rené per hjrdalides penitus destructo, Lips.
780, — 'Van CoeTeren. Spécimen ohsera), académie, cap. vu, § 4, p. gS, etc.
(a) Plater. Obs,, lib. m, p. 640. — Pract.,\ih. m, cap. 3.
I j (3) Morgagni. De sed. et caus, morb., epiat. xxvm, art. 41.
(4) Boehmer. Obs. anal, rar., fasc. 11. Praefat. p. 6, obs. iv.
(5) Sandifort. Obs. anat.pat/i., lih.iij, cap. r, p. aS.
( (6) Conradi C/iirurg, Bemeikung, in Amemann's Magazin fur die Jfuud-
rzn. B, I.
■■ (7) Hnfelands. Jnumal derprakt. Heilk. B. xtrr, St. iir, S. 7 1.
m. 33
5l4 KYSTES SIMPLES DES REINS.
Fabrice de Hilden (i), M. How8hip(2), et M. Bouillaud (3). Il
faut aussi rapporter aux kystes séreux des reins et non aux
hydalides, deux observations de Scheffer: dans l'une, il s'agit
d'une femme dont les reins, gonflés d'une manière extraordi-
naire , paraissaient formés par l'aggrégation de capsules ou
kystes qui contenaient une matière gélatineuse de diverses
couleurs. Le chirurgien Rollet a observé la même altération
sur les reins d'une femme qui avait été trouvée morte dans la
rue et dont le corps ne présentait de traces d'aucune autre ma-
ladie.
Les cas de dégénérescence enkystée complète des deux reins
sont rares ; notés par les anatomico-pathologistes , ils ont à
peine attiré l'attention des médecins. Darles (4) l'a observée sur
le cadavre d'un homme mort à l'âge de 4o ans, après avoir mené
une vie très sédentaire et éprouvé plusieurs .attaques de né-
phrite. On trouva les reins d'un volume égal à celui de la tète
d'un enfant qui vient de naître ; ils avaient une forme à-peu-
près globuleuse et un peu allongée. Le droit s'étendait dans
l'épigaslre derrière l'estomac et descendait jusqu'au-dessous du
cœcumj le gauche montait jusqu'au diaphragme, derrière la
rate, et descendait jusqu'à la région iliaque. Dans toute l'éten-
due de la surface de ces organes, on voyait des vésicules très
nombreuses, d'un volume et d'une forme très variés. Les vési-
cules étaient aussi minces que des membranes; quelques-unes
ne contenaient qu'un liquide limpide ou légèrement çitrin;
d'autres, plus épaisses, mais transparentes , renfermaient une
liqueur plus ou moins brune ; d'autres entièrement opaques
étaient remplies d'une sorte de pus terne, blanchâtre, de mau-
vais aspect. Toutes à l'intérieur offraient le poli brillant et la
couleur des membranes séreuses; elles formaient autant de
kystes distincts et séparés les uns des autres par du tissu cel-
lulaire. Il ne restait aucune trace de la substance corticale du
(1) Fabrice de Hilden. Cent, ii, obs. 65, p. r36.
(2) Ho'vrship. Ouv. àté, p. 37.
(3) Journal complémentaire des sciences médicales, t. xxxi, p. n.
(4) Journal de Médecine de Corvisart, Leroux et Boycr, t. xyir, p. Soi.
KYSTES SIBIPLES DES REINS. 5l5
r rein; on retrouvait seulement une portion des calices qui réunis
formaient les bassinets. Ceux-ci aussi bien que les uretères et la
. vessie étaient parfaitement sains et ne contenaient aucun calcul.
S 85o. Les exemples de dégénérescence enkystée des reins
chez les nouveau-nés sont assez rares. Littre (i) rapporte que ,
chez un fœtus gros et gras , toutes les parties étaient saines et
avaient leur conformation ordinaire, excepté les reins. Ce fœ-
; tus était mort dans le ventre de sa mère, pendant le travail de
l'accoucbement, qui fut long et laborieux. Les deux reins, plus
T grands qu'à l'ordinaire, ressemblaient à une grappe de raisin,
; c'est-à-dire qu'ils paraissaient composés de vésicules membra-
0 neuses de différente grosseur, de figure ronde ou ovale, serrées
d le3 unes contre les autres et pleines d'une liqueur semblable à
d de l'eau un peu épaisse et d'une odeur urineuse.
Les veines et les artères émulgentes au-dedans et au-dehors
c des reins étaient plus grosses que de coutume ; les uretères, de-
; puis la vessie jusqu'à un pouce près des reins, étaient creux à l'or-
. dinaij'e et avaient une ligne et d«raie de diamètre. Les parois du
1 bassinet dans les reins, à l'endroit du centre, étaient fortement
c collées «nsemble dans la largeur de quatre lignes. Le reste des
c deux bassinets était creux et rempli de la même liqueur que les
\ vésicules. Les vésicules qui composaient ces viscères étaient
a jittachées' les unes aux autres par plusieurs sortes de vaisseaux.
I Les plus petites étaient rougeâtres, et les plus grosses blanches.
1 Les premières étaient opaques et les autres transparentes. En--
; fin, les petites vésicules avaient leurs parois plus épaisses que
i les grosses.
^ Othmar Heer (a) a rapporté aussi un exemple fort remar-
quable de dégénérescence enkystée des reins d'un nouveau-né,
et on en lit un autre dans la Revue médicale (3) , çt une troi-
sième a été rapporté par €arus (4).
(1) LiUre. Acad. roy. des Sciences (Blbliotb. choisie de médecine, par
Planque, t. xxn, p. 8).
(2) Otbmar Heer, £)« remun morbis, in.4. Halse, i79o,p. 3ai, fig.
(3) Revue tnédicale, i83o, Paris, t. xxri, p. 406.
(4) Gemeins. deutsc/ie Zeitshr./iir Gtbur($htuide. B. iib Heft. i.
33.
5i6
KYSTES SIMPLES DES REINS.
Ods. f. — Df'gcnéiesccnce enkystée des deux reins, chez une femme
altcinte d'un cancer utérin. — Symptômes cérébraux préciirseum de la
mort (Obs. recueillie par M. Lecomte). (Atlas. Pl. xxvx, fig. i).
Baussant, Marie-Anne, âgée de Sg ans, demeurant rue de
l'IIôtel-de- Ville, n. r38, atteinte depuis deux ans d'un cancer
utérin, entra le 8 septembre i836 à l'hôpital de la Pitié, salle
Sninle-Geneviève, n° 7 (service de M. Clément).
Cette femme étnit dans l'état suivant : amaigrissement gé-
néral voisin du marasme; teinte jaunâtre de toute la peau;
insomnie; sentiment de malaise; soif modérée; ventre souple
non douloureux; urines peu abondantes, roages , laissant
déposer une matière d'un blanc jaunâtre : le doigt indicateur
inlroduit dans le vagin, on reconnaît une destruction coni-
plèle de tout le col de l'utérus. Toute la partie postérieure et
supérieure du vagin est également détruite dans presque toute
son épaisseur; le toucher détermine une douleur très vive,
et il s'écoule du vagin une sanie rougeâtre excessivement fé-
tide.
M. Clément ayant jugé cette affection au-dessus des res-
sources de l'art, prescrivit quelques palliatifs. L'amaigris-
sement fil des progrès; trois semaines après environ, il se
développa, à la région parolidienne droite, une tumeur qui,
au bout de quelques jours, présenta une fluctuation mani-
feste. Cette tumeur, incisée , laissa écouler un pus de mau-
vaise nature, sanieux et très fétide. Dans le fond de l'incision,
on apercevait une tumeur de la grosseur d'une pomme de rei-
nette , qui en' peu de jôurs fit des progrès rapides , s'ulcéra et
détruisit en môme temps les tégumens qui l'entouraient. La
malade, arrivée au dernier degré de marasme, succomba le
i5 octobre i836. Cette femme n'a offert de symptômes céré-
braux que quatre jours avant sa mort. Les trois premiers jours
du délire s'est manifesté; le quatrième elle est tombée dans
un coma profond, précurseur de la mort.
Autopsie dit cadavre, trente-six heures après la mort. —
Éiat extérieur. Raideur cadavérique peu prononcée; teinte
jaunâtre cancéreuse de la peau.
KYSTES SIMPLES DBS REINS. Bl'J
Potlnne. Les organes renfermés dans la cavité ihoracique
• ne présentent aucune altération.
Abdomen. Quelques adhérences du rectum avec le corps de
l'utérus; l'urèthre, la vessie et les uretères ne présentent rien
. de remarquable. La partie postérieure et supérieure du va-
il gin était détruite par une vaste ulcération qui avait désorga-
iinisé la cloison recto-vaginale jusqu'à la partie externe de la
3 membratie muqueuse du rectum. Le col de l'utéius était en-
tièrement détruit; son corps présentait une induration squir-
rheuse sans augmentation de volume ; ses annexes étaient
sains, et tous les autres organes de la cavité abdominale étaient
à l'état normal, excepté les ganglions lymphatiques de la ré-
gion lombaire , qui étaient squirrheux.
M. Lecomte m'ayant remis les reins, je les examinai avec
soin : ces organes offraient une dégénération enkystée des plus
extraordinaires. Le rein gauche pesait environ lo onces. Il
avait 6 pouces de longueur, a pouces et 9 lignes de largeur,
et a pouces d'épaisseur à la scissure. Vu de tous côtés, il pa-
raissait entièrement formé par une agglomération de kystes;
il ne restait plus réellement de traces de la substance corti-
cale, qui , sur tous les points , était remplacée par des kystes
de dimension et de couleurs variables. Les uns , c'était le plus
petit nombre, n'avaient que le volume d'une tète d'épingle;
plusieurs avaient la dimension d'un grain de raisin ou d'une
balle à fusil. Ces kystes contenaient des matières de consis-
u lance très variable; les unes étaient aqueuses, les autres
lavaient la consistance du beurre, ce qui donnait à la surface
ides reins un aspect bosselé , irrégulier et marqué de dif-
tférentes couleurs. Dans plusieurs kystes , la matière était
«jaunâtre 4 dans d'autres d'un jaune d'or ou d'un jaune grais-
Mseux, ou d'un jaune de bile humaine, ou enfin d'un jaune bru-
Knâtre comme la matière fécale liquide; enfin, plusieurs de
*ces kystes contenaient une matière noire qui ressemblait à du
isaijg liquide, altéré. Traitée par l'acide nitrique, l'humeur
ide ces kystes se prenait eu masse et formait un coagulum très
)épais, coloré en jaune. A la surface du rein, les limites de
ices kystes étaient indiquées par des lignes polygonales, blan-
5l8 KYSTES SIMPLES DES REINS.
châtres, comme du tissu cellulaire condensé. Le rein, divisé par
une incision pratiquée de son bord convexe à sa scissure et
examiné avec le plus grand soin, me parut formé par une
agglomération de kystes, séparés par des lignes celluleuses ou
tout-à-fait contiguës, sans communication de leurs cavités • de
manière qu'autour de l'un d'eux on pouvait vider tous les
kystes sans qu'il s'affaissât. En pratiquant un grand nombre
âe ctiupes dans une foule de directions de cette masse en-
kystée, partout je trouvai des kystes et nulle trace des sub-
stances corticale et tubuleuse. Le bassinet était petit. Après
avoir fendu les calices suivant leur longueur, au lieu des ma-
melons que leur extrémité embrasse ordinairement , on trou-
vait un kyste qui faisait plus ou moins saillie dans leur in-
térieur ; l'uretère était très petit. Les vaisseaux de ce rein ne
purent être injectés; de sorte que je ne puis rien dire sur
ta. disposition des arcades vasculaires et des branches qu'elles
fournissent ; mais ayant fait injecter l'autre rein dans lequel
la dégénérescence enkystée était moins complète, j'ai con-
staté que l'injection n'avait pénétré que dans les parties non
atrophiées de la substance corticale. Je n'ai point distingué
de vaisseaux dans les lignes polygonales celluleuses qui cir^
coriscrivaient les limites des kystes. Vu extérieurement, ce
rein paraissait aussi entièrement transformé en kystes ; on ne
découvrait pas de traces de la substance corticale; mais à la
loupe, je reconnus qu'il restait encore quelques îlots dé cette
substance et un certain nombre de tuhtdi intacts- Le bassinet
et l'uretère de ce rein étaient moins rétrécis que ceux du
rein du côté opposé. La sécrétion urinaire avait lieu à l'aide
de ces débris , qui n'auraient pas tardé à complètement dis-
paraître : malheureusement on oublia de m'apporler le peu d'u-
rine que contenait la" vessie.
KYSTES SIMPLES DES REINS.
5l9
Obs. II. — Reins farcis d'un si grand nombre de kystes que leur sub-
stance corticale était presque entièrement détruite; symptômes cérébraux
attribués peudant la vie à une méningite; mort (Cas communique par
M. le docteur Bchicr) (A.tlas. PI. xxvi. fig 2).
Une femme , d'un âge avancé , était depuis quelque temps à
l'hôpital de la Pitié , pour une légère affection de l'estomac ,
lorsqu'elle fut prise , du soir ait lendemain, de symptômes
cérébraux, fort graves : Coma continu > yeux convulsés en
haut , commencement de résolution générale. Le lendemain
matin , symptômes aggravés j résolution complète et générale
de tous les membres; cette femme n'entend plus ce qu'on
lui dit; yeux toujours convulsés en haut; pupilles dilatées ;
tâle trachéal. Mort à deux heures.
A l'ouvertxire du cadavre on trouva les deux reins dans un
état presque complet d'atrophie avec développement d'une
quantité énorme de kystes. Catarrhe de la vessie ; urine char-
gée et donnant un dépôt assez épais.
Quatre onces de sérosité (i) environ étaient déposées dans les
ventricules latéraux du cerveau qui étaient élargis ; il y en
avait aussi dans la pie-mère , dans laquelle on observait çà et
là, à la convexité des hémisphères, une matière gélatiniforme
transparente ; les glandes de Pacchioni étaient nombreuses.
Les méninges n'offraient aucune injection. Quelques petits
points blanc jaunâtre existaient entre la pie-mère et l'arach-
noïde près de la grande scissure du côté gauche. Il y avait un
peu plus de sérosité que d'ordinaire dans le canal rachidien.
§ 8i)i. Dans la plupart des observations de dégénérescence
enkystée des reins, recueillies jusqu'à ce jour, il est seulement
fait mention des accidens cérébraux qui ont précédé ou an-
noncé la mort ; car bien rarement on a pu se procurer des ren-
seignement exacts sur l'étal antérieur des malades. Ces rensei-
(1) L'altération des reins n'ayant été reconnue qu'à l'ouverture du bas-
ventre, qui fut faite après celle de la tête, cette sérosité ne put être recueil-
lie; si elle l'eût été, nous aurions procédé à la recherche de l'nrée dans ce
liquide.
D20 ICySïJiS SIMPLES UKS IIEINS.
gnemens, on les trouve exposés avec beaucoup de soin dans une
observation publiée par Corvisart et Leroux.
Obs. UI. — Tumeurs des reins formées par des kystes ; accidens céré-
Lraiix; mort (Journal de médecine, chirurgie , •pharmmcie, etc., tom. xu,
p. 399, an XII, par MM. Corvisart et J.-J. Leroux).
Guillaume R... , âgé de .'19 ans , homme de loi , d'un tempé-
rament lymphatico-sanguin et un peu bilieux, d'un caractère
ouverl , mais susceptible, d'une constitution assez robuste ,
naquit à Paris de parens sains, et vécut toujours d'une ma-
nière sédentaire et assez réglée. Dans son enfance, il n'éprouva
d'autres maladies remarquables que la variole et la rougeole.
Vers l'âge de 18 ans , il devint sujet à de fréquentes coliques
venteuses , dans lesquelles la région' épigastrique était
douloureusement distendue : il se sentait alors oppressé et
presque suffoqué, jusqu'à ce qu'une éructation tumultueuse
vînt le soulager. Rarement il rendait des vents par en bas. II
attribuait ordinairement ces coliques à l'usage des légumes,
quoiqu'en général ses facultés digestives fussent assez énergi-
ques.
A- peu-près vers le même âge, il devint sujet à des palpita-
tions assez violentes à la région du cœur: pendant qu'elles du-
raient, il y avait anxiété, gêne de la respiration. Il leur opposa
long-temps sans succès des caïmans, des spiritueux, etc. Dans la
suite, sur l'avis d'un de ses amis qui en avait eu de semblables
qui s'étaient dissipées peu-à-peu , il prit le parti de les sup-
porter patiemment , espérant de les voir cesser avec l'âge.
Les retours de ces coliques et de ces palpitations n'offrirent
point de correspondance marquée avec les affections morales
auxquelles le malade était sujet; naturellement vif etemporté ,
son effervescence se calmait promplement : cependant, à la
suite de mouvemens de vivacité, il fut quelquefois pris d'ac-
cès passagers de lièvre. Il éprouva aussi , principalement
dans l'âge mûr, quelques fièvres continues peu graves. Vers
l'âge de Sg ans, il fut pris d'une sorte de fièvre ardente très
intense; il y avait environ dix jours qu'il en était attaqué , et
il y avait même eu du délire , lorsque la journée du 10 août
KYSTES SI3IPLES DES REINS. 521
I 179a arriva. Frappé par le premier tumulle et s'en étant fait
. expliquer la cause, malgré son état il fait les plus grands ef-
forts , se lève, se rend à son poste,' y reste en permanence,
livré aux agitations et à l'enthousiasme qu'inspiraient ces évè-
: nemens; et lorsque tout fut fini, il se trouva quitte de la fièvre.
Vers l'âge de 40 ans, et même quelques années auparavant,
: il commença à acquérir un embonpoint considérable; l'obésité
, du ventre était surtout remarquable. Vers la même époque , il
è devint sujet à des hémorrhoïdes internes fluentes, dont le
[1 retour avait lieu deux ou trois fois chaque année , tantôt à une
a saison , tantôt à l'autre : il était averti la veille, de leur retour,
f par une sorte de malaise fébrile; le flux était très abondant et
p remplissait, à chaque fois, presque la moitié d'un pot de
e chambre.
A-peu-près vers le même temps, les palpitations de cœur
a cessèrent de paraître; les coliques venteuses devinrent beau-
e coup plus rares, et bientôt elles cessèrent entièrement.
Pendant les années qui suivirent et qui correspondent à
e celles de la révolution , R... fut singulièrement agité par les
é évèneraens : il partagea les impressions des circonstances les
pplus orageuses; il occupa des places assez importantes, puis
k se vit réduit à de minces emplois.
Au commencement de l'an m , il éprouva sans causes con-
Dnues, deux attaques assez intenses , d'une très vive douleur
taux lombes , avec vomissemens (il a dit depuis qu'il avait eu
«vers la fin de 1791, une attaque à-peu-près semblable). Au
nmois de prairial de la même année, peu de jours après
' l'affaire de Grenelle , qui l'avait beaucoup affecté , il éprouva
• une troisième attaque beaucoup plus vive que les précédentes,
liet qu'il nous décrivit depuis de la manière suivante :
Une nuit, il se réveilla avec quelques douleurs obscures,
k assez étendues, mais cependant bornées aux deux régions
• lombaires. Au bout d'environ deux heures , les douleurs ces-
lisèrent, et furent aussitôt remplacées par une douleur unique,
imais d'une violence tout- à-fait insupportable, qui se fixa sur
lia région du rein droit, et dans un espace très circonscrit (On
k n'a point demandé s'il y avait un engourdissement de l'extré-
522
KYSTES SIMPLES DES BÉINS.
mile affectée, ou rétraction du testicule). Tout le reste de
l'abdomen était sans douleur. Bientôt se déclarèrent des vo-
missemens d'une matière verte très amère, accompagnés de
beaucoup d'eflorts , d'angoisses, de convulsions dans tous les
membres. Ces vomissemens se répétèrent fréquemment pen-
dant douze à quinze heures. Dans les intervalles, la douleur
continuait avec une extrême intensité, avec chaleur, soif vive,
mais sans mal de tête, ni jaunisse; elle augmentait parla pres-
sion. Il n'y avait point de déjections, ni de tranchées intesti-
nales : les urines coulaient à-peu-près comme dans l'état natu-
rel. Au bout d'environ seize heures (depuis l'invasion de la
douleur du rein droit) , l'accès cessa presque tout-à-coup.
Après cette attaque , il y eut une selle qui ne présentait rien
de particulier ; le malade se remit assez promptement.
Depuis cette époque, jusqu'au commencement de l'an x, il
eut deux ou trois attaques semblables , mais moins intenses ,
dans l'intervalle desquelles il jouit d'une assez bonne sanlé,
seulement dans l'an viii , il éprouva sous le sein droit une
douleur très vive qui augmentait par la pression, gênait la
respiration , mais n'était point accompagnée de toux ni d'ex-
pectoration. Cette douleur dura trente jours, au bout desquels
on appliqua sur la partie souffrante un emplâtre de ciguë, et
cinq jours après la douleur avait disparu.
Au mois de vendémiaire an x, il eut une attaque 'des plus
vives et en tout semblable à celle décrite ci-dessus. Les souf-
frances étaient telles qu'il fut sur le point de se détruire avec
un mauvais couteau qu'il portait.
Après cette attaque, l'appétit se trouva beaucoup diminué,
les digestions devinrent pénibles, et accompagnées de senti-
ment de pesanteur, et de rots non acides. Cependant le régime
du malade était simple et frugal : il buvait beaucoup d'eau
vineuse, dînait avec de la soupe, du bouilli ou quelques légu-
mes; ne soupait point. Il ne prenait plus , dépuis deux ans, de
café , quoiqu'il y eût été habitué auparavant. Il eut, quelque
temps après , ses hémorrhoïdes.
Le 9 germinal , nouvel accès , après lequel l'appétit dimi-
nua de plus en plus , les digestions devinrent de plus en plus
KYSTES SIMPLES DES REINS. 523
difficiles et furent habituellement accompagnées de rots et de
nausées. Il commença à éprouver pendant les nuits de la cha-
leur et du malaise. Son embonpoint , et qui était beaucoup
moindre depuis quatre ans , diminua encore davantage. En
floréal, il eut de nouveau ses hémorrhoïdes. Le 19 floréal, il
ne prit dans la journée que de la soupe et un œuf frais. Dans
la nuit suivante , il s'éveilla avec les premières douleurs lom-
baires. La douleur du rein droit et les vomissemens succédè-
rent: L'accès dura près de 24 heures. Les urines étaient un
peu rouges et troubles. Un lavement amena une selle, avec
quelque soulagement. Dans tous ces accès, il faisait Usage de
lavemens et de beaucoup de thé , il prenait aussi quelquefois
des gouttes d'Hoffmann. Ces moyens semblaient produire quel-
que soulagement. Après l'accès, il éprouva un désir de boissons
acides, qu'il aimait d'ailleurs nalurelleraent,ainsi que les alimens
de même goût. Les deux jours suivans, il fut assez tranquille, ét
n'eut qu'une selle chaque jour. Le 4 prairial, il fut pris d'un dé-
Voiement qui, le 5, fut accompagné de quelques coliques. Le 6,
il rendit , avec des épreintes très douloureuses, des frissons et
des nausées vaines, quelques selle?s*nglantes et liquides. Eu
les examinant , il reconnut qu'elles étaient composées de glai-
rés blanchâtres disposées en fragmens, qu'il comparait à des
follicules de séné, et mêlées d'un sang qui teignait fortement
tout en rouge , lorsqu'il agitait le vase. Le 7 au soir, les selles
Sanguinolentes cessèrent, et avec elles tout dévoiement. Le ma-
lade resta ti'ès affaibli. Ses digestions devinrent de plus en
plus pénibles. Il éprouvait à la région épigastrique un senti-
ment de gêne, comme si quelque chose eût empêché ce qu'il
avait mangé de passer. Les selles étaient devenues naturelles.
Il évitait les alimens solides et rendait beaucoup de vents par
en haut. Enfin, dépourvu de secours dans son domicile, il se
présenta à l'hôpital de la Charité, oii, admis dans l'une des
salles de Clinique et soumis à l'observation le 4 prairial , i
présenta les symptômes suivanâ :
La face, autrefois fleurie, était devenue un peu bouffie. Les
traits étaient flasques, les conjonctives ûn peu vires centes,
l'œil assez vif : il y avait une certaine pesanteur de tête sans
524 KYSTES SIAIPLES DES IIEINS.
céphalalgie prononcée. La bouche n'était pas mauvaise, quoi
que la langue fût un peu sale; il y avait inappétence, mais U
soif élait assez vive et le malade se sentait quelque goût pour
le vin, qui, disait-il, le soutenait.
La poitrine , vaste et de belles dimensions, n'offrait rien de
bien remarquable, seulement il y avait un peu de gêne de la
respiration , mais sans toux, ni expectoration. Le ventre était
volumineux, gonflé , peu tendu , indolent même à l'épigastre.
L'hypochondre droit n'ofl'ruit rien de remarquable. On sentait
dans l'hypochondre gauche un corps assez volumineux que l'on
crut être la rate. Lorsqu'on pressait la région du rein droit, le
malade qui avait une douleur obscure et profonde : « c'est là ,
disait-il, que je souffre dans les accès». Les digestions étaient
dans l'état que nous avons déjà décrit : il y avait, depuis la
veille, un peu de dévoiement. Les urines étaient abondantes,
limpides et presque aqueuses.
Les membres n'étaient point infiltrés, mais il y avait un peu
d'amaigrissement. La peau était assez fraîche et sans coloration
jaune; le pouls était développé, souple, sans fréquence.
Les forces étaient ency»assez bonnes , quoique diminuées :
le moral ne semblait pas non plus fort affecté. Le malade j en
racontant la longue série de ses maux et de ses chagrins, sem-
blait les oublier et se trouvait même assez gai. Il assurait n'a-
voir jamais éprouvé aucun ictère, aucune maladie, aucune
douleur dans la région du foie; il n'avait non plus jamais
rendu de graviers par les urines.
Les i3, i4, i5, 16 prairial, cet étal persista sans aucun
changement. Il n'y avait nul mouvement fébrile. Les nuits
étaient assez bonnes, le malade se levait, mais se plaignait de
faiblesse.il rendait beaucoup de vents par en haut. Les selles
étaient redevenucs naturelles. Dès le i3, les urines étaient très
abondantes (il remplissait environ trois fois le pot de chambre
en 24 heures) parfaitement limpides, incolores et presque sem-
blables à de l'eau. Le citoyen Corvisiirt se proposait de mettre
le malade à l'usage des apéritifs , des fondans, des savonneux,
et avait ordonné, en attendant, les apozèmes chicoracés, et, pour
soutenir ses forces, deux verres de vin, et deux soupes au riz.
KYSTF.S SIMPLES DES REINS. 5q5
Le 17, il y eut de l'orage dans la soirée, le malade eu fut
très gêné , eut une grande oppression, et nous dit que, depuis
long-temps, il ressentait beaucoup les vicissitudes de l'at-
mosphère, et que les temps d'orage faisaient toujours sur lui
cette iinpression.
Le i8, à l'heure de la visite (six heures et demie), il était
dans l'état ordinaire : il avait également rendu une grande
quantité d'urines limpides. Dans la matinée il fut pris , sans
cause connue (si ce n'est peut-être un peu plus de décourage-
ment et de chagrin qu'à l'ordinaire ) , d'un tremblement gé-
néral, d'oppression, d'anxiété extrême; il délira de temps en
temps dans la journée; la nuit il parut dormir.
Le 19, à l'heure de la visite, il avait la respiration haute,
très gênée, avec soupirs profonds de temps en temps; sa phy-
sionomie exprimait l'angoisse. Il avait l'esprit assez présent
et répondait juste aux questions. Le pouls était petit, serré,
fréquent, assez régulier j le ventre était par momens élevé,
tendu, surtout à la région épigastrique ; il y avait des hoquets
fréquens.
Le citoyen Corvisart prescrivit la potion cordiale majeure,
un layemejit purgatif et une infusion de camomille. Quelque
temps après la visite, le malade fut pris d'un tremblement
intense et général, avec sentiment de froid et de soif^Le reste
de la journée se passa comme la veille. La respiration deve-
nait de plus en plus stertoreuse. Il y eut quelques selles noi-
râtres à la suite du lavement; les urines étaient toujours abon-
dantes et aqueuses. Dans la soirée, on observa une diminution
très sensible dans la faculté de mouvoir les membres du côté
gauche : il ne pouvait serrer la main de ce côté, ce qu'il fai-
sait fort bien avec la main droite. Il y avait somnolence; même
état dans la nuit; point d'évacuations.
Le 20, au matin, la respiration était tout-à-fait stertoreuse ,
assez profonde et rare, parfois suspirieuse. Excité de sa som-
nolence , il avait l'air égaré , les pupilles peu mobiles, la vue
incertaine, les yeux un peu injectés, larraoyans , l'ouïe encore
libre ; il conservait encore un peu les fonctions de l'entende-
ment, reconnaissait le médecin, donnait des réponses asasz justes,
SaÔ KYSTES SIMPLES DES REINS.
mais d'une voix entrecoupée et embrouillée, les paroles se
succédant avec une rapidité singulière , et roulant, pour ainsi
dire , les unes sur les autres. Lorsqu'on lui disait de tirer la
langue, il ouvrait la bouche avec peine, en tremblant, et d'une
manière presque convulsive; la langue était tremblotante, un
peu brunâtre , et il ne pouvait la faire sortir. La chaleur du
coi-ps était moins grande que dans l'état naturel; le visage
et les bras étaient froids ; le pouls était petit , mou , fréquent,
un peu enfoncé, assez régulier; la diminution des mouveraens,
dans .l'extrémité gauche , était un peu moins marquée. Lors-
qu'on étendait les doigts de la main de ce côté et qu'on soute-
nait en même temps le membre dans une position horizontale,
les doigts restaient étendus et étaient long-temps avant d'en-
trer en flexion ; ils semblaient même ne se fléchir que par leur
poids; la même chose avait aussi lieu, mais d'une manière
bien moins marquée, pour la main droite. L'abdomen était
élevé, un peu ballonné à l'épigastre, peu sensible. Le malade
était couché , en supination , un peu penché sur le côté droit.
La somnolence continuait. On regarda cet état comme une
espèce d'apoplexie incomplète; on donna le petit -lait avec
deux grains d'émétique, la potion cordiale majeure, et on fit
appliquer deux larges vésicatoires aux cuisses. Même état dans
la journ<ie ; selles involontaires. Il sentit vivement les vésica-
toires. Pendant la nuit, forte somnolence, ou plutôt état co-
mateux; point de selles.
Le 31, après le pansement, qu'il sentit très vivement, le ma-
lade parut plus excité, ses yeux étaient ouverts et mobiles; il
put tirer un peu la langue , qui était fuligineuse et sèche|; la
respiration, l'abdomen, le pouls, la chaleur de la peau étaient
à-peu-près comme la veille. La légère paralysie des membres
gauches était encoi-e moins marquée , mais la face était de plus
en plus décomposée ; une sorte d'ecchymose , qui était d'abord
à l'œil gauche , avait passé à l'œil droit. Après la visite, le ma-
lade éprouva un tremblement général. Dans la jouniée, ex-
cepté des variations fugaces dans les divers symptômes , il n'y
eut rien de bien remarquable. Il rendait toujours sous lui ses
selles, qui étaient peu abondantes: les urines toujours limr
KYSTES SIMPLES DES REINS. 627
pides et blanches. Il voulait quelquefois se lever, et alors tout
son corps tremblait et était dans une agitation extrême. Au
soir, la parole était devenue assez intelligible , quoique tou-
jours précipitée et embrouillée. Les facultés de l'entendement
paraissaient assez saines; il raisonnait juste; seulement il pre-
nait pour un cheval un fauteuil qu'il avait sous les yeux. Cette
1 erreur était la seule qu'on aperçût dans ses paroles. Le pouls
était faible, enfoncé, obscur, peu développé, assez peu fré-
quent. Pendant la nuit un peu de sommeil, sorte de mal de
tête, délire fugace vers cinq heiires du matin; iirines faciles,
j peu abondantes, limpides.
Le aa, la respiration était moins sterloreuse, plus fréquente;
i l?i parole plus facile, quoique toujours un peu embrouillée. Le
I corps était un peu plus échaulTé, le visage et les bras moins
I froids; les facultés intellectuelles étaient assez saines. Le malade
. nous dit même que, pendant les jours précédens, il s'était senti
. une forte propension au sommeil , avec une sorte de chaleur
> dans la tête. Il tirait assez bien la langue, qui était sèche,
1 brune, gercée en travers. Les mouveraens du bras gauche
i étaient à-peu-près aussi faciles que ceux du droit. Mais les
yeux étaient toujours égarés, presque hagards, larmoyans; la
face se décomposait de plus en plus , les narines devenaient
aplaties. Abandonné à lui-même dans la journée, il était al-
ternativement dans l'agitation ou la somnolence , et raarrao-
tait souvent des choses inintelligibles. Le pouls était petite
faible, fréquent, moins obscur que la veille.
Vers deux heures de l'après-midi, la face et les mains étaient
I redevenues très froides: le reste du corps était à peine tiède.
Le malade avait une sorte de loquacité; ses paroles étaient
I très précipitées et tellement embrouillées , qu'on n'y pouvait
I rien distinguer, si ce n'est qu'il demandait à manger. Le pouls
t était petit, faible, inégal, irrégulier, non obscur. Il lirait
t encore assez bien la langue, qui était toujours brunâtre. Dans
i la soirée, la respiration redevint de plus en plus stertoreuse.
i II parlait haut, criait même, demandait à manger, puis mar-
I motait des choses inintelligibles : le râle se manifesta. Vers
neuf heures du soir, l'agitation était la plus grande; vers dix
528 KYSTKS SIMPLES DES REINS.
heures, le râle cessa lout-à-coup ; le malade parut soitffltr un
moment et il mourut.
Ouverture cadavérique faite douze heures après la mort
Etat extérieur. La figure était plombée , livide , les traits dé-
composés , flasques ; l'œil droit était plus injecté que le gauche;
la poitrine résonnait bien dans tous ses points; l'abdomen
conservait, ainsi que le reste du cadavre, beaucoup d'embon-
point.
Cavité du crâne. Le crâne étant ouvert, le cerveau parut
être affaissé et ne pas remplir entièrement sa cavité j les mem-
branes étaient fort humides, mais non injectées.
Il y avait surtout beaucoup d'infiltration à la partie posté-
rieure du cerveau, et une couche gélatiniforme sous l'arach-
noïde. Les méninges s'enlevaient facilement. La couleur dn
cerveau était naturelle; mais il était d'une mollesse, d'une
flexibilité singulière, surtout dans ses lobes droits, qui ne se
déchiraient pas facilement et que l'on pouvait tordre presque
comme du linge mouillé. Les ventricules latéraux ne conte-
naient que peu de sérosité; mais dans chacun d'eux se trou-
vait un vésicule de la grosseur d'une petite noix contenant un
fluide très limpide : ces vésicules étaient comme implantées aux
plexus choroïdes. Le cervelet n'avait rien de remarquable que
son humidité et son peu de consistance; il y avait un peu de
sérosité à la base du crâne.
Cavité thoracîque. Les viscères de la poitrine étaient dans
l'état le plus sain.
Cavité abdominale. Les parois de l'abdomen, fort surchar-
gées de graisse, étant ouvertes, on n'apercevait que les circon-
volutions des divers intestins, tous amples, vides, sains et
d'une couleur un peu grise; l'estomac, le foie, la rate ne pa-
raissaient point : ils étaient refoulés sous les hypochondres
et vers le diaphragme. En écartant les intestins grêles et le
colon, on aperçut, à travers les graisses, les reins d'un volume
extrêmement considérable et d'une forme singulière : ce
volume était cause du refoulement des viscères épigastriques.
Poursuivant l'examen de l'épigastre, on trouva le foie retiré
supérieurement, d'un petit volume, comme épuisé [consump-
KYSTES SIMPLES DES RElIfS. Sag
tum des auteurs), flasque, d'une couleur assez foncée, surtout
à la face inférieure , sain dans sa substance ; la vésicule con-
; tenait un peu de bile plus pâle qu'à l'ordinaire.
La rate , située fort haut et en arrière , était petite et n'of-
frait aucune remarque intéressante. L'estomac avait son ex-
trémité pylorique refoulée en haut et comprimée parle rein
I droit, qui remontait derrière elle (cette disposition explique
en partie la grande gêne des digestions, surtout dans les der-
j niers temps): ce viscère était d'ailleurs dans l'état naturel,
quant au volume et à la texture de ses parois ; l'épiploon
et le mésentère n'avaient rien de remarquable qu'un peu
1 d'obésité.
Les reins, ayant été dégagés des enveloppes graisseuses, abon-
Jidantes, molles et jaunes qui les recouvraient au-dessous du
> péritoine, offraient un volume à-peu-près égal à celui de la
itête d'un enfant qui vient de naître. Ils avaient une forme à-
> peu-près globuleuse et un peu allongée ; le droit s'étendait dans
l'épigastre derrière l'estomac, et descendait jusqu'au-dessous
ide la partie supérieure du cœcum; le gauche montait jusqu'au
1 diaphragme et derrière la rate, et descendait presque dans la
nrégion iliaque.
Les surfaces de ces organes , entièrement semblables l'une et
l'autre, n'avaient plus rien de l'aspect naturel. Elles offraienti
1 dans toute leur étendue, un amas de vésicules très nombreuses,
«se touchant toutes, confondues ensemble par endroits, et, dans
t d'autres , se détachant en segmens de snhère , en hémisphères
même , d'une forme régulièrement globuleuse , d'un volume
très varié, depuis celui d'un œuf de pigeon jusqu'à celui d'un
.jrain de raisin, avec lequel quelques-unes avaient beaucoup
de ressemblance pour la teinte et la transparence, qui variaient
beaucoup. Les unes avaient la couleur grise argentée des
aponévroses, étaient transparentes, fort minces, ne versaient
[u'un fluide limpide ou légèrement citrin; d'autres, plus
'•paisses, moins transparentes, contenaient une humeur plus
JU moins brune; d'autres, entièrement opaques, blanches,
renfermaient une sorte de pus ténu, blanchâtre, de mauvaise
mture. Toutes, étant ouvertes et évacu»îes, offraient le poli
m. 34
53o KYSTES SIMPLES DES REINS.
brillant et la couleur des membranes séréuses , avec une légère
injection rosée.
La capacité de ces vésicules superficielles s'étendait plus où
moins dans le rein ou plutôt vers d'autres kystes, qui avaient
tellement pris la place de sa substance , qu'il n'en existait plus
aucune trace. Tout était changé en vésicules semblables à
cefles que nous avons décrites, et liées entre elles par un tissii
cellulaire infiltré de séi-osité. Les cavités de chacune de ces
vésicules étaient parfaitement isolées les unes des autres, et
formaient, comme les membranes séreuses, des sacs sans ou-
verture. Toutes ces vésicules superficielles étaient recouvertes
par la membrane propre da rein , qui n'avait éprouvé aucune
solution de continuité.
On ne reconnaissait plus la terminaison de la substance
tubuleuse en mamelons , mais on retrouvait les restes des ca-
lices : là s'arrêtait la désorganisation. Le bassinet offrait èn-
lièrement l'état naturel : sa capacité, sa forme, sa structure
étaient ordinaires. L'uretère qui en partait était également
sain , et la vessie n'offrait non plus aucune altération remar-
quable. Les vaisseaux éinulgens étaient absolument dans l'état
ordinaire hors du rein; on ne suivit pas leur disposition dans
l'intérieur.
On ne trouva dans l'intérieur du rein droit (le sac ouvert ,
l'autre ayant été réservé pour être modelé), ni dans les canaux
excréteurs, aucun calcul; mais il y avait quelques très pelils
noyaux blanchâtres d'une consistance cartilagineuse : le reste
du cadavre ne présentait rien de particulier.
§ 852. L'observation suivante est non-seulement un exemple
remarquable de dégénérescence enkystée des reins , mais en-
core une nouvelle preuve d'un fait déjà établi, celui des in-
fections purulentes à la suite deS suppurations dés reins ou
des kystes développés dans ces organes.
KYSTES SIMPLES DES REINS. 53 1
Obs. IV. — Douleurs rhumatismales légères; iavasion brusque de dyspnée
rétention d'urine; urines purulentes rendues par le cathétérismc, qui est
suivi de convulsions; agonie commençant immédiatement après l'opéra-
tion; mort vingt-quatre heures après. — Atrophie complète du tissu des
reins, envahis par des kystes , dont quelques-uns sont purulens ; pneumonie
lobulaire.
Finot, âgé de 48 ans, tailleur, entra à l'hôpital de la Cha-
rité, le i8 mai 1837, sans fièvre, se plaignant de douleurs
musculaires vagues , et dont l'intensité paraissait si peu grande,
qu'il fut admis pour prendre quelques bains de vapeur et se re-
poser. A la visite du lendemain , interrogé sur le siège de ses
douleurs , il indiqua les bras et les jambes j l'urine avait les
caractères physiques de l'urine saine [bains de vapeur ^ demi-
portion des alimens.)
Du 18 au a5 mai, rien de particulier; le 35, frisson ; le 37,
la respiration est gênée; toux sans expectoration, sans point de
côté, fièvre, râle crépitant à la partie inférieure latérale du pou-
mon droit. Cependant la gène delà respiration paraîtplusgrande
que l'étendue présumée de l'inflammation du poumon (sot'^nee).
Le 28 mai , la fièvre persiste , la dyspnée est plus grande et
elle est accompagnée d'un état de stupeur et de prostration
dont la physionomie me rappelle les cas de résorption puru-
lente. A la partie latérale inférieure et un peu antérieure du
poumon droit, on entend du râle crépitant. La vessiè est
distendue par de l'urine. Une sonde pénètre avec quelque dif-
ficulté dans la vessie, et donne issue d'abord à une urine lac-
tescente, plus tard à du pus homogène, bien lié, tel que celai
qui s'écoule lors de l'ouverture des abcès phlegmoneux; au
même moment le malade semble éprouver une douleur assez
vive, qu'il témoigne par quelques mouvemens des membres in-
férieurs, et bientôt les mouvemens sont remplacés par un état
convulsif général. La respiration devient plus gênée, et le ma-
I lade paraît n'avoir que quelques ininutes à vivre. L'agonie
\ commence en effet; mais la mort n'eut lieu que le lendemain
i 3o, à huit heures du matin; la veille, la partie antérieure
I du trono s'était couverte de sudamina.
34.
5^2 KYSTFS SIMPLES DFS REINS.
Autopsie du cadavre , le 3i mai, vingt-quatre heures après
la mort.
Ilafjilude extérieure. Médiocre embonpoint.
Ahdomen. Les reins paraissent considérablement augmen-
tés de volume et semblent formes par une masse de kys-
tes réunis, adhérens les uns aux autres. Adhérences du rein
droit au diaphragme; le rein gauche est libre. Le volume des
reins est triple du volume naturel, la forme en est assez bien
conservée, l'extrémité supérieure est plus volumineuse que
l'inférieure, la dépression et la scissure des vaisseaux ont l'as-
pect ordinaire. Le diamètre longitudinal est d'environ 7 pou-
ces, le transversal de 3 pouces 9 lignes, la circonférence de
9 pouces et 3 lignes à la partie supérieure, qui est la plus large.
Par l'examen le plus attentif de la surface des reins, on n'y
reconnaît qu'une multitude de kystes de diverses grandeurs ,
séparés les uns des autres par des sillons que remplit un peu
dégraisse facile à enlever. De ces kystes les plus pelils ont le
volume d'un pois, les plus gros ont celui d'une noix. Vus
à travers la membrane extérieure , ils ont un aspect blanchâ-
tre. Cette membrane enlevée, ce qui se fait sans peine, on
distingue des kystes de trois couleurs : les uns d'une teinte
citrine, les autres un peu brunâtres, et les uns et les autres
parfaitement transparens; d'autres, et ce sont les kystes les plus
volumineux, ont une enveloppe un peu plus épaisse, d'une
couleur jaunâtre et opaqvie; l'intérieur en est d'un blanc lai-
teux , rempli de pus , et tapissé par une couche de pus
demi-concret, au-dessous de laquelle il y a quelques arborisa-
tions vasculaires. On trouve dans l'uretère une certaine quan-
tité de pus qui provient du bassinet dilaté et enflammé; la
membrane muqueuse de ce réservoir est pâle dans la plus
grande partie de son étendue, et, en pressant le rein, on voit
le pus sourdre des calices, dont les orifices dans le bassinet ont
aussi subi une légère dilatation.
Le rein, divisé suivant son épaisseur, offre le même aspect
qu'à l'extérieur; l'œil cherche tn vain des traces des deux sub-
stances des reins ; on ne rencontre partout que des kystes sé-
parés par quelques brides cellulo-fibreuses. Les veines rénales
KYSTES SIMPLES DES REINS.
533
contenaient du sang liquide; les artères rénales étaient vides.
Les capsules surrénales, très adhérentes aux reins , avaient
; leur situation et leur forme naturelle. Les uretères étaient
: sains.
La vessie contenait un verre d'urine très chargée de pus. La
) surface interne de cet organe était pâle. Les veines qui entou-
; rent la vessie, et qui vont se rendre aux veines hypogastriques,
t étaient saines. La prostate et l'uretère n'offraient également
i aucune altération.
La rate, petite et dense, avait une belle couleur vineuse à l'in-
térieur. Il y avait, à la convexité du foie, plusieurs taches blan-
châtres , anémiques , qui se prolongeaient à une certaine pro-
fondeur dans l'intérieur de l'organe. Au-dessus de la mem-
brane péritonéale du foie, il y aplusieurs points blancs , jau-
I nâtres , qui paraissent être le résultat d'anciens dépôts de lym-
phe plastique. La vésicule biliaire est petite, remplie par de
! la bile visqueuse, assez consistante, et verdâti'e.
Aucune lésion de l'intestin; la veine cave inférieure, les
veines iliaques et hypogasti iques sont saines.
Poitrine. Les plèvres sont saines ; mais dans le poumon
( droit et dans le poumon gauche, il y a plusieurs petits noyaux
[ pneumoniques circonscrits , les uns au premier degré et d'un
rouge brun , les autres contenant déjà du pus infiltré et gri-
s sâtres. Dans le lobe inférieur du poumon droit , une masse
ipneumonique plus étendue, et aussi à l'état d'hépatisation
H grise.
Le cœur est sain.
Téte. Méninges et cerveau sains.
§ 853. J'ai déjà remarqué que certaines affections des reins
nprédisposaient à l'avortement. Les observations précédentes
Mont démontré que des symptômes cérébraux, et en particulier
Ides mouvemens convulsifs, étaient souvent la conséquence de
(l'atrophie des reins , déterminée par la dégénérescence enkys-
Itée de ces organes. L'observation suivante peut être citée à
(l'appui de ces remarques , en même temps qu'elle offre un
I exemple rare de coïncidence de la dégénérescence enkystée des
«reins et de leur affection tuberculeuse ; car en lisant attentive-
534 KYSTES SIMPLES DES REINS.
ment cette observation, il m'a paru probable quelesrelns étaient
altérés par des kystes et non par de véritables lijdatides.
Ods. V. — Dyspnée, palpitations clicz une femme grosse; soulagement;
liémorrbagie utérine ; avortemcnt ; plusieurs mois après, développement
du ventre ; soupçons de grossesse ; sans cause connue, mouvemens con-
vnlsifs, suivis de palpitations et d'oppression ; soulagement; nouvelles
attaques convnlsives dans lesquelles la malade meurt; rein droit énorme
et rempli de kystes et de tubercules; altération analogue dans le rein
gauche {MiUheilungen aus dem Gebiete der gesammten Heilkuude, Leraus-
gegebon von einer medicinisch-cbirurgischcr Gesellscbaft , in Hamburg.
Erster Band, $■ 363, und 375).
Madame H..., âgée de ag ans, presque toujours Bouflfrante et
sujette à des douleurs articulaires, adonnée à la boisson, eut
pendant sa première grossesse, en février i8a6, des symptômes
d'hydrolhorax. La dyspnée était considérable; la malade avait
des palpitations violentes; le pouls s'accéléra, et le visage et
les extrémités devinrent légèrement œdémateux. L'urine, rare,
était jaune et tant soit peu trouble ; sous l'influence des diuré-
tiques rafraîchissans, l'urine devint plus abondante, l'œdème
disparut , et en même temps le trouble de la respiration et de
la circulation cessa. Les fonctions digeslives étaient régulières,
et il n'y avait nulle douleur dans le ventre. Vers la fin de fé-
vrier, la malade se rétablit; et bientôt après (elle était grosse)
elle sentit les premiers mouvemens de l'enfaut. Le la mars
il se déclara tout-à-coup une hémoirhagie utérine, et l'avorte-
ment eut lieu dans la même soirée. Depuis ce temps, le ventre
demeura un peu gonflé. Les menstrues sont revenues deux fois,
d'une manière régulière, et se sont ensuite supprimées. Alors
l'abdomen s'est développé de plus en plus , et il s'est déclaré
quelques troubles gastriques, ce qui fit penser à celte femme
qu'elle était enceinte. Le ventre prit un développement de
plus en plus grand jusqu'au mois de novembre; des mou-
vemens de fœlus qu'elle croyait sentir s'accordaient avec la
pensée d'une grossesse. Peu-à-peu des accidens analogues à
ceux qu'elle avait éprouvés antérieurement du côté de la poi-
trine, se déclarèrent. Le visage devint rouge, la tète chaude, et
KYSTES SIMPLES JQES REINS. 535
le pouls fréquent et dur {Saignée du Iras de huit onces). Le
sang contenait beaucoup de sérum , et le caillot se recouvrit
d'une forte couenne. Un traitement semblable à celui qui avait
réussi la première fois fut encore employé avec succès ; mais la
malade fut prise, le 27 novembre au soir, sans cause connue,
de mouvemens convulsifs des extrémités , avec serrement des
pouces et perte de connaissance ; ces symptômes disparurent
après quelques minutes , mais il resta une très grande oppres-
sion et de fortes palpitations. Cependant, sous l'influence d'un
traitement doux, ces derniers symptômes disparurent, et la
malade était passablement bien le 3 décembre. Mais le 4; au
matin, de nouveaux accidens convulsifs, analogues aux pre-
miers, se manifestèrent subitement; un nouvel accès eut lieu
^ midi , et la malade mourut l'après-midi , dans une troisième
attaque , ayant un râle très prononcé.
D'après le désir desparens, l'autopsie fut faite, à cause de la
grossesse présumée, deux heures et demie après la mort. Mais
l'utérus, au contraire, était petit et à sa place ordinaire, dans la
cavité du bassin. A la section des parois du ventre, au lieu de
l'utérus (que l'on s'attendait à trouver) , on vit une grosse tu-
jjieur, durp, remplie d'hydatides, et poussant de côté le paquet
intestinal. Un examen attentif des rapports de cette tumeur
démontra qu'elle était constituée par le rein droit. Le rein
gauche, distendu et aminci comme l'autre, avait une apparence
analogue j quoique moins poussé en avant. Les organes diges-
tifs étaient sains, excepté le foie, dont le volume était augmenté.
Dans les ovaires, surtout dans l'ovaire gauche, il y avait plu-
sieurs petites bydatides. Les cavités des plèvres étaient rem-
plies d'une sérosité jaime ; les poumons adhéraient par places
^ la plèvre costale et au diaphragme j le tissu en était sain. Il
n'y avait point d'eau dans le péricarde. Le cœur, normal, avait
des fibres musculaires très fermes. On n'eut pas la permission
d'ouvrir la tête.
Le docteur Hupeden a donné aussi sur l'état de ces reins
quelques détails que je crois devoir reproduire.
Les deux reins sont augmentés de volume : le droit est gros
comme les deux poings réunis d'un homme , et le gauche est
536 KYSTES SIMPLES DES UKINS.
un peu moins volumineux; la membrane externe en est épaisse
et blanche ; la surface en est inégale. Cette apparence est
produite par des cniinences de diverses grandeurs, mais la
plupart de la dimension d'une noisette. Quelques-unes sont
compactes, et d'autres sontélastiques. La scissure du rein droit,
qui s'est agrandie en même proportion que les reins, reçoit
comme à l'ordinaire les vaisseaux sanguins ; l'uretère en pro-
cède également et a ses dimensions normales. L'uretère gauche
avait deux racines. Les bassinets n'étaient nullement agrandis.
La substance du rein était farcie de grandes et de petites hy-
datides, mêlées avec des tubercules, non-seulement à la surface
du rein, mais aussi dans son épaisseur, où, contiguè's les unes
aux autres, elles forment des masses compactes et rendent mé-
connaissable la structure de l'organe. Ces hydatides sont pour
la plupart ovoïdes , et contiennent une humeur claire. La
membrane en est mince et distincte de la substance rénale. Des
tubercules, les uns sont durs comme des marrons crus, d'autres
comme du fromage de Liinbourg. Il y avait aussi des excrois-
sances pédiculées adhérentes à la surface des reins , et égale-
ment entourées d'une membrane propre. A la section, elles
parurent constituées par des lamelles concentriques de cou-
leur jaune-brunâtre.
§ 854. J'ai rapporté plusieurs exemples d'hydronéphroses
chez les nouveau-nés ; chez eux aussi j'ai observé ces dégénéres-
cences enkystés des reins, en même temps que la dilatation du
bassinet et des calices. Ainsi j'ai figuré un cas dans lequel ,
chez un enfant, il y avait coïncidence d'unhydronéphroseetde
kystes séreux dans le même rein. L'uretère, très distendu, était
plus volumineux que l'intestin. Le rein était très petit, mais le
bassinet était considérablement dilaté. L'uretère coupé, le
liquide contenu dans les vésicules du rein ne s'écoulait pas.
(Atlas. Pl. xxvi, fig. 40
Hensinger (i) a publié un cas analogue. Chez un enfant du
sexe féminin mort -né, les reins formaient deux tumeurs
bleuâtres, couvertes par le péritoine, et qui remplissaient la
(i) ZeiCschri/l fur die orgait, Physik. B. Heft l.
CHOLËSTÉRINE.
plus grande partie de la cavité du bas-ventre. Les calices étaient
très dilatés, etle tissu rénal, fongueux et semblable à celui de la
rate, offrait un grand nombre de vésicules séreuses qui avaient
depuis le volume d'un grain de millet jusqu'à celui d'un pois.
Les uretères étaient à l'état normal; la vessie était peu volumi-
: ueuse, l'urèthre était libre. Les capsules surrénales étaient
volumineuses.
§ 855. Indépendamment d'une proportion plus ou moins
c considérable d*albumine, l'humeur des kystes simples contient
s souvent des matières colorantes et d'autres élémens organiques,
l Une seule fois, j'ai trouvé de la cholestèrine dans un kyste situé
c dans le rein gauche. Chose remarquable , une semblable
1 matière était déposée dans l'aorte abdominale près de sa divi-
> sien en iliaques primitives. Voici le fait :
' Obs. YI. — Tumeur contcnaot de la cholestèrine dans le rein gauclie ;
nue semblable matière développée dans la cavité de l'aorte près de sa
division eu iliaques primitives; injcctiou, ramollissement et teinte jaune
d'une portion de l'hémisphère gauche du cerveau ; paralysie côté droit
du corps.
Marguerite Speltz , âgée de 66 ans , mariée , femme de
I ménage, entra le i5 mai 1817 à l'hôpital de la Charité, et fut
t couchée au n° 17 de la salle Saint- Joseph.
Depuis un an , elle se plaignait d'éprouver une douleur
1 habituelle dans l'épaule droite. Il y a dix jours elle fit une
chute à la suite de laquelle le bras droit diminua de sensibilité.
H a cinq jours elle fit une deuxième chute et resta paralysée
des muscles du membre thoracique droit.
Aujourd'hui la commissure gauche des lèvres est tirée et
abaissée du même côté; la langue est déviée dans le même
sens, et la malade ne peut la tirer hors de la bouche. Quel-
quefois cependant elle la porte sur les lèvres comme pour les
humecter. La peau des membres et du tronc a conservé sa
sensibilité. Cependant les membres inférieurs sont presque
constamment immobiles, surtout le droit, et présentent parfois
une aorte de contracture.
Le 18 mai, la malade peut tirer la langue un peu au-delà
03^ KYSTES SIMPLES DES REINS,
de la lèvre inférieure, et dans ce mouvement la pointe se porte
sensiblement à droite de la ligne médiane , tandis que la partie
moyenne et latérale en paraît comme enflée. La malade n'éprouve
de douleur dans aucun point de la tête , ni de la colonne ver-
tébrale; elle parle plus aisément qu'hier; la vue et l'ouïe sont
bonnes. Elle remue par intervalle le membre inférieur gauche
tandis que le droit reste immobile ; elle témoigne une grande
sensibilité, lorsqu'on pince la peau des membres. Ventre plat et
sensible à la pression, decuLitus supinus, langue pâle, humide,
légèrement jaunâtre, point de soif. Toux suivie d'expectoration
catarrhale. La partie antérieure et supérieure de la poitrine
résonne très bien à la percussion. La respiration est accompa-
gnée , dans tout le côté gauche de la poitrine , d'un ronchus
crépitant ; elle paraît pure à droite : pouls petit et irrégulier ;
contractions du cœur assez fortes et irrégulières, plusieurs im-
pulsions inégales suivies d'un instant de repos {eau gommée,
deux bouillons ; soupe).
Le 20. Peau presque froide , affaissement de la face , dévoie-
tnent {mime prescription).
Le a 1 . Eschare au sacrum; la peau environnante est rouge et le
aiègç d'élevures ou de taches rouges qui paraissent dues à l'in-
flammation des follicules.
Le 23. Râle ; mort à trois heures après midi.
Pendant la vie on n'a pas soupçonné d'altération des reins.
L^ malade ne témoignait aucune douleur dans ces parties;
l'affection cérébrale dont elle était atteinte ne lui permettait pas
de donner des renseignemens exacts sur son état. La malade
urinait souvent dans son lit, et l'urine ne fut point examinée.
■ Autopsie du cadavre le lendemain à neuf heures du matin,
dix- huit heures après la mort.
Têlc. La dure-mère et la pie-mère légèrement injectées à la
face supérieure du cerveau. La partie supérieure de l'hémis-
phère gauche offre une teinte jaunâtre; cette altération de la
couleur de la substance grise ne s'en va pas par le lavage. On
la retrouve même dans la substance cérébrale, après en avoir
enlevé une légère couche. Cet Iiémisphèi-e est injecté au-dessus
du ventricule latéral gauche. 11 n'y a point de sérosité dans le veu-
CHOLESTiRlNE. 689
I Uricule latéral de ce côté, La substance blanche du cerveau est
i injectée, rose ou marbréej la substance grise est ramollie, surtout
à la partie postérieure du lobe postérieur , où l'on découvre
. un petit foyer pui'ulent. Le corps strié gauche est jaunâtre et
L très ramolli. La face supérieure de l'hémisphère droit est saine;
; le ventricule latéral du même côté contient environ unfi cuil-r
i lerée de sérosité. La partie antérieure du corps strié droit
offre aussi une couleur jaunâtre et une diminution de con-
i sistance j à son extrémité antérieure on remarque une petite
II masse, du volume d'un pois, plus jaunâtie et plus solide que
u le tissu situé derrière elle. Du reste, les substances blanche et
«grise de cet hémisphère sont saines, et la protubérance annu-
i laire et le cervelet n'offrent aucune altération.
Appareil digestif et appareil nrinaire, — Le pharynx et l'œ-
3 aophage sont sains. La membrane muqueuse de l'estomac,
' d'une teinte grisâtre , est assez résistante et plus épaisse que
i dans l'état sain. L'estomac , contracté, présente une ancienne
i cicatrice, d'où irradient un grand nombre de rides de la raera-
1 brane muqueuse : ces rides se dirigent vers un centre formé
ipar une espèce de bride; ce qui donne à leur ensemble un as-
I pect assez .analogue à celui de quelques cicatrices qu'on ob-
ï serve à la peau, à la suite d'une brûlure profonde. La mera-
i brane muqueuse se détache facilement de la membrane cellu-
.leuse, excepté dans la petite surface qui correspond à cette
1 cicalrice. Le foie très injecté ; la rate est remarquable par sa
I couleur fortement noirâtre. La vésicule biliaire distendue con-
tient un verre de bile. Les canaux biliaires n'offrent rien de
I particulier; les intestins sont sains.
Le rein gauche est atrophié et réduit à un très petit volume.
A sa partie supérieure existe une masse enkystée, du volume
d'une - grosse noix , remplie d'une matière j?une et molle , re-
couverte d'une lame micacée ou argentine , et que M. Cheval-
lier (i) reconnut pour êlre de la cholestérine. Ecrasée entre
les doigts, cette substance les enduit de petites lames ana-
logues à celles qui forment son enveloppe argentine.
(1) Journal de Chimie médicale, t. viii, p. 537.
en
e
KYSTES SIMPLES DES BElNs.
Cette tumeur availenviron un pouce de long sur quatre lignes
de large. Ouverte, il s'en échappa un liquide clair, d'une odeur
fétide, mêlé de pelilus paillettes brillantes analogues au blanc
d'ablette. Ce liquide fut jeté sur un filtre pour séparer la
matière brillante, qui fut ensuite lavée à l'eau distillée, et sé-
chée. Le liquide filtré avait une saveur fade; il bleuissait assez
fortement le papier de tournesol rougi ; les vapeurs qui
émanaient noircissaient le papier recouvert d'acétate de plomb
Ce liquide fut introduit dans une cornue tubulée, à laquelh
on avait adapté une allonge et un ballon, puis, soumis à la
distillation. Au moment oii il allait entrer en ébullition, on
s'aperçut qu'une partie se concrélait et donnait lieu à la for-
mation de flocons volumineux. L'opéiation fut airêtée après
une demi-heure d'ébuUilion. Lorsque l'appareil fut refroidi,
on le démonta; on procéda ensuite à l'examen du liquide qui
s'était condensé dans le ballon. Ce liquide était limpide, in-
colore; il avait une odeur hydro-sulfurée, due à la présence de
l'hydrosulfate d'ammoniaque. En effet, il fut divisé en deux
portions égales. L'une de ces portions, traitée par la potasse
caustique, donna lieu à un dégagement d'ammoniaque très
abondant (0; l'autre portion, traitée par le nitrate d'argent,
donna naissance à un précipité noir, de sulfure d'argent.
Le résidu qui était dans la cornue fut jeté sur un filtre et
séparé en deux parties ; l'une, solide, resta sur le filtre ; l'autre,
liquide , passa à travers les parois du papier. La partie solide
nous présenta tous les caractères de l'albumine concrétée par
la chaleur; elle retenait une petite quantité de matièi'e grasse,
que nous séparâmes à l'aide de l'alcool, à ^o", bouillant. Cette
matière grasse était en trop petite quantité pour que nous ayons
pu la soumettre à un examen chimique.
La liqueur dont on avait séparé l'albumine, soumise à l'é-
vaporation à une douce chaleur, dans une capsule de verre,
laisse un extrait d'un jaune-rougeâtre, d'une odeur fade, d'un
(i) L'ammoniaque se trouvait en excès dans ce liquide, qui bleuissait for-
tement et promptement le papier de tournesol rougi par un acide.
î
CHOLESTKRINE. S/jl
goût assez agréable. Amenée à l'état sec et traitée par l'al-
cool, on obtint une solution qui contenait de l'osmazome
mêlé à des traces de muriate de soude.
La partie du résidu qui n'avait pas été dissoute par l'alcool,
/ut traitée par l'eau distillée : le liquide qui en provenait fut
divisé en deux parties. L'une a été examinée par les réac-
tifs, qui ont démontré qu'elle contenait de l'hydrochlorate, du
i phosphate et du sulfate de soude, enfin, des traces d'un sel
à base de potasse; l'autre a été évaporée àsiccité; elle a brûlé
; en donnant des produits analogues à ceux qui proviennent
, des matières animales, en laissant pour résidu des cendres qui
( contenaient, outre les sels que nous avons indiqués plus haut,
1 une petite quantité de sous-carbonale de soude; enfin, des traces
( d'oxide de fer.
La matière nacrée, brillante, qui avait été recueillie sur un
: filtre et lavée à l'eau distillée, formait une feuille argentée,
I plissée comme le filtre. Celte matière, que nous regardions (à
> cause dé son aspect) comme étant de la cholestérine , fut di-
' visée en plusieurs portions et soumise à diverses expériences,
i Elle présentait les caractères suivans: elle se fondait à une
I température de r36<>; abandonnée à elle-même après avoir été
1 fondue , elle cristallisait par le refroidissement; les cristaux
I formaient des rayons qui , parlant du centre et s'élargissant
' vers la circonférence , ne faisaient éprouver aucun change-
I ment au papier de tournesol rouge et bleu. Elle était inso-
i lubie dans l'eau, soluble dans l'aicool et dans l'élher, non
' altérée parles alcalis : traitée par l'acide nitrique, elle s'est con-
vertie en acide cholestérique. Cet acide, combiné à la potasse,
précipitait la chaux et la baryte en jaune orangé.
La matière nacrée provenant des petites tumeurs qui exis-
taient-dans l'aorte, traitée de la même manière, a été aussi re-
connue pour êlre de la choleslérine.
De ces faits il résulte que la tumeur contenait, i° de l'hydro-
sulfate d'ammoniaque; a° de l'albumine ; 3° une petite quan-
tité de matière grasse; 4° de l'osmazome; 5° divers sels, des
hydrochlorate, phosphate et sulfate de soude; 6° du carbonate
de soude, provenant sans doute de la décomposition de quel-
542 KYSTES SIMPLES DES REINS.
ques sels de soude formés avec un acide susceptible de se dé-
composer par la chaleur 5 70 des traces d'oxyde de fer; 8° enfin
de la cholestérine.
A la partie inférieure du même rein , existe un kyste rempli
de sérosité et d'un volume presque égal au précédent. L'uretère
est sain. Le rein droit est sain. La vessie et ses dépendances
étaient rouges.
Appareil respiratoire. Le lobe inférieur du poumon gauche
offrait les traces non équivoques d'une pneumonie caractérisée
par de la rougeur et de l'hépatisation; dans le reste de son
étendae, son tissu était grisâtre et parsemé d'un grand nombre
de tubercules. Le poumon droit était crépitant; incisé posté-
rieurement, il laissait écouler une grande quantité de sérosité
sanguinolente.
Appareil circulatoire. Le tissu du cœur était un peu plus
mou qu'à l'ordinaire. L'aorle, saine dans sa poi-tion thoracique,
présente, vers sa division en iliaque, une altération d'autant plus
remarquable qu'elle cstdemême nature que celle durein gauche.
En effet, un peu au-dessus de sa division en iliaques primitives,
l'aorle offrait intérieurement plusieurs petites tumeurs toutes de
même nature, dont le volume variait entre celui d'un grain
de moutarde et celui d'un haricot. Ces petites tumeurs, sail-
lantes dans la cavité de l'aorte, étaient développées au-dessous
de sa membrane interne. Celle-ci , d'un rouge uniforme, avait
presque un tiers de ligne d'épaisseur. La matière qui était dé-
posée au dessous de celte membrane, était formée, en grande
partie, de petites lamelles blanches, brillantes, micacées
comme du borax, enveloppées d'une petite quantité de matière
jaune, molle et douce au toucher. M. Chevallier, à qui j'avais
remis celte matière pour qu'il en fît l'analyse, a reconnu que
ces lamelles micacées n'étaient autre chose que de la cholesté-
rine. La membrane moyenne de l'aorle était imprégnée de la
malièi'e jaune qu'on voit souvent déposée à sa surface ou entre
ses fibres chez les vieillards. Au-dessous de quelques-unes de
ces petites tumeurs, existait aussi de petites plaques ossi-
formes et lamelleuses.
% 856. Aucun symptôme, pendant la vie de la malade, n'a
CHOLÉSTÉRINE. 54'3
j annoncé la présence de la tumeur rénale ; les urines étaient
t excrétées comme dans l'état sain , et le malade n'accusait au-
c cùrie douleur dans la région des reins.
Dans ce cas, pendant la vie et après la mort, on n'a pas
eu la pensée de rechercter la cliolestérine dans l'urine ; on
l'y rencontrera très probablement , toutes les fois que les
' kystes remplis de cliolestérine viendront à s'ouvrir dans le
bassinet, ou lorsque la cliolestérine sera accidentellement dé-
posée dans l'infundibulura ou dans les calices dilatés.
5 857. M. Christison (i) a publié un cas non moins inté-
ressant , qui lui a été communiqué par le docteur Home :
John Johnson, âgé de 38 ans, tisserand, fut reçu à l'hospice,
le i6 mars i8a8. Il avait un œdème considérable aux membres
f èt au scrotum ; un peu d'enflure , de lourdeur et de fluctuation
(• dans l'abdomen ; de la sensibilité à la région épigastrique; de
la toux et beaucoup de difficulté à respirer dans la position
! horizontale. Le pouls était à 96 et petit ; la chaleur à 96 Fali-
! renheit, la peau sèche, la langue rouge; constipation , urines
saines. La maladie de J. avait commencé, à la fin du mois de
t décembre précédent, oii il avait travaillé dans un endroit hu-
; mide, par tin œdème, qui, après avoir disparu, revint avec
1 des frissons à la fin de janvier. Cet homme avait eu une sem-
I Wablc attaque seize ans auparavant , eu Espagne , après avoir
• été guéri de la fièvre intermittente. Sa maladie de poitrine
I datait aussi de quelques années. On le traita par des purgatifs
j répétés et par la crème de tartre administrée comme diuré-
I tique. Depuis son entrée à l'hôpital jusqu'au 21 mars, il n'y
t etit pas de changement. L'urine ne dépassa jamais 24 onces.
1 Le 21, on s'assura qu'elle donnait un coagulum par la cha-
I i«ur et par l'acide muriatique. Le 3o, l'enflure avait un peu
<■ augmenté. Ce jour-là il eut des nausées et des vomissemens
I qui se renouvelèrent souvent. Le pouls devint plus fréquent.
I Les cuisses s'excorièrent, et une rougeur érythémateuse s'é-
I tendit aux fesses. L'œdème continua à augmenter ; la faiblesse
! fit des progrès, et le malade mourut le 4 mai-au matin.
(i) Edinb.med.and siirg, journal, t. xxxu, p. 278.
544 KYSTUS SIMPLES DES REINS.
Autopsie du cadavre. Les intestins étaient très distendus,
et la surfil ce en était plus blanche qu'elle ne l'est ordinairement.
Entre leurs circonvolutions, il y avait des collections de matière
purulente. Dans la région des reins, il y avait aussi du pus,
par places. On retira six livres de matière séro-purulente de
la cavité abdominale. Le mésentère et le péritoine qui recou-
vrent les circonvolutions intestinales inférieures, étaient ex-
traordinairement injectés, dans leur portion déclive. La mem-
brane péritonéale du foie était enduite, par places, d'une ma-
tière purulente. La substance du foie était dure et très mame-
lonnée. Le foie adhéraità tous les organes adjacens, àl'estomac,
au diaphragme, à l'épiploon , au duodénum , au colon descen-
dant et particulièrement h une large tumeur très solide qui fut
reconnue pour le rein droit, très altéré. Celte glande était
convertie en un large kyste encrovité d'une couche mince de
substance osseuse, et entrecoupé intérieurement de petites
cloisons de même nature. Le contenu de ce kyste était un fluide
séreux , trouble , dans lequel nageaient une grande qnantité de
flocons argentés. J'examinai avec soin ces flocons après les
avoir lavés : ils étaient d'un blanc pur et brillant comme du
blanc de baleine; solubles dans l'alcool bouillant et se cristal-
lisant par le refroidissement ; insolubles dans une solution
bouillanle de potasse caustique, etfusibies à une tempéra,ture un
peu plus élevée que celle de l'eau bouillante. C'était donc
de la cholestérine pure. L'artère rénafe droite élSit pres-
que oblitérée. Le rein gauche était très dilaté, etfle tissu en
était plus mou et plus pâle qu',à l'état sain. Lç bassinet oflrait
çà et là des plaques de chalestérine. L'uretère «tait plus large
qu'à l'ordinaire.
Les poumons étaient engoués à leur.partie ^stcrieure, et un
peu emphysémateux à lew surface ^nferieui^. Les parois du
cœur étaient épaissies. Il y. avait, dans- le péricarde et dans
les plèvres, une petite quantité de sérosité. La iête ne fcit pas
examinée.
KYSTES ACÉPHALOCYSÏIQOIÎS DliS REINS. 5^5
Kystes acephalocystiques des reins.
§ 858. Les kystes acephalocystiques des reins sont des
poches développées dans l'épaisseur de ces organes, ordinai-
i cmeut tapissées intérieurement par vine matière jaunâtre , et
qui contiennent une ou plusieurs vessies, libres non adhé-
rentes , à parois blanches, semi- transparentes, élastiques,
tremblantes sous le doigt, et remplies d'un liquide clair et
lénu. ■
Cette altération des reins, très rare chez l'homme, est assez
commune chez d'autres animaux, surtout chez le mouton.
§ SSg. Chez l'homme, ordinairement un des reins est seul
aft'ecté; dansla cavité dukyste, les acéphalocystes sonlpresque
toujours multiples {accphalocystis socialis vel proliféra). Dans
les kystes des reins du mouton, les acéphalocystes sont presque
toujours solitaires.
Lorsque les kystes acéphalocystiques des reins ont acquis ,
chez l'homme, un développement considérable (et c'est presque
toujours dans cet état qu'ils ont été observés) , ils donnent lieu
i un gonflement partiel ou général du rein , qui , pendant la
vie, peut être reconnu par le palper et la percussion (Atlas. Pl.
YXIX , fig. i).
La pirtie du rein occupée par un kyste acéphalocyslique vo-
umineux, prend' quelquefois une teinte jaunâtre-chamois.
Souvent a^rs les ftieraT)ranes çxtérieures des reins sont for-
ement'injoetéesyet le bassinet. est confondu et réuni avec la
umeur par de . fausses membranes organisées , parcourues
l'un'^rand nombre de vaisseaux (A.TLAS. Pl. xxix, fig. t). A la
',oupe, on voit oftinaicement dantf^ poche rénale les disposi-
ions suivantes, prodfedant de l'extérieur à l'intérieur : Elle est
ormée par les substances rénales atrophiées et anémiques,
/isibles et distinctes encore dans quçlques points, et, en quel-
les autres, réduites à unesimple trame celluleuse, infiltrée çà
;l là d'une matière jaunâtre accideclelle, et formant une sorte
le membrane grisâtre à l'extérieur, et jaunâtre à la coupe;
par un véritable kyste, à parois fermes et fibreuses,
"I. 35
546 KYSTES ACÉPHALOCYSTIQUES DJES REINS.
dont la surface interne, un peu inégale et jaunâtre, offre, par
places, des brides celluleuses plus denses que les parois, avec
des enfoncemeus , les uns larges et profonds , les autres plus
petits et digitiforines.
En contact avec celte surface , mais sans aucune adhérence
avec elle, on trouve (lorsqu'il ne s'est opéré aucun travail dé-
sorganisateur dans l'intérieur du kyste), une grande poche
molle et membraneuse, dont les parois sont formées d'une
substance particulière, diaphane, semblable à du blanc d'œuf
médiocrement cuit, ou mieux à du blanc d'œuf coagulé par
la potasse caustique. Cette substance très élastique peut s'al-
longer jusqu'à un certain point sans se rompre, et alors, aban-
donnée à elle-même, elle offre un tremblotement remarquable.
Quelquefois légèremenljaunâlre,cettemalière est ordinairement
blanchâtre, avec une teinte bleue légère; mais, quelle qu'en
soit la couleur à la lumière réûéchie, cette matière est constam-
ment d'une belle couleur jaune cilron, à la lumière réfractée.
Cette poche membraneuse {.acèphalocysle-mère, de quelques au-
teurs) peut être séparée en plusieurs lames, comme si elle était
composée de couches superposées.
Parfois , à la surface interne de cette poche, on observe de
petites granulations {gemmules) d'un blanc laiteux , opaques ,
plus résistantes que la membrane elle-même, et qui ont été
considérées comme les germes de nouvelles acéphalocystes.
Dans l'intérieur de Y hydatide-mère , on en trouve ordinai-
rement un grand nombre d'autres, dont plusieurs ressemblent
assez bien , pour la forme et le volume , à des grains de raisin
blanc (Atlas. Pl. xxvni , fig. a) , et qui nagent au milieu d'un
liquide transparent et incolore.
Le liquide qui remplit les petites acéphalocystes, est de même
nature que celui que contient la grande, et n'offre également
que des traces d'albumine et quelques sels. Les parois de ces
petites acéphalocystes sont formées d'une couche, moins
épaisse, de la même substance dont est formée l'acéphalocyste-
mère. Les petites hydatides peuvent offrir également, à leur
surface interne , des espèces de granulations (Atl as. Pl. xxxviii,
fis- 4).
KYSTES ACÉPHALOCYSTIQUES DES REINS. 547
Tout porte à penser que la matière des acéphalocystes est de
l'albumine coagulée et dans un état particulier.
Par suite de leur progrès ou par des causes accidentelles,
les kjsles acéplialocystiques des reins de l'homme peuvent s'en-
flammer et éprouver diverses altérations dans leurs parois et
leur contenu. Ainsi, parfois, les acéphalocystes ne sont plus
resafermées dans une poche unique , on trouve, contre les pa-
1 ois du kyste, des lambeaux jaunâtres, des espèces de débris
de la poche hydaliq^ue-mcre le kyste est tapissé par une m^-«
lière jaune particulièi-e , plusieurs de ces petites acéphalocys-
tes sont comme flétries, ridées, et généralement opaques et jau-
nâtres. Le liquide dans lequel nagent les hydatides , au lieu
d'être ténu et transparent, est le plus souvent trouble, d'appa-
rence laiteuse ou purulente.
Les kystes acéphalocystiques des reins peuvent rester long-
temps isolés et sans communication avec les conduits sécré-
teurs de l'urine ou avec d'autres organes voisins. Toutefois , le
plus ordinairement, ces kystes, au bout d'un certain temps,
contractent adhérence avec les parois du bassinet, et s'ou-
vrent dans sa cavité par une ou plusieurs ouvertures (Ati.as.
Pl. XXXIX, fig. i). Alors les plus petites hydatides ou les débris
des plus grandes et une certaine quantité de l'humeur séreuse
ou séro-purulente du kyste, sont rendus avec l'urine. L'ex-
pulsion des hydatides n'a jamais lieu sans quelque accident;
il survient de la douleur dans la région rénale, et parfois une
rétention d'urine, occasionée par l'obstruction du bassinet de
l'uretère ou de l'urèthre, dans lesquels un ou plusieurs de ces
corps étrangers se sont arrêtés. Les rétentions d'urine, passa-
gères et répétées, ou plus ou moins continues, finissent par
amener la dilatation de i'uretere et du bassinet, l'affaissement
des mamelons, etc. (Atlas. Pl. xxix, fig. i.)
Enfin ou observe quelquefois chez l'homme (mais ce cas est
extrêmement rare), une sorte de retrait ou d'atrophie des kystes
mêmes , la poche hydalique est alors très irrcgnlière dans son
contour, el n'a plus qu'un petit volume. A la section de cette
poche il ne s'échappe ni sérosité, ni acéphalocyste. L'inté-
rieur du kyste est rempli de deux matières solides , mélangées
35.
KYSTES AClîPHALOCYSTIQUKS UKS RKINS.
t-t confondues : l'une , jaunâtre, analogue à celle qu'on trouve
dans certains kystes acéphalocystiques peu altérés,- l'autre,
formée de petits lambeaux jaunâtres ou verdâtres, d'appa-
parence membraneuse et qui sont évidemment des débris d'a-
céphalocystes. Les parois du kyste et la substance rénale voi-
sine , devenue d'une teinte grisâtre, présentent quelquefois de
petites incrustations salines, dures et comme plâtreuses.
Les kystes acéphalocystiques sont très communs dans les
reins du mouton. Ces kystes ne contiennent ordinairement
qu'une seule acéphalocyste. Dans le point affecté, la surface du
rein offre un gonflement de couleur chamois , variable pour
la forme et la dimension, ordinairement arrondi, et qui pré-
sente plus rarement une sorte d'appendice en forme de queue
(Atlas. Pl. xxix, fig. 3); comme chez l'homme, les parois de
cette poche sont formées par la substance rénale plus ou moins
atrophiée et par un véritable kyste. La surface interne du
kyste, jaunâtre et inégale (Atlas. Pl. xxx , fig. i et 2), est or-
dinairement sillonnée par des rides ou des brides assez mar-
quées, qui donnent à l'intérieur de cette poche un aspect
multiloculaire , quoiqu'elle ne contienne jamais qu'une seule
hydatide. L'hydatide offre elle-même des gonflemens et des
rétrécissemens qui correspondent à ceux du kyste. Cette hyda-
tide a l'apparence et tous les caractères physiques et chimiques
des acéphalocysles, et le liquide qui la remplit est limpide
et incolore.
Au bout d'un certain temps, ces kystes hyda tiques subissent
des changemens notables dans leur conformation et leur struc-
ture : la plus simple de ces modifications est une diminution
sensible dans leur volume , reconnaissable à l'aspect ridé de
leurs parois, et à l'absence d'un liquide séreux dans leur ca-
vité. Ces kystes se présentent alors sous la forme d'une petite
masse plus ou moins arrondie, jaune et molle, pouvant être
pétrie entre les doigts, et qui offre à la coupe des pellicules
hyda tiques eutorlillées dans la matière jaunâtre propre à ces
productions.
Souvent aussi, en même temps que l'inlérieur de ces poches
se dessèc]ie,elles s'cncrovi tent d'une matièrocrétacée, blanchâtre
KYSTES ACÉPHALOCYSTIQUES DES REINS. 549
qui, le plus souvent, est déposée en grains ou en petits ma-
melons à leur surface, mais qui parfois s'infiltre clans toute
l'épaisseur de leurs parois. Alors ces tumeurs sont blanchâtres,
bosselées , fermes sous le doigt , et peuvent s'énucléer ou être
détachées du rein sans être écrasées (Atlas. Pl. xxx, fig. 5),
A la coupe , on voit que la matière crétacée a aussi envahi la
place qu'occupaient les acéphalocystes , qui sont flétries et re-
venues sur elles-mêmes.
Les kystes acéphalocystiques des reins du mouton peuvent
offrir, au lieu de cette incrustation crétacée (consécutive à leur
atrophie par absorption), de véritables points osseux, jau-
nâtres, bien distincts, par leur couleur et leur aspect, de la
substance crétacée avec laquelle ils sont ordinairement mé-
langés. J'ai fait représenter (Atlas. Pl. xxx, fig. 6) un exemple
remarquable de ces dépôts osseux et crétacés dans un kyste
acéphalocyslique, hérissé d'aspérités piquantes et très dures,
et qui s'était développé à la partie supérieure d'un rein de
mouton.
Chez le mouton, une véritable inflammation chronique peut
s'emparer de la partie du rein occupée par un kyste acéphalo-
cystique. Dans de semblables cas, j'ai plusieurs fois observé
une disposition que je n'ai jamais vue sur les reins d'homme.
La poche acéphalocystique, plus ou moins altérée, s'ouvrait
à la surface du rein par une ou plusieurs ouvertures ^ le plus
ordinairement d'une très petite dimension. On voyait alors,
à la surface du rein , et le plus souvent au-dessous de sa mem-
brane fibreuse, des bosselures plus ou moins considérables
formées par le dépôt d'une matière comme athéromateuse, ou
par un mélange de pus et de détritus d'acéphalocystes. La
poche acéphalocystique, revenue sur elle-même, contenait
une quantité plus ou moins considérable de la même matière.
Le lissu cellulaire du rein, dans la partie correspondante,
était notablement gonflé et d'une consistance comm« squir-
rheuse. J'ai fait représenter (Atlas. Pl. xxx, fig. ?) un exemple
très remarquable de cette dégénérescence inflammatoire d'un
kyste acéphalocystique ; toute la partie supérieure du rein
était grisâtre et d'une consistance lardacée; la substance cor-
55o KYSTES AC]3PnAL0CYSTTQUES DES IIEINS.
licale, perforée en plusieurs points, laissait suinter une ma-
tière jaunâtre dans laquelle on voyait encore des traces de
membranes liydatiques, et, dans quelques points, il y avait
de petits dépôts de matière crétacée.
Lorsque l'altération est plus ancienne, la matière contenue
dans la tumeur est plus jaune et a la couleur du miel, mais
elle est plus consistante ; quelquefois alors on ne trouve plus
de traces de membrane hydatique (Atlas. PI. xxix, fig. 5).
Je n'ai jamais vu les kystes acéphalocystiques <ies reins de
mouton s'ouvrir dans la cavité du bassinet, comme cela a lieu
assez fréquemment chez l'homme.
Les kystes acéphalocystiques du cochon contiennent, comme
ceux de l'homme, plusieurs hydatides; ils en diffèrent seule-
ment en ce qu'ils sont presque toujours bosselés (Atlas. Pl. xxx,
fig. 8). Les bosselures et les dépressions correspondent à des
dilatations et à des contractions du kyste qui embrasse exac-
tement les hydatides (Atlas. Pl. xxx, fig- 9).
Les kystes acéphalocystiques du l'ein de bœ7tf n'offrent point
de particularités remarquables; ils sont beaucoup plus rares
que ceux du mouton ou du cochon. J'ai vu plusieurs de ces
kystes acéphalocystiques qui avaient, à la surface du rein, la
forme d'un bouton jaunâtre et moU, dans l'intérieur desquels
on apercevait des lignes grisâtres disposées en zig-zag, enche-
vêtrées les unes dans les autres, et enveloppées d'une matière
jaune; ces lignes n'étaient autre chose que des membianes
d'hydatides, vidées, aplaties, flétries el notablement dimi-
uuées d'épaisseur.
^ 860. Symptômes. — Il faut distinguer deux périodes dans
l'histoire des kystes acèphalocystiqties, lorsqu'on veut exposer
les accidens qu'ils peuvent occasionei . En eflet, les symptômes
de cette maladie sont bien difféi ens suivant que ces kystes sont
plus ou moins volumineux, mais intacts, ou bien ouverts dans
le bassinet et les calices ou à l'extérieur aux régions lombaires.
Les kystes acéphalocystiques intacts n'occasionnent ordinai-
rement d'autre accident, d'autre gêne que celle qui résulte de
ieur volume plus ou moins considérable. La tumeur qu'ils j
forment a beaucoup d'analogie avec celles qui apparaissent
KYSTES ACl^PHALOCYSTIQUES DES REINS. 55 1
dans la région rénale à la suite de la pyélite chronique ou
d'une hydro-néphrose. Mais il est un pliénomène qui, dans
certains cas , peut faire reconnaître la présence des liyda-
tides , c'est le frémissement particulier, l'espèce d'ondulation
qu'elles font percevoir au doigt appliqué à la surface de la
tumeur qui les contient, lorsqu'on la percute avec les doigts
de l'autre main.
Lorsque le kyste qui contient les acéphalocystes s'est perforé
sur un ou plusieurs points dans le hassinet oti les calices ^ un
signe plus positif peut faire reconnaître la présence de ces vers:
je veux parler de l'expulsion, avec l'urine, d'une ou de plu-
sieurs de ces hydatides ou de fragmens plus ou moins considé-
rable de ces vers.
Lorsqu'une ou plusieurs acéphalocystes passent du bas-
sinet dans l'uretère, elles peuvent obstruer ce conduit au
moins momentanément , déterminer des douleurs rénales et
d'autres symptômes communs aux corps étrangers engagés
dans les uretères, savoir des hoqiiets, des nausées, des vomis-
semens, de l'ischurie, une rétention d'urine, des coliques
néphrétiques , et parfois des douleurs vives dans la vessie
ou dans l'urèthre lorsqu'elles sont rendues avec l'urine, expul-
sion qui est suivie d'un grand soulagement.
Lorsqu'une ou plusieurs acéphalocystes ont été rendues avec
l'urine, et qu'il survient de nouvelles douleurs, soit dans les
régions rénales, soit dans le trajet des uretères, il est à présu-
mer que de nouvelles acéphaloftyHes seront expulsées au de-
hors, ou bien que d'autres corps étrangers, tels que des caillots
fibrineux ou des calculs seront évacués avec l'urine.
On a vu, mais plus rarement, les kystes acéphalocystiques
des reins ou au moins des kystes acéphalocystiques développés
dans les régions rénales s'enflammer et s'ouvrir par une fistule
aux lombes.
§ 86 1. L'origine des kystes acéphalocystiques des reins ckez
l'homme est fort obscure. Plusieurs fois ils ont paru se déve-
lopper à la suite de chutes ou de contusions sur les lombes.
Chez les animaux, et notamment chez les moulons, les acépha-
locystes des reins sont évidemment liées à un état particulier
55-2 KYSTIiS ACÉPHALOCYSTIQUES UES REINS.
de la nutrition et sont plus fréquentes après les saisons froides
et pluvieuses qu'à toute autre époque de l'année.
§ 862. Dans leur premier étal, c'est-à-dire lorsqu'ils ne se
sont point ouverts dans les conduits excréteurs de l'urine, dans
l'intestin ou aux lombes, les kystes acéphalocystiques des reins,
parfois reconnaissables au toucher et à la percussion, ne peu-
vent toujours être facilement distingués des kystes acéphalocys-
tiques du foie. Il est à remarquer cependant que ces derniers
sont le plus ordinairement situés plus en a vant^et qu'ils sont plus
évidemment continus avec le bord tranchant du foie,- toutefois,
les kystes acéphalocystiques des reins sont quelquefois tellement
soudés avec le foie par leur partie supérieure, qu'ils paraissent
faire corps avec cet organe. Dans les cas obscurs, quelques
circonstances particulières, l'existence antérieure d'un ictère ou
d'un dérangement fonctionel des reins pourront quelquefois
éclairer le diagnostic; mais il faut convenir que, hors les cas oii
la tumeur rénale forme une voussu; e aux lombes et se prolonge
vers la fosse iliaque, il est difficile de préciser le siège de la
tumeur.
Mais le foie ne peut plus être accusé d'être le siège de ces
sortes de tumeurs , lorsqu'une ou plusieurs hydalides ont été
expulsées avec l'urine par Tvirèthrc, et lorsque cette expulsion
a été précédée de douleurs rénales se propageant suivant la di-
rection de l'uretère, ou de douleurs vésicales provoquées'par
la difficulté qu'éprouve la vessie à évacuer les acéphalocptes
ou leurs débris. Et c'est ici^î^'^eu de remarquer que des kystes
acéphalocystiques non développés dans les reins, mais dans
des parties conliguès à la vessie, peuvent aussi s'ouvrir dans
cet organe et simuler jusqu'à un cerlain point un kyste hydati-
fère du rein. Toutefois, par une exploration attentive du bas-
ventre et à l'aide de la percussion, on découvrira très proba-
blement toute espèce de kyste acéphalocyslique situé dans le
voisinage de la vessie (r) et s'ouvrant ou non dans cet organe.
(l) Le nommé Knrtb, âgé Je 40 nns, cordonnier, <lc Ijonnc constitution,
lie tempcr.iment s.mgiiin et lymplialiquc, éprouv,t pour la première fois en
1828, s.ms cause eounuc, de la pesanteur daus le bas-vcnlrc, accompagnée
KYSTES ACÉPHALOCYSTIQUES DES REINS. 553
§ 863. A en juger par la marche de la maladie dans la plu-
part des cas de kystes acéphalocystiques des reins^ qui ont élc
parfois de quelques coliques; l'.nbdomcu était uu peu voluraineux, et il re-
connut dans la fosse ili.ique gauche l'existence d'une tumeur de la grosseur
du poing, indolente à la pression. Des bains, des douches, des frictions avec
l'ongueut mercuriel furent inutilement employés pour la dissoudre , elle
augmenta même de volume. Le 7 avril i834, Kurth entra à l'hôpital de la
Charité dans mon service. Depuis six jours, il avait de la lièvre, le pouls était
développé, la peau chaude; il y avait de la soif, pas d'appétit. Le ventre était
un peu tendu et douloureux à la pression ; mais la principale douleur se faisait
sentir dans l'endroit occupé par la tumeur ; il n'y avait ni nausées, ni vomis-
semens; le ventre était libre sans constipation. Une tumeur existait dans la
fosse iliaque gauche, s'éten'daut jusqu'à l'hypogastre. Elle était plus volumi-
neuse que le poing, arrondie, immobile, fluctuante, un peu douloureuse à
la pression, fournissant par la percussion une sensation de frémissement ou
de collision de corps élastiques mobiles, comme si on frappait sur un ressort
élastique. Le stéthoscope, appliqué sur la tumeur pendant qu'on la percutait,
faisait entendre un bruit semblable a celui que donne un tambourin sur lequel
on frappe. La tumeur était, du reste, fout-à-fait séparée du foie, dont le volume
ne paraissait pas augmenté, ni renfermer aucune tumeur. Le malade fut sai-
gné, mis à la diète et à l'usage des boissons adoucissantes. Le lendemain,
S avril, il éprouva beaucoup de coliques, et uu besoin très pressant d'aller à
la selle : il -s'y présenta et rendit, avec beaucoup de pus et de matières liqui-
des, une très grande quantité d'acépbalocytes déchirées, sur la nature des-
quelles on ne pouvait conserver aucun doute; quelques-unes avaient di
avoir le volume d'une noix. Les coliques cessèrent, la fièvre tomba, la dou-
leur delà tumeur diminua; celle-ci perdit beaucoup de volume. Les jours
snivans encore le malade continua à rendre tous les jours quelques hyda-
tldes. Enfin, il n'en rendit plus, et, comme les douleurs avaient cessé, il de-
manda à sortir. Le kyste avait la moitié de son volume primitif; les pres-
sions exercées à travers les parois abdominales ne purent jamais le vider
entièrement.
Pendant un mois, le malade se porta bien, mais, au bout de ce temps, il rentra
dans la salle avec de la fièvre, douleur et tension du ventre ; la tumeur était de
même volume qu'à la sortie du malade, douloureuse à la pression, et fournis-
sait les mêmes signes que lors de la première entrée : il fut saigné de nou-
veau et mis au bain. Il resta dans cet état de souffrance pendant deux ou trois
jours. L'émission des urines était douloureuse, il n'y avait pas de selles.
.Vu bout de c6 temps , il rendit de nouveau des liydatides par les garde-
S54 KYSTES ACÉPHAIÔCYSTIQUÏÏS DKS ÏIEINS.
publiés jusqu'à ce jour, le pronostic de ces espèces de tumeurs
serait généralement moins grave que celui des tumeurs rénales
robes et les accidens cessèrent bientôt. Il resta dans la salle pour sniTrc le
traitement de la gale, dont il était affecté depuis long-temps. Il ne rendait
plus d'hydatides, conservant toutefois dans le bassin une lumear dure encore,
douloureuse à la pression, mais no donnant pins lieu à la sensation de frémis-
sement que nous avons notée, dans laquelle U sentait, disait-il, passer de l'air,
lorsque le 8 juin, il éprouva subitement une envie très forte d'uriner; il
essaya de vider la vessie, et il rendit une urine trouble, purulente, mclée'de
gaz, tandis qu'auparavant les urines étaient très claires. Les urines, laissées
dans un verre, fournissent un dépôt purulent très abondant. Le malade, fort
effrayé de rendre des gaz par l'nrèthre, m'en avertit aussitôt. Je le fis uriner
devant moi, et je constatai la sortie de ces gaz par l'ouverture du canal
urétbral.
Le kyste acépbalocystique devint plus douloureux que les jours précé-
dens : on le couvrit de i5 sangsues et de cataplasmes. Les bains, les boissons
adoucissantes, £rent cesser peu-à-peu les douleurs qui accompagnaient l'é-
mission des urines; celles-ci devinrent moins purulentes, ne renfermèrent
pins de fluides élastiques ; 11 n'y avait plus d'hydatides dans les selles. Le
malade sortit en très bon état; le kyste formait une tumeur dure et indolente
dans la fosse iliaque gauche. — Ce cas a été recueilli par M. le docteur
Brun (Louis-Auguste), alors mon élève, ef insérée dans sa dissertation
inaugurable {Diss. sur une espèce particulière de tumeur fistideuse slerco-
rale de l'ombilic, suivie de quelques observations sur différentes maladies médi-
cales et chirurgicales, Paris, i834, p. 3?).
Huuter rapporte nn cas de kyste acépbalocystique situé dans le bassin,
entre la vessie et le rectum. La vessie, dont le col était comprimé par la tu-
meur, était distendue par cinq à six pintes d'urine {Médical and chirurgie,
transact,, vol. i, p. H5, lygS). Le docteur Lesauvage a publié un cas analo-
gue {Bulletin de la faculté de médecine, t. m, p. 439)- Loder parle égale-
ment d'uu kyste situé entre la vessie et le rectum (Transac. Lond, 1793).
Enfin, voici encore un exemple d'hydatides évacuées par l'urètlire et par
le rectum: «Le sieur C..., perruquier , d'un tempérament phlegmatique et
adonné à la boisson, tomba malade le 3 juin de l'année dernière , après nn
excès de débauche de trois à quatre jours; les symptômes qui se déclarèrent
d'abord, furent un grand mal de tête, une certaine rigidité de toute l'habi-
tude du corps, la dureté et la fréquence du pouls, des douleurs des lombes,
la tension du ventre, des évacuations alviues écumeuses , la dysurie , des
urines bLincbcs et limpides. Le troisième jour, gémissement continuel sur son
état, délirev Le quatrième, écoulement involontaire des urines. Le cinquième.
t
KYSTES ACÉPHALOCYSTIQUES DES REINS. 555
formées à la suite des pyélites. Chose remarquable , les kystes
acéphalocysliques des reins ont , comme es jiysles acéphalo-
extréiiiités froides, surdité, regard menaçant, et par intervalles grands celats
de rire, an lieu de répondre aux questions qu'on lui faisait.
« Dès les premiers jours, j'avais pratiqué uhe saignée du braâ, et le soir du
même jour, une autre saignée du pied; j'administrai aussi l'émctiqne le len-
demain, pour débarrasser les premières voies. Des lavemens émolliens, 6ii je
faisais quelquefois entrer 3o à 40 grains de camphre, les pilules de camphre
et de nitre, les anti-septiques ont été tour-à-tour employés , suivant les cir-
constances. Les vésicatoires lui furent appliqués aux jambes, et sa boisson la
plus ordinaire était la décoction de tamarin émétisée. L'état du malade reçut
peu de changement jusqu'au treizième jour. Je fus fort étdniic, ce jour-là, de
voir, nu moment qu'on changeait le linge, qu'il s'était évacué une grande
quantité de sang, très délayé, par les selles, en même temps que son pouls était
devenu meilleur. Le i4) il y eut un petit redoublement, et les extrémités qui
étaient froides, commencèrent à se réchauffer. Le i5,méme évacuation de sang
par l'anus, le pouls plus souple et plus libre. Le 16, crachats oonsistans avec
toutes les marques de coction. Le 17, sueurs abondantes et cessation de l'é-
coiilement involontaire des selles et des urines , et celles-ci déposent un
sédiment briqueté. Le 22, nouveau redoublement, avec des signes de crudité
dans les urines. Le 23, évacuation de matières sanguinolentes par l'anus,
comme ci-dessus; mais ce qui fit connaître la nature de cet écouletnent, ce
fut ùtiè bydatide de la g^osseu^ d'un œuf dé canne qu'on ti-ouva dans le
bassin. J'en fis l'ouverture, et elle se trouva contenir iin fluide de même na-
ture que celui qui s'était écoulé par les selles. La nuit suivante fut pliis
tranquille, et le sommeil se prolongea jusqu'au lendemain matin.
« Le 25, je fus appelé auprès du malade, pour une dureté d'urine qui lui
causait les plus vives angoisses; en l'examinant, je fus fort surpris de voir
sortir par le canal de Vurètkre une tumeur qui paraissait étranglée. Après
être resté quelque temps en suspens, j'aperçus ou du moins j'eus lieu de
présumer que c'était une bydatide de la même nature que celle qui avait été
évacuée par l'anus; je isaisis le bout de cette tumeur avec les pinces, en tirant
successivement en divers sens, et je parvins enfiu à dég.iger cette hydatide,
qtii était de là grosseur d'un petit œuf de poûle ; j'en fis l'ouverture, et je ïè'-
connus qu'elle contenait le même fluide qui s'était écoulé par l'anus. Je n'ai
pas besoin de dire qu'après l'extraction de ce corps, le malade se trouva
soulagé, et qu'il juissa une nuit tranquille; sa maladie s'est soutenue avec
plus ou moins de fièvre jusqu'au vingt-quatrième jour, et ce n'est qu'alors
que je lui ai permis de prendre un peu de crème de riz, et j'ai fait augmenter
par degré sa nourriture. Si^onvalesccnce a été longue, car il n'a pu prendre
556 IvYSTJïS ACJÎPHALOCYSTIQUES DES Rl.lNS,
cystiques qui se développent dans les autres organes, une grande
tendance à s'enflammer, à se perforer, et à revenir sur eux-
mêmes lorsqu'ils se sont complètement vidés. Aussi, les exem-
pies de guérison de tumeurs rénales après l'évacultion d'hy.
datides par les voies urinaires ne sont-ils pas très rares. Mais
dans un cas donné, on ne peut préjuger l'époque à laquelle
une semblable évacuation aura lieu.
Une circonstance rend cette affection moins grave chez
l'homme que chez les animaux. Chez lui il n'y a ordinairement
qu'un des reins d'affecté , et les cas de diathèse acéphalocys-
tique, cas dans lesquels ces vers vésiculaires sont développés à
la fois dans plusieurs organes, sont très rares.
§ 864. Le traitement des kystes acéphalocysliques n'est pas le
même, suivant que la tumeur rénale est intacte ou enflammée,
ou bien déjà ouverte dans le bassinet, ou à l'extérieur dans la
région des lombes.
Si la tumeur enkystée est inlncte , et qu'on soit parvenu à
bien constater qu'elle est formée par un kyste acéphalocys-
tique, on pourrait Vouvrir à l'aide d'une incision et des caus-
tiques, comme il a été indiqué à l'occasion des tumeurs formées
à la suite de la pyélite ; mais il est généralement préférable d'at-
tendre que le kyste s'ouvre spontanément dans le bassinet et
les calices. Je n'ai jamais, il est vrai, eu l'occasion d'ouvrir
ainsi un semblable kyste développé dans les reins ; cette pra-
tique a été appliquée avec un succès incontestable aux kystes
acéplialocystiques du foie , et certaines objections faites
contre la néphrotomie, pratiquée dans le but d'extraire un
Calcul, ne sont pas applicables aux kystes acéphalocysliques
des reins. Ainsi le kyste est presque toujours, sinon toujours,
unique ; il est voisin de la surface du rein ; l'inflammation en
est plutôt salutaire que fâcheuse, etc., et l'opération offrirait
par elle-même peu de danger, à moins que le malade n'eût un
l'exercice de sa profession (jue vers la fin de septembre. Le maLide s'est bien
porté depuis cette époque.» — {La Médecine éclairée par les sciences physiques
on Journal des découvertes relatives aux différentes parties de l'art de guérir,
rédigé par M. Fourcroy, tom. r, p. 87, iu-8, Paris, 1791).
KYSTES ACliPHA.LOCYSTIQUES DES REINS. SSy
(i-ès grand embonpoint. Mais, je le répèle, dans le plus grand
lombre des cas , il est préférable de temporiser; la tumeur est
jénéraleineut peu douloureuse; sa présence apporte si peu de
rouble dans les fonctions, que les médecins ne sont ordinai-
ement consultés que pour les accidens que déterminent les
tcéphalocystes dans leur trajet à travers les voies urinaires.
-la perforation spontanée de ces kystes se fait presque constam-
nent dans le ba&sinet, rarement dans le tissu celluleux périto-
léal, et bien plus rarement encore dans la cavité du péritoine ;
erminaisons fâcheuses beaucoup plus à redouter dans les cas
le pyélite calculeuse.
: Le kyste acéphalocystique est-il, au contraire, déjà ouvert dans
e bassinet; une ou plusieurs acéphalocystes ont-elles été déjà
vacuées avec l'urine; si Fui'elère est obstrué par des hydatides
u par un calcul, lorsque les malades sont alités, il faut favo-
iser le passage de ces corps étrangers de l'uretère dans la ves-
ie^ à l'aide de douces pressions de baut en bas, ou bien par
application des ventouses sèches sur l'hypogastre et le péri-
lée, ou à l'aide de douches dirigées vers la région lombaire du
ôté affecté. Si les malades peuvent marcher ou faire un peu
l'exercice à cheval, les mouvemens ou de légères commotions
u tronc peuvent favoriser la descente des acéphalocystes ou
ie leurs débris des reins à la vessie.
Lorsqu'un kyste acéphalocystique situé dans les reins , ou
léveloppédans le voisinage de ces organes, fait une saillie aux
jrabes , on peut en pratiquer avec succès l'ouverture , s'il
ient à s'enflammer. Après l'évacuation du pus et des hyda-
ides, on fait, dans l'intérieur de la poche, des injections avec
lue décoction d'orge miellée; le kyste ne tarde pas à revenir
ur lui-même , et l'ouverture fistuleuse se cicatrise.
J'ajoute que plusieurs observations semblent parler en fa-
c!ur dë. la térébenthine dans le traitement de ces kystes hyda-
ifères.
Si une acéphalocysle, engagée dans l'urèlhre, obstruait com-
"lèlement le canal, on faciliterait l'expulsion de l'hydatide en
i déch rant ou en la perçant, comme M. Brachet l'a fait dans
Il cas.
558 KYSTES ACIÎPHALOCYSTIQUES DES REITSfS.
Historique et observations particulières.
§ 865. noullier(i) dit avoir vu un. homme qui, après plu-
sieurs jours de vives souffrances, rendit avec les urines des
globules transparens en forme de gelée. Warthon (2) a vu aussi
des hydatides être rendues avec l'urine. S. Bonfigli {V, rapporte
le cas d'une femme qui portait dans le flanc droit une tumeur
rénale et qui rendit pendant l'année qui précéda sa mort une
matière lymphatique, concrète, avec l'urine {innalans compa-
ritt't membranaceo ghilini similis et distincia inpliira frustida
foliata, aliqitando expansa,nlii]nando notivoliita), matière dont
les caractères sont les mêmes que ceux des parois des hydatides.
Le Â-yste acéphalocystique , après s'être vidé en partie dans le
bassinet, était revenu sur lui-môme et en partie ossifié.
Baillie (4) cite le cas d'un soldat dont le rein converti en uu
sac capable de contenir au moins trois pintes de liquide était
rempli d'hydatides de diverses dimensions, depuis celle d'une
tête d'épingle jusqu'à celle d'une orange; une partie du rein
avait conservé sa structure naturelle.
Duncan (5) a trouvé , à l'ouverture du cadavre d'un homme
âgé de quarante-huit ans, qui était sujet à des douleurs néphré-
tiques età la gravelle, les reins très volumineux etrcmplis d'un
grand nombre d'hydatides.
Laennec(6) et MM. Brachet (7) ont rapporté des exemples d'a-
céplialocytes des reins.
M. Parmentier a publié un cas d'hydatides des reins ren-
(1) Hollerli Ojiera, lib. i, de morb. iateru.cap. 5o, in-fol. Paris, 1664.
(2) Yfaitlion. Adenogrtiphia, in-8, i656.
(S) Ephem. nat. ciirios. cent, ix, p. 9, obs. 4.
(4) Baillie. Anatomie pathologique, trad. franc, par Guerbois, in-8, Par
i8i5, p. 226.
(5) T/ie med. reposilory, vol. vu, juin 1817.
(6) Lacunec. Mémoire sur les nters 'vésiculaires, in-4, p- '48 (Mém. de
Faculté de médecine de Paris, in-4, Paris, 1812).
(7) Nouvelle revue médicale, i83i,t. ir, p. io5.
I
KYSTES ACÉPHA.LOCYSTIQUES DES REINS. 5 69
dues par l'urèthre, observé chez un jeune homme de vingt ans,
et qui finit par se rétablir après l'évacuation d'un grand nombre
d'hydatides (i).
On lit aussi dans la Gazette des hôpitaux (2) l'observation d'un
jeune homme, âgé de vingt-sept ans , qui guérit complètement
après avoir rendu un certain nombre d'hydatides avec l'urine
par le canal de l'urèthre.
Quelques remarques ont été faites sur les hydatides des ani-
maux; Cowper a trouvé des hydatides renfermées dans une
coque pierreuse, située dans le rein d'une brebis, et j'ai décrit
et figuré les diverses transformations des kystes hydatifères des
reins dans l'espèce ovine.
Le docteur Weitenkapf (de Barth) (3) a publié un cas d'hy-
datides évacuées par l'urèthre; ces vers, rendus au nombre
( de 5o à 60 chaque fois , avaient depuis la grosseur du pois
jusqu'à celle d'une noix et ils étaient vivans. Le docteur Gré-
plin (de Greifsyyald) (auquel on doit un travail intéressant sur
i les cysticerques ) , frappé de cette dernière circonstance, de-
! manda des renseignemens plus précis au docteur Weiten-
kapf (4) , et desquels il sembla résulter que ces hydatides
. étaient des cysticerques. Le cas du docteur Parraentier, cité
plus haut , paraît être un autre exemple de cysticerques
rendus par les voies urinaires : « La pression de ces vers
avec le doigt, dit M. Parmentier, en faisait saillir la tête, don^
il me fut facile de distinguer, au microscope, la forme et les
annexes. »
(J 866. Sous le nom d'hydatides des reins , plusieurs auteurs
I ont confondu les acépbalocystes et les kystes des reins. Ainsi,
1 sous le nom d'hydatides des reins , Kœnig cite un cas de kyste
• dans les reins observé sur un individu moil hydropique et
(1) Nouvelle Bibliothèque médicale, décembre 1829, t. xv, p. 412.
(2) Gazelle des Hopilaux, i834, p. 6o5.
(3) Provinzîal Sanitàtsherichte des Kœnigl. Med, CoUeg.'von, Pommem, 2 se-
i mestrc, i835, St. 52.
(4) Miiller's. Archiv fàr Anal. Phjrsiol.undwissentcha/tliche Medicin. i840j
Heft u, S. 149.
560 KYSTES ACIÎPIIALOCYSTIQUES DES REINS
dont l'urine était albumineuse, et un autro cas, celui d'un
hydropique avec urine albumineuse , et dont les reins plus
grands et plus mous que dans l'élat sain offraient de véritables
kystes dans la substance corticale (i). Un troisième cas, cité
par le même auteur, nie paraît être encore un exemple de kyste
des reins (a). Enfin un autre fait (3) paraît aussi appartenir
plutôt aux kystes qu'aux hydatides.
Bremser (4) remarque avec raison que deux cas cités par
Scheffer sont des exemples de kystes des reins , et non de vers
vésiculaires.
Sous le nom à' hydatides, Morgagni (5) a décrit une éruption
vésiculeuse des uretères que j'ai également observée et figurée
et qui est bien distincte des véritables acéphalocystes (Atlas.
Pl. m, fig. 3).
§ 867. Les observations relatives aux kystes acéplialocysti-
ques peuvent être rangées en deux séries :
1" Série, — Kystes acèyhalocystiqxies des reins, sans commu-
nivation avec les conduits excréteurs de l'urine.
Ces cas sont rares, les médecins n'étant presque jamais
consultés à cette période de la maladie; le cas suivant est le
seul que j'aie observé.
Obs, I. — Kyste, contenant un grand nombre d'acépbnlocystes , développé
dans la partie supérieure du rein gauche, et ne communiquant ni avec
le bassinet, ni avec l'uretère.
Dansle mois d'avril 1 8 36, M. Amussat m'a fait remettre un rein
contenant un kyste acéplialocys tique très remarquable (Atlas.
(1) Ce cas est emprunté aux Transactions of a socieLrfor improv. oj med.
andchir. knowledge, vol. m, p. 2or.
(2) Transactions of a soeiety for improv. 0/ med. and chir. hiowledge,
vol. III, p. 220.
(3) London med. Repository. vol. vu.
(4) Bremser. Traité des mers intestinaux, \t. 276, in-8, Paris, \ii!f.~-Joumnl
de Hufeland, vol. vui, p. 54 et 86.
(5) Morgagui. De sed, et cnus, morb., xr.it, art. 11.
NON OUVERTS. 56 1
1 Pl. LVi, fig. 5, 6, 7, 8, 9, lo). Ce rein avait été trouvé par deux
j jeunes étudiaus dans le cadavre d'un homme d'une quaran-
I taine d'années. Ce rein (c'était celui du côté gauche) avait envi-
.' ron 7 pouces de long et 4 pouces dans son diamètre transversal,
i L'extrémité supérieure était gonflée par un kyste considérable,
t dont l'intérieur renfermait un grand nombre d'acéphalocysles
t de difTérentes dimensions. Ces hydalides étaient elles-mêmes
r renfermées dans une grande acéphalocyste à parois plus épais-
» ses, et contiguë dans toute son étendue à la surface interne du
i kyste. Cette grande acéphalocyste, formée par une membrane
d'un blanc légèrement bleuâtre, fragile, demi transparente
comme de l'empois, extraite de la cavité du kyste, pouvait
^ se développer en plusieurs lames concentriques (fig. 7). On
remarquait à sa surface plusieurs points d'un blanc mat ,
de la dimension d'un petit pois ou d'une lentille et qui se dé-
tachaient fortement sur la teinte d'un blanc bleuâtre de cette
hydatide. Les acéphalocystes renfermées dans cette grande
acéphalocyste étaient au nombre de plus d'un cent. Leurs pa-
rois étaient beaucoup plus minces; les plus petites avaient à-
peu-près le volume d'un grain de millet; d'autres égalaient
celui d'un grain de groseille; d'autres, enfin, avaient la dimen-
;sion d'une prune et s'écoulèrent comme des globes lorsqu'on
vida ce kyste dans une cuvette. Parmi ces acéphalocystes glo-
buleuses et transparentes, il y en avait qui étaient affaissées
et dont la membrane, d'une teinte jaunâtre, était irréguliè
rement plissée ou contournée. Presque toutes ces acéphalo-
cystes globuleuses ou affaissées en renfermaient dans leur inté-
rieur une ou plusieurs autres, la plupart affaissées et nageant
dans le liquide qu'elles contenaient : de sorte que l'emboîte-
ment des acéphalocystes était une disposition commune à pres-
que toutes ces hydatides. Les parois de la plupart des acépha-
locystes globuleuses étaient parfaitement transparentes dans
toute leur étendue; d'autres présentaient de petits points d'un
blanc mat, laiteux, formés par des espèces de bourgeons
qui faisaient une légère saillie à la face interne de l'hydatide
étalée sur un morceau de verre. Lorsqu'on comprimait ces
acéphalocyste» entre deux lames de verre, elles se rompaient,
III. 36
56a KYSTES ACÉPHàLOCYSTIQDES DES REINS,
et après l'évacuation du liquide oix ne découvrait sur ces po-
ches ni ouverture régulière, ni bouche, ni suçoir, etc.
Le kyste qui renfermait les acéphalocystes était recouvert
inférieurement par une lame extrêmement raince de la sub-»
stauce corticale du rein, et, dans toute son étendue, par les mem-
branes celluleuse et fibreuse de cet organe, qui lui étaient for-
tement adhérentes.
Entre la face interne du kyste et la grande acéphalocyste , il
y avait, sur plusieurs points, un dépôt de matière jaunâtre
et grasse au toucher. La surface interne du kyste éuit d'uH
blanc jaunâtre, analogue à celui que présente l'intérieur de
l'aorte : sur plusieurs points on remarquait des destructions
partielles, qui pouvaient aussi être comparées à celles que pré-
sente l'aorte dans quelques cas d'ossification de ce vaisseau. Ces
petites destructions des parois dukyste n'envahissaient pas toute
son épaisseur; car il n'y avait point de communication entre
la cavité de celte poche et celle des calices et du bassinet. En
effet, après avoir vidé complètement le kyste, nous pûmes sui-
vre sur ses parois les divisions du bassinet et des calices en les
insufflant ( fig. 6 ). La partie inférieure du kyste était appuyée
sur le bassinet et comme embrassée par les calices, La partie
du h&ssinet qui correspondait à la partie inférieure du reia
était fortement dilatée; dans la cavité du bassinet et des cali-
ces, il n'existait point de débris d'acéphalocystes.
Le kyste acéphalocystiquc, quoique développé dans le rein,
ne communiquait point encore avec le bassinet et les calices;
le malade n'avait par conséquent pu rendre d'acéphalocystes
pendant sa vie.
La substance corticale et la substance tubuleuse dans la par-
tie inférieure du rein, n'offraieut aucune altération. Les veines
et les artères étaient à l'état sain.
Je n'ai pu avoir de détails bien circonstanciés sur l'état des
autres organes. J'ai su seulement que le rein du côté opposé
était sain et plus volumineux que dans l'état normal. Les ure'
lères, la vessie, le foie et les poumons n'offraient point d'allé-
ration. L'état extérieur du corps, qui ne présentait pas d'amai-
grissement notable, annonçait cependant plutôt une mort suite
OUVERTS DiNS LB BASSINET. 563
Id'wne maladie aiguë qu'un dépérissement progressif après de
ioiigues souiTrances-
i" Série' — Kystes acèphalocystiques des reins communi'-
guant, par une perforation, avec les conduits excréteurs
de Vtirino.
§ 868. Les cas qui appartiennent à cette seconde série peu-
f'ent être rangés dans deux catégories. L'une comprend les cas
jii la maladie s'est terminée par la mort, à la suite de l'in-
Jammation des substances rénales ou pour toute autre cause;
t.'autre, les cas heureusement assez nombreux de guérison de
eies tumeurs liydatiques.
Yoici d'abord quelques faits appartenaut à la première caté-
jurie.
Obs. tl. — Kyste acéphnlocysliqnc développé dans le rein ganclie et com-
muniquant, par des perforations, dans le bassinet j mort : tubcrcnles pulmo-
naires ; grains comme tuberculeux dan» le cceur (Atlai. Pl.xxix, flg. i, a).
Uu jeune interne des hôpitaux, plein de zèle et d'instruction,
>«)efrauce , qu'une morl prématurée a enlevé à l'étude , m'a
pporté,eQ i833,un rein qui contenait des acéphalocysles.
hélait le rein gauche d'un homme do 56 à ans, dont le ca-
avre avait été livré à la dissection dans les pavillons de l'École
I iratique.
il Le cadavre, excessivement amaigri, présentait toul-à-fait
nkabilude extérieure d'un individu qui a succombé dans le
liernier degré du marasme. La poitrine avait été ouverte ainsi
ue l'abdomen , dans l'hôpital où cet homme était mort; mais
îs reins étaient restés en place. Le sommet du poumon droit
tait le siège d'une vaste caverne tuberculeuse, et la plèvre de
e côté avait contracté des adhérences très solides avec les pa-
ois thoraciques. Le poumon gauche était farci de petits luber-
ules, principalement dans son lobe supérieur. Le cœur , d'un
olume ordinaire, était un peu dilaté. On remarquait, dans la
ubslance même de cet organe, de petits corps granuleux comme
le petits tubercules mlliaires. Il y avait uu peu de sérosUé daits
36.
564 KYSTES ACÉPHALOCYSTIQllES DES REINS,
le péricarde. Le larynx présentait trois "4 quatre petites ulcé-
rations au-dessous des cordes vocales. L'estomac était sain.
Dans le canal intestinal et dans l'intestin grêle et le gros intes-
tin, il y avait un assez grand nombre d'ulcérations. Le foie gras
et mou était d'un jaune pâle. La vésicule du fiel était distendue
par une assez grande quantité de bile; la rate était saine.
Les reins n'avaient point été examinés. L'un d'eux était ma-
lade; l'autre n'avait éprouvé aucune modification dans sa con-
sistance, sa structure, sa forme et son volume. Le rein malade
(celui du côté gauche) paraissait transformé en une poche
membraneuse deux fois plus volumineuse qu'un rein sain,
laquelle contenait un grand nombre d'hydatides, les unes
ayant la forme et le volume d'un œuf de poule, et les autres
plus petites.
Toute la substance du rein, excepté son quart supérieur,
avait presque entièrement disparu. Cette tumeur avait une
forme ovoïde, irrégulière, à parois souples, jaunâtres, non
transparentes, sur lesquelles on voyait, par places, surtout
vers le bord convexe du rein, des rougeurs presque écarlaies,
formées par un réseau vasculaire très fin, développé dans de
fausses membranes celluleuses qui allaient s'attacher aux par-
ties environnantes. En outre sur difi'érens points delà surface
de la tumeur et dans le tissu cellulaire qui environne le rein, il
y avait un très grand nombre de petites masses , les unes gri-
sâtres, les autres assez rouges et friables entre les doigts, et la
plupart groupées comme des glandes lymphatiques.
Le bassinet et le commencement de l'uretère étaient très
dilatés et très injectés. La petite portion du rein qui restait
encore intacte, était rouge, mais elle avait conservé sa struc-
ture naturelle. Dans cette poche il y avait trois ou quatre acé-
phalocystes assez grosses; les unes à parois comme gélati-
neuses, assez épaisses, jaunâtres,- les autres, incolores et
transparentes comme un kysle séreux à parois extrêmement
minces, présentaient quelques taches d'un blanc mat, laiteux,
opaque. En ouH-e, dans de très petites anfractuosités de la
poche hydatique, il y avait de petites acéphalocysles, disposées
en chapelet, transparentes et plus ou moins jaunâtres. D'autres
OUVERTS DANS LE BASSINET. 565
tétaient opaques comme les yeux de poisson bouilli. Elles
étaient quelquefois seules dans leur petite loge, mais le plus
souvent enveloppées d'une matière amorphe, blanche et molle,
fet qui était déposée en petite quantité dans la cavité du kyste.
Les parois du kyste, assez épaisses et un peu inégales dans
(quelques points, avaient presque partout la même apparence ;
lia couleur en pouvait être comparée à celle delà membrane
Ifibreuse de l'aorte; seulement elle était plus jaune que cette
idernière. La surface interne du kyste, généralement assez lisse,
Ijplissée en quelques endroits , dans d'autres comme érail-
dée, offrait, en outre, de petites dépressions irrégulières, assez
«généralement circulaires. Le fond du kyste, à l'endroit oii il
(correspondait au bassinet dilaté , présentait un assez grand
nombre de petites colonnes bleuâtres qui convergeaient vers
nn point central, et notamment vers deux ouvertures à bords
rarrondis qui communiquaient avec la cavité du bassinet; de
t'entrecroisement des colonnes résultaient les petites loges
dont j'ai parlé.
En ouvrant le bassinet par son côté interne , on le trouva
rempli d'une grosse acéphalocyste vidée , entortillée sur elle-
mème et surmontée d'une autre acéphalocyste très petite, glo-
Duleuse et parfaitement transparente.
La vessie ne présentait rien de remarquable ; seulement il
lixislait, dans son bas-fond , un petit calcul gros comme une
noisette. Le liquide qu'elle contenait , plus épais qu'à l'ordi-
aaire, était chargé de mucus. Le canal de l'urèthre et la pro-
itate étaient sains.
•Ibs. III. — Douleur dans la région lombaire gauche; symptômes de
' coliques néphrétiques, depuis vingt ans ; évacuation d'hydatides par l'u-
> rèthre, favorisée par des pressions sur le ventre ; nouveaux accidens ; mort.
— Rein transformé en une poche membraneuse, contenant des hydatides
i (Chopart. Traité des mal. des nioies urinaires, t. l, p. 148).
Une demoiselle de ans , qui n'avait jamais joui d'une
Monne santé, dont le teint était d'un jaune noirâtre et dont les
fègles avaient cessé depuis deux mois, sans accident , fit appe-
ler M. Fleuret, le ao janvier 177J, pour la soulager d'une vive
566 KYSTES AC^PHALOCYSTIQUES DES REINS,
douleur qu'elle sentait dans la région lombaire du côté gauche"
Tout annonçait une colique néphrétique; il y avait difficulté
d'uriner, tension du ventre, principalement ducété affecté; la
douleur augmentait par le toucher, depuis la région du rein gau
che, jusqu'à celle de la vessie. Cependant cette demoiselle n'a-
vait rendu ni sable, ni graviers . Deux saignées et des cataplasmes
émoUiens calmèrent un peu les douleurs et le ventre devint
moins tendu ; mais l'urine ne s'écoulait que par un petit jet qui
s'arrêtait à l'instant, de sorte qu'elle était toujours tourmentée
du besoin d'uriner. La région de la Vessie était élevée, et par
conséquent pleine d'urine. M. Fleuret proposa à la malade
de la sonder; elle s'y refusa, et annonça qu'elle était sujette
à cette colique depuis vingt ans, que cette fois les douleur»
étaient plus vives et continuaient plus long-temps, qu'elle était
quelquefois six mois, un an, deux et même trois ans sans les
ressentir, et que les accidens se terminaient lorsqu'elle avait
rendu par l'urèthre un grand nombre de petites poches remplies
d'eau, ouïes peaux de ces sacs, dont quelques-uns avaient la
grosseur d'un œuf de pigeon et d'autres étaient plus petits et
sortaient toujours avant les plus gros. Pendant la nuit^ elle
trouva une situation pour uriner, elle se coucha sur le dos,
éleva les jambes et les cuisses; pour lors l'urine sortit avec ces
sacs ou hydatides. Le lendemain , M. Fleuret examina ces liy-
datides, qui étaient en grand nombre. La plupart étaient rom-
pues et ne présentaient plus que leurs membranes; quelques-
unes étaient entières et remplies d'une eau bourbeuse. Parmi
ces membranes , il en vit qui étaient formées de trois lames
adhérentes entre elles par un tissu de fibres fines et serrées.
La malade se trouva soulagée par la sortie de ces petits corps;
mais la douleur revint deux jours après, sans être aussi forte.
Celte douleur commençait dans le rein, et, quand elle diminuait
dans ce viscère, elle augmentait en différons poinsdu trajet de
l'uretère, et devenait plus vive à l'entrée de ce canal dans la
vessie. Loi'sque les hydatides y étaient parvenues, la douleur de
toutes ces parties n'était plus qu'une sorte de lassitude ; dans
d'autres attaques de coliques , la malade, pressée par l'envie
d'uriner, ^ présentait souvent , sans qu'il sortît une gôutté
ouveut's dans le bassinet. 567
d'urine. Enfin, à force d'efforts et de pression sur le ventre,
les hydatides sortaient avec une sorte de bruit, ensuite l'urine
coulait à plein canal et sans douleur.
Cette demoiselle est morte, lo 8 juin 1776. M. Fleuret a fait
l'ouverture de son corps. Le rein droit était sainj le gauche avait
une forme extraordinaire. Il l'enleva avec l'uretère et la vessie,
; pont- en faire l'examen avec plus de soin. Ayant ouvert ce rein,
1 il ne vit qu'un sac membraneux, rempli d'hydatides, qui n'c-
; taient point aussi grosses que celles que la malade avaient ren-
dues. Le bassinet et l'uretère étaient extrêmement élargis. Il n'y
. arait l'ien de particulier à la vessie- M. Fleuret a envoyé ces
1 parties à notre académie, qui a chargé M. Desault de les exa-
rtàiner. Cet académicien nous a démontré que le rein gauche
I itait transformé en une poche membraneuse ovalaire, dont les
parois épaisses étaient celluleuses dans plusieurs endroits , et
qui était remplies d'un grand nombre d'hydatides libres, de
grosseur et de figure différentes. Ces hydatides avaient leurs
tuniques transparentes et quelquefois doubles, elles contenaient
une lymphe trouble. L'uretère était très dilaté , avait ses tuni-
ques épaisses et plusieui'S petites hydatides naissantes.
Om< IVi — Douleurs daus la rcgioa réualo gauche et à la vessie ; uriue
purulente ; mort ; dépôt de pus dans les reins (Chopart, Traité des ma-
lad. des 'voies urinaires, t. i, p. i5o).
Un notaire de la ville de Montereau ressentit des dou-
leurs à la région du rein gauche et à la vessie. On pensa qu'il
avait la pierre, et btt lui fit prendre des bains, des boissons
diurétiques et des pilules savonneuses. Loin d'éprouver du
aoulageraent, ses douleurs augmentèrent. Il vint à Paris, et
consulta M. Desault, qui jugea par la sonde qu'il n'avait point
de pierres dans la vessie. Le malade, rassuré sur les craintes
qu'il avait de cette maladie, retourna dans son pays, prit des
bains, des boissons adoucissantes, et se trouva mieux pendant
un mois. Ensuite ses doule\irs recommencèrent avec force. Son
urine, qui jusqu'alors avait été d'une bonne qualité , devint
trouble, bourbeuse, et déposa beaucoup d'humeur blanchâtre
puriforrae j quinze jours après il rendit par l'urèthre, après de
568 KYSTES ACÉPHALOCYSTIQUES DES REINS,
grands efforts pour uriner, un corps mollasse, allongé et qui
avait l'apparence d'une membrane épaisse. Après la sortie de ce
corps étranger.qu'il mildans une Ifcuteille d'eau, et qu'il envoya
à M. Desault pour en faire l'examen , les douleurs des voies uri-
naires diminuèrent sensiblement. Le troisième jour suivant, il
rendit un nouveau corps de même nature que le premier. Il
parut à M. Desault que ces corps étaient des débris d'hydalides
lymphatiques, formées dans les reins ou dans la vessie, et qui
s'étant rompues avaient eu plus de facilité à sortir par l'urèthre.
Car, de même que dans le cas précédent, les hydatides, pous-
sées vers le col de la vessie par l'action d'uriner, bouchaient
l'entrée de l'urèthre, causaient la difficulté d'uriner et des dou-
leurs aiguës. Cette action diminuant et le malade changeant de
situation, elles tombaient, par leur poids, au fond de la vessie,
et permettaient le passage de l'urine ; ensuite étant plus ma-
cérées par l'urine et portées de nouveau dans le col de la vessie
oii elles étaient pressées par l'action d'uriner, elles se rom-
paient, et, devenant plus proportionnées au canal de l'urèthre,
elles le traversaient. Ainsi, ce malade devait être soulagé après
l'issue de ces corps étrangers. M. Desault le prévint qu'il pour-
rait encore rendre d'autres portions d'hydatides ou même des
hydatides entières, parce que l'uretère, plus dilatée à mesure
qu'il en passerait, pourrait se prêter assez pour en laisser sortir
de la grosseur d'un noyau d'olive. Il l'engagea à continuer le
régime délayant, la boisson d'eau de lin et de chien-dent.
Dans l'espace de quinze jours, le malade rendit encore par l'u-
rèthre plusieurs particules blanchâtres, comme membraneuses^
et ne sentit plus de douleurs à la vessie. Mais son urine conti-
nua d'être trouble, purulente; il eut de temps en temps des
accès de fièvre et presque toujours des douleurs dans les reins,
surtout dans celui du côté gauche. Enfin , après six semaines
de souffrances continuelles, il mourut. M. Colleau, maître en
chirurgie de Montereau, fit l'ouverture de son corps : il trouva
le rein gauche en suppuration. Il y avait du côté des calices,
des mamelons, plusieurs foyers d'humeurs blanchâtres, granu-
leuses et fétides, et, dans la substance de ce rein, quelques
points purulens qui ne communiquaient point avec ces foyers.
OUVERTS DANS LE BASSINET. SGg
L'uretère était épais, raoins flexible que dans l'état ordinaire,
et contenait un peu d'humeur purulente; le rein droit avait
des marques de suppuration. La vessie était petite, racornie ,
et renfermait une petite quantité d'urine fétide. Il n'y avait m
pierre, ni hydatides , ni concrétions lymphatiques, ni fongus.
Les autres viscères du ventre étaient sains.
Quoiqu'il n'ait point paru d'hydatides dans les voies urinai-
res de ce malade, il est probable que les corps étrangers qu'il
a rendus par l'urèlhre n'étaient point de simples concrétions
lymphatiques, mais des vésicules rompues, ouvertes. M. De-
sault y reconnut des caractères de membrane et la forme de
vésicule. Peut-être ces hydatides se trouvaient-elles trop gros-
ses pour enfiler la roule de l'urèthre , qui est plus longue et
moins dilatable dans l'homme que dans la femme. Il est vrai-
semblable qu'elles étaient parvenues dans la vessie, lorsque
M. Desault y apporta la sonde ; car les douleurs que le malade
ressentait depuis deux mois dans ce viscère, et qui ressem-
blaient à celles que cause une pierre mobile et portée au col
de la vessie, n'ont cessé qu'après l'issue de ces corps éti'angers.
Le défaut de résistance ou la mollesse de ces hydalides empê-
chait de les reconnaître par la sonde.
Obs. y. — Doalenrs dans le c6té gauche du ventre; sable rouge expulsé
avec l'nrine; urine sanguinolente et purulente; expnhion d'hydatides,
précédée de vires douleurs; guérison. — (Russel. — Medic.obs. andinquir,
pubUshed by a tocietyof phjrsicians, in London, t. lir, p. 146, 1767).
Un jeune homme , âgé d'environ a4 ans , d'une constitution
délicate, ressentit une douleur au côté gauche du ventre, et eut
de la fièvre. Ces symptômes subsistant même après la saignée
et l'usage de quelques drogues, il fit appeler M. Russel. Il avait
alors une douleur violente dans la région gauche de l'hypo-
gastre, avec un grand mal de tète, chaleur, soif et sécheresse
de la langue. Son pouls était vif, plein et dur; son urine sor-
tait avec difficulté, en quantité suffisante, et d'une couleur na-
turelle. Il avait le ventre libre. Dans la nuit, il se plaignit
d'une douleur aiguë dans la région du rein gauche, et qui s'é-
lendait le long de l'urèthre jusqu'à la vessie. Il eut une réten-»
5'ja KYSTES ACÉPHALOCY8TIQUE3 DES REINS,
tion d'urine pendant quelques heures , des nausées et plusieurs
vomissemens. On réitéra la saignée ; il prit des demi-bains , des
lavemens émolliens, des boissons rafraîchissantes et des potions
huileuses. En peu de jours, ces accidens graves se dissipèrent;
«n peu de salle rougeâtre parut dans l'urine ; cependant la dou-
leur au côté gauche subsistait toujours, sans être aussi violente.
Le malade était faible et avait toujours une chaleur fébrile.
On l'engagea à aller à la campagne, à boire du lait d'ânesse, à
prendre plus de nourriture et à faire un peu d'exercice. Ses
forces revinrent, sa chaleur fut moindre, et il fut presque sans
douleur pendant quinze jours, après lesquels étant allé en voi-
ture, il eut de la peiné à uriner, et des envies plus fréquentes
de rendre son urine. Il en sortait peu à-la-fois, et elle s'arrêtait
quelquefois sans qu'il fût plus tourmenté de douleurs. Cet état
dura toute là nuit. Le lendemain mâtin , ayant commencé à
rendre de l'urine , elle s'arrêta tout-à-coup , et le malade crut
qu'il s'était crevé quelque corps dans l'urèthre. Il sortit de ce
canal une petite quantité d'humeur puriforme, avec un peu de
sang, puis un sac membraneux vide , du volume d'un œuf de
pigeon. Enfin il s'écoula Une grande quantité d'urine, ce qui
soulagea beaucoup le malade. Pendant plusieurs jours , son
urine déposa une humeur puriforme et un peu teinte de sangj
et , durant ce temps , il rendit par l'urèthre plusieurs petites
hydatides , dont quelques-unes étaient rondes , de la grosseur
d'un pois ordinaire , et avec un petit pédicule. Ce jeune homme
se trouva dans un bon état pendant dix jours, puis il eut un
nouvel accès de douleurs , et rendit encore plusieurs hydatides.
Ces accès récidivèrent de temps en temps et se terminèrent
toujours par la sortie de petites hydatides; dans les intervalles
il paraissait jouir d'une bonne santé. Le nombre de ces hyda-
tides a été considérable. M. Russe! en a vu quarante de diffé-
rente grosseur , depuis le volume d'un œuf de pigeon jusqu'à
celui d'une tête d'épingle. Les plus grosses étaient crévées avant
de sortir, mais les petites sortaient entières. Elles contenaient
une humeur qui n'était jamais bien limpide ou transparente,
et qui paraissait plus opaque dans quelques-unes quedans d'au-
irês. Aucune n'avait d'incrustation calculeuse, cllespremières
OUVERTS DANS LE BASSINET. 57 1
qui sont sorties étaient d'une couleur plus claire que les der-
nières. A l'âge de i4 ans, ce jeune homme avait ressenti des
douleurs aiguës dans les voies urinaires, et avait rendu des
urines noires ou d'une couleur de café. A 22 ans il eut un vo-
missement bilieux et quelques douleurs dans le dos. Voilà ce
qui lui était arrivé de particulier , avant la maladie pour la-
quelle M. Russe! a été appelé. Deux ans après la première sor-
tie reconnue des hydatides, il en rendait encore en différens
temps. Quelques-unes étaient même plus grosses que celles
des années précédentes. Du reste, il jouissait d'une bonne
santé.
Om. VL — GoDorrLée et douleurs néphrétiques ; expulsion d'bydatides
avec l'urine {ColL acadèm,, t. x, p. 65).
Un homme 'avait Une gonorrhée et des douleurs néphréti-
ques. Son urine n'était point chargée de graviers j elle était
sanglante, et l'excrétion s'en faisait avec beaucoup de diffi-
culté. On s'attendait à voir bientôt paraître quelques petites
pierres; mais, au lieu de calculs, il rendit un grand nombre de
vésicules ou de corpuscules blanchâtres, mous, creux, et qui
s'enflaient lorsqu'on y introduisait de l'air. Il y en avait de la
grosseur d'un pois : les unes paraissaient remplies d'une hu-
meur gélatineuse , d'autres d'une lymphe jaunâtre 5 quelques-
unes avaient leur surface tachée de points rouges. Dans le
temps que ces vésicules continuaient à sortir, on fit prendre
au malade des bols de térébenthine. L'etcrétion de ces vési-
cules fut aussitôt supprimée , et ne se rétablit que par l'inter-
ruption du remède. La térébenthihe ayant été donnée une se-
conde fols , les vésicules s'arrêtèrent de nouveau; mais elle»
reparurent dès qu'on en eut suspendu l'usage. On fit macérer
ce» corpuscules pendant huit jours, ensuite on les soufQa; ils
parurent transparens', semblables à des toiles d'araignée,
l'otl ne douta plus que ce ne fussent de véritables vésicules.
KYSTES ACÉPHA.LOCYSTIQUES DES JIEIKS
Ods. Vir. — Histoire de dix-sept liydatide» rénales, rendues par le can.l
de l'urèthre, à la suite d'un traitcmcut anti-sypLilitique, par M. Aulagnicr
correspondant de rAcadémic de médecine de Paris, etc., lue à l'Académie
de médecine de Paris, en mars 18 16 {Journ. gén. de méd., t. lvi n 236
avriliSie, p. j68). ' • • •
Un officier-général gagna, il y a près de lo ans, une gonor-
rbée. Un chirurgien de son corps d'armée lui conseilla d'em-
ployer des injections astringentes. Le rétrécissement ou la coarc-
tation de l'urèthre avec dysurie urélhrale ne tarda pas à se
manifester. Les devoirs de ce général ne lui permettant pas
de suivre un traitement méthodique, il fit les campagnes de
l'armée d'Egypte et celles d'Espagne, au milieu de souffrances
presque continuelles. La difficulté d'uriner devint chronique,
ainsi que cela arrive ordinairement. Le malade fut forcé de
faire usage, à diverses reprises, de bougies de gomme élas-
tique, dont il abusa. La dysurie s'accompagnait d'un écoule-
ment habituel de matière puriforme, contre lequel le malade
employa pendant long-temps et inutilement une très grande
quantité de baume de copahu. Au mois d'avril dernier, le gé-
néral me témoigna le désir de se soumettre à un traitement. Je le
prévins qu'il serait long, à cause de l'ancienneté de la maladie;
il n'en fut pas découragé. A cette époque , le périnée et les
bourses étaient couveris de dartres , accompagnées d'une forte
démangeaison. L'écoulement parle canal de l'urèthre était fort
abondant, verdâlre; le gland toujours inondé de matière j et
le malade urinait avec peine, et goutte à goutte, jusqu'à cinq
fois par heure. Je prescrivis des bains , des boissons adoucis-
santes et des injections avec la décoction de graine de lin et de
tête de pavot. Quinze jours après, le malade fut atteint d'une
fièvre bilieuse, qui fit suspendre le traitement anti-vénérien.
Dès qu'elle eut cessé, je conseillai des bains de siège deux fois
le jour, composés d'une décoction de son , à laquelle on ajou-
tait le muriate de mercure sur-oxidé , dont on augmentait gra-
duellement la dose. Le nombre des bains fut porté à soixante-
dix. La tisane était faite avec de la racine de bardane et l'écorce
d'orme. Les injections comme ci-dessus: on y ajouta une très
OUVERTS DANS LE BASSINET.
petite dose de muriate mercure sur-oxidé. Ces moyens produi-
sirent de bons effets; les démangeaisons s'apaisèrent; l'écoule-
ment changea de nature et diminua considérablement.
J'avais ignoré jusqu'alors que le malade rendait, depuis plus
de quatre mois et en grande quantité, avec les urines, une ma-
tière puriforme, ressemblant au blanc d'œuf, ayant une odeur
insupportable , et s'attachant au fond du pot. Cette matière
sortait, tantôt à la fin de l'émission de l'urine, tantôt avec les
premières gouttes ; ce qui me faisait craindre quelque affection
profonde des voies urinaii'es. Je prescrivis les eaux de Gontrexe-
ville, et je fis commencer le traitement par les bougies emplas-
tiques. La première introduction de la bougie me fit recon-
naître qu'il y avait un obstacle un peu en dessous du gland.
Je m'étais assuré que le spasme n'était pour rien dans l'im-
possibilité de la pousser plus avant. Plusieurs jours après,
je rencontrai un second obstacle au milieu de la verge. Par
l'introduction de la bougie, l'écoulement augmenta ainsi que
cela arrive ordinairement. La bougie retirée , on y voyait
beaucoup de matière attachée à l'endroit oii se trouvait l'ob-
stacle. Dix à douze jours après, la bougie pénétra, non sans
peine, dans la vessie. Le malade éprouvait un picotement très
sensible et une grande démangeaison dans le canal , et surtout
vers la prostate; mais, la bougie introduite, il pouvait la garder
long-temps sans en être incommodé. Contre mon avis, il la te-
nait introduite vingt-deux heures sur vingt-quatre. Ce traite-
ment fut continué pendant quelque temps. Cependant l'appétit
était régulier : le malade dépérissait j il était morose, et se plai-
gnait d'une douleur gravative dans la région lombaire. On
apercevait au toucher un léger gonflement à la région du rein
gauche ; la douleur devenait insupportable. Deux ou trois jours
aprè3,le général rendit, par le canal de l'urèthre et presque sans
douleur, une masse de forme oblongue el de la grosseur d'un
luyau de plume à écrire. Ce corps excrété, suivant le rapport
qu'on m'en fit, était rempli de liquide. Depuis deux jours on l'a-
vaii laissé sur du papier brouillard, oii il s'était desséché : aussi
ne me fut-il pas possible d'en reconnaître la nature. Le surlende-
main^ le malade en avait rendu deux autre» un peuiuoins gro» :
KYSTES ACÉPHAL0CV8TIQUES DBS REINS
c'étaient des hydatides. Il se sentit soulagé : d'abord il urina à
plein canal; mais il devenait chaque jour plus triste j il ne man-
geait presque pas \ il dépérissait à vue d'œil ; et la douleur ré-
nale se renouvelait, Les urines contenaient beaucoup moins de
matière puriforrae. Je fis substituer les eaux de Selter à celle de
Contrexe ville. Le malade rendait presque tous les deux ou trois
jours des hydatides beaucoup plus petites. Par la négligence
des personnes qui étalent auprès du malade, je n'ai pu en con-
server que six de dix-sept qu'il a rendues. Quelque temps après
avoir commencé l'usage de ces eaux, la matière puriforme con-
tenue dans les urines diminua sensiblement, et, au bout d'en-
viron vingt jours, elles n'en contenaient plus. De rougeâtres
qu'elles avaient été jusqu'alors, elles prirent une couleur natu-
relle ; elles furent moins abondantes : les fonctions des voies
urinaires se rétablirent complètement , l'appétit et la gaîlé re-
vinrent; les forces se relevèrent. Le général a usé des eaux de
Selter jusqu'à son départ, et a appliqué tons les jours la bou-
gie deux heures le matin et autant le soir.
Au commencement de janvier il rendit encore une hydalide;
le suintement par l'urèthre diminua au point , que je ne crus
pas nécessaire d'employer d'autres moyens que la bougie pour
le tarir. Ce général partit pour aller ches lui le 3 février, dans
l'état de la meilleure santé.
Ogs. YIII, — Douleurs dans le rein droit ; cxpnhioa d'hydatides par l'u-
rctUre; guéfison par l'emploi de la térébenthine: cas rapporté par
M. Morcau, médecin à Vitry-lc-Français {Bibliolfi, méd., septembre 1820,
p. 334, — Joum. gén. de Méd,, t. LXXV, p. ^s'')',.
Un homme de a6 ans éprouvait depjiis deux ans des dou-
leurs aiguës dans la région lombaire droite , accompagnées
d'un sentiment pénible de tension et' de gonflement de cette
région, de grande difficulté d'uriner, parfois même d'une réten-
tion d'urine. Après quelques jours, ces douleurs cédaient à l'ex-
pulsion, par l'urèthre, de petites hydatides, d'abord de la gros-
seur d'un pois , puis du volume d'uûe grosse noisette. Lorsque
ces petits corps hydatiques eurent atteint un plus grand vo-
lume > ue pouvant plus sortir eatiera, ils se rompaient; et il
OUVERTS PANS I^ï BASJÏtfBT. 67$
$ie paraissait plus au dehors que des débri» membraneux.
M. Moreau crut recoonaître l'existence d'bydatideB dan» le
rein droit , et, se rappelant l'action de la térébenthine sur les
fpies urinairef), il n'hésita pas à prescrire au malade seize
grains de cette substance en quatre doses pour chaque jour.
i3oit simple coincidence, ou par l'effet des raédicamens en ques-
îàon, le malade fut guéri sans retour en moins de huit jours.
§. 869. Le doctew Lettsom(i) a aussi rapporté deux cas fort
Cttrieux de rupture de kyste acéphalocystique dans les conduits
excréteurs de l'urine, suivis de guérison: Un gentleman, âgé de 3a
i ans, fut renversé de cheval en février 1780,1! en résulta un choc
I violent aux lombes suivi d'une hématurie considérable j après
( quinze jours il ne ressentit pas d'inconvéniens de celle chute jus-
I qu'au mois de juin suivant. Alors il se plaignit de toux et d'un
( cirachement de sang qu'il attribua à sa chute. Mais, avec quelque
> soin, il se remit et ne ressentit plus aucun symptôme de cette
maladie pendant trois ans. En septembre 1783, il fut pris de
(rissons, d'une vive douleur dans la région du rein gauche.
Peu de jours après il s'aperçut d'une tumeur à l'hypochoudre,
laquelle s'accrut graduellement jusqu'à la fin de février i^H*
Pendant neuf semaines, la tumeur fut si peu douloureuse que le
malade piU faire un voyage de i3o milles pour consulter le
docteur Lettsom. En examinant la tumeur, qui était aussi
grosse que la tète d'un enfant , on reconnut qu'elle contenait
une matière liquide, qu'elle s'étendait des vertèbres du dos le
long de l'hypochoudre gauche à la région ombilicale, et qu'elle
occupait tout l'espace des côtes aux os innominés. La douleur»
qui augmentait aveq Venûuredu côté, était aggravée par l'exer-
cice ou le mouvement, mais elle était soulagée par un calmant.
£niin il survint de la douleur pour uriner et une rétention d'o-
: riue complète pendant «quelques heures. Dans cet état, d«s
chirurgiens des plus habiles furent consultés pour détermi-
ner s'il serait à propos de faire une incision au côté et de
; percer le kyste pour prévenir la fatale terminaison que la ré-
(i) Lettsom. Two cases 0/ hyduUUes rénales (SHem. tbe médical soci«tjr
ofLoadon, vol. u, p. 33, 1789).
KYSTES ACJÊPHALOCYSTIQUES DES BEWS,
tention d'urine présageait. Le ao février, la consullation eut lieu
son résultat fut que l'incertitude de la situation de la tumeur
par rapport aux intestins, et le risque d'exposer les parties
affectées à l'air extérieur, firent rejeter l'opération. On conti-
nua l'opiat ordinaire du malade : de la ciguë et des clystères
anodins. Le malade passa une nuit douloureuse , tourmenté
par des frissons fréquens et violens ; mais il éprouva un très
grand soulagement le matin de bonne heure, à la suite de l'é-
coulement d'une grande quantité de pus épais mêlé à l'urine,
écoulement qui fut suivi le lendemain d'une évacuation de pus
et de nombreuses hydatides.
En peu de jours la tumeur s'affaissa, et l'écoulement purulent
disparut. Le malade continua à reprendre des forces pendant
une quinzaine ; son côté se gonfla de nouveau après une pro-
menade en voiture, une grosse hydatide s'ctant probablement
engagée dans l'urèlhre. Il survint, comme précédemment, des
frissons, de la strangurie, et la tumeur devint aussi volumi-
neuse que la première fois. A la fin de mars, il éprouva une
seconde évacuation semblable en tout à la première, excepté
que les hydatides étaient plus grosses. La santé et les forces
revinrent ; mais après une course à cheval. M.,, fut pris une
troisième fois de malaise, et l'enflure du côté continua jusqu'au
a5 avril. Alors il fut soulagé par un troisième écoulement
d'hydatides qui furent considérablement plus grosses que celles
des attaques précédentes. Il rendait souvent de ces hydatides
après une promenade à pied ou à cheval, n'ayant plus d'enflure
ou de douleur au côté , et, lorsqu'il éprouvait du malaise ou
une légère tuméfaction, parla pression de la main il pouvait
diriger les hydatides vers la vessie, oîi elles séjournaient quel-
que temps avant d'être expulsées ; mais les hydatides devin-
rent à la fin si volumineuses qu'elles avaient beaucoup de peine
k traverser l'urèthre; la dernière qu'il rendit, le i» de juillet,
était si volumineuse, qu'elle s'arrêta dans l'urèthre et y resta
pendant un temps considérable, jusqu'à ce que le poids de
l'urine amoncelée la foi çât à passer. Les premières hydatides
•e crevèrent en sortant, elles n'étaient pas plus grosses qu'un
pois, et les dernière» du volume d'uuauf de poule. Cepend»nt
OUVERTS DANS LE BASSTNET. 5'J'J
i (a santé se rétablit graduellement , et le malade put se livrer
I sans le moindre inconvénient à la chasse et à tout autre exer-
i cice aussi bien qu'il l'eût jamais fait. Dans cette maladie , on
: employa peu de remèdes, excepté la ciguë, la gomme arabique,
k les lavemens et les anodins. Pour la seconde fois , lorsque la
t tumeur devint douloureuse,ilpritunémétique, qui parut hâter
1 l'expulsion des hydatides. Le quinquina, essayé entre les éva-
c cuationSj réussit mal et fut abandonné après la dernière expul-
I siou. Ce remède, ainsi que le lait d'ânesse, paraissaient utiles.
Un homme sobre avait été pendant quelques années sujet
à & des paroxysmes de douleurs dans la région du rein droit ,
à douleurs qui paraissaient descendre dans la direction de l'uretère
i du même côté, et qui cessèrent après la sortie, par l'urèthre, de
q quelques sacs membraneux (acéphalocystes) de différent volu-
I me, quelques-uns entiers, les autres rompus et vides. Il y avait
c des intervalles considérables entre les paroxysmes, pendant
i lesquels le malade jouissait d'une santé parfaite. Ces paroxys-
I mes, qui revenaient tous les quatre à cinq mois, avaient aug-
I menté de fréquence, et les hydatides avaient un volume plus
( considérable. Le malade souffrait de la sorte depuis dix ans au
I moment oii on commença à l'observer. D'abord, l'expulsion
i des hydatides avait été suivie d'un sentiment de pesanteur,
I plutôt que de douleurs et de légers frissons. L'expulsion des
) hydatides avec une matière purulente finit par revenir jusqu'à
c cinq fois par an , accompagnée chaque fois d'augmentation de
( douleur et précédée d'un sentiment de plénitude dans la région
( du rein droit. Pendant trois mois, il y eut cessation des symp-
t tômes ci-dessus, qu'on attribua aux remèdes suivans prescrits
I par le docteur Lettsom : — TP Ext. cicutœ et pilulœ sapon. à à
5 i, fiant pil. xxiv. cap ii, omninocte. — If Elec. lenitiv. 5 i ;
( œthiop. minerai § fs; syntpi simpl. q. t. ut fiât elect. de quo
< cap.rhagn.nucismosch, protdventer poslnlaverit. — % Uvœ ursi
l ii eoqtie ex aq. font. % ix ad \ vi. stih finem coclionis addetido
I rad. glycyrrh. 3 fs et cola. — V Liq. colati l ifs ; tinct. stomach.
§ i. fiât haustus lis per diem sumendus.
Trois années s'étant écoulées, le rapport dit qu'après des
« douleurs considérables dans le dos, il rendit encore plusieurs
III. 37
KYSTES ACIÎPH/VLOCYSTIQIIKS DES REINS,
hydalides d'un volume plus considérable, auxquelles adhérait
un peu de sable 5 il en rendit plusieurs à difFérentes périodes ;
mais il avait éprouvé un tel amendement de l'usage de la pres-
cription ci-dessus, et de la poudre d'uva ursi substituée à la
décoction, qu'on pouvait espérer la guérison.
On peut rapprocher de ces observations les deux suivantes :
Une femme de 45 ans but pendant cinq semaines de l'eau
alumineuse ; quatre semaines plus tard, elle éprouva des dou-
leui s néphrétiques qu'elle n'avait jamais eues auparavant. Un
mois après, elles se renouvelèrent et se répétèrent plus tard tous
les jours. Ces douleurs étaient accompagnées d'une hématurie:
douze hydatides furent évacuées avec l'urine ; elles avaient nn
pouce et demi de long et l'épaisseur d'un tuyau déplume d'oie.
L'évacuation dura trois heures (i).
Un homme âgé de 3o ans, éprouvant des douleurs excessives
dans les reins, après avoir pris de la térébenthine, évacua,
avec l'urine , quinze hydalides i^emplies d'eau et de la grosseur
d'une balle à fusil , elles étaient formées d'une mem])rane
épaisse et transparente, et étaient tellement résistantes qu'elles
ne pouvaient être crevées entre les doigts (2).
§ 870. On a vu, dans quelquescas rares, des kysles acépha-
locystiques s'enflammer, s'ouvrir aux lombes par une ou plu-
sieurs ouvertures, et ces fistules être suivies d'une guérison
complète.
Obs. IX. — Hydatides évacuées par la région lombaire droite (M. Jannin,
chirurgien à Vallîères. — Bibliotit. médic, 3° année, t. x, année i8o5,
p. m).
Au printemps de l'an xi, une fille de xg ans , bien réglée,
jouissant de la meilleure santé , sent se former peu-à-peu une
tumeur dans la région lombaire droite. Pendant un an, celte
tumeur js'accroît graduellement, sans produire d'autre incom-
modité que quelques élanceraens dans la partie afFeclée. A la
fin, la tumeur étant devenue volumineuse et les élancemens
plus fréquens et plus douloureux, elle se détermina à consulter
(l) Davis m Pliil. Trans., vol.xxri, u, 272, p. 897.
(a) Lossi. Ohs, mc<f„ Ivb. iv, obs. 58, Lond. 176^.
OTrVERTS AUX tOMBES. .^79
M. Jaunin. La tumeur formait alors une élévation assez consi-
dérable, mais circonscrite, avec fluctuation sensible, quoique
profonde; douloureuse sous la pression de la main et sans
changement de couleur à la peau. Le siège du dépôt paraît à
M. Jannin être situé sous l'aponévrose du muscle transverse,
et, l'état ilorissant de la santé repoussant l'idée d'un dépôt par
congestion, il se décide à en faire l'ouverture. Au îieu d'un
amas de liquide, il y trouve une multitude d'hydatides sans
pédicules, flottant isolées dans un fluide jaunâtre, et renfermées
dans un kyste dont il fait extraction. Le lendemain, à la levée
de l'appareil, il sort encore quel-jucs hydatides de la plaie.
IMais M. Jannin , après l'avoir sondée du doigt, ne croît pas
devoir pousser ses recherches plus loin, et se borne à faire cha-
que jour des injections avec l'eau d'orge miellée, à panser avec
le digestif et à faire usage de compresses imbibées d'eau et de
vin. La cicatrisation avance rapidement , et paraît vouloir
se former avant que le fond de la plaie soit entièrement con-
solidé, circonstance qui inspire quelques craintes à M. Jan-
i;in. Heureusement ces craintes ont été vaines, et, malgré le dé-
v^elopperaent d'an érysi^pèle peut-être métaslatique qui est venu
i oubler la nature dans sa marche , 1» malade a été complète-
neol gaérie dans l'espace d'environ quinze jours.
iObs. X. — Rhumatisme goutteux chronique , terminé par nn ahcès à
région! lojEDbaiBO g.iacU», q'iL reafecmait prèar ds six sents bjdhtides ,
pw J.-IH. Fari;adcscli^||^bajiias&0, Q. ]!tl..à Âllaneiies {Bibliotlièqm médicale,
onzième année, tom. xmt, année iSi4>-P» m).
Un lâiomrae,âgé de68 aas, était sujet à' des douleure de rhu-
nafcisrae vagues qui, depuis quatre à cinq ans , s'étaient fixées
ians; la cuisse et la jambe gauches. 11 jouissait, » cela près, d'urne'
)oniuî santé, lorsqu'il lai survint à l'aine gauche un gontl'e-
nent du volume d'une noix, qaà disparaissait -et reparaissait al-
ernalivement.Au bout de quelques années, ce gonflement avait
cquis un volume considérable et était accompagnai de douleurs
irofoudes, qui- répondaient dans k région Itimbaire gauche ,
lais ensuite il di&parut en peu de jours et fivt remplacé par uui
tige abcès clans la région lombrtiie, qui s'ouvrit spontanément
37.
58o KYSTES ACÉPHALOCYSTIQUES DES REINS
après avoir causé, pendant environ un mois, une grande gêne
et de vives douleurs. Il en sortit une énorme quantité de pu»
de bonne qualité , au milieu duquel on distingua petitet
vesiies de forme arrondie et de diverses grosseurs, les moindres
avaient le volume d'un grain de raisin, et les plus grosses éga-
laient un œuf. Elles étaient formées par une membrane assez
forte, lisse à l'intérieur, inégale et floconneuse à l'extérieur. On
les écrasait avec peine entre les doigts, et on en faisait sortir
un liquide aqueux, inodore. Le lendemain et les jours suivans,
chaque fois qu'on renouvela l'appareil, il sortit encore une
multitude de ces vessies, avec une grande quantité d'une ma-
tière albumino-gélatineuse, semblable à la raclure que donne
II! cuir des tanneurs. Au bout de quelques jours, on observa
que le liquide qu'elles renfermaient avait perdu sa transpa-
rence, et qu'il exhalait une odeur très forte d'oeuf pourri. On
fit quelques injections de miel rosat, et on appliqua sur l'ou-
verture un plumasseau enduit de baume d'Arcœus. Ce panse-
ment fut continué jusqu'à parfaite guérison, c'est-à-dire pendant
un mois et demi.
^ 871, La pjélile et la néphrite sont de toutes les lésions
rénales celles qui accompagnent le plus fréquemment les kystes
acéphalocystiques ; viennent ensuite les calculs rénaux qu'on
a vus plusieurs fois compliquer la présence des hydatides.
Om. XI. — Point de traces du rein droit ; acépbslocystes et calculs daa>
le rein g.iuche. Blackburne (Lond. Mcd. journ,ffe78i, vol. r, p. 126. —
MeckeL Puthol. anat., toI. 11, sect. a, p. 4a8, 4^9).
Un homme tomba du.haut d'une table, et depuis ce moment
éprouva continuellement des douleurs violentes dans le rein
gauche. Quelques semaines plus tard, il rendit avec l'urine
plusieurs petites hydatides, et d'autres ensuite de la grosseur
d'un œuf de poule. Quatre ans après, le malade mourut, et on ne
trouva du côté droit aucune trace de rein, ni d'uretère. Le rein
gauche était trois fois plus grand qu'à l'ordinaire; le bassinet,
très distendu, était rempli en partie par une grosse pierre, mais
principalement par un liquide épais et plusieurs hydatides.
ET CALCULS KÉNADX.
58l
Obs. XU. — Acéphalocystes et calculs rénaux (Chopart. Traité des mal.
des voies urinaires, t. i, p. i44)'
Desault a trouvé des hydalides avec des pierres dans le rein
gauche d'un enfant de 4 ans. Ce rein était couvert de beaucoup
de graisse ; sa substance charnue était dense et mince; les calices,
le bassinet et les uretères contenaient un grand nombre d'hyda-
tides, qui en avaient excessivement distendu les parois. Ces pa-
rois étaient blanchâtres et avaient plus de fermeté et d'épaisseur
que dans l'état naturel. Nous avons examiné avec soin ces hyda-
iides: il y en avait de la grosseur d'une aveline, d'autres étaient
moins grosses. Nous en avons vu de naissantes ou si petites
qu'il y avait lieu de penser qu'elles étaient formées depuis peu de
temps, et celles-ci adhéraient un peu à la surface interne des
conduits urinaires, tandis que les plus grosses étaient libres.
Quelques-unes contenaient une humeur muqueuse et trouble ;
d'autres renfermaient un calcul blanchâtre, de la grosseur et de
la forme d'un pois, d'un haricot. La plupart avaient leur kyste
ou sac formé de deux lames concentriques unies par un tissu
fibreux. Dans d'autres hydatides, le kyste était mince, se rom-
pait facilement et ne paraissait être qu'une simple concrétion
lymphatique, sans avoir le caractère de membrane. Il y avait
dans la vessie plusieurs pierres ovalaires blanchâtres et fria-
bles. Cet enfant avait été taillé trois jours avant sa mort, et l'on
avait extrait quelques pierres de la même espèce.
Maladies des vaisseaux des reins.
§ 872. On n'a encore recueilli qu'un bien petit nombre
dd'observations sur les maladies des vaisseaux des reins. Je me
bornerai à citer, ici, quelques observations relatives aux lésions
es artères et des veines. Les altérations des vaisseaux et des
ganglions lymphatiques seront spécialement mentionnés dans
"histoire du cancer des reins et dans celle de la dégénération
tuberculeuse de ces organes.
Lisions des artères rénales.
§ 873. Les artères rénales offrent quelquefois des disposition»
58a ANÉVUYSMK
anomales. Palfin (i) rapporte qu'en i^oS, il disséqua un soldat
dont le rein gauche recevait deux artère» éraulgentes. Chez un
diabétique , j'ai vu chacun des reins recevoir deux artères
rénales.
§ 874. J'ai vu, sur un rein de vieillard, une artère rénale
d'un (rès grand calibre, et dont la membrane interne présentait
des rides transversales j très prononcées. Le rein, dans lequel se
distribuait cette artère , était d'un sixième plus pesant que son
congénère, qui recevait une artère d'un moindre calibre. Ce-
pendant il n'existe point de rapport constant entre le volume
des reins et. celui des artères qu'ils reçoivent. Ainsi, chez un
autre vieillard, les artères rénales étaient très développées , et
les deux reins ensemble ne pesaient pas huit onces.
§ 875. Chez un autre vieillard, j'ai trouvé les artères des
reins cartilagineuses, et une des principales branches était
complètement ossifiée et oblitérée. Il y avait des vésicules
et de petits kystes dans la substance corticale , et des corps
cartilagineux , du volume d'une lentille , dans la substance
tubuleuse. Chez un autre vieillard, atteint de gangrène séiiile,
l'artère rénale était ossifiée,- dilatée sur un des côtés de ses
parois.
§ 876. On a plusieurs fois observé Vanèvrysme des artères
rénales. Ploucquet indique deux exemples de cette lésion ; mais
l'un , celui qu'il attribue à Julien (2) , est un cas incomplètement
décrit, et dans lequel on crut que les artères spermatiques , et
non les artères rénales, étaient anévrysmatiques. Le titre de
l'autre observation (3) est très positif, mais je n'ai pu me la
procurer. Les observations suivantes établissent suffisam-
ment l'existence de cet anévrysme.
M. Audouard (4) rapporte que, chez un cheval qui avait èu un
effort de reins, il trouva après la mort le rein gauche induré et
(1) PalUn. Anal., lom. i, p. i53.
(2) Journal de méd., t. xiii, p. SSg.
(3) Titins. Pr. anevrysinalis arleria; renalis sinistri exemplum , Wittemb.
1798.
(4) Reeueil de méd. vétèrin,, i824.p' 358.
I
DES ARTÈRES RENALES. 583
ifoïmant une masse carcinomatense de la grosseur d'une téte
ad'homme. Un anévrysme du volume de l'aorte existait dans
, l'artère rénale du même côté. M. Gendrin (i) dit qu'il a observé
F une hématurie qui tirait son origine d'un anévi^sme rompu de
l'arlère émulgenle, à la surface duquel une adhérence s'était
I établie avec la cavité du bassinet du rein, et avec l'origine de
l'uretère gauche. ^
B)|Obs. I. — Tumeur anévrysmale de l'arlère émulgentc du côté gauche
(Obs. par Donrlin. Journal de chirurgie et de médecine , vendémiaire
i an XII, t. VII, p. aSa).
Claude-Denis Lamarche, célibataire, âgé de 64 ans, tempé-
rament bilieux sanguin ; yexix noirs, saillans et pleins de feu;
caractère vif et emporté.
Entré à l'hôpital le ôo prairial dernier,il se plaignait d'éprou-
ver, depuis deux mois environ, une gène considérable dans
l'hypochondre gauche, qui Tempèchait de pouvoir rester cou-
ché sur ce côté : il rapportait la cause de son mal à des obstruc-
tions qu'il supposait être le résultat du chagrin que lui avait
occasioné une perte d'argent qu'imprudemment il avait confié
à des débiteurs infidèles et insolvables. Il ne pouvait marcher
sans éprouver de temps à autre des rétractions fortes et subites
du testicule gauche, accompagnées de douleur qui lui arra-
chaient des cris même involontaires. Il était habituellement
t:onstipé, et ne pouvait évacuer que par lavement. Au total, son
îppétit était bon, il digérait assez bien. Il se plaignait aussi de
ne pouvoir dormir au-delà de trois ou quatre heures : toujours
son sommeil était fatigant et interrompu.
J'examinai le ventre, et je trouvai effectivement une éléva-
tion assez prononcée dans toutel'étendue de l'hypochondre etde
la région lombaire gauches. L'abdomen me parut un peu tendu
et légèrement œdématié. Je le palpai en tous sens , cherchant
à découvrir quel pouvait être l'organe affecté. Ne trouvant rien
(i) Gendrini Traité philosophique de médecine pratique^X, r, pag. 247<
584 ANÉVRYSME
dans le nai'ré du malade, ni dans l'observation , qui pût me
conduire à la vérité, je me bornai à lui prescrire un régime
doux. Je le mis à l'usage des pruneaux et de la crème de
tartre, espérant vaincre par ces moyens la constipation qui
avait toujours lieu; j'employai aussi d'autres remèdes ana-
logues, et différens topiques, mais en vain ; je n'apportais
aucun soulagement. Le volume du ventre prenait de l'accrois-
sement, le côté gauche continuait à être plus saillant que le
droit ■• le malade éprouvait de temps à autre des douleurs in-
supportables ; j'ordonnai d'appliquer sur la partie un vésica-
toire, que je supprimai au bout de quinze jours, ne voulant
point ajouter aux souffrances de ce pauvre malheureux. Enfin
ne voyant aucun moyen de traitement réussir, je pris le parti
d'abandonner pendant quelque temps le malade aux soins de
la nature.
Cependant les accidens augmentaient chaque jour. Lesurines,
qui jusque-là n'avaient cessé de couler en proportion des
boissons, devenaient plus rares et plus chargées; le malade
souffrait pour les rendre ; il ressentait une douleur con-
stante à la région des reins ; il lui semblait que c'était là le
siège du mal. Son appétit diminuait. On sentait une légère fluc-
tuation dans l'abdomen, et le malade, qui se croyait hydropique,
me sollicitait vivement pour qu'on lui fit une ponction ; mais,
rien n'indiquant ce moyen, je l'éloignai toujours, bien persuadé
que la mort seiUe pouvait mettre un terme à un accident qui
n'offrait que des signes obscurs et incertains. Effectivement ce
terme prochain fut spécialement annoncé, le 26 fructidor der-
nier, par des syncopes fréquentes, des vomissemens spontanés,
un hoquet fi-équent... la mort.
Autopsie cadavérique. — État extérieur. Face terreuse, légère-
ment grippée, d'une couleur terne tirant sur le jaune, ainsi
que toute l'habitude du corps; les extrémités supérieures et in-
férieures très amaigries : bas ventre légèrement œdématié;
hypochondre gauche plus élevé que le droit.
État intérieur, ^ien de remarquable dans l'état du cerveau et
des organes de la poitrine.
A l'ouverture des parois de l'abdomen, je trouvai un épan-
DES ARTÈRES RENALES. 565
cheraent séreux dans la cavité péritonéale. La masse intestinale
correspondante était rejetée en avant par une tumeur très
volumineuse, qui occupait tout l'hypochondre et la région lom-
baire gauche, adhérente par son extrémité supérieure à la rate
qui se trouvait refoulée en haut sous le diaphragme, et s'éten-
dait en bas par sa base jusque dans la fosse iliaque du même
côté. Sa forme ressemblait à un ovale allongé, d'une couleur
bleuâtre et d'une capacité propre à contenir 3 livres de liquide
environ.
Après avoir dégagé la tumeur de toutes ses parties environ-
nantes, j'aperçus qu'elle avait son point d'union avec l'artère
aorte ventrale et sa veine cave inférieure. Je séparai l'une et
l'autre, et je reconnus de suite que l'artère émulgente, par
l'effet de la dilatation qui commençait immédiatement au sor-
tir de l'aorte, avait formé la nature de la tumeur, qui était un
sac anévrysmal. J'incisai ce dernier, et, lorsqu'il fut vidé du
sang qu'il contenait, je fus étonné de voir qu'il ne formait pas
une poche unique, du côté où le rein existait autrefois ; mais
bien, qu'elle présentait quatre ouvertures, ayant des espaces plus
ou moins éloignés les uns des autres, et toutes d'une grandeur
différente, avec des bords lisses et arrondis, qui conduisaient
dans d'autres cavités plus ou moins volumineuses : l'une d'elles
communiquait aussi à une autre arrière-cavité.
En poussant plus loin mes recherches, je trouvai, dans les en-
foncemens pratiqués dans les parois de ces mêmes cavités, une
infinité de petits grains noirs, parfaitement ronds, composés
intérieurement de couches dures, concentriques , blanchâtres
et enveloppés en dehors d'une matière ressemblant à la partie
rouge du sang devenue concrète. Plusieurs de ces concrétions
amassées figuraient une espèce de végétation en manière de
coraux, et étaient adossées à un corps ossifié en partie, ayant
le volume de la dernière des phalanges du petit doigt, aussi
recouvert, dans le point qui correspondait dans une des moi-
tiés du sac anévrysmal , de la même concrétion sanguine. La
veine émulgente, dont le volume n'était point augmenté, et
qui avait conservé la même direction , se divisait dans les
cloisons des différentes arrière-cavités : quelques-unes de ces
586 ANÉVHYSMF.
division» se porlaienl à une espèce de corps glanduleni qneje
pris d'abord pour le rein , tant il lui ressemblait pour la
forme; mais en l'examinant de plus près, je vis bientôt qu'il
n'était autre qu'un amas de glandes lymphatiques engorgées.
Je cherchai, mais en vain, quelque trace ou vestige du rein: il
n'en existait plus. L'artère était tellement retirée qu'il me fut
impossible de découvrir la moindre cavité. Le rein droit était
un peu plus volumieux que dans l'état naturel. Les antres vis-
cères ne présentaient rien de remarquable, sauf la portion
transversale du colon qui était singulièrement ré trécie.
Obs, h, — Ancurysma arteriœ magnîE et ntrinsqne emulgentis post resec-
tionem testiculi, et aliud fcrè consimile ex lapsu ab cquo (Obs. Daniclis
rfebéliî, Ephem, nat. cur„ cent, is, obs. Sg, p. 142).
Vir triginta et aliquot annoruro, temperamenti sanguine! et
corporiB robusti, in cœlibatu vivens , contraxit ex frequenfi
«quitalione testiculi dextri scirrhum, qui nullis remediis tam
internis, quara externis, à me et aliis medicis prœscriptis ce-
dens, sensim ad pugni magnitudinem excrevit, et tandem ab her-
niotomo lotus teslis cnltro féliciter resectns, factaque deinejus
incisione jam interius corruptus visus fuit. Ab eo tamen tera-
pore dolor tensivus in dextra lumborum regionejuxla duclum
vasorum speimaticornm molestus fuit, quiper duos ferme annos
paulatim cuin sensu ardoris et pulsationis auclus lolumque
crus dextruni occupavit, et utriusque dein lumorem œdema-
losum, nec non ventriculi et intestinorura flatulentam ac dolo-
rificam distensionem, nauseam, dysorexiam , cris amaritiemet
crebros ractus murmuraque venlris intulit, somnum turbavit,
et febrem lentam , respirandique difficultalem produxit , quaî
tandem prœterito autumno vilse finem imposuit, postquam mé-
dia œstatô aqua thermalis Wisbadensis sine levamine hausla,
et dein plurima remédia frustra in usum vocata fuerunt. Die xii,
sept, anni MDCCxviir, corpus defuncti cultro analomico subjec-
ttini exhibuit : 1° Omentum raaximam partem absumtum , con-
tractum atque lividum, a' Venlriculum flaccidum et sine labe.
3° Renem dextrum pulridum, cui, ut et vicinis lumborum
parlibus, adhEesilanevrysma,proxinise arterlae magni-e ex tenaci-
DES ARTÈRES RÉNALES. 58^
bu3 et rubicundis membranis hic illic corruplis et coagulato
serosoque sanguine repletis conslans, qiiod decein circiter lib-
raruni pondus œquavit et ventriculum sursum versus diaphrag-
ma pressit. 4° Renem sinislrum per se quidem illsesura, sed cui
annexus fuit tumor subrotundus, raediocris pomi magnitudine,
intus ex pluribus tunicis constans et cruore radleriaque tartarea
lefertus. 5°Pulmonislobumdextrum, etsubjectum hepar inflam-
raatum atque gangraena infeclura. Et hacc quidem ila a raedico
ordinario seclionera oorporis instituente relata fuerunt, quae ta-
njen minus accurataraparliumlaîsarumdescriptionem exhibent,
licet ex omnibus circumstantiis satis, me judice, pateat, post
resectum testera dextrum sanguinis circuitum primo per arle-
riam spermaiicam illius lateris et postea per aortam eo in loco,
ubi haec arteria suum habet exortum, tanderaque in utraque
arteria emulgente et lobo pnlmonis dextro arteriaque hepatica
fuisse retardatum, cruorem ilhc collectum, atque itaanevfysma
arterice magnae et utriilsque emulgentis productum.
Consimile fere anevrysma in magni nominismed icOj fautorc
et a/iiico quodam meo desideratissimo, die xxiv, novembris ,
-\fDccxvii, defuncto, per anatoraiam detectum fuit. Postquam
enim ille antc IV annos cum eqno, quo vehebatur, praecipite
cecidit in sinistrum dorsi latus, inde dolorem illius partis con-
tinuum sensit, primo quidem mitiorem , sed sensira magisauo~
tum, adeo ut ab inilio nephi'ilidem ex calculo, postea rheuma-
lismum adesse putarit, tandemque iueunte menae novembri,
quo dolor accrevit et cum pulsatione continua in loco afiFecto,
simul citra externas inflamroationis notas intumescente, ane-
vrysma subesse dixerit, ac spem recuperandœ sanitatis amise-
rit, suborto subitaneo et vehemenli dolore in loco tumente, re-
pente mortuus. Aperto corpore, deprehensum in cavi abdomi-
nis latere sinistro anevrysma caput triennis infantis magnitu-
dine quodammodo referens, cui incumbebat intestinum colon
huic tumori annexura et ea parte lividum : in dissecto turaore
concavo et inlernis membranis dislinctocoagulaloque sanguine
I epleto hcesit rcn sinister flaccidus et putridus : arteria raagna
supra et infia anevrysma, tit et vena cava cum rami» laterali-
btis sanguine fuit exinanita , in ipso autem anevry»mat« fora-
co-
588 ANÉVRYSME
menduorum digitorum latitudine visum fuit, e quosangnig
piûsus imminente morte in cavitatem abdominis efïïuxit su
bitoque vitam extinxit: reliqua viscera tara raedii, quam' iu-
flmi ventris sana ac illaesa fuerunt.
Ods. III. — De ingenti anevrismate spurio, deitro in Utere abdomini,
pojt lapsum (Dn. D. Ludovic! Rouppe : Abf a acta phj'sico.nudica, t. iy.
p. 67, 1770).
Inportu Gaditano, inAndalusia, die a8 octobre, an. 1759
retrorsum in marginem scaphse cecidit, dura liunc a littore in-
gredi volebat, remex juvenis robustissimus , nomine Peter
Veldhuisen. Impetum et totam vim lapsus sustinifit lumba-
ri» regio dextri lateris, inqua immanem experiebatur dolorem,
ut ramum movere nequiverit, licet ex alto non ceciderit. Post
integram a perpesso hoc lapsu horam deferebatur in navem^
de Princesse Caroltna dictam , ubi a chirurgo examinabatur,
qui mihi retulit, se juxta lumbares Tertebras, proxime supra
superiorem marginem ossis ilei, maculam lividam, latitudine
palmse manus , dextro in latere , invenisse. Ut ergo sauciato
venam in brachio aperiret, splenium, aqua vulneraria seu sclo-
petaria Gallorum madefaclum, contusioni imponeret, fascia-
que fîrmaret, ac dein illum in lectulumsuum nauticum coUo-
cari curaret , chirurgo prœcipi. Post aliquot horas sauciatum
adivi,quide immanibus lumborum doloribus conquerebatur ;
lumbos examinavi, sed prseter jam dicta nihil inveni. Accessit
intérim chirurgus, urinaro, quam œger brevi post lecti inlroi-
tum reddidit, ostendens. Erat hœc carnis loturae similis, mon-
strabatque in fundo vasis filamenta quaedam sanguinea, nigra
fere , sed non adraodum copiosa. Pulsus et cutis calor natu-
rali parum videbatur major. Sanguinem mitti iterum et ptisa-
nam ex hordeo et liquiritiiB radice paratam , cum nitri pau-
xillo praescripsi pro potu ordinario ; aegro autem quantum fieri
posset, ut quietum se teneret, suasi.
Sequenti die, quum mane eum visitarem, narravit, se parum
dorraivisse, dolores autem multo remissiores esse, ita, ut dum
tranquillus jaceret, levem tantum sentiret dolorem pulsantem,
qui quasi cum intestinis consentiret. Pulsura habebat mollem,
DES ARTÈRES RÉNALES.
ceterum naturalem ; urinam bis reddidit, sednon ampliussan-
guinolentam. Nihilorainus venam internara aperiri jussi, prc-
scripsique tenuem diaelara, et îEgro ulteriorera tranquillilatem
accuratam commendavi, eo cum succesu, ut post aliquot die-
rum intervallum surrexerit , sine aliis symptomatibus , con-
silium de conservanda [tranquillitate, ipsi impense comraen-
data, negligenset vilipendens. Quiuto demum die noverabris,
vel nona post lapsum, dum lectum ingredi volebat, magnum
dolorem in lumbis sentit. Erat id circa octavam vespertinam
horam ; média nocle evocatus , aegrum adivi , eumque valde
anxium, ac de diris abdominis et lumborum doloribus conque-
rentem , cum facie admodum pallida exilique pulsu, frigen-
tibus membris , iuveni. Prœter hœc oscitavit frequentissirae ,
potumque petiit ardenter, seque raoriturum dixit. Abdomen
examinavi , id tumefactum valde, dextrumque latus du-
rum, sinistrum molle, inveni ; totum etiam ventrem sine ulla
quercla tangisinebat. Brevipost accesseruntanimideliquia, ar-
luum tremores, convulsiones, sudore frigido perfundebatur,
respiratio evadebat admodum suspiriosa , de aurium tinnitu
atque visus hebeludine conquerebalur. Tandem circa sextam
matutinam, deBciente pulsu et loquela, membra adhuc aliquo-
ties ercxiti aniroamque dein reddidit.
Circa vesperam ejusdem diei abdomen aperui, in quo tumo-
rem ingentem durum etnigrum, intestina sinistrorsum pelleu-
tem,capite adulti hominis majorem, totum fere dextrum abdo-
minis latus occupantem, a sanguine ibi sub peritoneo effuso
ortum, inveni. Tumorem hune incisione longitudinali aperui,
et sanguinis coagulati ingentem copiam inde manibus exemi ;
dum autem hoc fiebat, non exigua simul quantitas aquse rubellse
exindc efûuxit, cum parvis sanguinis grumis permixtae. Remo*
lis codgulis, quantum sine laceratione iieri poterat, allerum
tumorem, priore longe minorein, in hoc ipso instar nuclei con-
tentum, peculiari, et quidem sat firma membrana inclusum,
inveni. Aperui et hune tumorem , ex eoque coagula sanguinea
quaedam extraxi , prioribus firmiora, colorisque saturations vel
nigricantis. Coagula autem haîc in uno non continebantur sac-
culo, sed erat hic in varias cellulas per membranulas divisus.
5gO lUFLAMMATIOiy
Tandem aperta ultima raombrana , apparuit ren Banguine ni-
gerrimo et lenacissimo circumfusus. Cadaver dein in sinistrnm
latus posm , sanguinemque, quantum poleram , ablui, perito-
neum , quod a eorporibus verlebra rum lumbaram jam erat se—
paratum, ulterius adhuc separavi, donec vasa majora in conspec-
tum prédirent. Hoc facto, flatum in renalem vel emulgentem
arteriam mediante tubo incurvato immisi,unde arteria hœc ad
renem usque iotumescebat; cum parum urgerem flatum, in exi-
tum ex rené illo in loco, ubi arteria hœc renem ingreditur, in-
venit, ibique apparuerunt buUulae terex, ex reue iiti videba-
tur, prodeunles. Tandem renem cura involucria suis exemi,
abluique, et arteriam renalem iterum flatu distend], slatimque
in renis ingressu eam vulneratam esse deprebendi. Sanguis in-
super secundum vasorum tractum in renem penelravit, quod
bine inde in facie externa quoque notabatur, unde vulneralus
ille videbalur; post exactam autem cum aqua repurgalionem,
disparuit iterum vulnus, ita ut externnm membranam renis
capsulée ab interna omnino divisi»m equidem învenerim, sed
vulnus in renis substuntiam penetrans rêvera me detexisse, af-
firmare non audeo.
Quamquam malum hoc arte videatur mnjus, forsitan tamen
frequentiori et copiosiori sanguinis missione in ejus initio, et
quiete accurala observala, meliora fata sperari poUùsse, seclio
anatomica docuit.
Maladies des veines rénales.
§ 877. Je me borne à rappeler, ici, que les veines ri'malas
peuvent offrir plusieurs anomalies (i). De Bligny rapporte que
Deslandes, ayant ouvert le cadavre d'une femme, trouva d'un
côté que la veine el l'artère émulgenles se bifurquaient, que
leurs bifurcations se terminaient à un même rein , qui *vait
deux bassinets et deux uretères; l'autre rein avait sa con-
formation naturelle. On a plusieurs fois trouvé !a veine émul-
(i) Journal de Médecine, t, iv, p. i3t.
DES TKÎWKS RéWA-LES. 5^1
j génie double et triple , et cela plus souvent dn c6té droit qne
< du côté gauche. J'ai moi-même observé plusieurs cas de ces
I anomalies.
Dans deux cas de diabètes, les veines rénales m'ont ofifert un
•t développement anomal. Chez «n vieillard, les veines qui se
«distribuent à la base des pyramides d'un des reins, étaient si
■ larges qu'elles simulaient de véritables sinus. Ce rein -n'offrait
i d'ailleurs rien autre de particulier que deux petits kystes dans
lia eubstance corticale.
§ 878. J'ai figuré (ATiAS. Pl. ) plusieurs cas inflam-
mation des veines rénales (»); dans ces vaisseaux, l'in-
flammation se montre à tous ses degrés et sous toutes ses
formes.
Chez ïin adulte , j'ai vu un petit caillot fibrineux dans une
vésicule de la substance d'un rein induré , mamelonné , à la
suite d'une néphrite chronique. Dans un autre cas cité plus
haut 756, fistule rénale dans le duodénum, Obs. v), la veine
rénale avait aussi participé à l'inflammalion du rein, et la cavité
en était obstruée par un caillot fibrineux. Dans plusieurs cas
Je néphrite albumineuse (Obs. xxxili) j'ai vu également les
veines rénales occupées par des coiicrétions fibrineuses et
eurs parois épaissies.
§ 879. Chez un xiouveau né , le rein droit était sain , les
■aisseaux n'offraient rien d'anomal. Le rein gauche (Atlas
'1. xxxiiï, fig. 6) était plus volumineux ; la substance corticale
lait d'un rouge très prononcé à l'extérieur, comme dans la
iremière période de la néphrite aiguë ; la substance tubulense
taitelie-même d'un rouge violacé. La veine rénale était remplie
>ar xm caillot fibrineux , en partie décoloré comme s'il eût été
'une formation ancienne. Les veinules qui partaient de ce
ronc, et leurs principales divisions apparaissaient comme si
(i) L'inflammation des veines des rpins n'a été bien étudiée que dans ces
erniers temps. Toutefois, quelques cas anciennement publiés sous d'autres
iims, paraissent se rapporter à cette maladie. Ainsi Alexandre Knips
ésigne, sous le nom de polypes, des concrétions fibrineuses, observées dans
'S vaisseaux des reins {Ephetn, nat, ciir,, deo, m, ann. r, app., p. 107).
INFIiAMMA-TION
elles eussent été distendues par une injection; les unes conte-
naient des concrétions fibrineuses décolorées ; les autres des
concrétions fibrineuses rougeâtres.
^ 880. L'inflammation des veines rénales peut coïncider avec
une néphrite ou une autre altération des reins. D'autres fois au
contraire, elle est consécutive à une inflammation de la veine
cave ou de la veine ovarique.
Chez une jeune femme âgée de 28 ans, morte avec une ana-
sarque , les deux reins avaient un volume très considérable.
Le poids de chacun d'eux était d'environ douze onces,- ils étaient
décolorés, d'une teinte jaunâtre. La membrane propre était
extrêmement mince, comme si elle eût été amincie par la dis-
tension. Les lobes des reins étaient fortement dessinés et sé-
parés par des lignes distinctes ; dépouillés de leur membrane
propre, ils paraissaient très lisses et humides. Leur grosse extré-
mité, la supérieure, oflVait de petites étoiles vasculaires dis-
posées en groupes. Il y en avait aussi quelques-unes sur l'extré-
mité inférieure ; mais elles étaient beaucoup plus rares. Les
reins seniblaient imprégnés d'un liquide séreux; divisés de
leur grande courbure; à leur scissure, une assez grande quan-
tité de liquide aqueux s'est écoulée sur presque tous les points.
Les stries de la substance corticale étaient distinctes. La sub-
stance tubuleuse était d'un beau rouge. Les artères, les gan-
glions et les nerfs n'offraient rien de particulier; mais les deux
veines rénales présentaient une altération très remarquable.
Leur tronc, leur première et leur seconde division en arcade
étaient remplies de concrétions fibrineuses , d'un blanc jau-
nâtre, très solides. De la veine rénale on pouvait extraire des
concrétions blanchâtres, dont le centre oflrait un petit conduit
que le sang pouvait traverser. Ce caillot était rougeâtre à l'exté-
rieur et blanchâtre à l'intérieur, les veines rénales n'étaient pas
sensiblement épaissies. Il est probable ^ue l'augmentation du
volume des reins et l'humidité de leur {i«Bu étaient la suite de
cette affection des veines rénales.
Les capsules surrénales et les uretères étaieiftd«ns l'état sain,
la vessie contenait peu d'urine- L'utérus était sain, il y avait
deux petits kystes dans un des ovaires , l^stômac et l'intestin
DES VEINES RÉNA.LES. OQS
grêle n'offraient pas de lésions notables. Le gros intestin était
sain jusque vers le rectum; mais ce dernier était labouré par
une ulcération inégale , à fond grisâtre , qui communiquait
avec le vagin par deux ou trois fistules. La membrane muqueuse
et le tissu cellulaire sous-muqueux étaient détruits. Quelques
tubercules de la dimension des tubercules syphilitiques exis-
taient à la marge de l'anus. Le foie très volumineux offrait
plusieurs points d'anémie superficielle; en outre, il était un peu
roou. La rate était assez volumineuse. Il y avait pleuro-pneu-
monie du côté droit. Le cœur était sain; une certaine quantité de
sérosité était épanchée dans le péritoine.
§ 88i. Dance a aussi rapporté un cas d'inflammation de la
veine rénale dans un cas*de néphrite (r).
Un maçon , âgé de aS ans, ayant fait une chute d'un second
étage, le ir août i8a8 , fut apporté immédiatement à l'hôpital
Beaujon, oii il succomba le 7 septembre, après avoir présenté
des symptômes qui annonçaient une fracture de la colonne ver-
tébrale et une contusion ou compression de la moelle épinière,
vers sa partie inférieure , savoir : une saillie insolite au niveau
de la première et de la dernière vertèbres lombaires , jointe à
une paralysie des extrémités inférieures, du rectum et de la
vessie. Le même malade avait en outre une fracture compliquée
de plaie à l'avant-bras droit.
A l'ouverture du cadavre on trouva les lésions suivantes.
A V extérieur : amaigrissement considérable ; muscles pâles et
flasques; eschare au sacrum; plaie profonde correspondant à
la fracture de l'avant-bras (laquelle intéressait le radius et le
cubitus à leur partie inférieure , et ne présentait encore aucun
travail de consolidation) ; fracture du corps de la première ver-
tèbre lombaire, de l'apophyse épineuse, des lames de la même
vertèbre et de son apophyse transverse droite ; suppuration
autour des fragmens de la fracture ; résorption d'une partie de
leur substance, et pi*" suite écartement des fragmens composant
le corps de la vertèbre; contusion de la moelle épinière au ni-
veau de la fr^icttîre.' '
(i) Archiv. gén, % méd>, t.- xix, p. 24-
III. 38
Tète. ^J^ peu de séro3i|,é épanché danai U cjivité des veutri-
cules; substance cérébrale molle et Irça pâle; iqjeçlioa asw6
forte de la pie-mère.
Poiliùie. Poumon droit sain, mais partout adhérent à la
plèvre çostale. A gauche, épanchepient de deux à trois cuil-r
lerées de sérosité dan^ la cavité de la plèvre, dont la surface
était injectée en rouge brun vers les parties latérales inférieures
de la poitrine. Dans le lobe iqférieur du poumon du même
côté existaient trois à quatre petites masses blanchâtres qui
fqrn}aient autan^ de foyerg puruj^qs , dont le plus volumineHJç
aurait contenu un grosse aveline, La substance pulmonaire en^
vironnante était exempte d'ulcératjop.
Abdomen. L'extrémité supérieure èu l'eip gauche contenait
yn abcès dp mpme nature et dç même dimension que ceux du
pqumon ; il était situé toiit-à-fait superficiellement : cet organe
du reste était sain partout ailleurs. La veine rénale gauche
passait çlerrière l'aQvle, disposUion anomale qui n'était point
la seule particularité qu'elle présentât J sa cavité était en eQef
recouverte d'une couche de pus, commençant à s'organiser en
fausse membrane; ses parois étaient épaissies, sa membrane
interne avait perdu son poU naturel eÇ olïrait une couleur rou-
geâtre; déplus, toutes les petites veines qui rampent dans
l'épaisseur du muscle psoas gauche, laissaient couler du pus
de leurs cavités i quand on les comprimait ; mais leur calibre
é(ait trop petit pour qH'Pîi ait pu s'assurei' positivement 9\
leurs parois présentaient quelque altérationr Le rein et la veige
rénale droite étaient dans l'état natureli Le foie pt la rate n'on(
rieP présenté de particulier. La membrane muqueuse de l'eslp-
mac aflVait plusieurs plaques d'un rouge vif, et çà et Jaune cqu-s
leur marbrée etardoisée^ les intestins étaient entièrement sains,
§ 882. J'ai vu chez un nouveau né un rein parfaitement
Sain^ dont la veine çonlenait du sang liquide, tandis que
la veine du rein du côté opposé et qui présentait inférieures
ment une anémie remarquable, contenait uu caillot fihriueux,
Ce caillot se prolongeait dans les branches de la veine qui se
distribuaient dans la portion décolorée de la substance rénale.
§ 883. Dans le cancer de l'utérus et dans quelquesi maladies
DES VEINES RENALESi 595
des ovaires, la veine ovarique s'enflamme et le mal gagne la
veine rénale. Madame Rouland, âgce de 4» ans, veuve, sans
étal, née à Rouen , atteinte d'une ulcération cancéreuse large
et profonde de l'utérus, d'une liydropisie des membres et d'une
cachexie générale, fut apportée mourante à l'hôpital de la Cha-
rité le 7 septembre i836, et y mourut le 12 du même mois.
A l'autopsie du cadavre, je trouvai la veine rénale du côte
gauche et ses divisions lemplies par un caillot fibrineux, en
partie d'un rouge-noir , en partie décoloré. Ce caillot ne se
continuait point dans la veine cave; mais il se prolongeait dans
toute l'étendue de la veine ovarîque du même côté et jusque
dans les ramifications de cette veine dans l'ovaire. Il y avait
également des caillots dans les veines utérines; les parois de la
veine ovarique et de la veine rénale éluient épaissies. Du reste,
le rein avait son apparence naturelle.
L'utérus pesant et incliné en arrière, comprimait le rectum
et occupait toute la cavité du petit bassin. Le museau de
tanche présentait un large ulcnre à surface inégale, fon-
gueuse, grisâtre, parsemée de points rouges. La portion du
vagin qui embrasse le col de l'utérus était fortement injectée
et tachetée d'ecchymoses ; la membrane muqueuse était épais-
sie. Les dimensions de la cavité de l'utérus n'étaient point
I augmentées; le volume de la moitié gauche de cet organe était
j plus considérable que celui de l'autre moitié ; ses parois avaient
! plus de dix-huit lignes d'épaisseur. Vu à la loupe, le tissu de
l'utérus paraissait formé d'une trame fibreuse, dans les mailles
de laquelle était déposée une matière à demi liquide , d'utl
blanc grisâtre, qu'on pouvait exprimer par la pression et sem-
blable à certains fromages pour la couleur et Consistance. Le
côté gauche de l'utérus était plus ramolli que le côté droit. Là
partie ulcérée du col était tellement ramollie , que , pressé
entre les doigts, le tissu de l'ulérils altéré , s'écrasait et se
réduisait en pulpe Ou en un détritus d'uu blanc grisâtre,
parsemé de points rouges. Les veines du rein droit ne conte-
naient point de caillots. La vessie était saine, le foie, la rate él
l'intestin n'oflVaient point d'altérations. Il y avait un peu de
sérosité dans les plèvres.
38.
59(3 INFLAMMATIOIV
§ 884. Chez une femme âgée, morte d'un cancer de l'eslo-
mac, la veine rénale du rein gauche était oblitérée par un
caillot fibrineux; ses parois étaient épaissies j la fibrine en
partie décolorée offrait des portions blanches et rouges. Ce
caillot partait de la veine cave, qui contenait du sang liquide
et se prolongeait dans plusieurs arcades de la veine rénale.
L'artère rénale était saine; le rein, d'un petit volume, avait
sa consistance naturelle ; sa surface était parsemée d'une mul-
lilnde de petits kystes séreux et transparens; l'uretère était
dans l'état normal.
Le rein droit, également d'un petit volume, parsemé d'un
grand nombre de kystes, était placé plus bas que de coutume,
et reposait par son extrémité inférieure sur la partie supérieure
de la fosse iliaque. La capsule surrénale était restée au-dessous
du foie, dans sa place ordinaire.
§ 885. Dans le cas suivant il y avait à-la-fois inflammation
de la veine ovarique, de la veine rénale et de la veine cave
inférieure. Une jeune femme , entrée à l'hôpital de la Charité,
au mois de février i835, avait éprouvé, trois semaines après
un accouchement naturel, du gonflement au membre infé-
rieur droit, avec douleur dans la région inguinale et dans
la direction des vaisseaux de la cuisse. Le gonflement et la dou-
leur persistèrent quelque temps. Une semaine après, la douleur
se fit sentir à l'aine du côté opposé , et il se manifesta un gon-
flement œdémateux à la partie supérieure de la cuisse, et qui
s'étendit à tout le membre. Pendant cet intervalle, on avait
fait des applications de sangsues et de cataplasmes, et la dou-
leur avait disparu presque entièrement. La douleur revint
une seconde fois, et les deux membres furent œdénialiés. Huit
jours avant la mort, l'œdème avait peu-à-peu diminué; ou
ne sentait plus la corde veineuse qu'on avait observée dans le
jour de la maladie. Celte femme succomba le 7 mars.
Autopsie du cadavre trente-six heures après la mort. —
titat extérieur. Maigreur extrême, membre inférieur droit
un peu œdamalié. Tête: cerveau, cervelet et moelle allongée
sains. Poitrine: un peu de sérosité limpide dans le péricarde;
cœur sain. Sommet des deux poumons adhérent à la poitjiue,
DES VEINES RÉNALES. 5c)'J
Tubercules infiltrés et quelques petites excavations dans les
lobes supérieurs des poumons. Membrane muqueuse de l'esto-
mac un peu arborisée à son grand cul-de-sac. Membrane mu-
queuse du jéjunum blanchâtre ; vers la fin de l'iléon huit à dix
ulcérations arrondies, ayant depuis deux lignes jusqu'à cinq
lignes de diamètre , à bords saillans , comme déchiquetées et
sans rougeur. Dans le cœcum et le colon, jusque vers la partie
moyenne de la portion transverse du gros intestin , douze à
quinze ulcérations , dans une longueur de dix pouces. A partir
de la valvule iléo-cœcale on voit des vaisseaux injectés ramper
sous la membrane muqueuse et dans son épaisseur. Les ulcéra-
tions dans le cœcum sont en voie de guérison ; les bords en
sont afifaissés et la membrane muqueuse forme, tout autour, de
petits plis comme si elle avait été tirée vers un centre. Le foie
volumineux et pâle a les apparences du foie gras des phthisiques.
Rate saine. La veine porte et les veines du foie sont libres et sans
caillots. La veine cave inférieure, depuis son origine jusqu'un
; peu au-dessus de l'origine de la veine rénale droite, est remplie
par un caillot. Au-dessus elle contient du sang noir. Les veines
iliaques primitives, les veines iliaques externes et internes,
I toutes les branches qui en parlent , les crurales , les saphènes
internes dans une partie de leur trajet, toutes les veines pro-
fondes des membres inférieurs sont remplies de caillots qui les
1 distendent comme si on les avait injectées. La veine ovarique
et la veine rénale du côté droit sont également obstruées par
des caillots. Les veines qui forment un plexus autour du vagin
contiennent des caillots que l'on peut suivre jusque dans la
matrice. Dans la veine cave le caillot adhère peu à la mem-
brane interne de ce vaisseau ; il est cylindrique comme la
veiné, excepté à la partie supérieure, au-dessus de la veine
1 rénale droite oii il s'amincit et n'occupe qu'une petite partie
( du calibre de la veine. Ce caillot se prolonge dans la veine
I rénale et dans la veine ovarique droites. Dans la veiûe cave il
f est blanc et seulement recouvert de quelques petites couches
I rougeâtres de sang, plus récemment coagulé. Au centre de
< ce caillot on voit de petites anfractuositéa non disposées en
canal régulier, mais qui communiquent entre elles. D'une de
ÔgS MALADIES
ces loges s'écoule une matière liquide d'un jaune pâle, mêlée
de petits débris de sang altéré. Les parois d'une autre de ces
loges sont enduites d'une matière liquide, d'un blanc jaunâtre
semblable à du pus ou de la fibrine ramollie. Dans la partie
de l'iliaque primitive gauche qui passe sous l'aorte, le caillot
avait peu d'épaisseur; la veine et le caillot étaient aplatis. Le
caillot dur et blanchâtre adhérait à la veine plus fortement
(jue partout ailleurs et n'offrait pas de loges ou de sinus à son
centre. L'extrémité du caillot de la veine cave ue remplissait
point la veine. Celui de la veine iliaque primitive droite et
des veines qui s'y rendent était d'un rouge-noir et d'autant
moins consistant qu'on l'examinait plus près de son extrémité
inférieure. Dans les veines crurales et dans les branches de la
veine rénale du côté gauche, le caillot était plus dur, en partie
décoloré. Plusieurs veines qu'on pouvait suivre dans l'utérus
étaient remplies par un caillot fibrineux dur. Le caillot de la
veine ovariquc droite était moins décoloré que celui des veines
iliaque et crurale gauches. Les veines hypogaslriques conte-
naient aussi un caillot ferme et décoloré, Les parois des veines
n'étaient sensiblement altérées ni dans leur couleui-, ni dans
leur épaisseur ; seulement, en quelques points , on en détachait
de petites lamelles très minces , comme membraneuses. La
veine ovarique gauche contenait un caillot très mince et dé-
coloré.
L'utérus était un peu plus gros que d'ordinaire, de forme ré-
gulière (la malade était accouchée sept semaines avant la
mort). L'intérieur de l'utéi'us était noirâtre; celte coloration
s'étendait à près d'une ligne en profondeur} la consistance de
son lisBU était ordinaire; on voyait, entre les deux plans de
fibres, des vaisseaux vides et d'autres remplis de caillots. Le
vagin, les ovaires et les trompes étaient à l'état sain.
§ 886; M. Robert Lee (i) a aussi noté la propagation de l'in-
flammation de la veine ovarique à la vejne rénale. Suivant lui,
l'iuflamniaiion se termine ordinairement d'une manière brus-
(i) Robert Lec, [fiesearçlies on llie pat/wlogjr and irealment of mm of
the most important diseuses of women, '
DES NEBi:9 DÉ9 REINS.
qUe à l'oUverlUte de la veine sperraàlique du côté droit) OU dfe
la veine rénale du côté gauche. Si elle gague> comme elle lë fait
quelquefois, la direction des reins, la substance de ces organes,
ainsi que leurs veines , peut être engagée dans la maladie.
Plus loin il ajoute avoir vu la veine rénale gauche datis le
même état que la spermatique, et la substance du rein gautlie
t molle et vasculaire.
M, Dugès (i) rapporte que, chez une femme morte de suites
(' de couche, il y avait, entre l'ovaire gauche et la trompe uté-
; rine, un abcès du volume du pouce, et que cet abcès était
i! lè point de départ d'un cordon de veines épaissies et remplies,
» au lieu de sang^ d'albumine en gi'umeaux puriformes et jau-
I tlâtres,' que ces veines se rendaient à la rénale, qui offrait elle-
I même des altérations scTiblables jusque dans le rein d'une
} ^art,et de l'autre jusqu'à la veine cavé^ Enfin, M. .VelpéàU (2),
i a. aussi noté la propagation de la phlébite ovariqUe aux veines
I émulgentes.
Maladies des nerfs des reins.
§ 887. Le plexus rénal et les nerfs qui se distribuent dans
les reins peuvent augmenter de volume dans les cas d'hyper-
trophie de ces organes (Atlas, Pl. xKXVii, fig. 2 et 3 ).
Je n'ai pas examiné avec assez de soin le plexus rénal dans les
cas d'atrophie des reins, pour pouvoir dire si les nerfs partici-
pent plus ou moins aux arrêts de développement des reins ou à
la diminution de leur nutrition. J'ignore également si les nerfs
des reins peuvent être le siège de véritables névralgies indépen-
• dantes d'autres affections ou de lésions des organes voisins.
Dans la colique néphrétique , la douleur, si vive , si aiguë ,
ai anxieuse , puisqu'elle va quelquefois jusqu'à la défaillance ,
résulte de la distension de la tunique fibreuse de ce conduit
(i) Dugès (Ant.), Sur la distinction cntfe la névrite et la plilébUe [Rev^e
• rhédicate, 1824, t. in, p. 411).
(a) lUvue médicale, iSaj, t. xui, p. a6.
600 MALADIES
excorié par le passage d'un gravier et non d'une lésion des
nerfs des reins. Dans la néphrite et dans la pyélo-néphrite
lorsqu'il n'existe pas d'abcès extra-rénal, le plus souvent les
reins ne sont sensibles que dans les points qui peuvent êlre
comprimés.
Les femmes hystériques se plaignent quelquefois d'une dou-
leur très vive dans les régions lombaires ou dans un seul côté
des lombes. Cette douleur, que quelques auteurs ont décrite
comme une véritable névralgie, et qui simule quelquefois une
colique néphrétique, dépend peut-être plus d'une afleclion de
la moelle épinière et des nerfs lombaires que d'un état de souf-
france du plexus rénal. J'ai vu deux femmes hystériques,
devenues paralytiques, se plaindre d'une douleur habituelle
dans la région lombaire droite, s'cxaspérant comme par accès,
sans que l'urine offrît d'altération remarquable. Cette douleur
n'était point évidemment limitée au rein, mais elle ne s'éten-
dait pas, non plus, régulièrement suivant le trajet des nerfs
lombaires ; parfois même elle semblait occuper tout l'iiypo-
chondre. Enfin de véritables névralgies des lombes peuvent
jusqu'à un certain point simuler une affection nerveuse des
reins. On a même vu des anévrysmes de l'aorte descendante
occasioner, dans la région rénale, des douleursassez vives pour
simuler une affection d'un des reins. {Obs. i.)
Il est peut-être bon de remarquer que, sous le nom de
néphralgie, on a désigné généralement non une affection ner-
veuse essentielle des reins, mais bien toutes les douleurs dont
ces organes peuvent être le siège , comme on pourra s'en con-
vaincre en consultant les observations rassemblées sous ce
titre par Plouquet ( Litleratura mcdica digesta , art. Renis
dolor, nephralgia).
Sydenham a exposé les signes par lesquels en peut distinguer
le paroxysme hystérique qui simule la colique néphrélique(j)>
de la colique néphrétique elle-même , produite par la présence
(i) « In ista liysteric-B affectionis spccie jara descriptà, qu.i? jiaroxysiiuiiii
nephreticum imitatur, etc. <• (Sydcnbara. Opéra, t. i, p. 278, iu-4 , Oeusv.-c,
DES NERFS DES REINS. 6oi
de graviers dans les conduits de rurinc. Des dix-sept espèces de
névralgies admises par Sauvages (x) , une seule ( la néphralgie
hystérique) peut être considérée comme une affection nerveuse.
Dans ces derniers temps, Alibert (2), en réduisant les néphral-
, gies à trois espèces, comprit sous ce nom des affections variées
I et douloureuses des reins ( néphralg. calculeuse , néphi alg.
s spasmodique , néphralg. goutteuse).
G. Strambio (5) a cité un cas de névralgie lombaire guérie
V par l'acupuncture , et qui avait été prise pour une douleur
occasionée par un calcul rénal. J. F. Barailon (4) a publié
, l'histoire d'une maladie singulière qui se termina parla mort,
i et dans le cours de laquelle le malade éprouva des attaques^
principalement caractérisées par une douleur aiguë dans le
t flanc gauche et dans la région du rein. Le malade ne rendait
j point de gravelle.
M. Teale(5) a émis l'opinion de la possibilité d'une véritable
I névralgie dans les reins.
l Obs. I. — Douleurs atroces d.Tos la partie inférieure du dos et surtout
dans la région du rein droit; anévrysme de l'aorte thoracique , ouvert
dans la plèvre droite ; mort presque subite.
Jeanne Lamy, âgée de 46 ans, employée à la manufacture
d des tabacs, entra à l'hôpital de la Charité dans le mois de juil-
l let 1839, se plaignant de douleurs vives dans le dos et dans les
r reins. Cœur volumineux, dont les battemens soulèvent la partie
correspondante de la poitrine; deux larges bruits de souffle
remplacent le tic- tac du cœur; bruits de souffle dans l'aorte et
les artères du cou; frémissement de l'aorte; pulsations visi-
bles des artères radiales; impossibilité de marcher vite ou de
monter un escalier; quelquefois battemens avec un peu de
(1) Sauvages. Nosol. method., in-/|, Amstelodaini, f. u, p. ira, 1768.
(2) Alibert. Tfosolog. natur., t. x, p. 210, in-4, Paris, 1817.
(3) Joum. des progrès, 1829, t. i, p. 253.
(4) Sur une maladie singulière, par M.J.-F. Barailon (Journ, deméd. et de
chirurg., par M. A. Roux. Juillet 1767,1. xxvn, p. 43o).
(5) Edinb. med. and surg. Journal, vol. xxxdi.p.
602 MALADIES
suffocalipn; douleurs dans la région du foie et Buriout du rein
droit; la douleur avait aussi un siège moins limité et s'étendait
à une grande partie du dos et des lombes. La vessie n'était pas
douloureuse; l'uriùe blanche et peu acide sortait facilement
et sans douleur; point d'envies de vomir, d'engourdisse-
mens, ni de douleur dans la cuisse du côté droit; ven-
touses scarifiées ; soulagement assez marqué pour que la ma-
lade en demande une seconde application. La douleur dans la
région du rein droit, presque continuelle, s'aggravait par in-^
tervalle. Le repos, les grands bains, les ventouses scarifiées
et l'administration de l'opium amenèrent du soulagement, et la
malade sortit de l'hôpital avec l'intention de retourner au tra-
vail. Mais elle fut bientôt obligée de revenir soufifrant de plus
en plus dans la région du rein droit.
Dans la nuit du i5 au i6 septembre elle eut des douleurs
très vives au cœur et à la région épigastrique j les batteraens
du cœur étaient irréguliers ; sur le sternum et à la région du
cœur on entend deux bruits de soufHe : le premier très rude;
le deuxième large comme un bruit de forge ou comme le bruit
d'une large aspiration. On entend les deux bruits du cœur
presque naturels , mais irréguliers et un peu confus {saignée
du bras, i?8 d^alimens, Us. gomme, julep.).
Le 17. La malade ne se plaint pas beaucoup de sa douleur
dans le rein. L'urine estblanchâtre, avec des flocons de mucus.
On entend très distinctement les deux souffles remplaçant le
tic-tac du cœur.
Le 18. Pouls très rapide, le choc etl'impulsiou du cœur sont
violens. Dans la nuit, plus de douleur, puis perte de connais-
sance; revenue à elle, la malade a senti de l'engourdissement
pendant quelques heures. Les jours suivans les douleurs à la
région du rein ont été des plus vives. On a appliqué deux fois
deux sangsues , loco dolcnti.
Le 20 septembre. Le pouls est régulier (70 pulsations) de-
puis l'application des sangsues, diminution marquée de la
douleur du rein; h la fourchette du sternum et sous les muscles
slerno-mastoïdiens , on voit une sorte de soulèvement, les
veines jugulaires externes sont distendues. Si on appliqucle
DÉS NERFS DES HÈINS. 6o3
( doigt au-dessus de la fourchetle du sternum^ on sent tin fré-
" missement très marqué , qui peut être senti aussi sur les ar-
iitères carotides et sous-clavières. La malade mange peu.
Le 37 septembre. La malade accuse beaucoup de douleur
^tdàns les reins en désignant plus particulièrement le côté droitj
f elle croit se rappeler qu'elle a rendu un peu de sable dans les
1 urines j il y a dix-huit mois. Les deux cuisses sont engourdies.
Le "i octobre, sangsues sur la région du rein droit. La
i douleur du rein et l'engourdissement des cuisses ont diminué
\' depuis quelque temps. L'urine contient beaucoup de mucus.
Lé i" novembre. Nouvel accès de douleur des reins. Les
idouleurs sont toujours accompagnées d'agitation; la malade
nue peut se coucber sur le côté droit; qui est très douloureux à
ilâ pression {saignée du bras), soulagement.
Le 3. Douleurs vives aux reins, surtout à droite; œdème des
; jambes ; si lé malade met les pieds à tèrre, elle éprouve de l'en-
î gourdissement, elle ressent delà douleur dans toute la région
\ du foie et du rein droit {cataplasme; le i/4 de la portion d'ali-
nihtens) \ urines acides peu abondantes, il n'y a plus de gonfle-
nliiént ni d'œdème des extrémités {tis. gom. 3o sangs7ies sur la>
rté^ioit du rein droit ).
Lê 9. Doulèurs atroces au rein droit, urines acides avec des
BfloconS de niucus. Décubitus impossible sur le dos et le côté
droit.
Le to. Douleurs dans le dos, dans la région du rein droit et
i dans la cuisse droite , élancement à la région du cœur, douleurs
I très vives à la région précordiale; dans la soirée, mort presque
f subite , sang agonie et sans que la maladie eût paru faire des
i progrès depuis deux jours,
Aiitbpsiedu cadavre , 36 heures après la mort. — Etat exté-
T Heure, point d'infiltration. Tête, aucune altération du cerveau
ret du cervelet ou de leurs membranes. Poitrine, le péricarde
distendu occupe presque toute la partie antérieure du coté
gauche de la poitrine. L'estomac était complètement dans la
région ombilicale au-dessous du rebord des fausses côtes
gauches. Dans la plèvre droite, environ 20 onces de sérosité, et
dans la partie postérieure, uu énorme caillot rouge semblable
6o4 DÉVELOPPEMENT MORBIDE
à celui[d'une saignée récente, pesant a 5 onces; ce qui, réuni à la
sérosité, donnerait un épanchement de sang de trois livres envi-
ron. Le poumon droit parfaitement sain. Dans le médiastin, un
épanchement de sang noir. La plèvre du côté gauche ne con-
tient pas de sérosité ; le poumon aplati ne paraît presque pas
contenir d'air; il est adhérent à la plèvre costale et repoussé
vers les côtes par le cœur, qui occupe la plus grande partie de
ce côté de la poitrine. Le péricarde contient deux onces de sé-
rosité citrine ; il a plus de dix pouces de hauteur et sept de
largeur. Le cœur est hypertrophié , vide de sang ; on sent qu'il
est épais et dur. Les oreillettes ne présentent rien de remar-
quable. Le ventricule droit est pâle. Sa membrane interne et
ses valvules sont dans l'état sain. Les parois des ventricules
gauches sont très épaisses (8 lignes), la membrane interne est
un peu laiteuse vers les valvules sigmoïdes. L'orifice auriculo-
ventriculaire est à l'état normal; la valvule est un peu blanche;
elle est souple, les colonnes charnues sont très grosses, comme
toutes les parties charnues de ce ventricule. Deux des valvules
sigmoïdes s'abaissent très bien. La troisième, l'antérieure, est
insuffisante. L'aorte immédiatement au-dessous des valvules
présente plusieurs petits points ossifiés , proéminens ; la por-
tion transverse de la crosse elle-même , est dilatée de manière
à avoir deux fois son volume ordinaire jusqu'au niveau de la
partie inférieure de la poitrine vers la troisième vertèbre dor-
sale , c'est-à-dire au moment de passer entre les piliers du dia-
phragme.
Dans toute cette étendue, la face interne de ce vaisseau est
blanchâtre; à partir de la crosse, elle présente des inégalités,
des saillies et des dépressions, de petites plaques osseuses et
cartilagineuses. Au niveau de la septième vertèbre dorsale et un
peu à droite, on voit deux ouvertures, une première presque
circulaire d'une ligne et demie de diamètre conduisant dans une
petite loge qui contiendrait seulement un gros pois , l'autre si-
tuée un peu plus bas, de forme presque circulaire, a neuf lignes de
diamètre. Le bord de cet orifice est arrondi, assez lisse, et com-
munique avec une poche anévrysmale, qui se trouve dans le
médiastin postérieur en rapport immédiat avec l'œsophage-
DE TISSUS HOMOLOGUES. 6o5
Cette poche s'ouvre par une fissure dans la plèvre du côté
droit. La poche anévrysmale ne contient pas de caillots fibri-
neux. Abdomen, un peu de sérosité dans le péritoine; rate
, petite , et consistante ; foie un peu plus volumineux qu'à l'or-
( dinaire : sa substance paraît composée de grains jaunes et d'un
■ tissu vasculaire très injecté qui les entoure. La surface du
foie est, du reste, polie, sans dépression, sans apparence
de bandes cellulaires ou d'étoiles s'enfonçant dans l'inté-
; rieur. La consistance est un peu plus ferme qu'à l'état sain,
l La vésicule biliaire est vide, très petite , blanche à l'intérieur et
I à l'extérieur, revenue sur elle-même et ne contient pas de
l bile ni de calculs. Son conduit est réduit à un cordon fibreux;
Me canal hépatique existe comme à l'ordinaire. L'estomac et
(itout le canal intestinal, sains.
Les deux reins ont à-peu-près leur volume ordinaire ; leiirs
ii merabi'anes n'offrent rien de particulier et se détachent facile-
■ ment. A la surface du rein droit, vers le milieu du bord con-
rvexe, existe une petite vésicule qui contient un liquide jau-
anâtre transparent; un peu plus bas, on voit deux dépressions
dde couleur foncée. Au-dessous de ces dépressions , la substance
Dcorticale, moins épaisse , est très dure et blanchâti^e. Du reste,
de rein droit et le rein gauche sont sains.
Développement morhide de tissus homologues
dans les reins.
§ 888. Les glandules et les conduits urinifères de la sub-
stance corticale peuvent être tout-à-fait désorganisés , de ma-
iiière que la partie affectée de la substance corticale semble
Kconstituée par un tissu fibretix ou celluleux, d'un blanc bleuâ-
ftre, distinct de la substance corticale environnante (Atlas,
XXXV, fig. 5). Cette altération existe quelquefois d'une
énanière très remarquable dans les reins de diverses espèces
^'animaux. Je l'ai représentée dans le bœuf (Pl. xxxv, fig. 6),
tet dans le cochon (Pl. xxxv, fig. lo). Je l'ai aussi observée
fchea le cheval. Cette altération parait être, dans quelques
6o6 DÉVEI.OPPEMIÎNT MORniDE
cas , la suite d'une inflaramalion chronique, et, dans d'autres
la conséquence d'une lésion des conduits de Bellini ou de leur
obstruction.
La substance lubuleuse d'un ou plusieurs côues offre quel-
quefois aussi une sorte de transformation fibreuse reconnais-
sable à des stries d'un blanc jaunâtre , dans la direction des
Uihuli, et bien distinctes des stries formées par les dépôts
salins.
Par suite d'une transformation fibreuse des couches cellu-
leuses avec lesquelles elle est en rapport, la membrane fibreuse
des reins peut acquérir une épaisseur très considérable
(Pl. xn, fig. 8). On lit un cas analogue dans le Journal des
Savans, 1678.
§ 889. On observe, quelquefois dans la substance corticale et
plus souvent dans la substance lubuleuse des reins, des grains
ou de petits corps blanchâtres, d'apparence et de consistance
cartilagineuses il), Ces corps, situés le plus ordinairement vers
la base des cônes , quelquefois vers leur milieu et plus rare-
ment près de leur extrémité , se rencontrent surtout dans les
leins des vieillards (Atlas , Pl. xxxvi.fig. 5).
La membrane fibreuse des reina présente quelquefois des
plaques cartilagineuseSi
§ 890. La capsule fibreuse des l'eins peut a'ossi/îer, offrir
des dépôts salii)S partiels , ou prendre tout-à -fait l'apparence
d'une coque osseuse, analogue à celle que le péricarde incrusté
forme quelquefois autour du cœur. Ces ossifications de la cap-
sule fibreuse du rein , et les ossifications des corps fibreux
(i) Scliroeck, cité par Lieutaud, rapporte te fait sairAnt : « Vir qniii-
q^iagenarius, crapiilx deditus, ischuria suhito oorripiCnr. Frustra adhibetar
cathcter ; uullus edIiu dolor, nec tamor iu resioa, Dolor eral gmvalivus in
sinistro rené. Dejn , \el pqst septem-Jeceni dies, accedit /vpmilus; corpus ivt-
tumescit; lacditu? memoria, impeditur loquela ; ac tandem suffocatus obiit.
Excutcrato cadavero, loco renis dextri invcnjtur corpusculum induratum et
cartllagi'neum, ovi gallinacci minoris magnitudine. Quo dissecto jntus appa-
rnerc grumi sanguinis, cum hydatidibus, et exigna portiuncnla substantia:
rcnis putrida;. Sinister naturali triplo major, semi-cartilagiaosus in parte
conrexn rcperitnr (Lieutaud. Jnat. praet,, Ub. i, obs, 1075).
DE TISSUS nOMOLOGUPS (7". OSSeUx). ÔQ^
développés dans la substance des reins, ont élé.indiqués vague-
ment par d'anciens auteurs sous les noms de r^ins irans~
formés en pierre. •
Paps les cas rares de transformation cartilagineuse et osseuse
c la capsule fibreuse , les reins semblent très durs , et la masse
jplus ou moins considérable qu'ils forment cède peu ou point à
1.1a pression. A l'extérieur, celte masse offre quelquefois des
^aspérités très dures, d'un blanc mat ou d'un blanc jaunâtre,
i J'ai fait figurer plusieurs exemples de dépôts salins dans la
sm^mbrane fibreuse et sur des kystes acéphalocystiques dans
reins de mouton. J'ai vu plusieurs mamelons d'un rein
ide bœuf dilatés et transformés en une membrane incrustée de
mqalière osseuse.
M. EUiolson m'a envoyé, en i834, deux coques osseuses, éyi -
i^çmment formées par la membrane du bassinet dilaté et par
lia membrane fibreuse, ossifiées, d'un des leins d'un homme ,
iiQort avec des symptômes d'apoplexie. Cet homme avait été
iifiujetà la gravelle depuis quelques années; le membre inférieur
idu côté correspondant au rein ainsi altéré, était beaucoup
ïamaigri (Atlas , Pl. xxxvi, fig. 2 , 3).
§ 891. Il se développe quelquefois , mais bien rarement des
iostéides, dans les reins , et dont la base est un tissu fibreux,
KFaversé pa:' des vaisseaux sanguins et n'offrant que par places
mm dépôt calcaire. Ces ostéides , tout-à-fait analogues aux corps
&fibreui( de l'utérus, ne peuvent être divisés qu'au moyen de
lia scie.
Une autre espèce d'ostéide se forme assez fréquemment dans
lies reins après la destruction des acéphalocyslea des reins dei8
laniraaux , surtout dans les reins de mouton (Atlas, Pl. xxx ,
bfig. 5 et 6 ), La matière osseuse ou calcaire , rarement déposée
►en masse, l'est plus souvent en lamelles ou en grains isolé»,
j-jaunâtres et durs.
Presque toujours ces ostéide» sont entourés par une mem»
Harane qui les isole du tissu rénal environnant, et ce tissu
kparaît n'avoir subi d'autre altératioii qu'une légère décolora-
tion , déterminée par la compression qu'exerce la tumeur
acéphalocyslique. Quelquefois cas ostéides deviennent très
6o8 DÉVELOPPEMENT MORBIDE
volumineux et occupent presque tout le rein, qui paraît être
transformé en pierre.
Les exemples d'ossification des reins sont très rares. Vincent
a publié (en 1689) la description d'un rein qui pesait une livre
et demie, et qui avait une consistance cartilagineuse. Il était
situé sur la dernière vertèbre des lombes et sur la première et
la seconde vertèbres sacrées, (i)
Fearon (2) rapporte que, chez une femme de cinquante ans,
souffrant depuis plus de dix ans de violentes douleurs dans la
région des reins, il s'y joignit plus tard de fréquentes envies
d'uriner, et quelquefois des rétentions d'urine La malade
mourut, après avoir été six jours sans uriner. Du côté des lom-
bes oii cette femme avait eu tant de douleurs pendant de lon-
gues années, Fearon ne trouva aucun vestige de rein , mais à
sa place un corps rond comme une boule, formé d'une sub-
stance osseuse , du poids de trois livres et demie et de quinze
pouces de circonférence. Sciée, celte tumeur présenta les ca-
ractères d'une masse irrégulièremeiiL ossifiée, qui, traitée par
les réactifs chimiques, se comportait comme la substance nor-
male des os.
L'autre rein était rongé par le pus jusqu'à la membrane.
J'ai figuré (Atlas, Pl. xxxvi, fig. 6) un exemple remar-
quable de ces ostéides des reins. Le rein droit d'un homme,
sur la maladie duquel je n'ai pu avoir de renseiguemens , deux
fois plus volumineux que dans l'état sain, avait à-peu-près sa
forme naturelle. Cependant son extrémité supérieure était
beaucoup plus volumineuse que son extrémité* inferteure , et
de telle sorte que le bile étaij. placé au quart inférieûr du bord
interne. Le poids de ce rein était de dix'olîcjs.
En incisant cet organe suivant sa grande circonférence jus-
qu'au bassinet, nous vîmes derrière cette cavité , et- occupant
la place de la moitié supérieure du segment postérieur du
rein , une tumeur de consistante osseuse du volume d'une
' •
(i) Dict. des sciences médicales, tom. XLVli, p. 438.
(i) Med. communie, y, ob, i, n. xx7ii^i^4i6, tab, x.— Meckel's Handbuch
der pathol. Aat„ Band. a, sect, a, p. 238)^
DE TISSUS HOMOLOGUES {T. OSSeUx). 609
jrange, bosselée et entourée d'une membrane qui la séparait
des parties envii-onnantes. Détachée de celle enveloppe exté-
•ieure, et sciée suivant son plus grand diamètre, cette produc-
ion moi-bide offrait la disposition suivante : sa surface était
iincroûtée d'une couche fibro-carlilagineuse d'une demi-ligne
i deux lignes d'épaisseur, qui envoyait vers le centre de la
umeur des prolongemens très irréguliers , dans les intervalles
lesquels on voyait divers dépôts , des concrétions blanches,
-trayeuses , analogues au détritus tuberculeux des os j des
ragmens osseux jaunâtres et demi transparens; enfin, des
limas de fibrine d'un rouge brun ressemblant à ceux que l'on
rouve dans les foyers sanguins déjà anciens.
Le bassinet n'offrait d'autre changement que celui qui ré-
lultait de la compression de sa moitié supérieure par la tu-
itneur. Le tissu du rein , très dense et disposé en forme de
iDOcbe autour de la tumeur et de la cavité du bassinet , s'a-
I aincissait progressivement à mesure qu'il s'étalait au-devant
.le l'altération. La poche était complétée par la membrane
^enveloppe de l'ostéide et par la continuation de la capsule
ivu rein. Cette capsule était épaissie et fortifiée par une masse
piC tissu cellulaire ^'"^sdense, qui lui était superposée.
§ 892. Je rappellerai que Jacques Sachs (i) cite le cas d'une
lemme qui, pendant plusieurs années, avait éprouvé des coli-
imes néphréligues et rendu des urines épaisses et filantes, et
* » ''
(i) « Im dlssfect^orpore inventi fuere ambo renés obriguisse tam dexter
uain si'nisrfr*h» alabaatrintm duritiem et soliditatem ( Ephem. cur. nat.
oc. I, ann. i, obs, iixvn, p. 82); de rçaibus hamanis petrefactis). Sachs
L'crit ainsi le plus grgncMek ces reins : » Erat adhuc post gorgouxam
tam meiamorphosin re^nsuâ figarâ (quasi fabacea) ûrdinaria conspicien-
us; cxte'riy parcuchymatis 'p»rs et circumferentia semicircularis, seii
il)ba renum pars, videbatur ^qnasi in aliquot lobos corrngata, et porosior
■liquo lapide facta, coloris ad grysenm acccdentls; reliqua vero pars
srsus siinam partem et pelvim , eum resectâ particulâ ureteris prinoipii,
licea tota , nibil magis quam candicans alabastrum et duritio et colore
Oiibens, in superficie venulœ aliquatenus rubescentes , quasi ibi dcpictoe
idebantur. Postquam hnnc renem destrum diu digitis palpassem et ad
hram pondus cxaminassem, nndecim lotone; exsuperasse compertum est. »
m. 39
6td DIÎVELOPPEMËNT MORBIDE
chèz laquelle on trouva les deux reins transformés en une ma-
tiêré tjui offrait la dureté de l'albâtre ; que Ch.-Fr. Paullini
cite aussi un cas non moins curieux de rein ossifié (i); que
Lieutaud (2) rapporte , d'après Moccius , le cas d'une vieille
femme qui mourut après avoir éprouvé de violentes douleurs
dans lè flanc et l'hypochondre gauches, et chez laquelle ou
trouva le rein gauche trauâforjué eu une matière pierreuse,
Lieutaud cite d'autres faits analogues, extraits des Curieux de
là nature (obs. 1177, et l'obs. de Sachs, obs. 1178), rappelés
plus haut. Enfin , G. Lucas a représenté dans les Transactions
philosophiques un exemple remarquable de pétrification du
rein.
Une semblable altération a été également observée chez les ani-
maux. M. Lassaigne (3) a soumis à l'analyse chimique un rein
provenant d'un cheval, et qui lui avait été remis par M. Rigot.
Ce rein était blanchâtre , spongieux et dur au toucher ; par la
pression entre les doigts, il s'en écoulait un liquide laiteux,
inûoldrte, chargé d'une très grande quantité d'albumine : mis en
niacération dans l'eaii froide pour le débarrasser de ce liquide
albumineux , il ressemblait alors à un tissu cartilagineux en
partie ossifié. L'apparence de ce rein ayant d'abord fait sup-
poser qu'il était peut-être pénétré dans toutes ses parties par
de la matière calculeuse, une partie de ce tissu solidifié fut mis
en contact avec de l'eau acidulée par l'acide chlorhydrique ;
aussitôt uue légère effervescence se manifesta à la surface par
suile d'une dissolution. Après douze heures de contact, la
substance dd rein était toul-à-faît ramollie , quoique son
volume fût peu diminué. La liqueur fut alors décantée et
sursaturée par de l'ammoniaque, qui produisit un précipité
(1) Servo milili'enem perfecte «Vi'ceuw, e cadavcrc Norwagi'cujnsdam ei-
cisum, aliquot Oncias pendcntem {Êphem. nat. cur„ dec. 2, ann. 4, append.,
p. 2n). Ce cas a été reproduit par Th. Bonct {Sepulcretam, lib. ui, scct. 2a,
t. II. p. 660).
(2) Lieutaud. Anat.pract., liLer primas, obs. 1208.
(3) Lassaigne. Obs, sur une ossification complète tHun rein chez le cheval
(Joura. de chimie médicale, vol. vi, pag. 233).
DE TISSUS HOMOLOGUES {1\ OSSeUX). 6l I
blanc gélatineux , très abondant , reconnu , par un examen
ultérieur, pour du sous-phosphate de chaux. La dissolution
d'où ce sel avait été séparé, forma ensuite avec l'oxalate d'am-
moniaque un précipité blanc > indiquant la préexistence du
carbonate calcairCé Ces deux sels se sont trouvés, à très peu dé
chose près, dans les proportions oii ils se rencontrent dans la
substance osseuse proprement dite. L'analyse quantitative
donna 3,5 de phosphate contre i de carbonate.
Ç 893. Le cas suivant peut être rapproché de l'observation
précédente :
« Une femme , âgée de 5o ans , d'un tempérament bilieux,
n'ayant jamais eu d'enfant , avait reçu des soins de moi dan»
deux fièvres bilieuses ; avant ces maladies elle m'avait consulté
pour une tumeur qui avait son siège dans l'hypocondre ganche>
et l'avait fait souffrir pendant plus de dix ans. Je lui avais con-
seillé des bains, des cataplasmes émolliens, parce qu'elle éprotl-
vait de fortes douleurs et des déchiremens considérables à l'en-
droit désigné. Des médecins et chirurgiens de notre ville lui
avaient donné les mômes conseils; j'ignore s'ils avaient soupçon-
né le rein gauche malade. Pour moi, j'avouerai que, celte femme
rapportant ses douleurs à la partie antérieure du bas-ventre,
je n'avais pas eu l'idée d'une néphrétique jusqu'au 17 août 1807,
où je fus appelé pour la voir. Elle se plaignit alors de douleurs
très vives du côté gauche, d'itne grande difficulté d'uriner; les
urines donnaient du sang. La fièvre était très forte, et la fîgurtf
de cette malade était très altérée. J'ordonnai une potion cal^
mante et une tisane avec la pariétaire. D'après les accidens qué
je viens de rapporter, je soupçonnai un calcul rénal; je fis part
de mon soupçon aux parens. La malade mourut dans la nuit.
Ou vint m'annoncer sa mort, et je demandai l'ouverture dtt
cadavre, qui me fut accordée. Je la fis le 18 à 8 heures du soir,
avec un élève en chirurgie de l'Hôpital général.
« La section des tégumens et des muscles du bas-ventre étant
faite, nous avons mis le rein gauche à découvert ; nous l'avon»
trouvé enveloppé d'un tissu cellulaire gorgé de sang; ce reiil
nous a paru déplacé et porté vers la partie antérieure du bas-
ventre. Après avoir détaché et examiné ce rein , nous avons
39.
6ra DÉVELOPPEMENT MORBIDE
observé que la surface de la portion supérieure était de cou-
leur et de volume naturels , les parties moyenne et inférieure
noires, présentant beaucoup de volume et des inégalités. Le
toucher m'ayant fait apercevoir un corps dur à la partie
moyenne, j'ouvris cette partie, dont j'ai extrait un calcul très
dur d'une forme irrégulière , et recouvert par une couche
brune qui, étant sèche, s'est détachée de calcul et réduite en
poussière. Ce calcul était contenu dans un des entonnoirs du
rein. Plus bas, j'ai remarqué dans la substance interne du
rein une portion devenue cartilagineuse, dans laquelle s'étaient
développés des points osseux, dont j'ai enlevé le plus volumi-
neux , et à la partie inférieure une matière molle et blanche ,
ressemblant à du lait caillé. Tous les autres viscères du bas-
ventre étaient dans un état sain(OZi*. d'un calcul rénal accom-
pagné de la désorganisation de la majeure partie du rein datis
lequel il s'était formé, par J.-^B. Tréhet. — Bulletin de la Fa-
culté de médecitie de Paris, lora. ii, p. gS, 5'' annéej. »
§ 8g4. Il faut distinguer des osléides des reins les cas de dé-
pôts salins dans le bassinet et les calices : tel est, en particulier,
le cas cité par Howship (i) » et dans lequel on trouva l'intérieur
des reins rempli de carbonate calcaire,
§ 895. Un tissu spongieux et vasculaire analogue au corps
du pénis, principalement formé d'un lacis de vaisseaux, se dé-
veloppe quelquefois accidentellement chez l'homme, dans plu-
sieurs organes ; mais on ne l'observe que bien rarement dans
les reins. Je ne l'y ait vu que dans deux circonstances , où la
même altération existait à un bien plus haut degré dans le foie.
J'ai représenté (Atlas. Pl. xu, fig. 7) une tumeur éreclile
qui était située sur la face antérieure du rein droit, plus près
de sa scissure que de son bord externe. Cette tumeur, dont la
surface était inégale , s'enfonçait assez profondément dans la
substance corticale; extérieurement elle offrait à sa circonfé-
rence une sorte de bourrelet, d'oii partaient une quantité in-
nombrable de petites veinules qui s'irradiaient au loin en se
BOUS 'divisant à-peu-près comme les vaisseaux cutanés ou sous-
(t) Bowsliip, oHf, cité, p. 34.
DE TISSUS HOMOLOGUES (2'. érectUé). 61 3
cutanés dans les phlébectasies du nez ou dans certains nœvi
vasculaires dont les limites ne sont pas bien circonscrites. A
la coupe (Pl. XLi, fig. 8), les limites de cette petite tumeur pou-
vaient être facilement reconnues à la différence d'aspect du
tissu érectile et de la substance corticale qui l'entourait. Ce
tissu paraissait composé de plusieurs petites loges entre les-
quelles se distribuaient des veinules, et on n'y distinguait au-
cune trace de tissu squirrheux ou encéphaloïde ; d'ailleurs la
nature de cette tumeur était sulEsaranient démontrée par la
coïncidence d'autres tumeurs érectiles, beaucoup plus volumi-
neuses, et de même apparence, situées dans le foie.
Dans un autre cas de dégénération érectile du foie chez un
vieillard , j'ai vu une semblable tumeur , d'une plus grande
dimension, dans un rein surmonté de kystes séreux (Pl. xxvii,
fig. 5).
§ 896. Cette altération vasculaire des reins a été mentionnée
par quelques observateurs. « J'ai vu, dit Baillie (i), la substance
du rein convertie en une substance molle et comme spongieuse j
on apercevait, à sa surface, des cavités arrondies isolées et pla-
cées à des distances irrégulières. Son tissu incisé présentait une
substance mollasse. Les vaisseaux sanguins se ramifiaient d'une
manière très évidente dans celte masse spongieuse. Le rein ne
contenait point de suppuration , et cet état pathologique ne
ressemblait en rien aux effets de la suppuration. Cet état patho-
logique particulier avait détrait une partie considérable des
reins, sans doute par l'action des vaisseaux absorbans qui pa-
raissaient avoir ménagé la substance tubuleuse beaucoup plus
que la corticale. Je n'exagère point en disant que le rein avait
la mollesse d'une éponge. En agitant dans de l'eau ces restes du
tissu des reins, ils se séparaient à-peu-près comme les vaisseaux
sanguins du placenta. J'ai observé deux ou trois fois ces phéno-
mènes, mais à un degré moins avancé. »
Lobstein (a) dit aussi qu'il a rencontré une fois celte maladie
(1) Baillio. Anat, paihol., trad. François de Guerbcis, p. aaS, ia-8, Paris,
(2) Lobstein. Anal. path. générale, t. i,p. 324. Sert»» bourg, in-8, 182g.
6l4 DÉVELOPPEMENT MORBIDE
dans le parencliyme du foie, et qu'une autre fois il a cru la re-
connaître dans le développement fongueux du réseau capillaire
de la membrane muqueuse du bassinet du rein.
§ 897, Sous le nom de dégénérescence graisseuse, ou de
transformation graisseuse des reins , on a décrit deux altéra-
tions distinctes ; l'une, caractérisée par une véritable transfor-
mation graisseuse de ces organes, est très rarej l'autre, dans
laquelle de la graisse est abondamment déposée autour du rein
plus ou moins atrophié , dans sa scissure ou entre ses lobes,
est beaucoup plus fréquente.
5 898. Le tissu cellulaire extra-rénal, autrement dit la tuni-
que graisseuse des reins, peut offrir une accumulation très con-
sidérable de graisse. Le plus souvent alors le tissu cellulaire et
le tissu giaisseuK ont leurs caractères naturels; mais dans
quelques cas (Atlas. Pl. xxxvi, fig. i. Pl. xxxiii, fig. 8), le
tissu cellulaire graisseux paraît condenséjdur et d'une consis-
tance lardacée. D'auti'es fois, il estrougeâtre el traversé par des
vaisseaux fortement injectés de sang.
§ 899. Le tissu cellulaire graisseux de la scissure et qui
pénètre dans l'intérieur des reins par les arcades vasculaires,
peut se développer d'une manière anomale et de façon à atro-
phier les substances rénales. Toutefois ce phénomène est fort
rare; mais ce qui l'est beaucoup moins, c'est de voir un dépôt
accidentel de graisse avoir lieu dans la scissure et ses prolon-
gemens celluleux après des maladies chroniques du rein, avec
atrophie des substances rénales ; atrophie survenue à la suite
d'une altération des calices, du bassinet et de l'uretère. Alors
on trouve, à la place du rein , un mélange de tissu cellulaire
condensé et de tissu graisseux , dans lequel le tissu graisseux
ordinairement prédomine. Dans l'intérieur de cette masse
graisseuse on voit quelquefois des espèces de cordons cel-
lulo-fibreux bleuâtres, ramifiés, plus durs que les parties en-
vironnantes, et qui indiquent la disposition primitive du bas-
sinet et des calices déformés et oblitérés. Ces reins, ainsi en-
veloppés de graisse et presque complètement atrophiés, ont été
décrits comme des reins transformés en graisse (Atlas. Pl. li,
fig. i).
DE TISSUS HOMOLOGUES (T. graisscux). 61 5
Je suis disposé à penser que le cas de transformalioa
graisseuse <du reip, présenté à la Soçiélé g.natomi-que par
M. Barth (i) , est analogue à ceux dont je viens de parler. U
n'existait plus de traces des subjstances corlic.ale et roïnielon-
née. Le tissu graisseux «lait divisé par des cloisons fibreuses,
ïy'ureière^à son origine, était oblitéré par de nombreux calculs.
.cet endroit Jes tuni^jues étaient notablement hjfperlro-
jpliiée8> Oa n'avait ob.seryé aucun s^mptprae d'affectioft djies
reins.
^ 900. Le rein peut éprouver une altération graissenae an^a-
logue à celle du foie. M. le docteur Pascal (2) dit gue, chez un
iUonxme mxjrl d'une fièvre intermittente ou d'une affection
jgafilro-intestiinale très aiguë, les reins ayant été dépouillée de
leur capsule , on vit avec étonnement s'éçhapper de leur g^jr-
iace une multitude de petites gouttelettes d'huile, dp.uit Je
jiombre augmentait par la pression de .ces pr^ganea- Jjavés jpt
^^jés, il$ cpntinuajLenty par la pr.çs^ja^ à lourçir Iç «lème
ilUiLde très refionnaissable à so;j aspect et à sa pesantei.y:' ?pépi-
jSquje , qui le faisait surnager à la sw-Jace de l'eajgi.
Laennec (3) a vu un rein entièrement converti en une njjaijigre
jaunâtre, graissant forJLeeiw.t le ^ealp^l et le papie*'. S^v le
4;pjps d'un jjEU»Ç l»çrt|i»e de dix-hnit ans, nu>rt d'u»e inil^-
raation générale des voies urinaires, ayec deiStj,uçt^9n4;ojnplèJte
àn canal de l'nrètlune^ Dupiiytren (4) trouva un .engoigenieAittrès
dense du ti^su cellulaire adipenx qui euvironnaitle rejn dr,ç>j^t,
]^ne diminution du yolmne de ce|t orgajae, une disparition pres-
que complète de son tissu pfopr.e^ ,un,e îf-ansfocniatio^i adi-
peuse de ce qui i:eslait, et qitielq.n,es Gal.ç,ul.s petits, feuilletés,
4anç des ri^i^tes de calices^
jyi. 1^ .daçtejj^ féjlf équi» (5) ,a piubli^ «fi.ca? rexçar,qi;ial?lg 4e
ixm^hfm^^T^ j^-aiseevise de -^q ffltawlw? Â'^ feijjfs :
(1) Bulletin de.h se, fntU. fie P,tirk'X. f,yp.J^8, ifi-^^ PfjçiSf
(2) Joum. hebdomadaire, 2" série, t. xii, pag. 347; a933.
(4) Ibid., t. I, pag. 192.
(5) Gazette médifi^ie de JP^rif, p^ig. ^in,-^ ,i8^.
6l6 DÉVELOPPEMENT MORBIDE
Un octogénaire de l'hospice de la Charité de Lyon mourut en
mars i836. A gauche se trouvait, une hydronéphrose; toute
la substance mamelonnée avait disparu , sauf cinq cônes
qui étaient convertis en matière graisseuse. La substance cor-
ticale réduite à un tiers ne représentait plus qu'une espèce de
calotte peu épaisse , mais non altérée dans son parenchyme ,
coiffant le bassinet distendu : celui-ci formait une large poche
oii aboutissaient les restes des cinq calices sans profondeur,
contenant un liquide limpide qui n'avait ni l'odeur ni la cou-
leur de l'urine. L'uretère, d'une capacité normale, et libi'e dans
toute son étendue , permettait au fluide, quand on compri-
mait le kyste, de descendre jusque dans la vessie. L'artère ré-
nale correspondante, aussi grosse que la congénère , fut suivie
avec soin. Là oii existaient encore les cinq pyramides grais-
seuses , les i-amifications artérielles se répondaient entre elles
et la substance corticale à laquelle elles se distribuaient... A
droite , le rein parut un peu plus volumineux que dans
l'état normal, du reste à-peu-près sain, à l'exception de trois
mamelons qui commençaient à subir la transformation grais-
seuse.
On peut encore consulter les observations de Morgagni (t),
de Baader (a) , de Sœmmering (3) et de Olhmar Heer (4), rela-
tives à des reins graisseux.
§ 901. Mais de tous les cas de dégénérescences graisseuses
des reins parvenus à ma connaissance , le plus intéressant
sans contredit est le suivant , qui m'a été communiqué par
M. Bricheteau , médecin de l'hôpital Necker :
Une femme âgée de 45 ans, d'un embonpoint notable , en-
tra le a5 août 1 838 à l'hôpital Necker : face très colorée, lèvres
bleuâtres, voix très voilée; respiration accélérée, haute; point
ie toux ni d'expectoration ; pouls naturel , défaut absolu d'ap-
(1) Morgnagni. De sed. et caus. morb., epist. XLvr, § 29.
(2) Baader. Obs, med., xxxiv.
(3) Sœmmering. Annot. à la trad. allemande de l'Anat. patli. de BiùUie,
S, 170, IV.
(4) Othmar Hcer. Z)e re/wm /norAw, p. 33, in-4, Halœ, 1790.
DE TISSUS HOMOLOGUKS {T. graisseux). ôi-;
1 petit, selles très rares. — La malade n'a pas uriné, dit-elle,
depuis quinze jours ; la sonde, introduite dans la vessie, ne
donne pas issue à une seule goutte d'urine. Les deux jours
suivans, la malade est sondée sans résultat.
A la percussion, la poitrine est plus sonore qu'à l'état nor-
I mal, si l'on tient compte de l'épaisse enveloppe graisseuse du
i thorax. L'oreille appliquée dans toute l'étendue des parois
thoraciques perçoit , surtout en arrière , du râle crépitant à
j grosses bulles , mêlé de râle sibilant. — Cœur sain.
Une preraièi'e, puis une seconde saignée, pratiquées les deux
: premiers jours , diminuèrent sensiblement la gène de la respi-
i ration. A partir du troisième jour, des diurétiques, des purga-
t tifs , administrés par la bouche et en lavemens, n'amenèrent
I aucune évacuation d'urine ni de matières fécales. Le troisième
i jour, oppression des plus intenses ; la poitrine se dilate avec
f effort; air hébété; point de réponses aux questions qu'on
I adresse; le pouls est plutôt lent qu'accéléré ( saignée de 3 pa-
ît lettes ; sÎTiapismes aux jamhes ; 2 gros de kermès). Mort quel-
qques heures après la visite.
Autopsie, du cadavre dix- huit heures après la mort.
Blat extérieur. Raideur cadavérique très prononcée ; cou-
c che graisseuse sous-cutanée de plusieurs pouces d'épaisseur.
Thorax. Adhérences presque générales des deux poumons;
eelles sont anciennes , "celluleuses et résistantes. Veinules sous-
f pleurales gorgées de sang noir. Quatre cuillerées au plus d'un
1 liquide séro-purulent dans la plèvre gauche. A la surface des
1 poumons, nombreuses plaques blanches sous-pleurales, sail-
lantes au plus d'une ligne, et qu'il est facile de reconnaître pour
des lobules emphysémateux; léger engouement des poumons
en arrière; bronches généralement injectées , sans épaississe-
ment ni ramollissement apparens de la membrane muqueuse ;
mucus purulent jusque dans les dernières divisions bronchi-
ques.— Vaisseaux veineux et artériels, à l'état normal. — Cœur
un peu plus volumineux que dans l'état sain et vide de sang.
Quelques concrétions fibrineuses décolorées dans les oreillettes
et dans les vaisseaux pulmonaires.
Abdomen. Le tube digestif examiné avec soin, de la bouche
6l8 TISSUS HÉTÉROLOGUES.
à l'anua; n'a rien offert de remarquable ; si ce n'est une dimi-
nution de volume du gros intestin dans sa moitié inférieure.
— Foie sain; vésicule distendu par une grande quanUlé dé
bile ; rate saine.
Les reins sont plongés dans une atmosphère graisseuse très
épaisse , remarquable même au milieu des volumineux pelo-
tons graisseux de l'épiploon et des intestins. Les reing ont
conservé leur forme et leur volume naturel; mais ils parais-
sent transformés en deux masses d'une graisse compacte dans
laquelle restent quelques vestiges de la substance tubuleuse.
lies bassinets, les uretères et la vessie sont sains; celle-ci
ne contient pas une seule goutt£ d'urine. Organes génitaux
sains.
Crâne. Les sinus de la dure-mère contiennent très peu de
sang ; la substance du cerveau a une bonne consistance ; point
d'injection ni de dépôtséreux.
Les veines des membres, ouvertes en plusicui-s points, sont
presque rides de sang.
Dègénértècentes dtd reins ^tissus hétérologues ).
% 902. Les reins peuvent éprouver toutes les dégénérescences
(tubercules, cancer (matière encépbaloïde, matière colloïde),
rtialière jaune, mèlanose) qu'on observe dans les autres organes.
Ces dégénérescences des reins peuvent èlre primitives, lésions
principales , causes de mort ; ou bieUj secondaires et peu graves
comme lésion locale, dans des cas très prononcés de diatbèses
tuberculeuse, cancéreuse, etc.
Le cancer des reins n'est pas rare et raflectîon tuberculeuse
Test beaucoup nloîns qu'on ne le croît communément.
Tubercules des r^ins.
Sj903> Les reinSt leurs jnembraneBietienu'BJOtMuluits excrétenrs
peuvent offrir l'altération tuberculeuse à -difife^nB «tats, sous
•dififiemes formes «l à vdifl^rens degréi!^ La mAlièi^e t^ibcvculeuse
À
TUBERCIIÏ.ES DES REINS. 619
• e reconnaît à son aspect blanc mat , le plus ordinairement
..vec une légère teinte grise jaunâtre , à sa friabilité et à ce
i{u'elle paraît amorphe au microscope.
Les tubercules peuvent être rares ou confluens , déposés en
ur^ins , en masse ou eu nappes continues.
Quelquefois , et le plus souvent à la suite d'une inflammation
iguë ou chronique du tissu ambiant du rein, les tubercules
e ramollissent, le foyer s'ouvre dans la cavité du bassinet , et
expulsion de la matière tuberculeuse peut être suivie de
orilables cavernes et de iistules rénales.
Dans quelques cas , il existe à peine quatre ou cinq petits
rains tuberculeux; dans quelques autres, et, lorsque la dégé-
ération est plus avancée , la matière tuberculeuse envahit les
aux substances rénales , les calices , le bassinet et l'uretère ,
. quelquefois même les membranes extérieures du rein.
Dans la substance corticale des reins, la matière tubercu-
use est souvent déposée en petits grains disséminés, du volume
un grain de millet et même d'un plus petit volume encore
.TLAS , Pl. xLii , fig. a). Le plus souvent ces grains tubercu*
ux ne sont pas saillans à la surface du rein, ni adhérens à sa
("nibrane externe. Lorsqu'ils sont tout-à-fait de niveau avec
surface du rein, ils apparaissent quelquefois comme de
;tits points anémiques; mais, à la coupe, ils représentent
moitié d'un globule solide, qu'on peut détacher, avec la
)iate du scalpel , do la substance du rein. Ordinairement
1 1 n'observe point , autour de ces tubercules en grains , le
ibtit cercle rouge qu'on voit autour des points purulens dans
ti néphrites qui ont une apparence pustuleuse. D'ailleurs on
!Ut toujours distinguer un grain tuberculeux d'un point
iraient , en ce que la substance du premier, vue au micro-
ope , paraît composée d'un grand nombre de globules
enus , tandis que celle du second , lorsqu'elle n'est pas
'élangée de pus ou de sang , n'offre point de globules.
Quand ladégénérescence tuberculeuse en grains est confluents
i quelques points ^ ces groupes au premier aspect semblent
re une seule masse; mais, en faisant une coupe, on voit dis-
uctement à U coupe que les grains taberculciu qui forment
620 TISSUS H13TÉR0L0GUES.
celte masse sont séparés par de petites lif^neS de substance
corticale.
On rencontre aussi la matière tuberculeuse dans la substance
corticale, sous forme de petites masses compactes ( AaXAS,
Pl. xLii , fig. 5) du volume d'une noisette ou d'une olive, non
grenue , lisse , d'une teinte blanche légèrement jaune, et dont
l'aspect a une assez grande analogie avec celui de la coupe d'un
marron d'Inde. Ces gros tubercules peuvent se ramollir. Quel-
quefois ces masses ramollies sont immédiatement contigués
à la substance corticale , ou bien elles sont séparées par une
membrane très mince, de nouvelle formation, dont la face-
interne est légèrement aréolaire (Atlas, Pl. xlti , fig. i). Cette
membrane accidentelle ressemble beaucoup à celle que l'on
trouve autour de certains abcès volumineux du foie.
La matière tuberculeuse peut être déposée dans les cônes ,
en grains ou en masses ; mais elle s'y présente , plus souvent
que dans la substance corticale, en grains très rapprochés les
uns des autres , disposés en stries et simulant de petits chape-
lets (Atlas, Pl. xi-ii, fig. i), apparence qui est surtout frap-
pante lorsqu'on les examine à la loupe (Atlas, Pl. xlii»
fig. 3).
Quelquefois les tubercules sont déposés à la surface et dans
l'épaisseur des mamelons , comme une poudre plus ou moins,
grossière , infiltrée à d'inégales profondeurs. Tantôt les mame-
lons paraissent plus gros et plus saillans que dans l'état sain;
d'autres fois ils sont très inégaux , déchiquetés ; enfin ils
peuvent être complètement efl'acés par suite d'une rétention
d'urine dans les calices consécutive à l'obstruction plus ou
moins complète de l'uretère. Enfin , non-seulement les mame-
lons et la substance corticale peuvent être afi'aissés et atrophiés
par ce mode de compression j mais ils peuvent être déformés
et détruits par une véritable ulcération tuberculeuse.
Autour des tubercules , la substance rénale affaissée ou com-
primée est quelquefois tout-à-fait saine (Atlas, Pl. XLil,fig. 5).
Elle est décolorée dans d'autres cas f Atlas , Pl. xliii , fig. 3 ) ;
surtout lorsque les reins sont farcis de tubercules , les sub-
stances du rein paraissent injectées, imbibées de sang, et
TUBERCULES DES' REINS. 6a I
offrent des nuances variées de rougeur (Atlas, Pl. xliii,
(ig. i); enfin, dans les cas de néphrite tuberculeuse^ on ren-
contre quelquefois de petits points purulens entre les tuber-
cules crus ou ramollis. (Atlas , Pl. xlii , fig. i).
Dans un certain nombre de cas , le volume des reins n'a
pas paru sensiblement augmenté par le dépôt de la matière
tuberculeuse (Atlas , Pl. xlii, fig. a et 5 ; Pl. xliii, fig. i ,
a , 3 ). Une circonstance peut leur faire acquérir des dimen-
sions considérables : c'est la rétention de l'urine mélangée
de matière tuberculeuse , dans les bassinets et les calices , et
l'infiltration de ces conduits par cette même matière (Atlas,
Pl. xLiv, fig. I ). Il est rare que le volume des reins soit di-
minué.
L'afi'ection tuberculeuse se présente aussi , sous diverses
formes, dans la membrane muqueuse des calices, des bassinets
et des uretères. Tantôt de petits grains tuberculeux , arrondis ,
blanchâtres , du volume de la tête d'une épingle , déposés
dans l'épaisseur de la membrane muqueuse ou au dessous
d'elle, la soulèvent inégalement et la rendent rugueuse (Atlas,
Pl. xLiii, fig. 3). Ces points sont quelquefois réunis en groupe
ou tellement rapprochés, qu'ils forment des plaques saillantes,
variables pour la forme et l'étendue.
Lorsque la totalité de la membrane muqueuse des voies uri-
naires est envahie, la surface cesse d'en être lisse et polie, comme
elle l'est dans l'état sain. Lorsque cette membrane est profondé-
ment infiltrée de matière tuberculeuse , elle devient inégale ,
chagrinée et rugueuse ; quelquefois elle paraît foliacée, comme
si elle était couverte de parcelles de son , et l'urine lui com-
munique souvent une teinte jaune brunâtre (Atlas , Pl. xlii ,
fig. 3J..
La membrane muqueuse des calices, des bassinets et de
l'uretère , présente quelquefois de petites ulcérations (Atlas ,
Pl. xlii, fig. 4) ovalaires, déprimées, blanches ou grisâtres,
entourées de matière tuberculeuse , ou bien de larges excoria-
tions d'un rouge vif, entourées d'un large dépôt de matière
tuberculeuse en nappe.
La dégénérescence tuberculeuse se propage quelquefois du
64!î TISSUS HlÎTÉROLOGties.
bassinet et de l'uretère à la membrane muqueuse de la vessie
(Atlas, Pl. xliii, fig. i ). Dans d'autres cas, on l'a vue
s'étendre sur la membrane muqueuse du canal de l'urèlhre
dans la prostate , les vésicules séminales , lors même que la
vessie était peu altérée (Atlas, Pl. xliii, fig. 4).
Lorsque l'aflfection tuberculeuse a envahi les conduits excré-
teurs de l'urine , le tissu cellulaire sous-muqueux est lui-même
souvent infiltré de matière tuberculeuse, ou bien il est induré,
épaissi. Les uretères , beaucoup plus volumineux que dans
l'état sain, prennent l'apparence d'une tige solide, et le cali-
bre en est plus ou moins rétréci. Ordinairement, au contraire,
la cavité des calices aitgmente au lieu de diminuer, et cela ,
par l'effet de la distension que leur fait éprouver l'urine,
dont le cours dans l'uretère est plus ou moins intercepté.
Par suite de l'infiltration tuberculeuse , les calices acquièrent
alors tine certaine rigidité qui les empêche de s'affaisser lors-
qu'on fait une coupe aux reins, et celte circonstance , jointe
à leur dilatation , leur donne l'apparence d'excavations tuber^
culeuses ( Ati.as , Pl. xlit, fig. 3 ).
Sur seize cas de dégénérescence tuberculeuse des reins, jé
n'ai TU que deux fois les membranes extérieures de ces organes
participer à l'altération. Dans un cas , les tubercules déposés
dans les membranes extérieures d'un des reins , rappelaient
exactement , sauf la couleur, la disposition des croûtes du
favus sur la peau ( Atlas , Pl. xliii, fig. 11 ). Sur l'autre rein
( Ati^s, PI. XLIII, fig. i), les membrane» extérieures, ramol*»
lies, déchiquetées, réduites en fdamens, étaient baignées pai*
une couche liquide , formée de pits et de matière tuberculeuse
en dissolution ; ce foyer communiquait par un trajet fislulent
avec le colon descendant, enflamme et perforé.
Je n'ai point observé d'altérations des calices et des veines
des reins dans l'affection tuberculeuse de cet organe. Lesgali-
glions lymphatiques de la scissure participent ordinairement
à l'altération lorsqu'elle est considérable.
Je n'ai vu que deux fois la dégénération tuberculeuse des
reins chez les nouveau-nés et dans des cas de dialhèse tuber-
culeuse. Un très petit nombre de grains tuberculeux étaient
TUBERCULES DES REWS. 623
«disséminés dans la substance des reins, il n*y avait pas de
iTbatière tnberculcnse dans les uretères , le bassinet et les
ccstliCes.
Chez les enfans d'un dge plus avancé , l'altération lubèrcu-
1 lètise ne se rencontre presque jamais à un haut degré dans là
sstibstance des reins, sans que la même altération ait envahi
pplus ou moins la substance tubuleuse et la membrane mu-
jqùeuse des calices et des uretères. Sur seize cas de tubercules
Idës reins, chez l'adulte, la matière tuberculeuse a été trouvée
«seize fois dans la substance corticale, quinze fois dans la sub-
dstance tubuleuse et treize fois dans la membrane muqueuse des
.- calices et des uretères.
Chez les vieillards, la dégénérescence tuberculeuse des reins
■ est très rare, et, lorsqu'elle existe, elle est le plus souvent bor-
née aux substances tubuleuse et corticale.
On a dit que les deux reins étaient généralement attaqués.
Cependant, sur seize cas d'affections tuberculeuses de ces or-
1,'anes, la maladie n'a atteint que six fois les deux reins, tandis
qu'elle s'est montrée dix fois sur un seul rein, dont sept fois
dans le rein, gauche.
On a dit également que les enfans sont plus exposés que les
individus d'un autre 6ge à l'affection tuberculeuse des reins ;
celte assertion a besoin d'être vérifiée de nouveau par des cal-
culs statistiques faits sur une grande échelle.
Lorsqu'il existe des tubercules dans les reins, non-seule-
ment on en trouve presque toujours dans les poumons, mais le
plus souvent dans d'autres parties de l'appareil génito-Tiri-
aaire, dans la vessie, l'urèthre, les testicules, les conduits défé-
rons, les vésicules séminales et la prostate chez l'homme, la
cavité de la matrice et de la trompe chez la femme, dans le foie,
les glandes mésentériques et l'intestin, etc.
^ 904. Symptômes. Pendant la vie, le plus souvent il est fort
difficile de reconnaître le dépôt de la matière tuberculeuse dans
les reins et dans leurs conduits excréteurs. Toutefois la diffi-
culté n'est pas la même, suivant que les tubercules sont déposés
dans les substances rénales, ou qu'ils occupent en même
temps les conduits excréteurs de l'urine. En effet , je ne con-
i
624 TISSUS H:]ÉTÉR0L0GU£S.
nais aucun caractère dans la sécrétion urinaire, ni aucun autre
moyen, à l'aide duquel on puisse diagnostiquer le dépôt de la
matière tuberculeuse dans les substances rénales. Il est vrai
que , dans quelques cas de tubercules des reins , on a constaté
dans l'urine la présence d'une certaine quantité d'albumine:
mais la présence de l'albumine dans l'urine est un phénomène
commun à plusieurs maladies. D'ailleuj-s, on a vu l'affection
tuberculeuse des reins coïncider avec l'altération particulière
que j'ai décrite sous le nom de néphrite albumineuse chro-
nique.
D'un autre côté, les reins infiltrés de tubercules sont rare-
ment augmentés de volume, au point de former une véritable
tumeur, lorsqu'il n'y a pas en même temps un obstacle au cours
de l'urine, déterminé par une infiltration tuberculeuse de l'ure-
tère. L'infiltration tuberculeuse des reins peut être accompa-
gnée de l'indammation des substances rénales, autour du dépôt
tuberculeux; mais, en supposant que, dans un cas de diathèse
tuberculeuse , on vînt à constater l'existence d'une douleur
sourde dans les régions rénales , rendue plus vive par la per-
cussion, celle douleur n'autoriserait pas à supposer l'existence
d'une affection tuberculeuse des reins; car les reins, chez les
phlhisiques, peuvent devenir douloureux, indépendamment
de dépôts tuberculeux.
Lorsque la matièi'e tuberculeuse , infiltrée dans les ma-
melons, éprouve un ramollissement analogue à celui qu'elle
subit fréquemment dans les poumons, souvent elle se détache
et se mélange avec l'urine; ou bien, lorsqu'un semblable détri-
tus tuberculeux est fourni par la surface des calices, du bassi-
net ou de l'uretère infiltrés de matière tuberculeuse , l'urine
prend alors des caractères particuliers qui peuvent déceler la
présence d'un dépôt tuberculeux dans les voies urinaires. Au
moment de l'émission, l'urine est plus ou moins trouble, ou au
moins elle tient en suspension des grumeaux de matière orga-
nique, non fibrineux, qui se déposent avec les sels de l'urine;
et, si on examine au microscope ce sédiment, on voit qu'il
est formé en grande partie de globules muqueux et quelquefois
de globwles sanguins, et cl'wne routière organique qui ne se dis-
TDBERCULKS DES IIEINS. 6^5
«but pas dans les acides étendus, comme le font les phosphates
«t les urates, sels qui forment ordinairement le sédiment de
l'urine. Cette matière organique , examinée au microscope ,
l'offre que des granules bien distinctes des globules de pus et
des globules de sang. Le mélange de la matière tuberculeuse
uvec l'urine a d'ailleurs cela de particulier , qu'on observe
iMOuvent de très notables différences dans la proportion de cette
matière anomale, non-seulement dans les diverses émissions
)pérée3 pendant plusieurs jours, mais encore dans les émis-
iious d'une même journée. Jamais non plus la proportion
le la matière tuberculeuse dans l'urine ne peut être comparée
1 celle du pus dans les cas d'inflammation du bassinet ou delà
essie ; et, lorsque la matière tuberculeuse est mélangée avec le
)us, ce qui arrive lorsque rinflammalion tuberculeuse des
eins, des calices, du bassinet et de l'uretère, est compli-
[uée d'inflammation de la membrane muqueuse des voies
irinaires, parfois de véritables lamelles de la membrane mu-
|ueuse de la vessie, ainsi infiltrées de matière tuberculeuse,
ont expulsées avec l'urine et visibles à l'œil nu, bien que
urine soit en même temps chargée d'une quantité notable de
niucus ou de pus. Cette coïncidence de l'inflammation de la ves-
ie et notamment de la cystite tuberculeuse, avec la dégénéres-
ence tuberculeuse des reins ei de leurs conduits excréteurs,
xplique pourquoi on a observé Quelquefois ,chez les malades,
ne sensibilité morbide dans l'hypogastre , des douleurs plus
u moins vives avant, pendant et après l'évacuatiou de l'urine,
ont les émissions sont peu abondantes et très répétées, et
'autres symptômes communs à toutes les espèces de cystites,
outes les fois donc que, chez un individu qui présente des ai-
nes non équivoques de dégénérescence tuberculeuse des pou-
ions, on observe des accidens analogues à ceux que je viens
'énumérer, on pourra presque aflirmer qu'il existe une dégé-
érescence tuberculeuse des reins et de la vessie, et parfois des
^ticules , si un d'eux est tuméfié) dur et bosselé sans avoir été
Iteint d'orchile bleunorrhagique. Une autre circonstance peut
enir fortifier le diagnostic. Par suite d'une infiltration tubei'-
uleuse des uretères, l'urine peut s'accumuler dans le bassinet et
ni. 40
6a6 TISSUS HÉTÉROLOGUES.
les calices, et les dilater, de manière à transformer le rein en une
large poche multiloculaire , entièrement incrustée de matière
tuberculeuse, et que l'on peut reconnaître par le toucher et par
la percussion.
Ij'ohservation ayant plusieurs fois démontré la coexis-
te;ace d'une lésion tuberculeuse des reins et de? yerlèbres
l'existence d'une affection tuberculeuse dans les reins, chez
un individu atteint de carie tuberculeuse des dernières ver-
tèbres dorsales ou des premières vertèbres lombaires, peut
être rendue très probable par un dérangement de la sécré-
tion urinaire, lorsqu'il n'existe encore ni paralysie, ni réten-
tion d'urine.
§ QoS. Causes. On ne peut assigner au dépôt de tubercules
dans l'appareil urinaire, d'autre cause que la disposition cou-
stitutionnelle, héréditaire ou acquise, que l'on désigne, dans
l'ignorance où. l'on est de sa tiature, par le nom de diathèse tu-
berculeuse. Toutefois, les tuberculçs ne se développent dansles
reit)^ dçs phlhisiques que danâ. une très faible prôportioni
Cette proportion est plus considérable chez les enfans et plui
considérable encore chez certains animaux.
t'inflajnmatiojû n'a aUcune influence sur le développement
de? tubercules ehez les individus qui ne sont point prédisposés
à ççtte dégénéresceacei. Lft fréquence des inflammations des
reins j d'une part , et la çareté de l'aiFeclijon tuberculeuse de
l'çiUlre, prou Y.eftt qu'il est mêirte douteuX, dans la plupart des
qas au moins, qu'uïke fe^pitalion loeftlft ait été. l'occasion de 1»
dégén,é.resQenç^ tuberculeuse dès reins.,
5. 9.06, PronosAù}' Il est inutile d'ajouter que le pi-onosUc do
l'affecUon tuberculeuse dos reins est toujours des plus graves*
E;» effiet, l'affeotiott tuberculeuse des reins a lieu, le plus sou»*
vent dans, des oas où des tuberéules infiltrés ou déposé*
oéciipent soit présque toiis les organes j soit les poumons ;
ou eaâa dans des cas. de dégéBérescenoe tuborculeuse d'oF'*»
ganes voisina des rein»-. Dan» le preiirier cas^ la lésion tuber^
culeuac des reins hâte la mort j que devait inévitablement en-
traîner la lésion tuberculeuse des autres viscères et en parti"
cvilier celle des poumons, L'«ffection tuberculeuse des rein*
TUBERCULES DES REINS (historique) . 637
est aggravée par la rétention d'urine qu'amène presque tou-
jours à sa suite la carie tuberculeuse des vertèbres.
Lorsque l'affection tuberculeuse des reins et de leurs con-
duits excréteurs constitue l'affection principale, lorsque celte
dégénérescence n'est pas survenue chez un phthisique ou chez
un individu atteint d'une lésion tuberculeuse dans les vertè-
bres, si on parvient à reconnaître la maladie pendant la vie,
le pronostic est moins grave. On devra [s'attacher à combattre
la diathèse tuberculeuse par le régime animal très fortifiant,
et par l'usage d'un vin généreux, des préparations martiales,
en même temps que par l'emploi des bains gélatineux on cal-
mera les accidens inflammatoires qui accompagnent souvent
le dépôt de matière tuberculeuse dans les voies urinaires.
Dans un cas d'affection tuberculeuse du testicule , j'ai vu la
vessie s'affecter , l'urine se charger d'une matière qui avait
l'apparence de la matière tuberculeuse et diminuer de pesan-
teur spécifique, et la douleur qui accompagnait l'çmission très
fréquente de l'urine diminuer par le repos et par l'usage d«s
bains gélatineux. J'ajoute que, dans ce cas, l'exploration de la
vessie , faite à plusieurs reprises avec beaucoup de soin, a tou-
jours confirmé l'absence de corps étrangers.
Historique et observations particulières.
•^907. Jusque dans ces derniers temps, on n'avait publié qu'an
petit nombre d'observations sur les tubercules des reios et de
leurs conduits excréteurs. Cependant, dans plusieurs auteurs
mciens,, il est vaguement question à'athérômes et d'autres al-
icralions peu déterminées des reins ; et ces affections étaient
peul-èti'e des affections tuberculeuses.Pluaieursauteurs(i) disent
eu outre que les indurations squirrheuses des reins peuvent
avoir pour cause une affeclion scrofuleuse {maierics scrofulosa).
Morgagni (a) rapporte le cas d'un jeune homme cle i5 ans,
(i) D, Hecr. De renum morl>is, in- 4. Ualcc, 1790, p. aS.
('2) Morgagni. De sedibus et causis inorèorunt, iu-4. LovanPi- ^5,(Ji3>. t
p. 336^ Epist. liiviii. § arU lai . ; " i ,
40.
628 TISSUS HlÎTKftOLOGrES.
chez lequel il sYlait développé, en peu de 7nois, des tumeui's
glanduleuses au col, dans l'aisselle, au dos, à la poitriue.
Plusieurs de ces glandes étaient grosses comme un œuf de pi-
geon; une d'elles, située sous le muscle pectoral droit, avait
trois pouces de longueur. Après la mort, on trouva les glandes
du col remplies d'une matière blanchâtre, dont la plus grande
partie était solide et comme sébacée. Les glandes axillaires,
qui formaient une masse continue , contenaient une matière
jaunâtre et sanieuse. L'épiploon offrait de petits corps durs,
remplis d'une matière blanchâtre. Dans le voisinage de la rate
et du mésocolou lombaire gauche, se trouvait une masse com-
posée de plusieurs petites tumeurs de la grosseur d'un œuf de
pigeon et qui contenaient la même matière que les glandes.
Le pancréas et les ganglions du mésentère en étaient également
remplis. La tunique graisseuse des reins, épaisse de deux tra-
vers de doigts vis-à-vis des verlèbres et de cinq travers de doigts
dans la partie opposée , était remplie de celte même iiialière.
Le rein gauche eu était pénétré ( Proiitereaque ren sinhlei',
accedente clïam dura et strumosa, quœ materiam iUam iiilc. •
tecabai, linea , jiondo fini unciarwn circiter sex et triginta).
Math. Baillie([)i> fîgaré l'altération tuberculeuse des relus
et des uretères. Mais la manière dont il s'exprime au sujet des
abcès scrofuleux et des tubercules des reins exige une cxpli-
cation(») : « Il n'est pas rare, dit-il, de trouver des abcès scro-
fuleux dans le rein, mais rarement cet organe contient des lu-
bercules scrofuleux. J'ai cependant eu l'occasion de rencontier
une fois ces tubercules qui ressemblaient parfiiilemenl aux
tubercules ordinaires des poumons. Aucun de ces tubercules
n'était en suppuration. » Or, en supposant que les tubercules
suppurés (abcès scrofuleux) soient plus fréquens dans les reins
que les tubercules crus, Baillie s'est trompé; et son erreur pro-
vient évidemment de ce qu'il a pris pour des exemples d'abcès
scrofuleux de véritables cas de pyélite calculeuse.
(i) Baillie. A séries rj engravings lo illusirale the morbid anatomy of the
human Mr> hoaà., 1799-1813, 111-4.
(9) Baillie. Anac.patliolog., iu-S, Paris, i8i5, trad. franc., parGucrbois.
.01
TUBERCULES DES REINS {Iiistorique). Gag
G.-L. Bayle, dans son beau mémoire siir les tubercules (i),
est le premier qui a\\ donné une bonne description des altéra '
tions qu'on rencontre dans les reins, les uretères, la vessie,
la prostate , les testicules et les capsules séminales dans les cas
d'afTections tuberculeuses des voies urinaires. Dans le cas re-
marquable qu'il a publié comme un exemple de cette altéra-
■ tion , le malade avait rendu du sang avec les urines. L'émission
de l'urine était parfois empêchée par des caillots de sang dont
; l'expulsion ne pouvait être opérée qu'avec beaucoup de diffi-
( culté. Plus tard, le malade éprouva beaucoup de douleur en
V urinant, et immédiatement après l'émission de l'urine il res-
I sentait une douleur très vive aiu bout de la verge; il lui sem-
blait qu'on lui lardait le canal de tnrèthre avec des épingles,
Xjcs urines contenaient beaucoup de glaires. Cet homme n'avait
i jamais rendu de graviers, ni ressenti aucune douleur dans la
I région des reins -, les poumons étaient remplis de tubercules ;
1 le larynx offrait des ulcérations; il y en avait également à la (in
ide l'intestin grêle. Le rein gauche était sain , de même que
H'urelère gauche.
Le rein droit offrait un volume presque double de celui du
irein gauche. Sa partie inférieure était saine ; mais sa partie su-
ipérieure était très grosse et inégalement bosselée. Elle conte-
inait trois tubercules qui égalaient le volume d'une petite noix,
«et un quatrième était aussi petit qu'une noisette. Ils étaient
Itous formés par une membrane molle, assez épaisse intérieure-
iment, unie au tissu du rein, et remplie par une matière blan-
Ache, assez dense, caséiforme, et un peu ramollie dans le centre,
plus ferme à la circonférence qui adhérait fortement avec
l'espeGe de couche membraneuse qui formait les parois des
Itnberculcs. Les calices étaient sains, le bassinet un peu épaissi;
(l'uretère, fort dilaté, avait un diamètre d'environ quatre
«lignes, depuis le bassinet jusqu'au détroit supérieur du bas-
isin, et de près de deux lignes, depuis cet endroit jusque près
de la vessie. La membrane interne de cet uretère était épaissie
(i) Baylc. Remarques sur les tubercules [Journal de médeci ne , chirurgie^
y pharmacie, etc., par Corvis.irt, Leroux et Boycr, t. vi, gcrinin. xi, p. a6 et 36)'
63o TlâSUS aiTÈBÔLOGUES.
èt d'un blanc cendré; elle semblait formée par une couche
inégale de plâtre gris et mou, étendu en forme de membrane.
Les vésicules séminales offraient intérieurement le même
aspect que la surface interne de cet uretère; et elles conte-
naient en outre une matière épaisse très resseniblaiile à de la
magnésie un peu humectée d'eau.
L'épididyme gauche égalait la moitié du yolurtie du testicule
du même côté : il était d'un blanc rosé , son tissu ressemblait
à celui d'une matrice saine. Il renfermait dans sa grosse extré-
mité un tubercule du volume d'une noisette; dans sa petite
extrémité, de même que dans l'épididyme droit, il y avait plu-
sieurs tubercules moins gros que des pois. Tous avaient une
membrane extérieure fort molle, intimement unie avec le tissu
de l'épididyme. Le centre de la matière intérieure, qui était
caséiforme , commençait 4 sè ramollir dans la plupart d'entre
etix. La prostate n'avait pas augmenté de volume : elle contenait
un tubercule, de la grosseur d'une noisette , foi-mé par une
matière d'un blanc jaunâtre, dont le centre était déjà pultacé
et de consistance de bouillie homogène , tandis que la circon-
férence était encore fort dense. Le tissu propre de la prostate
semblait écarté par la matière du tubercule. 11 y avait encore
dans celte prostate trois autres tubercules aussi petits que des
lentilles , et fermes dans leur centre.
La vessie contenait un peu d'urine trouble, dans laquelle ou
voyait quelques flocons blanchâ 1res j sa tunique musculaire était
à-peu-près saine; sa tunique muqueuse, légèrement épaissie,
était enduite d'une matière muqueuse blanchâtre. Elle ofl'rait
un grand nombre d'ulcérations blanches superficielles, et aussi
larges que la cornée transparente. On voyait sur ses replis
nombreux une grande quantité de taches d'un roUge livide,
longues de cinq â six lignes et larges d'une à deux lignes. Tout
l'intérieur de la vessie était panaché de rouge livide et de blanc,
ce qui était dû aux taches et aux ulcérations. Les replis colorés
semblaient être des veines variqueuses ; ils étaient entièrement
imprégnés de sang, et la membrane muqueuse offrait un gonfle-
inent sensible dans les endroits rouges des taches livides. On ne
pouvait apercevoir l'er Irée des uretères, à cause des ulcérations.
TUBERCULES Dfes REINS {kiètoriqué). 63 f
Le conduit de la vésicule séminale gauche S^ouvràit à côté
du vcru nionlanum, pni' une ouverture capable d'admettre
l'extrémité d'une plume de corbeau. Plusieurs conduits pro-
statiques auraient pu recevoir une tête d'épingle de moyenne
grosseur. Ils étaient tous obstrués par linè matière pvitttaéée
jaunâtre, que la compression faisait sortir sous forme dë ver-
misseaux. Le veru montanum était fort saillant. La membrane
muqueuse de l'urèlhre était saine, depuis la fosse naviculaire
jusqu'à la profondeur de deux pouces et demi, et, de cet en-
droit jusqu'à uii pouce du veru montanum, elle était forte-
ment teinte d'une couleur rouge noirâtre ; mais on ne voyait
ni ulcération, ni épaississement.
Hovrsbip (i) a publié le cas intéressant d*une femme de
a6 ans, qui, pendant la vie, avait éprouvé de vives douleurs
du côté de la vessie , et dont le rein et l'uretère droits furent
trouvés après la mort atteints d'une altération tuberculeuse.
La vessie offrait à sa surface interne un grand nombre de lé-
gères ulcérations, si peu apparentes, qu'elles auraient pu
échapper à un exfimen peu attentif. L'affection de la vessie
était plus marquée dans le voisinage du col de cet organe.
Cette altération du rein a été désignée par ïiows'hip Soùs le
nom à'abcès scrofuleux-
Howship parle aussi d'une même affection du rein dhez un
garçon scrofuleux (2), et il dit que, dans l'inflammation simple
{hcalihy inflammation), la région jénâle est le siège de la prin-
cipale souffrance, tandis que, dans Vinflammation scrofulcuse,
l'irritation sympathique vers le cqI de vessie prédomine (3),
Toutefois, je crois pouvoir aferiper que çette assertion n'est
point exacte. Les infiltratioifs tuberculeuses des reins ou des
bassinets ne déterminent point, par elles-mêmes, de douleurs
sympathiques à la vessie : ces douleur? «ppaiiieuineait rqeljle-
Jolin Howship. .4j;r/w;;>A/.A'^(f<i«^ji,</ie«^y;^<9/>V, (aii,ses,discrirniiia'
don and treatment of sortie of the most .important ûtiinplwnts that affect tlie
sécrétion and excrétion if the ufia&,\n-&, LondQn..i*23,,^. 44.
(2) Ibid., p. a6.
(3) Ibid., p. 24.
632 TISSUS HÉTKROLOGUES.
ment à la cystite tuberculeuse, qui, il est vrai, accompagne
assez souvent les dégénérescences tuberculeuses des reins et
de leurs conduits excréteurs. Howship, dans un cas dou-
teux (i), guidé principalement, à ce qu'il paraît, par l'absence
d'un calcul dans la vessie , coïncidant avec des douleurs atroces
pendant l'émission de l'urine , diagnostiqua une affection scro-
fuleuse du rein chez ime jeune dame d'une constitution scro-
fuleuse.
A. Maréchal (2) rapporte que, chez une jeune fille, âgée de 14
ans, paraplégique, et chez laquelle on trouva, après la mort,
des traces d'inflammation du tube digestif et des poumons, il
y avait des tubercules dans les poumons et dans les reins.
Duchapt (3) a vu le rein , l'uretère et la vessie envahis ppr
des dépôts de matière tuberculeuse , chez un sujet affecté de
tumeurs blanches et de phthisie piilmonaire.
Dans les recherches sur l'affection tuberculeuse, chez les
singes , le docteur Reynaud (4) a noté que, dans les reins, les
tubercules étaient en petit nombre , situés peu profondément
dans l'épaisseur de l'organe et beaucoup plus petits que ceux
qui étaient les plus communs dans le foie. Dans leur centre ou
dans d'autres portions n'existait aucun point ramolli; les
parties voisines, ainsi que l'organe partout ailleurs, sem-
blaient être dans leur état le plus régulier.
M. Wilson (5) parle des tubercules à l'état de crudité dans
les reins et d.'ahcès scrofuleux dont les parois sont tapissées
par une matière pulpeuse. Dans celte description , il est évi-
dent que les pyélites tuberculeuses sont désignées sous le nom
d'abcès scrofuleux des reins; et que M. Wilson, comme
Baillie, a considéré de simples pyélites, et surtout des pyélites
(1) Howsliip. Ouv. cité, p. 26.
(2) Journal hebdomadaire, t. Il, p. 494. 'PuTis, 182g:
(3) Bulletin de la soc. anatomique. — Revue médicale, i83r, 1. 11, p. 383.
(4) Reynaud (A.-C). De l'a/rection tuberculeuse des singes, etc. (Arcb. gén.
de mcd., mars i83i, vol.xxv, p. 3oi).
(5) James Wilson. Lectures on the structure and physiology of the maie
urinary and génital organs, etc., in-8, London, 1821. p. 281.
TUBERCULES DES REINS (kistoriqué). 633
I avec fausses membranes, comme des abcès scrofiilcux des reins.
Le docteur Craigie(i) mentionne un cas d'une double affec-
1 tien tuberculeuse des reins.
M. Pasquet (a) rapporte un autre cas intéressant d'affection
tuberculeuse des deux reins, des uretères, de la vessie, des
ppouTuons et des membranes du cerveau. Pendant la vie , on
avait senti, à travers les parois du ventre, du côté droit, et un
peu au-dessus de l'ombilic, une tumeur dure, arrondie, du vo-
lume d'un petit œuf de poule.
I M. Kœnig (3) a adopté les principales opinions d'Howship
psur les tubercules des reins ; mais il a confondu, et plus posi-
tivement encore que Baill'e et M. Wilson, les véritables affec-
tions tuberculeuses des reins avec des suppurations résultant
évidemment de pyélites ordinaires. Du reste , Kœnig cite (4)
un cas intéressant de tubercules des deux reins, qui lui a été
communiqué par le docteur Rolnff de Cologne.
Enfin, le docteur F. Ammon (5), professeur à Dresde, a publié
plusieurs observations de tuberciiles développés dans les reins.
La première observation a pour objet une petite fille de 3
ms et demi , dont la mère était morte phthisique , et quielle-
nème présentait l'état scrofuleux d'une manière bien caracté-
risée. Avant que la tumeur , produite parle rein tuberculeux,
)e fut très volumineuse, le docteur Ammon parvint à la diag-
lostiquer, en considérant l'état scrofuleux de la malade, l'ab-
ience de symptômes du côté de l'estomac , de la rate et des
lutres viscères de l'abdomen , le trouble de la sécrétion uri-
laire, et enfin la forme et la situation delà tumeur. La maladie
)ffrit quelques alternatives d'amélioration et de rechutes. La
umeur acquit un développement considérable ; quelque temps
(i) Edinb, med, and surg.joum.,vo\. xt,T, p. 79.
(a) Bulletins de la société anatomique df Paris, ju\n p, i4g.
(3) Kœnig (Georges). Praktische AbhandlungûLerdie KrankheitenderNieren,
1-8, Leipzig, i8a6, S. ao4.
(4) Ibidem, Si. ili.
(5) Rnst's. Magazin fur die gesammte Heilkunde, B. xi, part. 3,5. 5oo. —
ireh. génér. do métl., f.JixxT, page 462, r 834.
634 TISSUS HÉTIÉROLOGUES.
avant la mort, elle dépassait la ligne blanche, elle s'élcntlait de
haut en bas , depuis la région cardiaque au-dessous des côtes
qu'elle soulevait, jusqu'au-delà de la crête iliaque. L'urine, qui
se sécrétait assez régulièrement, répandait une odeur fétide et
déposait un sédiment briquelé, muqucux et jaunâtre. A l'ou-
verture du corps, on trouva le rein gauche transformé en une
niasse énorme, ronde, présentant qnelques traces de la forme
primitive, une sensation de fluctuation, et composé par de la
substance tuberculeuse qui avait fait disparaître tout le tissu du
rein. Les calices étaient très dilatés. La substance tuberculeuse
était jaunâtre, ramollie, mais sans vaisseaux sanguins. Le rein
droit olTi-ait, pour toute lésion, une augmentation de volume et
un peu de ramollissement. On observait encore un peu de
matière tubcVculeuse sur le trajet des artères et des vehies
êmulgentès, mais aucun autre organe *\'en contenait.
Dans la seconde observation, une femme, âgée de 49 ans,
hystérique, était atteintfe de tubercules des reins, dont la pré-
sence n'était indiquée que par les symptômes suivans : ténesme,
excrétion urinaîre douloureuse, dépôt muqueux, blaSc sale de
l'urine, tiraillemens dans les membres infériteurs, alternant
avec le froid de ces parties , et accompagnes de quelques dou-
leurs dans le bas-ventre ; la malade stofccoinba à la phthisie
aiguë dans l'espace d'un mois. La maiadfe fa'a^it éprouvé de
douleur qu'au col de la vessie et à l'orifice de l'urèlhi^. Les
iprincipales altérations , dértiontréiés par l'autopsie, sont les
suivantes : poumons remplis de tubercules; sommet du cœur
fèCôuVert par une coUche gélatiniforme ; i-ein gauche développé
âli double de sôù voIume ■ feubstance inamelotiiièe de ce rein
(îôtisidéf ablement hypertrophiée ; subslaùcë 'du même -organe
transformée en une masse de tubercules de grosseurs diverses,
depuis un grain de millet j usqu'à une aveline^ et séparés les uns
des autjres paf des brides irrégulières de substance -corticale
encore àain«k
La troisième observation nous offre les Circotastances sui-
vantes : 19 ans, disposition scrofuleuse, entérite, lâissàtit après
elle Une douleuf fi*e â l'épigastre , t[VL\ déterrtïoâit paiïois le
vomissement. Constipatibn hahiluelle ; jotus tàrcl, ^piilieift' âaïiS
1
TUBERCULllS DAïTS LES REINS. 635
i l'hypochondre gauche, hématurie; urine parfois épaisse et
j jaunâtre; dans le flanc gauche , tumeur bosselée, grosse comme
! une pomme ; accroissement de douleurs ; fièvre intense ; les
douleurs devinrent périodiques et se propageaient souvent en
s suivant le trajet de Turetère gaûche jusqu'à la vessie ; sensation
( d'engourdissement dans la cuisse gauche ; les poumons conte-
! naient une grande quantité de tubercules ; le rein gauche était
: gros comme la têle d'un enfant d'un an; tout son parenchyme
i ^rait une dégénérescence lardacée, au seih de laquelle se
I trouvaient plusieurs tubercules de diverses grosseurs et à diffé-
rens degrés.
Enfin, dans la quatrième observation , il s'agit d'une femme
de 5o ans, atteinte à-la-foîs de phthisie et de maladie organique
du cœur, et dont le rein gauche renfermait beaucoup de ma-
tière tuberculeuse.
§ 908. Depuis une douzaine d'années, j'ai observé Un assez
gi-and nombre d'exemples de cas de tubercules deS reins et de
leurs conduits excréteurs, soit chez l'homme, soit chez les ani-
maux. Je rapporterai, ici, plusieurs de ces observations dont je
formerai trois séries : la première comprendra les caâ où la
matière tuberculeuse, simplement déposée dans les Substances
rénales, n'avait donné lieu à aucun dérangement du côté des
voies urinaires ; la deuxième comprendra les cas oii la matière
tuberculeuse était déposée non-seulement dans les reins , mais
encore dans leurs conduits excréteurs; enfin , la troisième se
composera des cas dans lesquels la vessie et quelquefois la
prostate et le canal de l'urèthre étaient également tuberculeux.
§ 909. Première série. — Les faits qui appartiennent à cette
série sont des cas de diatbèse tuberculeuse, dans lesquels la
maladie avait attaqué plus spécialement d'autres organes qiié
les reins, et était, pour ainsi dire, seulement inscHte dans ceâ
organes. En de tels cas, les symptômes de la phthisie ou de
l'entérite tuberculeuse constituaient réellement l'expression de
là maladie , et la lésion rénale avait peu ou point de valeur.
est inutile d'ajouter que tout ce qji'on a éci'it jusqu'à ce jour
sur les signes des tubercules des reins est entièrement étrangçr
't ce degré de l'altération.
636 TISSUS HÉTtîUOLOGUES.
Chez un jeune homme de î6 à i-j ans, mort de carie tubercu-
leuse de la colonne vertébrale, dans le service de M. Velpeau, et
qui présentait de nombreux tubercules dans les poumons et dans
les ganglions lymphatiques du bas-ventre, de la poitrine et du
col, la substance corticale des deux reins offrait aussi de la.
matière tuberculeuse à l'état de crudité. Il existait, dans lu.
partie supérieure des reins , une masse tuberculeuse du vo-
lume d'une noix (Atlas, Pl. xm, fig. 3). La vessie et les ure-
tères ne présentaient point d'altération tuberculeuse. Pendant
la vie, l'urine n'était point trouble au moment de l'émission*
il eu était de même dans les observations suivantes :
Ods. I. — Phthisic pulmonaire; petits tubercules dans la substance cor-
ticilc et au sommet des mamelons.
Roux (Antoine), âgé de 3i ans, mourut de phthisie, à l'hô-
pital de la Charité , sans avoir présenté d'altération remar-
quable de l'urine, étrangère à la phlhisie. L'autopsie du ca-
davre fat faite trente-six heures après la mort.
Têle. Caillots fibrineux dans le sinus longitudinal supérieur;
surface supérieure des hémisphères très injectée; arborisation
générale très remarquable dans la pie-mère ; lorsqu'on la dé-
tache, le sang s'écoule des anfractuosités du cerveau. La sub-
stance blanche est injectée et rose; sérosité dans les ventricules
latéraux. A la face inférieure du cerveau, la pie-mère est très
injectée; en avant du lobe moyen du côté gauche, concrétion
jaunâtre de lymphe coagulable dans la pie-mère; les veines du
cerveau sont très injectées.
Rachis. Dépôt considérable de sérosité dans la cavité de
l'arachnoïde rachidienne. La moelle épinière , incisée dans
toute sa longueur, présente à sa partie inférieure, là oii com-
mence la queue de cheval, une injection et un ramollissement
notables.
Col et poilrine. Ulcérations sur les cordes vocales du larynx.
Le cartilage arythénoïde droit est à nu et en partie détruit;
plusieurs ulcérations dans la trachée suivaut la direction des
fibres cartilagineuses; l'épiglotte est saine.
TUBERCOLKS DANS LES REINS. 6^7
Concrétion librineuse jaune de fonnalion déjà ancienne,
■dans l'oreillette droite ; large caverne au sommet du poumon
droit; tubercules disséminés dans le reste du poumon; même
. disposition dans celui du côté opposé ; le foie sain , la
rate petite. Les deux reins présentent à l'extérieur, 1° des
I taches rouges de forme lenticulaire ; a° des plaques noirâtres
( tout-à-fait semblables à des ecchymoses; 3° des points blancs
« ou blanchâtres durs et consistans comme les granulations des
i poumons. De semblables points blancs (tubercules miliaires)
r existent au sommet de plusieurs mamelons.
! § 910. M. Campaignac m'a montré un rein d'un individu
I mort de plithisie pulmonaire et de pleurésie chronique , et
dans lequel existaient cinq à six grains tuberculeux déposés
dans la substance corticale. La substance tubuleuse, les calices
et les uretères étaient sains; la raie contenait un plus grand
nombie de tubercules disséminés dans son tissu. L'autre rein
était sain; les capsules surrénales étaient dans l'état normal.
On n'avait noté aucune altération particulière de l'urine.
Oe&. IL — IclitL^ose; épaississement du derme; hypertrophie dus papilles;
eatcrite iatercurrcnte ; diarrhée; vomisscmens; mort. — Tuberuulus dans
les poumons, dans le foie, la rate et surtout dans les reins ; ulcératious tu-
herculeuses des intestins.
N..., âgé de ao ans, entra à l'hôpital de la Charité, poui- s'y
faire traiter d'une ichthyose qui occupait presque toute la surface
du corps, et surtout très prononcée dans le sens de l'extension.
Cette affection avait résisté à tous les traiteraens. Durant son sé-
jour à l'hôpital, une entérite aiguë très intense se manifesta. Le
malade ne pouvait prendre d'alimens. Les boissons rafraîchis-
santes ou émoUientes , l'eau de Sellz , le lait , tout était vomi.
La saignée, les sangsues, les vésicatoires ne procurèrent qu'un
amendement passager. Il survint de la toux; les signes stéthos-
copiques des tubercules, d'abord assez obscurs, devinrent très
significatifs ; une expectoration abondante de crachats purulens
annonça la mort, qui eut lieu après un mois de souffraaces aiguës.
L'uriue fut constammeut trausparente au moment de l'é-
mission.
658 TISSUS HÉTiROLOGDES.
Autopsie du cadavre. — Ahdomen. Les deux reins sont un
peu augmenléa de volume; leur tissu est ferme et résistant; ils
ofFrent l'un et l'autre, dans une zone assez étendue, voisine de
la scissure, une teinte jaune pâle. Cette décoloi'ation est uni-
forme , et interrompue seulement par quelques petites taches
brunes irrégulières j ces petites taches sont déprimées à l'ex-
tréotité des reins et à leur bord convexe. Ces décolorations ont
lieu dans l'épaisseur comme à la surface de ces organes. De
petits dépôts tubci'culeux d'un aspect jaune, du volume d'une
tête d'épingle ou d'un petit pois, existent dans la substance
corticale. Ces grains tuberculeux sont tout-à-fait analogues,
pom* la forme, le volume, la couleur, à d'autres dépôts de na-
ture tuberculeuse qui existent dans le foie et la rate. Dans la
aabstance corticale du rein gauche, il y a, eu outre, une masse
tuberculeuse du volume d'une aveline ) elle est j aune et com-
pacte dan» se» couches superficielles , et ramollie dans son
centre, formé d'un liquide mélangé de grumeaux tubercu-
leux. Autour de cette petite masse tuberculeuse , on voit plu-
sieurs grains tuberculeux. La membrane interne des calices ,
du bassinet, des uretères et de la vessie est parfaitement
saine.
La membrane muqueuse a une teinte pâle dans l'eslomac, et
une coloration noire très prononcée et uniforme dans le jéju-
num et l'iléon , oii les follicules isolés sont volumineux et
blanchâtre». Au «emmen<:ement de l'iléon, quelques ulcéra-
tions profondes occupent toute la circonférence de l'intes-
tin. Dan» quelques points, la membrane péritonéale est à
BU ; dans d'autres, elle est recouverte de petites granulations
tuberculeuses, isolées, friables ou ramollies, qui se réunissent
p«ur former des bourrelets saillans sur les bords des ulcéra-
tions. Ces ulcérations sont beaucoup plus nombreuses et
pltts étendues vers k partie inférieure de l'iléon près de la
valvule iléo-€cecale , oii elles tendent à se réunir et à se con-
fondre par kwrs bords, de manière à offrir de larges surfaces.
Da^ le grew intestin , k membrane muqueuse a une couleur
■Boirfr trè*pronoTffcée. 11 y a dans le ftwe et la rate im petit
nombre de tubercules semblables à ceux des reins. Du reste, k
TUBERCULES DAHS LES REINS. 63g
tissu de ces organes est sâin, même dans les poinls qui sont
1 «nmédiatement en contact avec la matière tuberculeuse.
Les ganglions raésenlériques sont gonflés , et plusieurs sont
infiltrés de matière tuberculeuse La surface du péritoine est
1 lisse et saine , sauf dans les pointa qui correspondent aux ul-
( eérations, et ovi elle est rouge ou ardoisée,
i ^Poitrine. Les lobes supérieurs des deux poumons sont cri*
bblés de lubei-ctiles ; le tissu pulmonaire est induré et grisâtre;
il n'y a qiie trois petites cavernes tuberculeuses.
État extérieur. La peau de la face antérieure des cuisses et
de» avant-bras, soumise à la macération, prés^te à l'œil nu
des rides et dés mamelons. On peut facilement constater l'é-
paississement et la densité augmentée du derme et l'hypertro^
pbie considérable des papilles. Elles sont surmontées d'une
coucbe épidermique deux ou trois fois plus épaisse que dans
l'état saitt.
i
Obs. III. — Tubercules miliairea dans les reins; tubercules dans un calice et
dans les capsules surrénales; un seul petit tubercule dans le foie; tuber-
cules très nombreux ét excavations dans les poumons.
Rîcbârd, âgée dé 45 , brôdïùs'é, èiitrà à l'hôpital de la
• Charité lé 3o jûin tS36.
Hémoptysies antérieures , dyspnée , peu dé sonorité €u
tho^a}^, surtout à la partiè supériéiive du poumon gatithe; i^s--
piraiioh ftidé, catertiètisé aù sômmet du pôumôn gauche, avefc
^argouillèmeat; maigreûr, constitutiôti rtiinéé, àppareticé dé îa
phthisié àu dérhiéif dégré; voi* râUqùé èt très faible ; SuCUfIs
iiôciutnè^ '; diarrhéé; mort le tg jttillet t836.
'Cette fenîmé n'îivait jartïiiTS ëtt dé ïhtrtfeff, ni acéusè d'acCÎ-
lens du côté des voies urinairesj l'urinë était transparente au
inbmënt dé l'émissiotl»
AutopSîé du iada'vm. ^ Î^Yé. Le cerVéatl et SéS diSpéirdantés
lans l^'étàt sain. .' ..Iwt ;.. .....
Poitrine, té'^burtlôh dtoit ëât fartîi de fltberculeS, pfesqtie
tôûs isolés et formant Seulemétit en «quelques J)oints de petites
mâsses. Le lobe Supérieur est plus criblé de tubercules que hs
dèûx auiïts lobes. La dégétaéralion tubemtltuïieçst encore ptus
64o TUBERCULES.
marquée dans le poumon gauche. On remarque , dans le lobe
supérieur de ce poumon, trois petites cavernes pouvant conte-
nir chacune une noisette. Le cœur et le péricarde dans l'état
sain.
Abdomen. Le foie est très volumineux, et son tissu paraît gras
à la coupe. Dans quelques points les conduits biliaires hépati-
ques semblent plus larges qu'à l'ordinaire. A la surface du foie,
on voit un tubercule , blanchâtre, arrondi, gros comme la tète
d'une forte épingle. Le péritoine est sain ; les ganglions abdo-
minaux ne sont pas tuberculeux.
Le rein droit est volumineux. Dépouillé de ses membranes,
il présente sur sa face antérieure sept points blancs jaunâtres,
sans cercle rose à leur circonlérence , assez solides à la coupe,
ayant les caractères des grains tuberculeux. Un de ces tuber-
cules, plus volumineux que les autres, a la dimension d'un
graiu de cassis. La face postérieure du rein présente aussi
plusieurs pelils tubercules disséminés. Trois ou quatre d'entre
eux avaient la dimension d'un grain de cassis. Yers le milieu
de celte face du rein, on remarquait un groupe de grains tu-
berculeux contigus,Ide la dimension d'une pièce de ao sous.
£n incisant cette masse tubei'culeuse suivant son épaisseur,
ou voyait mieux encore qu'elle était formée par une infiltration
de grains tuberculeux très rapprochés les uns des autres. Plu-
sieurs petits tubercules ne faisaient pas saillie à l'extérieur. La
matière tuberculeuse était inliitrée dans les cônes de plu-
sieurs mamelons. Ou remarquait , en outre , de petits kystes
à la surface du rein. Du reste, les deux substances du rein,
même dans le voisinage des tubercules , avaient leur consis-
tance et leur couleur naturelles. Les bassinets et les calices
n'étaient point altérés.
La capsule surrénale droite contenait plusieurs petites masses
tuberculeuses du volume d'une noix, et d'autres du volume d'une
noisette. La matière tuberculeuse, d'un blanc jaune mat à la
coupe, avait l'aspect de la pomme de terre crue ou mieux du
marron, comme celle des tubercules du foie dont elle avait aussi
la consistance. Par suite de cette dégénérescence tuberculeuse la
capsule suirénale adhérait au rein, dont la membrane fibreuse
DA.NS LES REINS ET LE BASSINET. 64 1
«élait devenue méconnaissable; et, dans ce point, la substance
(Corticale avait éprouvé une légère diminution de consistance.
La capsule fibreuse du rein gauche était plus adhérente que
dans l'élat ordinaire; plusieurs tubercules étaient disséminés
dans le rein. En comparant le rein gauche au rein droit, la
seule différence que nous ayons remarqué a été l'existence
d'une petite quantité de matière tuberculeuse à la surface d'un
mamelon et quelques petites élevures tuberculeuses sur la mem-
brane muqueuse d'un calice. Un des cônes était fortement in-
liltré de matière tuberculeuse; l'extrémité du mamelon, entiè-
rement envahie par la matière tuberculeuse , faisait saillie
dans un calice dont les membranes étaient tellement encroûtées
de matière tuberculeuse qu'elles étaient méconnaissables.
La capsule surrénale, plus volumineuse que dans l'état sain,
contenait plusieurs masses tuberculeuses ayant la même appa-
rence que les précédentes.
§ 911. Deuxième sàie. — Les cas appartenant à cette série
sont assez rares; ce sont ceux dans lesquels l'affection tuber-
culeuse a envahi à-la-fois les substances rénales» les calices
et le bassinet, sans s'être étendue aux uretères et à la vessie.
Rien ne prouve que ces cas soient accompagnés, pendant la
vie, de douleurs ou de ténesme vésical. Cependant, si des
grumeaux tuberculeux descendaient en abondance des bassinets
dans la vessie , il se pourrait qu'on observât quelques-uns des
symptômes qu'on rencontre toujours ou presque toujours dans
les cas de complication de cystite tuberculeuse avec les tuber-
cules des reins.
Obs. IV. — PLthisie laryngée et tuberculeuse ; tubercules dans les reius.
François, âgé de 40 ans, succomba à la phthisie pulmonaire
le 3 août i83i, à l'hôpital de la Charité. Les poumons offraient
un assez grand nombre de granulations miliaires; le droit
était notablement emphysémateux. Le lobe supérieur du pou-
mon droit était infiltré de tubercules. Il y avait une vaste
caverne au sommet du poumon gauche, où la dégénérescence
tuberculeuse était très avancée. Tubercules en nombre consi-
ni. 4i
G42 TUBERCULF.S
dérable à différens états de ramollissemenl ou de dureté. L'é-
piglolte était ramollie , iilcérée , frangée à la base comme un
col de matrice ulcéré; la membrane muqueuse du larynx était
ulcérée dans plusieurs points et gonflée dans toute sou éten-
due. Ulcération du cartilage arythénoide et des ligamens de la
glotte; quelques ulcères dans la partie supérieure de la trachée;
bronches pâles et roses. Hypertrophie concentrique du ven-
tricule gauche du cœur, dont les valvules sont saines; un verre
-de sérosité dans le péricarde; estomac sain; traces de périto-
nite hépalo-gastrique, ancienne. Le foie a une bonne con-
sistance; plusieurs glandes mésentériques sont très volumi-
neuses; vaisseaux lymphatiques correspondans très apparensj
la rate d'une couleur brun foncé, assez grande et de bonne
consistance.
Le rein droit est beaucoup plus volumineux que le gau-
che; l'artère émulgente droite est cependant notablement plus
petite que la gauche. Le rein droit a quatre pouces au moins de
long d'une extrémité à l'autre ; le bassinet, très dilaté, est im-
prégné d'une matière blanche, homogène, granulée; cette im-
prégnation se prolonge dans les calices. La substance du rein,
refoulée et atrophiée dans cinq ou six points, est rempla-
cée par de larges cavernes enduites d'une couche de matière
tuberculeuse d'une à deux ou trois lignes d'épaisseur. Le dépôt
de celte substance se continue sans aucune interruption dans
toute la longueur de l'uretère ; ce conduit a la grosseur du
doigt annulaire d'un adulte.
Le rein gauche, plus petit que le droit, est très foncé; sa
substance lubuleuse est infiltrée de quelques tubercules.
Dans les deux reins , les grosses veines sont saines.
La vessie est un peu injectée; le canal de l'urèlhre est sain
dans son tiers antérieur et malade dans les deux postérieurs.
Là commence un rétrécissement qui va se terminer à un cul-
de-sac en avant de la prostate ; une sorte de canal irrégulier
continu avec la fin du rétrécissement et situé au-dessus du cul-
de-sac communique directement avec la vessie.
Le testiculegauch e fait hernie à travers l'anneau ; il est atro-
phié et contient un tubercule déjà ramolli.
DANS LES REINS, LES URETl'RES ET LA VESSLK. 643
Ç» 912. Troisième série. — Les observations de celte troisième
série sont relatives à des cas dans lesquels la dégénérescence
tuberculeuse des voies urinaires s'est étendue à presque toute
leur surface et notamment à la vessie. Le plus souvent alors
l'affection tuberculeuse des reins et de leurs conduits excré-
teurs peut être, sinon reconnue , au moins soupçonnée , pen-
dant la vie, à des caractères déjà indiqués (§ go4).
Obs. V. — Tubercnles en grains et en petites masses , infiltres dans la
substance du rein, dans la membrane muqueuse du bassinet, de l'uretère
et de la vessie; altération jaune semi-transparente de la substance cor-
ticale des reins dans le voisinage des tubercules.
M- Vigla m'a remis un rein tuberculeux , provénânt d'un
malade mort dans le service dfl M. Ricord. Ce rein, plus volu-
mineux que dans l'état sain, pesait environ sept onces. Il
offrait à la coupe les dispositions suivantes. La membrane mu-
queuse du bassinet et des calices, extrêmement épaissie , d'un
blanc jaunâtre , avait un aspect grenu, d'une teinte café au
lait. Cet épaississement du bassinet était évidemment dû à
la matière tuberculeuse qui était également infiltrée dans
la membrane muqueuse de l'uretère. Ce conduit cylindrique
et solide était au moins double de son volume ordinaire ;
mais son calibre n'était pas augmenté dans la même pro-
portion : au contraire , il paraissait comme obstrué par l'in-
filtration tuberculeuse de la membrane muqueuse. La mem-
brane externe de l'uretère et la couche celluleuse pouvaient
être facilement détachées de la membrane fibreuse. Celle-ci était
épaisse et avait assez de ressemblance avec la tunique jaune
de l'aorte. Quant à la membrane muqueuse, on pouvait la divi-
ser artificiellement en deux ou trois lames, mais on ne pouvait
l'isoler du dép6t qui l'avait pénétrée.
Une masse tuberculeuse, ramollie, du volume d'une grosse
noix, était logée dans la substance corticale , à l'extrémité in-
férieure du rein , et on remarquait une rougeur vive autour
d'elle; celle masse tuberculeuse paraissait entourée d'une mem-
brane celluleuse. Toute la substance corticale était infiltrée de
matière tuberculeuse , disposée en grains isolés ou en séries
644 TUBERCULES
dans la direction des stries de la substance corticale. On re-
marquait un petit cercle rouge autour de tous ces petits
dépôts. La matière tuberculeuse était infiltrée en masses plus
considérables dans d'autres points, voisins de la base des cônes.
Quant à la substance corticale elle-même, dans les points où elle
n'était point infiltrée de tubercules , elle avait une teinte mor-
bide, approchant de celle de l'abricot et semi-transparente
comme certaines gelées de viandes, très foncées; mais elle avait
sa consistance naturelle. Les veines et les artères étaient saines;
les membranes des reins n'offraient point d'alléralion.
La membrane muqueuse de la vessie, surtout dans le point
correspondant à l'orifice de l'uretère malade, offrait un dépôt
de matière tuberculeuse.
L'autre rein était parfaitement sain.
Le malade avait été traité pour une diathèse scrofuleuse et
pour des ulcères à la face, regardés comme scrofuleux et véné-
riens. Il y avait des tubercules dans les poumons.
Obs. VI. — Tubercules des reins; allcration tuberculeuse du rein droit, du
bassinet, de l'uretère de la vessie et de l'urèthre, etc.
Moulin (Joséphine), âgée de 28 ans, couturière, mourut, le 14
août i83i, de phthisie pulmonaire, à l'hôpital de la Charité.
Le rein droit avait le volume et la forme d'un rein ordinaire,
mais, à l'extérieur et à travers sa membrane propre, on distin-
guait un assez grand nombre de petits points d'un blanc légè-
rement-jaunâtre. Ces petits points du volume de la tête d'une
grosse épingle étaient formés par de la matière tuberculeuse,
infiltrée dans le tissu du rein. Après avoir incisé cet organe en
deux parties égales, nous reconnûmes que de la matière tu-
berculeuse était déposée : 1° dans l'épaisseur et à la surface de
la membrane muqueuse du bassinet et de l'uretère ; 2° dans la
substance tubuleuse et notamment dans les mamelons ; 5° dans
la substance corticale.
La cavité du bassinet paraissait comme tapissée dans toute
son étendue par une pseudo-membrane jaunâtre^ de nouvelle
formation qui se prolongeait à l'extrémité supérieure du rein
dans une espèce de caverne, dont la surface était inégale. En
DANS LES REINS, LES URETÈRES ET LA VESSIK. 645
grattant avec le scalpel la surface de la membrane interne du
bassinet, on ne pouvait que très difficilement détacher la ma-
tière tuberculeuse avec laquelle elle était confondue, A l'inté-
rieur du baasinet, on voyait aussi des points blanchâtres,
du volume de la tête d'une petite épingle, formés par de la ma-
tière tuberculeuse déposée dans l'épaisseur de sa membrane
interne. Un deuxième degré de l'altération était constitué par
de petites ulcérations de la membrane muqueuse, tantôt d'une
demi-ligne de diamètre, tantôt plus larges et irrégulières, et dont
les dimensions étaient indiquées par un léger liseré, comme les
ulcères tuberculeux de la ti'achée ou des bronches. La surface
de ces petites ulcérations étaient enduite d'une matière jaune,
très adhérente, tout-à-fait semblable à celle qui tapissait l'inté-
rieur du bassinet.
Plusieurs mamelons étaient d'un blanc jaune et tellement
imprégnés de matière tuberculeuse qu'on ne distinguait aucune
^e leurs fibres j en avançant vers l'extérieur du rein cette ma-
lère élait déposée en petites traînées globuleuses et plus rare-
nent en nappes. Autour des tubercules la substance du rein
;tait injectée. Le sommet d'un des mamelons était détruit, pro-
)ablement par suite d'une fonte tuberculeuse. A l'extrémité
iipérieure du rein, là où un calice dilaté formait une espèce de
averne , on ne distinguait plus de mamelons, et l'épaisseur du
ein, y compris sa membrane externe et la membrane in-
erne du calice, n'était guère que d'une ligne et demie. Le rein
tait parsemé de grains blancs , analogues aux tubercules du
léritoine. Les petits vaisseaux, examinés avec soin, ne conte-
aientpointde matière tuberculeuse.
L'uretère, double de son volume ordinaire, formait une corde
olide, .disposition qui était due à l'imprégnation de sa mem-
irane interne par la matière tuberculeuse; la membrane fibro -
elluleuse était saine.
La vessie offrait une altération analogue à celle de l'uretère :
" de petits points blancs semblables aux grains tuberculeux de
intestin ; a* de petites ulcérations, superficielles comme de
etils aphthes , les unes uniques et d'une demi-ligne de dia-
lèlre environ, les autres un peu plus grandes, d'autres irrégu-^
646 TCBE HOULES
lières, évideminenl formées par plusieurs petites ulcérations
réunies. Ces ulcérations n'intéressaient pas la membrane mus-
culcuse. Le bas-fond de la vessie etla portion qui correspond à
l'orifice de l'uretère droit, étaient enduits d'une matière jaune
qui, comme dans l'uretère et dans le bassinet, faisait corps avec
lu membrane muqueuse. La membrane muqueuse du canal
de l'urèthre offrait une semblable altération. Le bas-fond de la
vessie était, eu outre, plus injecté que dans l'état saio. Le rein
et l'uretère gauches étaient sains.
La matrice et ses dépendances n'offraient point d'altération
tuberculeuse. Sur le col de l'utérus, vers l'orifice vaginal, la
membrane interne était détruite sans que le tissu de l'utérus
parût altéré. Les deux poumons, parsemés de tubercules,
offraient des cavernes à leur sommet. Le larynx était sain ; il
y avait plusieurs ulcérations dans la trachée et des ulcérations
tuberculeuses dans l'intesliu. Les ganglions lymphatiques du
mésentère étaient tuberculeux; le foie commençait à passer à
l'élat graisseux; la rate était saine ; l'estomac, le cœur et les
gros vaisseaux, sans lésions remarquables. Le cerveau ne fut
pas examiné.
Obs, VII. — Cystite et pyclitc tuberculeuse du rein droit à la suite d'une
érosion des trois dernières vertèbres lombaires et d'un abcès par con-
gcstloD.
Dans le mois d'août de l'année i835 , je fis avec M. Velpeau
l'autopsie du cadavre d'un homme mort d'un abcès par con-
gestion 5 cet abcès , ouvert à l'aine droite , avait donné beaucoup
de pus.
La colonne vertébj'ale n'avait pas subi de déviation latérale;
mais les courbures naturelles étaient excessivement exagérées.
En examinant l'abcès situé à l'ajne droite, on trouva qu'il était
situé sous l'aponévrose, dans l'intervalle des muscles qui mar-
quent le triangle inguinal- Très profondément et près du petit
tyochanter, existait un vaste foyer oii les muscles étaient
altérés, le tissu cellulaire en suppuration et les vaisseaux
comme disséqués; en remontant à la source du pus, on vit
qu'il était venu de l'intérieur du ventre, sous l'aponévrose
DANS LES REINS , LES URETÈRES ET LA VESSIE. 6l^J
i fascia iliaca. Sous le muscle iliaque, on sentait de la fluc-
j tuation ; le lissu cellulaire de la fosse iliaque droite était épaissi,
j induré j l'urelère du même côté était adhérent, mais non per-
I foré. Le rein droit, doublé de volume, bosselé, faisait saillie
j dans le flanc droit ; ses membranes pouvaient être détachées faci-
I lement; la substance corticale, saine en quelques points , offrait
une injection fine dans quelques autres, ou de petites taches
blanches, des anémies partielles avec ou sans infiltration de
j matières salines, grisâtres.
I Le rein ayant été incisé de son bord externe à son bord in-
terne, de manière à être partagé en deux moitiés, on trouva le
bassinet et les calices pleins de pus tuberculeux et transformés
en loges, dans lesquelles on pouvait mettre une très grosse noi-
sette. Ces loges communiquaient par un trou assez étroit avec
le bassinet, qui n'était pas dilaté, et dans lequel il n'existait
pas de calcul. Les mamelons étaient affaissés, la substance
tubuleuse et la substance corticale atrophiées.
La membrane interne du bassinet et des calices est un peu
inégale, d'un gris noirâtre, enduite et imprégnée d'une ma^tière
blanchâtre, assez adhérente, et se détachant sous forme de grains
ou de grumeaux. L'uretère est libre, mais ses parois sont épais-
ses; dans sa moitié supérieure, la membrane muqueuse est tu-
méfiée et revêtue d'une couche tuberculeuse enduite de pus.
L'autre rein est sain. La vessie est remplie d'une urine légè-
rement blanchâtre et purulente. Le bas-fond présente une in-
jection rouge intense. On voit, à la surface de la membrane
muqueuse, de petits points blancs, nombreux surtout autour
du col de la vessie. De plus , il y a , au niveau du col de la ves-
sie,, une bride d'une ligne au moins d'épaisseur; au-dessous
de laquelle la sonde, pour entrer dans la vessie, passe, avec la
plus grande facilité.
L'uretère du côté droit s'ouvre largement dans la vessie;
son embouchure est partagée en deux par une petite bride
analogue à la précédente.
L'urèthre est tout-à-fait à l'élat naturel dans la partie mem-
braneuse et dans la partie bulbeuse. La prostate a son volume
ordinaire. Sur les côtés du veru montanum, il y a deux lacunes
I
648 TUBERCULES
très larges dans lesquelles le bec d'une sonde n" 6 pourrait
s'introduire. Sur le côté gauche de la portion membraneuse de
l'urèthre et dans le tissu cellulaire , on trouve un petit foyer de
pus.
Le muscle iliaque et le psoas incisés, on découvre la source
de l'abcès : c'est une carie li-ès superficielle de la partie latérale
droite des trois dernières vertèbres lombaires.
Le cerveau est sain ; les poumons sont farcis de tubercules
et présentent plusieurs cavernes.
Obs. VIII. — Tubercules dans le rein et l'uretère ganclies, dans la vessie et
dans le poumon, chez un homme mort de pneumonie (Obs. communiquée
par M. Philippar).
Un ouvrier, âgé de 34 ans, entré à l'hôpital Saint- Antoine
le la juillet i833 , toussait beaucoup depuis deux ans. Avantce
temps , il s'enrhumait facilement et n'avait jamais craché
de sang.
Cinq jours avant son arrivée, il fut pris, le soir, de malaise,
de lassitude générale , de frisson et de douleur dans le côté
gauche de la poitrine; douleur qui augmentait par la toux. Cet
homme but du vin chaud sucré et se coucha. Le lendemain,
se sentant mieux, il alla à son travail, où. il ne put rester long-
temps. Revenu chez lui , il y resta trois jours , prenant peu
d'alimens, ne pouvant plus se lever et se sentant bien malade.
Le 12 , au mati-n , il fut apporté à l'hôpital. Il offrait les symp-
tômes suivans : faiblesse et abattement très prononcés; décu-
bitus dorsal; gêne de la respiration; respiration peu profonde,
avec douleur dans le côté gauche de la poitrine; toux peu
fréquente; quelques crachats rouillés; pouls plein et fréquent;
matilé très manifeste vers le tiers inférieur de la poitrine du
côté gauche; râle crépitant vers le lobe moyen du poumon;
respiration bronchique [saignée de quatre palettes ; tisane
pectorale; potion diacodée). Le lendemain, insomnie, prostra-
tion très grande; crachats visqueux, jaunes verdâtres, respira-
tion fréquente ; point de râle crépitant ; respiration bronchique ;
pouls fréquent ( saignée de trois palettes ). Le surlendemain ,
respiration sterloreuse ; toux moindre ; point de crachats ,
DANS LES REINS, LES URETÈRES ET LA VESSIE.
powls petit, fréquent {Usane de polygala; vésicaioire sur la
poitrine). Mort dans la nuit du i5.
Autopsie du cadavre- Poumon gauche hépatisé dans les
deux tiers inférieurs , s'écrasant facilement par la pression ,
laissant écouler un peu de sang très épais , de couleur lie-de-
vin , grisâtre et mêlé de pus au centre du lobe inférieur. Ce
poumon est parsemé de tubercules miliaires dans toute son
i étendue. Poumon droit engoué , également infiltré de tuber-
\ cules miliaires , surtout à son sommet.
Le rein gauche est beaucoup plus volumineux que le rein
i droit; sou uretère, très dur, beaucoup plus gros qu'à l'état
{ normal , conserve une forme cylindi ique après une section
1 transversale , et ressemble à un tuyau de matière solide. Les
parois en sont très épaissies et infiltrées de matière tubercu-
leuse. Le rein, fendu du bord convexe vers son bord concave,
présente une large excavation , qui se confond avec le bassinet
et contient un peu d'urine légèrement jaunâtre , mêlée de
matière tuberculeuse grisâtre et ramollie. La substance tubu-
leuse est presque totalement détruite. La vessie offre, surtout
vers son bas-fond, des plaques de matière tuberculeuse infil-
trée; sa membrane muqueuse est excoriée en plusieurs endroits.
De la matière tuberculeuse est mélangée à l'urine.
L'autre rein était sain.
Obs. IX, — Rein gauche couvert! presque en entier en matière tubercu-
leuse ; tubercules dans le poiunon.
Sophie-Marie Bertrand, âgée de 43 ans, femme de ménage,
arrivée au dernier degré de marasme, entra vers la fin d'août
à l'Hôtel-Dieu. Cette femme, autrefois réglée très abondam-
ment, mère de deux enfans, ne voit plus depuis un an : elle
n'a jamais eu de flueurs blanches. Elle donne peu de rensei-
gnement sur l'état antérieur de sa santé, qui, du reste, paraît
avoir été assez bonne pendant long-temps. Elle fait remonter
à dix-huit mois le début de sa maladie. Au commencement elle
eut, dit-elle, des maux de reins, des tranchées, des coliques
sans dévoieraentj mais «es maux de reins disparureot au bout
65o TUBERCULES
de deux mois, et ils ne sont jamais revenus depuis; les urines
n'ont jamais présenté de sang : l'émission n'a été ni plus rare
ni plus fréquente qu'en santé; il n'y eut point alors de fièvre.
Durant les derniers six mois, augmentation de la faiblesse
générale, amaigrissement notable; dévoiement très abondant
depuis deux mois ; depuis un mois , toux , sueurs nocturnes,
inappétence. La malade était si faible , qu'il fallut deux séances
assez longues pour obtenir d'elle ces renseignemens.
Faiblesse et marasme très prononcés; impossibilité presque
complète de se mouvoir dans le lit. Figure jaune paille, amai-
grie , rappelant la coloration des femmes affectées de cancer
de l'utérus; intelligence complète; point de phénomènes mor-
bides du côté des sens ; langue sèche, avec points blancs mats,
exsudation crémeuse sur les lèvres , la bouche, le voile du pa-
lais; déglutition difficile; inappétence , soif ; point de nausées
ni de vomissemens ; ventre plat, rentré, non douloureux, sans
tumeur appréciable à la main; pas d'écoulement par le vagin;
col de l'utérus intact, élevé, à lèvres unies; chaleur nulle,
pouls filiforme à 90; pas de lésion apparente du côté du cœur;
légère diminution de la sonorité de la poitrine ; sous la cla-
vicule droite, respiration généralement rude, avec expiration
prolongée; râle muqueux sans résonnance de la voix; œdème
général, mais très léger, un peu plus marqué aux bras et à la
face que partout ailleurs.
Le troisième jour seulement, on put obtenir de la malade
qu'elle urinât dans un verre, et encoi-e ne donna- t-elle guère
qu'environ trois cuillerées d'urine trouble, peu acide, remplie
de flocons blanchâtres, précipitant en blanc par l'acide nitri-
que. Dans la soirée de ce troisième jour , la malade s'éteignit.
Autopsie du cadavre— lie crâne et les organes qu'il ren-
ferme ne présentèrent aucune altération.
Quelques gouttes de sérosité dans le péricarde; cœur d'un
volume ordinaire.
Dans les poumons, engouement hyposlatique ; au sommet
du poumon droit, une vingtaine de tubercules crus, dis-
séminés, réunis au nombre de cinq ou six en une petite
masse dure. Dans le reste du tissu pulmonaire, on n'aurait
DANS LES REINS, LES URETÈRES ET LA. VESSIE. 65 1
guère pu compter plus d'une vingtaine de tubercules crus ,
disséminés de loin en loin. Rougeur violacée des bronches;
pâleur du tube digestif; ulcérations vers la fin de l'iléon et
dans le gros intestin; quelques ganglions mésenlériques sont
volumineux, durs, convertis en matière crétacée ou luber-
i culeuse ; l'utérus , le foie, la rate semblent sains.
Matière tuberculeuse dans le rein gauche , dans l'uretère et
>. dans la vessie chrouiquement enflammée; quelques points tu-
) berculeux dans le rein droit.
, Obs. X. — Tubercules dans les reins, dans les testicules, dans la prostate,
le mésentère et les poumons ; ulcérations tuberculeuses dans le canal de
l'urèthre et dans le tube intestinal.
Claude Laloge, âgé de 36 ans, né dans le département
de l'Isère, habitant Paris depuis dix ans, entra à la Charité, le
I i8 février 1837.
Le scrotum est distendu par deux tumeurs ovoïdes , grosses
chacune comme une orange. La partie inférieure de la bourse
droite est percée d'une petite ouverture fîstuleuse à bords
réfléchis en dedans, qui donne issue à un liquide séro-puru-
I lent, chargé de grumeaux d'un blanc jaunâtre. Du reste , la
peau des bourses est saine et n'adhère pas aux tumeurs. Celles-
ci ne sont douloureuses qu'à la pression , et elles ont une
consistance squirrheuse , excepté derrière la fistule , où existe
une petite saillie plus molle que le reste de l'organe.
Le malade ressent de la cuisson en urinant : ses urines sont
presque toujours chargées de petits grumeaux blanchâtres,
semblables à des parcelles de riz boitilli : elles s'écoulent quel-
quefpia involontairement, et d'autres fois ne sortent qu'avec
une extrême difliculté.
Cet homme est d'une taille ordinaire et bien conformé : il a
la peau blanche et fine; les cheveux châtains; la barbe rousse;
les cils et les sourcils blonds; les yeux bleus ; les dents blanches,
bien rangées et parfaitement saines; les ongles crochus. Quoi-
qu'il soit très maigre , son système musculaire est encore assesi
développé. Son intelligence est médiocre : il s'affecte et pleure
facilement.
652 TUBERCULES
Les parois de la poitrine sont amaigries au point que la peau
paraît immédiatement appliquée sur les os. Le malade tousse
le matin et le soir. Il a des sueurs nocturnes, de fréquentes
insomnies , de la fièvre le soir et pendant une partie de la nuit.
Sa faiblesse est telle , qu'il peut à peine faire quelques pas. Le
ventre est un peu ballonné. Inappétence; de temps à autre
quelques coliques; dévoiement habituel.
Cet homme , qui est né de parens sains , et qui a six frères
ou sœurs bien portans , a joui jusqu'à sa vingt-neuvième année
d'une parfaite santé. Aucune trace de maladie scrofuleuse.
En i83o, il contracta une blennorrhagie , qui fut bientôt
accompagnée de plusieurs chancres au gland et d'un bubon à
l'aine droite. Ces symptômes syphilitiques disparurent au bout
dé trois mois d'un traitement mercuriel. Le bubon ss termina
par résolution. Un herpès prœputialis survint et disparut
lorsque les testicules commencèrent à devenir malades.
Le testicule droit est affecté depuis dix-huit mois, le gauche
depuis quatorze mois. Dans les deux , la maladie a débuté à
la partie postérieure , par une pelile saillie dure et doulou-
reuse, qui peu-à-peu s'est élargie et a paru envelopper le
testicule tout entier. Ces expressions du malade porteraient à
croire que le.mal a commencé par l'épididyme. En même temps
Laloge a été pris, pour la première fois, d'un rhume, qui ne l'a
plus quitté. L'engorgement du testicule droit a d'abord été
traité pendant deux mois par des frictions avec une pommade,
et des pilules , dont il ne connaît pas la composition , et par du
sirop concentré de salsepareille. Ce traitement n'ayant point
amoindri la maladie, et la fluctuation devenant manifeste au
bas du testicule droit, on y pratiqua une incision, d'où il
s'écoula un peu de pus, mêlé à une plus grande quantité de
sang. Bientôt après, le testicule gauche devint douloureux à
son tour. Ce fut alors que le malade se confia aux soins d'un
médecin , qui, pendant six semaines, lui fit appliquer tous les
deux jours quinze sangsues sur les bourses ou aux environs.
Plus tard , séjour de quatre mois à l'hôpital des Vénériens, oii
on essaya en vain, pour détruire l'engoigement énorme des
deux testicules , les pilules avec le proto-iodure de fer, la
DANS LÊS REINS, LES URETÈRES ET LA VESSIE. 653
corapression , les résolutifs , les émoUiens , etc. , etc. A la
suite de ce traitement , dans lequel le proto-iodure de fer fut
administré à haute dose , augmentation de la tovix et de
l'expectoration , sueurs nocturnes , affaiblissement général ,
inappétence et grande gêne dans la digestion , enfin anasarque
qui a duré deux mois.
Le malade était venu à l'hôpital dans l'intention d'y subir la
castration ; mais cette opération fut jugée inutile par M. Vel-
peau , qui rattacha l'affection locale à une diathèse tuber-
culeuse déjà fort ancienne.
Le 24 février, afin de donner au diagnostic plus de certitude ,
on fil à chaque testicule , avec l'aiguille à cataracte, une ponc-
tion explorative dans les points les plus mous, et qui donnaient
une sensation obscure de fluctuation. Il ne sortit des piqûres
que quelques gouttes de sang, mais ni pus ni sérosité. On intro-
duisit une sonde dans le canal de l'urèthre. A deux pouces du
méat , on éprouva une résistance , qu'on ne put vaincre sans
déterminer de vives douleurs. Arrivée dans la région prosta-
tique, la sonde pénétra toul-à-coup à une profondeur et dans une
direction qui n'étaient pas celles du col de la vessie. Le doigt ,
porté dans le rectum , saisit, à travers les parois de l'intestin,
l'extrémité de la sonde. Celle-ci fut retirée pleine de pus tuber-
culeux. Cette exploration ne prouva que trop l'existence d'une
ulcération dans la portion spongieuse de l'urèthre et la trans-
formation de la prostate en un kyste tuberculeux. Dès-lors il
fut facile d'expliquer les alternatives d'incontinence et de ré-
tention d'urine ( topiques émolliens sur les hourses ; tisanes
pectorales ).
Dans la soirée la peau du scrotum est rouge , tendue, d'une
chaleur brûlante ; la plus légère pression détermine de vives
douleurs qui, s'étendent dans le ventre et à la région périnéale;
la fièvre est plus intense que la veille.
Le 25, augmentation du volume du scrotum due à l'infiltra-
tion du tissu cellulaire sous-cutané. Le passage de l'urine dans
le canal de l'urèlhre est si douloureux qu'il arrache des cris au
malade. L'appétit est tout-à-fait perdu. Les sueurs sont tou-
jours abondantes.
654 TllDEnCriLES
Le 26, la piqûre faite à la tumeur du côté droit s'est élargie,
de manière à donner issue à de la matière tuberculeuse.
Le a8, douleurs en diiFérens points de la poitrine; expecto-
ration abondante de crachats muco--purulens. Le ventre a con-
sidérablement augmenté de volume par le dépôt d'une assez
grande quantité de liquide.
I^e 1"=' mars , diarrhée abondante (dix selles). Il s'est écoulé
par les piqûres des bourses du côté droit, au moins un verre
d'un pus épais et jaunâtre.
Dans la nuit du i a au 1 3, léger délii'e.
Le i3 au matin, le malade s'éteint dans le dernier degré de
marasme.
Autopsie du cadavre, 24 heures après la mort. La membrane
muqueuse de l'urèthre présente, au commencement de sa par-
tie spongieuse, dans une étendue de deux pouces, un groupe
de cinq ulcérations, dont la plus petite a la longueur d'une
lentille et la plus grande celle d'une pièce de 10 sous. Ces ul-
cérations, qui sont formées aux dépens de la membrane mu-
queuse , ont un fond grisâtre irrégulier, semé de quelques
débris de matière tuberculeuse. Leurs bords sont élevés, den-
telés et entourés d'une auréole rose, formée par l'injection de
petits vaisseaux qui y aboutissent. Dans le reste de son étendue
la membrane muqueuse uréthrale est pâle. La portion prosta-
tique est perforée à sa paroi postérieure , qui est couverte de
matière tuberculeuse. Le doigt, porté au fond de cette ouver-
ture, pénètre dans une cavité de près d'un pouce de diamètre ,
remplie de matière tuberculeuse demi concrète. La face interne
de cette poche est recouverte de bosselures jaunâtres qui ne
sont autre chose que des grains tuberculeux. La face externe de
la glande est entourée par un réseau vasculaire très abondant.
Les vésicules séminales sont confondues avec elle. Les canaux
déférens ne sont pas oblitérés. Le cordon sperraatique n'est pas
plus gros que dans l'état normal, mais il est plus dur et d'une
consistance fibreuse. Les tumeurs des bourses , incisées iongi-
tudinalement, offrent les lésions suivantes : celle du côté droit,
qui a été débarrassée pendant la vie d'une bonne partie de la
matière tuberculeuse qu'elle contenait, est maintenant conver-
DANS LES REINS , LES TTHETÎmES ET LA VESSIE. 6^5
tie en une poche dont i'intériettr est hérissé de végétations :
celles-ci forment, en se réunissant d'une manière irrégulière,
un réseau, à travers les mailles duquel on voit encore de petites
masses tubei'culeuses enkystées. L'épididyme , converti aussi
eu substance tuberculeuse , surmonte la partie postérieure de
cette poche. Une ligne l'ougeâtre établit entre ces deux parties
une ligue de démarcation évidente. Le testicule gauche , qui
u'a pas suppuré, a conservé un volume considérable; sa sur-
face est d'un jaune grisâtre, et striée de bandelettes irrégulières,
qui paraissent êire des débris de la tunique albuginée, dont les
fibres ont été écartées, déchirées ou usées par la distension.
Le testicule gauche est converti en matière tuberculeuse.
La membrane muqueuse et le tissu cellulaire sous-rauqueux
du col de la vessie sont infiltrés de matière tuberculeuse. La
vessie est saine, ainsi que les uretères. Il n'en est pas de même
des reius.En effet, ces organes, dépouillés de leur membrane
d'enveloppe, présentent, à leur surface et dans l'épaisseur de la
substance corticale, une infinité de petites granulations jaunâ-
tres, ayant la forme de grosses virgules. Les cônes sont tout-à-
fait exempts de cette altération. Un seul, appartenant au rein
gauche , est converti dans les trois quarts de son étendue en
tubercules. Le mamelon tuberculeux est entouré par un calice
encroûté lui-même en dedans et en dehors de matière de même
nature. Sur la face interne d'un calice voisin, on Voit quelques
petites granulations jaunâtres, demi transparentes, et à l'extré-
mité du mamelon correspondant une légère infiltration tu-
berculeuse.
Le péritoine contient près de deux pintes d'une sérosité
citrine sans mélange de fausses membranes. Il est pâle et ne
présente pas la plus légère adhérence. Le mésentère contient
trois à quatre ganglions tuberculeux.
L'intestin , examiné dans toute son étendue , offrit dans sa
portion cœcale une douzaine d'ulcérations larges de 7 à 8 lignes,
profondes, à bords relevés et déchiquetés, et dont le fond gri-
sâtre contient encore des débris de tubercules. On voit aussi
quelques ulcérations tuberculeuses beaucoup plus petites dans
l'intestin grêle.
656 TDBERCULES
Les plèvres sont libres d'adhérences. Au centre de la moitié
supérieure de chaque poumon, on voit quelques petits groupes
de granulations tuberculeuses, et deux ou trois cavernes capa-
bles de contenir une petite noisette. Les bronches sont rouges,
injectées et remplies de mucosités. '
Le cœur, le cerveau, le foie, la rate et le pancréas sont par-
faitement sains.
Obs. XI. — Cystite et pyélite tuberculeuses, consécutives à une carie verté-
brale avec paralysie des membres inférieurs.
Marie-F rançoise Perler, âgée de 56 ans , sans état , veuve
depuis quatre ans , entra à l'hôpital de la Charité , le 3
avril i836.
Cette femme a eu quatorze enfans et lésa tous nourris , ainsi
que trois autres enfans , qui ne lui appartenaient pas. Trois de
ses enfans sont vivans. Sa constitution paraît avoir été robuste :
elle ne se souvient point d'avoir été jamais malade. Elle n'est
plus réglée depuis quatre ans. Depuis dix-sept mois, elle
éprouve des douleurs dans le dos.
Elle prétend qu'elle a fait une chute sur le dos, il y a neuf
mois , et qu'à cette époque , elle commença à avoir des douleurs
dans les lombes, dans les jambes , avec un peu de faiblesse
des extrémités inférieures. Survinrent des vertiges , de la cé-
phalalgie , avec rougeur de la face. ÈUe fut saignée et se trouva
soulagée. Ces douleurs furent prises au commencement pour du
rhumatismes et traitées par les sangsues et les vésicatoires.
Depuis cinq mois , cette faiblesse des membres inférieurs a
augmenté ; la constipation , qui existe depuis quatre à cinq
ans (quelquefois onze jours se passaient sans garde-robes),
continue , l'excrétion de l'urine est également difficile , quel-
quefois involontaire. Les urines coulent goutte à goutte. Par-
fois , au contraire , il faut les évacuer avec la sonde.
Celte femme est alitée depuis trois mois: elle est couchée
dans son lit , en zigzag. Elle soulève difficilement les extrémi-
tés inférieures. Douleurs dans les cuisses.
En examinant la colonne vertébrale, on aperçoit une saillie
DA.NS LES REINS, LES URETÈRES ET LA VESSIE. 65'J
lans la portion dorsale , vers la sixième vertèbre. Ce point est
louloureux à la pression et paraît être le siège d'une carie.
Douleurs dans la région du rein droit : les urines sont alca-
'nes, d'une odeur fétide (pesanteur spécifique de 1018 à 1024)^
. ûubles , et donnent un sédiment formé de mucus et de sang,
/excrétion est fréquente (dix à quinze émissions par jour), ac-
ompagnée d'épreintes et de ténesme à la vessie. L'abdomen est
( usible, surtout vers la vessie et dans la direction du colon
ransverse (à l'autopsie du cadavre, cystite, ulcérations intes-
inales). Peu d'appétit , digestions lentes. Bronchite chronique
liémoplysie pendant trois mois, il y a deux ans). Matité et fai-
ilesse de la respiration du côté droit.
Tous les symptômes que nous venons d'énumérer persistèrent
usqu'à la mort, en augmentant d'intensité.
Les douleurs dans les jambes et dans les lombes étaient
resque intolérables; l'abdomen et surtout la région de la
essie étaient extrêmement sensibles (deux applications de
angsues). On était obligé d'avoir recours au cathétérisme , et
arfois les urines coulaient par regorgement. L'odeur en était
ifecte ; la couleur d'un rouge sale : elles étaient épaisses ,
lélangées de pus et de sang.
Une diarrhée opiniâtre se déclara, et, ajoutée aux autres
■sions , dont les progrès étaient croissans , elle amena un
puisement qui termina la vie de la malade.
Autopsie du cadavre ^ le 18 mai. Le cerveau ne présente rien
e particulier, si ce n'est un peu d'engorgement dans le sys-
.me veineux de la base du crâne.
On constate une carie de la sixième et de la septième vertèbres
orsales. Leur tissu spongieux est ramolli et réduit à une raa-
ère semblable à de la lie-de-vin. Les membranes de la moelle
;)inicre, dans le point correspondant à la désorganisation des
ertèbres , sont recouvertes extérieurement d'une couche tu-
erculeuse épaisse. Les membranes elles-mêmes offrent peu
'altération : leur épaisseur, leur consistance sont normales ; à
eine y a-t-il un peu d'injection à leur surface. La moelle épi-
ière présente un étranglement très prononcé. Cet étrangla-
ient est, non pas brusque, mais assez analogue, par la forme, à
III. 42
658 TUBERCULES
celui qu'on produirait siir un tube de verre j en l'cflilant à la
lampe. En divisant la moelle dans le sens de sa longueur , on
reconnaît qu'au point comprimé, la substance blanche est
sensiblement ramollie sans changement appréciable de colora-
tion : la substance grise n'est pas altérée.
Au sommet du poumon gauche , il y a des tubercules crus et
quelques petites cavernes. Le poumon droit a son sommet par-
semé de granulations tuberculeuses non ramollies. Tout le
reste du poumon est infiltré de sérosité qu'on fait écouler à
flots, en'le comprimant. Le cœur est sain et un peu graisseux.
L'estomac est pâle ainsi que la presque totalité de l'intestin
grêle ; mais , vers la terminaison de l'iléon , il y a trois ulcéra-
lions à fond grisâtre, à bords d'un rouge violacé, de la largeur
d'une lentille et d'une à deux lignes de profondeur. Une
grande quantité d'ulcérations, ayant lesmêmes caractères, exis-
tent dans le caecum, et dans le colon jusqu'à la moitié environ
de rS iliaque. Dans leurs intervalles , la membrane intestinale
est semée d'arborisations vasculajresj tout le rectum et la fin
de l'S iliaque sont d'une pâleur qui contraste avec la teinte
rouge des autres parties de l'intestin.
Le foie est un peu gras : sa couleur offre deux nuances bien
tranchées, représentées par des granulations d'un violet foncé
sur un fond jaune acanthe. La vésicule du fiel renferme un
calcul de cholestérine de la grosseur et de la forme d'une noix
de muscade de la plus forte dimension. La rate est petite et
de consistance normale.
Le rein gauche, généralement pâle, a vyie forme et an volume
ordinaires : ses membranes lui sont assez adhérentes pour en-
traîner avec elles quelques portions de la substance corticale,
lorsqu'on cherche à les détacher, Sur- sa face postérieure et vers
son bord concave, on trouve une plaque d'un rouge très fonce,
circulaire , de deux à trois lignes de diamètre, au centre de
laquelle on voit trois à quatre petits joints blancs. En prati-
quant une incision sur cette plq^que, on voit que ces petits
points blancs sont formés par du pu». A la partie supérieure
du rein et sur son bord convexe", on voit aussi trois pomts
blancs de la grosseur d'une tète d'épihgle. En exerçant sur cette
DANS LES REINS, LES URETÈRES ET LA VESSIE. 669
ffrUe du rein une pression un peiiforle, onvoitcespoinlsblancs
ce transformer eu autant de gouttelettes de pus. lin fendant le
tein par son bord convexe, on trouve à l'intérieur la même
•ule anémique qu'à l'extérieur. A l'extrémité supérieure du
m, existe un abcès de la capacité d'un noyau d'abricot : il est
empli d'un pus crémeux, blanchâtre. La substance rénale qui
environne est très sensiblement ramollie. Cet abcès commu-
lue avec les trois points blancs situés au bord convexe de l'ex-
l émilé supérieure du rein. Le bassinet a subi une dilatation
|ui lui permettrait de recevoir un œuf de poule ordinaire. Il
sL rempli par une urine purulente; ses parois sont épaissies,
ia membrane muqueuse ramollie offre une arborisation assez
, errée, parsemée d'ecchymoses; elle est enduite, çà et là, d'une
ci;ère couche de lymphe plastique qui, vers l'infundibulum
le l'uretère, a au moins vme ligne d'épaisseur. L'uretère, légè-
enient dilaté dans toute sa longueur et plus dans sa moitié
nférieure que dans la supérieure, est aussi rempli d'urine pu-
iilente. Ses parois sont épaisses , et sa membrane muqueuse,
(ui est injectée, l'est davantage dans sa partie inférieure, oii
lie présente quelques ecchymoses, et une bride transversale
Le la forme d'un croissant, analogue à certains rétrécissemens
ares de l'urètbre.
Le rein droit a une grosseur et une forme naturelles; ses mem-
iranes se détachent facilement; sa surface est plus injectée que
elle du rein gauche ; à la partie moyenne de la face posté-
ieure, existent plusieurs points tuberculeux. La substance cor-
icale environnante est «cchymosée et jaunâtre. On fend le i-ein,
t l'on trouve un peClt*abcès tuberculeux dans sa partie supé-
leui'e.En général, le tissu dé ce rein n'est pas anémique comme
;elui de son congénère. 'Le bassinet droit est plus dilaté que
e gauche 5 la membrane muqueuse, imprégnée çà et là de ma-^
ière tuberculeuse, est épaissie, réticulée et très injectée. L'ure-
ère, considérablement dilaté, est distendu par un liquide pu-
•ulent d'un blanc jaunâtre: son volume égale celui de la veine-
;ave inférieure. La membrane muqueuse de ce conduit est
njeclée, mais moins que oelle.de l'uretère gauche.
La vessie est distendue par un liquide alcalin de même na-
66o TUBERCULES
ture, mais plus purulent , cliargé de débris de tubercules et de
fausses membranes. Les parois de cet organe ont acquis une
grande épaisseur, par suite de l'hypertrophie de la tunique
musculeuse. A la partie postérieure de ce réservoir, ou trouve
un abcès situé entre cette membrane et la membrane périto-
néale. La membranemuqueuse, épaissie, ramollie et plus ecchy-
mosée qu'injectée, offre aux environs du col, une teinte ar-
doisée. Dans quelques points, elle est recouverte de fausses
membranes demi transparentes, ressemblant à des détritus
membraneux , et qui sont chargées d'incrustations salines d'un
blanc grisâtre , ce qui leur donne l'aspect de certaines toiles
d'araignées appendues aux vieilles murailles.
0ns. XII. — Tubercules des poumons et des reins ; pjélite et cystite lu-
beiculeuscs chroniques; mort.
Pincat (François), d'une taille moyenne, cheveux blonds,
d'une constitution lymphatique, entra à l'hôpital de la Clia-
rité le aa avril i84o. Ce malade avait été sondé par M. Vcl-
peau , qui n'avait point rencontré de corps étranger dans la ves-
sie. Depuis six mois, P. est atteint d'une toux fréquente, d'a-
bord sèche, puis suivie d'une expectoration abondante. Il a eu
une hémoptysie il y a deux mois; il éprouve de la difficulté
à uriner, depuis huit mois; ses urines ont été plusieurs fois
rouges et sanguinolentes ; il ne peut attribuer sa maladie à
aucune cause ; il n'a pas eu d'affection vénérienne.
Ce malade est pâle, amaigri, très faible; il a une soif vive,
pas d'appétit et du dévoiement; le pouls est petit et fréquent.
Ses urines s'écoulent constamiHent goutte à goutte, et il en existe
toujours une assez grande quantité dans la vessie : elles sont fé-
tides, purulentes et quelquefois légèrement sanguinolentes, et
donnent un dépôt de pus et d'une matière animale amorphe très
abondant. A la pression , douleurs vives à l'hypogastre , qui est
dur, tendu, résistant. Matité et gargouillement au sommet des
deux poumons. On sonde le malade, et on retire une grande
quantité de pus, mêlé à l'urine. L'épididyme du côté droit a le
volume d'une amande j il est dur et résistant au toucher.
Cet homme dépérit de jour en jour^^t meurt le ^mai, à
quatre heures d« soir.
DANS LES REINS , LES URETÎÎRES ET LA. VESSIE. 66l -
Autopsie du cadavre, quarante heures après la mort. —
Cri'rnc. Le cerveau et le cervelet et leurs membranes , à l'état
sain.
Thorax. Les poumons, adhérens aux parois de la poitrine,
contiennent une grande quantité de tubercules , même à leur
partie inférieure; cavernes de petite dimension à leur sommet.
Le cœur a un volume médiocre.
Abdomen. Le foie est volumineux, sans altération ; la rate est
petite ; le tube digestif ne présente aucune lésion ; quelques
ganglions mésentériques sont engorgés.
Le rein gauche a un volume considérable ; il est mamelonné
et d'une couleur rouge violacée ; sa capsule est opaque et très
adhérente. Incisé par son bord convexe, le l'ein laisse écou-
ler une grande quantité de pus blanc, légèrement grumeleux
et non fétide. Ce pus remplit les calices et le bassinet, très dila-
tés 3 dans quelques points, il occupe la substance même du
rein, non encore entièrement atrophiée. On ne dislingue plus
que dans deux points la substance tubuleuse; dans tout le
reste de son étendue, le rein est réduit à une véritable coque ,
divisée en loges; il n'existe plus de traces de la substance cor-
ticale; la cloison de plusieurs calices est détruite, et ils commu-
niquent directement enlie eux. La surface interne de ces con-
duits est d'un rouge vif dans quelques points et d'un rouge
violacé dans le plus grand nombre. Dans plusieurs, elle pré-
sente de la matière tuberculeuse , plus ou moins avancée
vers l'état de ramollissement. La membrane muqueuse du
bassinet, dans les points oii elle n'est point incrustés de ma-
tière tuberculeuse, a une teinte blanche, mêlée de brun; la
surface en est irrégulière , comme réticulée et semée de nom-
breuses ulcérations et de matière tuberculeuse infiltrée. A son
origine et dans la plus grande partie de son étendue, l'uretère
est oblitéré par de la matière tuberculeuse, plus solide que
celle du bassinet.
Le rein droit, légèrement mamelonné dans quelques points,
est au moins doublé de volume. La capsule fibreuse s'enlève
facilement, La surface du rein est d'un rouge intense, parse-
mée de nombreux poiS"ts tuberculeux, en général d'un petit vo-
66?
TUBERCULES
lume , les uns réunis en petites masses, les autres isolés. Une
incision verticale sur le bord convexe du rein donne issue à
un liquide purulent, très fluide, rendu grumeleux par son mé-
lange avec de la matière tuberculeuse. Les deux substances ,
notablement gonflées , contiennent un grand nombre de tuber-
cules isoléSj non ramollis. Vers le sommet du rein existe une
lai'ge caverne ulcéreuse, à paroi évidemment tuberculeuse,
communiquant avec le bassinet ; dans l'autre extrémité existe
une masse tuberculeuse du volume d'une noix, commen-
çant à se ramollir. La" membrane muqueuse du bassinet
est ramollie et ulcérée dans la plus grande partie de sou
éleudue<
L'urètère a un calibre considérable; ses parois sont nota-
blement épaissies dans toute son étendue ; Ba surface interne
est parsemée d'ulcérations. Les orifices des uretères sont
libres du côté de la vessie, qui est remplie d'urine et de
pus très fétide. Toute sa surface interné est ulcérée, ou en-
duite de matière tuberculeuse ; pas de rétrécissement de l'urè-
thre; point d'hypertrophie de la prostate.
Obs. XIII. — Affection cérébrale; paralysie ; imbécillité; symptâmcs d'in-
flammation du rein gnucbc ; tameur dans le flanc du même cûtc; symp-
tômes de cystite; ouverture du cadavre; dépôt de matière tuberculeuse
dans le bassinet et les calices, dans la substance corticale et dans le tissu
cellulaire extérieur des reins; abcès par congestion dans la g.nine mem-
braneuse des psoAs et iliaqlue du même côté (Atlas. Pl. lxiv, fig. i, 2, 3).
Le i"' septembre i833 , on fit passer du service de chirurgie
dans mon service la nommée Moccuy, âgée de 3i ans, ou-
vrière en linge , qui avait une paralysie , et présentait
des signes de maladie des voies urinaires. Vaccinée dans son
enfance, elle a eu la rougeole et la scarlatine. Il y a sept ans ,
elle a eu mal â l'estomac et à la poitrine. H y a deux ans , elle
a eu une maladie du genou droit, qui fut traitée par des sai-
gnées , des sangsues , des cataplasmes , des bains et ensuite par
des vésicaloires et trois moxas. Elle a toujours été bien réglée,
excepté de l'âge de 20 à 21 ans. Elle est devenue enceinte ily a
seize mois: l'accouchement s'est fait à terme sans difficulté.
DANS LES REINS , LES tJRETÈlRES ET LA VESSIE. 663
bien que deux jours auparavant, elle eût éprouvé une attaque de
paralysie du côte gauche ; elle sevra son enfant. Depuis six mois
(un mois après l'attaque de paralysie), elle a toujours souffert
au bas- ventre.
Elle urinait peu à-la-fois , souvent et avec douleur. Elle dit
avoir uriné du sang avec de Thumeur : elle a souffert dans la
région des reins , notamment du côté gauche ; elle a éprouvé
des douleurs dans la cuisse gauche; jamais elle n'a eu de
vomisseraens.
La prononciation de cette femme et la construction de ses
phrases annoncent qu'elle a eu une affection cérébrale. Depuis
quelque temps elle peut marcher: auparavant elle était obligée
de rester au lit.
Elle urine vingt fois au moins en vingt-quatre heures et rend
peu d'urine à-la-fois. Elle souffre encore dans la région du
rein gauche , oii l'on sent une tumeur arrondie et dure , sur
laquelle la main glisse. L'urine est bourbeuse , jaune et acide ,
et; si on la laisse reposer, on observe à la partie inférieure du
vase un dépôt blanc et comme pulvérulent , occupant le tiers
de la hauteur de la colonne du liquide ( le qnart d'alimens ;
tisane de chiendent; èmulsion). Le 8 septembre, plus de
souffrance au bas-ventre (13 sangsues , loco dolenti). Le g , les
sangsues ayant peu coulé, on en prescrivit de nouveau 20 sur
l'épigastre. Soulagement.
Le 17, urine trouble , acide , un peu coagulable par la cha-
leur, contenant beaucoup de mucus et de grumeaux. Envies
d'uriner un peu moins fréquentes ; les bains de siè^e et les
sangsues avaient calmé la douleur.
Quelques jours après , cette femme quitta l'hôpital. Elle y
fut admise de nouveau le 4 février i836 , dans un état complet
d'imbécillité : elle répond mal et sans précision aux questions
qui lui sont adressées : elle accuse une impossibilité complète
de mouvoir les membres inférieurs , et une douleur sourde à
la région iliaque gauche et s'irradiant vers le pli de l'aine et
dans la cuisse correspondante.
OEdème aux membres inférieurs. La douleur de la fosse
iliaque gauche augmente par la pression , surtout à quelques
664 TUBERCULES
lignes au dessus de l'arcade crurale. Cuisson pendant l'é-
mission des urines, qui sont rougeâlres , sanguinolentes. Par
le repos, elles laissent déposer une couche assez épaisse de
matière purulente, grumeleuse, dans laquelle on distingue au
microscope des globules de pus , et des grains et des grumeaux
d'une matière animale amorphe. La chaleur el l'acide ni-
trique y indiquent peu d'albumine. Dévoiement, maigreur,
laiblesse.
Les sept ou huit premiers jours , point de changement no-
table ; puis la douleur au dessus du pli de l'aine augmente,
la peau de cette partie devient tendue , luisante (e/noWj'ewjj.
Bientôt apparut, à quelques lignes au dessus du pli de l'aine,
une tumeur circonscrite, ovoïde, très douloureuse au toucher,
sans changement de couleur à la peau. Cette tumeur, située
parallèlement à l'arcade crurale , acquit en quelques jours
le volume d'un œuf de pigeon , et on put y sentir de la
fluctuation.
L'urine est moins rouge , moins trouble ; mais elle contient
toujours du pus et de petits grumeaux , que l'autopsie a
montrés être des fragmens de matière tuberculeuse. Plus tard,
l'urine redevient sanguinolente , comme dans les premiers
jours, et conserve ce caractère jusqu'à la mort.
Le i8 février, la tumeur fut ouverte avec le bistouri. Il en
jaillit une énorme quantité de pus d'une odeur infecte et
slercorale. Le pus continua à couler les jours suivans , el
souillait promptement l'appareil el le lit de la malade. Dé-
pression complète des forces, dévoiement coUiquatif, mort
le 7 mars i836.
Aulopsic du cadavre. L'abdomen ouvert, il ne s'écoule poinl
de sérosité ; dans le péritoine poinl de pus,'ni de fausses mem-
bi anes, ni aucune autre trace d'inflammation. Une bride cellu--
Icuse partait de l'épiploon pour se porter dans la fosse iliaque
gauche; la moitié gauche du colon transverse et le colon des-
cendant étaient adliérens à la tumeur. La membrane muqueuse
de celle portion de l'inlestiTi était rouge, enduite d'une matière
purulente. On aperçoit au niveau de la région rénale une ou-
verture h bords listes et arrondis, à travers Iftquejle un style(:
DANS LES KEINS, LES URETÈRES ET LA VESSIE. 665
mousse pénètre dans une poche pleine de liquide purulent
qu'on peut faire sourdre par la fistule. Sur le bord antérieur
dupsoas, on sent delà (luctualion, et on y découvre un foyer
. énorme qui occupe tout le corps des muscles psoas et iliaque :
. ce foyer purulent se prolonge en bas jusqu'au petit Irochan-
; ter; en haut il remonte jusqu'aux insertions supérieures du
I psoas. Ces deux muscles sont atrophiés et ne sont plus repré-
: sentés que par leur gaine.
Cet abcès a en haut deux embranchemens , l'un , qui passe
( derrière le rein , c'est le vaste foyer dont nous avons parlé;
i l'autre se prolonge en poche allongée, aplatie, qui passe devant
la partie antérieure du rein ; en sorte que le rein se trouve logé
entre deux abcès (l'antérieur très peu considérable s'ouvre dans
le colon), et qu'il communique lui-même avec ces abcès par des
listules. Les tuniques externes du colon, le tissu cellulaii'e qui
l'environne, sont indurés, épaissis; ces parties sur la face
antérieure du rein sont ramollies dans plusieurs points. On y
rencontre également des masses tuberculeuses, blanchâtres,
semblables pour l'aspect à une matière crétacée. Le ramoUisse-
Tiient est très considérable vers la scissure, où l'enveloppe du
rein, en partie détruite, se déchire lorsque l'on ver^e de l'eau
dessus et se résout en un détritus blanchâtre.
Les masses tuberculeuses, déposées dans ces enveloppes,
varient depuis le volume d'un pois à celui d'une amande. Lors-
que nous eûmes dépouillé le rein de l'espèce de coque tuber-
culeuse qui l'entourait, nous reconnûmes , dans la substance
corticale, beaucoup moins altérée qu'on ne l'avait d'abord
supposé, quelques petites masses tuberculeuses. En arrière, il
y en avait trois ou quatre qui ressemblaient par leur teinte
d'un blanc jaunâtre à de grosses croûtes de favus ; dans les in-
tervalles la substance du rein était peu injectée ; plusieurs de
ces tubercules, déposés dans la substance corticale, n'étaient
recouverts que par la membrane propre du rein. Plusieurs
points de la substance corticale sont durs et denses, et ont une
teinte ardoisée. La substance corticale et la substance tubu-
leusesont bien distinctes à la çoupe ; le volume du lein, dé-
pouillé de ses rneipbranes^ est mQÏns considérable f^ue d,^nii
66G
TUBEnCULES
l'état normal ; le bassinet était perforé vers la scissure ; sa face
interne et celle des calices et de l'uretère étaient grenues et d'un
blanc grisâtre. Les mamelons étaient affaisses; la membrane
interne du bassinet et des calices était infiltrée de matière tu-
berculeuse.
L'uretère est presque doublé de volume ; ses parois sont
épaissies et solides ; sa cavité laisse pénétrer le tuyau d'une
petite seringue.
Dans ce cas, la matière tubuleuse s'était donc déposée en
grande partie dans les membranes extérieures du rein. Ces
membranes, infiltrées de tubercules, s'étaient ramollies sur la
face antérieure du rein, adhérente avec le colon trausverse et le
colon descendant, dans lequel une ouverture fistuleuse s'était
pratiquée j en arrière, la matière tuberculeuse s'était fait Voie
par de nombreuses fistules, au milieu des fibres musculaires
du psoas ; et ce travail d'élimination et ce ramollissement ont
donné lieu à une vaste collection purulente qui a disséqué et
atrophié les muscles psoas et iliaque.
Le rein droit , augmenté de volume , surtout dans sa moi-
tié inférieure , est déformé et situé deux pouces plus bas
qu'à l'ordinaire. Il n'offre , du reste , d'autre altération
qu'une anémie assez prononcée ; les calices et le bassinet
sont sains.
L'intestin présente des rougeurs plus marquées à sa partie
inférieure, qui donnait passage à la matière purulente.
Le foie, de couleur bistre, a son volume ordinaire; les veines
hépatiques sont très gorgées de sang; bile épaisse et noirâtre
dans la vésicule. La rate présente une tache bleuâtre à sa partie
convexe. Point de tubercules dans les ganglions abdominaux,
ni dans ceux du mésentère. Estomac sain.
La membrane muqueuse de la vessie est parsemée de rou-
geurs et de points noij'âlres; elle est rugueuse et imprégnée,
dans la plus grande partie de son étendue, d'une matière tu-
berculeuse , semblable à celle de l'uretère ; vers la paroi pos-
térieure de la vessie est une loge profonde, arrondie, où la
membrane muqueuse est parfaitement saine.
Poitrine. Le péricarde est sain; légère hypertrophie du veu-
DANS LES REINS, LES URETÈRES ET LA. VESSIE. 667
tricule gauche ; la valvule auriculo-ventriculaire du même côté
est insuffisante.
Les poumons sont parfaitement sains, à part deux pe-
ites granulations miliaires, situées au sommet du poumon
,'auche. La membrane muqueuse des bronches est d'un rose
^làle.
Téle. Rien de remarquable, si ce n'est dans un point vers le
tiers postérieur du centre ovale de Vieussensdu côté gauche,
oii la substance est molle et d'un blanc plus sale que la sub-
stance environnante.
Obs. XIV. — Tubercules dans plusieurs organes et notamment dans les
organes génilo-urinaires (Atlas. PI. lxiv, fig. 4).
Claude Dupuis, âgé de 38 ans, doreur sur métaux , marié,
;ntra dans les salles de chirurgie pour s'y faire traiter d'un en-
;orgement dans le testicule gauche , dont la nature tubercu-
euse fut reconnue, et contre lequel on administra vainement
les pilules de chlorure d'or.
Le 4 mars i836, il passa dans mon service; sa constitution
tarait avoir été forte, mais elle est dans ce moment complète-
iient détériorée. Il est amaigri au point de présenter un com-
nencenient de marasme. Il y a cinq ans, il resta quinze jours à
'Hôtel-Dieu pour un rétrécissement del'urèthre, que l'on traita
)ar les bougiesj il sortit incomplètement guéri, pour se
. ouraettre à la cautérisation. Cependant l'amélioration obte-
lue persista pendant six ou huit mois. Il a eu trois gonorrhées :
a première, à l'âge de 20 ans; la seconde, à a4 ans; la troi-
ième, à 3a ans. La première tomba dans les bourses, sur le
esticule qui est maintenant malade et dont il fait remonter
e gonflement au mois de septembre i8*5.
Il eut aussi, il y a deux ans, une pleurésie à droite, pour la-
juelle il est resté trente-cinq jours à l'hôpital; il n'a jamais
épris sa santé depuis ce moment; de tefnps en temps il
i eu du dévoiement, et du sang se mêle quelquefois à ses
;arde-robes; il tousse depuis tin an, mais suiis expectora-
iotl.
C68 TUUEBC.ULES
Depuis son enfance, il a eu le côlé gauche du corps faible et
il est en partie atrophié. Cette atrophie paraîtrait être la suite
de convulsions qu'il aurait eues dans son has âge; elle porte
surtout sur la jambe, qui est beauco up moins grosse que celle du
côlé opposé; le bras est seulement affaibli, La peau est sèche,
comme rugueuse , pâle, sans chaleur; sueurs nocturnes abon-
dantes; à la percussion, en arrière de la poitrine, du côté
droit, malité ; respiration faible, un peu de gargouillement loin-
tain (pleurésie et cavernes); en avant, exagération du son res-
piratoire, qui est puérile en plusieurs points , plus faible eu
d'autres. Du côté gauche, peu de son en arrière, grande sono-
rité en avant; extinction de %'oix depuis quinze jours; perte
d'appétit; la langue présente, sur sa face supérieure et à
droite, de petites excoriations rouges, arrondies, ovi l'épi-
ihélium est enlevé : digestions mauvaises; douleurs dans le
ventre ; dévoiement (six selles hier, avec un peu de sang
sur les matières) ; depuis le mois de septembre, vomissemens
peu de temps après avoir mangé. Pouls sans fréquence le jour,
mais petite fièvre le soir, avec grande sécheresse de la peau.
Il se plaint d'un rétrécissement à l'urèlhre; il a de l'ardeur,
de la douleur en urinant, et il urine peu à-la-fois. Du reste, il
n'a jamais, dit-il, lien remarqué dans son urine, ni sang, ni
graviers; région du rein indolente à la pression. Les urines,
examinées le lo mars, sont légèrement alcalines et chargées de
grumeaux.
Les jours suivans , le marasme augmente, et, après treize
jours, le malade meurt, le 17 mars, en présentant d'une ma-
nière intense les accidens d'une perforation intestinale, acci-
dent inutilement combattu par l'opium.
Autopsie du cadavre, — Tête. Lorsqu'on incisela dure- mère,
une quantité notable de sérosité s'échappe de la surface du
cerveau. Sous la pie-mère et dans les ventricules, il y a aussi
un dépôt considérable de sérosité. Toute la substance du cer-
veau et du cervelet est humide et un peu molle; point de tu-
bercules.
Poitrine. Le poumoji droit est farci de tubercules à l'état cru;
k a» partie supérieure, il y a yne caverne capable de loger
DANS LES REINS, LES URETÈRES ET LA VESSIE. 669
noisette, des adhérences dé fausses membranes et un peu d'em-
physème à la partie inférieure, surtout vers les bords. Engoue-
ment général du tissu pulmonaire. Dans le poumon: gauche
tubercules crus en grand nombre, surtout au sommet; point
de cavernes et beaucoup moins d'engouement que dans le rein
droit; bronches roses et remplies de mucosités; ganglions
broncbiques tuberculeux.
Deux taches blanches sur la face antérieure du cœur, de la
: grosseur d'une pièce de 10 sous. Les deux valvules auriculo-
ventriculaires, surtout la gauche, présentent quelques points
carlilaginifiés. La membrane interne de l'oreillette gauche
est épaisse et opaque.
Abdomen, hea glandes mésentériques sontremplies de tuber-
iCules; presque tous les ganglions sont transformés en des
1 masses tuberculeuses plus ou moins ramollies, la plupart du
1 volume d'une noisette ; même dégénérescence des ganglions
i de l'aine.
Les intestins sont réunis en plusieurs endroits par de fausses
membranes. Les deux tiers inférieurs de l'intestin grêle présen-
tent des traces de phlegmasie. La membrane muqueuse est d'un
rouge brun en quelques points , d'une teinte ardoisée dans le
plus grand nombre. Dans le tiers inférieur , on remarque de
nombreuses ulcérations ; ces ulcérations sont étendues dans le
sens de la largeur de l'intestin, et semblent formées de plu-
sieurs ulcérations réunies ; d'autres ulcérations n'ont que l'é-
tendue d'une pièce de so sous ; deux s'étaient perforées, l'une à
6 pouces, l'autre à plus d'un pied de la valvule iléo-cœcale ; les
autres étaient près de se perforer. Quelques follicules isolés
sont ulcérés; le cœcum et le colon sont remplis d'ulcérations
moins avancées que celles de l'intestin grêle.
Le foie a un tiers de plus que son volume oïdinaire; son
tissu présente une dureté fort considérable dans le lobe moyen.
iSa densité est telle qu'on dirait d'un morceau de cire à frot-
ter Cavec une teinte plus verte); la vésicule biliaire est dis-
tendue.
La rate est assez volumineuse; son tissu est gorgé de sang,
fit dur. Au-deasous de sa membrane font saillie de petits grains,
670 TUBERCULES
gros comme dos lêtes d'épingle, auxquels le tissu sous-jacont
de la raie doune une teinte rougealre, mais qui , incisés, sont
Hanclîâtres comme des tubercules. Dans l'intérieur de la rate,
il y a de nombreux tubercules presque tous miliaires ; un
seul égale le volume d'un petit pois.
ïiB testicule droit est diminué d'un tiers de sou volume; son
tissu , légèrement jaune, est un peu plus mou qu'à l'ordinaire.
Le gauche, au moins doublé de volume, est tout-à-fait con-
verti en matière tuberculeuse; 1 epididyme a subi la même
transformation. Tout le bord postérieur du testicule et la
partie par oir sortent les conduits sécréteurs du sperme,
n'offrent plus de traces de leur structure naturelle; mais, dans
la partie antérieure de cet organe, on reconnaît encore la
disposition des vaisseaux sémiuifères, entre lesquels ou aper-
çoit de petits grains de matière tuberculeuse. On peut suivre
une sorte de gradation dans la maladie depuis l'épitlidyme, oii
la désorganisat'on est la plus complète, jusqu'à la partie infé-
rieure, oii elle est la moindre. Les vésicules séminales, au lieu
de présenter leurs loges pleines de liqueur spezmatique, sont
gonflées, durcies et complètement remplies de matière tuber-
culeuse; un dépôt de cette même matière existe dans le canal
déférent. Elle est blanche, molle , évidemment de nature tu-
berculeuse ; le canal déférent est obstrué dans toute la moitié
inférieure de son trajet. A un pouce environ de la fosse navi-
culaire, sur le J'aphé médian et supérieur, et dans l'étendue
d'upe dizaine de lignes , existe dans l'urèlhre une traînée dp
matière tuberculeuse d'un blanc jaunâtre qu'on ne peut pas
enlever par le grattage, et dont la membrane muqueuse est
irïiprégnée, Près de la portion bulbeuse, on trouve encore de
la matière tuberculeuse sous la forme de petites lentilles allon-
gées. Partout oii la membrane muqueuse n'est pas envahie par
la matière tuberculeuse, cette membrane est rouge et injectée;
cette matièrp est en grande abondance au niveau de la portion
prostatique; elle a crpusé inégalement cette glande (qui res-
semble à un tubercule du foie sur le point de se ramollir) , eu
sorte que le canal de l'urèlhre est changé dans ce point en une
çoçhe, dont les parois sont formées par une sorte de détritus
à
DANS LES REINS, LES URETERES ET LA. VESSIE. 67!
jaunâtre; le col de la vessie est un peu rétréci et présente des
iraces d'inflammation.
La vessie n'offre de traces tuberculeuses qu'à son bas-fond
et sur le trigone, oii on aperçoit quelques petits grains tuber-
culeux qui soulèvent la membrane muqueuse ou qui l'imprè-
gnent. La prostate est beaucoup augmentée de volume. L'ure-
Icre du côlé gaucbe, correspondant au testicule malade, est
sain ; celui du côté droit, au contraire , qui correspond à u»
testicule non tuberculeux^ est altéré. Cet uretère est dilaté au
l^oint qu'on pourrait y loger le petit doigt : après trois pouces
de trajet, à partir du rein, il esl,e» partie obstrué par de la
matière tuberculeuse, adhérente à sa membrane interne, for-
mant des plaques dures, jaunâtres, d'une demi-ligne d'é-
paisseur, qui occupent tantôt toute la circonférence du canal,
tantôt une moitié ou un quart seulement, mais qui alors sont
toujours disposées en plaques arrondies assez semblables aux
croûtes d'un favus, semblables aussi à celles que j'ai rencon-
trées dans un autre cas sur la superficie d'un rein tubei'cu-
leux j ce dépôt se continue jusque près de la vessie , et c'est lui
sans doute qui, obstruant le passage de l'urine, a produit la
dilatation de l'uretère.
Le bassinet et les calices ne contiennent pas de matière
tuberculeuse. Dans la substance corticale du rein droit , des
tubercules blancs , durs , sont infiltrés en petit nombre et for-
ment une légère saillie sous ses membranes extérieures qu'ils
soulèvent; on pouvait en compter plus d'une vingtaine. Du
reste, la substance corticale paraît fort peu obstruée. La sub-
stance tubuleuse est injectée ; les extrémités des mamelons sur-
tout sont rouges; le volume total de l'oi'gane est ordinaire.
Pas un seul tubercule , ni dans les deux substances du rein
gauche, ni dans son bassinet, La surface du rein présente à
peine quelques traces de différens lobules; elle offre surtout,
en son milieu, une anémie assez prononcée, surmontée d'ar-
borisations de petits vaisseaux d'une jolie couleur rouge bleu.
67a
TUBERCULES
Obs. XV. — Tubercules des reins, des calices , du bassinet et de Vurctère
gauche chez un enfant; tubercules dans les poumons et dans les ganglions
ubdominaux.
M. Jacquart m'apporta , le 5 octobre i836 , le reiu gauche
d'une jeune fille de dix ans, morte d'une affection tubercu-
leuse. Les poumons et les ganglions abdominaux étaient infil-
trés de tubercules. Il y avait aussi de petits tubercules dans
le foie.
Le rein droit était parfaitement sain.
Le reiu gauche pesait environ cinq onces. On enleva facile-
ment sa membrane propre.*Sur la face antérieure , on voyait
un grand nombre de petits grains blanchâtres , un peu sail-
lans. Autour de quelques-uns de cespoints blancs, la substance
corticale était injectée et paraissait avoir moins de consistance
que dans l'état sain. Ces points blancs étaient solides , et, à la
loupe, ne présentaient point de globules de pus. La face pos-
térieure du rein n'offrait aucune altération. Dans l'épais-
seur de la substance corticale , on aperçut encore quelques
tubercules. Les calices et le bassinet n'avaient plus leur aspect
ordinaire. Leur membrane muqueuse, considérablement épais-
sie , offrait des saillies et des enfoncemens , comme si elle eût
été mamelonnée et réticulée : elle était d'un blanc jaunâtre, et,
en la raclant avec le dos d'un scalpel , on en détachait une
matière d'un blanc grisâtre , comme les tubercules écrasés.
La cavité des calices était augmentée, et l'extrémité des mame-
lons était blanchâtre.
Les parois de l'uretère avaient une épaisseur trois fois plus
grande qu'à l'ordinaire. Sa membrane muqueuse avait le même
aspect que celle des calices.
La membrane interne de la vessie était encroûtée de matière
tuberculeuse autour de l'orifice de l'uretère gauche.
Obs. XVI. — Tubercules du rein et de l'uretère; cystite; péritonite et enté-
rite tuberculeuses; double pneumonie mortelle (Obs. recueillie par
M. Veruois).
Jousset, âgé de la ans, cheveux châtains, yeux bruns, peau
brune, système musculaire grêle, très adonné à la mastur-
DANS LES REINS , LES tlREÎÈRES ET LA VESSIE.
wation, entre à l'hôpital des Enfans malades le 6 juillet i836,
rtour s'y faire traiter d'une diarrhée qui durait depuis plu-
uieurs mois, accompagnée de douleurs de ventre très vives,
liurtout à la pression. Cet enfant avait beaucoup maigri depuis
[quelque temps. On diagnostiqua une péritonite tuberculeuse^
«vec ulcérations de même nature dans l'inteslin. Il n'y avait
aas d'infiltration des membres inférieurs et point de signes de
tubercules dans la poitrine. î^e petit malade paraissait uriner
' acilement et naturellement : on n'examina pas les urines.
jC 9t juillet, il fut pris d'une pneumonie du côté droit, et
jientôt après d'une pneumonie du côté gauche, et succomba
|=e 29 juillet à six heures du soir.
L'ouverture du cadavre fut faite par M. Vernois, le 3o, à
ix heures du matin, par un temps sec et frais. On observa
m ramollissement rouge des deux tiers postérieurs et infé-
ieurs des deux poumons, dans lesquels on ne put découvrir
e tubercules; il n'y en avait pas non plus dans les ganglions,
ronchiques. Le cœur était sain. Il n'y avait pas de liquide
panché dans la cavité du péritoine, mais on distinguait sur
;tle membrane un grand nombre de granulations très fines,
lus nombreuses à la fin de l'iléon et sur le cœcura { péritonite
iberculeuse ). Les ganglions mésentériques étaient très volu-
lineux et tuberculeux; la membrane muqueuse intestinale, deux
ieds au-dessus et au-dessous du cœcura était couverte d'ul-
^rations, à la base desquelles on trouvait de la matière luber-
ileuse.
M. Vernois détacha le rein gauche avec l'uretère et la ves-
e, et nous en fîmes l'examen. Le rein gauche était très volu-
ineux; incisé verticalement, il s'échappe de sa partie infé-
eure un liquide grisâtre, épais, qui remplissait une cavité
1 communication avec le bassinet. Ce rein , farci de tuber—
lies, marbré de blanc et de rouge (mélange d'anémie et d'hy-
érémie), avait la forme et la dimension d'un rein d'adulte vil
îsait quatre onces après avoir été incisé. Lorsqu'on en déta-
la les membranes extérieures, une certaine quantité de matière
iberculeuse resta adhérente à leur face interne. La face anté-
ewre du rein était semée de points blancs, les uns saillans^
in, 4^
es-
ens :
T<SStIS HiÉTlÎROLOGDES.
les aiitrëà nôri yaillanS, presqud tous arrondis, delà dimenition
d'un grain de fnillet, la plupart solides à la coupe, quelqu
uns entoui-és d'une pelife auréole comme des points purul
lés àiitres, surtout dèUl t^ti étaient danS les points anémiques]
sanà afiréole. Sur la face postériclire dii rèià , fortement iri-i
jectée, et surtout sur la moitié supérieure et vers le bord con-
vexe, oli voyait également des points blancs saillahs et solides.
A la lon^é , cette rougeur paraissait due à un piqueté très fin et
à des arborisations très déliées. A la partie inférieure du rein,
oti voyait trois tubercules plus voïiimineux que lesprécédens ,
et c(ùî correspondaient à une véi iiable caverne tubrrculeu.se et
à trois cônes affaissés ou détruits.
La substance corticale, d'apparence marbrée, par l'effet d'un
mélange d'anéiniè et d'hypérémie , contenait également un
graiid nombre de grains tuberculeux, dont le centre était plus
m'hii que l'extérieur, inàis qui ne pouvaient être énucléés, et
qit'oft iié pouvait séparer de la substance du rein, sans là
déchirer. La subsiauce corticale , vers le bord convèxe du rein ,
élaiten piusielirs points foj-tement tuméfiée et un peu ramollie.
Danà les points anémiques , èllè était beaucoup plus consi-
siaùtc. Les mamelons des cônes étaient presque tous affaissés
ou détruits; les calices , encroûtés de matière tuberculeuse,
étaient dilalés ; leur cavité et celle du bassinet , tout-à-fait mé-
conhaissablés , d'un blan6 jaiitiâtre , inégales , avaient l'apipa-
rericë' d'une cà'teriie tubêrcitlëu^e. La face interné dé rûretèfé
également encroûtée de malière tuberculeuse, était jaunâtre ,
inégdle , et les parois de ce conduit étaient triplées otl qiiadra-
plées d'épaisseur. La veine rénale était saine.
hè t-eîfl droit n'offrait point d'ailtérâtidn , et l'urètère n'était
piià dilaté.
Là vesslè cbtitendit Irêâ peu d'uMné ; sa fiicë intetne présen-
tait tih graiid nombi-ë de pelitëà ligiies circulaires ëcchymo-
tiqueS ét nbirâtt-es. Yei'S l'orifice dé l'uretère gauche , on
remarquait de légères traces de tuljërcules. La membrane mus-
ciiléusë était très épaisse.
§ gtà. Ghèz leë ëilfàns, la dialhèsë tiibéfcUleuse se Hiônlre
eticDi-è Iilu§ S6iivèn( t\Hé. cUi les ridulteS d'iltiC tnanièl-e gétiê-
CA.NCER DES REINS.
ràle. Cependant, à èli juger d'après mes propres observations
et d'après celles qui m'ont été communiquée^, si on rencontre
^Ius fréquemment des grains tùhercuteux dans les féins des
iifans que dans ceux des adultes, la dégénérescence tubercù-
eusé des uretères èl delàves'sie est plus rare danâle prenlierâge.
Cûnter des feiûé.
§ 913. Les altérations cancéreuses peuvent se môntrer âdiii
lifférentes formes et à difierens degrés dans les reins.
On a très rarement obsei-Vé le cancer des reins chez les enfâns •
>u le voit quelc^uefois dans l'âge adulte, plus souVent dans l'âgé
uLir et dans là viéillessé. A en jUger par meS observations et
l'après celles dont j'ai eu cohnaissaface, il est pltis rairé chez la
cmme que chez l'homme.
Dans un certain nombre de cas , j'àt vu le catltër alteitidrë
xclusivement l'es fëins, salis lésion càncéreùSe dé là vëâsiè, dèS
jrganes thoraciques, èt sans àfFection cancéreuse du foie , dè
estomac et dés intestins, etc. ; seulement la dégénérescérice du
cin était qUel({uefois accorrtpagnée d'un engorgement squir-
heux ou cancéreux des ganglions lymphatiques, situés dans la
cissure du rein ou dans son voisinage. Dans un plus" grand nom-
ire de cas , l'allération des reins n'était qu'un des phétlotnèneâ
l'une affection cancéreuse générale dont léS produits sé itidù-
raient à-la-fois dans les ganglions lyniphatiqueS , mésebléi'î-
]ues et prélombaires, dans le foie, lés poumonS, etc. Enfltl, le
ancéi" des reins m'a paru quelquefois naître sous l'influénce du
ancer d'un organe voisin : c'est ainsi qu'on pëùt,(;eme semblé,-
;xpUquër la fréquence de petits dépôts cancéreux dans lé réin
Iroit, lorsqu'il y a dégénérescence eilcéphaloïde du foiè, et les
apports bien constatés du cancêr du rein gauche avéô les dé-
;énéresceuces cancéreuses du colon descendant et du bas-fohds
le l'estomac.
§914. La dégénérescence encéphaloïdeest la forme àaatorni-
lUé du cancer qu'on rencontre le plus fréquemment dans lès
oins.Lâ dégénérescence fibriniforme et fongoïde, qu'on désigné
iluis spécialement sous le nom de fongus hèmatode, est beaucôUp"
43.
0'j6 TISSUS HÉTÉRO LOGU lis.
plus rare, et l'état véritablement squirrheux du rein s'observ«f
plus rarement encore.
Ces dégénérescences se développent presque toujours primi-
tivement dans la substance corticale; mais elles peuvent s'é-
tendre à la substance tubuleuse. Les membranes du rein, les
parois du bassinet et le sang coagulé dans les veines rénales,
peuvent aussi participer à la dégénérescence cancéreuse. Les
masses encéphaloïdes, souvent multiples, se développent ordi-
nairement à la surface des reins ou dans l'épaisseur de la sub-
stance corticale : elles sont d'un blanc rosé ou bleuâtre et lo-
bulées. Elles peuvent être à l'état de crudité ou ramollies. Dans
le premier état , elles ont presque autant de consistance que
]e tissu rénal, dans lequel elles se sont formées. Leur surface
est sillonnée par de petits vaisseaux, mais dans leur intérieur
ils sont rares ou peu apparens. Le tissu rénal qui entoure ces
masses est sain, ou au moins il est en général peu injecté. Dans
un état plus avancé, ces masses encéphaloïdes se ramollissent
parlielletnenl ou en totalité; leur consistance a été assez exac-
tement comparée à celle du cerveau de l'homme. Dans un de-
gré de ramollissement plus avancé, elles deviennent tout-à-fait
pulpeuses, et sont transformées en une sorte de bouiUie rose
ou rougeâtre. Elles offrent alors , à la coupe, une multitude de
petits vaisseaux sanguins qui se ramifient dans leur substance.
Lorsque ce réseau vasculaire est fortement injecté, ces tumeurs
paraissent d'un rouge brun, infiltrées de sang, et offrent quel-
quefois de petits caillots fibrineux dans leur épaisseur.
Parfois la substance corticale reste saine dans les intervalles
qui séparent les masses cancéreuses; d'autres fois non-seule-
ment elle est plus injectée de sang que dans l'état normal, mais
elle ofi're des traces d'inflammation non équivoques, des dépôts
ou des nappes de pus (7\.tlas, Pl. xi.vi , fig. 2 et 3), ou bien
encore de véritables foyers purulens au-dessous de la mem-
brane fibreuse du rein (Atlas, Pl. xiii, fig. 10).
Lorsque les petites masses cancéreuses sont peu nombreuses
ou n'ont que le volume d'une noisette (Atlas, Pl. Xlv, fig. 2),
le volume du rein peut n'être pas sensiblement augmenté.
D'aulres fois il acquiert des dimensions véritablement mon-
CANCER DES REINS. (^77
slrueuses, par suite du dépôt ou de l'infiltration de la matière
cancéreuse dans les substances corticale et tubuleuse (Atla.s ,
Pl. XLV, fig. I ; Pl. XLVI, fig. I ; Pl. XLVII, fig. > , et Pl.XLVIII,
fig. I ). Alors la surface du rein est surmontée d'un grand
nombre de bosselures, dont le volume varie entre celui d'un
grain de cassis et celui d'un gros œuf de poule : les unes sont
d'un blanc rose ; les autres d'un rouge foncé , et surmontées
ù'un réseau vasculaire qui s'étend vers leur base et les parties
voisines. La distribution des masses cancéreuses est en général
fort irrégulière. Je les ai vues amoncelées sur le bord convexe
d'un des reins; dans deux autres cas, à son extrémité supé-
rieure, tandis que l'extrémité inférieure n'ofifrait pas de traces
d'altération cancéreuse. Quelquefois, mais ce cas est rare , les
masses cancéreuses font saillie au-dedans du bassinet , soit
qu'elles aient pris naissance sur sa membrane interne ou dans
l'épaisseur des parois de ce conduit (Atlas, Pl. xlvi, fig. 3),
soit qu'elles aient soulevé devant elle les parois du bassinet ou
qu'elles en aient déterminé la destruction (Atlas, Pl. xiii,
fig. 10 ).
Lorsque les reins ont été entièrement envahis par la dégé-
nérescence cancéreuse, devenus informes, bosselés, ils ne pré-
sentent plus aucune trace de leur organisation primitive , et
lis offrent des différences d'aspect très remarquables ( AtlaS,
PUXMI, fig. 10; Pl. XLV, fig. I ; Pl. XLVI, fig. I ; Pl. XL VIII ,
ig. I ; Pl. XLix, fig. a). Dans des masses cancéreuses ramollies,
m trouve quelquefois de véritables cavernes , le plus ordinai-
ement remplies^ en partie, par une sorte de détritus formé de
natière cancéreuse et de sang altéré , qui s'écoule avec l'urine
lans le bassinet, par une ou plusieurs ouvertures accidentelles
A.TLA8, Pl. XLV, fig. 6).
Le fongiis hèmalode des reins (Atlas, Pl. xlix, fig. i et a )
•e rapproche , par ses caractères anatomiques , d'une autre aN
«ration plus rare, de l'apoplexie rénale, dans laiiuelle du sang
'u de la fibrine est déposée dans les substances rénales. La
lature cancéreuse du fongus hématode des reins est démontrée,
lon-seulement par l'existence d'une petite quanlilô de malièro
érébrifonne, comme ensevelie dfin» des caillot» de !îhnn« «1-
^^78 TISSDS HÉTÉROLOGPES.
térép , et par l'exislencfl siwvfltanée d'altérations cancéreuses
et fongoïde?, dans plusieurs gutres viscères, et même d^ins les
p^. P'aijlpurs, la dégénérescence encéph.aloïde des reins est
gHP'qucfoi^ apçomppgpée de dépôts sanguins considérables,
pji 4fe c.afllpl^ (J,e fibrine pjus pu njoins altérés, toul-à-r3it a»^-
Jflg»es, ?poins en ^pp^renpe , à çe^x qu'on observe 4?r)?
fqagm }Ȏ;patpde propremept 4it (Atlas, P}. xlv, fig, 6).
fQ«gy^ l>émalpc}e des rpjps se fécondait k dps m3sses
bpsselée? d'^n hvnn fougeafre, quelcjuefgis nji^jiangé de teinte?
jaunis, qui parsis^ent nipHes ou pâteuses s.oijp pression
du 4pigt- A la CQ)}.pe, op voit que Jes masses sont popstituées
P3r 4e la ff?3ripp ^llérép, brunâtre pp japuàtre pp qufijquep
ppint?, q\^p Ip 4oJgt pppt diyispr QU écraser facilprpeut, et qu^
Pfiï qijelqiwfpis te)len^e,p,t piflpUip qu'ellg rpgserable ^ une
3flr|edpbpUfUie.
Papp des cas pu p/ejp ^yajjt pté pqjièr^^ppt finy^Iji par Içi
dégépéresçepcp ç^ppprpuse, en digs.éqp^pt ^j,tpn}|yeniept l'altér
i ji^fpn, çn a tr,Quyé, 4an? de? n^^sse? de jp^tiçrp çérpjjrifprrpç,
et plus rarement dans le voisinage de dépôts fibrineux, du tissu
squirrheHjc, ^vpp l'appafpnce qu'il offre si souvent (iann le
eancer des mamelles, O.es bandes PU dps ^Iripç irréguliéres ,
d'un tissu blanc bleuâtre, désistant .con}me le J^rd pp le tissu
csUvikire ipdjifç, Jr£iYers9ipnt les masses c^pcéj-euses en différ
feus sens.
Dans le c^PCer 4ps rpip^ , )es tissi^is élémentaires de ces orr
gppes et leurs conduits pxcrétpurs peuvent offrir dps ajjérgtions
ppn moins remarqpfiblps. On a vu les veines répaleSj et même
1^ veine-pave inférieure , distepdues pjjr du si»pg cpagujé pi>
diverpemept ijltpré ( Atlas, ?\, 1 figr f ; Vl- ^i^, fig- î
et ?). En général, les dépôts fibrineux trouvés dans jes yeipjef
ppl une apparence qui se rapprocbp beaucopp dp celle des dé-
pôts fibrinepx purs pu piélangés de matière cérébriforme qu'on
observe en n^êpie temp^ dans les reii^s.
Les vaisseaux et les ganglions Ijfmphaliqups des reins partir
cippnt souvepl aux dégénérescences cancéreuses de ces organe?
(Atlas, Pl. xlv, fig. 5 et 6).
Les ganglions lymphatiques de 1^ 3çi«f»i^fe transforinés en
CANCER J)ES REIlSrS. 67g
matière squirrlieuse ou infiltrés de matièi'e cérébriforme , sont
quelquefois réunis en une seyle masse mamelonnée, qui cojîJ-
prime plus ou moins le bassinet et l'origine de rjareljère (Ati,a5,
PI. XLV, fig. 5 et 6).
Les enveloppes fibreuse et celluleuse âes reins, i^ialgré la
distension que leur fait éprouyer l'augmentation dv yolump
du rein, acquièrent quelquefois une épaisseur considérable, et
souvent elles sont sillonnées par des vaisseaux fortement in-
jectés et d'une plus grande dimension que dans l'état normal.
Les altérations cancéreuses du bassinet sont très rares. Je
n'ai jamais vu ses membranes infiltrées de matière çancéi'euse
en nappe , à la manière des infiltrations tuberculeuses ,des
mên>es parties (Atlas, PJ. xlii, fig. 3 j Pl.-xuv, fig. 1). Mais ,
deux fois , j'ai vu des masses cancéreuses plus ou moins apla-
ties et d'une dimension assez considérable , implantées sur la
membrane muqueuse du bassinet ou des calices ( Atlas ,
Pl. XLVI, fig. 3 ).
Je n'ai rencontré qu'un très petit nombre de fois dans le^
reins la dégénérescence tuberculeuse associée au cancer; j'ai
vu plus souvent chez un même individu des tubercules dans
les poumons et de la matière encéphaloïde dans les reins. Dans
un cas de diatlièsp cancéreuse et mélanique , j'ai trouvé, dans
la substance corticale des reins, de petits dépôts de mélanose
et des noyaux cancéreux.
Les animaux, aussi bien que l'holnme , peuvent offrir des
iffeclions cancéreuses dans les reins (Atlas, Pl. XLVin, fig. 5
■X 4). Je les ai observées notamment chez le chien et le bœuf.
§ 916. Symptômes. — Le cancer des reins peut être latent.
Dans ce cas, l'altération des reins n'a pas suffisamment aug-
menté le volume de ces organes , pour qu'ils forment dans la
légion lombaire une tumeur appréciable au loucher ou à la
pression. A cet état, la dégénérescence cancéreuse n'est pas
issez avancée pour déterminer, de temps à autre, une hématurie
>lus ou moins considérable dans le bassinet , et l'urine n'offre
pas d'altération caractéristique. Quelques malades seulement
plaignent d'une douleur profonde, persistante, tantôt
iourde , tantôt très aiguë et déchirante dans une des régions
É
f38o TISSUS HÉTÉROLOGUES.
ïombàires. Ce symptôme esl commun , non-seulement à plu-
sieurs affections des reins j mais encore à des lésions de la moelle
^pinière, de l'aorte , etc.
Le plus souvent au bout d'un certain temps, le rein , devenu
cancéreux , augmente de volume , 'de manière à former une tu-
meur dure, solide, appréciable au toucher. Quelquefois cette
tumeur dépasse à peine ie rebord des côtes; d'autres fois, elle
occupe tout l'espace situé eiiire la dernière côte et le bord su-
périeur de l'os coxal. Cette tunieui- peut présenter des mame-
lons appréciables au toucher.
Un autre symptôme du cancer des reins parvenu à un degré
Hvancé, etsurlout du cancer du bassinet ou du cancer liématode,
est la présence d'une certaine quantité de sang dans l'urine.
Cette hématurie rénale, laniôt légère, tantôt considérable, a
rarement lien d'une manière continue, soit que l'hémorrhagie
se suspende, soit qu'un caillot forme obstacle au passage de
l'urine sanguinolente. Mais bientôt l'urine devient de nouveau
rougeâlre comme de la lavure de chair ou d'un rouge de sang
plus foncé. Souvent lu sang se coagule dans l'ui etère et prend
une forme vermiculaire, oubien, si une grande quantité de sang
est descendue dans la vessie, ce fluide s'y concrète et l'expul-
sion en devient difficile et douloureuse. L'urine , qui surnage ,
est trouble; la couleur en esl foncée et l'odeur fétide, surtout
dans les derniers temps de la maladie. En même temps l'appétit
diminue, il survient des flaluosités intestinales, quelquefois
des nausées et même des vomissemens.
Dans le CHUcer des reins, il est rare d'observer la rétraction
du testicule qui accompagne si souvent la pyélite calculeuse,
lorsqu'il y a rétention d'urine à la suite de l'obstruction de
l'uretère par un calcul.
La peaujsurtoutdans les derniers temps de la maladie, prend
ordinairement une teinte jaune paille. L'amaigrissement fait
des progrès malgré le régime le plus analeptique. L'état du
pouls est variable; souvent il n'existe qu'une fièvre légère, les
»nenibres inférieurs s'œdémalieni, et parfois une hydropisio
Ijénéi-nlo, suite do la cachexie cancéreuse et des hématuries ré-
pétées, se déclare et présage la mort, Le développement do
CANCEll DES KTilNS. 68 1
l'œdème des parties inférieures peut être favorisé ou délerminé
par la formation de caillots fibrineux ou cancéreux dans la
veine-cave inférieure et dans les veines rénales et spermati-
ques.
A ces divers symptômes, il se joint souvent d'autres phé-
nomènes morbides , dépendant soit de complications pure-
ment accidentelles, soit, ce qui est très ordinaire, de lésions
cancéreuses du foie, de l'estomac, de l'intestin, ou d'autres
organes atteints par la diathèse cancéreuse. On aura une idée
générale de ces complications et de leur expression sympto-
matique en consultant le observations particulières, indi-
quées ou rapportées plus loin (Voyez : Hisioriqiie).
§ 916. Causes. Le cancer des reins attaque de préférence le
sexe masculin , l'âge mûr et la vieillesse. On l'a observé chez
des individus qui jouissaient en apparence d'une bonne consti-
tution. Quoique les jeunes gens en soient rarement affectés, ils
n'en sont point exempts; le cancer hématode des reins a même
été plusieurs fois observé chez les enfans.
Le cancer attaque plus fréquemment le rein droit que le rein
gauche , par suite de la plus grande fréquence du cancer dans
le foie que dans la rate.
Les maladies des voies urinaires et en particulier leurs in-
flammations n'ont point d'influence manifeste sur la produc-
I lion du cancer dans les reins.
Le cancer des reins peut être consécutif au sarcocèle et à
J'abiation d'un testicule cancéreux; j'ai vu cette relation chez
l'homme et chez le chien.
§ 917. Diagnostic. A l'état latent, c'est-à-dire lorsque l'alté-
ration cancéreuse du rein n'a point encore occasioné d'héma-
turie ni donné lieu au développement d'une tumeur dans une
des régions lombaires , les douleurs déterminées par un cancer
des reins peuvent être confondues avec des douleurs rhuma-
tismales ou avec une névralgie lombaire. L'apparition d'une
hématurie chez un malade qui éprouve habituellement de sem-
blables douleurs, sans avoir rendu antérieurement du sable ou
des graviers dans l'urine, sans avoir été atteint de rétention
«l'urine complète ou incomplète, devient significative si les
63^ TISSUS niÎTÉRQI^OGUES.
douleurs existent dans les intei-valles des hématuries comme
pendant leui- durée , et si elles se renouvellent sans causes
appréciables.
Quant aux tumeurs rénales cancéreuses , sans hématurie,
eljes ont été plus d'une fois l'occasion ^'erreurs de diagnostic.
On les 9 prises pour des abcès profonds aux lonihes; pour des
pyélites palc^ileuses avec distension du bassinet et des çalicesj
ppur une tumeur dp l'oyaire , etc. Des tumeurs cancéreuses,
Sppartpnant au rein droit, ont été considérées comme des alté-
rations du foie, surtoutlorsqu'ellesélaient,pour ainsi dire, sou-
dées avec cet organe , et l'erreur n'a cessé que lors de l'appari-
tion d'un nouveau symptôipe, une hématurie habituelle.
Parfois aussi on a confondu des tumeurs cancéreuses appar-
tenant au rein gauche, avec des intumescences de la rate consé-
cutives à des fièvres inlennitteutes ou produites par une dégé-
pérescence de cet organe. Toutefois les tumeurs de la rate sont
le plus souvent indolentes (les cas de coïncidence de péritonite
splénique exceptés), et ue sontpointaccompagnées d'hématurie.
Enfin il peut arriver , niais ce cas est rare , que les ganglions
lympljatiques de la scissure du rein et les ganglions lymphati-
ques prélombaires deviennent cancéreux, se tuméfient, se réu-
nissent et s'agglomèrent de manière à former une tumeur
considérable, mamelonnée et douloureuse qui simule une dé-
générescence cancéreuse du rein. J'ai vu un c?is dans lequel
une semblable altération fut prise pour un cancer des reins,
npn-seulement pendant la vie, mais encore après la mort.
L'erreur ne fut reconnue que par une dissection attentive de la
tumeur: au-deçspus d'une couche de tissu cellulaire ijiduré,
on trouva le rein déformé, aplati, intimement uni à la masse
cancéreusp, et complètement exempt de cancer.
§ 918. Pronostic et trailement. Le cancer des reins, qu'ii
soit simple ou compliqué de lésions cancéreuses d'autres or-
ganes, est un mal incurable. Toutefois on prolongera l'existence
des malades en les plaçant dans des conditions hygiéniques
f-ivorables, par une nourriture succulente et par l'usage d'un
vin. généreux. Le ralanhia et les prépai;ations ferrugineuses
(limaille de fer, laclate et sous-carbonale de fcr), employés
1
CÂ.NCER DES REINS, 683
sous diverses formes ralentiront quelcjue temps les pro-
grès de la cachexie cancéreuse et de l'hydropisie qu'amè-
nent inévitablement les longues souffrances et les hématuries
habituelles, inséparables de cette dégénérescence parvenue à
son dernier terme.
Ou s'abstiendra d'émissions sanguines locales ou générales ,
même aux premiers indices de la maladie, hors les cas d héraa-
lurip avec fièyre, de péritonite partielle et doulourevxse au-
tour de la tumeur formée par le rein dégénéré. On n'y aura
raèine recours qu'^iprès avoir inutilement essayé desbains et
des topiques émoiliens et narcotiques.
Quant aux douleurs occasionées par le passage de caillots
fibrineux , soit de l'virelère dans la vessie , soit de la vessie à
travers le canal de l'urèthre, elles ne cessent qu'après l'expul-
sion des caillots ou après le rétablissement du cours de l'urine
qui peut être favorisé par une ingestion abondante de boissons
rafraîchissantes, telle que l'eau de lin, l'eau minérale de Con-
trejcpville, etc. Il est inutile d'ajouter que l'application de la
glace aux lombes peut être utile, si \e rein cancéreux fournil
beaucoup .de sang. L'accumulation des caillots dans la vessie
ou l'occlusion de son col peut rendre le cathétérisrae et des
injections nécessaires.
Les cautères, les moxas, que plusieurs praticiens font appli-
quer à la peau des lombes dans les cas de dégénérescence cancé-
reuse des reins, sont des remèdes impuis&ans contre le mal local
et contre la diathèse qui le produil.Pour mou compte, j'ai depuis
long-temps renoncé â ces remèdes, plus nuisibles qu'utiles, qui
fatigupnt les malades , en nuisant quelquefois à leur sommeil,
ou qui, en s'opposant à certaines attitudes, rendent le coucher
ou les mouvemens du tronc plus pénibles et plus douloureux.
Les préparations de ciguè, trop vantées contre les affections
cancéreuses, ont aussi de graves inconvéniens ; elles nuisent, en
pure perte, aux fonctions de restomaç. Le principal remède ,
le seul vraiment utile, c'est l'opium. La longueur de la durée
de la maladie oblige souvent à employer successivement la
plupart des préparations opiacées les plus usitées, soit en laye-
ment, soit à l'aide de la méthode endermiciue.
684 TISSUS HIÎTKKOLOGUES.
Enfin , il faut éloigner du malade la pensée d'un mal incu-
rable , en lui faisant prendre des remèdes iusignifians , dont
l'action sera annoncée comme devant être très lente.
Historique et observations particulières.
§ 919. D'ancieno auteurs ont nienlionué, sous le nom de
squirrhe du rein, des altérations bien distinctes du véritable
cancer. Sennert(i) caractérise ainsi le squirrhe des reins : «est
autem squirrhus renum, malum plerumque insanabile, quod
hominem in cachexiam aut hydropem conjicere potest. » A
un premier aperçu, il semblerait que Sennert a connu le
squirrhe ou le cancer des reins, d'après la fréquence bien con-
nue de l'hydropisie, à la suite de cette dégénérescence; mais
Sennert ajoute : « Urina in squirrho renum redditur pauca,
tennis f l nqnosa, » ce qui indique clairement, suivant moi, que
ce célèbre médecin appliquait la dénomination de squirrhe
à l'inilammation chronique des reins el non à une dégénéres-
cence squirrheuse, telle qu'on la comprend généralement au-
jourd'hui.
Chopart (i) traite du cancer des reins ; mais les observations
qu'il rapporte ne sont pas réellement des cas de cancer. Dans
la première, empruntée à Seger, il est dit qu'un des reins était
très volumineux et rempli de pus, et que l'autre contenait un
calcul. Dans l'autre, extraite de Th. Bonet, ils'agitd'un rein
li'ansformé en une espèce de poche; les deux malades avaient
rendu des urines sanguinolentes et des caillots de sang.
Dans ces derniers temps, un assez grand nombre de cas de
cette maladie ont été publiés dans les journaux de médecine.
Le docteur C.-G. Cai-raud(3)a observé, à l'hospice de laSal-
pétrière , chez une femme de 58 ans, un cas de cancer du rein
droit, qui avait été pris pour une maladie du foie. Le rein était
(i) Sennert, Opéra, t. r, lib. 3, part.i, fcct, i, cap. p,
(a) CliopBFt, ouvrage cité, 1. 1, page i32i
(3) Carraud (CG.). Distert. sur la niphrit», in.4, Pari», i8i3, page ai.
CA.NCER DES REINS (histonque). 685
transformé en une large tumeur encéplialoïde du volume de
la tête d'un homme.
Béclard(i) a trouvé sur le cadavre d'un homme âgé de 5o
ans un cancer du rein droit. La tumeur égalait le volume de la
^ète d'un enfant; elle était formée par du tissu cérébriforme
d'une couleur jaune , parsemé de petites cavités remplies de
sang et de pus. Le foie présentait aussi une grande quantité de
tubercules cancéreux.
M. Chomel (a) a rapporté un cas de cancer, observé chez un
vieillard âgé de 60 ans, et qui avait paru prendre naissance à
l'occasion d'un coup reçu vers la région de la rate et de l'esto-
mac; un état de langueur précéda de quelques mois l'appari-
ion d'une tumeur, dont l'accroissement fut tel qu'elle envahis-
iait une partie de l'abdomen. A l'ouverture du corps, on trouva
:jue la tumeur était formée par une dégénérescence cancéreuse
3t tuberculeuse du rein. Ce cas est surtout remarquable, en ce
que les autres viscères du thorax et de l'abdomen n'offraient
luoune lésion.
Le docteur Roques (3) a publié le cas d'un militaire, opéré
l'un sarcooèle du testicule gauche, et qui mourut plus tard
l'un cancer du rein gauche et du foie. Le rein, transformé en
natière encéphaloide, pesait plus de quatorze livres.
Le docteur Miriel (4) cite le fait suivant qui est des plus curieux :
«Françoise Levelly, âgée de 35 ans, se présente à l'hôpital
nvil de Brest, le 6 avril 1809, pour être admise 4 faire ses
;ouches. Cette femme se trompait. On ne prit point part à son
'rreur, et elle fut renvoyée dans une salle ordinaire , oîi elle
aourut le lendemain- A l'ouverture du cadavre, on trouva une
umeur énorme qui avait déplacé et porté à gauche tous les in-
estins grêles, le cœcum et les portions ascendante et traosverse
lu colon. Dirigé par l'uretère, qui se perdait au centre de cette
(1) Bulletin de ta Faculté de médecine de Paris, t. v, 1816, p. 114.
(2) Journal de méd, cliir, et de pharmac, iSiif. — Bibl. méd., t. xi.v,p. 8(.
(3) Bulletin des sciences médicales, l8ag, t. xvii, p. i33,
(4) Miriel (G.). Reflexions sommaires suri' importance du diagnostic, ia-4
^aris i8io, pagQ i3.
6o6 TISSUS fi^TKROLOGtlES .
t'umeuï', dont le voluhle extraordinaire en avait impofeé à cette
fpinme, de manière à lui faire croire qu'elle étâil tencéinle,
M. Durel, cliilurj^ieri eh clief de la marine, au porl de Brest,
reconnut que c'étàit lé rein droit. Sa forme était ovoïde, son
poids de six livi'ës et demie, et éette masse informe s'étendait
depuis le pilier dù diaphragme jusque dans le bassin. Divisé
par tranches mitices, suivant sa longueur et sa largeur, il fut
impossible de reconnaître la substance qui, dans l'état sairi, cori-
tribûe à là fol'ihalion du rein. Cet organe était dénaturé, désor-
ganisé , et n'oîTrait qu'iirie substance molle, blanche , et qui
avait, quant à la consistance et à la couleur, une ressemblance
parfaite avec la pulpe cérébrale. Enfin , sans la présence de
l'uretère, il eût été impossible de rencontrer la moindre trace
dù réin.
M. le docteur Ginlrac (i) a publié deux observations de can-
cer des reins, avec des remarques intéressantes sur cette mala-
die. L'une de ces observations est celle d'un homme de 54 ans,
mort d'un cancer du rein gauche. Cet organe était transformé
en une masse de matière encépbaloïde; il y avait des tubercules
dans les poumons. L'autre est celle d'un homme de ôg ans, mort
d'un cancer du rein droit. Les mamelons étaient ramollis et dé-
générés en matière encéplialoïde; il y avait aussi dans le rein
gauche plusieurs tubei-cules cancéreux. La capsule surrénale
était convertie en une masse cancéreuse. La veine-cave con-
tenait infèrieurement un caillot pareil à la dégénérescence
caucéreusè ramollie j la veine azygos était. remplie cïe matière
enceplialoïcle.
fiance (2) a vu un vieillard de 78 ans atteint d'un cancer de
l'intestin , des ganglions mésentériques et du foie. Les reins
contenaient quatre ou cinq noyaux de matière encéphaloïde, à
l'état de crudité.
M. Renauldin (3) dit que, chez une femme, âgée de 65 ans, le
(i) Gintrac. Mémoires et observ. de méd,clmiq. el d'anal. pathol., page rôg,
Bordeaux, i83o. ..
• (a) Archivés générales de médecine, t. xxv, page 45, r83l.
(3) Archives générales de médecine, a° série, t. u, pag, 588, 1833.
CANCER DES REràs {lustorîque). 687
rein gauche, augmenté de volume par suite d'une dégénéres-
cence cartt^reuse, avait été pris pour line tunieut- de la ràte.
Il y avait dans le ventricule gauche du cœur une tuthèur can-
creuse dti volume d'une noix.
Le docteur INorris (i)a vu, chez un homme de 5g ans, ctontleà
glatides tnésentériques étaient cancéreuses, le foie, le pancréas^
les reins, le sternurri, etc., offrir des lésions cancéreuses. '
Le docteur Houssard (2) â observé titr câs de càhcer dû rélli
ch'oit et du foie chez une femme âgée de izS ans.
M. Cruveilhier (3) a cité un cas de cancéi" du rein droit, dti
foie et des poumon^.
M. Bouillaud (4) a observé , chez ùn homnle de 6d rihs , ùiie
légénérescence tuberculeuse et encéphaloïde dû rein droit,
[Ui s'étendait de la fosse iliaque jusqu'au fôie.
M. le docteùr Vallerand de Lafossé (5) a rapporté ttn cas dé
;ancèr du rein droit, observé chez tin homriie de 3o àns'. Le"
oin était presque entièrement converti en tubercules cancé-
cux, il y avait des tubercules dans les poumons.
M. Roslan (6) a observé un cas de cancer de l'éstonlac et dii
oin droit cliez une femme, âgée de 64 ans.
Le docteur John Darwall (7) a rapporté soUs lé nom dé
ihysconie rénale denx observations de tuineurs rénales qui
)araissent être des cas de cancer du rein , l'un observé chez
me vieille feranlë ëi, l'autre chez un jeune homme de 22 àné.
tJn caâ cité par M. îlécaraièr (S) parait être àUssi ilii câà )Îé!'
légénéf'escence cancéreuse du rein gailchë. Là litàlade était ùtië
emme d'un âge avancé; les poumons contenàient quëlqués tiï'-'
^erculés.
(1) Edinb. med. and surg. journal , vol. xvi, p. 56a, 1820.
(2) Bill, méd., loin, i.ix, page 35o, 1818.
(3) Nouvelle, bild. méd., t. iii, p; y^'i, xiig.
(4) Journ. coinpl. des se. médt, t. xxxi, pbç. t6, 1848.
(5) Nouvelle Mil. méd;, t. viii,p. 42, Paris, iSaS:
(G) Ndui-eau j'ourii. de inéd., t. yi, p. 2l5, 1819.
(7) (idinb. mcd. ànti sM^. j6Um.it iGo, Ï8ii3.
(8) Revue médicale, 1. 11, p. i8, 1824.
688 TISSUS HKTiROLOGUIÎS.
T.-F. Ilancc-( I ) a rapporté le cas d'une péù le fille d'un an etcinq
mois, laquelle portail dans l'hypochondre gauche une tumeur
qui, au toucher, paraissait avoir le volume d'un œuf de poule.
Six mois après , on découvrit une tumeur dans l'hypochondre
droit. Puis il survint une hématurie. Après la mort, on trouva
à la place des reins deux tumeurs cancéreuses fongoïdes. On
peut rapprocher de ce cas celui d'un enfant , âgé de 4 ans et
mort d'un cancer hématode du rein droit, et dont l'ohservation
a été publiée par M. Bennett (a); le rein pesait quatre livres
environ, les autres organes étaient sains.
M. Velpeau (3) a publié plusieurs observations remarquables
de dialhèse cancéreuse, avec dépôt de matière encéphaloïde
dans les reins ou le bassinet.
Le docteur Sandwich (4) a observé un cas de cancer du rein
droit chez une vieille femme qui avait été sujette à des coliques
néphrétiques et à des pissemens de sang. Le rein droit pesait
près de huit livres.
§ gao. Les cas de cancer des reins qu'on rencontre dans la
pratique peuvent être classés dans trois catèyories. La première
comprend les cas de dépôts de matière encéphaloïde dans les
reins, sans augmentation notable du volume de ces organes
et sans hématurie {cajicer latent) ; la seconde, les cas de cancer
du rein ou du bassinet, principalement caractérisés par des
douleurs rénales et par une hématurie habituelle, sans aug-
mentation notable du volume du rein (ces cas, quoique moins
obscurs que les premiers, sont plus souvent soupçonnés
que reconnus pendant la vie); enfin, une troisième catégorie
se compose des cas de cancer, annoncés par une tumeur ré-
nale , dure^ facilement appréciable au toucher et par une héma-
turie habituelle.
(1) Fongns bématode des reins (Jiibl. ntéd., t. ir.vrx, pag. n4, i8i5).
(2) Londonmed, Gazelle, t. vtii, p. 183, l83i.
(3) Revue mid.. \. iv, p. 219, 1826, — Ibid.. t. ui,p. 77, 1826 Jbid.,t.iv,
p. 217, 1826.
(4j Case of fungns )i,Tmalodes of tbekidpcy {^Edinb.med.aridsurg.journ.,
Tol.x7r,pt38i, tSao,
CANCER DES REINS [état latent). 689
Les observations suivantes m'ont para propres à remplir
< quelques lacunes dans l'histoire générale du cancer des reins.
1 Les observations i, ii, m et iv montrent comment la périto-
1 nite, le cancer de l'estomac ou de l'intestin peuvent masquer
; l'expression symptomatique du cancer des reins. Les observa-
i lions I, II, m, etc., sont des exemples de cancer latent des
r reins et de diathèse cancéreuse. L'observation ix est un exemple
fort extraordinaire de cancer du rein droit, s'ouvrant dans le
- duodénum. L'observation xi est un exemple des cas de cancer
: des reins qu'il est facile de reconnaître pendant la vie. Enfin,
. les observations m, iv, xi, etc., sont propres à donner une idée
^1 générale àes hydropisies consécutives à la dégénérescence can-
céreuse des reins.
§ 931. Première série. — M. le docteur Aubé m'a remis le
rein d'une femme morte d'une péritonite à l'hôpital iieaujon.
Cette femme était entrée à l'hôpital quelques jours seulement
avant sa mort. Elle y avait été admise pour y faire ses cour
ches. Le travail avait été très laborieux ; la version avait été
nécessaire et avait offert beaucoup de difficultés. Il en résulta une
métro-péritonite à laquelle cette femme succomba trois ou quatre
jours après sa délivrance. A l'autopsie du corps les recherches
furent principalement dirigées vers l'utérus : il existait une
)éritonite générale; épanchement de sérosité purulente, accom-
pagné d'adhérences récentes des diverses parties de l'intestin.
||LL'utérus, double du volume de la tête d'un fœtus à terme, pré-
sentait intérieurement une exsudation purulente. Les veines
atérines et celles du bassin contenaient du pus. Rien de re-
marquable dans les autres organes, si ce n'est à la surface d'un
des reins, dans la substance corticale duquel existait une petite
masse de cancer encéphaloïde de la grossevir d'une noix en-
viron; ce rein de forme et de volume ordinaires ^ généralement
peu coloré , présentait, vers le milieu de son bord convexe , un'
tubercule cancéreux de la grosseur d'une petite noix , faisant
an peu saillie à l'extérieur et s'enfonçant de deux lignes environ
dans la substance corticale. Au-dessus de cette tumeur,
la membrane du rein offrait un lacis de petits vaisseaux. A la
coupe , la substance de la tumeur était uniformément blan-,
in. 44
690 CANCRR DES REINS (état latent).
châtre, peu consistante et pouvait s'écraser sous le doigt.
Ecrasée sous le doigt , cette substance prend une teinte un
peu rougeâtre et ressemble à la substance cérébrale ramollie;
près de cette tumeur, on trouve un grain cancéreux gros
comme la tête d'une épingle. La substance rénale, voisine de
ces dépôts , ne paraît pas altérée.
Il n'y avait rien de semblable dans l'autre rein , ni dans au-
cun organe. Ce rein offrait à sa surface une petite bosselure,
mais le tissu n'en était nullement altéré.
Chez une autre femme morte de péritonite puerpérale, l'allé'
ration cancéreuse était aussi à l'état rudimeutaire. Un des reins,
pesant 3 onces 3 gros 1/2, présentait à sa surface quelques rou-
geurs et un certain nombre de petits grains blancs solides. Dans
un des cônes, très près de son extrémité, il y avait une tumeur
arrondie, grosse comme une noisette, blanchâtre, un peu
molle et vasculaire , ressemblant beaucoup à certains tubercu-
les cancéreux du foie. Les calices et le bassinet étaient injec-
tés ; les cônes étaient d'un rouge assez foncé.
Ous. I. — Caucer du rein à l'ét.at radimcnlaire ; cancer du foie et de
l'estomac, — Péritonite- — Douleurs hépatiques et douleurs rénales ; hy-
dropisie.
Fontaine (Auguste) , né à Paris, orfèvre, d'une conslitutiog
lymphatique, né deparens sains, n'avait eu aucune maladie jus-
qu'à l'âge d^ i4 ans; à cette époque il fut atteint de la petite-
vérole, et depuis il dit n'avoir éprouvé que des indisposi-
tions passagères.
Depuis un an il a senti des douleurs vagues dans le dos, à la
partie antérieure de la poitrine, à la région de l'estomac, surtout
après le i-epas , avec des vents qui lors de leur sortie donnaient
une secousse à la région épigaslrique. Depuis quatre mois les fla-
tuosilés sont devenues plus fréquentes, avec douleurs lanci-
nantes à la poitrine, sans toux, ni crachats. Douleurs de reins
par intervalles. Tous ces symptômes ont augmenté depuis cinq
semaines ; la face est bouffie ; les jambes sont tuméfiées.
Le i5 septembre, joues flasques, jambes œdématiées, surtout
CANCER DES REINS {état latent). 691
le soir; depuis cinq jours douleurs au mollet gauche, dégoût
pour le pain et le vin, douleurs à la région épigastrique, qui est
très sensible à la moindre pression ; douleurs à la poitrine et au
dos surtout dans la région du foie; la surface du lobe gau-
che de cet organe est comme brunie. Les douleurs sont lanci-
nantes; assoupissement presque continuel ; douleurs à la région'
des reins; urines en apparence naturelles, et peu acides {Eau
de Seltz ; trois tasses de lait , deux bouillons) .
Les jours suivans, la douleur au foie est plus continue, le
ventre devient même généralement douloureux, sans hoquet,
ui v^omissemens. Mort le 14, à quatre heures du matin.'
Autopsie du cadavre. Le cerveau mou; sérosité dans les ven-
tricules ; injection de la pie-mère.
Poitrine. Le larynx contient beaucoup de mucus; adhérences
au sommet des deux poumons, qui sont froncés, parsemés
de petites cavernes et infiltrés de tubercules. Engouement de la
partie postérieure des deux poumons; sérosité sanguinolente
dans le péricarde.
Aldomen. L'estomac adhère à la face inférieure du lobe
moyen du foie. Cet organe, plus volumineux que dans l'état
sain, est parsemé d'un grand nombre de tumeurs cancéi'euses,
encéphaloïdes, irrégulièrement arrondies, à divers degrés de
volume et de consistance. Le tissu contigu à ces tumeurs est d'un
I ouge foncé ; la rate est molle ; dans le petit bassin il y a beau-
coup de flocons pseudo-membraneux, résultant d'une périto-
nite récente. Le péritoine contenait environ un litre de liquide
rougeâtre , d'odeur fétide ; le pylore et une partie du bas.-fond
del'eislomac étaient cancéreux. Depuis le duodénum jusqu'au
cœcura teinte verte foncée, uniforme, de l'intestin. Amas de ma-
tière fécale dans un grand tiers du gros intestin.
Les reins , légèrement augmentés de volume , sont infiltrés
de petits noyaux de matière encéphaloïde. Les uretères et la
vessie étaient sains.
44.
692 CANCËR T)T.s niîiNS (état latent).
Obs. II. — Cancer de l'estomac, et du foie; petits dépôts cancéreux dam
la substance corticale des deux reins , non sensiblement augmentés de
volnme ; urines acides sans altération notable.
J.-B. Giroux, portier, entra, le i" avril i836, à l'hôpital de
la Charité. Cet homme, âgé de 4» ans, d'une haute stature
et d'un tempérament nerveux , s'était toujours assez bien
porté, lorsqu'il y a trois à quatre mois il éprouva, à la suite
de chagrins, quelques douleurs du côté de l'estomac et qui se
faisaient sentir pendant la digestion ; il n'en continua pas moins
à travailler. A ces douleurs se joignirent des vomissemens quel-
quefois verdâtres, quelquefois noirâtres, et une perte de force,
avec amaigrissement notable.
Teinte jaune-paille légère, décubitus sur le dos, faiblesse
générale prononcée ; le malade se plaint quand il lui faut exé-
cuter quelques mouvemens dans son lit; la voix est éteinte.
Au bas de l'épigastre on sent une tumeur du volume du poing,
inégale, résistante, un peu douloureuse à la pression, qui
fait corps avec l'estomac et surtout avec la région pylorique,
et se termine vers le foie sans lui adhérer. Douleur à l'épi-
gastre, principalement dans la tumeur; douleur obtuse et
continue avec quelques exacerbations ; perte complète d'ap-
pétit; vomissemens souvent répétés de matière noirâtre, sem-
blable parfois à de la suie ou à des morceaux de charbon tenus
en suspension dans l'eau. Ces vomissemens ne se répètent pas
plus de trois à quatre fois par jour, quand G... ne boit pas; mais
comme il est tourmenté d'une soif vive, il ne peut résister à
ce besoin ; alors , il survient des vomissemens une demi-heure
environ après l'ingestion du liquide. Tantôt il y a constipa-
tion, d'autres fois dévoiement, c'est-à-dire trois ou quatre selles
liquides etnoirâtres dans les vingt-quaire heures. Langue recou-
verte d'un enduit jaunâtre , épais à la base, rosée à la pointe et
sur les côtés; inappétence complète ; quelquefois des hoquets;
urines très foncées en couleur, d'une odeur nauséabonde , et
acides (on les avaient trouvées alcalines un matin, mais elles
avaient été rendues dans une urinoire sale); pouls faible,déprimé,
(60 pulsations par minute) ; assoupissement (applications émoi'
CANCER DES REINS {état latent). 693
1 mentes; eau de Seltz)^ uu peu de soulagement ^ mort le 10
i lonai.
I Autopsie du cadavre. L'estomac a éprouvé une si forte dis-
Lcnsion qu'il descend jusqu'au niveau des crêtes iliaques ; les
parois en semblent saines et de même épaisseur dans les deux
l^iers supérieurs. A partir de ce point jusqu'à trois pouces au-
dessus de la valvule pylorique , la membrane muqueuse de ee
j^àscère est d'un rouge-brun et se déchire assez facilement ;
Bloute la sui'face de cette membrane est salie par des mucosités
brunâtres.
Dans la région pylorique, l'estomac présente jusqu'à sa ter-
minaison la désorganisation cancéreuse à un degré très
ivancé. A la coupe, on aperçoit un tissu blanc-grisâtre, lar-
iacé , dont l'épaisseur est depuis une jusqu'à trois et quatre
ignés. Des couches d'aspects divers correspondent aux mem-
branes de l'estomac ; on distingue surtout la couche rausculeuse
lypertrophiée.
La membrane muqueuse brunâtre , mamelonnée, ulcérée
ians quelques points , présente çà et là des fongosités et des
excroissances considérables. Dans certains points , elle est en-
lurcie; dans d'autres, elle a l'aspect d'une bouillie lie de vin.
La dégénérescence cancéreuse est d'autant plus avancée,
{u'on se rapproche davantage de l'orifice pylorique; la valvule
lylorique est en partie détruite.
La péritoine et surtout l'épiploon gastro-colique , offrent
)lusieurs masses ou tumeurs encéphaloïdes à un état plus ou
noins avancé. Le reste du tube digestif est notablement injecté
;t rem:pli de la matière noirâtre que vomissait le malade.
Le foie contient dans son épaisseur plusieurs masses cancé-
euses du volume d'une lentille jusqu'à celui d'une noix, dures,
l'un tissu blanchâtre, composées de petits lobes, comme ma-
nelonnées, et qu'on peut éaucléer facilement.
Yers la face supérieure du rein droit et sur son bord con-
/exe, on observe une petite masse cancéi'euse du volume d'un
)ois; cette petite masse cancéreuse est plus dense et moins
grenue que celles du foie ; le cœur est sain. Grains cancéreux
lans le rein gauche.
CANCER DES REINS {état latent).
Quelques adhérences anciennes dans la poitrine j un peu
d'engouement à la base des poumons.
Téte. Cerveau sain.
Obs. m. — Cancer ulcéré du cœcnm; cancer des reins; bydropbie géné-
rale; tubercules pulmonaires.
Un vieillard qui portait une tumeur dans la région du cœ-
cura , fut admis dans mon service à l'hôpital de la Charité.
Il offrait une apparence cachectique avec œdème et diarrhée
coUiquative , et mourut peu de temps après son admission à
l'hôpital. L'autopsie du cadavre fut pratiquée 24 heures après
la mort.
Etat extérieur. Face et membres extrêmement maigres ; peau
d'un jaune paille; membres inférieurs infiltrés de sérosité;
ventre un peu ballonné.
Tête. Les enveloppes du cerveau sont infiltrées de beaucoup
de sérosité ; la substance cérébrale a peu de consistance.
Poitrine. Point d'épanchement dans les plèvres. Le poumon
droit est un peu œdémateux à sa partie postérieure ; dans le
lobe supérieur du poumon gauche existe une masse dure , du
volume d'un œuf de poule , qui , incisée, est constituée par un
amas de tubercules; le tissu pulmonaire intermédiaire à ces
masses est dur, gris, et crie sous le scalpel.
Le cœur ne présente aucune altération. Le péritoine contient
environ un litre de sérosité roussâtre. L'estomac ne présente
rien à noter. Dans la moitié inférieure de l'intestin grêle, on
voit, de distance en distance, à travers le péritoine, des taches
blanchâtres. L'intestin ouvert présente une teinte ardoisée et
de petites places rouges. Sous la membrane muqueuse de
l'iléon, on remarque de petits dépôts de tissu encéphaloïde
blanchâtres, assez durs, du volume d'une lentille ; dans l'inté-
rieur du cœcum , il y a plusieurs ulcérations ; la valvule cœcale
est presque détruite. Les tuniques du cœcum ont beaucoup
augmenté d'épaisseur j en quelques points , elles ont cinq à six
lignes.
Le colon offre plusieurs ulcérationa irrégulières, et, enqucl-
à
CANCER DES REINS {état latent).
ques points, de la rougeur, avec un peu de boursouflement de
la membrane muqueuse. La rate et le foie ont leur volume et
leur consistance ordinaires, mais il y a dans le foie quelques
points durs, blancliâtres , du volume d'une petite noix (tissu
cncéphaloïde). Ces masses , au nombre de sept à huit , ne sont
pas enkystées , et autour d'elles la substance corticale est un
peu injectée.
Les reins, de volume ét dé consistance ordinaires, présen-
tent , comme le foie, dé petites masses de matière encépba-
loïde du volume d'une noisette, au nombre de cinq ou six
dans cbaque rein ; elles sont situées dans la substance corticale
et font un peu de saillie à l'extérieur du rein. Une injection
fine, poussée par la veine rénale, a très bien pénétré dans la
substance du rein et même au centre cles noyaux de sub-
stance cncéphaloïde.
Les uretères, la vessie et l'urèthre, sains.
Obs. IV. — Noyau cancéreux dans lé rein droit; anémie et atrophie du
rein gauche; altération cancéreuse des ganglions du col et de l'abdomen^
cancer de l'estomac, du foie, etc., avec hydropisie ascite, œdème du
tronc et des membres inférieurs.
Joséphine Legrand entra à l'hôpital de la Charité, pour s'y
faire soigner d'unè cachexie cancéreuse à laquelle elle suc-
comba le 6 avril i83i. On fit l'autopsie du corps vingt-sept
heures après la mort.
Etat extérieur. Ventre distendu par des gaz; infiltration des
muscles et du tissu cellulaire des membres inférieurs et du dos.
Abdomen. La cavité péritonéale contient deux pintes environ
de sérosité verdâti-e. En écartant les circonvolutions intesti-
nales, on sent au-dessous du mésentère une masse volumineuse,
dure, située de chaque côté de la ligue médiane. Cetté masse
est formée par des glandes cancéreuses énoi'mes. L'eslomae
adhère en avant au bord tranchant du lobe moyen du foie ;
en arrière, à la masse cancéi-euse dont il vient d'être parlé. Le
canal hépatique, de la grosseur d'une très grosse plume d'oie,
et le canal cholédoque sont placés au-devant de celte masse
696 CANCER DES REINS {état latent).
cancéreuse; la veine-porte est aplatie et vide de sang; la pe-
tite courbure de l'estomac et la fin de l'œsophage sont occupées
parune masse cancéreuse, bosselée, inégale, ramollie en plu-
sieurs points, assez consistante en d'autres ; la membrane raus-
culeuse est d'un blanc bleuâtre et hypertrophiée.
A la surface du foie et dans son épaisseur existent de nom-
breux noyaux de matière cérébriforme, à l'état de crudité. Plu-
sieurs de ces noyaux sont comme renfermés dans une mem-
brane, et on en fait aisément l'énucléation. Dans d'autres points,
cette matière est infiltrée dans le tissu de l'organe. Pancréas
sain , quoiqu'en contact avec une masse cancéreuse.
Le duodénum est placé au-dessous de la tumeur, qu'il en-
toure en quelque sorte de manière à n'être point comprimé.
L'uretère gauche est accolé à cette masse.
Les veines rénales contiennent du sang liquide; les reins
sont petits; la substance corticale est pâle. 11 y a de la graisse
en assez grande abondance autour du bassinet du rein gauche ;
le rein droit, moins pâle que le gauche, présente un noyau de
matière encéphaloïde.La masse cancéreuse prélombaire, blan-
che et dure, comprend dans son épaisseur l'aorte et les bran-
ches qu'elle fournit jusqu'à sa bifurcation. A partir de la
mésentérique supérieure , le calibre de Partère est diminué.
La veine-cave inférieure, située en dehors de la masse, n'a
point diminué de calibre, bien qu'elle soit entourée de prolon-
gemens de matière cancéreuse.
Poitrine. Un peu de sérosité dans le péricarde; hypertrophie
concentrique du ventricule gauche. La partie postérieure des
poumons est engouée ; un peu d'injection dans l'iléon, et plus
bas quelques ulcérations ou érosions superficielles de la mem-
brane muqueuse; plusieurs ulcérations dans le colon.
A la partie latérale gauche du cou existe, au-dessousde la peau,
du peaucier , des muscles slerno-masloïdien et thyroïdien et
omoplato-hyoïdien , une tumeur du volume du poing du sujet.
Cette tumeur s'enfonce en arrière de la clavicule et refoule un
peu le sommet du poumon en faisant une légère saillie dans
la cavité thoracique. Cette tumeur, formée de tissu squirrheux
lardacé, criant sous le scalpel, est étrangère au corps thyroïde,
CANCER DES REINS {état latent). 697
^atrophié par la compression qu'elle exerce sur lui. L'œsophage
dans le point correspondant présente une arborisation vascu-
laire des plus considérables.
Têle. Un peu de sang liquide dans le sinus longitudinal supé-
rieur ; les ventricules latéraux contiennent une cuillerée à bou-
che de sérosité transparente ; le cerveau et le cervelet sont un
^peu mous j la moelle épinière est saine dans toute son étendue.
''Obs. V. — Dégénérescence cancéreuse et tuberculeuse des reins chez une
femme âgée , dont le cerveau et les poumons offraient des altérations
de même nature.
Durand, marchande des quatre saisons, âgée de Sg ans,
tteinte d'hémiplégie depuis quelques mois, entra à l'hôpital
le la Charité, le 5 septembre i838.
Regardée comme infirme et incurable, elle fut peu observée ;
'n ne s'occupait d'elle que pour la faire passer à la Salpétrière,
orsqu'elle fut prise de tous les sytnptôines d'une attaque
l'apoplexie, et mourut au bout de quelques heures, le 26 sep-
mbre i838.
Autopsie du cadavre. — Tête. La dure-mère présente à sa
arface interne, un peu en arrière du point correspondant à
ï fontanelle postérieure, une petite masse irrégulière de tissu
lanchâtre, granuleux, assez dure, et du volume d'une noi-
ette. Cette tumeur a l'aspect et la consistance du tissu squir-
lieux; elle adhère intimement à la dui'e-mère.
Les circonvolutions de l'hémisphère gauche du cerveau et
•s anfractuosités qui les séparent sont peu apparentes. En in-
isant la partie postérieure de cet hémisphère, à trois lignes
e profondeur, on découvre une cavité accidentelle de deux
ouces de diamètre d'avant en arrière et de quinze lignes de
iamètre transverse, cavité remplie d'un liquide jaunâtre,
pais , dans lequel nagent des flocons et des détritus de matière
ncéphaloïde, de petits grains blancs ou jaunâtres d'une con-
istance cancéreuse. Les parois de cette cavité, tapissées par
ne couche de cette même matière, ne ressemblent pas aux
arois jaunâtres des cavités consécutives aux hémorrha-
ies cérébrales. Dans l'épaisseur du lobe postérieur de l'hé-
i
698 CANCER DES REINS {état latent).
inisphère droit, il y a une cavité semblable , mais un peu plus
petite-
Poitrine. Les deux poumons sont farcis , surtout à leur par-
tie postérieure et au niveau des grosses bronches d'une
innombrable quantité de petites masses d'une matière blanche
jaunâtre, traversée de stries noirâtres. Le volume de ces petites
masses varie depuis celui d'une noisette jusqu'à celui d'un œuf
de pigeon. A la coupe, ou voit qu'elles sont formées de gru-
meaux de matière tuberculeuse à l'état de crudité et de ma-
tière encéphaloïde; dans les intervalles de ces masses y le tissu
pulmonaire contient quelques granulations grises. Outre ces
diverses lésions, on rencontre dans le poumon droit plusieurs
foyers* circonscrits , pleins d'un pus crémeux. L'un de ces
abcès , du volume d'un œuf, est situé à la partie postéi-ieure
du lobe supérieur du poumon droit j la base de ce poumon of-
fre une hépatisation grise.
Aldotnen. Le parenchyme du foie ne contient que trois'ou
qùati'e petites masses de tissu encéphaloïde; une tumeur de
même nature fait saillie à l'extrémité supérieure de la rate,
au-dessous de sa membrane propre. Le tube digestif et le pan-
créas sont sains.
Le rein droit, d'un volume normal, a une densité considé-
i-able; la substance corticale est infiltrée dans toute son éten-
due, etjusque dans les intervalles des tubes, d'une matière jaune
d'une dureté squirrheuse. La substance tubuleuse ne présente
d'autre altération qu'une diminution notable de volume et une
augmentation de densité.
Le rein gauche , du volume du précédent , et d'une moindre
consistance, offre la même altération que le droit dans l'é-
tendue d'un pouce carré seulement, oli la substance corticale
et deux cônes sont envahis par de la matière tuberculeuse
et de la matière cancéreuse. Ces matières infiltrées forment
plusieurs petites saillies d'un blanc rose au-dessous de la cap-
sule propre du rein.
Les bassinets , les uretères et la vessie sont sains. L'urine ne
contenait point de sang.
La matrice et les ovaires sont sains.
CANCER DES REINS {état latent). 699
§ 923. L'observation suivante est remarquable en ce qu'ellfe
offre un exemple peut-être unique de cancer de la membrane
muqueuse de la vessie, des uretères et du bassinet sans lésion
cancéreuse des reins.
Obs. VI. — Cancer de la vessie , des uretères , des bassinets , du foie ;
vice de situation très remarquable du colon.
Scbouard (Marie) âgée de 58 ans, mourut dans le service de
Lerrainier, après avoir été attaquée de douleurs abdominales
et de plusieurs hématuries. L'autopsie du cadavre fut fîiite
trente heures après la mort.
Tête et rachis. Sinus longitudinal supérieur contenant des
concrétions fibrineusesjaunâlres.
Le tissu cellulaire sous-ara chnoïdien était infiltré de sérosité.
Teinte jaune de la face interne de la dure-mère ; adhérence de^
l'arachnoïde cérébrale des hémisphères avec celle qui couvre
la face interne de la dure-mère j veines cérébrales supérieures
contenantdes caillots fibrineux jaunâtres; ventricules latéraux
pleins de sérosité ; bonne consistance des substances cérébrales.
A la face interne de l'arachnoïde crânienne, petites granula-
tions blanches, de la grosseur d'une tète d'épingle. Moelle épi-
nière ferme et saine.
Poitrine. Poumons engoués et infiltrés de sang. Teinte viola-
cée de la trachée et des bronches.
74fic?07wen. Deux pintes et demie de sérosité jaunâtre et trouble
dans la cavité du péritoine. Foie très volumineux, s'étendant
transversalement d'un hypochondre à l'autre, et de haut en bas,
à droite jusqu'à la fosse iliaque, sur la ligne médiane jusqu'au
nombril, et à gauche jusqu'au bord latéral des fausses côtes. Le
colon était logé dans une dépression de la face supérieure du
grand lobe du foie. Le foie pesait huit livres et demie.
Des noyaux cancéreux, variant depuis le volume d'une noi-
sette j usqu'à celui d'un gros œuf de perdrix, tellement nombreux
qu'il était impossible de les compter, étaient déposés dans le
foie. Plusieurs présentaient à leur centre une disposition vas-
culaire très marquée ou semblaient pénétrés de sang, tandis que
leur circonférence avait une blancheur laiteuse. Sous la raem-
-yoo CANCER DES REINS {tuiueut' rénolé).
brane propre du foie et au pourtour de plusieurs noyaux caiv-
céreux, il y avait une injection vasculaire très marquée. La
rate, l'eslomac et l'intestin étaient sains; il y avait dans le mé-
sentère quelques ganglions lymphatiques cancéreux, d'un vo-
lume considérable.
La substance des reins était saine ; mais à la face interne de
la membrane du bassinet on voyait de petites tumeurs pédicu-
lées évidemment formées d'un tissu fibreux, infiltré de matière
encéphaloïde. Semblable altération existait dans les uretèi-es.
Une masse cancéreuse, formée par l'agglomération de petites
tumeurs analogues aux précédentes, arrondies, incrustées de
concrétions calculeuses, occupait le bas-fond de la vessie.
§ gaS. Deuxième série- J'ai rapproché les uns des autres ,
dans cette seconde série, des cas de cancer des reins, avec
tumeur rénale , sans manifestation d'hématurie ; cas dans les-
quels le diagnostic était rendu plus difficile encore par d'autres
alFections , soit du cerveau , soit du foie ou des poumons , ou
du péritoine, etc.
Ob8. vu. Paralysie de la sensibilité et de la motilité dans le bras et
la jambe du côté droit ; déviation de la langue , droite ; écoulement
involontaire des uriues et des matières fécales; tumeur du foie ; tumeur
formée par le rein droit; douleurs abdominales. — Ramollissement non
inflammatoire de l'bcmispUère gaucbe du cerveau; cancer du foie;
des reins, d'une capsule surrénale, du tissu cellulaire et des ganglions
du mésentère.
\
Auturbon, Louise, infirmière, âgée de 5o ans, d'un tempé-
rament sec et nerveux, ayant eu une maladie grave du bas-
ventre il y a deux ans, habituellement triste et mélancolique,
sans que des dérangemens de santé l'eussent forcée d inter-
rompre souvent ses occupations, était assez mal réglée depuis
deux ans (âge critique). Cette femme a eu la gnppe, et depuis
ce temps elle a toujours conservé du malaise. Une recrudes-
cence de ses douleurs abdominales , survenue il y a onze jours ,
a paru nécessiter une saignée.
Le 29 mars i837, malaise, frisson, anxiété générale. Dans a
journée, A... a de la peine à parler et à remuer le bras et la
CANCER DES ftÈiNS {tiimeur rénale). 701
j jambe (nouvelle saignée) ; le 3o et le 3i , aggravation du mal.
Le i'"' avril , déviation de la commissure gauche, écoule-
I oonent de la salive ; langue fortement déviée à droite ; paralysie
^ incomplète du bras et de la jambe droite; douleur vive dans
toute la partie antérieure de la tète; diminution de la sen-
sibilité dans le bras et la jambe paralysée; la vue, le goût,
l'ouïe, l'odorat ne paraissent pas atteints; les pupilles sont
Ljales, mais un peu dilatées.
Depuis long-temps il existe dans l'épigastre et l'hypochondre
droit des douleurs vives. A droite on sent, au niveau de l'om-
bilic, une tumeur arrondie, marronnée, dure, qui paraît
continue au foie et qui l'accompagne dans les mouvemens
l'inspiration. Cette partie est un peu douloureuse à la pres-
lion ; il n'y a jamais eu d'ictère; le ventre est libre, sans con-
itipation ni diarrhée j le pouls donne 76 pulsations par minute;
a respiration est libre; les urines paraissent naturelles et
i -ougissent le papier de tournesol (8 onces de sang par des
ventouses appliquées aux apophyses masto'cdes ; 6 grains de
loudre d^ arnica ; eau de Sedlitz).
Le 2 avril, persistance des symptômes sans augmentation
li diminution notables.
Le 3, paralysie complète de la niotilité et de la sensibilité
lu côté gauche, sans contracture; la malade ne peut parler ni
nème ouvrir la bouche; 60 pulsations par minute (vésïca-
oires aux Jambes ; eau de Sedlitz).
Le 4 , écoulement involontaire des urines qui ne contien-
lent point dé sang {deux houlcilles d^cau de Sedlitz).
Le 5, persistance de la constipation {huile de croton tiglium,
une goitilc).
Le 6 , plusieurs selles et urines involontaires ; mort le 7 au
matin. La respiration n'avait commencé à s'embarrasser que
lans la soirée.
Autopsie du cadavre le 8 avril , vingt-quatre heures après la
nort. — Etat extérieur. Embonpoint médiocre, cicatrices à la
partie antérieure et moyenne des deux jambes.
Tête. La dure-mère n'est pas injectée; le feuillet viscéral de
l'arachnoïde est soulevé par une assez grande quantité de aé-
7oa CAiycÉR des reins {lumeur 7'énaîe).
rosité à la partie supérieure du lobe postérieur de chaque hé-
inisphèie; cette membrane elle-même olFre un aspect laiteux
et quelques granulations sur la partie latérale des lobes moyen
et postérieur de l'hémisphère gauche ; la substance du cer-
veau est notablement ramollie et jaunâtre. Le ramollissement
est tel, qu'un léger filet d'eau détache avec la plus grande facilité
la substance cérébrale, qui est presque diflluente.Ce ramollisse-
ment pénètre à la profondeur d'environ un pouce. Dans les au-
tres points, la consistance du cerveau est assez ferme j le cer-
velet, la moelle allongée, la protubérance annulaire n'ont
présenté aucune altération.
Poitrine. Splénisation du lobe inférieur du poumon droit ;
bronches saines ; poumon gauche un peu engoué; cœur sain.
Ahdomai. Tumeur squirrheuse de la grosseur d'une noix à la
surface convexe du foie près de son boi'd antérieur. Une sem-
blable tumeur près de la vésicule.
Quelques petits noyaux cancéreux à la surface de la rate.
Une masse squirrheuse de la grosseur de celle du foie, fait sail-
lie à la face postérieure et près de l'extrémité supérieure du
rein gauche. Plusieurs autres masses, plus petites, existent aussi
sur la face antérieure des reins. La substance corticale est gra-
nulée ; la portion de substance corticale qui sépare les cônes
tubuleuxj a 1* même apparence; la partie supérieure des côues
est peu distincte de la subtance corticale.
Augmentation considérable du volume du rein droit, dont la
surface est bosselée. Ces bosselures sont formées par des tu-
meurs dures, blanches, squirrheuses qui envahissent les deux
substances, mais surtout la substance corticale. La surface
interne du bassinet est pâle ; elle offre, près de la partie infé-
i-ieure, un grand nombre de granulations squirrheuses, de la
grosseur d'une tête d'épingle , isolées ou confluentes , et qui
sont placées près de l'origine de l'uretère.
La capsule siu-rénale correspondante est tuméfiée, cancé-
reuse. Les uretères et les vaisseaux rénaux sont sains ; la vessie
est petite.
Le tissu cellulaire du mésentère, celui de la face antérietu'e
de la colonne vertébrale, les ganglions lymphatiques de la
CATsrcER DES REiKs {tumeuv rénale). 703
même région sont convertis en une masse cancéreuse , homo-
gène. L'estomac et l'intestin, sains.
Obs. Vin. — Cancer des reins, du poumon , du cœur, da foie et des gaa-
glions mésentériqnes abdominaux; tumeur formée par le rein droit;
inflammation chronique du péritoine et de ses dépendances. '
J'ai fait avec M. le docteur Danyau fils , l'ouverture du ca-
davre d'un homme mort après avoir présenté des symptômes
de péritonite, et chez lequel nous trouvâmes le rein droi|;
converti en une énorme tumeur cancéreuse , qui n'avait point
été soupçonnée pendant la vie.
Le cerveau ne présentait rien de remarquable.
Thorax, Dans les cavités du cœur, il y avait une quantité
considérable de fibrine décolorée qui s'étendait dans l'aorte sous
la forme d'un cordon long de plus d'un piedj la fibrine avait
sa fermeté et son élasticité naturelles et ne contenait aucune ma-
tière hétérogène. Dans la cloison inter-ventriculaire et dans la
partie qui se continue avec la face antérieure du cœur, il y avait
une petite masse grisâtre et dure , comme lardacée, de la gros-
seur d'une noisette. L'aorte et la veine-cave étaient saines. Le
poumon droit présentait extérieurement des plaques blanches,
arrondies, recouvertes par la plèvre et qui correspondaient à
des masses de matière cancéreuse. Le tissu pulmonaire qui en-
tourait ces masses, était parfaitement sain. Le poumon gauche
n'en contenait pas.
Ahdomen. A l'ouverture du bas-ventre il s'écoula un li-
qui de trouble , et l'intestin, réuni en une seule masse par de
fausses membranes , anciennes , grisâtres , épaisses et fermes ,
ne pouvait pas être déplissé. Le grand épiploon, très épais, ra-
massé en forme d'une bride transversale de trois doigts à-peu-
près de largeur , placée immédiatement au-dessous la grande
courbure de l'estomac, de couleur grisâtre avec quelques
marbrures sanguines, présentait à la section une matière
d'aspect et de consistance lardacée , au milieu de laquelle on
voyait, par places, une autre matière d'un jaune mat qui
était évidemment de la graisse. Le péritoine des parois du
704 CANCER DES REINS {tumeur rénale).
ventre présentait un très grand nombre de petites tumeurs
arrondies, très dures, formées de la même matière que celles de
l'épipioon. Dans le gros intestin, il n'y avait de rougeurs
que dans le cœcura. La masse intestinale coupée en travers,
présentait un aspect extraordinaire (même dans les périto-
nites) : les parois intestinales étaient, comme des tuyaux soudés
ensemble. On voyait quelques rougeurs dans le grand cul-de-
sac de l'estomac. Les ganglions lymphatiques étaient volumi-
neux et cancéreux.
Dans le côté droit du ventre, il y avait une énorme tumeur,
bosselée, qui, inférieurement, s'étendait jusqu'à la crête de l'os
des îles, et en haut jusqu'à la face inférieure du grand lobe du
foie, auquel elle était adhérente. Quoiqu'elle présentât un grand
nombre de bosselures irrégulières , sa forme générale était
celle d'un rein. La partie supérieure de cette tumeur, plus vo-
lumineuse que la partie inférieure, se cachait sous le foie, et la
partie moyenne était comparativement comprimée. Toutes
les bosselures de la face postérieure aussi bien que celles de la
face antérieure étaient revêtues d'une membrane très vascu-
laire, d'un quart de ligne d'épaisseur, et qui formait ainsi une
sorte de capsule pour la tumeur. La surface du rein était lisse,
marbrée de brun, de jaune et de rouge. Les rougeurs étaient
formées de petits vaisseaux sanguins extrêmement fins. Les
parties jaunes ou blanchâtres étaient proéminentes. On re-
marquait aussi une nuance verdâtre vers la partie inférieure
de la tumeur. A la coupe, la substance du rein, de couleur
livide, très molle et comme fongueuse, offrait, d'espace en
espace, de petits épanchemens sanguins. Dans quelques en-
droits il y avait une autre matière d'un blanc jaune tout-à-
fait mat. Dans quelques points, ces deux matières étaient en-
tremêlées, et tranchaient fortement l'une sur l'autre. On n'a
pu suivre les divisions du bassinet dans celte tumeur; elles
se perdaient au centre de la masse , où se trouvait une ma-
tière comme fibrineuse à mailles infiltrées de sérosité jau-
nâtre.
A la partie interne, moyenne et antérieure de la tumeur, la
substance du rein était encore reconnaiçsable. Le bassinet,
CANCER DES REINS {lumeur rénale). 705
lavant de s'enfoncer tout-à-fait dans le rein , présentait un ou
lideux mamelons boursouflés et fongueux.
Le rein gauche, de volume naturel, ofifrait à l'extérieur
qquelques petites tumeurs encéphaloïdes , molles ou dures.
La vessie était saine. Le foie, à l'endroit attenant à la tumeui',
^présentait quelques petites masses cancéreuses qui pénétraient
'^fortement dans son intérieur et le long du trâjet du conduit
cystique. Près de là, il y avait un chapelet de ganglions lympha-
tiques volumineux et endurcis. La rate était saine.
Obs. IX. — Cancer du rein droit, qui s'est fait jour dans la cavité du
duodénum ; cancer du foie, du poumon, etc. (Observ.ilion communiquée
par M. Giraldès).
1 Vervine, âgé de 76 ans, entra à l'infirmerie de Bicêlre, le 7
i iaoût i83i. Depuis deux mois il vomissait des matières ver-
1 dâtres, et il avait retardé le plus possible son entrée à l'infir-
liraerie. Les voraisseraens étaient continuels; il y avait du
t hoquet; le ventre était ballonné. Les vomissemens très abon-
rdans et continuels fournissaient un liquide verdâlre porracé;
le pouls était petit, fréquent, la peau sèche; traits de la face
lirés {eau de Sellz et deux lavemens purgatifs). Le 9, les vomis-
semens sont plus fréquens, le hoquet continuel; les matières
vomies sont verdâtres {potion anti-èmèlique de Rivière) : mort
le II à six heures du matin.
Autopsie du cadavre. — Poitrine. Les poumons engoués pos-
térieurement adhèrent au sommet de la poitrine. Au sommet
iu poumon gauche, de petites masses de matière encéphaloïde,
les unes ramollies, les autres à l'état cru, présentent à la coupe
une surface blanche, compacte comme la section d'un navet;
à la base du poumon , il existe aussi de semblables noyaux
cancéreux j le cœur a un petit volume.
Abdomen. L'estomac, énormément distendu, occupe tout
l'hypochondre gauche et la région ombilicale. Il contenait une
grande quantité de liquide verdâtre semblable à celui que le
malade avait rendu pendant la vie.
Le foie, peu volumineux , présentait une grande quantité de
dépôts de matière encéphaloïde à différens états, A droite de
III. 4^
jo6 CÀîTCÈïi Dfts ftÈtNs {mneUr rénale.)
la cdlonnè Vèl'tébralè ëxistait une tUrtietil- asàei volumineusej
entourée par le colon tiansverse, le colon ctescendant et le
cœciim. Cette tiimeur, formée ptir le rein, s'étendait en bas
jusqu'à la syrtlphyse sacro-iliaque , en dedans jusqu'au milietl
de la colonne vertébrale ; de manière à repousser la pôrtlon
verticale du duodénum et â rapprocher les parois de cet intei-
tin. Dans l'intérieur du duodénum existait une tumeur, etc'étdit
une portion du rein malade qui avait ulcéi'é et perforé l'in-
testin. Dans là portion ibférieure dû leiri cômplètetnènt dé-
sorganisée, la substance corticale avait disparu. A l'aide
de différentes coupes faites dans l'épaisseur de la tumeur,
on y distingua de petits épancliemens de sang , des caillots
dans des débris de la substance corticale, un tissu jaunâtre
toùt-à-fait aréolaire, et dont les cellules étaiéiit remplies de
sang. La portion de la tumeur qui ^^roéminait dan* la cavité dli
duodénum était jaunâtre et ramollie ; l'uretère était sain.
Le rein du côté bt)poié était iin peu gorgé de sang.
Obs. X. — Caiifier du rtib droil ) traces d'une double néphrite olironigue;
cyrrbose du foie ; bydropisie.
Deinarillac (Florenlîti), âgé dfe àilâ , homme dé peine , esl
entré à l'hôpital de la Charité le i« octobre 1837, pour y être
traité d'tine cyrrhoSe du foie , et y est mort le 9 janvier i838, à
onze heures et demie du soir, présentant tous les phénomènes
d'ë rasjohyxie j)àr àcciimiilaliôn 'd.'écume bronchique dans les
Voies i'éspirat'oii'es.
Ânlopsic àu cadavre, 'iriRntc-sîx keii^ès àprcs la morl. k(at
iaslérîeur. — La face el le cou sont considérablement amaigris ;
iapoîbme est affaissée, tandis que l'abdomen, distendu pai:
dîi gaz et unie grande quantité de liquidé, est très joroéminent."
Les extrémités thoraciques et abdominales sont infiltrées de
sérosité.
Àhàomen. k Touverture de celle cavité, il s'est écoulé huit ou
dix litres de sérosité limpide , de couleur citrine. Le péritoino
est pâle dans toute l'étendue de sa portion pariétale. Sa portion
viscérale offre, sur l'intestin grêle, une coloration grisâu-e et
quelques fausses membranes. Au point de réunion du colon
CA.NCER DES REINS (tiimeUf rénale). 707
i lombaire droit, et du colon transverse, il y a des adhérences très
I flolides qui unissent cet intestin , d'une part , à la paroi abdo-
I minale correspondante, de l'autre avec le foie, le duodénum
< et les canaux biliaires. Ces adhérences circonscrivent une vé-
1 ritable poche , située dans l'hypochondre droit , et qui est rem-
plie de sérosité. Les intestins forment uûe masse volumineuse,
due surtout au développement considérable du colott tratlSverse,
du colon lombaire droit et du coecum. Ces portions de l'in-
testin distendues par les gaz paraissent àussi grosses qtle les
avant-bras du cadavre. Le rectum, âii contraire, est res^
serré au point de permettre à peine l'introduction du doigt
indicateur. Toute la masse intestinale a une couleur gris-
noirâtre , et offre des marbrures résultant de plaques rougeâ.'
L'estomac est refoulé par le colon dans l'hypochondre gauche.
La membrane muqueuse de l'estomac est saine ; celle de l'in-
testin, ramollie dans toùte son étendue, de manière à être fa-
cilement entamée et enlevée avec l'ongle, est recouverte, dans
le duodénum, le jéjunum et l'iléon, d'une couche de matière
j aune- ver dâtre, et^ dans le colon, d'une couche épaisse de
mucosités blanches -grisâtres très adhérentes. Les tractions
exercées sur l'intestin pour le séparer du mésentère en, ont
deui fois déterminé la rupture complète.
Il n'existe dans le mésentère aucun ganglion engorgé.
Le foie , plus petit d'un tiers que dans l'état sain , offre une
densité beaucoup plus considérable. En effet , il crie sous l'in-
strument tranchant. Son poids est de laSo grammes. La capsule
de Glisson, épaissie, d'une teinte opaline, se sépare difficile-
ment de l'organe. Celui-ci est jaune-brunâtre, grenu et bos-
selé à sa surface , et très inégal à sa circonférence. La vésicule
et les canaux biliaires ne présentent aucune altération.
La rate est volumineuse et ferme; son enveloppe fibreuse
est épaissie et d'un blanc de lait
Le rein droit , recouvert de son enveloppe cellulo-graisseuse ,
paraît lobé et plus volumineux que de Coutume. La membrane
fibreuse en est moins transparente que dans l'état normal.
La membrane celluieuse , sous-jaceute , épaissie et blant;
châtre, reste adhérente àla substance corticale , qui est rouge
708 oANCF.R DF.s KEiNS {jumeuv réfiak.)
etbninâlre. A la partie moyenne du bord convexe du rein ,
existe unelumeur de la forme et du volume d'un œuf de poule,
et qui est enchâssée dans le tissu de cet organe. La surface de la
substance corticale offre des bosselures et un aspect chagriné,
analogue à celui du foie. Les tuhuli, le bassinet et l'uretère ne
présentent aucune altération. Cette tumeur, formée de tissu
encéphaloïde, est ramollie à son centre; à l'extérieur, elle est re-
couverte parla membrane celluleuse et par un réseau vasculaire
très prononcé. Dans le point correspondant à cette tumeur, les
fibres de la substance tubuleuse sont écartées»
La substance corticale du rein gauche a l'aspect chagriné
du rein droit, sans altération cancéreuse. La vessie et le
canal de l'urèlhre sont sains. La tunique vaginale du testisule
droit est adhérente ; le parenchyme du testicule est converti en
un tissu fibreux mollasse, dont il est impossible de tirer un
seul filament séminifère (i). Le testicule gauche est sain.
Poitrine. Aucun engorgement des ganglions bronchiques. Les
portions pulmonaires des plèvres étaient adhérentes aux por-
tions costales. Les bronches étaient rouges etfortement injectées
depuis leur bifurcation jusqu'à' leurs dernières ramifications,
qui étaient remplies de mucosités. Le poumon droit était splé-
nisé dans son tiers inférieur, infiltré de sang et de sérosité dans
son tiers moyen, et de sérosité seulement dans son tiers supérieur.
Le poumon gauche était engoué d'écume bronchique dans les
deux tiers supérieurs et splénisé dans son bord inférieur et
postérieur.
Il n'y avait point d'épancliement de sérosité dans le péri-
carde. Sur la portion de cette membrane qui recouvre ;la
face antérieure du cœur, on voyait une plaque cartilagineuse,
et une altération analogue dans tout le trajet de l'artère coro-
naire antérieure-
Tête. Infiltration considérable de sérosité dans le tissu cel-
(t) J'ai TU une semblable transformation des deux testicules chez nn
homme d'environ 5o ans, qui avait peu de b»rbe, la voix faible et cassée,
chez lequel enfin }es caractères physique^ la viri|itq étaient tri"» peu
développes,
CAJ^CER DES REINS {tum. l'én. et hématurie). 709
lulaire sous-arachnoïdien de la convexité du cerveau; les vcn-
Iricules ne contiennent qu'une très petite quantité de sérosité.
Le cerveau était sain.
§ 924» Troisième série. Pour les cas qui composent cette
dernière série, le diagnostic derafFeclion rénale, quelles qu'en
soient les complicationsj est presque toujours possible. L'exis-
tence d'une tume\ir solide dans la région d'un des reins ou des
deux reins , coïncidant avec une hématurie habituelle, et le
plus souvent avec d'autres signes de la diathèse cancéreuse, ne
laisse aucune incertitude sur la nature du mal et malheureu-
sement sur son incurabilité.
'jBi. XI. — Cancer des reins ; caillot encépbaloïde dans la veine-cave et
dans les veines rénales ; cancer du poumon et du cœur, des ganglions
méscntériques du ventre, etc.
Un homme âgé, placé dans le service de Lerminier, mourut
3n i83i, après avoir eu plusieurs hématuries. A l'autopsie du
cadavre, qui fut pratiquée 24 heures après la mort, nous trou-
vâmes, dans les poumons, des masses encéplialoïdes de difFé-
1 entes grandeurs, d'une teinte bleuâtre et vasculaire à leur
circonférence. Le tissu pulmonaire environnant était sain. Dans
!e tissu du cœur, il y avait une petite masse blanchâtre, du
volume d'un petit pois, et analogue aux corps cartilagineux
:|ue l'on trouve quelquefois dans la substance tubuleuse des
reins.
Le rein droit, très volumineux et bosselé , présentait à sa
iiartie interne un amas de ganglions cancéreux qui envelop-
paient la veine-cave et l'aorte. Un caillot fibrineux bouchait
parfaitement le calibre de cette veine dans toute sa longueur,
et s'étendait jusque dans les veines fémorales. En haut et en
bas, ce caillot était d'une couleur rouge foncé et plus con-
sistant que du sang récemment coagulé; puis il prenait une
teinte jaune , devenait fermé et élastique vers l'origine de la
veine rénale; dans l'étendue de deux pouces environ, la
coloration jaune était remplacée par une teinte laiteuse, nuan-
cée de rouge. Cette substance fibrineuse se prolongeait dans la
veitiç rénnle gawcUe, qui était distçnduç j de là, elk s'éiend^ii
7 10 CANCER DES REINS {tuiu. vén, et hématufiè),
dans la veine spermalique, qui, en haut, avait un volume consi-
dérable. L'arlère rénale ne contenait pas de caillots. La masse
ganglionaire , cancéreuse , adhérait à la partie latérale gauche
des dernières vertèbres. La première vertèbre loinbairq était
cariée dan? une étendue considérable, et contenait unq petltç
quantité de matière encéphalo'jide,
Le rein gauche, long de sept pouces et demi, large de quatre
pouces et demi, présentait un grand nombre de bosselures can"
céreuses. A la coupe, ce rein était presque entièrement désorga-
nisé; cependant, on distinguait encore dans quelques endroits
les stries de la substance tubuleusej les bouts des mamelons
étaient mous, blancs et fongueux. Plusieurs calices étaient
remplis par une matière fibrineuse , friable , d'un rouge foncé ,
adhérente aux parois de ces conduits. De la surface de la coupe,
suintait une matière blanche , comme crémeuse. Dans le
bassinet, il y avait une petite tumeur molle et fongueuse;
l'autre rein et les deux uretères étaient sains. La vessie ne pré-
sentait rien de remarquable.
Obs. XII. Cancer Lématode da rein droit, du foie et d'une côte ; tumeur
formée par le rein droit, hématurie; petites ulcération dans le gros
intestin; bydropisie.
Pothier (Charles), âgé de G4 ans, ex-militaire, né à Aussone,
département de l'Yonne , entra à l'hôpital de la Charité , le 5
mai i83r ; il en sortit le lo, et il y rentra le 3o; il en sortit le ao
juin, et il y rentra pour le troisième fois le 27 juillet; cette fois
le malade revint dans un état très empiré.
Pothier s'est toujours bien porté dans sa jeunesse. Il déclare
n'avoir jamais eu de maladies vénériennes qu'une blennorrha-
gie, qui tomba dans les bourses. Il a fai t plusieurs campagnes sans
avoir jamais reçu de blessures graves. Depuis long-temps retiré
du service , il avait obtenu une place dans l'octroi , et vivait
tranquillement, sans chagrin, sans inquiétude d'aucune espèce
et sans trop de fatigue. En 1818, le testicule droit s'engorgea et
augmenta peu-à-peu de volume, sans occasioner beaucoup de
douleur. Cependant la maladie s'accrut, et le malade entra à
CAiJCER DES jREiNS {tum. Hn. et hématurie), 71 1
J'Jiôpital Cochin , où l'existence d'un sarcocèle fut reconnue.
La castration fut pratiquée ; aucun accident nç compliqua
l'opération j le malade guérit facilement et reprit ses occupa-
tion?. Depuis ce temps, jusqu'en i83i, cet homme pi'éprouva
aucune altération dans sa santé. Ses forces diminuèrent seu-
lement en raison des progrès d§ l'âge, foutes ses fonctions
s'exerçaient régulièrementt Tpl était son état, lorsque, le
10 avril i83j, voulant monter dans une charrette qui n'avait
pas de m.arche-pipd ^ il sentit j dit-il, en faisant effort, ufi
craquement vers la partie supérieure de la région lorpi-
baire gauche. Il si^rvint de la douleur qui persista; elle fut
suivie d'hématurie et contraignit le malade à garder la chambre,
et peu de temps après il entra à l'hôpital de la Charité. Il pis-
sait du sang depuis six jours, et ne pouvait se courber ni en
avant ni en arrière.
Nous pûmes constater qu'il n'existait pas de fracture des
côtes; qu'il n'ejcistait non plus d'ecchymose dans le point de
la douleur. Le malade était sans fièvre. La pression , exercée
dans la région lombaire gauche , surtout sur le trajet des deux
dernières fausses côtes, était douloureuse. La persistance d'une
hématurie après une simple contraction musculaire un peu
forte ; l'extirpation d'un testicule cancéreux, ^ une époque, il est
vrai, déjà un peu ancienne, conduisirent nécessairement à
soupçonner la dégénérescence cancéreuse du rein gauche. Le
foie dépassait un peu le bord des fausses côtes ; une légère teinte
jaune était répandue sur la face. L'appétit était bon, les diges-
tions assez faciles ; la constipation presque habituelle : absence
de mouvement fébrile j sommeil ; pouls assez plein sans être
dur ; urine chargée de sang. Le 4 mai [saignée de deux palettes;
lavement simple ; houillan; lait), la saignée était légèrement
couenueuse j le malade se trouvait mieux.
Le 5 mai (gi5 sangsues ; lac. dol.) , la douleur a diminué ,
mais le malade se sent faible j l'urine est sanguinolente.
Le 6, l'urine est toujours chargée de sjing, mais un peu
moins que les premiers jours.
Le 7, le malade est mis à l'usage de lai décoction cl de l'ex-
trait de ratanhiat
7 1 2 CANCER DES KEINS {tum. jéti. et hématurie).
Le 8, 1rs urines sont moins chargées de sang, mais la douleur
à la face postérieure des onzième et douzième côtes gauches
persiste. La pression exercée tant sur les côtes que dans l'es-
pace intercostal, exaspère la douleur. Le malade est constipé
et assoupi.
Le la, emplâtre d'opium sur les piqûres encore récentes des
sangsues. Sommeil plus calme et plus long.
Le i3, les douleurs persistent, et les urines contiennent tou-
jours du sang. L'appétit se soutient; le malade mange la derai-
portion. La quantité d'urine rendue dans les vingt-quatre
heures est peu considérable ; elle équivaut , terme moyeu, à
un grand verre à bière.
Le i4, la constipation est toujours opiniâtre; un lavement
purgatif occasionne une évacuation alvine abondante.
Le i6 (/rains de ciguë; le soir , changement notable dans
les urines, qui sont claires et transparentes. La douleur a été
vive cette nuit [ciguë 4 grains ; ijiv de lavement ^ tisane de
chiendent, réglisse).
Le jg, les urines sont chargées de sang. On continue les
mêmes remèdes. Enfin, l'aspect des urines change encore; elles
deviennent de moins en moins chargées. La douleur persiste,
la constipation est habituelle et réclame fréquemment l'emploi
des lavemens. Le malade maigrit, et il quitte l'hôpital , le 20
mai, pour retourner chez lui.
Le 3o mai, Pothier se présenta de nouveau à l'hôpital. Dans
ce court espace de temps, une tumeur s'était développée dans
la région oîi le malade rapportait habituellement le siège des
douleurs. Cette tumeur, irrégulièrement circonscrite , sans
changement de couleur à la peau, douloureuse à la pression ,
était le siège d'élancemens passagers et paraissait adhérente
aux côtes, surtout à la onzième. Les urines n'étaient plus char-
gées de sang. Le malade avait maigri. Le sommeil était sou-
vent interrompu; la station et la marche devenaient, de jour
en jour, plus pénibles. A peine avait-on essayé quelques
moyens pour calmer les douleurs de cet homme qu'il quitta de
nouveau l'hôpital. Le volume du foie avait un peu augmenté.
Pour nous, il n'exista plus de doutes sur l'existence d'une dia-
CANCER DES REiNS {tiim. vén. et hématurie). 7 1 3
hèse ciincéreuse, attaquant le rein gauche et le foie. Le malade
iorlit le 9 juin. Un chirurgien appliqua sur la turneur de la
ierre à cautère , et à la chute de l'eschare succéda un chara-
lignon cancéreux. Le malade s'affaiblit et maigrit de plus en
jlus; il regretta d'avoir quitté l'hôpital de la Charité, et il y
-entra pour la troisième fois le 27 juillet i83i.
Le a8, affaissement général, teinte jaune de la face plus mar-
quée. Urines plus rares et plus chargées de sang, quelquefois
laissant déposer un sédiment, formé de caillots de sang alté-
rés, se putréfiant avec promptitude. Dégoût pour presque tous
es alimensj constipation.
Du 28 juillet au 10 août, Je malade put encore se lever,
aire quelques pas ou rester assis. 11 dormait peu et souffrait
constamment de ce qu'il appelait sa hosse. On lui donna
les pilules d'opium le soir, et, dans la journée^ des pilules
le gomme pour occuper son esprit. De temps à autre, on sol-
icitait les selles. On cherchait à nourrir le malade le mieux pos-
ible : ce pauvre homme ne trouvait bon que le vin. Enfin, les
irines devinrent très rares et tellement épaisses qu'elles res-
emblaieut à du jus de pruneaux; examinées après l'émission,
lies étaient acides ; mais en peu de temps elles devenaient al-
alines. Vers les derniers jours d'août , Pothier n'urinait plus
|u'eu allant à la selle ; son ventre était tuméfié et contenait de la
érosité; ses pieds s'œdématiaient ; la tumeur du foie aug-
nentait; le pouls était très faible et fréquent. Il survint, dans
'js derniers jours, de la diarrhée, des envies de vomir et quel-
[ues voraisseraens.
Le 3i août au soir, Pothier touchait évidemment à sa fin. Il
onservait l'intégrité de son intelligence et sentait la mort s'ap-
)rocher. Il expira après une agonie douloureuse, le i*^' sep-
embre, à quatre heures du matin.
Autopsie du cadavre vingt heures après la mort. — Habitude
xtèrienre. Cadavre maigre ; abdomen médiocrement distendu ;
nembres inférieurs infiltrés.
Tête. Lame osseuse développée dans l'épaisseur de la face
onvexe du cerveau, entre les feuillets de l'arachnoïde et de la
7i4 C4NCPft DÈS ^-Em^iim, rén, çt hépia(urïe).
dure-mère, et se détacliant ayec facilité, de la membrane fi-
breuse. Cerveau sain.
Çol et poitrine. — Larynx et trachée saine; adhérences an-
ciennes au sommet des deux poumons; demi-litre au moins de
sérosité épanchée dans chacune des plèvres. Poumons en-
gorgés et œdémateux ; une humeur a(jueuse en ruisselle
abondamment lorsqu'on les incise ; pas de grains cancéreux ni
de tubercules ; glan des bronchiques noires.
Cœur mou et pâle , un peu dilaté à gauche ; ossifications
nombreuses dans tout le trajet de l'aorte; veine cave inférieure
saine. Yers la onzième vertèbre, derrière la veine cave, une
petite masse cancéreuse, soulève la paroi postérieure de ce vais-
seau, sans qu'il participe à l'altération.
L'abdomen ouvert, on en tire deux ou trois litres de sérosité
jaune-rougeâtre. Le péritoine de la région hypogastrique, sur les
côtés de la vessie, offre deux plaques d'une teinte inégale et
d'un gris jaunâtre; le foie adhère aux côtes; l'épiploon
adhère aussi par quelques points à la paroi abdominale. Dans
ces points le tissu cellulaire sous-péritonéal est injecté. L'in-
testin grêle est petit et contracté. Le grand lobe du foie occupe
tout l'épigastre et une partie de l'hypocondre gauche. L'esto-
mac, l'épiploon et le colon transverse sont unis par des adhé-
rences.
La onzième côte gauche offre une altération remarquable:
c'est une ostéo-sarcome , au centre duquel existe de la manière
encéphaloïde et une grande quantité de vaisseaux sanguins.
La substance de l'os se trouve, pour ainsi dire, disséminée au
milieu de la masse cancéreuse.
L'estomac contient un peu de liquide jaunâtre. La membrane
muqueuse a une bonne consistance, excepté sur la face infé^
rieure de ce viscère , oii elle est ramollie. Les ganglions du
mésentère, voisins de la colonne vertébrale, sont tuméfiés et
cancéreux, et quelques-uns sont ramollis; par leur agglo-
mération , ils forment une couche épaisse au devant de l'aorte
et de la veine cave. Ecchymoses et petites ulcérations dans le
cœcum et le gros intestin.
Le foie offre à un haut degré l'alléralion connue sous U
CANCER DES REINS (tum. réu. et hématurie). 71 5
nom de fongus héraatode. De nombreux noyaux cancéreux ont,
i)ar leur réunion , tellement atrophié le parenchyme du. fpie ,
(u'ils le remplacent presque en entier. Les vaisseaux hépatiqiiçs
sont très développés ; bile verte dans la vésicule , sang liquide
dans la veine-porte , la veine-cave et les veine? crurales- L)»
rate, d'un volurne ordinaire, est ipolle ; sa membrfine offre
plaques blanches, dues à d'aucieps dépôts dp lympl}^ CQ%j[
gulable.
I Le rein gauche egt gaiij , à pî^rt trois petits kystes séreux- lift
ji^ap^ule surrénale est saine.
Le rein droit a le même yolunie que le gauche ; }fi merobrai^^
propre en est épaissie, et les veines superficiellei^ SQpt très dévf :r
loppées. A l'extrémité supérieure de ce rein, vpituup légère
saillie d'jine teinte afdoisée. Ouvert svjivaiît sa lorigpeur, le rej^
offre, vers son extrémité supérieure, upe sorte de fifiyerne,
remplie de substance capqérejjse , ramollie et mêlée 4p sang
coagulé. Daus deux autres points, la substance encéphpilqïde
offre différens degrés de ^amoUisseirient. Le bassinet est reippîj
d'un liquide épais, sanguinolent, towt-à-fait analogue à celui
qu'on trouve dans le rein- h- deux pouces de distance du rein,
l'uretère est obstrué par des débrjs de fibrine ou de m^tièrç
cérébriforrae.
Les veines et les artères rénales ne contenaient pas de ^épn^
; fibrineux. La capsule surrénale droite était infiltrée de ma,f
tière cérébriforme.
L'uretère droit était épaissi et dilaté, surtout près de 1»
vessie. L'orifice vésical de ce conduit offrait un épaississement
remarquable.
Intérieurement la vessie présente trois élevures blanches ,
grosses comme un petit grain dechenevis, dures , placées prèf
de l'insertion de l'uretère. L'urèthre est sain ; quelques petits
calculs noirs dans la prostate.
Les vésicules séminales ont un égal volume , bien qu'un des
testicules ait été extirpé. Liqueur d'un jaune gris, aqueuse, dans
les loges des vésicules séminales. La substance du testicule gau-
che est pâle, mais saine.
De l'urine de ce malade ayant été soumiseà l'açtion de la çjja-
716 CANCER DES HEiNs [chez l'cnjatit).
leur, le volume en a augmenté considérablement long-lemps
avant d'entrer en ébullition. Elle a laissé dégager une odeur
ammoniacale très intense , en jetant à sa surface une écume
blanchâtre, coagulée, reconnaissable à tons ces caractères pour
de l'albumine; l'évaporation poussée plus loin, et la liqueur
étant refroidie, il s'en est séparé une grande quantité de cris-
taux qui, recueillis , ont été reconnus pour être des phosphates
de soude et d'ammoniaque, des muriates de soude et d'ammo-
niaque, des sulfates de potasse et de soude. Concentrée davan-
tage et par un nouveau refroidissement , la liqueur a donné
lieu à une nouvelle cristallisation 5 ces cristaux étaient de même
nature que les précéden s.
L'urée, que l'on a obtenue par les procédés ordinaires, s'y
trouvait en beaucoup plus grande proportion que dans l'urine
d'un homme bien portant.
D'après les résultats obtenus, cette urine était formée d'eau, de
sulfates de potasse et de soude, de phosphates de soude, de chaux
et d'ammoniaque, de muriate de soude, d'acide urique, d'urée,
de matière animale, de mucus et d'albumine. Sa composition,
du reste, assez identique, quant aux matières qu'elle présentait,
à celle d'un homme en parfaite santé, en différait essentiellement
parla quantité plus considérable qu'elle a fournie d'urée, d'acide
urique et surtout de mucus animal , et par la pi'ésence des au-
tres élémens organiques du sang.
§ 926. Le cancer des reins est extrêmement rare chez les
enfans; M. Gorham (i) a rapporté le cas très intéressant d'un
garçon de sept mois, chez lequel une tumeur volumineuse, dé-
veloppée rapidement, remplissait la plus grande partie de la
cavité du ventre. Après la mort ou reconnut que la tumeur,
grosse comme la tête d'une femme, et marbrée k l'extérieur de
taches bleuâtres, pâles ou jaunâtres, offrait à sa surface une
belle vascularité. A la partie supérieure de la tumeur formée
par le rein droit existait une masse semblable à un placenta
de six mois ; le tissu rénal, presque complètement mécon->
(i) JoLn Gorham. Case of fungoide disease of the kidney ( Lou^on Mcd.
Oazette, »ol. xxi , p. 764O
CANCER j)F.9 REINS {cfiez Veufant). «717
naissable, offrait une dégénérescence fongoïde complète. I
Il faut rapprocher de ce fait l'observation suivante, recueillie
par T. F. Rance. j
( Obs. XIII. — FoDgus hématude des reins chez un enfant ( Bill, médic,
t. XLVii , p. 124 ).
Une petite fille d'un an et cinq mois portait dans l'hypo-
i chondre gauche une tumeur à peine visible à l'œil, mais qui , 1
; au toucher, paraissait être de la grosseur d'un œuf de poule.
? Cette tumeur fit des progrès rapides ; il s'y joignit de la fièvre ,
. de la constipation ; six mois après, on en découvrit une autre |
1; dans l'hypochondre droit, située si près de foie qu'elle semblait
Il être continue au bord de ce viscère. Il survint une hématurie
^ abondante, qui dura pendant quelque temps, et reparut au
t> bout de deux ou trois mois. Les tumeurs continuèrent à faire |
« des progrès et devinrent excessivement douloureuses ; le pouls
»' s'affaiblissait à mesure que son accélération augmentait, les
tr extrémités supérieures et inférieures s'infiltrèrent, et, au bout
8) de treize mois, la mort vint terminer la maladie. Les remèdes \
t, auxquels on eut recours furent très vaf iés ; on employa le ca- j
va lorael , des frictions mercurielles sur les tumeurs , les dras-
ptf tiques , comme la scammonée , le jalap, la ciguë, l'opium , etc.
Ouverture du cadavre. L'abdomen était rempli, en partie, par
une tumeur considérable, qui s'étendait du diaphragme, qu'elle I
.refoulait en haut, dans la cavité du bassin. II s'élevait dans le
V côté gauche une tumeur, qui était recouverte par la première j
dans une grande étendue. Le foie, ainsi que son bord inférieur, ]
paraissait soulevé très sensiblement, la vésicule s'offrait à ^
la vue , elle était pleine de bile. La tumeur du côté droit '
adhérait fortement au cœcum ; on l'incisa, il s'en échappa
une substance d'apparence et de consistance de moelle , elle
était si molle qu'il fut impossible d'en poursuivre la disseciion. i
La tumeur gauche, qui était la plus volumineuse des deux, |
tenait à celle du côté droit, et en même temps au mésentère, j
au mésocolon et aux glandes rénales j elle pesait deux livres j
douze onces. Après l'avoir injectée, on la fendit longiludina-i- j
7î8 MA-i-IÈRÉS HÉtÉROtOGUES.
mais on y distinguait trois états différens et bien marqués du
fongus. La facfe pofetériëUrfe, quoique plus lal-ge que dans l'état
sain , conservait sa forme naturelle et sa couleur livide ; la
face antérieure ne ressemblait que fort peu à celle du rein.
Les vaisseaux émulgens étaient dilatés. L'urèlbre, très dis-
tendu. Les autres viscères de l'abdomen et du bassin étaient
sains, mais ils avaient perdii leurs râpports ordinaires.
Mélanose des reins.
§ 926, Sbus le nom commun de mélanose, on comprend gé-
néralement toutes les matières animales, morbides, d'une
couleur noire ou noirâtre , qu'on trouve déposées en masses
plus ou moins considérables, ou infiltrées dans nos organes ou
dans les tissus qui les composent.
Je n'ai rencontré qtiè trèâ rarement la mélanose proprement
dite dans les reins.
Je ne l'y ai observée que danë des cas de diatlièse mélàfaiqué ,
et lorsque des tumeurs plUs volumineuses de même nature
existaient en nombre considérable, soit à la peau, soit dans le
tissu cellulaire Sous-cutané, soit dans les poumons ou dans
d'autres organes, et, dans ce cas même, il n'existait que de
légères traces méldniques dans les reins.
3\i lié sabhe pas qu'on ait jamais vu, chez l'homme ou chez le
che^^àl , une altération mélaniqUe afTeclef Uniquement ou spé-
cialement les feins, et constituer Un véritable état morbide,
fcomme certaines affectiobs tuberculeuses et cabcéreuses de ces
orgâtiéS.
Quoi qu'il eh soit, dans lé cas de diathèse mélanique, où
observe quelquefois de petits dépôts de mélânose dans la sub-
àlancë cbrlicalë des relhs. Pour là forme et la coiileur, ces dé-
J)ôls ressemblent assez bien à de petits grains de cassis ou de
hiOUtarde noire. Autour d'eux, là substance corticale lé pliis
ordinairement n'est pas altérée. Lé nombre de ces grains mé-
lahiques est très variable ; mais il est rarement considérable.
Je n'ai jamais vu, dans les réihs, de tumeurs mélaniques du
volume d'un marron où d'un oéùf de pîg^On, tàildls qùè j'at
rencontré de semblables tumeurs au-deSsoUs de la pëaU, dans
le foie et dans les poumons.
Les membranes extérieures des reins et leurs conduits excré-
teurs m'ont semblé complètement étrangers à cette espèce
dégénérescence. D'un autre côté, Ces membranes et ces friênies
conduits^ et les substances rénales elles-mêriies , offrent très
fréqueranieut des teintes morbicles, noirâtres, bu ardoisées
bleuâtres, qiiî doivent être distinguées des vraies mélanôsèÉ,
quoiqu*on les confoiide ordinairement dans une raêhiê déiio-
inination. Ces teintes morbides, noirâtres ou ardoisées, parais-
sent, dans le plus grand nombre des cas, sinon dans tous,
consécutives à des infiltrations de sang.
J'ai fait représenter uil exemple de ces colorations noirés
ardoisées de la substance corticale (Atlas, Pl. xn, fig. 2).
Plus claire sur quelques points, plus foncée siii: quelques
autres, cette teinte noire ardoisée ne pouvait être enlevée par
le lavage. A. la loupe, elle paraissait légèrement piquetée, et à la
coupe on Voyait que cette coloration morbide se prolongeait
d'autant plus dans l'épaisseur des substances rénales, qu'exté-
rieurement elle était plus foncée.
La membrane fibreuse du rein, partout où elle était cbntiguë
à l'altération, offrait la même coloration noire-ardoisée. Il n'y
avait pas de trace de dégénération mélanique, ni même de co-
loration noire ou ardoisée dans les autres organes ; ce qùi
prouvait que cette altération était bien distincte de la vraie raè-
lanose.
J'ai- fait représenter un autre cas qùi ïenà. à prouver que ces
colorations noires ardoisées sont réellement le résultat d'une
altération de la matière colorante du sang. Sur la coupe d'un
rein, on voit une partie de la substaùce corticale occupée par
une lésion organique dont le centre est formé par de la fibrine
décolorée; les fibres du rein ont pris unè teinte grise noirâtre
autour de cette lésion résultant évidemment d'une hémor-
rhagie interstitielle très ancienne. La membrane muqueuse du
b.issinet du même rein offrait une teinte grise ardoisée tout-i-
fait analogue, pour l'aspect et probablement par sa naturé,
720 MATlènES HÉTIÎROLOGUES.
à certaines colorations grises ou noirâtres des membranes mu-
queuses de l'intestin grêle, du gros intestin ou de la vessie
qu'on observe à la suite de leur inflammation chronique. La
surface du rein était légèrement mamelonnée (Atlas PI xl,i
fig. o. ' ■ '
§927. Il faut encore rapprocher de ces colorations grises
noirâtres, d'autres cas de coloration de la substance corticale
et de la membrane muqueuse du bassinet (Atlas, Pl. xLi ,
fig. 5 et 6) que j'ai observés chez des individus dont les
autres organes n'offraient pas la plus légère trace de dégéné-
rescence mélanique.
De semblables colorations grises ardoisées ou d'un gris noi-
râtre ont été observées dans les membranes fibreuse et cellu-
leuse du rein considérablement épaissies (Atlas, PI. xli,
fig. i), et lorsque la substance rénale n'offrait point elle-même
d'altération de couleur. Cette teinte grise ardoisée peut s'éten-
dre au péritoine sus-rénal , dont l'altération rappelle parfaite-
ment celle qu'il présente quelquefois à la suite de certaines
péritonites chroniques de l'excavation du bassin chez les
femmes atteintes de cancer de la vessie, du rectum ou de
l'utérus.
Les colorations noires ardoisées sont bien distinctes de la
vraie mélanose qu'on observe dans le tissu cellulaire sous-
fiutané et plus rarement dans d'autres organes. J'ai déjà dit
qu'elles paraissaient avoir leur origine dans des infiltrations de
sang survenues à la suite d'inflammations ou d'hémorrhagies
interstitielles; je n'ai pas besoin d'ajouter qu'elles ne peuvent
être confondues avec les ecchymoses récentes en voie de ré-
sorption.
Dans quelque cas, l'intensité et la matité de la couleur noire
de ces colorations les rapprochent réellement des vraies taches
mélaniques.
La surface des fongus cancéreux des membranes muqueuses
(Atlas, Pl. xli, fig. 4) peut aussi présenter une teinte noire
ou ardoisée, sans que ces tumeurs soient de véritables cancers
mêlants, analogues à ceux que l'on rencontre quelquefois à la
peau.
MÉLilNGSE DANS LEè BEINS {/listonçuc). 72 1
En résumé, ces colorations grises, noirâtres ou ardoisées ,
I des substances corticale ou tubuleuse, ou des membranes des
reins et de leurs conduits excréteurs, sont aussi fréquentes dans
ces organes, que la vraie mélanose y est rare. Ce sont des lésions
tout-à-fait locales, consécutives à des inflammations chroniques
ou à des hémorrhagies interstitielles; colorations bien distinctes
de la vraie mélanose qui est l'expression anatomique d'une
diathèse.
Historique et observations.
§ ga8. M. Fawdington (i) a publié un cas très intéressant de
liathèse mélanique dans lequel l'œil, les poumons, le cœur^ le
oie, le pancréas, les intestins, le péritoine, les reins, la peau
;t le tissu cellulaire étaient le siège de tumeurs mélaniques.
jes reins étaient pâles, et leurs deux substances étaient peu
Ustincles l'une de l'autre. On y voyait une foule de petites
nasses mélaniques, depuis levolume d'un grain de millet jusqu'à
elui d'un grain de chenevis; plusieurs petites masses se trou-
aient dans le tissu graisseux de la scissure. L'urine avait offert
■endant la vie une couleur pourpre , et après un repos de quel-
ues heures elle déposait un sédiment couleur de chocolat. Le
iquide qui surnageait avait une teinte ambrée foncée. Ni la
haleur, ni l'acide nitrique n'y produisaient d'altération appré-
iable.
Déjà MM. Cullen et Carswell (2) avaient publié deux cas dans
îsquels les reins, aussi bien qu'un grand nombre d'autres or-
anes, avaient été envahis par la matière mélanique.
M. Petit (5), interne dans le service de MM. Marjolin et Blan-
in, a aussi publié un cas de mélanose, dans lequel presque
(i) Fawdiogton. A case of melanosis with gênerai observations on the
^thotogj of this inleresling disease , in-8, LoDdon, 1829, plate v, p. ai.
(3) William Cullen and Robert Carswell. On melanosis (Transactions of
le médico-chirurgical Society of EdinLurgh, toK i,Edinb., 1834, p. 364)»
(3) Journal hebdomadaire do médecine, t. 11, Paris, 1829, p. 122. ^
m. 4^'
MÉLAWOSE DANS LES REINS.
tous les organes offraient celte altéralion. Le rein droit conte-
nait dans son épaisseur une masse noire , arrondie, du volume
d'une grosse aveline, et entourée d'un kysle.
J'ai publié (i) le cas d'une femme de 49 ans qui avait à la
peau plusieurs petites tumeurs noirâtres. Les poumons, le
cœur, le foie etles reins contenaientdes masses mélaniques etdes
masses encéphaloïdes, tantôt pures, tantôt mélangées ; celles de
la peau contenaient seulement de la matière mélaniquè. En ou-
tre, il y avait de la matière tuberculeuse déposée au sommet des
deux poumons, et celui du poumon droit présentait plusieurs
petites cavernes.
Antérieurement , Lobslein (a) avait publié le cas très inté-
ressant d'une femme chez laquelle se déclara une foule d'é-
minences rougeâtres et bleuâtres sur diverses régions de la
peau, et dont une, fongueuse et ulcérée, était plus grosse qu'un
œuf de poule. Après la mort, la peau, les poumons, le foie et la
rate offraient des altérations mélaniques. Le rein droit était
sain, mais il présentait à son extrémité supérieure une tumeur
longue de trois pouces , demi et large de huit pouces, et de
trois quart de pouce d'épaisseur. Cette tumeur , semi-trans-
parente , avait l'aspect d'une hydatide ; mais à la coupe on
s'assura que c'était un kyste divisé en plusieurs cellules rem-
plies d'une matièi'e noire et pulpeuse, et qui communiquait
avec la veine rénale. A la partie supérieure et interne de la
cuisse gauche, il y avait une masse composée de six tumeurs
encéphaloïdes, ramollies j la plus volumineuse avait deux
pouces et demi de long sur onze lignes de largeur. Ces tumeurs
renfermaient aussi de la matière mélaniquè.
M. Chomel (3) a soigné une femme dont le foie, d'un volume
énorme (il pesait douze livres quatre onces), offrait à sa surface
de nombreuses saillies, les unes d'une couleur noire très foncée,
, (i) Rayer. Traité théorique et pratique des maladies de la peau, seconde
édit, Paris, i835, t. m, p. 693.
(2) Répertoire général d'anatomie et de physiologie pathologiques, premier
trimestre, 1829.
(3) Gazette médicale de Paris, i832, p. 874.
MATIÈRE COLLOÏDE DANS LES REINS. 7^3
entièrement formées de matière mélanique , les autres blan-
châtres, formées de tissu encéphaloïde ; d'autres enfin compo-
sées de ces d^ux substances, tantôt séparées, tantôt intimement
mêlées. Les poumons, la matrice, les ganglions mésentériques,
les mamelles, le nerf optique et les reins contenaient de la ma-
tière mélanique.
Des observation^ analogues ont été faites sur les animaux(i).
Un vieux mulet, sacrifié à l'école vétérinaire de Toulouse,
pour le cours d'anatomie, le 17 mars i83o , offrit les lésions
suivantes. Le rein gauche est d'un tiers plus volumineux
que de coutume. A l'extérieur, il est noir. Toute sa moitié
inférieure païaît remplacée par un liquide maintenu par la
capsule rénale restée intacte. Le liqtiide que renferme la
moitié inférieure du rein , offre tous les caractères de la mé-
lanose ramollie : il est poisseux, homogène; étendu en couche
mince , il réfléchit une teinte semblable à celle de l'encre de
la Chine, mais un peuroussâtre; à la pai'tie supérieure de celte
collection liquide, se trouve une matière molle, noire, du
volume d'ùn œuf, aplatie, lamelleuse, et qui paraît encore être
de la mélanose. Tout l'espace où l'on devrait rencontrer la
substance corticale du rein est occupé par cette matière ; le
reste de l'organe n'est pas altéré. Toute la surface du foie,
la face postérieure du lobe moyen exceptée, est d'une cou-
leur noir-jais. Cette couleur est due à une couche solide d'une
demi-ligne d'épaisseur, déposée sous l'enveloppe hépatique,
et qui offrait les caractères de la mélanose.
Matière colloïde ou g élatiniforme.
§ 939. J'ai trouvée dans un rein de bœuf, tin amas de kystes
d'une espèce particulière. Le rein avait un aspect extraordi-
naire (Atlas, Pl. XLii , fig. i. 2): plusieurs lobules étaient
(i) Journal des progrès des sciences zooialriques et dà médfi'ie com-
parée, vil'' année, i836, p. 207.
46.
MATifeRE COLLOÏDE DANS LKS IIKINS.
Cf)minft rongés, ou plutôt présentaient des dépressions nom-
breuses, à bords irréguliers et saillans, à fond grisâtre. Celle
affection semblait s'être propagée par continuité en passant
d'un lobule à un autre, en s'arrêtant brusquement après
avoir franchi le lobule voisin. Vu du côté du bassinet, le rein
présentait un aspect non moins extraordinaire. Le mamelon du
lobule le plus gravement affecté était d'une grosseur remar-
quable. On voyait, tout autour de lui , et sur son sommet, qui
était aplati , des tumeurs gélatiniformes , tremblotantes , que
je pris d'abord pour des hydatides. La coupe d'un de ces lo-
bules ulcérés présentait un tissu filamenteux, infiltré par une
matière semblable à de la colle dissoute dans une assez grande
quantité d'eau, et qui contenait aussi dans ses mailles des
masses gélatiniformes plus ovi moins solides, dont un cerlain
nombre se trouvaient très près de la dépression mentionnée
plus haut. Une coupe du mamelon, dans le lobule le plus ma-
lade , pénétra dans une cavité remplie d'un liquide sem-
blable à celui qui infiltrait l'autre lobule, et dont les parois
étaient également filamenteuses. Ailleurs, ces loges présen-
taient les caractères des kystes réticulés des mamelons du rein
de bœuf. Des coupes faites dans le voisinage de l'altération,
pénétraient dans des cavités remplies d'une matière gélatini-
forme, plus ou moins solide et transparente. Dans la substance
corticale , il y avait aussi les mêmes vacuoles, remplies de la
même matière. Cette matière était soluble dans l'eau froide.
La solution chauffée jusqu'à l'ébuUition se troublait, et il se
formait à sa surface vme crème blanchâtre, assez abondante,
qui n'était plus soluble dans l'eau, mais qui se dissolvait
dans l'acide nitrique à chaud, en prenant une teinte jaime-
citrine.
La liqueur, débarrassée de l'écume, évaporée, laissait une
matière brunâtre, légèrement transparente, qui ne se dissolvait
plus sensiblement dans l'eau.
J'ai rencontré la même altération chez l'homme dans un cas
de pyélite; le bassinet offrait de petites ulcérations, arrondies,
dans le voisinage de la substance mamelonnée, altérée; à
l'intérieur des mamelons affectés cette matière était transparente
MATlÈUli JAUNE DANS LES KEINS. 'J'iS
A-TLAS , Pl. XI, fîg. 7) , mais à leur extrémité elle était opaque et
)lanchâtre ; un des mamelons était entièrement détiuit ou ré-
luit en bouillie par cette allératiou. Dans un autre cas, j'ai
vu, à l'extrémité des mamelons du rein, une altération qui,
iu premier coup - d'œil , semblait être un développement
anomal de vésicules , mais qui , à un examen plus attentif, fut
reconnue pour une foule de petits grains d'une matière géla-
tiniforme.
Matière jaune.
§ 980. En examinant les deux reins d'un vieillard ,* j'ai vu,
i la surface de l'un d'eux, sous la membrane fibreuse , un
petit corps jaune que j'ai d'abord pris pour un dépôt de sels
le l'urine dans les conduits de Ferrein. Mais, après avoir dé-
laché la membrane fibreuse du rein , j'ai reconnu que ce petit
corps était mou et non salin. Pour la couleur) il pouvait être
issez exactement comparé au tissu jaune des capsules surré-
lales. J'ai trouvé, chez d'autres sujets, une semblable matière
! ians les ovaires.
Un autre rein , provenant également d'un vieillard , présen-
alt, entre la membrane celluleuse et la substance corticale,
l dans cette substance elle-même, une matière jaune , qui
|[ia'élait ni de la graisse, ni une matière saline. Enfin, j'ai vu
ine matière d'un jaune d'ocre, à la surface d'uti! rein atteint
l'inflammation chronique.
§ 931. Certaines matières jaunes paraissent être de la
ibrine- décolorée. Sur un rein de nouveau-né, dont la sur-
ace était d'un rouge assez foncé et semée d'étoiles vas-
ulaires , il y avait une dépression dans laquelle était logé
hiun petit corps noir, entouré d'une matière jaune. La sub-
slance corticale contiguë avait une couleur rouge-noirâtre.
Dans un autre point de la substance tubuleuse , il y avait un
caillot comme apoplectique, et le bout du mamelon voisin avait
une coloration jaune-noirâtre.
Je puis encore citer d'autres faits analogues : Chez une
femme morte d'apoplexie, et qui avait des corps fibreux dans
VERS DANS LES REINS,
la matrice, le rein droit, près de la scissure , présentait une
tumeur du volume d'une noisette , et d'une consistance très
molle, d'un jaune rougeâtre. Près de cette tumeur, il y en avait
une autre plus petite, d'un jaune mat.
Sur la face antérieure d'un rein, provenant d'une femme
très âgée, il y avait une tumeur grosse comme une noisette,
et d'un rouge foncé. A la coupe , la substance de la tumeur
était rouge, molle, fongueuse, et contenait de petits grains
jaunes, disposés comme les pépins dans l'intérieur d'un grain
de raisin.
Sur un rein atrophié de vieillard, j'ai vu une petite plaque
d'un jaune d'ocre, et d'une ligne environ d'épaisseur. Enfin ,
dans un rein de bœuf, qui contenait plusieurs kystes urinai-
rcs, j'ai trouvé entre deux lobules une petite tumeur dure,
et hérissée de petites saillies jaunâtres qui, par leur consistance
et leur couleur , avaient beaucoup d'analogie avec de la cire
jaune. Après avoir fait macérer cette tumeur, j'y aperçus des
pellicules bleuâtres qui étaient peut-être des débris d'acépha-
locystes.
Granulations transparentes.
§ gSa. J'ai vu, mais très rarement, à la surface des reins,
une foule de petites éminences pellucides, un peu inégales,
brillantes comme des vésicules, et qui étaient entremêlées d'un
grand nombre de petits points blancs , opaques. Presque tous
ces reins avaient une teinte jaune, un aspect granulé, des
dépressions ou d'autres altérations amenées par la néphrite
chronique.
P^ers dans les reins.
§ 933. On a trouvé dans les reins de l'homme le strongle
géant [strongyhis gigas) et deux autres vers, le spiroiitcra
hominis et le dactylius acnleatits, sur lesquels il reste beau-
coup d'incertitudes ; j'ai déjà dit qu'on y rencontrait plus sou-
vent des acéphalocysles (,<^85S. Kystes acépàalocysliqucs).
VERS DANS LES REINS. 727
§ 934. On peut voir^dans d'anciens auteurs^ de mauvaises
figures de prétendus vers rendus avec l'urine, et qui ne sont
autre chose que des concrétions fibrineuses (i), du mucus coa-
gulé ou de fausses membranes , ou même des larves d'in-
sectes (2), ou des cloportes (3) qui s'étaient trouvées par ha-
sard ou par supercherie dans le vase de nuit des malades.
M. LavïTence a vu deux fois des larves d'insectes envoyées
comme des vers rendus par la vessie.
Un cas rapporté par J. Aug. Christ. Kiihn (4) me paraît aiissi
très douteux. II s'agit d'un enfant qui renditplusieurs ascarides,
sans en rejeter par l'intestin. L'auteur suppose que ces vers s'é-
taient développés dans les reins.
Des vers intestinaux, en pénétrant dans les reins ou le canal
de l'urèthre à travers des fistules, ont pu être rendus par l'u-
rine (5). Enfin chez les femmes, les ascarides vermiculaires
quittent quelquefois le rectum, gagnent les parties génitales,
entrent et peuvent être balayés par l'urine, et tomber avec elle
dans le vasç de nuit.
(1) Decerf {Joum. demèd. continué, t. xvïi, p. 92) rnpporte l'observation
d'un homme âgé de cinquante ans qui, après avoir eu des Lémorrbagieg ,
rendit un corps vermiforme ou un ver , et plus tard de petits corps verini-
formes, dont plusieurs , examinés par MM. Bremser et Duméril, furent re-
connus pour des concrétions fibrineuses.
(2) Tulpii Obs. medic, lib. 2, cap.5o, tab. T, fig. a. — Cap.Si, tab. 7,
Cg. 3. — Werlhof Commerc, Litler. Norimb, ijSS, p. 282 {^'vermis cum
urina excretus).
(3) Veau de Lannay. Observât, sur des vers rendus avec l'urine (Rozier.
Obs. de physique, 1792, p. i5o, pl. i,.fig. 4, a. c. — Voyez aussi : Gazette
médic. de Paris, i838. p. 24)-
(4) Kûbn (J. Ang. Christ.). Diss. innug. De ascaridibus per urinant emissis,
etc., Jenae , 1798, in-iS, p. 4>
(5) Bardin. Rapport sur une obs. de M. Delaporte (Bibl. méd., t. Lxvi, pag.
86). Voyez aussi, au sujet de tœnia rendus avec l'uriuc, Gazette médic. de
Paris, 1835, p. lo3.
7*8
STRONGLli GliANT.
Slrongîe géant {slroncjylus gigas).
% 935. Oa reconnaît le sU-ongle géant aux caractères sui-
vais : Corps cylindrique , élastique , atténué aux deux extré-
mités; queue du mâle terminée par une bourse, du milieu de
laquelle sort une verge unique.
Chez les animaux, la longueur des strongles varie de cinq
pouces à trois pieds. Ces vers sont d'un rouge de sang ; ils per-
dent cette couleur dans l'eau etl'alcool. Le mâle, plus petit que la
femelle, est aminci vers ses deux extrémités; la bouche est
circulaire et pourvue de deux petites papilles; son corps, com-
posé pour ainsi dire d'anneaux, offre plusieurs dépressions lon-
gitudinales; sa queue forme, à son extrémité, une bourse par
laquelle sort un pénis extrêmement fin (Atlas. Pl. xxix, fig.
6 et 8). La femelle est plus grande; la fin de sa queue est
droite et obtuse; on remarque, à cet endroit, un anus lon-
gitudinal. Suivant la différente longueur du ver, l'entrée du
vagin est éloignée d'un ou plusieurs pouces de l'extrémité de
la queue.
Les individus observés chez l'homme avaient plusieurs pouces
de longueur.
Quelques observateurs paraissent avoir confondu ces vers
avec les lombrics (i) dont ils se rapprochent par leur forme
et leur dimension.
§ 936. Cette espèce de vers a été quelquefois trouvée dans
des reins du chien, de la fouine, du loup, du cheval et du
phoque. Elle est très rare. J'ai examiné plus de trois mille
reins d'homme et plus de cinq cents reins de chien , sans
rencontrer un seul exemple de ces vers.
S 937. Quant aux accidens déterminés par la présence des
strongles dans les reins, ils ont la plus grande analogie avec
ceux qu'occasionnent les calculs rénaux (§ 644* 645). Ce sont
principalement des douleurs rénales, souvent des hématuries,
(i) Guillaiime Remcr (Hufclaud's Med. Journal , vol.xvii, pl. ii,p. 116-
120) rapporte à l'ascaride louibricoïde des vers qu'une femme épileptique
rendait avec l'urine , et qui paraissent être de véritables strongles.
STRONGLE GEANT {Jiisloriqué). 729
parfois des rétentions d'urine dans le bassinet et les calices, et
par suite le développement d\ine tumeur à la région lombaire.
: De semblables tumeurs peuvent s'ouvrir spontanément à l'ex-
. lérieur ou être vidées par l'instrument du chirurgien.
§ 938. Pendant la vie, l'existence des strongles dans les reins
ne peut être démontrée que par l'expulsion d'un ou de plu-
sieurs de ces vers ; car les accidens qu'ils déterminent sont
communs à toutes les pyélites produites par des corps étran-
gers, animés ou inanimés.
La rareté de ces vers dans les reins de l'homme n'a pas per-
mis de faire des observations rigoureuses sur les remèdes pro-
pres à en favoriser l'expulsion.
Historique et observations.
§ gSg, Il faut se garder de compter, comme des exemples de
slrongles, des observations dans lesquelles on a pris évidem-
ment, pour cette espèce de vers, des concrétions fihrinett ses
vermiformès, et de véritables lombrics passés de l'intestin dans
la vessie.
Rudolphi et Bremser regardent comme authentiques les
observations suivantes , quoique la plupart laissent une foule
de détails à désirer :
1° Ruysch (i), qui a souvent observé des strongles chez les
chiens , trouva un jour un ver de cette espèce dans les reins
d'un homme.
2° Blaes (a) a trouvé dans les reins d'un vieillard deux vers
rougejs de la longueur d'une aune, et il ajoute qu'on renconti'e
souvent ces vers chez les chiens.
(i) Ruysch. Opéra omnia : Observât, anatomico-chirurgica!. Obs. i,xiv :
« In renibns hamanis semel cos me vidisse memini, qaales iu canum reui-
l)us longe frequentiùs occurrant. »
(») Blasius. Obs. lUedic. rarioies,^. 80 in-12 (Amstelodam. 1677. «In
viro cmaciato , ulnas et quod excedit loogitudinem babcntes duos (vermes)
iiliqnaudo reperi; coloris erant rubicundi , nquoso Lumorc turgidi, quasi ex
annulis plurimis affabre junctis coustare videbantur (Cg.6 et 7, tab. viri). »
■.Les deux figures de Blaes sont mauvaises, et la description elle-même laisse
^biea de» incertitodes sur la nature de ces corps.
•730 VERS DANS LES REINS..
3° J. Rhode (1) a connu un homme atteint d'une fièvre mali-
gne, qui avait rendu en urinant, le cinquantième jour de sa
maladie, un ver vivant, de forme ronde et d'un pied de lon-
gueur. Cet homme n'a jamais eu de difficulté pour uriner, ni
avant, ni après la sortie du ver.
4° Albrecht (2) fait mention d'un soldat qui, depuis sept ans,
éprouvait une difficulté d'uriner, et qui en fut entièrement dé-
barrassé après avoir rendu, par Turèthre, un ver de la lon-
gueur de trois doigts et de la grosseur d'un tuyau de plume.
5° Raisin (3) rapporte qu'un homme de 5o ans était attaqué,
depuis deux ans environ , d'une colique néphrétique très vio-
lente ; ses urines étaient teintes de sang , presque noirâtres.
Quelques remèdes calmèrent les douleurs; elles. reprirent en-
suite avec plus de violence que jamais, et persistèrent malgré
tous les secours qu'on put lui donner, jusqu'à ce qu'il rendît
par les urines un ver qui avait plus de trois pouces de long;
depuis ce moment il fut parfaitement rétabli, et les urines re-
prirent leur couleur naturelle.
Duchaleau cite (4) un cas analogue à celui de Raisin.
Enfin Gentilis da Foligno (5) , Fernel (6) , Guidi Guide (7),
llouUier (8), Zacutus Lusitanus (9), Schenk (ro), Th. Bar-
tholin(ii), Bonet(ii2), Pechlin (i3), Chapelain {i4), Ger-
(1) Rliodius. Ohs. anatom. medic. Centuriœ 1res. Padone, 1687, in-8 obs.
(2) Albreclit (I.-P ). Ephem. nat. cur., Dec. 11, an. i, p. i83, obs. Lixvir.
(3) Kaisin. Journal de médecine, t. xix, p. 458.
(4) Bihlioth. médic, t, Lir, p. 371.
(5) Gentilis Fulginus, cité par Gorcy. Jouni. gén. méd., t. six, p. 38g.
(6) Fernel. Pathologia, lib. vr, cap. 10.
(7) Guidi (Guido). (/^rWHj Fidius). De curalione generatim.Uh. x, c. H.
(8) Hollerii. Commcntar., cap. de odore urina;.
(9) Zacutus Lusitanus. Prax. hist., lib. «, cap. xti, obs. 6.
(10) Scbcnk. Obs. med,, lib. m, seot. 11, obs. cxcvi, p. 33o.
(n) Th. Bartbolin. Acla Harniens.,-io\. r, obs. 21, 70, 106.
(12) Bonct. Sepidcreium, t. 11, p. 579.
(13) Pechlin (J.-N.). Obs. phys. meMc.,\\h. i, obs. 4-
(14) Cbapotain, Topographie méd. de l'Ile-de-France, in-4, P«rls, 18:2.
STRONGLÉ GÉANT (Jiistoriqué) . ySi
cy (i), etc., ont fait des observations ou des remarques sur les
vers des reins; mais plusiei^rs cas paraissent appartenir aux
caillots fibrineux et non à de véritables vers, ainsi que Mor-
gagni (2) l'a judicieusement remarqué.
Auvity (3) a rapporté l'obsorvation de deux vers rendus avec
l'urine et qui me paraissent être des strongles.
5 940. Le strongle ^éant a été observé dans les reins des
chiens par Ruysch (4)- Sim. Schultz (5), Ch. Rayger(6), Ph.-Jac.
Hartraam (7), Polycarpe Gottl. Schacher (8), G.-F,-H. Collet-
Meygret (9), Van Swieten (10), Godine (n), Duverney et
Méry (12), Wolf (lo)^ et dans la vessie d'un chien, par F.
Frank (14).
(t) Gorcy. Lettre au sujet d'une observation de ver tivuvé dans le rein
d'un chien (Journ. général de médecine, t. xix, p. 387).
(2) Morgngai. De sed. et caus. morl/or., epist. il.
(3) Rozier. Observ. de physique, vol. xiil, p. 379-382.
(4) Ruyschii. Opéra, in-4, Anistelodami, 1787 : Tit. Diluridatio valvula-
rum, cap. 4- OLserv. anatom. Obs, xi (Verœis in rené rcpertus).
(5) Scbultz. Obs. de vermibus in renibus (canis.) (Ephem. nat. cur., Doc. 1,
ann. 3, p. 4o5-4o8 (rcnis caro exesa : verrais dodranteni supra duas ulnas
aequavit.
(6) Ilayger (C). Ephem, nat. cur., Dec. 1, ann. 7, p. 3i5.
(7) Hartmann (Pb.-Jac). De lumhrico in rené canis sanguineo (Ephem.
nat. cnr., Dec. u, ann. 4> P» i49)' Strongylus (femina) in canis rené re-
pertùs cum hoc, fig. 18, 21. Depingitur : fig. 22/24. Anatomes tentamen.
Sanguine rubebat. Ultrà diem vivus conservatus.
(8) Scbacber (Polycarpi Gottl.). Panegrris medica, i. plag. in-4, Ijips.,
1719. -
(9) CoUct-Meygret. Mém. sur un ver trouvé dans le rein d'un chien (Journ.
de physique, t. xi, (1802), p. 458-464, fig. i'4' Ce médecin donna le
nom de dioclnphyme à ce ver, qui plus tard fut reconnu être le strongle géant.
(10) Van Swieten. Comm. in Aphor, Boerhaavii, n34.
(11) Godine. Obs. sur un strongle trouvé dans le rein gauche d'un chien
(Journ. génér. de médecine, t. xix, p. 160).
(12) Mém. de l'Acad. des sciences, vol. u.
(13) Wolff. Obs. chirurg, medic, lib. 2, obs. 4.
(14) Pierre Frank. Traité de médecine pratique, trad. française de Gonda-
reau, t. III, p. 365.
'j'i-l VERS DANS LES UEINS,
J. Bauhin (i), Théod. Klein (2) l'ont vu dans les reins des
loups, d'autres (3), dans les reins du cheval (4) , de la fouine (5)
et du bœuf.
§941. Les cas de strongles géans observés dans les reins de
l'homme étant disséminés dans des recueils périodiques que les
médecins praticiens ne peuvent pas toujours facilement con-
sulter, je me suis décidé à reproduire ici les observations rela-
tives à ces vers , et qui m'ont paru offrir le plus d'intérêt par
leur authenticité et par les circonstances de la maladie.
Obs. I. — Plusieurs strongles géans dans le rein droit; rétention d'urine
dans le rein ; tumeur à la région rénale droite; coliques néphrétiques;
incision et ponction de la tumeur; guérisonde la fistule ; nouveaux acci-
dens, nouvelle incision, guérison; mêmes accidens, nouvelle incision;
issue de vers vivans par la fistule^ puis par l'urètbre; guérison (6).
« Je fis l'opération de la taille par le grand appareil, le 19 avril
1748, à l'enfant d'un nommé Bouturin, âgé de 5 ans, avec le
plus heureux succès. Cet enfant, depuis sa naissance, se plai-
gnait d'une dilEculté d'uriner et souffrait de fréquentes dou-
leurs de vessie, ce qui me fit penser qu'il était atteint de la
pierre dès le ventre de sa mère, attendu qu'elle était d'un
volume considérable, aussi grosse qu'un petit œuf de poule;
après m'être assuré de son existence, jel'opérai en pi-ésence de
deux chirurgiens de celte ville, et il fut parfaitement guéri
dans l'espace de quinze jours.
(1) Bauhin (Joan.). Memorahilis hisloria lapomm aliquot rabidoritm , etc.
Montbelliard , iSgi, in-8.
(2) Klein. An anatomical description, of worms foiind in the kidnies of
wolves (Philosoph. Transact., p. 269-273, Cg. ), (strongle mâle et femelle).
(3) Redi. Anim.'viv., p. 2;, vers. p. 38, tab. 9, fig. {ex rené martis).
(4) Voyez: Rodolphi. Entoozorum, etc. hist. naturalis, in-8, Amstelodami,
1809, vol. II, Pl. I, p. 211.
(5) Hufel.ind'» Med. Joum., vol. xviu, part, i, p. 112.
(6) Sur des vers sortis des reins et de i'urèthre d'un enfant, avec des re-
rtexions sur la néphrotomie. par M. Moublet, lieutenant de M. le premier
chirurgien du roi, et chirurgien-major de l'hôpital de Tarascon, en Provence
{Joum. de méd. et de chirur, juillet ijSS, t. ix, p. 244).
STRONGLiî GÉA,NT {tumeui- rénale). ^33
«Je fus appelé, le 8 février 1752, pour cemême enfant, que je
trouvai avec beaucoup de fièvre, un pouls plein, fort et fré-
quent. 11 n'avait point ui-iné depuis vingt-quatre heures, avait
eu le hoquet, des voinissemens le jour précédent, qui avaient
duré toute la nuit, pendant laquelle il avait été cruellement
tourmenté. Il se plaignait d'une douleur vive à la région lom-
baire du côté droit, d'une intlexibilité des reins, et d'un en-
gourdissement de la cuisse.
« La constitution du malade, le siège de la maladie , les acci-
dens dont il était affligé, et les coliques néphrétiques qu'il
avait autrefois essuyées, déclaraient assez combien l'action des
reins était lésée, d'autant mieux qu'il n'y avait presque point de
tension dans la région de la vessie. La douleur fixe et persévé-
rante, les élancemens qu'il souffrait, me firent recourir tout
de suite aux remèdes les plus capables de relâcher et de calmer
l'état phlogislique de la partie. Je le saignai, je lui fis prendre
un lavement anodin, je lui ordonnai des fomentations émol-
liens sur le bas-ventre , je le sondai , et il sortit de la vessie
environ un verre d'une urine ardente , ti'ouble, avec sédiment
épais.
« La région lombaire n'était pas fort tendue ; la couleur de la
peau paraissait un peu rouge , et il lui restait seulement un
sentiment vif de pulsation , et une douleur profonde lorsque
j'y appuyais mes doigts. Ce qui m'obligea de lui appliquer un
cataplasme anodin. Je le saignai une seconde fois, trois heures
après, et, comme les symptômes subsistaient le soir avec vio-
lence, je proposai, pour procurer une grande détente et une
nuit moins tumultueuse, une troisième saignée, à laquelle le
père s'opposa.
«Le lendemain matin, l'inflammation avait augmenté; le ma-
lade était inquiet, brûlant, altéré, les coliques avaient redoublé
et ne lui avaient donné aucun calme ; il rendit des urines ex-
trêmement rouges, briquetées et en très petite quantité; l'in-
somnie qu'il avait eue la nuit l'avait beaucoup agité, le pouls
était concentré, il sentait une pesanteur, et une pression véhé-
mente dans la région lombaire, ce qui me persuada que l'in-
flammation attaquait les contours même du rein extérieure-
704 VERS DANS LES HEINS.
ment, la rougeur était plus vive, la chaleur forte^ la peau plus
élevée et plus rénitente ; je sentis même au milieu de la tumeur
une petite dureté.
a II fut saigué,pritunlavement,jecontinuai, afin d'assoupir
les solides et d'apaiser les douleurs par l'usage des relâchans,
des anodins et des émoUiens. Je ne négligeai point , selon les
indications, les potions huileuses, acides et narcotiques, et je
fis voir si fort aux parens les mauvais effets de leur négligence,
qu'ils appliquèrent sur la région lombaire le cataplasme que
j'avais prescrit la veille. Je le sondai de nouveau pour faire
couler le peu d'urine qui se trouvait dans la vessie , qui était
extrêmement rouge et enflammée.
« Cependant les parens ennuyés de voir que ces remèdes n'o-
péraient pas un soulagement prorapt, se lassèrent de les conti-
nuer, ils abandonnèrent cet enfant à sa triste situation, et je
perdis cette maladie de vue-
ce Dix jours s'écoulèrent dans cette inaction; mais, voyant que
le mal empirait, ils vinrent un jour me revoir, m'assurèrent
qu'ils le confiaient entièrement à mes soins, et m'avouèrent
qu'ils en avaient été détournés par les discouis enchan-
teurs d'une femme qui les avait ûattés de le guérir radica-
lement.
« L'enfant était assez tranquille, la fièvre s'était calmée, il
urinait sans peine, l'urine était claire et naturelle; la dou-
leur de la région lombaire était moindre , le ventre s'était
amolli, la tumeur n'était plus si saillante , mais aplatie et cir-
conscrite, sans rénitence et sans tension. Je reconnus par la
rémission de la douleur, par les frissons vagues et irréguliers
qu'il me dit avoir ressentis, par le relâchement et la mollesse
de la peau, et plus encore par la dépression qui restait au
centre de la tumeur après l'impulsion des doigts, par le flot et
l'ondosilé du pus qu'elle renfermait, qui se faisait sentir à la
circonférence, je compris que la suppuration était formée et
que l'abcès pénétrait fort avant, parce que la fluctuation, qui
était lente, paraissait profonde.
a Je communiquai au père le jugement que j'en portai. Je lui
dis, selon ce que me laissaient présumer les accidens qui
STROTVGLE GÉAJNT {tumeur rénale). 735
avaient pi'écédés , que l'abcès occupait peut-être jusqu'au rein
même ; que le pus serait abondant, parce qu'il y avait beaucoup
de graisse dans cette partie, et qu'il fallait au plus tôt lui don-
ner issue pour éviter les ravages qu'il pourrait faire. Je fis ap-
pliquer sur la tumeur un cataplasme maturalif.
a La suppuration est toujours prompte dans des parties si
. délicates et d'un sentiment si exquis, et la saine pratique de-
j mande de ne pas trop temporiser. L'après-dîner la fluctuation
1 m'ayantparu encore plus sensible, je fis préparer mon appa-
I reil, el j'en fis l'ouverture comme je l'avais proposé.
« Le malade étant situé sur le bord du lit , le côté penché en
( dehors; je plongeai mon bistouri dans la partie la plus déclive
de la tumeur, environ la profondeur de deux travers de doigt.
Je fus fort étonné, l'incision faite, de ne point voir sortir du
pus ; et cela me fit d'autant plus de peine, que les parens étaient
présens. Je ne me déconcertai point; j'introduisis mon doigt
tout de suite dans l'incision que j'avais pratiquée; je sentis
l'ondulation du pus, à ne pouvoir en douter; en étant assuré,
j'enfonçai mon bistouri plus profondément dans la même in-
cision ; il sortit un jet d'un pus mêlé de filamens sanguins , de
la grandeur de l'ouverture, que je ne balançai point d'étendre
de trois pouces , le long des apophyses transverses des vertè-
bres des lombes.
« Cette grandeévacuation purulente soulagealemalade, parce
que, laissant un grand vide, les viscères du bas-ventre n'étant
pas si à l'étroit, les sécrétions se rétablirent avec facilité. Jepres-
crivis au malade un régime sévère; le soir je le saignai, et je
levai. le premier appareil , à cause de la grande quantité de pus
dont le lit était inondé. Je remplis l'ouvei'ture de gros bour-
donnets de charpie enduits d'un digestif ordinaire, attachésavec
un gros fil double^ dont je laissai pendre le bout au dehors.
J'appliquai le plumasseau chargé du même digestif, et je le
couvris d'un bandage double d'une longueur et d'une largeur
convenables pour contenir l'appareil en état.
« La suppuration ne pouvait être qu'abondante, attendu que
l'engorgement était considérable, que la substance des reins
est ferme et charnue, qu'ils suppurent beaucoup. Aussi j'eus
7^6 VERS DANS LES REINS.
une attention extrême de faciliter l'écoulement du pus. Je lui
recommandai de se coucher de ce côté.
« Le pansement fut toujours fort simple et d'une grande pro-
preté. Le pus devint blanc , épais et visqueux , d'une assez
bonne qualité, quelques jours après, ce qui leva tout doute
et vérifia mes conjectures et le pronostic que j'avais porté sur
le siège et la profondeur de l'abcès. Je remarquai, malgré la
grande quantité de matières qui sortaient par la voie de l'inci-
sion, que les urines étaient blanches, et qu'après avoir reposé,
elles s'éclaircissaient et laissaient au fond du pot un sédiment
purulent. Je le pansai au commencement deux fois par jour,
pendant douze jours, et, comme cette abondance se ralentit
peu-à-peu, je le continuai une seule fois, pendant environ un
mois et demi.
« Il ne survint durant tout cet intervalle aucun fâcheux acci-
dent, i\ quelques rétentions d'urine près dont il fut attaqué.
J'attendais que la régénération des chairs se ferait sans peine.
L'abcès semblait se moudifier. Il paraissait même dans le fond
quelques grains charnus qui bourgeonnaient lentement, mais
les lèvres de la plaie devinrent pâles, se flétrirent; elles res-
tèrent long-temps d'une couleur livide et plombée ; la supura-
tion prit une mauvaise tournure; le pus fat mal conditionné,
l'abcès dégénéra peu-à-peu en ulcère sanieux; il en suintait un
liquide fétide de diverses couleurs , tantôt jaunâtre, tantôt ver-
dâtre; et la chair qui s'engendrait sur les bords était molle et
spongieuse, présage d'une suppuration d'un mauvais ca-
ractère.
« Je me servis avec choix et précaution de différentes injec-
tions les plus propres à déterger l'ulcère et à en ranimer les
chairs décolorées et spongieuses. Toutes mes tentatives furent
infructueuses , et, comme mes soins et les remèdes que j'em-
ployais étaient sans succès, j'en laissai la conduite à la mère qui
la pansa.
« Quelques mois après, l'enfant vint me trouver, et je fus
étonné de voir que cet ulcère si rebelle et si opiniâtre, qui
avait résisté à tant de remèdes, fût entièrement fermé, et que
la cicatrice était faite. Lemalade ne sentait point de douleur. Je
STRONGLE GÉANT {tUTTieur rénale). 737
remarquai seulement une petite tension dans la région lombaire :
l'endroit delà cicatrice était un peu boursouflé ; la consolida-
tion n'avait point acquis cette fermeté qu'elle a naturellement
dans son état parfait; la couleur de son visage était pâle, son
ventre paresseux , ses urines troubles coulaient avec quelque
. difficulté ; l'appétit lui manquait, son sommeil était interrompu
par des insomnies fréquentes; il éprouvait un malaise dans
tout le coi"ps , et il ne reprenait point ses forces épuisées.
« Ce changement en mieux pouvait être regardé comme un
I acheminement à sa guérison ; mais sa durée fut courte. Sa
I mère, trois jours après, vint me chercher à la hâte ; l'enfant
poussait les hauts cris, il s'agitait dans son lit, faisait des ef-
forts violens et extraordinaires ; il souffrait, depuis la nuit, des
douleurs excessives qui lui causaient des convulsions considé-
rables; il n'avait point uriné depuis la veille; ses extrémités
étaient froides, le pouls faible, petit et déprimé ; il se plaignait
d'une pesanteur aux lornbes, insupportable, et comme des ti-
raillemens et des déchiremens dans le bas-ventre.
« J'examinai l'ulcère, il était fermé; j'attribuai tous ces fu-
nestes effets à sa clôture. Sa circonférence était extrêmement
gonflée; je sentis en le poussant un mouvement de fluctuation ;
je fis tout de suite une ouverture avec une lancette ; le pus
s'écoula, et les accidens fâcheux cessèrent.
« Quelque temps après, l'ulcère se referma, et les douleurs qui
en étaient ou les suites ou les causes , recommencèrent , sévi-
rent avec autant de véhémence, et s'apaisèrent par les mêmes
moyens.
« Cet ulcère a eu long-temps le même revers et la même issue ;
il se refermait après desintervalles périodiques. Quand l'écou-
lement de ces filamens purulens était fini , les bords se recol-
laient, et, lorsque leur collection était considérable, je l'ouvrais
avec la lancette. Il n'y avait que cette voie pour apaiser les
douleurs qui tourmentaient l'enfant. J'aurais même souhaité
qu'on m'avertît toutes les fois qu'il était dans cette situation
déplorable. On en laissait souvent la conduite à la nature, et
on attendait que le pus ramassé, distendant par sa quantité,
dilacérât la dernière cicatrice , et se fît jour lui-même , ce qui
m, 47
738 VERS HkNS LES REINS.
ne devait pas arriver sans inconvéniens et sans causer de
grands maux au malade.
« Tout ulcère cicatrisé qui se renouvelle est en danger de
tomber en une fistule incurable. En effet, les bords durcirent et
devinrent calleux ; il en coulait de temps en temps une humi-
dité fétide, d'une odeur insupportable; les urines, dont le
cours était souvent interrompu, quelquefois purulentes, étaient
toujours filandreuses. Afin de pouvoir réunir tous les secours
ensemble, je lui fis prendre des délayans, de légers diuréti-
ques. Les injections balsamiques et vulnéraires , tous les re-
mèdes indiqués, prescrits avec soin et employés à propos,
ayant été épuisés, le malade, en proie à des douleurs extrêmes,
auxquelles il ne pouvait plus résister, menait une vie languis-
sante , dans un abattement affreux , et dépérissait chaque jour.
La fistule d'un émoncloire aussi profond est de difficile guéri-
son. Pénétré de compassion , et rempli du désir de délivrer cet
enfant de cette situation malheureuse, je me décidai pour l'o-
pération ; et malgré toutes les difficultés que je comprenais
qu'il y avait de réussir, je pensai que le plus sûr parti était
d'ouvrir entièrement cet ulcère fistuleux, qui durait depuis
trois ans: j'insistai sur la nécessité devant les parens, qui, ir-
résolus , me demandèrent du temps pour s'y déterminer.
« On voyait toujours continuer le même assemblage de phéno-
mènes. L'enfant se plaignait encore par intervalles de piqûres
vives, et d'une douleur lancinante. Ces symptômes réunis me
portant à soupçonner la présence d'une pierre d'une certaine
grosseur, inégale, dui-e et raboteuse, qui par son poids et sa
masse produisait un sentiment de pesanteur , bouchait les ure-
tères et empêchait l'excrétion des urines , et qui , par ses as-
pérités et ses points tranchans, pouvait froisser, blesser,
meurU'ir des chairs infirmes et affaiblies , déchirer de petits
tuyaux d'un tissu tendi e et d'une sensibilité extrême , et occa-
sioner ces. irritations, ces compressions, ces douleurs sui-
vant les divers raouvemens et les différentes situations du
corps ; ce qui aurait suffi pour procurer un suintement conti-
nuel , et pour s'opposer à la parfaite réunion de l'ulcère-
Je le sondai plusieurs fois avec précaution ; je ne trouvai au-
STRONGLE GÉANT (tumeur rénale). 789
cune résistance, et je me convainquis qu'il n'y en avait point.
« La natui'e ménage quelquefois aux maladies extraordinaires
des issues surprenantes. Celle-ci était d'une trop grande con-
séquence pour ne pas ra'intéresser au point d'en suivre les pro-
grès et la marche. La mère de cet enfant vint me dire, le ii
mars i755, que dans la nuit elle avait vu remuer dans la fistule
a ver vivant, qu'elle avait tiré avec les doigts. Elle avait eu la
précaution de le conserver. Il était de la longueur de cinq pou-
ces, et de la grosseur d'une plume ordinaire, et d'une couleur
grisâtre.
a L'après-dmée du même jour, je me rendis chez le malade, et
je tirai moi-même de la fistule un second ver, en vie, avec mes
pinces , à la vérité plus petit que le premier. Il avait quatre
pouces de long, et était d'une grosseur approchante. Comme
je compris de quelle importance et de quelle nécessité il était
de tenir la fistule ouverte pour faciliter la sortie des vers, je
voulus la dilater. Les parens ne voulant pas le permettre, j'in-
troduisis une gi'osse tente qui en empêcha la réunion. Je l'exa-
minai avec attention , il ne découla pas beaucoup de pus , et je
ne vis plus paraître de vers. Mais comme j'avais toujours droit
de soupçonner qu'il y en avait d'autres, afin de les chasser, et
de les faire périr plus sûrement, j'injectai par le trou extérieur
de la fistule , des décoctions amères et une dissolution mercu-
|i rielle.
« Deux jours après, cet enfant fut atteint d'une suppression
subite d'urine; j'observai cette fois, ce que je n'avais point re-
marqué dans les rétentions qu'il avait déjà essuyées, que la
région de la vessie était tendue et gonflée, et qu'elle devait par
conséquent contenir de l'urine. Je voulus le sonder, mais l'al-
galie, parvenue au sphincter de la vessie, trouva une difficulté
insurmontable à pouvoir être introduite dans sa cavité.
J'injectai dans le canal de l'arèthre, à diS'érentes reprises, de
l'huile tiède pour le relâcher, et faciliter la sortie du gravier
qui pouvait intercepter le passage. Les douleurs alors redou-
blèrent. Je fis une seconde tentative avec la sonde, qui ne fut
pas plus heureuse que la première. Ne pouvant absolument en
venir à bout, je fis mettre l'enfant dans le bain.
47.
■y/jO VERS DANS LKS REINS.
<c Apeine y fut-il, qu'il entra dans des mouvemens convulsifs
étonnans ; il tordait ses bras avec des contorsions affreuses.
Les douleurs étaient si aiguës, qu'il fallut le retirer du bain.
L'ayant mis en situation pour tâcher encore de le sonder, j'a-
perçus au bout du canal de l'urèthre un corps étranger, que je
pris avec mes pinces, et je tirai un troisième ver envie de la
même figure et de la même longueur que le premier qui était
sorti de la fistule , qui la nuit d'après fut suivi d'un autre par
Je canal de l'urèthre à-peu-près semblable.
a Ces quatre vers sortis, il n'en parut plus ni par le canal de
l'urèthre, ni à l'entrée de la fistule, que je continuai de panser
pendant un mois. Il en coula une petite qaantité d'un pus
louable, dont la source se tarit peu-à-pçu; la cicatrisation fut
parfaite, tous les symmptômes ont disparu. Il rendit avec des
urines naturelles, qui ont ensuite coiilé sans douleur et sans
peine, des filamens^ des lambeaux membraneux, qui pouvaient
être le kyste qui renfermait la tumeur. Les insomnies cessèrent,
l'appétit revint insensiblement. 11 a repris toutes ses forces,
recouvré son embonpoint et il jouit, depuis cinq ans, d'une
santé parfaite sans aucune altération. »
Obs. II. — : Tumeur dans la région lombaire droite; onverture spontanée de
l'abcès; adbérence du rein droit avec le foie; calculs et vers (strongles)
dans le bassinet; carie des vertèbres (i).
a Une fille de 4o ans, dont la conduite avait été autrefois sus-
pecte, se présenta à l'hôpital vers la mi-décembre 1779. Elle se
plaignait de douleurs dans les membres, qui devenaient sou-
vent plus aiguës pendant la nuit, et particulièrement d'une
douleur plus forte et plus continue à la région lombaire du côte
droit. Celte particularité fixa mon attention ; j'examinai le
siège de celte douleur plus vive, et j'y trouvai un engorgement
œdémateux qui semblait cacher une inflammation, par la sen-
sibilité douloureuse que causait une pression un peu forte sur
cette partie. La fièvre était modérée, les urines avaient leur
(i) L.npeyrc. Alicès delà région lombaire (Joiirn. de méd,, t. txv, p. 375}.
I
STRONGLE GÉANT {tUTueur rénale). 741
ours ordinaire, il n'y avait ni nausées, ni vomissemens. Je ne
is donc aucun signe de la lésion du rein, et je crus que tout
> passait à l'extérieur. Les antiphlogistiques, les émolliens,
s maturalifs externes, furent les remèdes que je prescrivis ;
[s apportèrent un soulagement très sensible. Le quatrième
Dur la fièvre et la douleur étalent très peu de chose, je confiai
ette malade aux soins du chirurgien ordinaire de l'hôpital, et
e la perdis de vue pendant trois semaines.
« Dans cet intervalle, la tumeur prit de l'accroissement; l'abcès
ouvrit sur les muscles transverses du bas-ventre , il en sortit
u moins une livre et demie de pus, mêlé de beaucoup de sang.
, 'ouverture de l'abcès ayant encore amélioré l'état de la ma-
ide, ses soufiTrances étant presque nulles, je crus devoir
résumer qu'un pansement méthodique et quelques autres
Dins auxiliaires la rétabliraient parfaitement avec les grada-
ions convenables.
« Les choses ne tournèrent pas comme je l'avais espéré; api'ès
uinze jours et plus d'état assez consolant, cette femme fut
lisie d'une fièvre aigué, et, cette fièvre faisant des progrès rapi-
l's, je la trouvai le 6 février avec une langue sèche, une soif
dente et des douleurs universelles, le ventre un peu météo-
sé ; il y avait une insomnie absolue et une agitation conti-
uelle ; de plus les extrémités inférieures étaient œdématiées,
iirticulièrement la droite ; il y avait à la malléole interne du
lème côté deux phlyctènes avec une tache livide , et toute la
imbe était tendue et si douloureuse qu'il n'était pas possible
e la toucher, au moins dans sa partie inférieure. Je crus la
lalade- sans ressource, et avec d'autant plus de raison que j'a-
ais lieu de craindre une résorption de pus et un épanchement
e la même matière dans le bas-ventre et sur toute la cuisse ,
otamment vers l'articulation de la tête du fémur, soit parce
ue la malade soufirait excessivement dans cette partie, soit
ar la suppression de deux fusées qui aboutissaient à l'ulcère,
: dont l'une venait de l'aine droite et l'autre avait sa direction
ers le grand trochanler. Cependant j'employai les remèdes
itéricurs propres à diminuer le foyer de suppuration , et les
3mèdcs extérieurs propres à prévenir la putréfaction. Le lo,
VERS DANS LES REIiNS.
la malade fut purgée et rendit une douzaine de vers; le ii, les
douleurs devinrent des plus vives, et la malade tomba dans
l'agonie jusqu'au matin du 12 qu'elle mourut.
« Lesdouleurs quela malade avait éprouvées avant de s'aliter,
leur intensité pendant la nuit, l'inconduite dans laquelle cette
femme avait vécu, m'avaient fait "présumer un virus caché de-
puis long-temps. Pour éclaircir mes doutes et voir par quelle
espèce de vice et de désorganisation la mort était arrivée, j'ai
fait faire l'ouverture du cadavre, dont voici le détail :
« Afin de ne point changer l'étatdes parties, je fis introduire la
sonde dans les traînées qu'avait faites le pus. En commençant
par l'ouverture qui était à l'aine droite , on ne peut pas faire
parvenir la sonde dans la capacité du bas-ventre, mais il s'en
fallut peu, puisqu'elle traversa sans peine jusqu'au tissu cellu-
laire qui couvre les muscles psoas. La seconde ouverture con-
duisit jusqu'auprès du grand trochanter, où nous trouvâmes
un endroit rempli de pus sous le muscle fascia lata. Ayant ou-
vert la cuisse dans toute sa longueur, tout le tissu cellulaire
parut imbibé d'une sanie ichoreuse ; îe tissu cellulaire du
reste du corps était presque généralement imbibé de cette
humeur qui était plus abondante au bas -ventre que par-
tout ailleurs. Il n'y avait pas le moindre épanchement dans
la capacité abdominale, les intestins étaient en bon état; mais
ayant enlevé le foie pour découvrir le rein , nous vîmes
ce dernier viscère adhérent au rein dans toute sa surface
et faisant corps , pour ainsi dire, avec lui ; le rein , détaché
et coupé en long, formait un corps ferme entièrement grais-
seux et sans vaisseaux apparens. Parvenus au bassinet , nous
y trouvâmes une pierre grosse comme une fève de marais,
dure et raboteuse. Il y avait, dans l'intervalle des aspérités,
une matière purulente, et cette pierre avait un prolongement
en forme de piédestal, par lequel elle s'adaptait à l'entrée de
l'uretère; mais ce qui est plus étonnant, c'est que nous trou-
vâmes de plus, dans la substance du rein, trois vers en vie, qui
avaient trois pouces et demi de long. Eu poussant nos recher-
ches plus loin, vers l'épine lombaire , notre étonnement aug-
menta encore en découvrant ti"ois autres vers, longs de deux
STRONGLE GÉANT? 743
à sept pouces, qui étaient fixés et comme lardés dans la sub-
stance des muscles , et en trouant l'épine cariée vers l'attache
des piliers du diaphragme, à la première vertèbre des lombes.
Du reste , les viscères du bas-ventre ne présentaient aucune
particularité , si ce n'est que le rein gauche était très volumi-
neux ; le foie très gros et très dur, et que la rate, devenue aussi
très volumineuse, était à moitié putréfiée. »
§ 94a. Quelques personnes ont rapporté aux strongles ou à
d'autres vers, les corps vermiformes ou les vers que disent avoir
constatés dans l'urine les auteurs des observations suivantes.
Pour moi, ces cas me paraissent très douteux, les caractères
de ces prétendus vers étant très incomplètement expri-
més. Toutefois, j'ai cru que rappeler ces faits incomplets ne
serait pas inutile à des études ultérieures.
Obs. m. >— Vers on corps vcrmineux rendus avec l'urine par un nègre
(Chapotaln. Topographie de l'Ile-de-France, in-4°, Paris , p. Sg).
«M. Hervé, propriétaire au quartier desPampelmousses,avail
chez lui un nègre qui rendait depuis quelque temps du sang
et des vers avec les urines : c'était un Malgache âgé de 20 ans,
assez maigre, d'un appétit vorace, et ne désirant que des sub-
stances animales presque désorganisées par la putréfaction. Il
fut conduit à la ville, afin de pouVoir suivre plus assidûment
son état et mieux constater la réalité de la maladie.
« Quoique l'on n'espérât pas beaucoup des anthelmintiques
administrés intérieurement et sous forme de lavement, ils
furent cependant employés , mais sans effet. Les injections de
vermifuges dans la vessie, telles que l'eau éthérée, les décoc-
tions avec la racine du lilas de Chine (mellia), celle des diffé-
rentes parties du papayer, le lait de la peau de son fruit i-endu
miscible à l'eau, ne firent qu'occasioner des douleurs insup-
portables qui obligeaient le patient à rejeter sur-le-champ l'in-
jection, et, si les vers étaient expulsés en même temps, ils
étaient toujours vivans. L'eau froide n'excitant pas de dou-
leurs aussi vives, le màlade put la conserver dans l'intérieur
744 VERS DANS LES REINS
de la vessie ; les vers qui furent ensuite rendus ne sortirent
que morts, ils étaient longs de trois à quatre centimètres et
avaient une parfaite analogie avec les lombrics. Le malade en
rendit quinze dans l'espace de cinquante jours que dura ce
traitement, qui suffit à sa guérison. Six mois après il en sortit
encore quelques-uns , et on parvint à le guérir en renouvelant
pendant quelques jours les injections d'eau froide dans la
vessie. Deux ans et demi après cette indisposition, ce noir
existait, mais dans le dernier degré de marasme : cet état pa-
raissait être le résultat de la nourriture de substances animales
en fermentation putride dont on n'avait pu le déshabituer, et
non celui de la maladie vermineuse qui n'avait pas reparu.
« § 943. M. Manche rapporte qu'un petit garçon de six à sept
ans, qui appartient à un bourgeois de son quartier, a vidé par
la verge un ver velu, long de sept à huit travers de doigt et
gros à proportion, et cela après avoir souffert, de temps en
temps, près d'une année, de fort grandes douleurs à la région
des reins. A la fin elles devinrent assez continuelles et assez
violentes , pour lui causer quelques mouvemens convulsifs qui
durèrent jusqu'à ce que le ver eût été rendu avec quelque
peu de sang caillé qui sortit peu après.
§ 944- -A^iix cas douteux, il faut encore rapporter le fait sui-
vant : «M. Landouillette, en faisant des expériences sur une
chienne vivante, trouva, dans le rein gauche, un ver de la
grosseur des plus grosses plumes de cigne, et long d'environ
trois quarts d'aune. La tête de ce ver n'était distinguée de la
queue que par sa grosseur, et il occupait si peu de place dans
ce rein , qu'à peine l'avait-il rendu un peu plus gros que l'au-
tre, quoiqu'il en eût rongé la substance, de sorte qu'il n'en
était demeuré, pour ainsi dire, que ses membranes, sans que
néanmoins la conformation ni la situation des vaisseaux émul-
gens ni de l'uretère fussent en rien changés , et sans que celui
à qui cette chienne appartenait se fût aperçu qu'elle eût jeté
du sang en urinant. »
§ 945. Il est difficile de dire aussi si le corps vermiforme
rendu par les voies ui'inaires dans le cas suivant était uu
strongle , un véritable ver, ou une concrétion fibriueuse. La
STRONGLE GÉANT? 745
gure ajoutée à cette observation ne ressemble à aucun animal
ounu(i).
. « Le R. P. Camerier , prédicateur capucin, fut surpris dans
4 ville de Fare, d'une perte de sang considérable, qui sortit
urant treize mois par les voies urinaires, quelquefois liquide
l d'autres fois en grumeaux. Un des plus habiles médecins de
ette ville lui donna les remèdes ordinaires à cette bémorrha-
ie ; mais comme ils n'avaient pas tout le succès qu'on sou-
aitait, on transporta ce malade à Pezare , pour estre traité par
^ premier médecin de son A. S. de Florence. Ce savant mé-
acin jugea par la douleur qui était fixe à la région des reins,
t par les autres accidens dont cette perte de sang était accom-
agnée, qu'elle était dépendante d'un ulcère dans ces parties;
: dans cette pensée il crust que , bien loin d'employer les as-
ingens pour l'arrester, les destersifs estaient nécessaires pour
londifier l'ulcère, et pour le disposer à la consolidation. L'effet
e ces destersifs parut dès le premier jour, car les urines devin-
;ut troubles, sanguinolentes et pleines de filamens. On en
)ntinua l'usage dans les jours suivans, et dans le troisième
3 poussèrent dehors , du moins une livre et demie de sang en
umeaux , parmi lesquels il y avait une fort grande quantité
à flocons de vers ronds , bruns et longs de deux ou trois tra-
\sîrs de doigts. Le malade sentait de temps en temps comme
n détachement de matière qui semblait se séparer du rein
t oit , et descendre dans la vessie par l'uretère. Il commença ,
éanmoins, dès-lors à rendre des urines assez claires , etpeu-
ant tout le quatrième jour, il ne ressentit que de légères dou-
;urs ; mais le cinquième , il commença à perdre du sang avec
bondance; il jela de nouveaux flocons de vers, et il ressentit
es douleurs qui lui semblaient être causées par l'extension de
uretère, et qui étaient si violentes, qu'elles firent désespérer
' (l) Extrait d'une relation imprimée h Pesaro, au. duché de Florence,
intenant l'histoire d'un prodige arrivé en la personne d'un père capucin , le 4
vril 1677. — Les nouvelles découvertes sur toutes les parties de la médecine
'.cueillies en l'année 167g, par N. D. B., cliirurgicn du roi, inaistrc et juré à
aris (à Paris, chezLaurcut d'Houdy, 167g, p. j35).
VERS DANS l'urine.
de sa vie. Cependant ses forces était un peu revenues J elles
lui donnèrent lieu de résister à un bien plus cruel redou-
blement, cai , le jour suivant , la perte du sang s'augmenta,
et il souffrit pendant trois heures des douleurs et des envies
d'uriner si rudes et si continuelles , qu'elles le réduisirent à
la dernière extrémité. Enfin, après y avoir trouvé quelque
peu de relâche , elles se redoublèrent de nouveau , et on vit
sortir dans ce moment, par l'urèthre, l'extrémité d'un corps
dont on ne put pas bien déterminer la forme., et qui causa la
suppression des urines en bouchant ce canal. Le malade s'étant
efforcé de le tirer dehors avec la main , il demeura pendant
une heure dans un accablement qui lui fit regarder la mort
comme un terme inévitable de son mal. Cependant la nature
fit un deraier effort contre son attente , qui le délivra de tous
ses maux , en expulsant au-dehors une grande abondance de
sang, avec le reste du corps qui s'était présenté, qu'on trouva
long d'une palme de main , et pesant deux onces romaines.
D'abord on eut peine à reconnaistre ce que c'estait, parce qu'il
estait tout couvert de sang et d'autres immondices; mais après
l'avoir bien lavé dans l'eau claire j on vit que c'était un animal
ayant la teste , la couleur et généralement la forme extérieure
d'une petite vipère , comme on peut le voir dans la figure sui-
vante, oii il est représenté avec toutes ses dimensions. Pour
ce qui est des parties internes , il ne fut pas possible de les con-
noistre , parce qu'avant qu'on se fût avisé d'en faire la dissec-
tion, on l'avait laissé dans l'eau durant quelques jours , d'oîi
on le tira à moitié pourri. On assure néanmoins qu'à l'aide du
microscope , on reconnut que ses intestins étaient semblables
à de petits filamens. 5)
Spiroptère de l'homme.
% 946. On trouve quelquefois entre les tuniques de l'eslo-
màc desmammifères etsurtoutdes oiseaux des vers, très voisins
des strongles (les spiroptères (r) ), et auxquels, suivant Bremser
(i) Spiiootère,s. Corps cylindrique, finement annelé, cl.nstiquc, altémic
SPIROPTÈRE DE l'HOMME.
et Rudolphi, on pourrait rapporter les vers observés par
MM. Barnett et Lawrence chez une femme qui les rendait
avec ses urines (s'il était bien démontré toutefois, que ces corps
étaient de véritables vers).
M. le docteur Negri m'a fait voir plusieurs de ces versj
conservés dans l'alcool. Tous avaient une même forme, le corps
cylindrique, annelé, décoloré, d'une ligne de diamètre, dé
deux pouces de long, atténué aux deux extrémités et étranglé
vers le milieu de sa longueur. Je n'ai pu y découvrir ni bouche,
ni organes sexuels; parties qu'on distingue facilement dans les
strongles elles véritables spiroptères.Mais d'un autre côté, plus
je les examinais avec soin, plus j'étais frappé de leur forme con-
stamment la même. La fibrine en se coagulant dans les ure-
tères, dans des cas d'hémorrhagies rénales, prend souvent la
forme d'un ver, mais il est rare que ces concrétions se mon-
trent avec une forme si constante, et il est plus rare encore
de voir un aussi grand nombre de concrétions être rejetées au
dehors, sans hémorrhagie rénale abondante; en outre M. Bar-
nett a vu plusieurs de ces petits vers vivre pendant quarante-
huit heures dans de l'eau tiède. Bremser, qui ne doute pas que
ce ne fussent de véritables animaux, mais incertain sur leur
caractère, pense qu'il se pourrait que ce fussent de jeuneâ
strongles.
Rudolphi ayant fait mention de ces petits vers sous le nom
de spir optera hominîs, je me suis cru autorisé à reproduire
ici l'observation de MM. Barnett et Lawrence (i)-
Marie Pearson, âgée de 24 ans, fille d'une bonne et forte
constitution, fut saisie, dans l'hiver de 1806, d'une rétention
anx deDx extrémités; boncbe orbiculaire; qnene du mâle roulée en spirale,
garnie d'ailes latérales entre lesquelles sort un organe génital unique. Les
pins grands atteignent à peine trois pouces, et la plupart sont beaucoup
plus petits.
(l) Cas d'une Jemme qui a rendu un grand nombre de /vers par l'urèthre,
par W. Lawrence, chirurgien assistant et démonstrateur d'anatomie à
l'bôpital Saint-Bartholoméc, lu le 12 novembre i8ta {Medic. chirurg.trahs.,
t. n, yéà\i., p. 385).
V£RS DANS l'ouINE.
d'urine qui nécessita l'emploi journalier du cathéter. Sa po-î
sition l'obligea d'entrer dans un hôpital, elle se jjlaignait d'un
grand poids à la vessie, de douleurs dans les aines, d'engour-
dissement dans les cuisses; elle urinait rarement, et chaque
fois, elle rendait seulement quelques gouttes d'urine mêlées de
sang. On pensa qu'il existait un calcul dans la vessie. Mais
l'exploration par la soude n'en fournit aucun indice. Après
être restée à l'hôpital un temps considérable sans aucun soula-
gement, elle en sortit et se plaça sous la direction d'un méde-
cin qui pratiqua le cathétérisme deux fois par jour. Elle entra
ensuite dans un autre hôpital, où l'on eut la même opinion sur
la nature de sa maladie. Dans l'été de 1809, elle se confia aux
soins de M. Barnelt, et lui apprit ce qui précède. Alors sa con-
stitution était épuisée , elle était très maigre ; sa langue était
chargée , et offrait souvent un aspect typhoïde, l'appétit était
entièrement perdu, elle se plaignait de douleurs dans les aines
et la vessie, et n'avait urinée depuis six mois qu'à l'aide du
cathéter. Elle était saisie de violentes douleurs si l'emploi du
cathéter était suspendu. Alors la douleur et la chaleur brû-
lante de la vessie, étaient très intenses. On employa des sang-
sues , des fomentations sur la région de la vessie, le bas-ventre
fut réglé par l'huile de ricin et de l'oreille d'ours prises jour-
nellement; par ces moyens on obtint de l'urine donnant un
sédiment furfuracé.
Les symptômes qui indiquaient l'existence d'une irritation
de la vessie existaient encore. M. Barnett introduisit la sonde,
mais sans trouver aucun signe de pierre. Cet examen causa beau-
coup de douleur, et donna à la malade la même sensation, que
si l'instrument avait frappé contre une balle au sommet de la
vessie. De ce moment le sentiment de pesanteur devint plus
considérable. Cette femme sentit une fluctuation au dedans
d'elle-même, comme si quelque chose s'y mouvait. Cet état
était si douloureux , qu'elle fut obligée de rester constamment
au lit , et elle y est restée depuis presque constamment. La
quantité de l'urine avait considérablement diminué. Il avait été
nécessaire d'abord d'employer le cathéter deux fois par jour,
puis une fois , puis tous les deux jours , et enfin tous les trois
SPIROPTÈRE DK LHOMME.
jours seulement. La malade alla jusqu'au commencement
.l'août, employant les moyens qui sont généralement conseillés
dans les afifeclions de la vessie, sans éprouver le plus léger sou-
lagement. Sa constitution s'altérait de plus en plus ; elle était
incapable de se lever, et elle avait une douleur de tête conti-
nuelle, qu'elle n'avait jamais ressentie auparavant. Le moin-
dre bruit l'agitait ; l'appétit avait entièrement disparu ; elle ne
prenait que des alimens liquides, et en très petite quantité;
elle ne pouvait dormir sans de fortes doses d'opium. La fluc-
tuation dans la vessie était plus prononcée, et, d'après la ma-
lade, assez forte pour être sentie avec la main. La vessie restait
distendue, même après qu'on en avait extrait l'urine, et si
sensible, que le poids des couvertures ne pouvait être supporté.
Un nouvel examen fut encore fait, très attentivement avec la
sonde , et produisit comme auparavant la sensation qu'eût pro-
duite la percussion contre une balle dans la vessie. Cet examen
fut suivi d'un violent accès de convulsions, dans lequel la ma-
lade était si agitép , que cinq à six personnes étaient néces-
saires pour la tenir.
Elle était dans xine grande angoisse, comme une personne at-
einte de tétanos. Elle resta près d'une demi-heure totalement
insensible à ce qui se passait autour d'elle, et, en revenant à
elle , elle dit que le corps qu'elle sentait dans la vessie avait été
entièrement détaché, par l'instrument, du sommet delà vessie,
3t qu'il pressait très pesamment sur son col. Depuis cette épo-
que , de semblables accès ont eu lieu fréquemment. Pour pré-
venir tes accidens de la distension de la vessie pendant la nuit,
deux onces d'urine seulement ayant été extraites pendantl'exa-
men, une sonde fut laissée dans la vessie; la malade passa la
nuit sans repos. Les contractions de la vessie furent très dou-
loureuses, et, quoique l'urine fût rendue aussitôt qu'elle était
sécrétée, cet organe paraissait très volumineux. M. Barnett fut
surpris, eu retirant la sonde, de trouver un corps qui lui parut
un ver rond , engagé dans son ouverture. 11 était du volume
d'un fuseau à dentelle , d'un pouce et demi de long, et de cou-
leur blanche. M. Barnett me fit voir ce cas. Le calhélérisme,
pratiqué avec soin, noua fournil les mêmes résultats qu'aupa-
75o VERS DANS LUniNE.
ravant , et nous convînmes qu'une sonde serait laissée dans la
vessie , afin d'obtenir de nouvelles lumières sur la cause des
soufFrances de la malade. Trois vers furent expulsés; deux
étaient engagés dans l'orifice de l'instrument, et le troisième
roulé en peloton , à son.exti-émité.
Ayant alors quelques données sur la cause des symptômes ,
je suggérai à M. Barneit d'essayer de l'enlever, en dilatant
l'urèthre d'après [le procédé recommandé par M. Thomas
dans le premier volume des Transactions médico-cliirurgicales;
mais les soufirances de la malade furent si vives, qu'on ne
put pas le continuer aussi long-temps qu'il l'aurait fallu. Les
heureux effets de l'huile de térébenthine dans des cas de taenia,
nous engagèrent à essayer de ce médicament ; on en donna
deux dragraes le soir, dans un peu de bière tiède. L'huile ne
produisit pas d'autre sensation qu'une chaleur désagréable à
l'estomac. L'influence de ce médicament sur la sécrétion uri-
naire fut très remarquable. La vessie était péniblement dis-
tendue le lendemain matin, quoiqu'on l'eût vidée la veille au
soir. Tandis qu'à cette époque le cathétérisme était employé
seulement tous les trois jours, une pinte et demie d'urine fut
évacuée; une quantité double de ce médicament fut employé dans
la soirée, et ne produisit pas d'autre eflfet qu'une transpiration
abondante pendant la nuit, et un besoin d'uriner. Le lende-
main la malade ne fit pas d'efibrt pour aider à cette dispo-
sition , car le peu de temps qui s'était écoulé depuis l'emploi
du cathétérisme, lui fit supposer que cette tentative était inu-
tile. Le besoin devint à la fin si urgent , qu'elle y céda , et rendit
une pinte et demie d'urine, contenant quatre vers. C'était la
seule évacuation naturelle d'urine qu'elle eût eu depuis que
M. Barnettla soignait. La suite de ce traitement ne répondit pas
à ces flatteuses apparences. Le médicament, la quatrième fois
qu'il fut employé, produisit une violente douleur de tête , qui
fut suivie d'érysipèle de tout le corps, mais en particulier
de la face. Toutes les tentatives subséquentes pour l'em-
ployer, même à doses moins fortes, furent suivies d'un retour
des mêmes accidens. Depuis le premier emploi de l'huile de
térébenthine, la santé générale était devenue meilleure. La
SPIROPrtlRE DE l'homme.
malade avait recouvré l'appétit, reposé la nuit sans opium. Les
sensations de la vessie étaient moins douloureuses , et elle pou-
vait se lever quatre à cinq heures par jour. M. Barnett injecta
alors dans la vessie une liqueur composée de parties égales
d'Luile de térébenthine et d'eau, qui produisit seulement,
d'après l'expression de la malade , un accroissement d'agitation
des vers. En retirant la sonde, il en sortit quatre. La répétition
de celte injection produisit la même irritation constitution-
nelle, et l'inflammation érysipélateuse que l'emploi de ce mé-
dicament avait déterminée, et l'accès qui avait auparavant oc-
casioné tant de souffrances se renouvela.
Ces moyens ayant échoué, M. Barnett introduisit, le 22 fé-
vrier, une large sonde ouverte à son extrémité , mais garnie
d'un stylet qui en remplissait l'orifice pendant son introduc-
tion ; en retirant le stylet , un libre passage était ouvert aux
matières contenues dans la vessie. En moins d'une demi-heure,
neuf vers sortirent avec une cuillerée à café de matière sablon-
neuse. Quatre de ces vers avaient cinq pouces et demi de long.
Cinq vers soi'lirent le 24, un le a5. La nuit suivante, la malade
n'eut pas de repos , et les contractions de la vessie furent assez
douloureuses pour occasioner un accès. Le 28 , trois vers
furent rendus. Le 2 mars, il en sortit neuf grands; le 6,
quatre ; le 9 , cinq , le 17, quatre ; le 23 ^ deux ; le 5 avril , sept ;
le 6, sept. Le 12 avril, une liqueur composée de parties égales
d'huile de térébenthine et d'eau ayant été injectée, douze vers
sortirent. Le 17 , on injecta trois parties d'huile de térében-
thine et une d'eau, et treize vers lurent expulsés. Le 20, on
injecta de l'huile de térébenthine pure, et dix vers sorti-
rent. De légers mouveraens d'ondulation furent observés dans
ceux-ci; mais ces vers étaient ordinairement morts. Quelque-
fois les vers qui sortaient par le cathéter cheminaient dans
le lit de la malade jusqu'à ses pieds. Elle continua à rendre
des vers de la même manière, et M. Barnett suppose qu'il y en
eut plus de six cents de rendus. Une fois il sortit une portion
de mucus qui enveloppait plusieurs petits vers d'un demi-
pouce à un pouce de long , qui vécurent trois jours dans l'u-
rine et s'y mouvaient vivement.
7 Sa VERS DANS l'urine.
En avril 1811 , cette femme était dans le même état. Le ca-
ihétérisme est pratiqué tous les trois jours; l'urine est en petite
quantité; des vers sortent toujours en plus ou moins grand
nombre : vingt-deux est le plus grand nombre qui en ait été
expulsé à-la-fois, excepté lorsque les petits vers sortaient.
M. Barnett a fait dernièrement des injections d'huile d'olive : ^
l'irritation et les accès semblent moins grands après son em-
ploi et moins violens. Les vers sont toujours expulsés, que l'on
fasse ou non des injections; mais ils sortent en plus grand
nombre lorsqu'on en pratique.
Octobre 1811. Un large abcès s'est formé près du vagin en
juin. Il fut accompagné de symptômes constitutionnels; la
malade s'affaiblissait lorsqu'il s'ouvrit dans cette cavité; cette
ouverture fut suivie d'un très grand soulagement. Une grande
quantité de pus de mauvaise nature fut jetée en dehors, et
huit ou dix vers l'ont été depuis chaque jour. Une fois on re-
marqua l'issue d'un ver. Cette femme est passablement bien
à présent; elle a bon appétit, mais ne peut pas se mouvoir.
Elle rend des vers avec l'uriue, et a parfois des accès comme
autrefois. Le nombre des vers rendus passe 800 à 1000.
On a représenté les grands et les petits vers de grandeur
naturelle; les derniers furent rendus seulement une fois. Les
grands vers ont ordinairement de quatre à six pouces de long;
le plus long avait huit pouces. Ils sont minces au milieu, oii
ils paraissaient ordinairement étranglés et comme près de se
rompre. Ils s'accroissent graduellement de ce point dans deux
directions, et décroissent encore aux extrémités quand on les
place dans l'eau après une immersion dans l'alcool; ils sont
ployés à ce point du milieu. Leur surface offre un double rang
de petites protubérances, et leur corps dégénère en une ex-
trémité pointue et amincie. Le côté opposé du corps est creusé
et a deux bords élévés quand il est coupé Iraversalement;
sa forme est entièrement carrée. Ils sont mous au moment
de leur sortie et de couleur jaunâtre. Je n'ai pu découvrir
aucun arrangement d'organe élémentaire à la dissection; le
corps semble partout homogène, et des observations micros-
copiques soigneuses n'ont rien fait découvrir de plus.
DACTYLICS ACULEATUS. -ySS
• Les plus petits vers , semi-lransparens lors de leur sortie ,
devenaient parfaitement opaques par leur immersion dans l'al-
cool. Leur forme est arrondie et les deux extrémités pointues,
et leur examen à l'aide du microscope n'a rien appris, (i)
Dactylius aculeatus.
§ 947. M. J.-B. Curling, chirurgien en second à l'hôpital de
Londres, a décrit une nouvelle espèce de vers (a) rendus avec
l'urine. Voici le fait :
«Une jeune fille de cinq ans, jusqu'alors bien portante,
éprouva, en 1887, une pneumonie sub-aiguë; à plusieurs re-
prises elle avait rendu, par les selles, de petits ascarides. Au
commencement de mai, elle maigrit, et fut prise de toux. La
fièvre avait le caractère rémittent; les urines élaienl fort trou-
bles. Un traitement bien dirigé fit disparaître ces accidens , et
l'urine reprit sa couleur normale. Le 26 mai , on trouva dans
les urines quelques petits vers; il en fut de même les jours sui-
vans. Le i"" de juin, elle rendit parles selles quelques asca-
rides, mais ce jour et le suivant les urines n'oflVirent plus
rien. On constata de nouveau la présence d'enlozoaires dans
les urines, le 3 juin ; et quelques-uns s'étaient présentés seuls
à l'orifice de l'urètbre , pendant le courant de la journée. Cet
enfant se rétablit rapidement, et n'eut aucune afTectiou des
voies urinaires. L'urine qui contenait ces vers était très colorée
et légèrement acide; lorsqu'ils s'échappaient les premiers, ils
flottaient séparément dans l'urine ; mais bientôt ils se réunis-
saient et se formaient en peloton. Ils étaient transparens, et
l'on pouvait facilement distinguer, à l'œil , à travers leurs en-
(1) M. Lawrence reuToie ici aux figures qu'il a données de ces Ters.
M. le docteur Negri m'en ayant remis un , je l'ai fait dessiner (Att.as,
Pl. xxviir, fig, 7).
(2) Case of a girl who njoided fiom the urethfa a numher oj enlozootic
worms not hitherto descnbed with an account of the animais, by T. B. Curling,
iSSg, fig. (Mcd. chir. Transact. London, t. xxu, iiig).'^Arc/nves générales
de médecine, 1840, 4' série , vol, vii> p« 497-
m. 48
ij^^ VERS DANS LtJRlNÉ.
veloppes, le canal digestif et les autres organes; plongés dans
l'alcool , ils devinrent blancs et opaques. Il y en avait de deux
espèces, des grands et des petits: les premiers étaient plus
nombreux.
« Convaincu qu'ils n'avaient pas encore été décrits , et pen-
sant qu'ils pouvaient constituer les larves de quelque insecte
introduit par hasard dans l'économie , l'auteur les examina au
microscope, et reconnut qu'il avait affaire à de véritables ento-
zoaires, d'une belle organisation j et de la classe des nématoï-
des de Rodolphi. Plus tard , il les étudia avec le professeur
Owen et M. Quekett.
« Cet entozoaire est d'une couleur claire ; sa forme est cylin-
droïde, annelée, et légèrement conoïde à ses extrémités. La fe-
melle a environ quatre cinquièmes de pouce de longueur ; le
mâle, comme cela se voit dans beaucoup d'espèces de la classe
des nématoïdes, est plus petit, et n'offre que deux cinquièmes
de pouce environ de longueur. La tête est obtuse et tronquée ,
la bouche orbiculaire; le cou est distinctement annelé. Leur
enveloppe est line et transparente; elle offre deux couches de
fibres que je crois de nature mtisculaire, l'une circulaire,
l'autre longitudinale; elle est de plus recouverte d'un grand
nombre d'épines pointues, disposées par faisceaux de trois ou
quatre à-Ia-fois, et placées à des distances égales. Au micro-
mètre, je trouvai d'un cinquantième à un soixante-dixième de
pouce d'écartement, environ , entre les faisceaux d'aiguillons.
Ils manquaient seulement dans un petit espace ; leurs pointes
étaient dirigées en bas dans la partie antérieure, en haut dans
la partie postérieure du corps, et l'on pouvait facilement dis-
tinguer les mouvemefas qu'ils ofiraient. Le tube alimentaire,
examiné sur une femelle, me parut commencer à la bouche,
par trois petits conduits sinueux , se réunissant ensuite pour
former un canal unique , qui s'élargissait en avançant , et se
terminait par une ouverture trilobée.... Aux environs du tube
digestif, j'ai remarqué, surtout chez la femelle, un canal mar-
qué de bandes transversales, et qui me parut animé de mou-
vemens particuliers, comme pulsatoires. M. Owen compta que
ces pulsations arrivaient au nombre de huit en douze secon-
CORPS ÉTRANGERS. 7 5 5
<des. Il pense que ce tube est analogue à l'artère dorsale des
sannélides.... La structure delà feraellè est plus compliquée ; la
^ vulve est située vers l'exti'émité antérieure, à un cinquième de
(pouce environ de la tète.... Entre ces deux points , nous avons
cconstarament remarqué deux corps ou glandes renfermant des
^granulations ovalaired, Les oviductes sont formés par deux
titubes tortueux. Nous n'ayons pu distinguer sur les sujets mâles
1 aucun organe pouvant être attribué à l'appareil génital.
« Ces vers sont évidemment de la classe dès nématoïdes, deRu-
kdolphi, mais ils diffèrent de tous les genres connus dans cette
classe ; nous proposons donc un nouveau genre pour ces ani-
maux, sous le nom de Dactylius, avec les caractères suivans :
« Corpus teres, elasiicrcm, annulatuni et utrinfue atténua^
tiim, caput obtusum , os orbiculare , anus trilahiatus,
Dactylius acUleatus. Capite ohtuso ^ toto cdrpore aculeorum
tserie mulliplici armato , cauda ohtusd, et amiulata- Habitat
mn vesica urinaria. »
Corps étrangers dans les reins.
§ 948. Il est rare de rencontrer dans les reins ou dans le
jassinel, dèS corpà étrangers autres què dés fcàlcUlSj déS Yérs,
lu sang épanché, dè l'ùriné ou tiilè ttiméttr âqiiëvlëè ( Fb^èi
i'-rÉi.iTE, Vers dans Iès rews, HiJtôftRtiAdiÈ RÉMtfey Ht-
fjRONÉpnRO^). Cependant on à trôiïvé, defns lés réinsi du leùt
/oisinage, des corps étrànger^ provenant dû dehors. Airiài on à
u ttn instrtttneni très aigu sè bHser daûs ûne plaie deS Idffi-
)e3; oti a extrait, surlevivaùt ou après la mort, dés bâlleà Idgèèi^
)Tès des reitis, après un coùp de feu reçu âux lombes; on à ^it,
juelquès semaines après, une pfetite hiasse irrégulièré fôrnïéê
)ar du drap, sortir par l'urèthre. D'un autre côté, on a vu un
•pi de blé introduit par l'urèthre dans les voies urinaires sor-
ir par les lombes , sans qu'on puisse dire quel trajet il avait
suivi. Enfin, on a rapporté plusieurs cas dans lesquels des in-
Uvidus, après avoir avalé des aiguilles, les ont rendues par
'urètUre, mais il est probable que ces corps étrangers avaient
^éaélré directement dans la yessie»
48.
756
REINS SURNUMÉRAIRES.
Gangrène des reins.
§ 949. Déjà en traitant de la néphrite simple, de la néphrite
par poisons morbides et de la pyélite, j'ai fait mention de la
gangrène des reins , comme terminaison de ces maladies. A
celte occasion les symptômes de cette altération des reins ont
été également indiqués. La gangrène des reins est extrêmement
rare chez l'homme. Je ne T ai jamais observée comme affection
primitive, essentielle; toujours elle était symptomatique ,
soit d'une affection générale de nature charbonneuse , soit
de l'état puerpéral, soit d'un épanchement urineux dans le
rein, en des cas de pyélite calculeuse, soit enfin d'une affec-
tion gangréneuse du bassinet produite par une rétention d'u-
rine insurmontable. Chez les ruminans la gangrène des reins
est peut-être moins rare. Dans le charbon du bœuf (voyez
tome II, page 3 en note), le rein est quelquefois frappé de gan-
grène sans offrir de gonflement, de dépôt de pus, ni aucun
autre caractère d'un état inflammatoire.
Reins surnuméraires.
§ 950. Chez l'homme, on a quelquefois trouvé plus de deux reins.
Eustachi (i) a trouvé trois reins , dont un était à sa place ordi-
naire, avait sa forme normale et ses vaisseaux ; le second était
petit, triangulaire etsansuretère j le troisièmerein, placé du côté
gauche sur les vertèbres des lombes, était presque quadran-
gulaire et avait ses vaisseaux et son uretère. Blaes (2) a vu
deux reins placés du côté gauche, dont chacun avait ses vais-
seaux et son uretère séparés. Botal (3) a vu quatre reins qui
étaient liés ensemble, mais dont chacun avait son bassinet
(1) Eustachi, De renum slruciurâ, cap. x.
(2) Blasii, Ois. analom., p. i3o, tab. xv, fig. 16. — Ohs. med'ic. rarior.,
P.irt. IV, obs. XVI, p. 5i.— Tab. vi, fig. 9.
(3) Botal. De monstrnso rené, p. 137. ■ — Ce fait est reproduit p.ir Bl.ies
(Bellini, De structura renum). Sur la figure on ne rcconuaît pas les quatre
reins indiqués, mais seulement deux reins réunis, et un troisième dans le
point de leur fusion.
lŒINS SURlVUMÉRAlRliS.
séparé et ses vaisseaux particuliers. Gemma (1) et Deles-
tang (2) rapportent des exemples de quatre reins.
Haller (3) a cité plusieurs cas de reins surnuméraires. Ce-
pendant il remarque qu'on peut avoir pris un ganglion scarifié
ou deux parties d'un rein jointes faiblement ensemble pour un
véritable rein surnuméraire. Tel était peut-être le cas cité par
Eustachi, et dans lequel le rein surnuméraire n'avait ni vais-
seaux ni ui'etère propre.
Corahaire rapporte que Dupuytren avait trouvé, sur un sujet,
une masse composée de trois reins, deux latéraux et un mé-
dian avec trois uretères. Bauchêne (4) a donné une description
liés détaillée d'un semblable cas , et notamment de la dispo-
sition des vaisseaux et des uretères.
J'ai observé deux cas bien trancbés de trois reins : dans l'un,
les trois reins étaient réunis et disposés en fer à-cheval sur la
colonne vertébrale (Atlas. Pl. xxxix, fig. a).
L'autre cas était encore plus remarquable : deux reins exis-
taient du côté droit, et le troisième, distendu par du pus,
était transformé en une énorme poche , qui du flanc s'étendait
jusqu'à l'aine, de manière à simuler un vaste abcès par con-
gestion (Atlas. Pl. xix).
§951. Gavard a vu, sur le cadavre d'un sujet âgé d'environ
40 ans, trois reins, dont les deux latéraux occupaient leur
place ordinaire, tandis que le troisième, couché en travers
au-devant de la colonne vertébrale , se confondait un peu, par
ses extrémités , avec les deux autres. Chacun de ces reins avait
son conduit excréteur et ses vaisseaux sanguins particuliers;
mais l'uretère du rein du milieu, au lieu d'aboutir à la vessie,
s'ouvrait dans l^uretère droit, qui, au-dessous de cette em-
bouchure, c'esl-à-dire dans son tiers inférieur, était d'un ca-
libi-e plus grand que dans les deux tiers supérieurs.
(t) Gemma. Lîb. 11, p. ']5 , artis. Cyclognom. — Ibid. Lib. i. Cap. vi. Ces-
mocrit. — Schenck. Ohs. medic. i. obs. r^S, p. 3oo.
(2) Bartholin. ^c/a med. el philos, llafniensis, ann. 1674 et 1675, t. m,
obs. VII, p. 12.
la) Haller. Elément, plijsiul., t. vu, p. 243.
(4) Bulletin de la Faculté de médecine de Parii, iu-8", t. 11, 1810, [>. iJtJ.
758 ABSENCE DES REIÎÎS,
Aucune observation ne prouve que la sécrétion urinaire ait
été exagérée dans les cas de reins surnuméraires.
Enfin, M. César Hawkins (i) a publié une observation de
tumeur aqueuse enkystée du rein avpc un rein suniuméraire.
Absence des reins.
§ Qsa. jL'ah^çnce ^es deux reins q été plusieurs fois consta-
tée cl)pz ]es fœtus^ chez l'enfant à terme, et une fois (obs. de
Mffulpn) cliez une jeune fille adulte, si ce fait a été réelle-
n^(3jit Yifn obsprY^.
§ 953. Béclard (2) dit que les reins manciuent souvent chez
lep. foetjiai acéphales, mais qu'ils existent, ou au moins l'un
4'eijx, quand il y a une partie d'une certaine longueur de la
colonne vertébrale.
^yerhard, Gilibert, Bracq, Heuermann, Buttper, Deleurye,
sont les seuls ^uteurs qui disent positivement n'avoir point
ti'QUvé de reins chez les acéphales. On a cité aussi, comme
expniple de l'absence des reins, les acéphales d'Odhelius, de
Cooper, de Clarke et de Prochaska ; mais, suivant la remarque
de M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire (3), Odhelius et Clarke ne
cjisent rien des reins^ Prochaska décrit comme poumons des
org^pes qui paraissent n'être autre chose que des reins j enfin ,
Çpopçr mentionne positivement l'existence de ces organes.
§ ^54, M. le docteur Mayer, de Bonn, a publié dans le Zeïi-
sc^r^ftfiir Physiologie, de François Tiedraann (t. 11, premier
c^lxier) (4), une ol^servation remarquable d'absence àa. système
ufinaire.
On apporta à ce professeur un enfant mor^é , qui parais-
^i) Me4ico'çhirurgical transactions, vol. xviii, i833, part. i.
(2) Béclard. Mém, sur; les acéphales (Bullet. dç la Faculçé de méd. de
Çaris, t. yi, p. 497).
(3) Geoffroy Saint-Hilaire (Isidore). Histoire des anomalies de l'organisa-
o»,i n-8, Paris, t. u, p. 5i2.
4) Joifri^ql des j>rogrçf, t. ly, ï8a7> P-
ABSENCE DES REINS. 769
^ sait à terme et présentait plusieurs vices de conformation. Le
cordon ombilical ne renfermait qu'une artère; le sommet de
Ila tête était aplati; l'œil droit était cataracté, et les extrémités
. inférieures ofiraient quelques anomalies de forme, entre autres
l'absence de deux orteils au pied droit. A la place des parties
génitales externes , on ne trouvait qu'un petit sac pédiculé
de tissu cellulaire , et qui ressemblait assez bien à une figue.
I II n'existait pas de trace de l'anus. La vésicule biliaire man-
i quait. Le canal intestinal se terminait tout-à-coup au colon
. descendant, et en conséquence il n'y avait ni S iliaque ni rec-
tum. Le colon présentait un diverticule terminé en cul-de-
sac, et en outre un cordon assez analogue à l'ouraque qui se
dirigeait vers l'ombilic, mais s'oblitérait après un trajet de
quatre lignes. Les reins , les uretères et la vessie manquaient
complètement} en échange, les capsules surrénales étaient deux
fois aussi grosses que de coutume, et dans leur état normal.
Les testicules, moitié plus petits qu'à l'ordinaire, se trouvaient
dans le voisinage des capsules surrénales. Les épididymes
existaient aussi , mais les canaux déférens se terminaient dans
le tissu cellulaire, et dans la tunique séreuse. Nul vestige des
vésicules séminales et de la prostate , non plus que des parties
génitales externes, que remplaçait l'espèce de sac dont nous
avons parlé. L'aorte abdominale donnait des artères cœlia-
ques et mésentériques supérieures, point d'artères rénales,
deux très petites artères capsulaires. La mésentérique infé-
rieure existait aussi. L'aorte elle-même se divisait au devant
de la première vertèbre des lombes. Les artères iliaques, dont la
droite, plus forte que la gauche, fournissait seule l'artère om-
bilicale unique, se divisaient, comme de coutume, enhypogas-
trique et en crurale.
Le cerveau était encore plus déprimé que le crâne, et en
était séparé par un intervalle de deux lignes. Plusieurs de ses
:jj circonvolutions avaient une consistance cartilagineuse, qu'elles
perdirent cependant après quelque séjour dans l'alcool.
L'encéphale ne présentait pas d'autre anomalie, si ce n est
que la glande pinéale était très petite. M. Mayer, ne trouvant
rien dan» les désordres de ce viscère qui rendît raison del'afc-
ABSENCE DES REINS.
sence presque totale de deux systèmes organiques, espéra que
l'état de la moelle épinière lui en fournirait l'explication j son
altente ne fut pas trompée.
En effet, il trouva qu'à la hauteur de la deuxième vertèbre
dorsale, la moelle se terminait tout-à-coup par une extrémité
arrondie en forme de massue. Les nerfs ischiatiques , obtu-
rateurs et cruraux , étaient presque dans leur état normal. La
colonne vertébrale se terminait à la quatrième fausse vertèbre
du sacrum ; on voyait à peine un rudiment cartilagineux de
la dernière et du coccix. Quant au nerf grand sympathique du
bas-ventre, l'auteur observa qu'il était moins développé que de
coutume à l'origine des artères intestinales.
M. Mayer, après avoir rappelé une observation de Wolfslrie-
gel, analogue à celle dont il vient de rendre compte , ajoute
que celte absence du système urinaire est bien digne de re-
marque chez un sujet dont les poumons, le cœur, le foie, la
rate et la majeure partie du tube digestif olTraient leurs con-
tlitions normales. Il semble en résulter que les fondions les
plus importantes des vies animale et organique peuvent avoir
lieu, du moins pendant la vie utérine, sans le concours des
organes de la dépuration urinaire. Quant à l'absence partielle
de l'appareil génital , je n'en tire aucune conclusion , car ses
fonctions ne sont pas nécessaires à la vie ; cependant je ferai
observer que, parmi les organes de cet appareil, c'étaient les
externes ou ceux de la périphérie qui manquaient, tandis que
les organes internes, les testicules et les épididymes existaient.
M. Mayer ajoute que , s'il ne se trompe , son observation est
la première qui constate l'absence concomitante d'organes
glanduleux du bas-ventre et d'une portion de la moelle ra-
chidienne; et il se demande si la formation de cette dernière ne
serait pas ia condition de celle des organes thoraciques et ab-
dominaux , et rappelle à ce sujet le Mémoire de M. Tiedmann,
oii cette théorie se trouve développée.
D'autres cas analogues , mais rapportés d'une manière moins
détaillée, ont été publiés par d'autres observateurs, (i)
(t) Murriguo» (1757). Métn. invsanté h l' Acudémie i-nyale des sciences,
4
ABSENCE DES REINS. 76 1
Daus la duplicité monstrueuse par inclusion, les reins du
! fœtus contenu manquent quelquefois. Le docteur Young (i)
[ publia, en 1807, un cas remarquable de celte espèce; Dupuy-
: treu fit un rapport à la sociéié de médecine de Paris, sur un
i cas analogue (2); et Higmore (3) a rapporté, en 181 5, un autre
i cas semblable; on en trouvera d'autres encore dans l'excel-
I lente thèse du docteur Lachaise sur ces espèces de monstxes.
Chaussier (4) a présenté à la société de l'Ecole de Médecine,
II le torse d'un foetus dans lequel il n'y avait ni utérus, ni reins,
; ni vessie urinaire.
§ 9.55. M. Moulon, médecin en second de l'hôpital de Triesle,
a publié un cas des plus extraordinaires , et que je ne rapporte
qu'avec une extrême défiance (5). Marie Barbe, jeune fille âgée
> de i4 ans, ayant succombé à une gaslro - entérite chronique,
1 on procéda à l'ouverture du cadavre, qui présenta les parti-
1 cularités suivantes : l'ombilic se trouvait au lieu qu'occupe
1 ordinairement le mont de Vénus; l'anus était dans le lieu oii
1 doit exister l'orifice du vagin, et offrait une dimension telle
que la main pouvait facilement y être introduite. Aucune com-
munication ne se faisait remarquer entre le rectum et les oi'-
. ganes de la génération , dont oii ne rencontrait d'autres traces
r extérieures qu'un renflement qui , pour la structure , avait
quelque analogie avec le clitoris, et deux petites excroissances
I couvertes de quelques poils et semblables à celles qui ont reçu
le nom de poireaux. La symphyse du pubis était remplacée par
un vide assez étendu, que la peau seule recouvrait. La vessie
t. IV, p. ia3. — Fabert. Duoram monslrorum humanorum descriptio anato-
mica, in-4» Berlin, 1827 (Bulletin des sciences méd. de Férussac, t. xvr,
p. 14. — Peschier de Genève (^BuUetin des sciences méd. de Férussac, t. xi,
p. 4).
(1) Cité par LacLaise. De la duplicité monstrueuse par inclusion, in-4,
Paris, 1828, p. 3a.
(2) Bulletin de la Société de médecine, première année, p. 4.
(3) Cité par Lachaise. Lieu cité, p. 3l.
(4) Bull, de la Faculté de méd, de Paris, iu-S , i8xo, p. 35.
(5) Archives générales de médecine, t. xvii, p. 424.
762 ABSENCE d'un DES REINS.
manquait; l'ouraque, très gros et très long, allait se perdre in-
sensiblement clans les tégumens. L'utérus , de grandeur natu-
relle, présentait une conformation parfaite, ainsi que les tégu-
mens, les ovaires et les trompes. Les uretères et les reins
n'existaient point; mais la veine ombilicale surpassait de beau-
coup en largeur celle d'un adulte. Cette jeune fille avait été,
depuis sa naissance, sujette à une incommodité qui la tour-
mentait considérablement : il s'écoulait continuellement de
l'ombilic un liquide qui ressemblait beaucoup à l'urine, et
dont l'odeur était si pénétrante, qu'on ne pouvait assez sou-
vent changer les linges dont cette partie était recouverte.
P'après l'absence des reins , des uretères et de la vessie, le
docteur Moulon pense qu'on peut conclure que le sang se
débarrassait dans le foie des principes qui servent à former l'u-
rine, et que ceux-ci étaient ensuite transportés par la veine
ombilicale jusqu'à l'ombilic, par lequel ils étaient enfin ex-
crétés- Le canal intestinal était parsemé de tacbes noires dans
toute son étendue; le foie était à l'état de gangrène; le pan-
créas ne présentait plus qu'un sac rempli de pus, et le grand
épiploon était détruit en partie.
§ 956. Si le fait rapporté par M. Moulon était exact, il
rendrait moins incompréhensible certains cas d'anuries de
plusieurs mois, attestés par quelques observateurs. Ainsi,
Vieusseux de Genève (i) parle d'une suppression d'urine qui a
subsisté pendant dix-sept mois chez une jeune fille de onze
ans; après ce temps, l'écoulement de l'urine se rétablit sans
que la malade eût couru des dangers bien inquiétans. Mais
tout porte à penser que le fait rapporté par M. Moulon était un
cas d'extrophie de la vessie dans lequel les reins, peut-être dé-
placés, n'ont point été cherchés avec assez de soin.
§ 957. M. Comhaire a extirpé les deux reins à des chiens,
et plusieurs de ces animaux ont vécu, sans reins, pendant trois
jours.
§ 958. Absence tïtin des reins. Il existe une foule d'exemples
(i) Journ. méd, Comsart, Leroux «l Bojfer, t. 7^ vendémiaire an xn.
ABSENCE d'un DES REINS, 763
l^iutlien tiques d'absence d'un des reins. Ordinairement le rein
;xistant est plus grand que de coutume, et a quelquefois le
louble de son poids ordinaire. On le trouve à sa place, ou un
l'oeu plus hautj ou un peu plus bas. Dans les cas indiqués comme
les reins uniques situés en travers sur la colonne vertébrale ?
.1 y avait en réalité deux reins reconnaissables malgré leur
fusion.
tBlaes (i) cite deux cas d'absence d'un des reins : dans l'un le
irein gauche, dans l'autre le rein droit, étaient absens; leurs
vaisseaux et leurs uretères manquaient entièrement. Botal (aj
dit n'avoir trouvé, dans un cas, qu'un seul rein, mais qui était
; aussi volumineux que quatre reins ordinaires. Littre (3) rap-
|f porte le cas d'un enfant de quatre ans, dont l'un des reins, le
h rein gauche, manquait; l'enfant avait peuuriné^ et était hydrp-
ii pique. Valsalva (4) £^ yu le rein gauche manquer entièrement
:hezune femme; le rein droit avait un volume double de l'état
ordinaire, èt deux conduits urinaires qui s'ouvraient du côté
Iroit dans la vessie. Dans un autre cas (5), le rein du même
:ôté manquait également; mais celui qui existait n'avait pasf
plus que le volume ordinaire.
Sabatier rapporte que Gabrole, en ouvrant le cadavre d'u^
.. des professeurs de l'université de Moptpellier, ne trouva qu'u^
rein dont l'uretère était plus gros qu'à l'ordinaire; il n'y avait
nulle trace du rein du côté opposé. Un des domestiques dij
même professeur, n'avait également qu'un rein , mais très gros
et situé transversalement sur la colonne vertébrale (C'était pro-
bablement un cfis dç fusion des reins).
k| Albrecht (fi) a trouvé, chez un enfant nouveau-né, un seul
rein, d'un assez grand volume, placé du côté gauche , et qui
n'avait qu'un bassinet et un uretère.
I (r) Blasii. Observât, medic. rar., part, iv, obs. 3 et p. 49 fi^5i.
' (2) Botal. Obs. anat., 1,
(3) Mém. de l'Acad. des science^ 4c Pctrif, 1707, p. a5.
» I (4) Morgagni. fie se(lil>. et, c(ius. oiorb,, epiut. x?:^ i , § aff.
U' (5) Ibid., epist. XXV, § 4.
■ (6) Miscell. nai. cur., Dec. 11, an. i, obs, 83.
764 ABSENCE b'un DRS lUîlNS.
Guigneux (1) n'a rencontré chez un homme que le rein
gauche, qui, à la vérité, était plus grand d'un tiers que dans
l'état normal, et n'avait qu'un bassinet et un uretère.
Perrin (2) a vu inanciuer le rein droit; le reiu gauche avait
une dimension extraordinaire.
Mohrenheim (3) n'a trouvé qu'un rein qui, placé du côté
droit, était une fois plus volumineux qu'à l'ordinaire, et avait
un uretère d'une longueur surprenante.
StoU (4) a vu le rein droit manquer entièrement avec la cap-
sule surrénale, l'uretère et tous les vaisseaux sanguins. Le
gauche n'était pas plus grand qu'à l'ordinaire. Dans un autre
cas (5) où le rein gauche avec son uretère et ses vaisseaux
manquait, le rein droit avait sa dimension naturelle ; la ves-
sie était petite.
Veirac (6) n'a pas trouvé, du côté gauche , la moindre trace
du rein ; mais le droit était un peu plus grand , et l'uretère
un peu plus large qu'à l'ordinaire.
Pôle (7) a ouvert un enfant nouveau né, chez lequel il n'exis-
tait que le rein droit.
Wrisberg (8) a vu, chez une femme, le rein droit avec ses
vaisseaux et son uretère manquer. Le rein gauche et la vessie
étaient extraordinairement petits.
Sandifort (9) n'a trouvé chez une femme, que le rein droit ;
la capsule surrénale du côté gauche existait.
(î) Journ. de méd,, 1760, t. xii, avril. — Nouvelle collect, d'obs. choisies,
t. m, § 223.
(2) Journ. de méd„ 1760, t. xii, nov. — Nouv. collect. Sobs. choisies, t. iv,
§245.
(3) Dissert, de fienne, t. 11, § 297.
(4) Ralio medendi, vol, ir, tit. 11, § 139.
(5) Ibid., vol. VII, § £22.
,(6) Collect. pour les /néd, pratic. (en allemand), vol. Vlli, § 5çf}.
(7) Memoirs of the Lond. medic. Society, vol. li, n° xxxix, p. 3ig.
(8) Dans l'esquisse de la physiologie de Haller, par Sœmmcring et Mcckcl
(en allemand), Berlin, 1788, p. 160, note 73, et j). 579, note 169.
(vj) ^3fuseu-n anatomic, vol. i,p.25o.
ABSENCE d'un DES REINS. ^65
Charles Etienne (i), Colombo (2), Eustachi (3), Vesale (4),
^'crnel (5), Lopez (6), Duret (7), Panaroli (8), Solenander (9),
larder (10), Schenck (11), Rhodius (12) , Bonet (i3), Tulp (i4),
jaube (i5) , Hilscher (16), Haller(i7), Sue (18), Lieulaud (19),
îœmmering (20), Titius (21), citent aussi des exemples de l'ab-
;pnce d'un des reins.
Des observations analogues ont été faites sur les animaux,
aellini n'a trouvé qu'un rein chez un chien. Dupuytren,
kl iVI. Comhaire n'ont recoutré sur un chien, qu'un seul rein
r^ui était plus volumineux que s'il s'en fût trouvé deux, eîi
■gard à la grosseur du chien.
M. le docteur Désir ra'a montré un cas d'absence du rein
Iroitjchez une petite fille âgée de cinquante-quatre jours, et qui
(1) De dissecdnne partium corpoiis humani, 11b. 11, cap. i5, Paris, i545,
DD*fol.
(2) De re ahatomica,, lib. xv, p. 487.
(3) De renum structura, cap. x.
(4) De corporis humani Jabricâ, lib. v, cap. \o,
(5) Physiolog,, lib. i, cap. 7.
(6) F'ar. lect. med., cap. 8.
(7) Hollerii Opéra praclica cum enarrationibus Lud. Dureti. Paris,
i;ib. I, cap. 47.
(8) Med. observ, peniecost., l, obs. 3.
(9) Comilium, xvi, sect. v.
(10) Apiarium, obs. 77. — Pœnis et Pythagorse cxercltat, p. i8g.
(11) Schenck, Obs. medic, lib. m, sect. 2, obs. 172, p. 298, et seq.
(12) Mantissa anatom., obs. xxxir, p. 21.
(i3j Medic. septentrion., Collect. t. i, p. 741.
(14) Obs. medic, lib. iv, cap. 38, p. 337.
(15) Ephem. nat. cur,, cent, ix, obs. 16 (Sain).
(16) Prolus de unico in homine reperto rené, prœgrandem continente calcu-
lium. Jenx, 1733, p. 5. — In Hallerii, Disput. analoinic, vol. m, p. 355.
(17) Opéra minora, p. 23o. — Opusc. patholog,, obs. XLlx.p. 146. — Elem,
fphysiol., t. VII, p. 242.
(1 S) Mém. Acad. des sciences.
(19) Lieufaiid. Hist. anal. med. Obs. iar3, t. i, p. 356.
{20) Dans l'esquisse de la physiologie do Haller.
(21) Program, de rvitiis renum, Commeat. i. Rçnis unius in j'uveni reperd
$fixempluin. Vitemberg, 1798.
^d6 AfiSENCÉ D'u*r ÙES tlÉtÏTS.
était morte à l'hospice deâ Ènfans-Trôuvés , d'une pneùrhonie
dû cété droit, le Si juillet 1836. La capSule surrénale droitè j
danà le flanc droit , était aplatie , allongée comnje à l'or-
dinaire. Le reiii droit n'existait , ni sur la colonne , ni dans
le petit bassiii. D'ailleurs la vessie, pourvue d'un seul ure-
tère , n'offrait intérieurement qu'une seule ouverture ureté-
f-ale , correspondant à l'ùretère gauche. Le rein du même côté
pesait i66 grains, pas plus qu'un rein de cet âge 5 le nombre
^es mamelons èlàit de douze pour douze lobes ; dans ce cas il
n'y avait pas eu, par iin plus grand développertient dti reiiï
gauche, une compensation à l'absencè du rein dtbit. Dans lèà
deux cas suivans (Obs. xi, Obs. iii, § 9^9), au contraire, le
rein unique était évidemment hypertrophié.
En résumé , dans les cas d'absence d'un des reins , le plus
souvent le rein unique avait un volume beaucoup plus consi-
dérable, et quelquefois double d'un rein ordinaire; de sorte
qu'il exécutait à lui seul les fonctions des deux reins, et qu'il ne
résultait aucun inconvénient de ce vice de conformation.
Si le rein unique vient à s'enflammer, les aiccidéns les plus
graves et la mort peuvent en résulter {§ 383),
Obs. I. — Absence du relu et de l'uretère du c6té gauche; altération du
rein droit chez une fille de vingt-six ans , sujette à des convulsions hys-
tériques, (i)
« Virgo ad vigesimum sextum aetatis annum vixit, diu œgra,
orthostadia tamen, mensibus modo nimiis , modo omniuo
deficientibus, urina limpida, cœtertira hystericis convulsioni-
bus obnoxia, quae vitte, fere absque ullo decnbitu, finerti impo-
suerunt. Chirurgus e visceribus uterum , atque, ut is integrior
esset, vasa una renesque evulsit, memorabili certe exertiplo a
consueta fabrica abludeutes.
Ren unicus fuit, dextri lateris , cum viscera reliqùa et în-
testina imprimis , siuistrum latus tenerent. Figura ejus subro-
tunda erat, ut renem non agnosceres, sed aliquam cysticitumo-
(t) tfalleri. Opuscula pàtholdgica , iù-8, dbi. 66,'pâg. i53. Lausanii»,
1755.
ABSENCE d'un DES REINS. 767
ris gpeciera expectares, suo âacco fconclusi. Yalida enim, peri-
tonœo similis, toembrana partem mediam efficiebat masste,
quœ ren fuerat. In membrana urinae haud minus quam duae li-
brae fuerunt. Hœc pelvis erat, supra omnem modura distenta.
Reliqua pars sacci ren ipse fuit, scirrhi, quam vèri viscéris si~
milior, pallida carne, in qua neqtie corticem, nequè p&pillà*
separares, neque papillarum numerum inire posses. Cum pel-
vis aperiretar, in eam apparuit continuari, quasi inrecessum,
hanc carnem difformem et monstrosani renis. Causa, qûse uri-
nam retimlerat, nuUa adparuit, ipàa vero stagnaûs aquà sen-*
ilm itavidetûr papillas distendisse, ut cortex renis coraprefel-
sus evanuerit. Glandulas étiam haec tnaxima dilatatio hullàà
ostendit; adeo nos minus, quam Litlrius , felices fuimus. w
Obs. II. — Abstnce du rein gauche ; développement considérable du rein
droit ; pneamonie double j mort.
Decleriita, facteur, âgé de 64 ans, afifecté de catarrhe dépuis
le commencement de l'hiver, ressentit, lé 29 mars 1840, sans
cause connue, un frisson Suivi de fièvre, une djâpnéè consi-
dérable et un point douloureux àu-dessous du sein gauche,
qui augmentait par les efforts de la tdùt.
Le 3 avril, matité et absence du bruit respiratoiré à la base
des deux poumons. Râle crépitant dans une petite étendue. Râle
muqueux et ronchus dans tout le reste. Leâ inspiratiods étàïit
très faibles, ces signes sont difficiles à saisir. Lé pouls est ra-
pide., petit et presque insensible ; les etlrértlités Sont froideè.
Le malade exécute avec peine déS motivèrtlenâ très bornés. La
face est pâle , cadavéreuse. Tout en lui annonce qu'il né résis-
tera pas long-temps à la maladie aiguë pour laquelle il est venu
tardivement réclamer nos soins.
Saignée de huit onces ; le soir, applicatfôn de quatre Vén-
touses searifiées à la face postérieure dU thorax ; potion gom-
meùse ; gomme édulcorée.
Les jours suivans le mal s'aggtavé ; mort dans la matinée
du 5 avril.
Autopsie du cadavre. De fausses membranes font adhérér
entre elles le tiers inférieur des portions costale et pulmonaire
768 ABSENCE d'un DES REINS.
des plèvres. Hépatisation grise au tiers inférieur du poumon
droit; hépatisation rouge au tiers supérieur. Engorgement
sanguin du poumon gauche. Les bronches sont gorgées de
mucosités. La membrane muqueuse qui la tapisse est rouge ,
injectée. Le cœur, le foie, les intestins sont sains. La rate est
au moins deux fois plus petite que dans l'état normal. Son
tissu n'est point altéré.
Le rein gauche n'existe pas.
Le rein droit , situé à sa place ordinaire, est une fois plus gros
qu'il ne devrait l'être ; il pèse 265 g. (8 onces et demie). Il est
gorgé de sang. Sa substance corticale est semée d'un grand
nombre de kystes j renfermant un liquide transparent, et dont
le volume varie depuis celui d'une lentille à celui d'une petite
aveline. Le bassinet, l'uretère etla vessie sont sains. A l'angle
postérieur et gauche du trigonevésical , l'orifice de l'uretèreab-
sent est remplacé par un petit cul-de-sac.
L'artère spermatique gauche naît de l'aorte.
Les deux testicules ont leur volume normal.
ÇgSg. Sur le cadavre d'un homme de 5S ans, bien constitué,
mort d'une hypertrophie du cœur , M. le docteur Barth a
constaté l'anomalie suivante :
Le rein droit manquait ; on n'en découvrait aucun rudiment
à sa place habituelle. Il n'existait aucun vestige d'artère ni de
veine rénale, de ce côté ; aucun orifice même ne s'apercevait à
leur place dans l'aorte et dans la veine cave inférieure. On ne
découvrit aucune trace d'uretère du côté droit, et la surface
interne de la vessie n'offrit aucun vestige d'orifice uretéral de
ce côté.
Le rein gauche était situé sur les parties latérales de la co-
lonne vertébrale, à sa place ordinaire et dans sa direction ha-
bituelle. Son volume était considérable (5 pouces et demi de lon-
gueur, sur 2 pouces 5 lignes de largeur, à sa partie moyenne , et
j ,5 lignes d'épaisseur). Il avait, durcste, sa couleur rougeâtre, une
fermeté moyenne et sa structure normale. Il recevait de l'aorte
trois artères , les deux supérieures, du volume d'une plume
d'oie, l'inférieure un peu plus petite, et qui se divisaient cha-
cunç eo deux brancbes avant de pénétrer dans la scissure.
VICES DE SITUATION DES REINS. 769
La veine rénale naissait de quatre rameaux qui se réunis-
saient à un pouce de leur origine, et formaient un gros tronc,
qui avait jusqu'à seize lignes de développement, passait au-
devant de l'aorte et se jetait dans la veine cave.
Le bassinet résultait de la réunion de huit calices et formait
un entonnoir très évasé, très légèrement injecté à sa surface in-
terne. Il se continuait avec un uretère très large , ayant huit
lignes de développement à son origine, neuf lignes à sa partie
I moyenne, et qui s'élargissait encore à sa terminaison, oii il
offrait jusqu'à vingt-quatre lignes de développement. Puis il se
I rétrécissait brusquement et pénétrait obliquement à travers les
parois de la vessie , à la surface interne de laquelle il s'ouvrait
par un orifice de grandeur habituelle. Les parois de ce canal
avaient au moins le double de leur épaisseur ordinaire.
La vessie, de grandeur moyenne, n'offrait rien de remar-
( quable.
Les deux capsules surrénales existaient, et occupaient cha-
I cune sa position habituelle.
Vices de situation des reins.
§ 960. L'étude des vices de situation des reins doit occuper
autant le médecin que l'anatomiste, s'il ne veut s'exposer à
commettre des erreurs graves de diagnostic." Ces vices de si-
tuation peuvent résulter, 1° d'un vice de situation , fixe, con-
génital ou accidentel; 2° d'un vice de situation now /jcrmanenf,
ou de la mobilité des reins.
Vices de situation fixes des reins.
§ 961. Aux vices de situation fixes des reins il faut rappor-
ter : i" les reins réunis et placés en fer-à-cheval sur la colonne
vertébrale ( fusion des reins ) ; a° les reins situés plus bas que
dans l'état sain , et notamment dans l'excavation du bassin ;
3° les reins déviés ou abaissés.
III, 49
I
770 VICÎÎS DE SITUATION PEnMANKKS.
Ruysch (i) a figuré un rein droit dont la scissure était tour-
née en liaut et le bord convexe en bas; l'uretèt-c passait der-
rière le rein. Cette direction vicieuse du rein était probable-
ment congénitale- Ce cas fut observé chez une femme âgée
de 4<> ails» 6t nlorle à la suite d'une hydropisie ascite, avec
hypërlt-ophie du cœur et emphysème pulmonaire ; et qui pré-
senta en outre des traces de plfeurésie et de péritonite chro-
niques.
Laennec (a) A VU Ife rein droit refoulé pat le foie jusque vis-
à-vis la ci-ête de l'os des îles.
Fusion des reins, ou reins réunis en fer à cheval
nu devant de la colonne vertébrale.
§ 962, On a publié un grand nombre d'exemples de ce vice
de situation des reins. Panthot(3) a trouvé un rein placé sur les
vertèbres des lombes, qui avait deux bassinets et deux uretères.
Bartholin (4) décrit deux reins qui étaient réunis par leur
extrémité inférieure.
Kaltschmidt (5) a vu un rein qui excédait beaucoup sa
grandeur naturelle, s'étendait d'une lombe à l'autre, et avait
deux uretères.
Monginot (6) a trouvé un rein long de sept à huit pouces,
placé transversalement sur les vertèbres des lombes; il avait
quatrebassinets, quatre ui-etères et autant d'artères et de veines.
Wrisberg (7) a également observé deux reins joints en-
semble en croissant, et dont la concavité était dirigée en haut.
(1) Ruysch. Obs. anat. chirurg. centuria , obs, ig , fig, in^4t Amstelodnmi,
1737, p. 19.
(2) Laennec. Traité de l'aiiscull. médiate, 2" édit., 1. 1, p. SSg, 1826.
(3) Journal des sa^UtiS, 1B81, tiiafè.
(4) Bartholin. Hist. anat. rar,, cent, ii, List. 77, 1. 1, p. 3o6. — Ejusdcm
Anatom, reformata, lÀh. 1, cap. xvn , p. Ii3, fig. — Reproduit par Blaes
daus ses additions à Bellini.
(5) Kaltschmidt. Diss. de imo rené in cadavere inventa, Jcnae, 1755.
(6) Journ. des savans, 1678, mai. 16. CoÙect. acàdém. étrangère, t. i,
(7) Dans VEsquisse de la physiol de ^ttlUr, § 579. — Obs. 179. — Des-
FUSÏON DES REINS. 771
Grebliard (i) a vu les reins réunis en un seul, placé sur la
t dernière vertèbre dorsale. Ils recevaient deux artères provenant
tde l'aorte, et une de l'artère iliaque gauche. Il y avait aussi
c deux uretères , dont l'un était simple ; l'autre avait cinq
ibranches.
Sandifort (a) décrit deux reins joints ensemble et formant un
c croissant. Le gauche était plus grand que le droit; tous les
lideux avaient plus d'artères qu'à l'ordinaiie.
Dans un autre cas, il n'a pas trouvé , cheg un individu du
sisexe masculin, le rein dans le côté gauche ; il était placé du
ccôté droit au-dessous du rein de ce côté , était lié en croissant
avec celui-ci , et formait avec lui une figure extraordinaire.
Bérenger (3), Bauhin (4), Frank von Frankenau (5), Tyson (6),
Salzmann (7),Petsche(8), Stalpart van der Wiel (9), Morand(io),
Withof (II), Meckel(ia), Banck(i3), Greding(i4),DeHaen(i6),
llfcri/)^. anat. embrjronis obs. 4, in Sandifort, thes. diss. anat,, vol. m, p. 234. —
Diss. de prœternaturali et raro intestiai recti cum vesica urinaria coalitu
et inde pendante ani defectu. Gotling. 1779, p. 6.
(1) Gebhard. Adversar, medica, Basil. 1777, p. Sg.
(2) Sandifort. Ohs. anatom. pathol. làb. lit. cap. vir, p. 96. Tab. vm ,
llg. 6. — Ejnsdem Muséum anatom. Acad. Lugd. vol. t. sect. V. n* Xxsiii,
p. 25l.
(3) Bérenger. Isagoge in aiiatomiam. corpor. humani. Argent. i53o.
(4) Banbin. Theatr. anat. Lib. cap. 22. — Reproduit par Blaes dans ses
: additions à Bellini, 1765.
j (5) Miscel. nat. cur. Dec. m, ann. v et vi, obs. 176 (rein sain» — Pblébite
du bras).
(6) Philosophie, transact. n, 142.
(7) In Halieri Disputât, anatom.., vol. n , p. 525.
(8) Sjrlloge obs, anatom., § 79, in Halieri Collect. disp. anal,, vol. vi,
p. 762.
(9) Stalpart van der Wiel. Obt.rar. Cent. I. obs. l, p. 214.
(10) Mém. de VAcad. des sciences, l73o, p. 53.
(11) Witbof. Comment, ad systema Leuwenkoekianum oui acced, brevis
monslrosorum renum historia, p. 62.
(12) Mcckel. Epist, ab erudit. ad HalUrum script.yol. in, p,
(13) Ibid., vol. II , p. 200.
(14) In Ludwigii Adversar. med. pract., vol. m, p. 4i5.
(15) De Haen, Ratio med., cent,, t. rr , part. 11 , p. 25 ; tab. iv, llg. 2.
"772 VICES DE SITUATION PERMANENS.
Morgagni (O- Haller {2), Loder (3), Bang (4), rapportent des cas
analogues. Home (5) a vu les deux reins de chaque côté placés
sur l'épine dorsale et l'aorte , de façon que leurs vaisseaux
étaient très courts.
Sur le même sujet, on pourra encore consulter les cas
rapportés par MM. Smith (6), Godefroi (7) , Ruthardt (8), Fin-
gerhulh (9), Audemar(io), Renaud (ii), MaisonneuYe(ia), Bec-
querel (i3) , etc.
Enfin , j'ai observé moi-même plusieurs exemples de cette
fusion des reins. Dans un de ces cas , les deux reins étaient
réunis inférieurement par une bande aplatie de substance
rénale (Atlas , Pl. xxxix, fig. 2) ; dans un second , celle bande
plus volumineuse approchait un peu plus de la forme d'un
rein ; dans un troisième cas , c'était un véritable rein , uni
avec deux autres qui étaient également très distincts. Dans tous
ces cas, l'espèce de fer à cheval formé par la fusion des reins,
était placé en travers sur la colonne vertébrale. Cette disposi-
tion anomale des reins, doit être connue des médecins prati-
ciens ; car il pourrait arriver que ces organes, reconnus au tou-
cher, fussent pris pour une tumeur morbide et traités comme
telle, surtout si elle était rencontrée chez an malade qui res-
sentît, par une cause tout autre, des douleurs dans l'ab-
domen.
(1) Morgagni. De sed. et caus, morb., epist. XLviii, § 16.
(2) Ealler. Oper, minor., 1. 1, p. 4°» tab» vir. — Elément, physiol., t. ni ,
p. t24a.
(3) Loder. Progr. de renum coalitione, lenœ, 1786.
(4) Diarium nosocom. Holmiensis, 1786, juin.
(5) Home. Clinical experiments.
(6) Edinh. med. and surg. journal, vol. xv, p. 3o.
(7) Mém. de méd. et de chir, milit., vol. zxii.
(8) Aich. génér. de médec, t. xvii , p. 4^5.
(9) Bulletin de Férussac, t. x, p. 102.
(10) Bibl. médic, 1822, t. txivi, p. 104.
(11) Bull.de la soc. anatom., bull. i, i835, p. 2.
(12) BuU.dela soc. anatom., mars iS38, p. 1.
(13) Bull.de la soc. annto/n., juillet 1837, p, i32.
REINS DANS LE BASSIN. 778
II peut arriver aussi que des reins ainsi réunis s'enflamment,
que le bassinet suppure j or, le siège de la douleur et l'exis-
tence d'une tumeur vers le milieu de l'abdomen éloigneraient
complètement l'idée d'une pyélo-néphrite ; affection que des
urines purulentes et d'autres phénomènes propres aux pyélites
pourraient d'ailleurs indiquer.
Reins situés dans le bassin.
% 963, Je dois rappeler aussi, quelque rare que soit ce fait, que
des reins isolés ou réunis sont quelquefois placés dans le bassin,
où ils peuvent simuler des tumeurs des ovaires, de la matrice
ou du rectum. Les reins ainsi situés peuvent s'enflammer,
contracter des adhérences avec le rectum, etle pus sécrété dans
la cavité du rein enflammé peut se frayer une route par le
rectum .
Bauhin a figuré un rein gauche dans le petit bassin. Ce fait
a été reproduitparBlaes (i), dans les additions au traité de Bel-
lini, sur la structure des reins. Sandifort(2) a donné une belle
figure représentant un rein gauche dans le bassin ; Drouin (3)
a trouvé, chez une jeune fille de 17 ans, qui était morte après
une suppression de la menstruation, après un flux de sang par
les parties génitales continuel pendant trois mois , après un
violent vomissement de sang, le rein droit, d'une dureté
squiçrheuse et cartilagineuse , pesant une livre et demie. Il
était placé sur l'os sacrum , et comprimait fortement l'aorte et la
veine cave. Dans son intérieur étaient renfermées huit pierres
dont les plus grosses étaient comme des œufs de pigeon. Gham-
baud de Montaux a vu le rein droit beaucoup plus petit
qu'à l'ordinaire, resserré derrière la matrice.
(1) Belliai (Laur). De structura rmtim , in-iS, 1765, Amstelodami,
p. 107.
(2) Sandifurt. JVufeum anatomicum, in-fol., 1743, pl. ii3.
(3) LLeutaud. AnaL^racl., p. i , obs. I2ia, t. ), p. 355.
774 VICES DE SITUATION PERMANENS.
Heusinger (i), Guignon (2), Euslachi (3), Bauhin (4), Trew (5),
Horamel (6) , Bousquet (7), Varnier (8), Loeseke (9), Hebens-
treit (10), Stœrck (11). Yidal (12), Lejeune (i3), Chambon de
Monlaux (i4), Pinel (Scipion) (i5), ont vu un des reins dans le
bassin. M. le docteur Boinet (i6) a vu un rein placé transver-
salement entre le rectum et la vessie, et tenant la place de la ma-
trice, qui était déviée avec ses annexes. Le docteur A. Hohl (17)
rapporte que chez une femme on trouva le rein gauche situé
profondément au côté interne du muscle paoas. Dans deux ac-
coucheraens que celte femme avait faits, il s'était formé , cha-
que fois, dans le côté gauche du bassin, une tumeur dans
laquelle chaque contraction de l'utérus excitait une douleur
fixe et croissante ; le passage de la tête en était retaidé; toute-
fois les deux accouchemens furent heureux (18).
(i) HcusiDgcr. Tie/c Loge des linken Nieiens iin khinen Becken einer
erwac/isenen ff' eibsperson {Zeilsch. liiv die organ. Physik, H. 4. Octob. 1827.
S. 456. — Bulletin de Férussac, t. xiv, p. i3i).
(a) Mém, de la Soc. royale de médec,, t. x , p. 62.
(3) Eustaclii. Tkeatr. anaU, tab. xxii.
(4) Bauliin. De retium structura, tab. iv.
(5) Commer.noric, 1737, p. 186.
(6) Ibid., 1743, p. 281.
(7) Samntl. auserl, JVahm, Bd. 6, S. i3i.
(8) Wim. de VAcad. des sciences, 1774. Hist. p. 29.
(9) Obs. medic, p. 88,
(10) De med. cadavera sec. relig. Lips. 1741» p. vij-
(11) Stœrck. ^nn. med., t. t, p. 11 5.
(12) Reme médicale, 2" série, t. u, p. 38».
(13) SuUelin de Férussac, t. svii, p. 3.
(r4) Observ, clinic. Paris, in-4'', 1789.
(i5) Pinel (Scipion). Recherches sur quelques points de l'aliénation mentait;
p. i3, in-4. Paris , 1819.
(r6) Arch, gén. de médec, 2*^ série, t. vn, i835, p. 348.
(17) Meckeh Archiv. fier AnaComie und Physiologie, 1828, n° 2, p. 177.—
Bulletin de Férussac, t. xvir , p. 3.
(18) Je viens de lire dans les Arch. gén. de médec, 1841, an cas dans
lequel un accouchement fut rendu très laborieux par un développement
morbide des reins d'un fœtus.
REINS DANS LE BASSIN. ']<^5
M. Portai (i) a vu le rein droit un peu moins volumineux que
le gauche, situé au-devant de l'articulation sacjro-iliaque droite
au-dessus de l'artère et de la veine iliaque primitives. Le foie
était d'un volume ordinaire.
Le docteur Seymour (a) a vu, chez un jeune homme raoyt de
phthisie pulmonaire, le rein gauche sur le bord du bassin,
M. Martin Saint- Ange (3) cite plusieurs cas de reins ^ituéq
dans l'excavation du bassin ; un des plus curieux est emprunté
à M, Pacoud.
Dans une auti-e partie de cet ouvrage , j'en ai cité un exem-
ple remarquable (§ 387).
Obs. I. — Exemple d'nn rein situé profondément dans l'excaTation du
bassin chez une femme adulte , avec figures , par le professeur Heusinger
(Zeitsch Jîir die organ, Phjrsîk, tome r4*, cahier d'octobre 1827, p. 456.—
Bulletin de Férussac, t, xv, p. i3i.)
Le sujet qui offrait cette abnormité était une femme âgée
de 23 ans, morte d'un coup d'apoplexie. Le rein du côté droit
était dans sa situation normale , ainsi que la capsule surré-
nale du côté gauche. Le rein gauche, au contraire^ se trouvait
situé dans le petit bassin , au-devant de la moitié gauche du
sacrum , derrière l'utérus , à gauche du rectum , qui étaj^
dévié vers la droite et se trouvait en partie au-deyant de la
symphyse sacro-iliaque du côté droit.
La figure du rein gauche est presque circulaire, son gran4
diamètre de trois pouces six lignes, et le petit de trois pouces.
Le bile est une fosse ronde , située non pas au bord interne
du rein, mais au milien de sa face antérieure. Cette fosse
loge le bassinet ; un sillon en part pour s'étendre vers le bord
supérieur.
L'artère rénale gauche naît de la bifurcation de l'aorte, à
l'endroit où la sacrée moyenne a ordinairement son origine.
A un pouce de distance de cette oiigine, l'aflère rénale se
(1) Journal heldom,, t. r, p. a55, i8a8.
(2) Lond. mr.d. Gazelle, vol. m, p. 89./I.
(3) Méni. lur les vices de conformation des reins (Journal dos difformités).
77» VICES DE SITUATION PEEMÀNENS.
bifurque. L'une de ses branches , longue d'environ un pouce
et demi, pénètre dans le rein par son bord supérieur; l'autre,
plus forte, s'insère dans lehile et s'y sous-divise en plusieurs
rameaux qui se perdent dans le rein. Un troisième rameau
artériel, qui est coupé, y pénètre par la partie inférieure de
la face postérieure ; il tirait probablement son origine de l'ar-
tère hypogastrique , car la veine qui l'accompagne s'abouche
dans la veine du même nom. La distribution des veines rénales
est, en tout, conforme à celle des artères.
L'uretère, long de six pouces et replié sur lui-même, se
termine comme à l'ordinaire , dans la vessie. L'uretère du côté
droit a sept pouces un quart de long.
Les détails de cette observation confirment ce que Mec-
kel avait dit du déplacement du rein, dans son Manueld'ana-
iomie pathologique , dont M. Heusinger rapporte le passage en
entier.
Obs. II. — Description d'un rein trouvé dans le bassin d'un homme de 5o
ans, par M. Guigou, chirurgien des vaisseaux du roi, à Toulon. {Histoire
de la société de médecine, année 178g , t. x , p. 68.)
Ce rein , placé dans le bassin , présentait le même volume
et la même figure que celui du côté opposé , à cela près que
ses lobules primitifs ne s'étaient que très imparfaitement réu-
nis, de sorte que la surface extérieure était inégalement bos-
selée, ce qui produisait aussi divers sillons dans lesquels ram-
paient plusieurs artères.
La bifurcation de l'aorte commençant sur le corps de la
quatrième vertèbre des lombes , le rein était placé dans l'in-
tervalle de cette bifurcation, depuis le corps de la dernière
vertèbre de celle région jusqu'à la quatrième pièce de l'os sa-
crum et le niveau de l'échancrure sciatique. Sa convexité
naturelle était tournée du côté de la symphyse sacro-iliaque
gauche, et sa convexité s'avançait jusqu'aux trois quarts de la
face antérieure de l'os sacrum.
Ce rein affectait une direction légèrement oblique, de ma-
nière que son extrémité supérieure répondait au milieu du
corps de la dernière vertèbre des lombes , tandis que son ex-
REINS DANS LE BASSIN. 777
trémité inférieure descendait jusqu'au bas de la symphyse
sacro-iliaque gauche.
A l'égard de sa conformation externe, sa face antérieure
était inégalement bosselée ; trois petits sillons paraissaient vers
la partie supérieure de cette face; chacun d'eux recevait un
rameau de l'artère , et un sillon plus considérable se remar-
quait à la partie moyenne de la même face; celui-ci recevait
une artère considérable et était rempli de graisse.
La face postérieure était concave pour s'accommoder avec
la saillie de l'os sacrum. A l'extrémité supérieure de la même
face, on voyait un sillon qui recevait deux grosses artères.
Les deux extrémités étaient presque égales. La convexité de
ce rein ne présentait rien de particulier, et sa concavité mon-
trait la sinuosité des reins ordinaires, à cela près qu'elle était
plus manifeste sur la face antérieure qu'elle ne l'est commu-
nément. Cette sinuosité était le point de réunion des trois
grands sillons, c'est-à-dire celui que j'ai décrit à la partie su-
périeure de la face postérieure , celui de la partie moyenne de
la face antérieure, et celui qui revenait de son extrémité infé-
rieure le long de son bord concave.
Les artères de ce viscère étaient en grand nombre.
La première, qui était la plus petite, naissait de la bifur-
cation de l'aorte. Lorsqu'elle était parvenue à l'extrémité su-
périeure du rein, elle se divisait en trois branches qui allaient
chacune gagner un sillon de la partie supérieure de cette face,
pour se plonger dans la substance du rein. La seconde, moyenne
relativement à son calibre, naissait de l'iliaque gauche, à un
demi-pouce de la bifurcation de l'aorte, descendait le long du
bord convexe du rein, allait gagner le sillon qui se trouve
à la partie moyenne de la face antérieure de ce corps, pour se
plonger également dans la substance du rein. La troisième
artère était plus grosse et naissait de l'iliaque droite, à un
pouce de l'origine de cette iliaque; elle gagnait l'extrémité
supérieure du rein pour se plonger dans le sillon de cette
partie qui appartient à la face postérieure, et entrait enfin
dans la substance de ce viscère. La quatrième artère était plus
grosse et naissait de l'iliaque droite, à un pouce de l'origine
VICES DE SITUATION PERMANENS.
de celte iliaque; elle gagnait l'extrémité supérieure du rein
pour se plonger dans le sillon de cette partie, qui appartient
à la face postérieure, et entrait enfin dans la substance de ce
viscère. La quatrième artère était également grosse et naissait
de la partie postérieure de la bifurcation de l'aorle. Elle des-
cendait couchée sur le corps de la quatrième et de la cinquième
vertèbres lombaires , arrivait au sillon de la partie supérieure
de la face postérieure du rein , et se perdait dans sa substance
vers le bas du même sillon, au commencement de la sinuosité.
Enfin, la cinquième artère naissait de l'hypogastrique, après
qu'elle a donné l'iléo-lorabaire. Cette artère très grosse se por-
tait de gauche à droite pour passer par dessous le rein, et
venait se contourner dans le sillon de l'extrémité inférieure
de la sinuosité de ce viscère pour s'y plonger.
Les veines étaieut également nombreuses. La première était
petite , et naissait de l'iliaque gauche , à un pouce de la bifux-
cation de la veine cave ; elle descendait le long de la face an-
térieure du rein, pour aller dans la sinuosité. La deuxième
veine, très considérable et du calibre des émulgentes ordi-
naires, naissait de l'iliaque droite, à deux pouces de l'ori-
gine de cette iliaque; elle se portait ensuite à gauche, pour
aller vers la sinuosité du rein. Dans le trajet, elle fournissait
une branche considérable qui communiquait avec la première
veine, et qui se plongeait avec elle dans le sillon transversal,
tandis que le tronc principal entrait dans la sinuosité de ce
viscère. Enfin, la troisième veine naissait du bas de l'iliaque
gauche, et allait gagner la partie inférieure de la face postérieure
du rein , pour s'y perdre. Toutes ces veines communiquaient
ensemble,
Ce rein avait un uretère qui prenait naissance à la sinuosité
de ce viscère. Sa partie supérieure était divisée en trois bran-
ches, comme on l'a déjà observé sur les autres reins, et le ca-
nal, d'une grosseur moyenne, descendait derrière la vessie, pour
s'insérer au bas et au côté gauche de celte poche , comme celui
du côté opposé s'insérait au bas et à son côté droit, mais il
était infiniment plus court qu'il ne l'est communément.
Il est intéressant d'observer que la capsule atrabilaire de ce
REITÎS DANS LE BASSIN. 779
côté n'avait pas suivi le rein dans son déplacement, ce qui
prouve qu'elle est indépendante de ce viscère. Elle était placée
au côté gauche du corps de la quatrième vertèbre lombaire,
mais isolée et ne tenant absolument à la veine cave que par une
veine considérable, et àl'aorte, que par quelques petites artères.
Cette capsule était arrondie dans sa circonférence, de sorte que
le bord concave, qui appuie ordinairement sur le rein, n'avait
pas lieu j ce qui donne lieu de croire que cette concavité n'est
produite que par la présence du rein. La circonférence de cette
capsule était interrompue du côté interne par un léger renfon-
cement oii aboutissaient les vaisseaux ; sa cavité intérieure
contenait une humeui* jaunâtre, et une crête qui prenait nais-
sance en bas et en dedans. Je n'ai rencontré aucun canal ex-
créteur. Le rein et la capsule atrabilaire du côté droit n'a-
yaient rien de remarquable, et se trouvaient dans leur posi-
tion naturelle.
Cette aberration de la nature , en nous montrant une sépa-
ration totale de la capsule atrabilaire et du rein , du même
côté , détruit l'idée d'une correspondance intime entre ces
deux viscères.
Obs. III. — Sur un vice de position du rein gauche , par le citoyen Pacond ,
chirurgien en chef de l'hospice civil de Bourg , lue à la société de méde-
cine, le 23 germinal an x (Recueil périodique de la société de méd. de Paris,
rédigé par le docteur Sédillot jeune, t. xiv, p. 65).
Le citoyen Pacoud , en faisant l'ouverture du cadavre d'An-
dré Chapallier, âgé de cinquante ans, trouva le rein gauche
placé dans l'excavation pelvienne ou du petit bassin , derrière
la vessie , à côté de l'intestin rectum , qui s'était porté un peu
à droite et devant la partie antérieure ou concave du sacrum.
Recouvert par le péritoine , ce rein était plongé dans une masse
de tissu cellulaire, dontles lames , assez compactes, formaient
là comme deux bandes ligamenteuses qui l'attachaient au sa-
crum. Celte position avait singulièrement influé sur la forme
de l'organe, aussi bien que sur la dislribulion de ses vaisseaux.
Il était à-peu-près triangulaire , ce qui permettait de lui dis-
tinguer trois faces. L'une, antérieure , offrait dans son milieu
780 VICES DE SITUATION PEUMANENS.
la scissure remplie d'inégalités, à laquelle aboutissaient les
artères rénales , et d'oii partaient une veine et l'uretère gauche.
Cette face antérieure correspondait à la vessie. La face posté-
rieure était convexe , pour s'accommoder à la concavité du sa-
crum et de l'iléura réunis. Enfin , la face interne était bornée à
droite par le rectum et n'avait rien de remarquable.
Les artères étaient au nombre de trois , ce qui n'est pas rare,
même dans l'état naturel. Mais, au lieu de partir de l'aorte ab-
dominale et vers le milieu de sa longueur, elles naissaient,
l'une plus longue que l'angle de la division de l'aorte, au des-
sus du bassin et de la cuisse, que l'on nomme tronc pelvi-
crural ou iliaque primitive; les deux autres, plus courtes,
partaient du tronc pelvien , communément artère hypogas-
trique, un pouce environ après sa séparation du tronc crural
ou artère iliaque externe. Ces trois artères entraient dans la
substance du rein par le milieu de sa scissure. Cependant la
première branche, c'est-à-dire la plus longue, avait ceci de
remarquable , qu'après un pouce et demi de chemin , elle se
divisait en deux branches. L'une, antérieure, plus grosse, après
avoir gagné l'extrémité supérieure du rein, se poursuivait en un
rameau qui allait ramper et se perdre sur la surface réticulaire
de cet organe ; le reste de cette première branche se portait
avec les autres troncs dans la scissure donc nous avons parlé;
enfin , la branche postérieui'e allait pénétrer dans le rein à la
partie supérieure de sa face postérieure.
Il n'y avait qu'une seule veine, mais elle naissait delà scis-
sure par deux branches qui ne tardaient pas , il est vrai, à se
réunir en un seul tronc, lequel, au lieu d'aboutir à la veine
cave , allait se porter dans la veine iliaque primitive gauche.
L'uretère , deux pouces et demi environ après sa sortie de la
scissure rénale , était , dans un espace à-peu-près égal , fixé
par le péritoine contre la partie postérieui-e de la vessie , et
allait pénétrer dans cet organe un pouce au moins plus bas
que l'uretère du côté opposé. '
L'auteur, malgré les recherches les mieux dirigées , n'a pu
trouver de capsule surrénale du côté gauche ; il a négligé de
noter l'origine des nerfs qui se portaient à l'organe déplacé.
DÉPLACEMENT FIXE, ACCIDENTEL, DES REINS. 78 1
Tous les soins et toutes les précautions que l'auteur a em-
ployés pour découvrir la vésicule séminale du côté gauche
< ont été inutiles; elle manquait, aussi bien que le canal dé-
J férent du même côlé. Seulement, à la place de celui-ci, se
I trouvait un ligament long environ d'un pouce, et qui , parlant
i de l'épididyrae, allait se perdre dans le tissu cellulaire qui en-
1 vironne le cordon des vaisseaux spermatiques.
Le volume de la glande prostate était singulièrement di-
I miuué.
Le tronc crural et les artères iliaques externes offraient aussi
i une singulière direction. Dès leur naissance du tronc pelvi-
i crural ou iliaque primitive , au lieu de suivre dans une ligne
(droite le bord interne du psoas, elles décrivaient une cour-
Ibure en forme de demi-cercle, disposée différemment de
(chaque côté. A gauche, la courbure était couchée dans la fosse
î iliaque interne , appuyée sur la face antérieure du psoas, dont
(elle dépassait le bord externe; elle décrivait ensuite une se-
(conde courbure beaucoup moins prononcée, disposée en sens
' inverse, et qui se terminait sous l'arcade inguinale. A droite,
l'artère plongeait dans l'excation pelvienne, en décrivant là
une courbure aussi grande que celle du côté opposé, mais tour-
née en sens contraire ; elle se relevait ensuite pour gagner l'ar-
cade inguinale.
Le rein du côté droit se trouvait dans l'étal ordinaire.
Déplacement fixe, accidentel, des reins.
^ 964- Les reins peuvent être déplacés par des tumeurs dé-
veloppées dans leur voisinage. Th. Bonet parle d'un dépla-
cement du rein occasioné par le pancréas tuméfié. Portai (i)
dit aussi que les reins peuvent être abaissés par la rate ou le
foie malades , ayant acquis un surcroît de volume plus ou
moins considérable. Toutefois, dans plusieurs cas de déve-
loppement morbide de la rate, j'ai trouvé le rein correspon-
dant déformé, et non abaissé. J'ai rapporté ailleurs un cas
(i) Portnl, Analomie médicale, t. v, p. 3go,
782 VICES DE SITUATION NON PERMANENS.
d'abaissement et de déformation du rein droit, produit par
une capsule surrénale devenue véritablement monstrueuse.
Chez un pbthisique, j'ai vu également le foie tellement volu-
mineux, que l'estomac était abaissé au dessous du nombril, le
colon transverse et les intestins grêles dans le petit bassin,
et le rein droit, d'un volume considérable, descendu jusque
près de la crête de l'os des îles. Il était dévié de sa direction
naturelle; son extrémité inférieure était dirigée en avant et
vers l'ombilic.
Vices de situation non permanens des reins.
S 965, A ces vices de situation, on peut rattacher deux séries
de faits : 1° les cas de hernie des reins à travers les parois de
l'abdomen ; 2° les cas de reins moTnles occasionant des dou-
leurs dans l'abdomen, ou dans les régions lombaires et cru-
rales.
Reins formant hernie.
S 966. Dans des cas d'éventration congénitale, on a vu le rein
sorti hors de l'abdomen. Lacroix (i) rapporte que la paroi ab-
dominale d'unfœ tus présentait du côté gauche à sa partie su-
périeure, une vaste solution de continuité , à travers laquelle
étaient sortis le foie, la rate, le rein gauche, l'estomac et les
intestins.
Il paraît que les reins peuvent même s'engager à travers des
écartemens des fibres musculaires des parois de l'abdomen,
faire hernie, et former tumeur sous la peau. A ce sujet, je rap-
pellerai que Monro Junior (a) rapporte que son père et le docteur
Farquharson avaient été consultés pour un enfant de six mois
qui portait deux tumeurs de chaque côté du dos, recouvertes
seulement par la peau. Par un examen attentif, on reconnut
que ces tumeurs étaient formées par les reins qui pouvaient
facilement êli'e réduits au travers d'un anneau ovale, d'un dia-
mètre considérable.
(1) Journal hebdomadaire i i835, aoiil, p. ijS.
(2) Monro (Alex.) Junior. Ol/s, an entrai hemia, 5°, Edinlurgh, i8o3, p. 8.
MOBILITE DES REINS.
Plouquet cite (i) en outre, comme un exemple de hernie du
rein, un cas d'hydro-néphrose du moins le passage qu'il in-
dique {Acta enidit. Lips. 1671, p. 71) est-il relatif à une
énorme distension des deux reins d'un mouton, observée par
Ruysch ét décrite dans son Muteum Ânatomicttm Amstelod.
in-C, p. 146.
De la mobilité des reins.
§ 967. La mobilité des reins, ou l'état qui leur permet de
s'abaisser, de se porter en avant, et d'être refoulés en arrière,
. ou supérieurement sous le foie, est la source d'accidens variés,
I notamment de douleurs habituelles dans l'abdomen et dans le
I membre correspondant; douleurs qui ont été prises pour des
i coliques nerveuses, pour des phénomènes d'hypochondrie , et
, parfois même pour des névralgies lorabaires-sciatiques. Il y a
1 déjà long-temps que j'ai signalé cette affection à l'attention des
i médecins , en leur en montrant des exemples. M. Velpeau et
< Gerdy, mes collègues à l'hôpital de la Charité, MM. les doc-
I leurs Bell, Donné, Thirial, de Bouy, en ont vu plusieurs cas
dans mon service. J'ai fait reconnaître cette affection des
: reins à deux médecins assez inquiets sur la nature de douleu^'s
f habituelles qu'ils éprouvaient dans le flanc droit, oii ils avaient
reconnu une tumeur mobile , sur la nature de laquelle les avis
' les plus divers avaieut été émis.
Déjà, et très anciennement, quelques remarques avaient été
I faites sur la mobilité des reins et sur les dépiacemciis qu'ils
pfeuvent éprouver; mais ces remarques, d'ailleurs fort in-
( complètes, dues la plupart à des anatomistes, n'avaient nuUe-
hienV fixé l'attention des médecins. Mesué (a) avait parlé va-
(1) Plouquet { Litte ratura meclica digesta , art. hernia).
(2) <- Dislocatio accidit quandoquc in renibns et Tcsica plurimum et est ut
a proprio removcatur loco et declinet ad dcxtrum vel sinistrum, inferius
I tendit niagis etc. (Mesae, Opéra omnia. Veneliis r56i , in^Xol. p, a88j de
dislocatione renum et vesicas, cap. 3).
704 VICES DE SITUATION NON PERMANENS.
guement de déplacemens (dislocations des traducteurs) que
les reins et la vessie pouvaient éprouver par suite d'une vio-
lence externe ou d'une cause interne; et la plupart des
auteurs qui l'avaient suivi avaient particulièrement insisté
sur les déplacemens que peuvent éprouver les reins par
le fait de tumeur du foie, de la rate, etc. ; toutefois, le passage
suivant, extrait de Riolan(i), mérite d'être rappelé. «En-
cor que les reins semblent fortement collés aux lombes , ils
ne laissent pourtant pas de pouvoir quitter leur place ,
d'être demis, et de tomber en devant, quelquefois mêmes ils
tombent jusqu'au bas-ventre, ce qui ne se peut faire sans
qu'on soit en danger de la vie,- ce qui est véritable, qu'il
n'en faut douter aucunement. La cause en vient non-seulement
de ce que la graisse dont ils sont enveloppés se fond , mais
aussi de ce qu'étans devenus trop grands et lourds , soit par
une tumeur qui y soit engendrée, soit par une pierre qui est
enfermée dedans leur bassinet, ils sont portéz en bas par leur
poids , leurs attaches n'étant assez fortes pour les retenir en
leur place , d'oii il arrive qu'après avoir demeuré quelque
temps dans le lieu oii ils sont tombés, ils se pourrissent et de-
viennent pleins d'abcès. »
Obs. I. — Rein droit mobile ; symptômes gastro-intestinaux passagers ;
hypocondrie habituelle.
Pourille (Reine), âgée de 43 ans, journalière, entrée le l'i dé-
cembre i836, k l'hôpital de la Charité.
Cette femme, d'une constitution sèche, d'apparence assez
grêle, mais prétendant n'avoir jamais été alitée, se plaint de
coliques avec dévoiement , qui la tiennent depuis huit jours.
La langue est sale , un peu rouge à la pointe , blanche au mi-
lieu. Il y a de l'inappétence et de la soif. L'abdomen est légè-
rement douloureux à la pression (la malade a eu hier deux
garderobes liquides) , point de nausées ni de vomissemens.
(i) Riolan (Jean). Manuel anatomique el pathohgig'ie.lo'in , Lyon i68a,
p. aa8.
MOBILITÉ DES REINS. 786
On exerce le palper sur les parois abdominales, et du côté
droit, au-dessous du foie, on sent une tumeur dure, lisse, ayant
la forme du rein, tumeur dont on peut apprécier les contours.
Cette tumeur est mobile : on peut la pousser jusque près de
l'ombilic , et pour ainsi dire la prendre dans la main ; puis on
peut la repousser jusque sous le foie. La tumeur est tellement
isolée du foie, qu'on ne pourrait la confondre, ni avec cet or-
gane, ni arec la vésicule bilaire. Dans la région lombaire
correspondante , on sent un vide. La position du rein gau-
che ne peut être exactement déterminée. La malade prétend
qu'elle éprouve des tiraillemens dans le ventre , vers le
nombril 3 mais elle ajoute que cette douleur lui ceint les lom-
bes; ses réponses prouvent qu'au dérangement momentané
des voies digestives , il faut ajouter un état de souffrance habi-
tuelle qui ressemble à de l'hypochondrie.
Ces troubles des fonctions digestives sont accidentels, de
sorte qu'on ne peut songer à une tumeur intestinale. Il est im<-
possible de supposer uue tumeur flottante dans le péritoine ,
tant il est facile de juger de la forme du rein, de sa consis-
tance, tant le diagnostic est évident.
Point de douleur dans la cuisse correspondante ; jamais les
urines n'ont rien présenté de morbide ; jamais elles ne se sont
arrêtées.
La malade a eu uue seule grossesse et deux fausses couches.
La diète et le repos firent disparaître rapidement la légère af-
fection gastro-intestinale : restèrent les douleurs vraies ou
exagérées dans le ventre , le dos, etc., et la tumeur qui ne
changeait pas et ne pouvait changer.
Un large emplâtre de diachylum gommé fut appliquée sur
la partie antérieure du ventre ; et, sous le prétexte de mainte-
nir en place cet emplâtre , on exerça une assez forte pression
autour du ventre, à l'aide d'un bandage de corps. La malade,
qui avait affirmé la veille, que le lever et la marche aggravaient
les douleurs abdominales , se sentit soulagée après l'application
du bandage.
Elle sortit de l'hôpital, le aa décembre i836, éprouvant peu
ou point de douleur dans le ventre. Mais on remarquait, dans
III. 5o
786 VICES DE SITUATION NON PERMANENS.
les réponses et dans la conversation, l'exagération , le défaut
de précision et le décousu, su communs chez les hypochron-
driaques.
Obs. V. — Déplacement et mobilité des deux reins.
Madame Bigot, âgée de 44 ans, brodeuse, entra à la Cha-
rité, le i3 novembre i836.
Cette femme , petite, grêle, et de constitution délabrée, est
boiteuse depuis l'âge de 18 mois, à la suite d'une fracture ; elle
est de plus un peu contrefaite , et la poitrine est très longue
relativement au reste du tronc. Les côtes sont très rappro-
chées des os des îles. Elle dit être le vingt-septième enfant de
sa mère.
Elle prétend n'avoir jamais fait de maladies sérieuses; elle
était assez habituellement enrhumée, surtout l'hiver. Depuis
onze mois elle vomit, à pleine bouche , du sang très rouge , en
abondance et tous les mois. Cette hémoptysie n'est d'ailleurs
pas supplémentaire , puisque les règles n'en persistent pas
moins aussi bien qu'autrefois.
Elle se plaint de douleurs vagues dans la poitrine; elle
tousse, et elle a des sueurs nocturnes. Elle a un peu maigri dans
ces derniers temps. A la percussion, le sommet du poumon droit
est légèrement mat, et li une auscultation attentive on recon-
naît qu'en ce point il existe du râle caverneux, de la toux ca-
verneuse et une légère pectoriloquie. L'autre côté ne donne pas
de signes évidens de tubercules.
Il y a un an , la malade ressentit quelques douleurs dans le
ventre; elle entra dans un hôpital, et on y reconnut l'existence
d'une tumeur au-dessous du foie, vers le milieu du bord anté-
rieur de cet organe. Après avoir vainement essayé des fondans
pour obtenir la dissolution de la tumeur, on appliqua un moxa,
qui n'eut pas plus de succès (c'était le rein droit).
Les parois abdominales ont une grande laxité ( la femme a
eu quatre enfans. Tenus heureusement à terme ). En palpant
avec soin l'abdomen, on découvre deux tumeurs non doulou-
reuses à la pression. L'une, la droite, située au point que
MOBILITÉ DES REINS. 787
j'ai déjà indiqué, tumeUr mobile, sans adhérences ni aux
parois, ni aux organes intérieurs , dure, lisse, laissant appré-
cier sa forme, qui est celle du rein, tumeur que, par une im-
pulsion forte d'avant én arrière , on pèut repousser vers les
lombes et sous le foie. Cette tumeur dëscend jusqu'au niveall
de l'ombilic , à deux pouces en dehors de ce point.
Du côté gauche, même tumeur, mais descendant un peuplufe
bas, et se rapprochant davantagè de la ligne médiane. Du reste
même mobilité, même consistance. On circonscrit parfaitement
bien avec Le doigt l'extrémité inférieure du rein, et l'on sent ma-
nifestement la scissure. Dans les régions lombaires, dépression
correspondante aux points où sont d'ordinaire logés les reins. A
part quelques coliques et quelques tiraillemens dans le ventre
et dans les reins , ces deux tumeurs n'apportent aiicun trouble
à l'état de l'abdomen; la langue est nette, l'appétit assez bon ;
il n'y a ni nausées ni voraissemens; le ventre est tout-à-fait in-
dolent à la pression; les selles naturelles ; les urines sont clai-
res, acides; jamais, dit la malade, elles n'ont présenté d'altéra-
tion, et jamais non plus il n'y a eu de suppressioû.
Cette femme n'a jamais été atteinte, ni d'ictère, ni de dou-
leurs au foie, ni de fièvre intermittente; et d'ailleurs par la per-
cussion on circonscrit très bien le foie et la rate, en leur lieu et
place normales (seuls organes avec lesquels on pourrait confon-
dre les tumeurs rénales). Cette malade, à laquelle nous recom-
mandâmes de soutenir le ventre avec un corset , sortit de l'hô-
pital au bout d'une quinzaine de jours.
Obs. VI. — Ababsement et mobilité da rein droit « chez une Tieille femme
atteinte d'ane hernie crurale du ccecum.
Une femme très âgée fut reçue dans le mois de mai i836, à
l'hôpital de la Charité, pour y être traitée d'une hernie crurale
droite, étranglée. La tumeur, formée par une portion d'intes-
tin , rendait un son clair à la percussion ; en examinant la ré-
gion iliaque du même côté, M. Velpeau rencontra, près de la
colonne vertébrale, une tumeur qui se prolongeait dans la fosse
iliaque droite ; cette tumeur, lisse , polie, avait la forme et la
consistance d'un rein. D'un autre côté, si, après avoir appliqué
5o.
788 VICES DE SITUATION NON PERMANENS.
fortement la main droite sur le colon ascendant, on compri-
mait fortement la région rénale postéiieure avec l'autre main,
l'espace compris entre les deux mains était évidemment
beaucoup moins considérable que dans les cas ordinaires, oii
le rein se trouve ainsi naturellement interposé entre elles.
Je crus pouvoir affirmer que cette tumeur était un rein dé-
placé. Cèlte femme étant morte, à la suite de l'opération et de
l'étranglement qui l'avait nécessitée, d'une péritonite hypogas-
trique et d'une pleurésie, cette opinion sur le siège du rein fut
confirmée à l'autopsie du cadavre. La hernie était formée par le
cœcum : le rein droit était abaissé de telle sorte, que son extré-
mité supérieure correspondait à la dernière vertèbre lombaire,
tandis que l'inférieure reposait sur la face interne de l'ilium.
Les vaisseaux rénaux se dirigeaient de la veine-cave et de l'aor-
te, de haut en bas, vers la scissure du rein.
Jo n'ai pu savoir si ce déplacement du rein était consécutif
à la hernie, si le rein avait été entraîné par l'abaissement du
cœcum, ou si cette disposition du rein était congénilale. Je
n'ai pu déterminer non plus si les douleurs que celte femme
éprouvait à la partie inférieure du ventre, devaient être entiè-
rement rattachées h la hernie, ou si le ballottement et la mobi-
lité du rein entraient pour quelque chose dans leur produc-
tion.
Obs. VII. — Rein droit, mobile, situé plus bas que dans l'état normal; don-
leur dans la région où cet organe était situé, irradiant dans le bas-ventre;
douleurs et faiblesse dans les membres inférieurs.
N..., âgée de 3a ans, née de parens sains, i-églée à 11 ans,
mariée à 17, avait eu six enfans. Cette femme, qui s'est livrée
dans sa jeunesse à de nombreux exercices de corps, depuis
dix ans mène une vie très sédentaire. Au mois d'avril i83o,
elle fut prise de douleurs dans l'hypochondre droit, et de
douleurs et de faiblesse dans les membres inférieurs, qui furent
combattues par plusieurs saignées, et par les opiacés et les
bains. Au mois d'août i83o, elle quitta l'hôpital de la Pitié,
l'essentant de la douleur dans l'hypochondre droit; elle partit
pour son pays. Deux mois 3prc3 elle revint, ayant éprouvé de
I MOBILITÉ DES REINS. ']StJ
nouveau les accidens pour lesquels elle était entrée à l'hôpital.
La malade retourna une seconde fois dans son pays. Elle revint
- ensuite à Paris, et , au mois de juin i83i , elle éprouva, pour la
; I troisième fois, les mêmes accidens, et entra à l'hôpital de la
i < Charité, oii elle fut admise, dans mon service, le 20 août i83i.
[ Le ventre a sa forme naturelle j le foie a son volume ordi-
' naire; mais si, immédiatement au-dessous du bord tranchant
de cet organe , on enfonce un peu la main vers la partie pos-
térieure de l'abdomen, on sent une tumeur dont l'extrémité
inférieure dépasse le foie de deux pouces environ. L'extrémité
supérieure de cette tumeur se dérobe aux doigts qui cherchent
à l'atteindre et qui se trouvent arrêtés par le foie. Si on presse
de bas en haut , cette tumeur, mobile, remonte et échappe aux
doigts qui la poussent, et redescend ensuite à la place qu'elle oc-
cupait auparavant. Si l'on presse un peu fortement sur elle
directement d'avant en arrière, la pression détermine une dou-
leur locale qui s'irradie ensuite dans le bas-ventre.
Cette tumeur, située un peu obliquement de dehors en
dedans, dans la région lombaire droite, avait tout-à-fait la
forme et le poli de la surface d'un rein Lorsque la malade
faisait une prompte et forte inspiration, la tumeur venait se
présenter à la main placée sur la partie antérieure du flanc
droit, et on sentait cette tumeur s'échapper des doigts dans
l'inspiration; cette tumeur n'avait aucun rapport avec l'ovaire ;
elle différait aussi beaucoup des matières solides qu'on ren-
contre quelquefois dans le colon. La fosse iliaque rendait un
son clair à la percussion.
Les urines, examinées avec soin, sont d'un jaune clair , et
ont la couleur de cette boisson que l'on appelle coco. Elles
laissent apercevoir , à travers et à la partie inférieure du
vase qui les contient , un nuage blanc floconneux, et un sédi-
ment assez abondant de matière jaunâtre qui n'est ni muqueux
ni filant, comme dans le catanhe de vessie. La malade n'a
jamais eu d'hématurie ni rendu de graviers. Les urines sont
acides et rougissent assez fortement le papier de tournesol.
L'émission n'en est point accompagnée de douleur.
La malade éprouvait, eu outre, dans le bas-veutre, dis dou-
790 VICES DE SITUATION WOTN PERMANENS.
leurs qui se propageaient dans les membres inférieurs {lains,
topiques et boissons rafraîchissantes). Pensant, lorsqu'elles
furent apaisées , que ces douleurs pouvaient dépendre de la
mobilité du rein, je conseillai à cette femme de soutenir, par
un corset approprié, les parois de l'abdomea relâchées par
plusieurs grossesses-
J'ai revu celle femme plusieurs mois après; la tumeur avait
toujours la même forme et les mêmes dimensions, et la malade,
quoique moins souffrante, ressentait encore des douleurs de
temps à autre,
Obs. VIII. • — Roin droit très mobile situé près de la région ombilicale et qui
donna lieu à plusieurs erreurs du diagnostic (i).
A. S..., négociant, âgé de 36 ans, homme vif et actif, se
plaignait , depuis nombre d'années, de dérangement dans les
organes et les fonctions de la digestion. Il avait fait usage de
beaucoup de moyens, entre autres des eaux thermales de Carls-
bad, de Gaslein et d'Ischl. Il se trouvait mieux depuis trois
ans; mais ce qui l'inquiétait encore, c'était une tumeur qu'il
avait découverte au côté droit de la région épigastrique et
ombilicale. On pouvait la sentir facilement quand le malade
était à jeun et couché dans son lit, et qu'il la poussait en avant
en se pressant les flancs; on trouvait sous la main un corps
ferme, lisse et indolent, de la forme et de la grosseur d'uu
œuf de poule, mais fuyant sous le doigt qui le pressait, lors-
qu'on ne le fixait pas par une pression opérée de haut en bas
avec la main, et allant alors se cacher en quelque sorte sous
le foie. Peu-à-peu cette tumeur augmenta, et on ne put la
ramener jusqu'au-devant des vertèbres lombaires. Le diag-
nostic restant ainsi très obscur, on évita une médication active.
Mais le malade, impatienté et hypochondriaque, se mit à l'usage
de différens moyens, qui ne sont pas venus à la connaissance
du docteur Aberle. Il employa en abondance des bains salins
(l) Observation d'une tumeur abdominale , dont le diagnostic était très diffi-
cile ; par le docteur Aberle, professeur .i Salzbonrg. (Med. chir. Zcituog,
1826. t. iT , p. a53. — Bulletin des sciences médicales, t. xi, p. gSS.)
MOBILITÉ DES REINS. 79I
■t ensuite les eaux de Gastein. Là , il fut attaqué d'une fièvre
'.ontinue qui prit le caractère hectique, et le conduisit à la mort
quelques mois après , à la suite de trois accès d'apoplexie , avec
hémiplégie ducôté gauche.
A l'autopsie du cadavre, on, trouva plusieurs suffusions
sanguines sous la pie-mère de l'hémisphère droit du cerveau,
et un ramollissement avec destruction partielle du corps strié
du même côté.
Les viscères thoraciques , le foie et le canal intestinal
étaient sains; la rate, très volumineuse, offrait de nom-
breux tubercules du volume d'une noisette et d'un aspect
blanc, caséeux, ou jaune rougeâtre, tant à la surface que dans
il'intérieiu-. Le pancréas était aussi un peu plus volumi-
neux que de coutume , et avait un aspect charnu^ sale, mais ce
n'était pas lui qui formait la tumeur^ celle-ci était produite
par le rein droit, qui se trouvait très mobile, dans sa situation
normale, et que la pression sur les flancs pouvait déplacer et
pousser en avant dans la région ombilicale. Cet organe était
assez petit; l'appareil urinaire n'offrait d'ailleurs rien d'ano-
mal, et sa fonction s'était toujours exécutée naturellement. La
mobilité du rein paraissait avoir été congénitale, car les vais-
seaux offraient une longueur disproportionnée- Les tentatives
répétées du malade, pour le déplacer, n'avaient fait qu'augmen-
ter cette disposition primitive. Le rein n'avait pas son enveloppe
graisseuse ordinaire , et cette circonstance pouvait faciliter son
déplacement.
Obs. IX. — OEdème dn membre abdominnl droit causé par un rein mobile
(Girard. Joum, hebdom. , n. 53, p. 445).
Le 3 mai i83i, une fileuse âgée de 4? aus, entra à l'hôpital
de la Pitié , dans le service de M. Louis,
Cette femme, d'une taille moyenne, d'une constitution molle,
d'une maigreur assez considérable, paraissait plus âgée qu'elle
ne l'était en effet. D'une intelligence peu développée , il fallut
plusieurs interrogatoires pour obtenir le résultat suivant : il y
a ao ans, elle éprouva une maladie assez longue avec fièvre ,
soif et douleurs à la poitrine. Il y a cinq ans, angine qui se se-
792 VICES DE SITUA.TION NON PJÎRMA.NENS.
rait terminée par abcès. Sujette aux rhumes toute sa vie, elle
toussait tous les hivers, mais sa toux ne durait qu'une partie
de la saison ; cette année, la toux, qui a débuté à la fin d'oc-
tobre i83o , n'a pas cessé. Depuis cinq ans, sujette à la dyspnée,
à des palpitations qui ne revenaient qu'à des intervalles éloignés,
elle a beaucoup maigri depuis peu de temps, elle n'a jamais eu
d'hémoptysie ni de dévoiement. A la fin d'octobre, accès vio-
Icns de dyspnée et de la douleur; des sangsues diminuèrent la
douleur, mais, la suffocation persistant, elle est obligée de se
mettre au lit, qu'elle a toujours gardé depuis. Il y a un mois en-
viron, la jambe et la cuisse droites se sont un peu tuméfiées; ce
gonflement était stationnaire, quand le i8 avril, sans cause
connue, il s'est étendu rapidement. A la visite du 4 mai, elle
présente l'état suivant : faciès pâle, jaunâtre, langue naturelle,
estomac légèrement raétéorisé, respiration haletante, toux fré-
■ quente, crachats 'nombreux, ronds, isolés, visqueux, d'une
couleur rosée. L'auscultation et la percussion n'indiquaient rien
du côté du cœur. Sous la clavicule droite, râle crépitant dans
cette région, mais dans une petite étendue; pouls à io8. Ces
divers symptômes firent diagnostiquer une légère pneumonie
au sommet du poumon droit; ce seul fait rendit très probable
sinon certain, l'existence des tubercules. La jambe et la cuisse
du côté droit étaient œdematiées et gardaient profondément
l'impression du doigt {Saignée, huit onces , viol. édul. ni-
trèc (bis), ■potion gommeuse , oxymel scillilique, deux onces et
demie, trois bouillons).
Le lendemain, le râle crépitant avait dispam en très grande
partie, mais il restait du gargouillement et de la matité; la
couleur rosée et la viscosité des crachats étaient moins consi-
dérables.
Le 10, pouls à 96. Dyspnée moins considérable; la tuméfac-
tion s'étendait jusqu'au pli de l'aine (Deux soupes, un œuf
et u?ie mouillette de pain).
13 mai(i grain de digitale, eM.^i7»<ie), faiblesse considérable.
Cet état persista jusqu'au 16; elle éprouva ce jour-là, une
légère douleur au côté droit de la poitrine ; la faiblesse était si
grande, qu'on ne put pratiquer l'auscultation; cette faiblesse
MOBILITÉ DES REINS. 793
empêcha d'employer aucune médication antiphlogistique. L'œ-
dème était considérablement augmenté, il s'élendait jusqu'à la
base de la poitrine, où les légumens formaient une tumeur vo-
lumineuse qui pendait vers la partie postérieure du corps à
cause de la position horizontale; la dyspnée alla en augmentant
jusqu'au vingl-et-unième jour que survint la mort.
Autopsie faite vingt-six heures après la mort.
Aspect extérieur. Couleur jaunâtre répandue sur tous les lé-
gumens, jambes et cuisse droites très volumineuses, près du
double de l'autre membre , la tuméfaction s'étend jusqu'au
milieu de la poitrine à droite, ne dépassant pas la ligne blanche.
Tête- Un peu de sérosité dans l'arachnoïde et les ventricules;
encéphale sain.
Poitrine. La cavité droite laisse échapper une quantité con-
sidérable de sérosité parfaitement citrine. Cette cavité se trouve
partagée en deux par une fausse membrane qui prend nais-
sance à-peu-près, à la base du lobe supérieur, et s'étend hori-
zontalement vers la paroi de la poitrine, oii.elle se fixe. La ca-
vité supérieure est plus petite à caiise de filamens dè fausses
membranes, qui vont du poumon aux parois de la poitrine, et
qui sont de récente formation. La cavité inférieure est remplie
par la sérosité qui refoule le lobe inférieur vers la colonne
vertébrale. Le poumon contient un grand nombre de tuber-
cules la plupart ramollis; il y a aussi cinq à six cavernes
du volume d'une aveline; le poumon gauche contient éga-
lement des tubercules, mais en moins grand nombre. Le cœur
est sain ; il n'y a dans le péricarde que quelques cuillerées de
sérosité.
Abdomen. Estomac un peu plus volumineux que de coutume,
d'ailleurs sain ; il en était de même des intestins , qui étaient
seulement distendus par une quantité considérable de gaz.
Quelques glandes méseutériques tuberculeuses, mais non ra-
mollies. Le rein gauche était situé à sa place accoutumée ; mais
le rein droit présentait une anomalie remarquable : le péri-
toine, au lieu de passer seulement sur la face antérieure, l'en-
veloppait de toute part excepté à la scissure, et lui formait ainsi
un véritable mésentère qui avait près de deux pouces de
794 VICES DE SITUATION WON PE MANENS.
longueur. Le rein se trouvait ainsi flottant dans l'abdomen au
niveau de la troisième vertèbre lombaire , et à la partie in-
terne du colon ascendant, qui, rempli de gaz, l'appliquait
fortement contre la veine cave inférieure. Celle-ci présentait
dans cette partie un sillon considérable, et au-dessous un
renflement qui doublait presque son volume. Saine depuis le
cœur jusqu'à ce renflement, elle ofi'rait au-dessous un véritable
tissu aréolaire ou caverneux, semblable à celui delà verge,
qui remplissait toute la cavité du vaisseau, et s'étendait à deux
ou trois pouces du pli de l'aine. La veine crurale et la saphène
avaient leur diamètre naturel. Ce rein mobile ne présentait
rien de morbide; tous les autres organes, foie, rate, organes
génitaux et urinaires, étaient sains.
Obs. X. — Rein âroit mobile; douleurs abdominales se propageant dans
le ventre et dans la direction des nerfs cruraux.
Une ouvrière en bonnets, âgée de aa ans, d'un teint pâle,
d'une constitution faible, entra à l'hôpital de la Charité le 17
avril 18 36 (elle s'y ennuya et en sortit dès le lendemain). D'une
santé assez délicate, irréglièrement menstruée, elle se souvient
d'avoir été malade , il y a sept ans , pendant deux mois , mais
sans pouvoir préciser l'affection dont elle fut atteinte. Elle
n'a jamais eu de dartres, ni rien présenté d'anomal du côté
des urines. Depuis trois ans environ, elle est toujours malade :
elle a des douleurs vives dans le ventre, et sent, en mar-
chant , un poids dans l'abdomen du côté droit. Au début de
cette affiection , elle était dans le service de M. Bouillaud ; elle
se rappelle qu'elle souffrait beaucoup dans le ventre et qu'elle
avait de la diarrhée sans vomissemens. Elle guérit de l'acuité
de son mal (par des bains, des cataplasmes et des sangsues),
mais une douleur sourde persista.
Cette douleur s'exaspérait à certaines époques. Depuis trois
semaines surtout , elle a pris une nouvelle intensité ; elle est
vive, surtout au côté droit, et elle s'étend dans la cuisse gau-
che, en avant, suivant le trajet du nerf crural, jusqu'au genou,
de manière à simuler une névralgie crurale. Elle est accompa-
gnée de vomissemens depuis plusieiu's jours.
MOBILITÉ DES REINS.
L'abdomen est couvert de traces de sangsues , principale-
ment dans le flanc droit ; en le comprimant, on détermine
une légère douleur. Si on presse la région du rein droit , on
j encontre en avant une tumeur qui semble au toucher avoir
la forme de l'extrémité inférieure du rein. Cette tumeur est
tout-à-fait lisse et dense comme cet organe. En imprimant un
choc à l'abdomen, dans le point oii on la sent, on la rend
mobile , on la fait se porter en arrière sous le foie , puis reve-
nir sous la main (j'ai supposé la malade sur le dos). Si main-
tenant on le fait changer de position et se mettre sur le flanc
gauche , on retrouve encore la tumeur y elle s'est rapprochée
de la paroi antérieure de l'abdomen ; elle s'est rapprochée aussi
de la ligne médiane. Cette tumeur, étant située moins profon-
dément, est encore plus sensible à la main , qui reconnaît par-
faitement qu'elle a une densité et un poli exactement sembla-
bles à ceux du rein. Lorsque la malade est ainsi placée , ou
cherche vainement en arrière, sur le côté droit de la colonne
vertébrale, la partie inférieure du rein, qui, chez les sujets^
dont l'embonpoint n'est pas considérable, est ordinairement
appréciable à l'état normal. Respiration naturelle, léger mou-
vement de fièvre (70 pulsations par minute).
On fut donc porté à croire qu'il existait un déplacement du
rein droit, par l'absence du rein de sa place ordinaire, par la
présence d'une tumeur du côté droit, laquelle était mobile,
dense, à surface unie, et présentait, autant qu'il était possible
d'en juger à travers la paroi abdominale, la configuration du
rein , enfin par les accidens qui reviennent à certains intervalles
(pesanteur dans l'abdomen , douleur vive qui se prolonge jus-
qu'au nerf crural), et qui peuvent être produits par les tiraille-
mens qu'occasionnent le déplacement et la mobilité du rein.
En percutant sur le foie, on limite cet organe, et l'on s'ai-
sure qu'il n'a point de connexion avec la tumeur.
L'utérus, exploré à travers l'abdomen et par le vagin , ne
présente aucune altération.
Obs. XI. — Déplacement et mobilité dn rein droit, porté ou avant et eabas. —
Péritonite et eutcro-colite.
Marie-Anne Blot, femme Fadiaux, âgée de 5 r ans, journa-
79^ VICES DE SITUATION NON PURMANENS.
lièrc, entrée le 27 janvier 1841 , au n° 4 de la salle Saint-Vin-
cent , n'est plus réglée depuis dix ans ; elle n'a jamais eu d'en-
fant, et n'a jamais eu de Ilueurs blanches, que pendant cinq
ou six mois après la cessation des menstrues. Domestique
durant vingt-cinq années, elle est depuis treize ans employée
à travailler le tabac à la manufacture royale. Outre cet état
sédentaire, qui est déjà fatigant par la position qu'il exige,
elle portait des fardeaux considérables. Quoiqu'elle n'ait ja-
mais fait de grandes maladies, et qu'elle ait toujours été
bien réglée, elle a considérablement maigri, surtout depuis
qu'elle est employée aux tabacs, sans qu'elle souffre pourtant
de son ouvrage.
Il y a cinq mois qu'étant allée laver , elle se sentit très fati-
guée d'une douleur dans le flanc droit , dans les reins et dans
la hanche. Cette douleur se passa. Mais au bout de quelque
temps, voulant soulever une manne, elle ressentit la même
chose. Et environ un mois après, elle fit une chute sur le côté
gauche, et à ce moment elle éprouva un tiraillement assez fort
et beaucoup plus pénible dans le côté droit. Bientôt la douleur
s'étendit dans la jambe , le long de la partie postérieure de la
cuisse , dans le jarret, et jusqu'à la cheville droite. La marche,
la fatigue , la position assise, la provoquaient également. Elle
augmente peu-à-peu; et prenant son point de départ dans le
flanc droit , elle s'irradie jusque dans les grandes lèvres. La
malade la compare à un pincement qui lui tord le ventre, mais
qui est invariablement fixé au côté droit. Couchée sur le dos ,
elle ne souffre pas. Quand elle veut se tourner dans le lit,
c'est surtout dans les reins, vers le muscle carré des lombes
qu'elle ressent une vive douleur. La pression à l'hypogastre
n'est pas douloureuse; en arrière, au point où le nerf scia-
tique sort du bassin , elle détermine une douleur qui reten-
tit jusqu'au pied. Au niveau du muscle carré des lombes,
si on presse la paroi antérieure de l'abdomen , on ne fait
pas souffrir la malade ; mais , lorsqu'on place les mains
l'une en arrière et l'autre en avant , au-dessous des fausses-
côtes, à quatre travers de doigts de l'épine iliaque, on sent
une tumeur arrondie , parfaitement lisse et polie , qu'il est
MOBILITÉ DES REINS. 797
facile de reconnaître pour l'extrémité inférieure du rein.
Il est à remarquer qu'en pressant un peu fortement on
I fait fuir ce viscère , qui est mobile sous le doigt. Cette ma-
1 nœuvre ne s'opère pas sans de vives souffrances pour la
I malade, souffrances qu'elle dit s'étendre jusqu'au jarret. Elle
iva habituellement bien à la garde-robe; à l'hôpital elle est
( constipée. Le seul trouble notable qui se montre dans ses
t fonctions, est une sueur qui arrive par bouffées de chaleur,
àà des intervalles irréguliers. L'urine couleur jaune-clair ne
c donne pas de précipité par l'acide nitrique ni par la chaleur.
iPas d'acide urique libre, ni de graviers; réaction acide (F«i-
ttouses scarifiées). Le soulagement apporté par les ventouses
m'est pas durable.
Le 6 février, dix jours après son entrée à l'hôpital, en reve-
mant du bain, cette femme, qui ne s'était plainte que de sa dou-
Ueur habituelle , limitée au flanc droit et au trajet du nerf scia-
ttique, et qui n'avait pas mangé, ni commis aucune imprudence
lavant d'entrer dans l'eau , fut prise de vomissemens et d'éva-
ccuations alvines considérables. Les traits sont renversés , les
lièvres bleues, la peau froide, la langue blanche, le pouls pe-
iltit; la malade vomit continuellement des matières glaireuses,
lanches , après avoir rendu un liquide verdâtre porracé. Les
elles sont noires, sanguinolentes, très fétides; plus tard elles
sont devenues plus liquides et moins colorées. Le ventre n'est
as tendu; il est rétracté, et la paroi antérieure en est facile-
ent appliquée sur la postérieure. Le volume des intestins
mble diminué ; et l'on sent plus facilement que de coutume
le rein droit déplacé et mobile. La pression n'est pas plus
douloureuse qu'à l'ordinaire ; mais la malade accuse un acca-
iblement général et une souffrance extrême (8 ventouses sur
le ventre y a pilules de o6f,o5 <S(ypium ; cataplasme aux
, jambes).
Le 7, même état, quoiqu'avec un peu moins de violence.
Vomissemens bilieux, diarrhée persistante {Lavemetit laudan.;
eau de Seltz).
Le 8, abattement général, nausées continuelles; plus de vo-
missemens; l'estomac est fatigué, el il est le siège de tiraillemen»
VICES DE SITUATION NON PERMANENS.
douloureux. Le pouls est petit, la peau sans réaction , la face
anxieuse. Le dévoiement est considérable ; le ventre commence
à devenir sensible {Même prescription).
Le 10, la malade a repris un peu de calme. La peau se
couvre de sueur, mais la diarrhée ne disparaît pas.
Le i5, cette amélioration ne se soutient pas. La malade est
abattue. La face est jaune; la bouche est mauvaise , la diar-
rhée continuelle. La peau sèche {Laudanum; cachou ).
Le i8, affaiblissement, douleurs de ventre, sueurs et diar-
rhée [Vésicatoire sur le ventre).
Le aSj les vomissemens reviennent; anxiété , fièvre continue.
Cette femme va en s'affaiblissant de plus en plus. Les vo-
missemens ne cessent pas ; elle tombe dans le marasme ; en-
fin après deux mois de séjour à l'hôpital, elle sucombe, le 3
avril, i 4 heures du matin.
Autopsie du cadavre, \e 4 avril à 9 heures. L'amaigrissement
est extrême , et, en cherchant de nouveau la tumeur consta-
tée pendant la vie dans le liane droit , on sent encore très bien
l'extrémité arrondie et lisse du rein que l'on refoule aisément
en haut et en arrière.
En ouvrant l'abdomen, on trouve la masse intestinale réunie
par des adhérences nombreuses et intimes. Toute la surface
péritonéale des intestins est injectée, épaisse, et l'épiploon
forme un paquet d'un rouge vif, comme enveloppé d'une
membrane tomenteuse. H n'y a pas d'épanchement séreux ni
purulent, mais, dans quelques points, des pseudo-membranes
plus ou moins bien formées ; l'utérus , le foie et la membrane
muqueuse intestinale présentent les traces de la plus vive in-
flammation. Dans toute l'étendue du gros intestin, mais sur-
tout dans la dernière portion , la membrane muqueuse est
épaissie, chagrinée, boursouflée, et d'un rouge de framboise.
Cette altération va en diminuant jusqu'au cœcum. Elle reparah
au-dessus de la valvule, dans l'iléon, qui est aussi le siège d'une
phlegmasie des plus aiguës. Elle ne se prolonge pas dans le
jéjunum ni dans la partie supérieure du tube digestif. Çà et là
on voit quelques petites ulcérations superficielles. Les plaques
de Peyer ne sont pas malades.
MOBILItÉ DES RKINS. 799
Le foîe, d'un volume considérable, à aspect granuleux , et
fortement hypérémié, descend très bas; il atteint la crête
iliaque par une languette étroite et peu épaisse, qui est aussi di-
rectement en rapport avec la paroi abdominale, latérale, droite.
Le développement de cet organe a chassé le rein correspondant
et l'a déplacé, de telle sorte que ce dernier a pris des rapports
nouveaux. Poussé de haut en bas, mais surtout d'arrière en
avant, il est venu se placer superficiellement sur les côtés,
mais presqu'au devant de la colonne vertébrale, dans l'angle
obtus formé par la veine iliaque et la veine cave, qui lui confi-
nent toutes deux exactement; en dehors, il est embrassé par
le prolongement du foie, qui ne recouvre que son bord externe,
mais nullement sa face antérieure,laquelle est libre dans sa moitié
inférieure, et cachée par le foie en haut seulement; en arrière,
il repose sur l'espèce d'angle saillant en avant que forment les
muscles qui occupent la fin de l'abdomen et le commencement
du bassin, et s'insèrent les uns inférieurement, les autres su-
périeurement à la crête iliaque; enfin, son extrémité inférieure
s'étend jusqu'au milieu du cartilage qui sépare la quatrième
vertèbre lombaire de la cinquième. Il résulte de cette dispo-
sition que l'extrémité inférieure du rein droit est en rapport
immédiat avec la paroi abdominale antérieure, et placée sur uu
plan incliné d'avant en arrière, ce qui explique la facilité avec
laquelle on sentait sous la main et on refoulait cet organe en
arrière. Ce n'est pas que sa mobilité fût augmentée d'une ma-
nière-insolite par une laxité plus grande de ses attaches vascu-
laires ou de son enveloppe péritonéale ; la disposition des vais-
seaux était la même ; seulement le trajet en était plus direct et
plus court. On conçoit aisément comment le seul fait de l'a-
baissement du rein permettait de lui faire exécuter, par la
pression ou la percussion, des mouveraens qui ne sont pas or-
dinairement possibles.
Le rein du côté gauche a conservé sa place et ses rapports
habituels. Il est beaucoup plus profondément caché sur les
côtés et en arrière de la colonne vertébrale; il descend jusqu'au
cartilage de la troisième à la quatrième vertèbre lombaire. Il
n'est pas par conséquent beaucoup plus élevé que le droit, et
8oO VICES DE SITUATION NON PERMANENS.
l'on voit que ce qu'il y a de notable dans celui-ci, c'est moins
encore l'abaissement que le déplacement en avant.
Le poids , la forme et la longueur relatives des deux reins
présentent aussi quelques particularités. Le rein droit pèse
seulement 80 grammes, l'autre i5o grammes; il est beaucoup
plus court que le gauche, qui préseule o"*,o4 de plus en hau-
teur. Sa forme est aussi légèrement changée. Son extrémité
supérieure est moulée sur le foie, et véritablement aplatie par
ce contact qui lui a donné une coloration verdâtre , et limi-
tée à la partie de l'organe qui est recouverte par le foie.
Il présente encore une convexité antérieure et une con-
cavité postérieure, qui répondent à sa position sur un plan dou-
blement incliné et saillant en avant. — Enfin, si on compare
sa structure intime à celle de son congénère, celui-ci semble
présenter un développement plus considérable de la substance
tubuleuse, qui est manifestement hypérémiée. La capsule sur-
rénale du côté droit n'a pas suivi tout-à-fait le rein dans son
déplacement, et, détachée de son extrémité supérieure,
elle est restée appliquée contre les attaches supérieures et in-
ternes des muscles carrés des lombes. Celle du côté gauche n'a
pas quitté le rein avec lequel elle est en rapport.
§ 968. En résumé, la mobilité des reins constitue un état
morbide qui a été peu étudié et qui est beaucoup plus fréquent
qu'on ne le pense communément. Le rein droit est presque ex-
clusivement le siège de cette anomalie; elle est plus fréquente
chez la femme que chez l'homme. Le plus souvent, elle coïncide
avec une augmentation de volume du foie , avec un déplace-
ment de l'intestin ou avec un déplacement de l'utérus ; elle
peut aussi être la conséquence d'une disposition particulière
du péritoine, d'une déviation du rein, d'une flexuosité de ses
vaisseaux, etc. Des grossesses multipliées, des efforts pour
porter ou soulever des fardeaux, ont paru, dans quelques cas,
être la cause de ce déplacement du rein droit, qui, dans d'au-
tres cas, n'a pu être expliqué.
Une douleur dans la région lombaire droite, se propageant
quelquefois dans la direction des nerfs lombaires et cruraux,
douUur qu'on peut réveiller, lorsquelleest assoupie, encompri*
MOBILITÉ DES REINS. 8oi
mant le rein avec les doigts de la main droite, la main gauche
soutenant les lombes en arrière, et un sentiment habituel de
faiblesse et de malaise dans le bas-ventre, sont les symptômes
les plus ordinaires de cette maladie. Parfois il s'y joint les phé-
nomènes d'une péritonite déterminée probablement par les ti-
raillemens qu'entraîne la mobilité du rein. D'autres fois ce sont
comme des coliques nerveuses et d'autres accidens analogues à
ceux dont se plaignent les hypochondriaques, surtout lorsque
les malades, en s'explorant le ventre, y ont rencontré une
tumeur sur la nature de laquelle ils sont d'autant plus
inquiets que le plus grand nombre des médecins ne la con-
naissent pas. J'ai déjà dit que deux médecins atteints d'une
semblable mobilité du rein droit, étaient tombés dans un
grand découragement, et que l'un d'eux, effrayé de ce
qu'il portait une tumeur dans le ventre, tumeur qu'il croyait
être une lésion organique , avait quitté momentanément
sa profession. Il est inutile de rappeler que les traitemens
les plus bizarres et quelquefois les plus douloureux , ont
été appliqués à ces prétendues tumeurs. L'expérience m'a
démontré qu'il suffisait le plus souvent de maintenir le
ventre par une ceinture convenablement appliquée pour faire
cesser ou rendre supportable la douleur occasionée par un
rein mobile. Dans deux cas oii cette mobilité coïncidait avec
un abaissement de l'ulérus, le repos sur un lit horizontal et
l'emploi de douches sulfureuses en arrosoir ont été très salu-
taires.
Lorsque les douleurs lombaires sont très aiguës , et lorsqu'il
existe des symptômes de péritonite ou d'entérite concomitantes,
l'application d'un certain nombre de sangsues ou de ventouses
scarifiées," des topiques émolliens et narcotiques et les bains
tièdes peuvent être momentanément utiles.
Les exercices du corps, la course, la danse, le saut, l'cqui-
talion sont nuisibles; la constipation , lorsqu'elle existe , doit
être combattue par des laxatifs pour prévenir les douleurs
qu'amènent souvent les efforts de garde-robes. >
III.
5i
802
VICKS DE CONFIGURATION.
Vices de configuration des reins.
§ 970. La forme des reins peut être plus ou moins différente
de l'état normal, par le fait d'un vice primitif ou congénital
de conformation; elle peut être aussi diversement altérée à la
suite de plusieurs affections du rein ou des organes voisins.
On a vu, chez le fœtus, les reins non composés de lobules.
D'un autre côlé, le rein conserve quelquefois sa forme lobu-
lalre chez l'adulte et dans un âge plus avancé : au moins pré-
sente-l-il, sans altération de texture, deux, ou trois lobes sé-
parés par des sillons. J'ai figuré (Atlas. Pl. xli, fig. 4), un
rein aplati d'avant en arrière, par suite d'une compression
que la capsule surrénale, énormément distendue, avait exercée
sur cet organe. On a représenté ( Atlas. Pl. xxxix, fig. 4),
un rein gauche dont les deux tiers inférieurs avaient été sin-
gulièrement aplatis par la rate tuméfiée.
L'atrophie et l'iiypertrophio non consécutives à des cas pa-
thologiques appartienneul seules, à proprement parler, aux
vices de conforiiiatiou des reins. J'ai i-eprésenté (Atlas.
Pl. XXX.V, lig. i) un cas dans lequel le rein et Tarière rénale
du côlé gauche étaient beaucoup plus volumineux que l'artère
rénale et le rein du côlé droit; le poids de ces deux reins, inéga-
lement développés, égalait celui de deux reins bien conformés
et du même âge. L'hypertrophie d'un des reins parut, dans
ce cas, cire la conséquence du peu de développement de celui
du côlé opposé. Quant aux atrophies et aux hypertrophies
accidentelles et consécutives à diverses maladies, j'ai fait
connaître ailleurs les causes et les apparences de ces défor-
mations (§ iii6, 822).
L'étude des vices de configuration des reins intéressant peu
le palhologiste, je ne m'y ai'rêterai pas davantage.
FIN DU TROISIÈME VOLUME ET DES MALADIES DES REINS.
TABLE
DO TROISIEME VOLUME.
yÛLiTE i; caractères généraux de la
[jy élite aiguù r; caractères géacraux
lie la pyélite chronique 3 ; caractères
spéciaux de la pyélite lo; pyélites
p.ir corps étrangers lo; pyélite cal-
culeuse lo; calculs rénaux 12; causes
de la pyélite calculcuse l6; symptô-
lues de la pyélite calculeuse 18 ; ano-
malies de la pyélite calculeuse 28 ;
nagnostic de la pyélite calculeuse
pronostic delà pyélite calculeuse
i j; traitement de la pyélite calcu-
l:;use 47; népùrotomie dans la pyé-
l' e calculeuse 5i; pyélite vermincuse
j ; pyélite acéphulocystique 60 ;
pvclite par rétention d'urine 6t;
pyélite par dépôts organiques 61 ;
ivélites indépendantes de corps
L rangers 62; pyélite gangrénense 63;
l)y élite pseudo - membraneuse 65;
pyélite hémorrhagique 65; obs. pyé-
lite chronique, simple 67 ; obs. pyé-
lite double calculeuse 70: obs. pyé-
lite chronique, incision du rein 72.
M'PORTS DE LA PYÉLITE AVEC d'aU-
rr.ES MALADIES DES REINS 74; pyélite
calculeuse double 74; pyélite d'un
des reius et hypertrophie de l'autre
7G; pyélite et diabète 77.
APPORTS DE LA PYÉUTB AVEC LES
MALADIES DES URETÈRES 77.
U' PORTS DE LA rVÉLlTE AVEC LES
MALADIES DE l'ubÈTURE ET DE LA
PROSTATE 79; obs. blcnuorrhagic ,
rétrécissement, cystite et pyélite cal-
I ulcuse chronique 7g; obs. blenuor-
rliagie , rétrécissement , cystite et
pyi'-lite chroniques, pertes séminales,
luphrodisic 85 ; obs, gonflemcut de
la prostate, urine sanguinolente et
purulente , pyélo-néphrite 87.
RAPrORTS DE LA PYELITE AVEC L ES MA-
LADIES DE LA VESSIE go ; pyélites
consécutives aux maladies de la
vessie go; maladies de la vessie,
consécutives aux pyélites gi; pyélites
avec douleurs sympathiques à la ves-
sie ga; obs. cancer de l'utérus et
cystite , suivis de pyélo-néphrite g5;
obs. huit grossesses , cystite chroni-
que, pyélite calculeuse chronique
infiltration générale gg.
Rapports de la pyélite avec les
affections des oruanes de la gé-
NÉRATION loi ; rapports de la pyélite
avec la grossesse 102; obs. grossesse
de six mois, cystite et pyélo-né-
phrite, guérison 106 ; obs. pyélite
calculeuse chez une femme grosse,
accouchement laborieux, perforation
du rein gauche dans le duodénum
107; obs. pyélite chronique chez une
femme grosse , accouchement natu-
rel , affaissement d'une tumeur ab-
dominale avec écoulement abondant
d'urine purulente, mort log; obs.
double néphrite purulente à la suite
des couches 112 ; obs. accouchement
laborieux terminé par le forceps ,
métro-péritonite puerpérale, incon-
tinence d'urine , eschare au col de
la vessie, cystite, pyélo-néphrite Ii3;
obs. accouchement, résorption pu-
rulente , pus dans le rein , les calices
et d'autres organes 116; obs. pyélite
calculeuss chez une nourrice, périto-
nite 118 ; obs. pyélites compli-
quées de maladies de l'utérus 122,
cancer de l'utérus, fistules vésico-
5i.
8o4
TABLÏÏ btJ TROISIÈME VOLOME.
vaginales, tumeur lombaire fluc-
tuante , distension et affaisse-
ment alternatifs de cette tnmeur,
avec émissions d'urines purulentes,
infiltration, mort neuf ans après les
premiers symptômes de la maladie;
rein droit se présentant sous l'appa-
rence d'une masse fibreuse et grais-
seuse, oblitération du bassinet, cal-
cul dans un des calices lao ; obs.
cancer de l'utérus et du vagin, cys-
tite et pyélo - néphrite i3i ; obs.
cancer de l'iléum et du rectum,
cystite et pyélo-néphrito i3a ; pyé-
lite et affections du testicule i34.
Rapports de ti pyéi.itk et des ma-
ladies DE 1,'ArrAREiL digestif;
obs. symptômes gastro-intestinaux,
pyéllte calculeuso latente i35 ; obs.
pyélite calculeuse , diarrhée chro-
nique 137; pyélitcs et maladies du
foie i38 ; obs. pyélite chronique
prise pour une maladie du foie i3g;
pyélite et maladies de la rate 140;
pycUtc et maladies du péritoine i4i;
obs. pyélite calculeuse, perforation
du péritoine 142 ; obs. pyélite cal-
culeuse , cautérisation , péritonite
146.
Rapports de i.a pyiLiTE avec les
AFFECTIOWS DU SYSTEME KEKVEDX
id3 ; obs. engorgement de la pro-
state , pyélite , accidens apoplecti-
ques , mort; cerveau sain en appa-
rence i55; obs. pycHte calculeuse
latente, hémorrhagie dans la cavité
de l'arachnoïde i56 ; obs. cystite et
pyélite pseudo-membraneuses , mort
subite, infiltration séreuse des mé-
ninges et du cerveau i58; obs. pyé-
lite chronique, paralyse , ramollis-
sement partiel du méso-céphale iSg;
obs. pyélite et cystite chroniques ,
céphalalgie , puis abolition de l'in-
telligence et paralysie des membres
inférieurs , kystes dans le cervelet
161 ; obs. douleurs violentes de la
tète, somuolencc et stupeur, mort,
injection et snpi)iiralion de la mem-
brane interne , de la vessie, du bas-
sinet et des c.nliccs 164.
Rapports de i.a pyémte avec i.es ma-
ladies DE LA MOELLE KPlIf 1ÈRE 1 G7 ;
obs. rystito chronique , pyélo - né-
phrite double , douleur très aiguê
dans la région de la moelle cpinière,
paraplégie, point de lésion appré-
ciable ni dans les méninges céré-
brales et rachidiennes , ni dans la
moelle épinière et le cerveau i68;
obs. blennorrhagie , rétrécissement,
hématurie , paralysie incomplète des
membres inférieurs, douleurs au ni-
veau des premières vertèbres dor-
sales et dans la région du rcin droit,
urines alternativement alcalines et
acides, guérison 174 ; obs. uriues
sanguinolentes et alcalines , douleurs
à la région rénale droite, engour-
dissement et faiblesse des membres
inférieurs, guérison 178; obs. urine
trouble, neutre ou alraline , para-
plégie incomplète 179; obs. cystite
calculeuse suivie de paraplégie 181.
Rapports de la pyélite avec les
MALADIES des ORGANES DE LA CIH-
CCLATION 182; obs. pyélite caloii-
Icuse, anévrysmede l'aorte, et kyste
dans le cerveau 182.
Rapports de la pyélite avec les
maladies des organes de la res-
piration 18s.
Rapports de la pyélite avec l'by-
dropisib 190,
Rapports de la pyélite avec les
fièvres 191.
Rapport-s de la pyélite avec la
goutte 192.
Rapports de la pyélite avec les
maladies de la peau. 194.
Historique delà pyélite igS; his-
torique de la néphrotomie ao6.
PïÉLO- néphrite 240.
PÉRiNÉPHRiTE 244; Périnéphritcs in-
dépendantes d'une inlLimmatiou des
reins, d'une fistule rénale, ear.ic-
tères anatomiqiics 2.44: symptômes
2',6 ; diaguostic a-lq; traitement 2M.
Première série d.s/aits.Obs. abcès au-
tour du rcin, perforation du péritoine
252; obs. impression dii froid et de
l'humidité, abcès lombaires, rom
TABLE DU TR0IS1È3IE VOLUME.
8o5
i Ouvcrti en une espèce de putrilage
a35 ; obs. inflammation gangréneuse
du tissu adipeux qui entoure les
deux reins 257 ; abcès lombaires
dont le pus était évacué par les
lironches aSg. Seconde série des faits.
Abcès extra-rcnaui , consécutifs aux
inflammations des rcins,mais sans per-
foration 262 ; obs. plusieurs attaques
de gravelle , attaque de pyélite, abcès
lombaires , non calculeux 262; obs.
tumeur du rein et abcès extra-rénal,
« ontenant un pus très fétide, mais sans
; alculs, ouvertures de l'abcès, pneu-
monie, guérison de In pneumonie et
de l'abcès , persistance de la tumeur
rénale 264; obs. inflammation chro-
nique du rein, abcès autour de cet
organe atrophié 266; obs, cancer
longueux de la vessie, pyélile , uré-
téritc et cystite pseudo-membrancu-
acs, abcès au-dessous de la mem-
brane fibreuse du rein gauche 268.
Troisième série des faits. Abcès con-
sécutifs aux fistules rénales borgnes,
iutcrnes 270 ; obs. abcès à la région
lombaire droite, et plus tard, k la
partie supérieure delà fosse iliaque,
extraction d'une pierre , persistance
de la fistule 270; obs. tumeur in-
flammatoire aux lombes, incision ,
suppuration, sortie d'un calcul , per-
sistance de la fistule 171 ; obs. abcès
dans la région lombaire gauche, in-
cision , fistule entretenue par la pré-
sence de deux calculs, extraction,
guérison 27 1 ; obs. abcès à la région
iliaque, dont le foyer était dans le
rein 27'!,
IISTULES RÉHALES 275.
VlSTULES RÉ2fAI,ES-LOMBAlBES 277; obs.
fistules lombaires dépendant proba-
blement d'une fistule vésicale ou uré-
tliralc 281.
'.'iSTDtES RÉKALES-ttASTRIQUES 287;
obs. douleurs dans la région du rein
gauche, graviers rendus par le vo-
miiiscment, guérison 2S9; obs. tu-
meur du rein droit, simulation de
suppression d'urine et de vomisse-
ment urineux vjo.
'?"l8TULE» RÉHALES-IHTESTIWAI.ES 2y3 ;
fistules rcnulcs duodénalcs 293 ; obs.
tumeur du rein droit s'ouvrant dans
le duodénum 294; obs. fistules rénales
s'ouvrant dans le colon 3oi ; obs. fis-
tule du rein gauche communiquant
dans le colon descendant 3o4; fistules
rénales-rectales 807 ; fistules rénales-
pcritonéalcs 309.
Fistules réhales-pclmohaire.s 3i2;
obs. calculs vésicaux , opération de
la taille, onze ans après, pyélite cal-
culeuse, plus tard expectoration pu-
rulente subite et abondante, mort,
communication entre les bronches et
le bassinet rempli par un calcul et
par du pus 3i3; obs. tumeur dans la
région du rein gauche, dyspnée ex-
trême et expectoration ichoreuse,
mort, le bassinet distendu par du
pus communiquait avec le poumon
gauche, par une perforation du dia-
phragme 3ai; obs. chute de cheval
sur le c6té gauche suivie de douleur
fixe, aiguë, douze ans après, douleurs
atroces au côté gauche, expectora-
tion de pus sanguinolent et grumu-
leux , fièvre hectique, mort, rein
gauche transformé en poche purn-
lentc communiquant par une perfo-
ration du diaphragme, avec une ca-
■nté située à la base du poumon
gauche ioiii ; obs. douleur dans la
région lombaire droite, gargouille-
ment à la base du poumon, du même
côté, expectoration purulente, mort,
rciu droit transformé en poche pu-
rulente .perforation du diaphragme
3a4;
HÉMORRHAGiES réhales 326; carac-
tères anatomiqucs 827 ; symptômes
33 1 ; premier groupe, hémorrhagies
rénales symptomatiques de lésions
des reins 339 > deuxième groupe, hé-
morrhagies rénales symptomatiques
d'affections générales 343 ; troisième
groupe, hémorrhagies rénales essen-
tielles 35o ; hémorrhagies rénales es-
sentielles continues 35 1 ;obs. bémor»
rhagie rénale, légère, essentielle, gué-
rison prompte 352 ; obs. hémorrha-
gies rénales très abondantes, mort,
légères traces d'inflammation chro-
nique dans le rein gauche 354; bé-
morrhagies rénales c-sentielles, sup-
plémentaires et périodiques 36o; obs,
liémviurie mensuelle chc7. l'homme
8o6
TABLE DIT TROISIEME VOLUME.
36r;obs. Lémorrliagie rénale par dé-
viatiou (les règles 3()2 ct363;obs, lié-
maturie succédautà desépistaxis3G5;
obs. liématnrics supplémentaires des
IluK bémorrboïdanx 368 ; hématuries
intermittentes 370 ; obs. liéinaturics
critiques S^o. Hématurie endémique
des régions tropicales 373. Première
série des J'ails. Cas simples d'bématu-
rie endémique 377 ; obs. hématurie
continue chez un enfant de l'Ilc-dc-
Francc, voyage en France, continua-
tion des accidcns 377; obs. hématu-
rie continue depuis l'enfance, chez
un natif de l'Ile-de Fiance sans al-
tération notable de la santé 378 ;
obs. hématurie continue chez un natif
de l'Ile-de-France, voyage et séjour
en Franco, cessation des accidens
379 ; obs. hématurie continue con-
tractée par un Européen pendant son
séjour à l'Ile-de-Frauce, retour en
France, guérison 379; obs. hématu-
rie chez un natif do l'île Maurice,
voyage et séjour en France, guérison
37g; obs. hématurie continue chez
un natif de l'Ile-de-France, gonor-
rhée, usage du baume de copahu,
guérison de la gonorrhée et de l'hé-
matnric38o ; obs. hématurie conti-
nue devenue périodique, cboa uu
natif de l'Ile-de-France iSo.Deuxièine
série îles Jaits. Hématurie continue
avec gravelle nriquc 33o ; obs. hé-
maturie continue chez un enfant
de l'Ile-de-France, graviers et coli-
ques néphrétiques 38i; obs. héma-
turie continue et gravelle urique
chez un enfant de neuf ans, né à
l'Ile-de-France et dont le père offrait
une urine albumincuse et graisseuse
38a ; obs. hématurie avec gravelle
d'acide urique suivie de pétéchies
chez un colon de l'Ile-de-France
'6%5,2'roisicme série défaits. Hématurie
endémique, urine chylcuse387 ; obs.
»^ hématurie continue chez un jeune
créole (Ile-de-France), suivie d'u-
rine d'apparence laiteuse, guérison
par la teinture de cnntharides 387 ;
obs. hématurie à l'Ile-de-France et à
Paris, urine sanguinolente et lai-
teuse, influence du repos sur la con-
stitution de l'urine 389; obs. héma-
turie continue dans l'enfance, urine
albumino-grnisscusc et graviers uri-
ques dans l'àgc mùr, chez uu colon
de l'Ile-de-France 394; obs. ntine
tour-à-tour sanguinolente et d'appa-
rence laiteuse, chez un Brésilien,
voyage en France, persistance des
accidens, altération du sang eu rap-
port avec celle de l'uriue 397 ; ré-
sumé 41.^;; analyse quantitative de
l'urine chylcuse, par M. QuévcLnc
427.
Apoplexie rénale 425.
Historique des hémorrhagies ré-
'hales 434.
Hypérémie des reins 444 ;obs.hypé-"
rcmie rénale chez un homme dans la
marasme 446.
Anémie des reins 447 ; chez les phthi-
siques 452 ; obs. clioz des individus
atteints de cancer 453; chez des
individus atteints de résorption pu-
rulente 4 50, dans des individus morts
de pneumonie 457 ; d'une gangrène
du poumon 457 ; et avec ictère 457.
Hypertrofbib des reins 457 ; congé-
nitale 460, dans le diabète 46
Atrophie DES reins 462; par inégalité
des artères rénales 4 6G; par compres-
sion de. dedans en dehors 467; obs.
cancer de l'utérus, obturation de l'u-
retère, atropliie du rein correspon-
dant 467 ; obs. dilatation de l'ure-
tère, et atrophie du rein droit, sans
obstacle actuellement existant au
cours de l'urine 47 1 ; obs. atrophie
du rein, consécutive à des calculs
rénaux, graisse autour du bassinet
473; atrophie des reins par une
compression extérieure 474; atro-
phie des reins sans cause apprécia-
ble 475 ; obs. atrophie du rein
droit, masses cancéreuses dans le
foie, dégénérescence squirrheusc du
pancréas 475.
Hydronéphrose 476; simple 4S1 ;
double 482; traitement 484; histo-
rique 485; par cancer de l'utérus
486; congénitale 487; obs. hydro-
néphrose du rein gauche chez un
nouveau-né, oblitération de l'ure-
tère correspondant 488; obs. liy-
dronéphrose énorme 489; obs. hy-
TABLE DU TROISIÈME VOLUME, 807
Jroncpbrose très considérable du
rein droit, à la suite de l'obstruction
de l'uretère par uu calcul, annrie
complète il la suite de l'obstruction
de l'uretère gauche, mort 490;obs.
hydronépbrose du rein gauche, ob-
struction de l'uretère correspondant
par un calcul , dilatation de ce con-
duit, tumeurs fongueuses, dévelop-
pées sur la membrane interne de
l'uretère et dans la vessie 4925 obs.
hydronéphrose double suite , d'un
vice de conformation des uretères
495 ; obs. hydronéphrose double chez
le fœtus 5o4. Kystes nrinaires 5o6.
1 Kystes des reins 507.
1 Kystes simples des reins 5o7; de
la substance corticale 5o8 ; du tissu
cellulaire des vaisseaux rénaux
5io; delà substance tubuleuse 5i2;
historique 5i3; dégénérescence en-
kystée des deux reins 5i4 ; chez le
nouveau-né 5l5; obs. dégénérescen-
ce enkystée des deux reins , chez
une femme atteinte d'un cancer uté-
rin, symptômes cérébraux, mort 5i6;
obs. reins farcis d'un si grand nom-
bre de kystes, que leur substance
corticale était presque entièrement
détruite, symptômes cérébraux ,
mort Sig; obs. tumeurs des i-eins
produites par des kystes, accidens
cérébraux, mort 5io; obs. atrophie
presque complète des reins, envahis
par des kystes, convulsions, mort
53 1 ; obs. reins remplis de kystes et
de tubercules , mouvemens convnl-
sifs, -mort 534 ; kystes contenant de
la cholestérine. obs. tumeur conte-
nant de la cholestérine dans le rein
gauche, une semblable matière déve-
loppée dans la cavité de l'aorte,
ramollissement partiel du cerveau et
paralysie 537; obs. exposition ha-
bituelle à l'humidité, œdème, urine
albuminense, rongeur et exécra-
tions aux cuisses, mort, péritonite ;
tumeur à parois osseuses dans le
rein droit, contenant des flocons de
cholestérine, rein gauche plus mou et
plus pàlc qu'à l'état sain, 543.
Kystes acepualocystiques des iieins
545-, (le l'homme 545; du mouton
548; du cochon 55o; du bauf 5.')o;
symptômes 55o; causes 55i; diagnos-
tic 552; obs. kystes acéphalocystiqucs
étrangers aux reins, s'ouvrant dans la
vessie et danslerectum,guérison 552;
pronostic 553 ; traitement 556 ; his-
torique 55S. Première série défaits.
Kystes acéphalocystiqucs sans com-
munication avec le bassinet 56o;
obs. kyste contenant un grand nom-
dre d'acéphalocystes , développées
dans la partie supérieure du rein
gauche, et ne communiquant ni avec
le bassinet, ni avec l'uretère 56o.
Deuxième série de kystes acé-
phalocystiqucs. communiquant avec
les conduits excréteurs de l'urine
563; obs. kyste acéphaloeystique
dans le rein gauche , communi-
quant dans le bassinet, tubercules
dans les poumons et dans le cœur
563; obs. douleur dans la région
lombaire gauche , coliques né-
phrétiques, évacuation d'hydatides
p.ir l'nrèthre, mort, rein transformé
en une poche membraneuse, conte-
nant des hydatides 565; obs. douleurs
dans la région rénale gauche, et à
la vessie, urine purulente et contenant
des débris d'hydatides, mort, dépôt
de pus dans le rein gauche 067 ;
obs. douleurs dans le c6ié gauche
du ventre, sable rouge, expulsé
avec l'urine, urine sanguinolente et
purulente, expulsion d'hydatides,
précédée de vives douleurs, gnéri-
son 569; obs. gonorrhée et douleurs
néphrétiques, expulsion d'hydatides
avec l*urine 571 ; obs. dix-sept hyda-
tides rendues par l'urèthre, à la
suite d'un traitement antisy[)hiliti-
que 572; obs. douleurs dans le rein
droit, expulsion d'hydatides par
l'urèthre, guérison après l'emploi de
la térébenthine 074; obs. chute de
cheval, hématurie , plus tard tumeur
à l'hypochondre , dysuric, excrc,-
tion du pus et d'hydatides avec l'ti-
rine 575; obs. douleurs dans la
région du rein droit et le long de
l'uretère du même côté, sortie d'a-
céphalocystes avec l'urine à diverses
reprises 577; obs. injection d'eau
aluminense, coliques néi>hrétiqucs et
hématurie, excrétion de douze hyda-
tides avec l'urine 578; obs. douleurs
excessives aux reins après avoir
pris de la térébeuthinc , suivies de
8o8
TABLE DU TROISIÈME VOLUME.
l'évacuation de quinze bydatides, par
le canal de l'urètlire 578. Troisième
série de Jaits. Acéplialocystes des
reins s'ouvrantaux lombes 578; obs.
lijdatides évacuées par la région
lombaire droite 578; obs. rhuma-
tisme goutteux chronique, termioé
par un abcès à la région lombaire
gauche, qui renfermait près de sir
cents bydatides 579. Acéplialocystes
rénales compliqués d'autres mala-
dies des reins 58o; obs. poiut de
traces du rein droit, acéphalocystes
et calculs dans le rein gauche 58o;
obs. acéphalocystes et calculs dans
le rein gauche d'un enfant de quatre
ans 58i.
Maladies des vaisseaux des reiks 58 i.
lésions des artères rkpiat.es 58 f;
obs. tumeur anévrysmale de l'artère
rénale du cûté gauche ; pendant la
vie , rétraction forte et subite du
testicule gauche, avec douleurs ai-
guës 583; obs. extirpation du testi-
cule droit squirrheux, anévrysme de
l'aorte et de deux artères rénales
586; obs. anévrysme faux primitif
de l'artère rénale droite, hémorrlia-
gie l'éualc 588.
Maladies des veines risnales 590;
inflammation des veines rénales 691;
obs. phlébite rénale chez un nouveau-
né 5gi; obs. phlébite rénale chez une
femme hydropique 592; obs. phlé- ,
bite rénale et néphrite 593 ; obs.
phlébite rénale consécutive à un
cancer de l'utérus 59/1 ; obs. cancer
de l'estomac et pbléliite de la veine
rénale SgC; obs. phlébites de la veine
rénale et dç la veine ovarique chez
des nouvelles accouchées 596.
Maladies des nerfs des reins Sgg;
néphralgie 600; obs. douleurs atro-
ces dans la région du rein droit ,
anévrysme de l'aorte tboraciqne ou-
vert dans la plèvre droite , mort
presque subite 601.
DÉVELOrPEMEKT MORBiDE DE TISSUS HO-
iuologues dans les reins 6o5; trans-
formation fibreuse 6o5; tr. cartila-
gineuse 606; transformation osseuse
des membranes rénales 606; trans-
formation osseuse du tissu des
reins 607; ossification des kystes acé-
phalocystiques des reins 607; ossifi-
cation du rein du cheval 610;
obs. tumeur dans l'hypocboudrè
gauche , rein gauche contenant
un calcul et partiellement ossifié
611; tissu érectile dans les reins
6i2; dégénérescence graisseuse des
reius 6i4; atrophie de la substance
rénale avec développement de la
graisse de la scissure 6x4; véritable
transformation graisseuse des reins
6i5; obs. diminution de la sécrétion
urinaire, dégénérescence graisseuse
des reins 616.
DÉVELOPPEIMEKT DE TISSUS HjÉTÉROLO-
GUES DANS LES REINS 6l8.
Tubercules des reins 6r 8; caractères
anatomiques 619: symptômes 623;
causes 626 ; pronostic 626 ; histori-
que 627. Première série des faits.
Petits tubercules des reins dépen-
daus d'une diatbèse tuberculeuse
635 : obs. plithisie pulmonaire , pe-
tits tubercules dans les reins 636;
obs. ichthyose , entérite tubercn-
lcu<n, tubercules dans les poumons,
dans le foie, dans la rate, dans les
intestins et dans les reins 637; obs.
pbthisie pulmonaire, tubercules dans
les reius, dans un calice, dans les
capsules surrénales et dans le foie
639. Deuxième série des Jaits, Tuber-
cules des reins et des calices, sans
tubercules dans les uretères ni dans
la vessie 641; obs. pbthisie laryngée
et tuberculeuse, tubercules dans les
reins 641- Troisième série des faits.
Dégénérescence tuberculeuse du rein,
de l'uretère et de la vessie 643; obs.
infiltration tuberculeuse du rein, de
l'uretère et de la vessie 643; obs.
dégénérescence tuberculeuse du rein,
de l'uretère, de la vessie etdel'urè- -
thre 644 ; obs. abcès par congestion,
cystite et pyélite tuberculeuse 646;
obs. tubercules dans le rein et l'ure-
tère gauches, dans la vessie et dans
le poumon 648; obs. rein gauche
converti presque en entier en matière
tuberculeuse , tubercules dans l'ure-
tère, dans la vessie et dans le poumon
649 ; obs. tubercules dans les reins;
dans les testicules, dans la prost.ite,
TABLE DU TROISIÈME VOLUME. 809
le mésentère et les poumons, ulcé»
rntioos tuberculeuses dans le cinal
de l'urèthre et dans le canal iutesti-
iial 65i ; obs. paralysie des membres
inférieurs, cystite et pyclite tuber-
culeuses consécutives à une carie
vertébrale 656 , ol)s. tubercules des
poumons et des reins, pyélite et cys-
tite tuberculeuses cbroniques 660 ;
obs. affection cérébrale, paralysie,
imbécillité, dépôt de matière tuber-
culeuse dans le rein, le bassinet et
les calices, abcès par congestion
662; obs. tubercules et cavernes
dans les poumons, ulcérations et
perforations de l'intestin grêle, tu-
bercules dans la rate , le rein et
l'uretère droits, dans la vessie, l'u-
rèthre, les testicules et les vésicules
séminales 667 ; obs. tubercules dans
le rein et l'uretère gancbe cbez un
enfant, tubercules dans les poumons
et dans les ganglions abdominaux
672; obs. tubercules des reins et de
l'uretère , cj-stite , péritonite et en-
térite tuberculeuses , double pneu-
monie 67a.
Cancer des reins 675; caractères
anatomiques 675 j symptômes 67g;
causes 681 ; diagnostic 68 1 ; pio-
nostic et traitement 682; historique
684. Première série des faits. Cas de
dépôts de matière cancéreuse dans
les reins, sans augmentation notable
du volume de ces organes et sans
hématurie 689 ; obs. cancer du foie
et de l'estomac, péritonite, petits
dépôts encéphaloîdes dans les reins
6go;-obs. cancer de l'estomac, du
foie et du péritoine, petits dépôts
cancéreux dans les deux reins 692 ;
obs. cancer ulcéré du cœcum, hy-
dropisie générale, cancer de deux
reins, tubercules pulmonaires 694;
obs. Lydropisie générale, cancer des
ganglions, du col et de l'abdomen ,
de l'estomac, du foie et du reiu droit
695 ; obs. cancer du cerveau, des
poumons et des deux reins cbez une
femme âgée 697; obs. cancer de la
vessie , des uretères et des bassinets,
cancer du foie Ggg. Deuxième série
des faits. Cas de cancer des reins
aveo tumeur rénale et sans hématurie
700; obs. hémiplégie, tumeur dans
la région du rein droit, ramollisse-
ment du cerveau, cancer du rein, de
la capsule surrénale , du foie et des
ganglions mésentériques 700 ; obs.
tumeur formée par le rein droit ,
inflammation chronique du péritoine,
cancer des reins , du poumon , du
cœur, du foie et des ganglions mé-
sentériques 703 ; obs. cancer du rein
droit, qui s'est fait jour dans la
cavité du duodénum, cancer du foie
et du poumon 7o5; obs. hydropisie
cirrhose du foie , cancer du rein
droit 706. Troisième série des faits.
Cas de cancer des reins, avec tumeur
rénale et hématurie 70g ; obs. cancer
des reins , caillot encéphaloïde dans
la veine-cave et dans les veines ré-
nales , cancer du poumon et du
cœur, des ganglions mésentériques
70g; obs. cancer bématode du rein
droit, du foie et d'une côte, tumeur
formée par le rein, hématurie, hy-
dropisie 710; cancer des reins chez
les enfans 716; obs. fongus bématode
des reins cbez un enfant de dix-sept
mois 717,
MÉLANOSE DES REINS 718; Caractères
anatomiques 718; fausse mélanose
719; historique 721.
Matière cui.l.uïi>b dans i.es reins 723.
Matière JArNE dans i.es reins 725.
Granulations transparentes dans
les reins 726.
Vers dans les rkins 726.
Strongle géant dans les reins 727 ;
nccidens produits par la présence de
ce ver 728 ; historique 72g ; obs.
tumeur dans le rein droit , coliques
néphrétiques , incision de la tumeur,
nouveaux accideus, sortie de vers
vivans par la fistule et par l'urèthre ,
guérison 782 ; obs. tumeur dans la
région lombaire droite, ouverture
spontanée de l'abcès , carie des ver-
tèbres , vers dans le bassinet et dans
les muscles des lombes 740; obs.
accidens du côté des voies uriuaires
chez un nègre, vers ou corps ver-
miformes rendus avec l'urine 743 ;
obs, douleurs à la région des reins,
excrétion par l'urèthre d'un ver» velu
TABLI-: DU TIlOISIlîME VOLUME.
744; obs. cas de strongle chez ua
chien 744; obs. hématurie et dou-
leurs à la région rénale, sortie d'un
vers avec l'urine 745.
SPIROPTÊRE DANS l'cRIWE DE l'hoMME
746; L'aractère du spiroptère 747;
obs. rétention d'urine, douleur à la
vessie, emploi de la térébenthine en
potion et en injection , sortie de
plusieurs corps vermiformes par
î'urèthre 747-
DaCTYLIUS ACUtEATUS DAWS l'uRINE
753; obs. jeune fille do cinq ans en
; bonne santé en apparence, qui ren-
dait des urines dans lesquelles flot-
taient'de petits vers différant de tous
les vers connus jusqa'.i présent 753 ;
caractère du daciyiius actdeatus 755.
Corps étrangers dans les reins 755.
Gangrène des reins 756.
Reins surnuméraires 756.
Absence des reins 75S; absence de
deux reins 758; obs. enfant mort-né
chez lequel l'appareil urinaire man-
quait cnti'Trmout 75(j ; obs- fîllc Je
quatorze ans, dont les reius (à ce
qu'on A cru ) n'existaient point
(cas d'extropbie de la vessie?) 761;
absence d'un des reius 762 ; exemples
de l'absence d'un des reins 763 ; obs.
absence du rein et de l'uretère gau-
che, altération du rein droit chez
une fille de vingt-six ans, sujette à
des convulsious hystériques 7(16 ;
obs. absence du reiu gauche, déve-
loppement considérable du reiu droit
chez un vieillard 767.
Vices de situation des reins 769.
Vices de situation permanens des
reins 769.
Vices de situation fixes des reins
769.
Fusion des reins 770.
Reins situés dans tE iiassin 773 ; obs.
rein déformé et occupant le petit
bassin chez une femme morte d'a-
poplexie 775; obs. rein lobulé, placé
sur la partie supérieure du sacrum
776 ; obs. reiu triangulaire situé dans
l'excavation pelvienne et recouvert
parle péritoine 779.
DÉPLACEMENT FIXE, ACCIDENTEL, DES
REINS 781.
Vices de situation non permanens
DES reins 782.
Reins formant hernie 782.
De la MoniLiTÉ des reins 783 ; obs.
_ rein droit mobile, symptômes gas-
tro-intestinaux passagers, liypoclio •-
dric liabituelle 784» obs. douleurs
dSus le ventre, tumeur abdominale
dont la nature avait été méconnue,
soulagement par l'emploi d'un corset
786; obs. reiu mol)ile reposant sur
la concavité de l'ilium , chez uue
femme atteinte de liernic crurale
787 ; oto. douleurs et tumeurs ven-
trales, faiblesse dans les membres
inférieures produites par un reiu
mobile 788 ; rein droit très mobile ,
situé près de la région ombilicale et
qui donna lieu à plusieurs erreurs de
diagnostic 790; œdème du membre
abdominal droit, causé par un rein
mobile, enveloppé par une espèce
de mésentère 794; obs. douleurs
abdominales se propageant dans la
direction de nerfs cruraux, déter-
minées par un rein mobile 794; obs.
déplacement et mobilité du rein
droit, porté en avant et en bas, péri-
tonite et entcro-colite 795; résnmé,
canse, diagnostic et traitement delà
mobilité des reins 800.
Vices de configuration des reins
802.
FIN DE LA TABLE DU TROISiÈSIB VOLUME.
GLASC-' W
UNIVbRSlTY
LIP'iARY
f
GLASCiOW
DNIVFRSITY
' IB1^.\RY